19 Juin

La chambre des merveilles de Julien Sandrel

Présentation de l’éditeur:

Inattendu, bouleversant et drôle,
le pari un peu fou d’une mère
qui tente de sortir son fils du coma
en réalisant chacun de ses rêves.

Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère,  Thelma, qu’il est  amoureux pour la première fois, il voit bien  qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part,  fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion  le percute de plein fouet.

Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas  d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.  En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet  sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de  toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait  vivre au cours de sa vie.

Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles,  elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures,  il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à  revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers  elle il aura vécu la vie dont il rêvait.

Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on  a presque quarante ans…

Notre avis:

« Pourquoi a-t-il fallu attendre un drame pareil pour nous rendre compte de l’importance que nous revêtons l’une pour l’autre? Pourquoi gâche-t-on toutes ces années à se détester à grands renforts de non-dits, quand au fond rien n’est brisé? Tellement de temps perdu, d’occasions manquées, de gâchis émotionnel. »

Cet extrait de « la chambre des merveilles », de Julien Sandrel aux Editions Calmann-Lévy, résume à lui seul l’un des messages principaux de ce roman qui porte tellement bien son nom, parce que oui, ce roman est une merveille.
Pas une merveille au sens claque littéraire, Objet Littéraire Non Identifié ou encore chef d’œuvre de la littérature. Mais une merveille au sens où le message qu’il transmet percute, fait échos à nos vies si pleines de tout, au sens où il résonne comme une mise en garde: Ne passez pas à côté de ceux que vous aimez et ne passez pas à côté de votre vie.

Au cours de ma lecture, je suis passée par des montagnes russes émotionnelles! Les jeux à sensations des parcs d’attractions ne sont rien en comparaison des vertiges qui m’ont pris en lisant l’histoire de Thelma, de son fils Louis et de leurs proches.
Du rire aux larmes en passant par l’angoisse et l’espoir, Julien Sandrel a su, par sa grande qualité d’écriture, transmettre tout un éventail d’émotions. Et qu’il est bon de ressentir de telles sensations à la lecture de ce roman. Il m’a fallu prendre le temps de digérer un peu le vide ressenti en refermant mon livre, et pouvoir rédiger cette chronique (en live comme à mon habitude) en étant certaine de réussir à transmettre au mieux mon ressenti et surtout parvenir à vous en donner un avis fidèle de ce qu’il est réellement.

« la chambre des merveilles » n’est pas qu’une histoire touchante, ce n’est pas que l’histoire de Thelma qui accompli les rêves de son fils alors que ce dernier est dans le coma.
« La chambre des merveilles » c’est aussi son auteur. Le soucis du détail dans son écriture. Les mots qu’il fait sortir de la bouche de chacun de ses personnages sont justes et en totale adéquation avec ceux qu’ils sont, leurs personnalité, leurs sensibilités.
Le soucis du détail jusque dans le nom de la société de cosmétiques pour laquelle travaille Thelma: Hégémonie en référence à la toute puissance et au culte de l’apparence… Une société dans laquelle la parité entre les hommes et les femmes n’est qu’une illusion d’optique, une société dans laquelle être mère ,célibataire ou non, est un handicap, une société qui impose de travailler le week-end quand on veut des responsabilités et cela au détriment de votre famille évidemment….
Hégémonie, une société comme tant d’autres dans notre pays… Et pour avoir été comme Thelma jusqu’à il y a encore quelques mois, forcément une part de transfert s’est opérée sans que je ne puisse lutter.

« Hégémonie est pour l’égalité entre les hommes et les femmes, Hégémonie investit pour le succès des femmes dans la société. Il y a toujours un gouffre entre la théorie, la politique affichée, et la pratique, cet autre visage d’une même organisation, ces non-dits qui aboutissent à un taux de femmes dans les comités exécutifs des grands groupes ridiculement bas. Depuis toujours je m’étais battue pour accéder à ces hauts postes, il était donc hors de question d’afficher une quelconque fibre maternelle en pleine conversation de travail, même un samedi, même à 10h31 ».

Quoiqu’il arrive, dites à vos proches que vous les aimez, ne cachez pas vos ressentis, vos sentiments. Vivez vos vies pour vous et avec vos proches et non en fonction de vos plans de carrière… parce que le temps perdu ne se rattrape pas.
Julien Sandrel vous transmet ce message, bien mieux que moi, sans aucun pathos, sans ce côté dégoulinant de mièvrerie que l’on peut retrouver dans certains romans. Il vous le délivre avec justesse, émotions, en vous secouant parfois…

Ce merveilleux roman est un coup de cœur pour moi, et un des seuls que je relirai sans doute régulièrement.

Un roman qui entre dans les dix romans qui ont marqué ma vie de lectrice.

Il m’a été difficile de quitter Thelma et Louis, mais sans doute pour mieux retrouver mon fils, ma famille et mes amis.

Aux éditions Calmann-Lévy. Paru le 07 mars 2018. 272 pages.

14 Juin

Les livres des 24 Heures du Mans 2018 : « La Légende des 24 Heures du Mans – Edition 2018 », de Gérard de Cortanze

Présentation de l’éditeur

Les voitures mythiques, les pilotes inoubliables, les prouesses technologiques, l’ambiance, les émotions… tout ce qui fait la légende de la plus grande course automobile du monde raconté par Gérard de Cortanze, écrivain… et petit neveu de Charles de Cortanze, vainqueur au Mans en 1938.

« Gérard de Cortanze, pour qui cette course est une histoire de famille, a raison : les 24 Heures du Mans, c’est un roman d’aventures ! » Jean Todt

 

03 Juin

Un Jardin de sable de Earl Thompson

Présentation de l’éditeur :

Un Jardin de sable est le cri de rage des laissés-pour-compte et des âmes médiocres à qui on ne tend jamais la main, mais qu’Earl Thompson [1931-1978] embrasse dans la brume du sordide et de l’impur. Jacky, né au Kansas à l’aube de la grande dépression, porte le désespoir et la misère comme une seconde peau. Témoin malgré lui de toutes les turpitudes, il se nourrit d’un monde où prévalent la brutalité, le sexe et le mépris. Sa jeunesse est un combat dans les bas-fonds de l’humanité pour se libérer de son destin et remonter à la surface. Un Jardin de sable est une oeuvre puissante et sombre, traversée de violences et de transgressions. Une histoire peuplée d’êtres acariâtres, de gamins aux mentons croûtés, de truands, de vagabonds, de prostituées, de macs et de brutes les ongles y sont sales, la peau, couverte de bleus, et les draps comme les âmes sont souillés au-delà de toute rédemption. Pourtant c’en est beau de douleur et de foi en l’avenir. C’est Steinbeck et Zola. C’est Bukowski et Fante. C’est de la dynamite et de la poésie. C’est la vie. Brutale, nauséabonde, fragile et magnifique.

Notre avis :

« Jacky, né au Kansas à l’aube de la Grande Dépression, porte le désespoir et la misère comme une seconde peau. Témoin malgré lui de toutes les turpitudes, il se nourrit d’un monde où prévalent la brutalité, le sexe et le mépris. Sa jeunesse est un combat dans les bas-fonds de l’humanité pour se libérer de son destin et remonter à la surface ».

Les romans et les auteurs américains publiés pendant la Grande Dépression des années 3O et un peu au-delà, exercent une étrange fascination chez moi. Comment pourrait-il en être autrement quand cette « génération perdue » a donné naissance à des Steinbeck, Fitzgerald, Hemingway, Dos Passos ou Nabokov. C’est aussi le terreau fertile du roman noir américain que j’affectionne particulièrement

Mais revenons à notre auteur. Earl Thompson a publié 4 romans (dont le dernier à titre posthume). « Un jardin de sable », sa première œuvre parue en 1970, a réussi la prouesse d’être nominée pour le National Book Award.

J’ai découvert ce livre vraiment par hasard. La superbe couverture des Editions Toussaint Louverture a d’abord accroché mon regard puis, juste en-dessous, comme pour faire office de bandeau rouge « Préface de Donald Ray Pollock ».

Ni une, ni deux, je me suis dit « celui-là, il me le faut ! ».

Je porte toujours une attention particulière aux préfaces et comme Donald Ray Pollock est ma plus belle découverte littéraire depuis quelques années, un bouquin qui se paye le luxe d’avoir son préambule se doit obligatoirement d’atterrir entre mes mains. Je ramène donc le bel objet chez moi et commence ma lecture.

831 pages et quelques nuits blanches plus loin, je referme le roman. Sonnée.

Par où commencer ?

D’abord, âme sensible s’abstenir (mais ce serait fort dommage). Ce n’est pas une bluette et si vous pensez lire un de ces romans dont on ne se souvient plus du titre à peine terminé, vous allez être déçu.

Cette prose prend aux tripes et ne vous lâche pas.

Non, pas d’hémoglobine, rien de gore, juste une vérité brute et nue qu’on prend en pleine gueule et c’est très déstabilisant.

Bien que le thème du bouquin soit la construction, les errances psychologiques d’un jeune gars et la structuration de ses obsessions sexuelles autour d’un complexe d’Œdipe des plus délirant, ce roman charrie bien d’autres turpitudes et allégories, toutes plus fortes les unes que les autres.

C’est une sorte de récit initiatique, qui plaque des images impitoyables sur vos rétines, un feu inextinguible dans votre cœur et vous laisse un peu désemparé.

L’histoire est semi-autobiographique, ce qui est suffisant pour donner une force incroyable au récit, qui de toute façon n’en n’avait pas besoin tant l’écriture est puissante et les descriptions violentes. Les personnages sont abîmés, brisés, malmenés par la vie et l’époque dans laquelle ils évoluent.

La ténacité du héros, ce mélange de candeur et de roublardise, force à la fois le dégoût et l’admiration. La faiblesse et l’inconséquence de la mère révolte et fait pitié. L’inceste est sans doute un des sujets les plus difficiles à aborder et le mélange des rôles, entre la victime et le séducteur, rend les choses très inconfortables pour le lecteur. On oscille entre la révolte et une certaine compassion et ce qu’il reste au final, c’est la nausée.

Le plus difficile c’est qu’il n’y a rien à quoi se raccrocher. Tout est sale et misérable. Les mentalités, sans vouloir jouer les prudes, font dresser les cheveux sur la tête. La mère et le fils sont victimes de cette époque brutale pleine de bruit et de fureur et les autres personnages sont à l’avenant.

Il y a pourtant une énergie et quelque chose d’inéluctable dans ce roman, une volonté de vie qui balaye tout sur son passage et, tour de force incontestable, on s’attache à tout ce monde.

Tout est à retenir dans ce livre. L’histoire, le style, c’est un extraordinaire moment de littérature. Je ne sais pas pourquoi cet écrivain n’est pas plus connu de ce côté-ci de l’Atlantique parce que véritablement, c’est énorme ! Tout à la fois poétique, brutal, désespéré et désespérant.

Faites-vous un cadeau, laissez-vous embarquer dans le sillage de cette famille à la dérive pendant la période glauque de la Grande dépression. Vous passerez par toutes les sensations, pas forcément les plus agréables, et, sans doute comme moi, vous refermerez ce roman en ayant la sensation d’avoir été malmené mais d’en sortir plus riche d’humanité.

Une véritable pépite.

Editions : Monsieur Toussaint Louverture. Paru en janvier 2018.

© Mireille Eyermann

16 Fév

Lucky losers, de Laurent Malot

lucky losers

Présentation de l’éditeur:

Sean, 17 ans, débarque dans la petite ville bretonne de Douarnenez : après toute une enfance passée à Londres, difficile pour lui de s’habituer à cette petite ville ouvrière où le clivage entre les « riches » et les « pauvres » est si sensible. Alors, lorsque le lycée Balzac prend feu et que tous ses élèves, fils et filles de patrons, sont obligés de terminer l’année scolaire aux côtés de ceux de Saint-Hilaire, fils et filles d’ouvriers, la situation dégénère rapidement. L’étincelle ? Un coup de foudre. Pour les beaux yeux d’une fille de grand patron, Sean défie trois fils à papa dans une compétition sportive : la natation, l’aviron et l’équitation. Ce qui n’était d’abord qu’une querelle d’ados prend de l’ampleur et c’est rapidement tout le lycée puis toute la ville qui se met à suivre la compétition avidement. Et lorsqu’un plan social de grande envergure est annoncé, Sean devient le symbole de la lutte des classes qui fait rage au sein de la ville. Parviendra-t-il à remporter la compétition ?

Notre avis:

« D’une lutte de classe à la lutte des classes », cette phrase extraite du roman est le meilleur résumé pour « Lucky Losers » de Laurent Malot!

Un vent de fraîcheur et des sourires à en creuser les rides d’expression, écrivais-je hier en citant un passage du roman. Parce que « Lucky Losers » c’est tellement ça.

Une brise légère de tendresse et de nostalgie ont soufflé sur ma lecture. De tendresse parce que Laurent donne vie à des personnages tellement attachant!
De nostalgie parce que j’ai revécu mes années lycées.

« Lucky Losers » c’est l’histoire de Sean, franco-anglais, qui est obligé de quitter Londres le jour où sa mère découvre son père dans les bras d’un homme… La famille, disloquée, déménage en Bretagne, et Sean intègre un nouveau lycée. Difficile de se faire des amis quand on débarque en cours d’année, mais pour Sean ça n’a pas été un problème. Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce que des fils à papa, bobo sûr d’eux, cherchent à humilier notre ami et sa bande. Ce jour là, tout a basculé…

Laurent Malot évoque la lutte des classes, l’éternel combat entre les riches et les pauvres, les faibles et les forts, cette dualité qui caractérise tellement notre société. Si le sujet est largement travaillé et qu’il reste sensible, Laurent a su en parler sans tomber dans l’ennui et les lieux communs grâce à la qualité de son écriture, son humour, et  tout en légèreté.

Il raconte le divorce, les relations fraternelles mais aussi les premiers émois adolescents, nous parle de tolérance et d’amitié.

Enfin, Laurent m’a présenté Sean. Comme Hannah (« de la part d’Hannah », édition Albin Michel), Sean raconte lui-même son histoire. Laurent lui prête sa plume, sa sensibilité, sa force, son humour. Il en a fait un jeune homme attachant, vecteur d’un message universel.

Il m’est difficile de vous citer un passage tant j’en ai marqué qui m’avaient fait sourire ou qui évoquaient un sujet de société de manière remarquable. J’ai donc fait le choix de vous en mettre un qui allie les deux:
« – Laisse tomber, c’est la banquise, cette fille, et toi, t’es un rafiot qui va se faire broyer si tu t’approches trop près!
J’aimais bien les métaphores de Kevin, mais celle-ci me faisait mal pour deux raisons: la première, c’est qu’en tant qu’ami il aurait pu m’encourager plutôt que de m’enfoncer. La seconde, que j’ai ignorée malgré l’évidence, me rappelait qu’on ne mélange pas les serviettes avec les torchons, Camille étant le must de la serviette, Versace Home pour palaces et hôtels grand luxe, tandis que j’étais le torchon le plus basique, un euros quatre-vingts le lot de trois chez Auchan. Il avait sans doute raison, mais c’était trop tard, j’étais amoureux, gonflé à bloc, insouciant, à la fois Julien Sorel, Cyrano et Lorenzaccio. »

« Lucky Losers » est un roman qui, bien que paru en édition jeunesse, délivre un message pour tous et trouvera écho chez vous, que vous ayez 17 ou 97 ans.

Merci Laurent de m’avoir présenté Sean.

« Lucky Losers », édition Albin Michel Jeunesse. Paru le 02 janvier 2017, 304 pages.

© Ophélie Cohen

09 Fév

De la part d’Hannah, de Laurent Malot

De-la-part-d-Hannah

Présentation de l’éditeur:

Jeune héroïne astucieuse à la gouaille irrésistible, dans un « Clochemerle » des années 1960, Hannah est une nouvelle Zazie au charme contagieux.
 » Tu es en train de grandir, Hannah, ça n’est jamais facile.
– Ça fait bientôt onze ans que je grandis ! Je ne vois pas pourquoi ce serait plus difficile aujourd’hui.
– Ça l’est parce que tu arrives à un tournant.
– Je voyais pas où elle voulait en venir, mais du coup ça m’intéressait. Je me suis allongée dans l’eau et j’ai attendu.
– Et parce que tu n’as pas une vie normale.
– Une vie normale, c’est si maman était pas morte ?
– C’est ça. Si tu avais vécu avec ta mère et si ton père avait su l’aider.
Elle a un peu pâli et je me suis demandé si elle ne regrettait pas d’en avoir trop dit. Comme elle disait plus rien, j’ai repassé dans ma tête ce qu’elle venait de dire. L’aider à quoi?
Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Notre avis:

Je crois que c’est la première fois que je cherche autant mes mots pour rédiger une chronique. D’ailleurs « chronique » n’est déjà pas le terme adéquat tant c’est une boule d’émotions qui enserre mon cœur de petite fille… Une petite fille qui comme Hannah s’est posée mille et une question sur ses origines.

Je suis née catholique mais née Cohen, avec toute l’histoire de ma famille, les exodes, la déportation, et nos histoires de famille pèsent lourd parfois.
Si je parle de « de la part d’Hannah » avec tant d’émotions, ce n’est pas anodin. C’est sûr, les paroles d’Hannah trouvent un écho chez moi, plus que chez d’autres je pense de part ce lien commun.

« Hannah avec deux H, c’est juif! », dixit le prêtre à une jeune Hannah qui n’avait aucune idée de ce que « juif » pouvait dire et de ce que cela signifiait.

Qu’est ce qu’être juif ? Laurent l’exprime tellement bien. Aujourd’hui nul ne peut en donner une définition acceptée de tous. Être de religion juive? Être né d’un parent juif et se sentir lié à ce peuple ? Tant de questions qu’Hannah se pose et que je me suis posées…parce qu’être juif est indéfinissable.

Mais « de la part d’Hannah » ne peut pas être résumé à cette question.

Au travers des mots d’Hannah, part sa voix de petite fille de dix ans, Laurent évoque les conséquences de la rumeur, de ces bruits de village qui existaient à l’époque mais qui existent encore… les dégâts que peuvent causer les « on dit »… la pression de conformité… la peur de la différence. Il raconte les vieilles rombières qui distillent leur haine de la différence: Allemands, Juifs, putes… Tout est prétexte à distiller leur venin, les conséquences leur importent peu, même si elles touchent aux enfants ou détruisent des familles.

À travers ses mots innocents (ceux d’Hannah) mais desquels transpirent une maturité qu’on ne devrait pas avoir à 10 ans, j’ai été bouleversée.

Qui sommes nous? D’où venons nous? Notre histoire est essentielle pour nous construire et les secrets de famille nuisent à notre épanouissement. Hannah, mais aussi Sarah, Antoine, Hélène, des enfants qui nous livrent leurs secrets avec leurs yeux et leurs mots d’enfants. Des mots qui touchent par leur naïveté et leur innocence mais paradoxalement avec beaucoup de maturité parce que la vie ne les a pas épargnés. Je suis passée du rire aux larmes plusieurs fois, je ne pouvais lâcher mon livre, je voulais connaître la fin de l’histoire.

J’ai beaucoup de mal à exprimer ce que je ressens à la fin de ce roman tant l’émotion est vive.

Néanmoins, à vous qui me lisez, « de la part d’Hannah » est un roman qui devrait être lu au collège… dur parfois, avec des mots qu’il faudra expliquer à nos enfants, il est le reflet de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il se passe encore dans notre pays.

« De la part d’Hannah » est livre tellement touchant.
Un hymne à la tolérance et à l’amour de son prochain, un pamphlet contre l’étroitesse d’esprit.

C’est un bijou, et je pousserai mon fils à le lire quitte à le relire avec lui. C’est un roman dont je parlerai avec son professeur de français. Parce que même si certains classiques sont incontournables, beaucoup de nos contemporains méritent leur place sur les longues listes de livres de nos écoliers, parce que ce genre de livre peut donner le goût de la lecture, parce qu’il permet de transmettre des valeurs, d’amorcer des débats sur les sujets évoqués tout au long de cette chronique.

Quand Laurent m’a parlé d’ Hannah lorsque nous nous sommes rencontrés, il a su trouver les mots pour me donner envie de le lire. Même si mes lectures sont variées, je suis majoritairement dévoreuse de polar. Je connaissais Laurent de nom via ses deux romans noirs édités chez Bragelonne. Je le découvre ici dans un style complètement différent pour ce roman qui était son premier. Je n’avais pas imaginé une seconde être émue à ce point.

Faites moi confiance, ne cherchez pas à en savoir plus et juste « lisez ».

Rien ne sert de tout analyser, il faut juste parfois se laisser porter par les émotions et laisser faire le coup de cœur.

Ne pensez pas qu’il s’agit d’un énième roman victimisant le peuple juif (si si j’entends déjà certaines critiques), regardez au delà…

Voyez ce qu’il se passe au delà du miroir et de l’histoire… Laurent appelle juste, à mon sens, au respect de son prochain, quelque soit son origine, quelque soit ses différences. Ce roman n’est nullement moralisateur, il rappelle juste que nous sommes tous « humains » et les dégâts que peuvent causer l’intolérance.

Un grand merci à Laurent de m’avoir parlé de ce roman, sans quoi je serais passée à côté parce qu’il n’a pas été assez mis en lumière. Voilà qui est réparé.

« De la part d’Hannah » aux éditions Robert Laffont. Paru le 6 mars 2014. 234 pages.

© Ophélie Cohen

31 Déc

Le monde de Tom l’éclair, de Paul Vacca

9782253098485-001-T

Présentation de l’éditeur :

À la suite de la lecture d’un comic book, Thomas Leclerc – 10 ans, 3 mois et 4 jours – s’invente les pouvoirs d’un super-héros. Après tout, n’est-il pas comme Superman, Batman ou Captain America, un étranger jeté dans un monde qui n’est pas fait pour lui ? Alors, il se lance dans d’extraordinaires missions pour défier les pièges du quotidien. À travers son apprentissage de la vie, son regard magique et sensible sur les choses, Tom redonne aux lecteurs que nous sommes quelques clefs, peut-être perdues.

Notre avis : 

Il y a des livres que l’on attend avec impatience un peu comme un enfant attend les cadeaux de Noël…

Celui ci en faisait parti depuis que je suis tombé sous le charme de la plume de Paul Vacca avec « Au jour le jour » et « La petite cloche au son grêle« .

J’ai entendu parler de ce livre par Myriam, libraire au Hall du Livre de Nancy, mais aussi par l’immense Gérard Collard ! Deux recommandations de qualités !

Dans ce livre nous suivons Tom, un petit garçon pas comme les autres. Il voit le monde et vit les choses à sa manière. Pour les adultes qui l’entourent dont ses parents, il est vue comme un enfant souffrant d’un handicap mental. Mais pour moi, en tant que lectrice, je ne l’ai pas vu vraiment ainsi. Tom comprend les choses à sa manière, il a sa propre personnalité. Il réveille en nous notre âme d’enfant.

La découverte des comic-books va changer sa vie et il va se sentir investi d’une mission : celle d’aider ceux qui l’entourent et qui traversent sa vie. Il va ainsi d’une certaine manière grandir et apprendre sur le monde qui l’entoure. Il peut paraître naïf mais je ne pense pas encore que ce soit cela. Il ne faut pas poser sur lui et ce qu’il fait notre regard d’adulte avec un jugement sinon on se retrouve à penser comme ses parents.

Dans ce livre il y a aussi d’autres histoires comme celle de ses parents. Ce couple montre bien la société des années 60 où l’homme travaille et la femme reste à la maison. On voit aussi toutes les mœurs autour de la vie de couple et de la vie en société dans une petite ville. Ce couple va vivre beaucoup de changements et jusqu’à la fin du livre on se demande si ils vont survivre à ces changements.

Cette autre histoire permet de donner un peu de souffle à celle de Tom tout comme une autre qui arrive vers la fin du livre. On s’installe assez vite dans une sorte de routine tout au long du livre avec « les missions » que Tom va avoir. Mais ce qu’il se passe en parallèle de l’histoire de Tom va garder notre envie de continuer à lire ce livre.

Les deux livres de Paul Vacca, que j’ai pu lire avant, ont été des coups de cœur. J’avais peur qu’il n’en soit pas de même pour celui ci. Mais arrivé vers la fin du livre il s’est passé quelque chose d’assez inédit pour moi. L’histoire est devenue de plus en plus intense et j’avais du mal à m’arrêter. Je me suis avalé les dernières pages avec une concentration intense (heureusement que personne n’est venu ou à essayer de m’appeler !). Mon cœur s’est emballé. Toute l’histoire a pris alors un sens et une ampleur différente.

La fin m’a littéralement mise KO, bouche bé, sans voix….

Je ne m’y attendais absolument pas. Ce petit garçon a réussi à me retourner le cerveau et les tripes au final. Il vient nous toucher nous lecteur et au final on se rend compte qu’il nous a vraiment embarqué dans son monde et qu’on y était bien.

Mais aussi, pour des raisons que je ne dévoilerais pas, on le respecte car il a beaucoup de courage et d’intelligence dans ce qu’il fait. C’est un vrai super héros !!

L’écriture de Paul Vacca est d’une richesse incroyable. C’est de la vraie dentelle, c’est du chocolat. On déguste ce livre, on le savoure et on voudrait que ça dure plus longtemps encore. Il arrive à nous toucher, à nous faire réfléchir comme peu y arrive.

Le livre est en plusieurs parties constituées de plusieurs plus ou moins long. Je ne voyais pas au début ce que cela apportait au livre mais finalement en plus de donner du rythme au livre, ça nous montre l’évolution de l’histoire et de ce petit garçon.

Dans ce livre on aborde beaucoup de thèmes qui même si le livre se passe dans les années 60 on encore une résonance aujourd’hui et nous parle.

   Ce livre n’est pas un simple coup de cœur….C’est un vrai coup de poing qui vous laisse KO mais vous avez envie de dire merci à l’auteur car ça fait du bien ! 

Édition : Le Livre de Poche – Date de parution : 29 Novembre 2017 – 384 pages

© Amandine Gazeau

11 Juil

« La plage des livres » : rencontre avec Laure Mi Hyun Croset !

La plage des livres, de Longeville-sur-mer…

La talentueuse Laure Mi Hyun Croset parle de son livre « S’escrimer à l’aimer » au micro de « Lire délivre »/France 3 !

Présentation de l’éditeur Bns Press :

Le court roman S’escrimer à l’aimer relate une histoire d’amour épistolaire. Construit en suivant les différentes parties d’un match d’escrime, il exprime comment une femme est en lutte avec elle-même, avec ses fantasmes, ses craintes et ses limites. D’un style classique, mâtiné de langue parlée, ce récit se veut avant tout badin et ironique. Le narrateur se moque, avec la complicité du lecteur, de son personnage un peu ridicule mais, comme les héros de Flaubert, pas si éloigné de tout un chacun.

Laure Mi Hyun Croset est née en 1973 à Séoul. Son recueil de nouvelles, Les Velléitaires, est paru en 2010 aux Éditions Luce Wilquin. Son autofiction Polaroïds, publiée en 2011 chez la même éditrice, a reçu le prix Ève de l’Académie Romande. Son roman On ne dit pas “je” ! est paru chez BSN Press en 2014.

19 Mai

« Ne nous quittons pas », de Jacques Expert

Présentation de l’éditeur :

Dans la chaleur de l’été et l’insouciance des années 1960, le petit Jacques et son père voient débarquer Brel et sa famille, parasols et matelas gonflables sous le bras. Une apparition qui va chambouler leur quotidien… et peut-être bien au-delà de ce qu’ils imaginent.

Un roman très drôle et riche en rebondissements, où Jacques Expert évoque son père avec une poignante nostalgie.