10 Jan

Michel Vaillant toujours plus haut !

Michel Vaillant toujours plus haut !

En attendant la parution le 22 janvier du deuxième recueil des Histoires courtes (cette fois consacré à celles parues dans le Journal de Tintin dans les années 1970), le dixième album de la Nouvelle Saison, qui est aussi le 80e toutes saisons confondues, tisse de nouveaux canevas entre les personnages tout en offrant à Michel Vaillant un rendez-vous avec une course… qu’il n’a encore jamais disputée, fait rarissime dans la saga.

Il s’agit plus précisément de l’une des plus anciennes compétitions automobiles, née en 1916 : la course de côte de Pikes Peak (Colorado, Etats-Unis). Dite également « the race to the clouds » (la course vers les nuages), elle est aussi l’une des plus périlleuses qui soit, avec 156 virages, des précipices vertigineux… Instillant même le doute dans l’esprit de Michel Vaillant, que l’on n’avait peut-être pas connu aussi tourmenté avant une compétition depuis longtemps (l’album Série noire, peut-être)…

Désormais seul maître à bord côté scénario depuis le retrait de Philippe Graton, Denis Lapière, pour son deuxième Michel Vaillant « en solo » après Duels, jongle toujours savamment entre les intrigues de la nouvelle saison et les références aux anciens albums et personnages.

Outre le défi de Pike’s Peak pour Michel Vaillant, les dames occupent une place de choix, entre les nouvelles fonctions de Françoise, son épouse intronisée à la tête de Vaillante à la fin de l’album précédent, et le retour de la rivale journaliste Carole Ouessant. Denis Lapière glisse de subtils clins d’œil à la géopolitique américaine. D’un côté, le sénateur démocrate Steve Warson…  De l’autre, le retour du retors Bob Cramer, que l’on devine aisément versé du côté ultrarépublicain, probablement impliqué dans l’invasion du Capitole… et qui plus est affublé d’une bimbo dûment siliconée !

Quant à l’équilibre entre réalité de la course et fiction dessinée, essentiel dans la saga Michel Vaillant, il s’incarne avec la présence du pilote français Romain Dumas, actuel détenteur du record de la montée de Pike’s Peak, et de Stéphane Barbé, éminente plume de l’automobile et auteur du cahier de l’édition spécialePikes Peak les rois de la montagne … tout en contribuant à sa manière au renouveau de la marque Vaillante, grâce à une superbe surprise en fin d’album.

Des rapports entre les personnages et les (re)conquêtes automobiles à venir (notamment le retour de Vaillante en Formule 1, en filigrane depuis Au nom du fils en 2021), ce dixième tome confirme le rythme de croisière de la nouvelle saison et de son équipe partiellement renouvelée… et toujours « vaillante !

©Jean-Philippe Doret

Michel Vaillant nouvelle saison T10 Pikes Peak

Scénario : Denis Lapière

Dessins : Benjamin Bénéteau & Vincent Dutreuil

56 pages

Edition augmentée Pikes Peak les rois de la montagne avec cahier spécial 24 pages de Stéphane Barbé

Graton

 

05 Déc

Angers BD 2021 : Pascal Rabaté dédicace « Sous les galets la plage »

Présentation de l’éditeur :

Loctudy, septembre 1963, la station balnéaire se vide de ses derniers résidents estivaux. Seuls Albert, Francis et Edouard, futurs étudiants prolongent leurs vacances en attendant de commencer chacun de brillantes études supérieures devant les mener vers de prestigieuses destinées toutes tracées.

Détachés de l’autorité familiale, ces fils de bonne famille comptent bien profiter de cette liberté pour vider quelques bouteilles et vivre de nouvelles expériences. Un soir sur la plage, ils font la connaissance de Odette, jolie jeune fille sans attache familiale qui saura s’y prendre pour les contraindre à participer aux cambriolages des résidences secondaires voisines.

Bien que manipulé, Albert le futur gradé militaire, en tombera amoureux et prouvera à la jeune détrousseuse professionnelle que ses sentiments sont sincères et qu’il est prêt à changer de vie pour elle. Mais dans ces familles bourgeoises et patriarcales, on ne fréquente pas n’importe qui, on ne déshonore pas sa famille et on rentre dans le rang quelles que soient les méthodes employées.
Les plus inhumains ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Angers BD 2021 : Zanzim dédicace « Peau d’homme »

Présentation de l’éditeur Glénat :

Sans contrefaçon, je suis un garçon !

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.

La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

À travers une fable enlevée et subtile comme une comédie de Billy Wilder, Hubert et Zanzim questionnent avec brio notre rapport au genre et à la sexualité… mais pas que. En mêlant ainsi la religion et le sexe, la morale et l’humour, la noblesse et le franc-parler, Peau d’homme nous invite tant à la libération des mœurs qu’à la quête folle et ardente de l’amour.

 

Angers BD 2021 : remise du prix Première Bulle à Nautilus (Dessin : Guénaël Grabowski, Scénario : Mathieu Mariolle)

Présentation de l’éditeur Glénat :

Tout en se faisant passer pour un agent du gouvernement français du nom de Jean Paillole, Kimball parvient à faire évader Némo de la prison russe qui le retenait depuis plus de 10 ans. Avec son capitaine libéré, le légendaire Nautilus est prêt à se diriger vers la baie de Bombay où reposent toujours les documents que Kimball convoite tant.
Le temps presse, l’évasion de Némo à fait grand bruit et Kimball est toujours suivi à la trace. Pourtant, le submersible n’a pas encore démarré que le ton monte entre les deux hommes. S’ils veulent s’en sortir, il devront rester soudés. Mais les dissensions sont à chaque instant plus flagrantes. Une question reste alors en suspens : lequel trahira l’autre en premier ?

 

07 Nov

Astérix et le griffon, texte de Jean-Yves Ferri, dessins de Didier Conrad

 

Cet album présente une (petite) avancée par rapport aux deux précédents, qui ne parvenaient pas à trouver le ton, trop prisonniers de conventions (imposées et/ou auto-imposées ?) datant d’une époque révolue. On dénombre quelques inventions graphiques, visuelles, scénaristiques. Les noms des personnages sont vraiment drôles tout en s’inscrivant dans l’air du temps. Les Romains complotistes, Fakenius en tête, n’en ratent pas une « Comme par hasard ! » « On ne nous dit pas tout ! ». Le géographe de César, Terrinconus, qui emprunte ses traits à Michel Houellebecq, a bien du mal à convaincre les terreplatistes que la terre est sphérique. Quant aux Amazones, elles plairont sûrement aux adeptes de la « culture woke » car « la guerre est une affaire de femmes ». Les ex-fiers Gaulois se laissent mener par le bout du nez. Et en fin de récit, l’Amazone cheffe dit à Astérix « reviens quand tu veux, nous ferons de toi un vrai guerrier ! »

Pas de doute, il s’agit bien d’un album de 2021.

L’idée de départ est prometteuse. On attend des aventures cocasses et des rencontres étonnantes, des gags à gogo et des rebondissements. Mais le scénario s’essouffle peu à peu et l’album s’enlise pour finir en queue de poisson.

Plusieurs pistes ne sont pas exploitées (abandonnées/oubliées en cours de route par les auteurs ?) et laissent le lecteur sur sa faim. Que fait Idéfix avec les loups ? Où est passé le griffon ? Panoramix est dans le potage. César semble blasé, indifférent à ce qui se passe… Une Amazone a jeté son dévolu sur un Obélix rouge de timidité, mais le livreur de menhir fuit car son « cœur est pris par son petit chien » (!)

L’apparition conventionnelle des pirates (une seule image sans l’ombre d’un gag) n’apporte rien et relève de la figure imposée « Quel calme, hein ? ». On est d’accord.

Le dessin de Didier Conrad est sublime.

Jean-Yves Ferri donnera la pleine mesure de son talent quand il fera… du Jean-Yves Ferri !

A lire faute de mieux… en espérant que le prochain album tiendra enfin ses promesses…

©Bob Garcia

 

2021, l’odyssée de Largo Winch

2021, l’odyssée de Largo Winch

Deux jours avant sa sortie, La frontière de la nuit, 23e album de Largo Winch, a fait le 3 novembre dernier l’objet d’une présentation à la Cité des Sciences de Paris. Une projection dédiée à l’espace dans le planétarium a superbement complété cette avant-première dédiée à l’un des nouveaux défis du milliardaire le plus célèbre de la BD franco-belge : le tourisme spatial. 

L’idée d’intégrer l’espace dans la saga Largo Winch tournait déjà dans la tête du dessinateur Philippe Francq à l’époque où Jean van Hamme était encore le scénariste de la série : « De Tintin à Spirou, tous les grands héros de la BD sont allés d’une manière ou d’une autre dans l’espace », Et en 2021, le tourisme spatial a connu ses premières grandes réussites, du vol inaugural de Richard Branson au printemps dernier au tout récent baptême de l’espace de William Shatner, le légendaire Capitaine Kirk de la saga Star Trek. Ainsi La frontière de la nuit entre-t-il étonnante résonance avec l’actualité. « Entre une idée de scénario, le dessin et l’album final, il se passe environ quatre ans. Et dans cette période, le monde change très vite, poursuit Philippe Francq L’idée était bien sûr de ne pas être les derniers dans l’histoire, mais nous ne savions pas il y a quatre ans que tout le monde irait dans l’espace aujourd’hui. »

Si le tourisme spatial offre un angoissant climax à la fin de ce nouveau diptyque du milliardaire en blue-jeans, ce 23e tome est celui d’une remise en question, et même de ce qui semble être un véritable dépoussiérage… Pour emprunter une métaphore intergalactique à George Lucas, « L’empire Winch contre-attaque », en quelque sorte, sur les nouveaux enjeux économiques et environnementaux de ce XXIe siècle. « Largo est le héros le plus agaçant de la BD, sourit Eric Giacometti. Il est beau, riche, intelligent, éternel »… Mais autour de lui, le monde change. « Le Groupe W est un groupe de l’ancienne économie, et il faut prendre en compte l’espace, l’environnement, et aussi le mouvement MeToo », précise le scénariste. Quitte à être politiquement incorrect face au consensus ambiant, en dévoilant – « à la manière de Largo Winch » que nous vous laissons découvrir – la face sombre de l’écologie : l’exploitation des enfants pour l’extraction des matières premières nécessaires aux sacro-saintes batteries lithium-ion alimentant nos téléphones mobiles et la sacro-sainte voiture électrique.

Mais Largo Winch et sa garde rapprochée conservent leur ironie distanciée, marque distinctive du scénariste fondateur Jean van Hamme, tandis qu’Eric Giacometti distille avec le personnage de Simon Ovronnaz une trame humoristique récurrente… qui ne sera pas sans conséquence sur la dramaturgie globale de cette intrigue à entrées multiples.

Au fil d’un rythme mené au pas de charge, les séquences concoctées par Eric Giacometti et Philippe Francq s’enchaînent en posant de nombreuses questions et en n’y apportant que des réponses partielles, qui trouveront leur dénouement dans Le centile d’or, seconde partie de cette histoire.

« A suivre », donc, comme on dit aux Editions Dupuis et dans le Journal de Spirou… 

©Jean-Philippe Doret

Largo Winch T23 « La lumière de la nuit »

Scénario : Eric Giacometti

Dessins : Philippe Francq

48 pages

Dupuis

18 Sep

Circuit des Remparts Angoulême 2021 : exposition François Cevert de Olivier Marin & Michel Janvier

Michel Janvier et Olivier Marin sont deux talentueux dessinateurs et scénaristes de bandes dessinées « automobiles ». Ils préparent la biographie en bédé d’une légende du sport automobile, disparue prématurément : le pilote François Cevert…

Leur exposition « François Cevert », dans le cadre du Circuit des Remparts 2021 présente en avant-première plusieurs planches de leur travail en cours ainsi que des documents utilisés pour l’élaboration de la bédé.

Circuit des Remparts Angoulême 2021 : rencontre avec B. Benéteau et A. Lapasset, « Renault, les mains noires »

Présentation de l’éditeur :

Revenir sur la vie passionnante de Louis Renault, c’est s’intéresser à la première moitié du XXe siècle. C’est être témoin d’une course au progrès qui ne veut croire en aucune limite. C’est également traverser deux guerres mondiales. Et si la première va mener Renault au sommet, la seconde précipitera sa chute. Inventeur, visionnaire, pilote, businessman… On connait sa signature, reste à découvrir l’homme.

05 Avr

Champignac s’en va-t’en guerre !

    

Champignac s’en va-t’en guerre

Alors que la prépublication du troisième tome des tribulations de Spirou pendant la Seconde Guerre mondiale par Emile Bravo est en cours, deux albums mettent en scène d’autres « guerres » : celles du Comte de Champignac, entre second conflit mondial et guerre froide.

Sorti en février dernier, Le Patient A est le deuxième album de la série parallèle dédiée au grand ami de Spirou et Fantasio. Cette fois, Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, sa compagne Blair McKenzie et le mathématicien Black partent en Allemagne à la rescousse de leurs autres amis savants Schwartz et Bruynseeleke (connu dans les histoires de Spirou et Fantasio sous le simple diminutif du « biologiste »).

Après Enigma, la fameuse machine allemande à crypter les messages réputée invoilable, le canevas de ce deuxième album évoque en filigrane une autre réalité historique du régime hitlérien : la toxicomanie de ses dirigeants. Alors que l’album Enigma prenait le temps de poser personnages, intrigue et canevas historique sur 62 planches, Le Patient A resserre considérablement l’action (46 planches), dans un rythme qui n’est pas sans rappeler celui d’un épisode de la série télévisée Mission Impossible. Avec, comme dans Enigma, l’apparition de personnages réels, comme l’astrophysicien Wernher von Braun, futur père de l’aérospatiale… et séducteur, à la grande jalousie du Comte de Champignac !

Dans Spirou chez les Soviets, sorti à l’automne 2020, l’aristocrate mycologue est cette fois enlevé et conduit en URSS auprès d’un savant fou, inspiré d’un authentique scientifique de l’ère soviétique, qui a isolé en laboratoire le gène du communisme pour le propager dans le monde entier… en une sorte de « communovirus ». Neidhardt et Tarrin engagent alors Spirou et Fantasio dans une course-poursuite au rythme tout aussi effréné que Le Patient A, jonglant avec des références subtiles mais jamais absconses pour le profane – et ce bien au-delà d’un titre rappelant furieusement la « maison d’en face » de Tintin.

Mais si Spirou chez les Soviets reste dans un registre léger hérité des années André Franquin, le ton se fait plus grave dans l’introduction et la conclusion du Patient A. Car ces deux histoires éclairent également la déontologie personnelle du Comte de Champignac. Responsabilité du savant dans l’emploi des découvertes scientifiques dans la première, mais aussi éthique de simple être humain, qui se refuse dans le second à commettre un assassinat pur et simple sur la personne du « Patient A » (dont nous vous laissons découvrir l’identité) pour ne pas sacrifier son propre humanisme. Une certaine idée du savant tel que défini par la grande histoire de la bande dessinée franco-belge, parfois farfelu mais toujours brillant tout en veillant à la bienfaisance de ses principes et découvertes. Comme le Comte de Champignac et son « confrère » de Tintin Tryphon Tournesol.

©Jean-Philippe Doret

Spirou chez les Soviets

Scénario : Fred Neidhardt

Dessins : Fabrice Tarrin

56 pages

Champignac T2 « Le Patient A »

Scénario : Beka

Dessins : David Etien

48 pages

Dupuis