Chambéry BD 2020 : Olivier Marin dédicace « Margot »

MARIN Olivier

Né en 1970, Olivier Marin est passionné de bande dessinée depuis sa plus tendre enfance, il est fan de « ligne claire » et particulièrement de la BD franco-belge des années 50-60 signées de grands maîtres comme Hergé, Jacobs, Bob de Moor et Jacques Martin. Il garde des sorties dominicales dans la traction 7c de 1936 de son père un souvenir ému, qui est à l’origine de sa seconde passion : les voitures populaires anciennes. Dès 12 ans, il réalise sa première BD sur la 22 CV. Devenu infographiste et webmaster, cet auteur autodidacte est repéré en 2003 par les Editions Paquet. En octobre 2007, il sort sa première BD Michelle – Les Mystères de l’Est, puis crée la série Les enquêtes auto de Margot en 2009 et développe depuis un univers tournant autour des grandes heures de l’automobile, dont la série Les Aventures de Betsy, avec Jérome Phalippou au dessin.

© Editions Paquet

25 Sep

Chambéry BD 2020 : Marek Halter présente « Irena », t5,

Présentation de l’éditeur

Jérusalem, 1983. Reconnue Juste parmi les nations, Irena Sendlerowa reçoit un arbre en son honneur à Yad Vashem. Elle finit de raconter son histoire, notamment sa rencontre avec le docteur Janusz Korczak, médecin et écrivain polonais, qui a délibérément accompagné les enfants dont il avait la charge au camp de Treblinka. Fin de la série.

©Electre 2020

 

Vendredi 25 septembre :

CONFÉRENCE DE MAREK HALTER,

DAVID EVRARD & JEAN-DAVID MORVAN

Centre de Congrès « Le Manège » à Chambéry

Horaire : 17 h 00 – Entrée libre

Marek Halter, célèbre écrivain traduit en plus de vingt langues, nous fera l’honneur de présenter la bande-dessinée Irena, qu’il a préfacée, en compagnie de deux des auteurs de l’ouvrage : David Evrard (dessin) et Jean-David Morvan (scenario). Le maître de cérémonie sera Yves Ganansia, actuel président du CRIF de Grenoble – Dauphiné.

Cette conférence sera l’occasion pour Marek Halter de raconter sa rencontre avec Irena Sendlerowa, Juste parmi les nations, qui a sauvé près de 2500 enfants Juifs dans le ghetto de Varsovie.

C’est l’histoire de cette grande dame que raconte la bande dessinée éponyme.

Marek Halter participant à une conférence sur Irena, le parallèle est évident : né en 1936 à Varsovie, d’origine Juive Polonaise, il fuit le régime nazi avec ses parents, survit au régime de l’Union Soviétique pour finalement arriver à Paris dans les années 1950. Marek Halter est aujourd’hui l’auteur de nombreux ouvrages qui plaident l’égalité et la fraternité entre les religions. Ses livres portant sur les figures féminines des grandes religions sont plus que jamais d’actualité.

©Festival BD de Chambéry 2020

Chambéry BD 2020 : François Plisson en dédicace

François Plisson

François Plisson, né en 1961. Il arrive à Brest à l’âge de 9 ans jusqu’à ses 24 ans. C’est pour lui une fabuleuse découverte : la mer, les bateaux, la musique celtique.
Dès l’âge de 10 ans, il se mettra à la bombarde puis le hautbois au Conservatoire National de Région de Brest. En complément, il est peintre, dessinateur et sculpteur dans l’âme.
L’influence de cette Bretagne mystérieuse, riche et fortement marquée par sa culture, a forgé son immaginaire, ses envies graphiques et ses bases artistiques.
Après, l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, c’est en 1987 qu’il fait une entrée remarquée dans monde de la B.D. avec TRISTAN (7 albums) pour DARGAUD Bénélux, puis DARGAUD France sur les scénarios d’Hélène CORNEN. La collaboration entre les deux auteurs se poursuit avec LA TARTARE pour MC Prod.. En 2000, Pour les Editions Casterman, c’est la naissance de TAANOKI, histoire écrite par Jéromine Pasteur. Puis, le dessinateur Franz, véritable pillier de la bande dessinée franco-belge, qu’il admire depuis toujours comme maître et ami, lui propose un scénario sur mesure, le “western gaulois”, AKARAD, publié aux Editions NUCLEA, en 2003. La série Les korrigans d’Elidwenn, avec le premier tome “ La porte des légendes“, le tome 2  » Le mystère des hommes-crabes », le tome 3  » Les Korils des bois », le tome 4  » Les poulpikans d’Ouessant, le tome 5 « La licorne de Brocéliande » aux Editions de La Fibule, lui donne l’occasion de renouer avec l’illustration et la peinture à l’huile. Le réalisme de son dessin riche et détaillé, allié à son expérience de peintre et de dessinateur de B.D., nous offre ici la palette de son parcours graphique. Vient de paraitre la réédition du 1er tome d’AKARAD « L’homme qui devînt loup ». En préparation une nouvelle série à patir de 12 ans « La ballade Armoricaine de Gweltaz le Korrigan », tome 1 « Le nectar des fées ». Scénario, dessin, couleurs : François PLISSON aux Editions de La Fibule.
Nouveauté : François Plisson ouvre son encrier pour entrer cette fois-ci dans le monde de l’écriture et prépare pour l’été 2010 sa première série « perso » dans son « Fantastique-Merveilleux » avec les aventures de « Gweltaz le Korrigan ». Cette saga dévoilera les épreuves soumises aux jeunes elfes leur Ballade Armoricaine. Par leur quête initiatique, ils deviendront de vrais korrigans.

Source : http://editionsdelafibule.free.fr/

 

27 Août

Les Voyages d’Ibn Battûta (Adaptation : Lofty Akalay, Dessins : Joël Alessandra)

Ibn Battûta, le périple d’un siècle

Déjà riche de nombreux voyages en images, la collection de prestige Aire Libre salue avec ce volume l’immense mémoire d’un grand arpenteur méconnu du monde, au fil d’un voyage foisonnant entre découverte et révélation.

« Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende », entend-on dans le film L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford… Tant il est vrai que, dans l’histoire du monde, certains récits authentiques ont pris valeur de mythes à force d’être répétés, réinterprétés, voire déformés. Et que, dans certains autres cas, un destin d’exception a parfois pu être enjolivé par celui-là même qui l’a vécu. Ces Voyages d’Ibn Battûta sont au cœur de toutes ces questions.

Cet imposant volume est une adaptation des carnets de voyage d’Abou Abdallah Muhammad Ibn Abdallah Ibn Muhammad Ibnou Ibrahim, dit Ibn Battûta. Un impressionnant périple de près de trois décennies au fil du XIVe siècle et de 43 pays, du Maroc à la Chine, qui fait de son voyageur un véritable père spirituel de nombre de grands explorateurs de l’histoire du monde, et même de grands reporters par un sens aigu de l’illustration.

Pour l’adaptation de cette « rihla » (« voyage ») racontée à son retour par Ibn Battûta au poète Ibn Juzayy qui le transforme en livre, l’écrivain marocain Lofti Akalay (1943-2019), éminent spécialiste de celui qu’il appelait « le premier touriste du monde », abolit le temps et fait le choix d’une approche contemplative, illustrée de trois points de vue différents par Joël Alessandria. Ce dernier alterne l’aquarelle pour le récit de voyage proprement dit, la mise en scène des anecdotes recueillies au fil des rencontres, et les illustrations inspirées des propres carnets d’Ibn Battûta, lui-même initié au dessin et à la calligraphie.

Au gré des étapes, des rencontres et des circonstances, Lofti Akalay n’oublie pas la tradition religieuse, sorte de « guide spirituel » d’Ibn Battûta tout au long de son périple au cœur du monde musulman. Sa foi omniprésente donne ainsi un rythme parallèle au récit, sans jamais être ostentatoire.

Nous suivons ainsi les pas d’Ibn Battûta, au fil de ses rencontres, des ses interrogations, de ses plaisirs, de ses convictions, de ses mésaventures… Ainsi, d’une page à l’autre, d’un pays à l’autre, se dévoile l’Orient du XIVe siècle, entre carnet de voyages, histoire vécues et racontées – ces dernières avérées ou légendaires – qui semble se dévoiler au rythme auquel l’a vécu son protagoniste principal. On devient ainsi tour à tour lecteur, rêveur, voyageur… Tel est le charme de ces 256 pages où l’important n’est pas tant de distinguer la réalité de la légende, mais plutôt de se laisser porter par le charme de leur (con)fusion.

©Jean-Philippe Doret

Les Voyages d’Ibn Battûta

Adaptation : Lofty Akalay

Dessins : Joël Alessandra

256 pages

Aire Libre / Dupuis

07 Août

« La Bombe » (Scénario : Didier Alcante & Laurent-Frédéric Bollée Dessins : Denis Rodier)

L’effet d’une bombe…

Il y a 75 ans, les 6 et 9 août 1945, explosaient des deux premières bombes atomiques, respectivement sur Hiroshima et Nagasaki. La genèse de la première arme nucléaire est au coeur de La Bombe, sorti en mars dernier, et incontestablement l’un des grands événements de l’année 2020 de la bande dessinée.

Depuis qu’il s’est lancé en tant que scénariste BD voici quatre décennies alors qu’il venait de passer la cinquantaine, Alejandro Jodorowsky a aimé dire qu’à l’inverse du cinéma, la bande dessinée n’était pas soumise à la moindre limite de budget. Une réflexion qui ne manque pas de revenir à l’esprit à la lecture de La Bombe

Revisitant douze années d’histoire, de 1933 à la date fatidique du 6 août 1945, ces 472 pages sont portées par un souffle comparable à celui des grandes fresques cinématographiques consacrées à la Deuxième Guerre mondiale pendant les années 1960 : Le Jour Le Plus Long, La Grande Evasion, Patton… Ce que partagent entre autres ces films et La Bombe, c’est une fantastique galerie de portraits, dont aucun n’est banal. Figures réelles et fictives s’entrelacent ainsi dans le monde entier, et même l’uranium est traité comme un personnage à part entière ! Démontrant ainsi, s’il en était encore besoin, que le contexte guerrier constitue une source inépuisable pour sonder le meilleur comme le pire de l’âme humaine.

La Bombe, c’est aussi un défi nourri du vécu de ses auteurs. L’histoire japonaise personnelle de Didier Alcante croise l’art du roman graphique en grand large de Laurent-Frédéric Bollée, dont le magnifique Terra Australis, déjà pour la collection 1000 Feuilles, avait fait date en 2013. Le duo signe une fresque d’une profonde humanité : alternant l’héroïque et l’intime, harmonisant les différents points de vue (allemand, américain, japonais), rendant quasi palpables les doutes nés d’une éventuelle utilisation d’une telle arme, et rêvant même l’histoire de la fameuse ombre de cette victime demeurée inconnue, imprimée à jamais dans la pierre près de l’hypocentre de l’explosion d’Hiroshima.

Le dessin du Québécois Denis Rodier est à la frontière de l’Europe et de l’Amérique, de la bande dessinée franco-belge et des comics, qu’il a d’ailleurs assidument fréquentés, entre autres sur Superman. Une impression renforcée par le format même des albums de la collection 1000 Feuilles des éditions Glénat, très proche de celui des grands graphic novels de Marvel ou DC Comics. L’art du découpage est au diapason, et les cadrages accentuent l’aspect cinématographique et universel de cette épopée, tout en étant pour l’œil une source ininterrompue d’un émerveillement renforcé par choix du noir et blanc.

Après le climax de l’explosion d’Hiroshima, La Bombe s’achève sur le destin de certains protagonistes après la Guerre… Une manière de générique de fin pour un album hors norme, qui sait subtilement s’adresser aussi bien au profane qu’au passionné de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Ce dernier saura peut-être y trouver le film de référence jamais réalisé sur la genèse de l’arme qui a fait basculer l’histoire d’une guerre, mais aussi du monde et du XXe siècle…

© Jean-Philippe Doret

La Bombe

Scénario : Didier Alcante & Laurent-Frédéric Bollée

Dessins : Denis Rodier

472 pages noir & blanc

Glénat BD, collection 1000 Feuilles

12 Juin

Tif et Tondu « Mais où est Kiki ? » Par Blutch et Robber

Tif et Tondu, un retour « choc » !

En 2019 et 2020, ce duo majeur de l’histoire du journal de Spirou a fait son grand retour. Tout d’abord en 2019 sous la forme d’un roman, L’Antiquaire sauvage, dont l’album Mais où est Kiki ?, paru en janvier dernier, constitue le deuxième arc narratif.

Véritables pionniers, Tif et Tondu sont apparus dès 1938, année de naissance du journal de Spirou. Avec une longue généalogie de scénaristes, notamment depuis 1954, qu’il est nécessaire de rappeler ici, et dont on devine immédiatement, au fil de la lecture de ce nouvel album, une connaissance approfondie de la part de la fratrie Blutch et Robber, à l’œuvre au fil de cette reprise.

Le titre de l’album fait ainsi directement référence au personnage de la comtesse Amélie d’Yeu, surnommée Kiki, dont la première apparition remonte à 1969 dans Tif et Tondu contre le Cobra, deuxième histoire écrite par Maurice Tillieux. Dans Mais Où Est Kiki, l’héritage de ce dernier « s’entend » dans un certain art du dialogue de la réplique qui fait mouche. L’esprit de son prédécesseur Maurice Rosy, scénariste de 1954 à 1968, semble se retrouver dans les inventions insolites et une certaine forme de loufoquerie. Successeur de Maurice Tillieux, Stephen Desberg avait offert au personnage de Tif une certaine nonchalance, voire une apparente désinvolture, revisitée ici dans des joutes verbales parfois acides avec son acolyte barbu. Après le départ du dessinateur historique Will, une première reprise signée du duo Sikorski-Lapière avait renoué avec une fibre purement policière, affranchie des références au fantastique des trois scénaristes précédents.

Nantis de ce solide héritage, dont ils connaissent la moindre virgule, Blutch et Robber donnent leur propre tempo. La recherche de Kiki prend ainsi la forme d’une histoire au long cours et aux multiples ramifications, riche d’une galerie de personnages hauts en couleurs, composant une série de figures dont aucune n’est banale : antiquaire escroc et sa fille entreprenante, brochette de criminels réunis dans un club privé, femme de maison éplorée, SDF expert en automobile, avocat marron, chauffeur de kidnappeur, indicateurs, éditrice qui n’hésite pas à faire le coup de poing, voire bien plus… Et même une référence fugitive à un heaume qui ramène à l’un des personnages les plus mythiques de la saga du chauve et du barbu ! Le tout pour une intrigue située dans des années 1980. Donc pas de smartphone, ni d’Internet, ni de réseaux sociaux… Mais décalage temporel ne veut pas forcément dire passéisme : au-delà de l’époque, la dynamique du scénario et du dessin accentuent très subtilement l’intemporalité de deux personnages… nés voici plus de 80 ans !

En somme, une reprise aussi érudite que jubilatoire, que l’on espère vivement se voir pérennisée.

©Jean-Philippe Doret

Tif et Tondu « Mais où est Kiki ? »

Par Blutch et Robber

80 pages

Dupuis

20 Mar

Une généalogie du western selon Hermann : à propos de Duke

Une généalogie du western selon Hermann : à propos de Duke

Dans le parcours de Hermann, le western est une sorte de fil rouge. Comanche voici plus de quatre décennies et Duke aujourd’hui revisitent ses codes et sa culture, tandis que certaines intrigues de Bernard Prince et l’atmosphère de Jeremiah y font abondamment référence.

A l’occasion d’une visite parisienne fin janvier dernier après la sortie de La dernière fois que j’ai prié, le quatrième album de Duke, la série scénarisée par son fils Yves H, Hermann évoque son regard sur le western, au fil d’une conversation dans une brasserie de Montparnasse, qui lui a inspiré d’emblée une analogie pour le moins insolite : « le western, c’est comme le steak, il existe toujours des manières différentes de le préparer et de le présenter. »

Quelles étaient vos références cinématographiques de western ?

Hermann : Les films de John Wayne, bien sûr… que j’ai fini par haïr, même si Le Dernier des Géants n’était pas mal. J’ai beaucoup aimé les westerns de Sergio Leone, car ils sont pleins de trouvailles et de fantaisie. Il y en a beaucoup d’autres : Hombre avec Paul Newman, Impitoyable de Clint Eastwood… On ne produit plus beaucoup de westerns en ce moment mais ça reviendra, car tout revient.

Ces derniers temps, on a effectivement l’impression que le western est bien plus présent dans la bande dessinée que sur grand écran…

C’est très probable, même si je n’ai jamais établi de véritable parallèle entre le western au cinéma et en bande dessinée. Côté cinéma, il y a eu la période John Wayne, et la période Sergio Leone a vraiment été un virage à 90 degrés, avec une coloration que le western n’avait pas auparavant. La mythologie du western était totalement détournée.

La création de Comanche dans le Journal de Tintin a d’ailleurs coïncidé avec l’explosion de Sergio Leone. Comment est née cette série ?

A ce moment, je dessinais Bernard Prince et j’avais réalisé des illustrations pour des textes de Pierre Pelot publiés dans le Journal de Tintin. Il les avait appréciées et avait envoyé au journal un scénario à Greg (à l’époque rédacteur en chef du Journal de Tintin, ndlr) pour un western, ce que je ne pratiquais pas à l’époque. Greg n’avait pas envie de me laisser filer, il m’a dit qu’il allait m’écrire un scénario de western et je n’ai pas réalisé une seule seconde qu’il voulait ainsi m’empêcher de travailler avec quelqu’un d’autre (rires) ! A cette époque, je croyais en l’honnêteté de l’être humain, mais cette naïveté s’est étiolée avec le temps (sourire). J’ai dit un jour à Pierre Pelot que je n’avais pas refusé de travailler avec lui, mais que c’était Greg qui avait refusé son scénario. Mais il était trop tard, j’étais déjà engagé avec mon fils.

Un point commun entre Jeremiah, western post-apocalyptique que vous scénarisez vous-même, Duke, écrit par votre fils, c’est qu’on peut y trouver des cases voire des pages entières sans dialogues, un peu comme dans les films de Sergio Leone…

La bande dessinée, c’est graphique par excellence. En fait, on rajoute du texte pour donner des explications uniquement quand on ne peut pas faire autrement. Du texte supplémentaire, c’est une redondance inutile, d’autant plus que ma narration est très cinématographique. Le dialogue ne sert qu’à dire ce que le dessin ne peut exprimer.

Dans ce fil rouge du western, Duke est-il pour vous un retour aux sources ou une continuité ?

En fait, je ne fais qu’obéir aux désirs de mon fils, il a une vision très personnelle du western dont je ne me mêle pas. Mais je m’y sens très à l’aise, il a une approche différente d’une culture qui est identique. Mon fils est très cinéma, il a fait des études de cinéma, mais il a laissé tomber quand il s’est rendu compte que, dans le cinéma, on passe beaucoup de temps à courir après l’argent (sourire).

Selon vous, qu’est-ce que votre fils a pu « apprendre » de votre propre travail de scénariste ?

Je ne sais pas s’il en a appris quelque chose, nous n’en avons jamais parlé. Mais je sais qu’il dit : « je ne pourrais jamais parler comme toi ». Un jour, je lui avais dit qu’il pourrait peut-être faire du Jeremiah. Il m’a répondu : « Jeremiah est tellement personnel qu’aucun autre scénariste pourrait faire du Jeremiah crédible ».

Ce qui pourrait vous réunir, ce serait un certain art du silence…

Au niveau du découpage, je pense que mon fils se sert quand même de ma manière de narrer. Côté texte, mon fils parle de manière très classique et, de temps en temps, c’est moi qui me permets une petite saillie dans son texte.

En lisant d’une traite les quatre albums de Duke, les titres des albums semblent plus donner des indices sur l’état d’esprit du personnage principal que sur l’histoire elle-même…

Tout à fait, avec même une certaine forme de philosophie, car on parle du problème humain du personnage de Duke, de son univers fermé dont il n’arrive pas à se débarrasser. Ca correspond un peu au caractère de mon fils, qui est quelqu’un de très secret et réservé.

Et quand on voit le personnage de Duke, on imagine plusieurs choses : un vécu assez chargé (qu’on va peut-être découvrir au fil des albums à venir), et un désir de se débarrasser de la violence sans y parvenir…

Oui, se débarrasser de lui-même, mais il n’y arrivera jamais, parce que dans ce cas, le personnage n’aurait plus aucune raison d’être. Duke a une belle tenue, un maintien très civilisé, signe d’une certaine moralité qu’il ne peut paradoxalement pas respecter. Je demanderais à mon fils de ne pas être trop explicite, de manière à ce qu’il reste une sorte de brouillard autour du personnage : des allusions, mais sans plus. Pour moi, un côté mystérieux doit subsister.

©Jean-Philippe Doret

Duke

Scénario : Yves H

Dessins : Hermann

Quatre albums (56 pages) disponibles

Dernier album paru : La dernière fois que j’ai prié

Le Lombard

03 Mar

Blake et Mortimer T25 La Vallée des Immortels 1 – Menace sur Hong Kong T26 La Vallée des Immortels 2 – Le millième bras du Mékong Scénario : Yves Sente, Dessins : Teun Berserik & Peter van Dongen

 

Yves Sente, Blake et Mortimer au fil du temps : à propos de La Vallée des Immortels

Cette année 2020 est celle d’une double célébration pour la saga dessinée du capitaine Francis Blake et du professeur Philip Mortimer. Tout d’abord, le 70e anniversaire de la sortie en album du premier tome du Secret de l’Espadon, l’aventure fondatrice. Et il y a vingt ans, paraissait La machination Voronov, deuxième album après la relance de la série en 1996, et première histoire écrite par Yves Sente.

Parmi les scénaristes ayant œuvré sur Blake et Mortimer depuis bientôt un quart de siècle – citons donc ses très estimés confrères Jean van Hamme, Jean Dufaux, Jaco van Dormael, Thomas Gunzig et bientôt José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental – Yves Sente occupe une place bien à lui. Celle d’avoir inscrit ses histoires dans une continuité temporelle par rapport à celles du père fondateur Edgar-Pierre Jacobs. Ainsi Le Bâton de Plutarque précédait-il Le Secret de l’Espadon, tout en faisant écho au diptyque Les Sarcophages du Sixième Continent, qui racontait notamment la première rencontre entre les deux héros, alors au sortir de l’adolescence.

Les deux tomes de La Vallée des Immortels ne font pas exception à la règle, car situés chronologiquement entre Le Secret de l’Espadon et Le Mystère de la Grande Pyramide. Un exercice de haute voltige, pour lequel Yves Sente démontre une nouvelle fois la parfaite maîtrise de son sujet. En deux décennies, peut-être n’a-t-il même jamais autant possédé son art, tissant une intrigue asiatique à entrées multiples incluant enjeux politiques entre Hong Kong, Taiwan et la Chine, les origines de l’empire chinois, une vallée légendaire et le Philip Mortimer inventeur.

Alors que ces intrigues multiples s’imbriquent à divers degrés au fil des deux tomes de La Vallée des Immortels, il est un personnage qui avance masqué, au sens propre comme au figuré : le colonel Olrik. Yves Sente lui a réservé l’un des plus beaux tours de force de l’histoire : au fil de l’histoire, la Némésis de Blake et Mortimer ne rencontre jamais ses meilleurs ennemis à visage découvert !

Mais la richesse de La Vallée des Immortels va bien au-delà de la savante imbrication de ses intrigues. La contrée qui donne son titre à ces deux tomes n’est pas sans rappeler les tribulations préhistoriques de Philip Mortimer dans Le Piège diabolique. La pièce d’arbalète issue de la naissance de l’empire chinois et l’Espadon sont en outre deux variations sur un même thème cher à la littérature de science-fiction : celui de l’arme absolue.

Au fil de ce diptyque à tiroirs, les dessinateurs Teun Berserik et Peter van Dongen, pour leur premier Blake et Mortimer, sont au parfait diapason de leur scénariste. Et promettent un avenir brillant. Leur aisance dans le dessin des engins volants ouvre de belles perspectives pour l’arc scénaristique fantastique de la saga de Blake et Mortimer. Nul doute qu’Yves Sente doit déjà y penser… Comme à des retrouvailles à venir avec son complice André Juillard, pour une huitième aventure en commun.

©Jean-Philippe Doret

Blake et Mortimer

T25 La Vallée des Immortels 1 – Menace sur Hong Kong

T26 La Vallée des Immortels 2 – Le millième bras du Mékong

Scénario : Yves Sente

Dessins : Teun Berserik & Peter van Dongen

2 x 56 pages

Editions Blake et Mortimer

 

03 Fév

Hommage au grand Jean-Yves Mitton lors du FIBD d’Angoulême 2020

Biographie extraite de Bedetheque.com

Né à Toulouse en 1945, il entre aux Beaux-Arts de Lyon en 1960. Après un an d’académie, il entre dans un atelier de retouche BD pour les Éditions Lug. Pendant onze ans, il fait ses armes sur des séries telles que Sammy Sam, sa première série, Pim Pam Poum, Oum le dauphin, Popoff et surtout Blek le roc publié dans “Kiwi” dont il dessine une cinquantaine d’épisodes. À partir de 1972, il crée, outre des centaines de couvertures, une ribambelle de super-héros comme Mikros, Cosmo, Epsilon et Kronos qui fréquente les pages de Mustang, Strange, Titans et Nova pendant quinze ans. En 1975, il réalise Léonard de Vinci pour le parc Mirapolis, Blackstar, d’après le feuilleton diffusé sur TF1 et onze épisodes de Photonik en collaboration avec Ciro Tota. Il dessine également deux épisodes du Surfer d’Argent qui lui permettent d’accéder au “Comics USA”, genre peu fréquenté par les auteurs français. Acharné de travail, il s’associe avec François Corteggiani en 1987 pour une nouvelle série L’Archer Blanc publiée dans “Mickey” et Noël et Marie dans “Pif”. L’année suivante, il prend la suite de Malès De silence et de sang chez Glénat. Tout en poursuivant cette série jusqu’au tome 10, il débute la longue saga gallo-romaine Vae Victis aux Éditions Soleil avec Rocca au scénario. Par la suite, Soleil lui laisse carte blanche et il enchaîne avec Les survivants de l’Atlantique et Chroniques barbares. En 1997, il élabore Attila… mon amour avec Franck Bonnet au dessin et Quetzalcoatl chez Glénat. En 1997, il reçoit la médaille de la ville de Clermont-Ferrand lors de son Festival BD pour l’ensemble de sa carrière. En 2006, il réalise Le dernier kamikaze aux Éditions Soleil avec Félix Molinari au dessin.