14 Fév

Disparition de Colette Faller, grande dame des vins d’Alsace

C’est une grande tristesse en Alsace…La « pionnière du Weinbach », Colette Faller est décédée samedi dernier, ses obsèques ont été célébrées hier. Elle représentait le domaine Faller, dont les grands crus s’exportent dans une trentaine de pays dans le monde.

Colette Faller à droite de la photo symbolisait une part de l'Alsace © France 3 Alsace

Colette Faller (à droite de la photo) avec sa fille Catherine, elle symbolisait une part de l’Alsace © France 3 Alsace

Après la mort de son mari Théo en 1979, Colette Faller était devenue l’une des premières femmes à diriger un domaine viticole en Alsace, aux côtés de sa fille aînée Catherine, puis à partir de 1993 de sa fille cadette Laurence. Colette Faller s’était engagée dans la viticulture à une époque, où « le métier était particulièrement macho », contribuant à « l’image des vins d’Alsace dans le sens de la qualité », a rappelé Catherine Faller. « Elle a toujours été présente (sur le domaine) même dans ses derniers mois. »Catherine Faller et son fils Théo, chargé actuellement de veiller sur les vignes, doivent prendre la succession du domaine. « Ma mère considérait cela comme une évidence », a souligné Catherine. 

Décrite pas sa fille aînée comme une viticultrice « passionnée », « courageuse » et « perfectionniste », Colette Faller s’était très vite imposée comme ambassadrice des vins d’Alsace.

Quand ma mère a épousé mon père elle disait toujours qu’elle avait épousé la cause des vins d’Alsace » Catherine Faller

Théo Faller avait transmis à son épouse et à ses filles son « amour du beau et bon vin, la recherche de la perfection, et de l’excellence », a-t-elle ajouté. 

Le domaine Weinbach, d’une superficie de 30 ha, cultive une majorité de rieslings de réputation mondiale, mais aussi des sylvaner, pinots et gewurztraminer. Son riesling « Schlossberg » – élevé sur sol granitique et caractérisé par sa grande acidité et sa robe cristalline- avait été le premier grand cru alsacien classé en 1973, parmi les 51 grands crus de la région. Le domaine Weinbach, dont les vins sont déclinés en cuvées Catherine, Laurence, Colette et Théo, accompagnent les grandes tables et s’exportent dans une trentaine de pays dans le monde.

Le domaine avait déjà été endeuillé par la disparition en mai dernier à l’âge de 47 ans de Laurence Faller la fille cadette de Colette, qui était vinificatrice au domaine Weinbach de Kientzheim (Haut-Rhin) où elle s’était forgée une réputation d’excellence bien au-delà du vignoble alsacien.

Avec AFP et France 3 Alsace.

Regardez le reportage réalisé par nos confrères de France 3 Alsace S. Mallauran et A. Ahmed ( Interview réalisée en 2011)

 

03 Jan

Une immense perte pour le Liban: Serge Hochar du château Musar est décédé dans un accident en mer

Serge Hochar, PDG de Château Musar, président de l’Institut de la Vigne et du Vin, et ancien patron de l’Union Vinicole du Liban (UVL) est décédé le 31 décembre à 74 ans d’un accident en mer, alors qu’il était en vacances avec sa famille à Acapulco au Mexique.

Serge Hochar

Serge Hochar Pdg du © Château Musar au Liban www.chateaumusar.com

Noel Wehbe, sommelier-consultant qui était venu se former à Worldsom à Bordeaux, m’a appris ce matin cette terrible nouvelle pour le milieu viti-vinicole au Liban: la disparition de son ami Serge Hochar, l’une des plus grandes figures des vins du Liban, pays où la France a toujours gardé des liens étroits.

C’est une perte immense, car cet homme a consacré sa vie à la renaissance du vignoble libanais et sa reconnaissance sur la scène internationale.

Serge Hochar est l’homme qui a lancé les vins du Liban dans le monde. Pour moi, c’était un maître » Zafer Chaoui, actuel président de l’UVL et PDG de Château Ksara.

Sur son blog, la chroniqueuse anglaise, Jancis Robinson a rendu dès le lendemain du drame cet hommage appuyé : « Serge était beaucoup plus qu’un simple vigneron ou la force vive derrière l’un des châteaux les plus réputés du Liban. C’était quelqu’un de très spirituel, qui était loin cependant d’être un ascète, un homme très positif en fait. Toujours très drôle, il donnait l’impression de comprendre en profondeur la nature humaine. J’ai toujours beaucoup aimé être en sa compagnie. Lorsque nos chemins se croisaient, nous parlions de beaucoup d’autres choses que du seul vin. »

Un choc terrible… une grande perte…On a perdu un grand homme, remarquable par son énergie, sa volonté et son charme.Il va rester toujours une référence mondiale une étoile pour les grands vins de Liban », Noel Wehbe sommelier et auteur du journal du vin – Liban

Fondé en 1930, par le père de Serge Hochar, Château Musar est devenu l’une des plus belles success-stories du Liban au tournant des années 1980. Ce succès, Musar le doit à son PDG, Serge Hochar, qui a repris les rênes de cette cave, située à Ghazir, à la fin des années 1950. L’une des grandes intuitions de Serge Hochar est d’avoir compris l’importance des exportations pour les vins du Liban. Quand la guerre de 1975 éclate, Musar vend 75 % de sa production localement. Vingt ans plus tard, c’est l’exact opposé : la part des exportations est passée de 5 à 75 % entre 1975 et 1995.

Il avait réussi à faire connaître mondialement son vin, alors que son pays était en guerre.Il a réussi aussi à promouvoir à travers le monde la notoriété des vins du Liban avec aujourd’hui plus d’une quarantaine de producteurs. Serge Hochar avait par ailleurs suivi des études à la faculté d’oenologie de Bordeaux avec comme tuteurs Jean Riberau et Emile Peynaud.  

Nous adressons à sa famille et au Liban nos sincères condoléances.

Avec L’Orient-Le Jour et le Journal du Vin -Liban.

A lire également: Le Liban, ce petit pays producteur de vin, prometteur…

04 Nov

Hubert de Montille a tiré sa révérence lors d’un repas entre amis

Ce week-end est décédé, Hubert de Montille, à l’âge de 84 ans, figure emblématique de la Bourgogne et ancien avocat de Bernard Laroche (affaire Grégory). Un personnage qui avait fait le tour du monde grâce au film de Jonathan Nossiter « Mondovino ».

Hubert de Montille © Ina

Hubert de Montille, un grand Monsieur de la Bourgogne viticole © Ina

« Il est parti au cours d’un repas entre amis et en buvant un Pommard Rugiens 1999 », relate Le Point qui révélait l’information hier sous la plume de Jacques Dupont.

Tous ceux qui l’ont connu un peu intimement savent que c’est le départ qu’il aurait souhaité. Tous les amoureux du vin lèvent leur verre à sa mémoire, c’est également l’hommage qu’il aurait attendu. » Jacques Dupont, Journaliste du Point

Ses saillies contre l’uniformisation du vin avaient fait mouche et plu dans le film de Jonathan Nossiter. Cet homme au caractère bien trempé avait défendu les vins de garde et la notion de Climat de Bourgogne, aujourd’hui en lice pour rentrer au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Né en 1930, il avait participé à sa première vendange en 1947 à Volnay. Hubert de Montille s’était également illustré comme l’avocat de Bernard Laroche dans l’affaire de l’assassinat du petit Grégory dans les Vosges en 1984.

Le domaine familial ne comptait alors que trois hectares en 1947. Aujourd’hui, ses enfants, Etienne et Alix, exploitent 20 hectares de premiers et de grands crus en côte de Beaune et de Nuits.

« Côté châteaux » salue sa mémoire et présente ses condoléances à ses enfants. Les obsèques seront célébrées vendredi 7 novembre à 14h30, à la collégiale Notre-Dame à Beaune.

Avec France 3 Bourgogne et Le Point

Regardez le portrait de Hubert de Montille par Michel Gillot de France 3 Bourgogne

30 Août

Les Terres de Jim: Cédric Pérez un coeur d’éleveur, une passion de vigneron mais avant tout le bon sens paysan

Portrait de Cédric Pérez, le plus gros éleveur d’agneau de Pauillac…Un ancien salarié viticole qui s’est lancé dans l’élevage tout en continuant son travail de vigneron. Un jeune agriculteur accompli avec deux casquettes comme autrefois…Il va participer au grand rendez-vous des Terres de Jim du 4 au 7 septembre à Saint Jean d’Illac en Gironde. Côté châteaux lui décerne le titre de vigneron du mois pour sa foi dans le métier d’agriculteur.

le bon coin 011C’est sa dernière année où on peut l’appeler JA pour jeune agriculteur… A 39 ans, Cédric Pérez va participer à l’un de ses derniers rendez-vous des Terres de Jim, un événement de renommée internationale organisée en France par les Jeunes Agriculteurs avec notamment la 61ème Finale Mondiale de Labour.

A cette occasion, l’organisation professionnelle nationale des Jeunes Agriculteurs a choisi de créer, parallèlement au concours mondial, la plus grande manifestation agricole de plein air en Europe: Les Terres de Jim, du nom du personnage Jim Bataille qu’ils ont créé spécialement pour vous guider lors de cette grande fête agricole.

le bon coin 005Cédric Pérez, nous l’avons rencontré à Saint-Yzan du Médoc au beau milieu de ces brebis et de ses boucs.C’est depuis 2006 un éleveur d’agneaux de Pauillac, sous IGP (indication géographique protégée) et label rouge.

Je suis le plus gros éleveur dans le monde d’agneaux de Pauillac », plaisante-t-il. Cédric Pérez élève 530 mères et d’ici 2 ou 3 ans il en espère 550.

Il faut dire que sa bergerie qu’il a faite construire a une capacité de 560 brebis.Il a trois races de brebis: la tarasconnaise, la blanche du massif cental et lacaune viande, quant aux boucs 4 espèces: le bérichon du Cher, le rouge de l’ouest, le charolais et le suffolk. Ses agneaux sont élevés exclusivement en bergerie avec du lait maternel, des céréales et du fouin.

Avec un père mécanicien et une mère au foyer, rien ne le prédestinait au métier de berger. C’est pourtant assez jeune qu’il est venu à apprécier les brebis et c’est « avec un copain que j’ai appris le métier au pays basque ».

Un boulot passionnant mais prenant: de 6h le matin à 13h30 il s’occupe de ses brebis, l’après-midi « on bricole » en faisant des soins aux bêtes. « Dans l’élevage, il y a toujours quelque chose à faire, c’est presque de l’esclavage ». « En hiver, c’est en permanence, depuis 6h le matin, pour l’agnelage et même toutes la journée jusqu’à 23 heures, voire même la nuit. »

Et s’il n’avait que ce petit troupeau…en prime, des fois qu’il s’embêtrait un peu, Cédric Pérez est aussi viticulteur à ses heures qui lui restent…Il exploite 6 ha dont 2,5 qu’il vinifie au château La Douce.

Pour les vendanges vertes et l’effeuillage, il emploi des saisonniers, quant aux vendanges classiques, elles se font à la machine. Il jongle ainsi entre l’élevage et l’élevage…de vin. Il s’arrange toutefois pour que les périodes intenses dans la vigne ne soient pas les mêmes que dans l’élevage.

Et dans la vigne, il y a aussi ces déboires. Cette année, il a été victime à deux reprises de la grêle en juin. Des pertes entre 60 et 70 % voire plus sur certaines parcelles. Il a ce sens paysan et cette philosophie d’autrefois que les anciens lui ont inculquée: « quand une année ça ne va pas pour le raisin, ça va dans l’élevage » …Bref le bon sens paysan comme dans le temps. Cédric Pérez qui vend sa production au négoce en AOC Médoc espère se développer et compte prochainement être reconnu comme Cru Bourgeois du Médoc. Des idées et des projets pleins la tête. La foi quoi !

Découvrez les Terres de Jim , également sur Facebook : https://www.facebook.com/lesterresdejim

Regardez le reportage de Jean-Pierre Stahl et Karim Jbali

08 Août

Jean-Baptiste Cordonnier, viticulteur à Moulis: « cette année, je cours le marathon du Médoc au profit de l’Arche… »

Le Marathon du Médoc, ce sont 9 000 coureurs qui participent à cet événement célèbre dans le monde entier pour son ambiance festive. 42 kilomètres où 90 % des marathoniens courent déguisés à travers le vignoble médocain et ses châteaux. Mais, cette année, Jean-Baptiste Cordonnier, propriétaire des Châteaux Anthonic et Dutruch Grand Poujeaux à Moulis en Médoc, a motivé 24 marathoniens pour relever le défi et courir au profit de L’Arche. Côté Châteaux lui décerne le titre de vigneron du mois.

Jean-Baptiste Cordonnier, viticulteur à Moulis-en-Médoc © Marathon du Médoc

C’est d’après les organisateurs « le plus long du Monde »… 42 kilomètres ! Plus de 10 000 coureurs y sont attendus cette année. Connu à l’international, il y règne une ambiance de folie car 90 % des marathoniens courent déguisés ! Le circuit traverse les vignobles et les châteaux prestigieux des appellations Pauillac, Saint-Julien, Saint Estèphe, Médoc et Haut-Médoc, avec départ et arrivée à Pauillac. La course est entrecoupée de plusieurs animations : pauses musicales, dégustations, etc.

Un marathon pas comme les autres…

Tout est parti d’un pari avec un ami qui l’a mis au défi de courir le Marathon du Médoc… Le projet était lancé! « Je cours le monde pour vendre mes vins et cette année j’avais envie de courir pour autre chose… J’entends depuis si longtemps parler de ce projet d’ouverture d’une maison d’accueil pour des personnes ayant un handicap mental en Gironde que je me suis souvent dit que je soutiendrais cela si je participais au Marathon du Médoc, c’est mon premier !  » explique Jean-Baptiste Cordonnier.

Étant sensibilisé au handicap, Jean-Baptiste Cordonnier a décidé de créer une équipe et d’aider le projet de L’Arche en Gironde. Son oncle et parrain vivait chez ses parents et était lui-même handicapé mental et proche de L’Arche. C’est un projet qui lui tient à cœur, un défi sportif qui appuie un autre défi humain bien plus grand.

Château Dutruch Grand Poujeaux, Cru Bourgeois du Médoc © Crus Bourgeois

Il réunit donc 24 coureurs français, belges, américains, allemands et polonais, amis et professionnels du vin. Le but de cette équipe est de se faire parrainer pour soutenir le projet de construction de deux foyers de l’Arche pour personnes handicapées mentales à Bordeaux.

Trouver des parrains pour financer le projet

Château Anthonic et château Dutruch Grand Poujeaux offrent à chaque coureur son dossard (prix de l’inscription au Marathon). En contrepartie, Jean-Baptiste a demandé à chacun de s’impliquer au maximum pour trouver des donateurs en proposant le don au km: 1 km = 24 €. Chaque coureur doit donc trouver 1000 € (24€ x 42kms ) pour attendre l’objectif des 25000€. Un minimum pour Jean-Baptiste sachant que le coût nécessaire pour la construction d’une maison est de 900 000 €!

Une marée humaine qui sepente sur la route des châteaux du Médoc © Marathon Infos

Le marathon du Médoc…le marathon le plus long du monde

Le marathon, connu à l’international, est célèbre pour son ambiance festive: 90 % des marathoniens courent en effet déguisés. La course est entrecoupée de plusieurs animations : pauses musicales au son de l’un des 23 orchestres disséminés sur le parcours, appréciation des vins offerts par les châteaux (23 dégustations œno-sportives sur le parcours), des huîtres (38e kilomètre) ou encore de l’entrecôte (au 39e kilomètre) .

Avec infos du Marathon du Médoc.

Pour en savoir plus sur L’Arche, retrouvez l’équipe du projet de L’Arche en Gironde sur ligne d’arrivée samedi 13 septembre.www.Je-te-donne.arche-France.org

11 Juil

François Lurton: une success story extraordinaire entre le nouveau monde et Bordeaux

François Lurton a monté sa petite entreprise voilà plus de 25 ans. Depuis, elle produit environ 10 millions de bouteilles, plus que son père André Lurton. Une véritable réussite avec 70 vins différents d’Argentine, du Chili, d’Espagne et de France. Sa plus grande réussite: les « fumées blanches » produites à 5 millions de bouteilles en Côtes de Gascogne. Côté Châteaux lui décerne le titre de « vigneron du mois ».

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François Lurton, le Bordelais globe-trotter qui a réussi à faire fructifier son savoir-faire dans le nouveau monde et en France © Jean-Pierre Stahl

François Lurton a 56 ans. Il s’était dit qu’à la cinquantaine, il baisserait son régime de croisière, or ses affaires se portent de mieux en mieux et il ne manque pas d’idées pour continuer son oeuvre. Tiens, il pense d’ailleurs très prochainement lancer une petite maison de négoce à Bordeaux…

François Lurton est issu d’une grande famille du vin à Bordeaux: les Lurton. Il incarne la 5e génération de viticulteurs qui produit des vins dans le Bordelais depuis 1897. Son père, André Lurton, avec qui il a appris et travaillé au début de sa carrière (il fut directeur général « avec mon frère, on tenait la barraque, pendant que mon père s’occupait des « Pessac-Léognan ») est très connu à Bordeaux car il est à la tête de très grands châteaux: pelle-mêle, La Louvière, Couhins-Lurton, Bonnet, Rochemorin, Cruzeau…et associé à Dauzac et Barbe-Blanche.

François Lurton et son frère Jacques ont donc débuté aux côtés d’André, un personnage cet André Lurton… Ancien responsable de la FDSEA et maire de Grézillac, il a relancé nombre de vignobles dans les Graves, le Médoc et l’Entre-deux-Mers. Il s’est pleinement investi dans la mission de créer une nouvelle appellation, qui ne concernerait que les Graves du Nord (où il y avait une concentration de crus classés): Pessac-Léognan en 1987. « Quand je travaillais avec mon père, il passait 80% de son temps entre Pessac-Léognan et château Bonnet. Quand mon père est revenu dans ses affaires, on est parti ailleurs… »

André Lurton avait aussi un caractère fort, ce qui poussa sans doute ses deux fils à s’émanciper et prouver à leur père qu’ils y arriveraient aussi. François et Jacques sont donc partis dans un premier temps travailler en 1988 pour Ginestet, Marks & Spencer, Tesco, La Virginie, Hardy’s (Domaine de la Beaume), Remy Panier (Loire), Wines of Moldovia, Catena ou encore Vina San Pedro…mais ils vont avoir le déclic lors de Vinexpo en 1991: « On a signé de gros contrats avec l’Argentine et le Chili ». C’est alors le pari de leur vie: un premier achat de parcelles en Argentine en 95 puis les plantations en 96. Les autres vignobles seront acheté en 1999, 2000 et 2001.

« Les terroirs d’Argentine au  pied de la Cordilières, on y fait des malbecs merveilleux ! Au Chili, c’est aussi le plaisir avec des vignes en biodynamie. Il y a un vrai plaisir de vie la-bas. Mes enfants me demandent souvent quand est-ce qu’on va au Chili… »

« Avec mon frère, on a acquis des expériences qui permettent de construire tous ces vins avec ce savoir-faire de vinification. » En plus des vignobles au Chili, en Argentine, François et Jacques Lurton ont acquis d’autres vignobles en Australie, au Portugal, en Espagne, dans le Langedoc Roussillon et dans les Côtes de Gascogne.

Depuis 2007, l’entreprise a connu un nouveau tournant: Jacques a conservé l’activité de consulting, ainsi que le vignoble en Australie, François a gardé les vignobles au Chili, en Argentine et dans les Côtes de Gascogne où est sa plus grosse production avec ses « fumées blanches » avec son sauvignon blanc.

francois lurton 006François Lurton SA, ce sont « 350 hectares de vignes à titre personnel, 700 au total car on fonctionne à l’étranger avec un système de fermage ou on achète de la vendange. Mais tous les vins que je vends sont des vins que je vinifie ! Moi-même ou avec mon équipe »

Sa plus grosse réussite, c’est finalement sa marque mondialement connue avec son sauvignon « fumées blanches », un nom inspiré par des Canadiens, et qui correspond à cette brume que l’on retrouve au petit matin dans les Côtes de Gascogne, un peu comme à Sauternes, « sauf qu’ici il n’y a pas de botrytis ! »

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Francisco Almeida et François Lurton © JPS

Un paysage qui a bleuffé son nouveau venu dans le bateau Lurton: Francisco Almeida, un grand gaillard portugais originaire de la région de Vino Verde, qui comme François est issu d’une famille de viticulteur « il est tombé dedans quand il était petit ! » Francisco n’est là que depuis un mois, mais il va s’occuper du marketing opérationnel.

« Les fumées », ce sont 5 millions de bouteilles, soit la moitié de ma production: 10 millions. Je stagne depuis 10 ans car je fais attention à ne pas augmenter en volume, mais en qualité ! C’est grâce à château Bonnet que j’ai appris à faire des vins de qualité en grande quantité, en volumes. Je suis devenu leader avec les « fumées blanches »

François Lurton a aussi choisi ses terroirs fonction de la climatologie et de l’influence océanique tant au Chili que pour ses Côtes de Gascogne.

On recherche une fraîcheur et un style plus atlantique pour le sauvignon, il faut qu’il soit proche de la mer. »

Autrefois, il produisait ses fumées en Languedoc, depuis 10 ans, il a migré pour trouver cette fraîcheur. « Au nez, il a cette expression herbacée ou florale, qui a une connotation nouveau monde. On sent ces terroirs frais aux matins humides avec beaucoup de brouillard. »

Quant au terroir qu’il appréciait le plus et qu’il regrette, c’est celui du Portugal… »Un des plus grands terroirs qui s’exprime ». Peut-être y reviendra-t-il ? Car les pages de sa vie sont loin d’être totalement écrites. « Avec la famille, on pense de plus en plus à acheter aussi en Californie… »

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Ses vins espagnols Campo Eliseo de Toro, chiliens Hacienda Araucano Clos de Lolol, argentins Piedra Negra Gran Malbec, et du Roussilon Mas Janeil encadrent ses fumées blanches produits en Côtes de Gascogne. © JPS

François Lurton que certains considèrent comme totalement oublié à Bordeaux, ou dont les rumeurs les plus folles aiment à courir, tenait à faire cette conférence à l’hôtel de charme-maison d’hôtes, la Maison Bord’Eaux, que tient son cousin Pierre Lurton (PDG d’Yquem, gérant de Cheval Blanc): « il court tout un tas de bruits à Bordeaux, c’est l’occasion de remettre les pendules à l’heure. »

« Quand Bordeaux a des difficultés, mes ventes se portent très bien. Elles sont en plein boom en Amérique du Sud et Amérique du Nord. On surfe sur la vague aux Etats-Unis. Je fais plus de 60 % de mes volumes avec des vins de France, de Gascogne et du Roussillon et Fitou. Le chai que j’ai à Vayres (en Gironde, juste à côté de Bordeaux) va être complètement remanié avec une nouvelle chaîne d’embouteillage de 7000 bouteilles à l’heure, avec réduction totale d’oxygène. J’emploie 70 personnes en France, en Argentine 80 avec la Bodega Piedra Negra. »

Je rapatrie mes résultats en France, je paie mes impôts en France, je ne suis pas expatrié et je vis plus de 6 mois de l’année en France. » François Lurton

francois lurton 014Mais François Lurton n’est pas la pour régler ses comptes avec la place de Bordeaux qu’il connait bien, car c’est avant tout un business man, mais un viticulteur business man. Un de ceux qui ont non pas des dollars à la place des yeux mais avant toute chose le raisin chevillé aux tripes !

Ainsi en Espagne, à Toro, il est associé à Michel Rolland et produit le « meilleur vin d’Espagne » le « Campo Eliseo » (1 million de bouteilles en rouge, blanc et rosé). Mais surtout, il continue à parcourir la planète, car « le plaisir de mon métier, c’est que j’ai deux vendanges. Par exemple, là, on va finir les remontées de barriques en Argentine. »

« Le vignoble, c’est comme dans les restaurants, il faut toujours être derrière la caisse ! »  

Pour moi, ce qui fait la qualité d’un vin, c’est la qualité du raisin. Je passe partout pour goûter le raisin et donner les dates de vendanges. » François Lurton

Quant à la question de Côté Châteaux de savoir s’il pensait avoir mieux réussi que son père ? (car il produit aujourd’hui plus de vin que lui): « Ce n’était pas mon but, ni mon intention. Mon père a mieux réussi dans la valorisation de ses terroirs. Je n’ai pas encore sa fortune. Dans le monde du vin, les choses sont lentes…Pour que je réussissse autant que mon père, il faudrait que j’ai son âge. Le 4 octobre, il va avoir 90 ans André, on va lui faire une bonne fête ! »

Pour en savoir plus sur François Lurton et ses domaines: françoislurton.com

22 Juin

Ces vigneronnes vous attendent derrière leur stand à Bordeaux Fête le Vin

Portraits croisés de Marion Reculet et de Françoise Lannoy. Deux viticultrices qui vont vous parler de leur appellation, de leur château et de leur passion. Marion participe pour la 1ère fois à Bordeaux Fête le Vin, Françoise, elle, a déjà animé les autres concepts de Bordeaux Fête le Vin à l’étranger à Québec et à Hong Kong.

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Marion Reculet, à la tête du château le Camplat en Blaye, Côtes de Bordeaux © Jean-Pierre Stahl

Marion Reculet a 34 ans, bercée depuis toute petite par le rythme des pieds de vigne à planter, des vendanges et de l’élevage du Côte de Blaye que produisait son papa Jean-Louis à Saint-Mariens en Gironde.

Ce matin-là, elle vient prendre des nouvelles de son père et de sa tante, en plein soleil. Levés très tôt, les Reculet ne reculent pas devant le dur labeur: planter quelque 5000 pieds de Malbec sur 1,2 ha. Marion, elle s’occupe depuis mars 2014 de gérer le domaine, avec comme bagage notamment un master en management du vin et des spiritueux.

Son château, c’est le Camplat, 18 ha en Blaye, Côtes de Bordeaux (c’est la nouvelle appellation désormais): 10 ha de merlot, 2,5 de cabernet franc, 1 de Malbec et 4,5 de sauvignon pour le blanc.

C’est pour Marion un peu un baptême du feu, car « même si je l’avais fait en tant que consommatrice, c’est la 1ère fois en tant que viticultrice ! C’est surtout ne pas rater l’événement, faire la promotion de l’appellation… » Marion Reculet, château le Camplat

Pour Françoise Lannoy, c’est une autre histoire. Françoise, âgée de 57 ans, est la Présidente du Syndicat de Castillon, Côtes de Bordeaux. Une femme de caractère, qui sait ce qu’elle veut mais au caractère bien sympathique des gens du « ch’nord ». Car Françoise n’est arrivée que tardivement à la vigne. Originaire de Dunkerque, elle a eu une autre carrière avant d’arriver en Gironde, dans l’immobilier d’entreprise et industriel.

C’est en 2001, qu’elle décide de changer de vie. Elle achète le château de Lambersac, 20 ha en AOC Puisseguin-Saint-Emilion,. Puis, elle achète l’année suivante, le Moulin de la Clotte en Côtes de Castillon. (8ha).

La vigne, c’est pour elle, un rêve d’adolescente, car elle venait dans la région avec son père qui était aussi passionné par le vin: « j’ai été élevée de longue date aux vins de Bordeaux »

Quant à sa présence à Bordeaux Fête le Vin, elle a été de toutes les éditions ou presque depuis son arrivée dans la région.

Françoise Lannoy a même été une ambassadrice avec les concepts exportés de Bordeaux Fête le Vin à Hong-Kong avec le « Wine and Dine Festival », à Québec également et très bientôt à Bruxelles pour le « Eat Brussels, Drink Bordeaux » en septembre.

Bravo à nos vigneronnes. Côté châteaux leur décerne le titre de vigneronnes du mois de juin, spécial Fête du Vin !

30 Mai

Agassac, le château « agassant » s’offre le concours de Derenoncourt

Stéphane Derenoncourt va être consultant pour le château d’Agassac en Cru Bourgeois. Une bonne nouvelle et une démarche à souligner pour Jean-Luc Zell qui cherche à se remettre en question après 17 années à la tête du château. Côté châteaux lui consacre cette rubrique de « vigneron du mois ».

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Jean-Luc Zell, le directeur du château d’Agassac, devant la Cité des Civilisations du Vin © Jean-Pierre Stahl

C’était il y a quelques années son slogan, « Agassac le château agassant » ou encore son second vin « l’Agassant d’Agassac »…Mais avec le temps, il faut savoir se renouveler, même si on possède un château de conte de fées. Aussi Jean-Luc Zell, son directeur, que nous avons rencontré lors de la visite des mécènes à la Cité des Civilisations du Vin, nous a confié qu’il était nécessaire de changer de braquet: « on va être dans une dynamique de qualité supérieure » pour ce château en AOC Haut-Médoc.

Après 17 ans, on a des oeillères parfois, c’est une très bonne nouvelle que Stéphane Derenoncourt ait accepté de nous aider…car il a vraiment une philosophie de terroir ! », selon Jean-Luc Zell, directeur du château d’Agassac.

Et Jean-Luc Zell, d’ajouter: « On revoit un peu notre stratégie, car autour de nous la compétition change, les choses évoluent. Notre objectif est de faire 40 % en 1er et Grand Vin contre 70 % aujourd’hui. On va se recentrer sur les parcelles les plus qualitatives.  On avait déjà fait des sélections, on va maintenant retravailler sur des terroirs avec la pertinence de son conseil. »

« Notre investisseur, Groupama, trouve que ça a du sens pour la viticulture de la région. C’est bien de montrer qu’on adhère à un projet qui a de la perspective. »

Jean Luc Zell et Stéphane Derenoncourt discutaient depuis novembre, il se sont mis d’accord en ce joli mois de mai.

01 Mar

Sophie Burguet, un maître de chai au féminin: « j’ai eu le virus, c’est cela que je veux faire ! »

Dans un milieu d’hommes, au début du XXème siècle, ça aurait été inconcevable, presque un sacrilège…Aujourd’hui, Sophie Burguet, s’est imposée comme femme maître de chai. En poste depuis près de 10 ans au château de Rouillac, elle est reconnue pour son expertise, ses idées et sa touche féminine.

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Sophie Burguet, maître de chai du Château de Rouillac © Jean-Pierre Stahl

Sophie Burguet, 34 ans, mère de 2 enfants (de 4 et 2 ans), partage sa vie de famille avec un métier passionnant et prenant: elle est maître de chai. Le genre de métier qui ne se conjugue qu’au masculin, tant il y a de manipulations de barriques et autres cuves, tant il faut faire face à des dizaines voire centaines d’hectolitres.

Et pourtant elle a commencé dans un tout autre domaine: « j’ai commencé mes études dans la décoration intérieure à Talence (BEP décoration d’intérieur), mais je me suis vite rendue compte que je ne voulais pas faire cela. J’ai de la famille en Bourgogne, des vignerons, et lors des repas de famille, tous les ans, j’ai découvert leur métier. J’ai eu le virus, et je me suis dit, oui c’est cela que je veux faire ! » 

Originaire de Gevrey-Chambertin même, Sophie regrette « je n’ai pas hérité (de domaine), c’est dommage ! Alors que j’ai deux oncles qui sont propriétaires aujourd’hui. Mais mon grand-père n’a pas voulu de la propriété de son père, il l’a laissé à son frère. il ne pouvait pas savoir, que sa petite fille aurait le goût pour cela. »

Du coup, elle se lance dans un lycée viticole à Montagne Saint-Emilion, où il y a beaucoup de fils de propriétaires.

Sa première opportunité, c’est au château de l’Hospital à Portets qu’elle va l’avoir, dans les Graves. Elle y fait tout d’abord sa formation en alternance durant 2 ans pour son BTS Viti-Oeno qu’elle suit à La Tour Blanche.

 Puis « Florence Lafragette m’a proposé de me garder comme maître de chai dans un premier temps avant de me nommer responsable d’exploitation, tout en cumulant les 2 fonctions. »

« Quand ça a commencé à ne pas aller très bien sur les vignobles Lafragette, ils m’ont demandé de m’occuper de Rouillac. Et en fait des 2 propriétés, vignes et chais. Il faut être organisée, mais c’est super passionnant ! » « En 2010, quand Mr Cisnéros rachète Rouillac, il me propose de me garder. On est parti sur de nouvelles aventures et la restructuration des vignes et des chais.

J’ai convaincu Mr Cisnéros de l’utilité d’acheter un « pigeur » automatique: c’est ce qui enfonce le marc dans le jus pour extraire la couleur et les arômes, et ça c’est une technique bourguignonne ! »

« Avant, je le faisais à la force des bras dans les cuves en bois, il fallait une demi-heure,  maintenant c’est une révolution il faut 5 minutes et pas d’effort. C’est toute la différence entre le travail des hommes et des femmes, nous on ne fait pas le poids, donc on réfléchit à des astuces qui nous facilitent le travail avec le souci de la qualité ! » (au château, on a 10 cuves de 100 hectolitres et 5 de 70 hectos)

Dans les vignes, elle a eu fort à faire avec la remise en état des parcelles et le remplacement des pieds de vigne manquants. « ça a été un gros travail ! » Par ailleurs, il y a eu une reprise du travail du sol: « on n’utilise plus de desherbant. On va passer 4 à 5 fois avec Titan, notre cheval de trait (1,3t). C’est agréable de pouvoir dire il y a zéro herbicide, zéro insecticide. On n’est pas en bio, mais à la limite, en lutte raisonnée. On traite même nos effluents viticoles par un système de phytobac (niveau 3 du Grenelle de l’Environnement). »

« A la vigne, il ne faut pas se louper. Je ne pourrai pas faire un bon vin, si je n’ai pas le meilleur raisin. Le 2O13 ? Ca a été éprouvant. Il fallait qu’on ait la gnacque pour s’en sortir ! On attend encore que l’élevage fasse son oeuvre. Il n’est pas fini, on est vraiment au début de l’élevage, quant aux blancs, c’est une année pour les blancs ! »

 Le 2012 sera mis en bouteille en mai, il a « une puissance arômatique, une superbe couleur et une très grande longueur en bouche ». « C’est toujours un petit pincement quand il part, vous l’avez élevé durant deux ans et pouf il est parti… »

Comment une femme a-t-elle fait sa place comme maître de chai ?

Elle a retroussé ses manches et haussé le ton (rires). Je n’ai pas connu de machisme. Non, c’est à force de volonté et de passion. Finalement, les hommes, ça leur convient car on cherche des techniques pour améliorer le travail. On arrondit les angles, parfois avec des rustres, pour leur faire comprendre que les femmes ont leur place dans ce monde-là.

Elle gère Sophie. En collaboration aussi avec Jean-Christophe Baron, son directeur technique. « On travaille en cohésion, c’est de l’échange et de la complémentarité. Mais il a plus de vinifications que moi. »

Quant à savoir ce que pense le patron, Laurent Cisnéros, de Sophie Burguet ? « Sophie, elle est le lien entre ce qui s’est passé à Rouillac depuis 10 ans et aujourd’hui, elle a vécu le beau projet défini par l’ancien propriétaire, elle a connu une période de stand-by, de crise, et maintenant, elle vit le renouveau, elle est une partie de l’histoire de Rouillac ! »

« Le mérite que je lui accorde, c’est qu’elle a maintenu le vignoble dans des conditions difficiles, elle ne l’a pas fait chuter. J’aime bien sa sensibilité féminine. C’est une jeune femme qui a de l’engagement et qui est assez polyvalente. Il faut exceller dans la polyvalence. Elle aura un avenir intéressant ici…Je suis ravi qu’elle soit avec nous ! » 

18 Fév

Stéphane Toutoundji: « le 2013 ? Ce n’est pas un grand millésime mais ce n’est pas la catastrophe annoncée par certains ! »

 Stéphane Toutoundji est-il un sorcier, un faiseur de miracle ? Il pourrait vu son talent mais pas tout-à-fait. Un faiseur de châteaux oui. Ce désormais célébre oenologue de Libourne envisage le 2013 avec confiance même s’il est « très inégal, un peu viril avec beaucoup d’acidité ». Quant au 2012 qui sera en bouteilles au printemps, c’est au final « une belle surprise ! »

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Stéphane Toutoundji conseille Grégory Lovato, propriétaire de Château Lajarre en Bordeaux Supérieur, pour l’assemblage du 2012 © Jean-Pierre Stahl

Originaire de Metz en Lorraine, Stéphane Toutoundji, 47 ans, est un oenologue incontournable de la place de Bordeaux. Diplômé de l’Institut Oenologique de Bordeaux, il a travaillé en Australie et a participé à la fin des années 90 et au début des années 2000 à l’essor des vins autraliens.

« J’ai vu pourquoi l’Australie a pris à la France des parts de marchés au Royaume-Uni et aux Etats-Unis avec des stratégies de marques et du marketing ». Mais pas seulement, il reste modeste car la patte de l’oenologue n’y est sans doute pas étrangère…

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Stéphane Toutoundji © JPS

Fin 2012, il a créé Oenoteam associé à deux autres oenologues, Thomas Duclos et Julien Belle. Ils comptent près de 400 clients (pour des analyses d’échantillons et les assemblages).

Mais ils conseillent tout au long de l’anné150 propriétés: « on les accompagne non seulement durant les vendanges, on leur donne un appui technique bi-hebdomadaire, mais on a aussi un oeil sur l’aspect viticole: on a une stratégie transversale ! On va voir avec elles comment elles peuvent adapter leur vignoble en fonction des marchés en face… »

Véritable empêcheur de tourner en rond, Stéphane Toutoundji a créé avec ses amis vignerons et son « réseau » « In a bottle » en juin 2013. 16 propriétés, représentant 21 châteaux, se sont regroupées pour une avoir une synergie et une visibilité notamment sur internet: « c’est une mise en lumière de ces châteaux, un club de vignerons. »

Depuis la mi-janvier, s’est ouverte la période d’assemblage des lots de 2012, qui auront été élevés entre 12 et 15 mois en fûts de chêne.

Ce 2012, c’est une belle surprise. Il y a du fruit, des tanins, il est soyeux, surprenant, très délicieux, pour la clientèle c’est vraiment une belle surprise après l’élevage en barriques. Il y a un bon équilibre entre le fruit et le bois. Le boisé est bien fondu, c’est plaisant, agréable, l’élevage a fait du bien !

Et pourtant, ce millésime 2012 avait été décrié, critiqué par une partie de la presse spécialisée lors des primeurs 2013.

Assemblage Stéphane ToutounjiQuant au 2013 ? « C’est très inégal«  (cf la citation d’Olivier Bernard, Président de l’Union des Grands Crus, lire « Les grands vins c’est des grands fruits ! Tout le reste c’est du blabla…« ). « A Bordeaux, on a eu 2009 et 2010 extraordinaires, et puis d’autres millésimes pour lesquels la clientèle a pu s’y retrouver. Il va falloir réduire la part de grands vins, faire davantage de seconds vins. Il y a de la couleur, les tanins sont là. Il y a pas mal d’acidité, ça fait des vins un peu virils. »

Dans ma clientèle, je n’ai pas eu de catastrophe. C’est un millésime où le fruit va ressortir. C’est un millésime de vigneron et de travail en cave. C’est en tout cas hétérogène. Ce n’est pas un millésime à proscrire et à jeter au feu comme certains l’ont fait.

Et de savoir si l’oenologue peut faire de miracles ? « Non, ça ne sert à rien, à partir du moment où dans la vigne ça ne s’est pas bien passé. On peut toujours essayer de rattraper… »

« Dans  les années 90, l’oenologue, c’était le médecin du vin, aujourd’hui avec tout le travail en amont, on n’a plus besoin de ce conseil curatif. »

Et de conclure: « 2013, ce n’est pas un grand millésime, c’est certain. On a eu 1992,1993, 2002 un peu comme celà. Il y aura malgré tout une clientèle pour le 2013. Ce n’est pas la catastrophe annoncée par certains ! » (cf le « Bordeaux bashing »)

Il est vrai que la place de Bordeaux a quelque peu tremblé en apprenant que château Malescasse en cru Bourgeois ne sortira pas de 2013 et le vendrait en vrac au négoce. Lire article du Figaro.fr