16 Fév

Lucky losers, de Laurent Malot

lucky losers

Présentation de l’éditeur:

Sean, 17 ans, débarque dans la petite ville bretonne de Douarnenez : après toute une enfance passée à Londres, difficile pour lui de s’habituer à cette petite ville ouvrière où le clivage entre les « riches » et les « pauvres » est si sensible. Alors, lorsque le lycée Balzac prend feu et que tous ses élèves, fils et filles de patrons, sont obligés de terminer l’année scolaire aux côtés de ceux de Saint-Hilaire, fils et filles d’ouvriers, la situation dégénère rapidement. L’étincelle ? Un coup de foudre. Pour les beaux yeux d’une fille de grand patron, Sean défie trois fils à papa dans une compétition sportive : la natation, l’aviron et l’équitation. Ce qui n’était d’abord qu’une querelle d’ados prend de l’ampleur et c’est rapidement tout le lycée puis toute la ville qui se met à suivre la compétition avidement. Et lorsqu’un plan social de grande envergure est annoncé, Sean devient le symbole de la lutte des classes qui fait rage au sein de la ville. Parviendra-t-il à remporter la compétition ?

Notre avis:

« D’une lutte de classe à la lutte des classes », cette phrase extraite du roman est le meilleur résumé pour « Lucky Losers » de Laurent Malot!

Un vent de fraîcheur et des sourires à en creuser les rides d’expression, écrivais-je hier en citant un passage du roman. Parce que « Lucky Losers » c’est tellement ça.

Une brise légère de tendresse et de nostalgie ont soufflé sur ma lecture. De tendresse parce que Laurent donne vie à des personnages tellement attachant!
De nostalgie parce que j’ai revécu mes années lycées.

« Lucky Losers » c’est l’histoire de Sean, franco-anglais, qui est obligé de quitter Londres le jour où sa mère découvre son père dans les bras d’un homme… La famille, disloquée, déménage en Bretagne, et Sean intègre un nouveau lycée. Difficile de se faire des amis quand on débarque en cours d’année, mais pour Sean ça n’a pas été un problème. Tout se passait pour le mieux jusqu’à ce que des fils à papa, bobo sûr d’eux, cherchent à humilier notre ami et sa bande. Ce jour là, tout a basculé…

Laurent Malot évoque la lutte des classes, l’éternel combat entre les riches et les pauvres, les faibles et les forts, cette dualité qui caractérise tellement notre société. Si le sujet est largement travaillé et qu’il reste sensible, Laurent a su en parler sans tomber dans l’ennui et les lieux communs grâce à la qualité de son écriture, son humour, et  tout en légèreté.

Il raconte le divorce, les relations fraternelles mais aussi les premiers émois adolescents, nous parle de tolérance et d’amitié.

Enfin, Laurent m’a présenté Sean. Comme Hannah (« de la part d’Hannah », édition Albin Michel), Sean raconte lui-même son histoire. Laurent lui prête sa plume, sa sensibilité, sa force, son humour. Il en a fait un jeune homme attachant, vecteur d’un message universel.

Il m’est difficile de vous citer un passage tant j’en ai marqué qui m’avaient fait sourire ou qui évoquaient un sujet de société de manière remarquable. J’ai donc fait le choix de vous en mettre un qui allie les deux:
« – Laisse tomber, c’est la banquise, cette fille, et toi, t’es un rafiot qui va se faire broyer si tu t’approches trop près!
J’aimais bien les métaphores de Kevin, mais celle-ci me faisait mal pour deux raisons: la première, c’est qu’en tant qu’ami il aurait pu m’encourager plutôt que de m’enfoncer. La seconde, que j’ai ignorée malgré l’évidence, me rappelait qu’on ne mélange pas les serviettes avec les torchons, Camille étant le must de la serviette, Versace Home pour palaces et hôtels grand luxe, tandis que j’étais le torchon le plus basique, un euros quatre-vingts le lot de trois chez Auchan. Il avait sans doute raison, mais c’était trop tard, j’étais amoureux, gonflé à bloc, insouciant, à la fois Julien Sorel, Cyrano et Lorenzaccio. »

« Lucky Losers » est un roman qui, bien que paru en édition jeunesse, délivre un message pour tous et trouvera écho chez vous, que vous ayez 17 ou 97 ans.

Merci Laurent de m’avoir présenté Sean.

« Lucky Losers », édition Albin Michel Jeunesse. Paru le 02 janvier 2017, 304 pages.

© Ophélie Cohen

09 Fév

De la part d’Hannah, de Laurent Malot

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Présentation de l’éditeur:

Jeune héroïne astucieuse à la gouaille irrésistible, dans un « Clochemerle » des années 1960, Hannah est une nouvelle Zazie au charme contagieux.
 » Tu es en train de grandir, Hannah, ça n’est jamais facile.
– Ça fait bientôt onze ans que je grandis ! Je ne vois pas pourquoi ce serait plus difficile aujourd’hui.
– Ça l’est parce que tu arrives à un tournant.
– Je voyais pas où elle voulait en venir, mais du coup ça m’intéressait. Je me suis allongée dans l’eau et j’ai attendu.
– Et parce que tu n’as pas une vie normale.
– Une vie normale, c’est si maman était pas morte ?
– C’est ça. Si tu avais vécu avec ta mère et si ton père avait su l’aider.
Elle a un peu pâli et je me suis demandé si elle ne regrettait pas d’en avoir trop dit. Comme elle disait plus rien, j’ai repassé dans ma tête ce qu’elle venait de dire. L’aider à quoi?
Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Notre avis:

Je crois que c’est la première fois que je cherche autant mes mots pour rédiger une chronique. D’ailleurs « chronique » n’est déjà pas le terme adéquat tant c’est une boule d’émotions qui enserre mon cœur de petite fille… Une petite fille qui comme Hannah s’est posée mille et une question sur ses origines.

Je suis née catholique mais née Cohen, avec toute l’histoire de ma famille, les exodes, la déportation, et nos histoires de famille pèsent lourd parfois.
Si je parle de « de la part d’Hannah » avec tant d’émotions, ce n’est pas anodin. C’est sûr, les paroles d’Hannah trouvent un écho chez moi, plus que chez d’autres je pense de part ce lien commun.

« Hannah avec deux H, c’est juif! », dixit le prêtre à une jeune Hannah qui n’avait aucune idée de ce que « juif » pouvait dire et de ce que cela signifiait.

Qu’est ce qu’être juif ? Laurent l’exprime tellement bien. Aujourd’hui nul ne peut en donner une définition acceptée de tous. Être de religion juive? Être né d’un parent juif et se sentir lié à ce peuple ? Tant de questions qu’Hannah se pose et que je me suis posées…parce qu’être juif est indéfinissable.

Mais « de la part d’Hannah » ne peut pas être résumé à cette question.

Au travers des mots d’Hannah, part sa voix de petite fille de dix ans, Laurent évoque les conséquences de la rumeur, de ces bruits de village qui existaient à l’époque mais qui existent encore… les dégâts que peuvent causer les « on dit »… la pression de conformité… la peur de la différence. Il raconte les vieilles rombières qui distillent leur haine de la différence: Allemands, Juifs, putes… Tout est prétexte à distiller leur venin, les conséquences leur importent peu, même si elles touchent aux enfants ou détruisent des familles.

À travers ses mots innocents (ceux d’Hannah) mais desquels transpirent une maturité qu’on ne devrait pas avoir à 10 ans, j’ai été bouleversée.

Qui sommes nous? D’où venons nous? Notre histoire est essentielle pour nous construire et les secrets de famille nuisent à notre épanouissement. Hannah, mais aussi Sarah, Antoine, Hélène, des enfants qui nous livrent leurs secrets avec leurs yeux et leurs mots d’enfants. Des mots qui touchent par leur naïveté et leur innocence mais paradoxalement avec beaucoup de maturité parce que la vie ne les a pas épargnés. Je suis passée du rire aux larmes plusieurs fois, je ne pouvais lâcher mon livre, je voulais connaître la fin de l’histoire.

J’ai beaucoup de mal à exprimer ce que je ressens à la fin de ce roman tant l’émotion est vive.

Néanmoins, à vous qui me lisez, « de la part d’Hannah » est un roman qui devrait être lu au collège… dur parfois, avec des mots qu’il faudra expliquer à nos enfants, il est le reflet de ce qu’il s’est passé et de ce qu’il se passe encore dans notre pays.

« De la part d’Hannah » est livre tellement touchant.
Un hymne à la tolérance et à l’amour de son prochain, un pamphlet contre l’étroitesse d’esprit.

C’est un bijou, et je pousserai mon fils à le lire quitte à le relire avec lui. C’est un roman dont je parlerai avec son professeur de français. Parce que même si certains classiques sont incontournables, beaucoup de nos contemporains méritent leur place sur les longues listes de livres de nos écoliers, parce que ce genre de livre peut donner le goût de la lecture, parce qu’il permet de transmettre des valeurs, d’amorcer des débats sur les sujets évoqués tout au long de cette chronique.

Quand Laurent m’a parlé d’ Hannah lorsque nous nous sommes rencontrés, il a su trouver les mots pour me donner envie de le lire. Même si mes lectures sont variées, je suis majoritairement dévoreuse de polar. Je connaissais Laurent de nom via ses deux romans noirs édités chez Bragelonne. Je le découvre ici dans un style complètement différent pour ce roman qui était son premier. Je n’avais pas imaginé une seconde être émue à ce point.

Faites moi confiance, ne cherchez pas à en savoir plus et juste « lisez ».

Rien ne sert de tout analyser, il faut juste parfois se laisser porter par les émotions et laisser faire le coup de cœur.

Ne pensez pas qu’il s’agit d’un énième roman victimisant le peuple juif (si si j’entends déjà certaines critiques), regardez au delà…

Voyez ce qu’il se passe au delà du miroir et de l’histoire… Laurent appelle juste, à mon sens, au respect de son prochain, quelque soit son origine, quelque soit ses différences. Ce roman n’est nullement moralisateur, il rappelle juste que nous sommes tous « humains » et les dégâts que peuvent causer l’intolérance.

Un grand merci à Laurent de m’avoir parlé de ce roman, sans quoi je serais passée à côté parce qu’il n’a pas été assez mis en lumière. Voilà qui est réparé.

« De la part d’Hannah » aux éditions Robert Laffont. Paru le 6 mars 2014. 234 pages.

© Ophélie Cohen

31 Déc

Le monde de Tom l’éclair, de Paul Vacca

9782253098485-001-T

Présentation de l’éditeur :

À la suite de la lecture d’un comic book, Thomas Leclerc – 10 ans, 3 mois et 4 jours – s’invente les pouvoirs d’un super-héros. Après tout, n’est-il pas comme Superman, Batman ou Captain America, un étranger jeté dans un monde qui n’est pas fait pour lui ? Alors, il se lance dans d’extraordinaires missions pour défier les pièges du quotidien. À travers son apprentissage de la vie, son regard magique et sensible sur les choses, Tom redonne aux lecteurs que nous sommes quelques clefs, peut-être perdues.

Notre avis : 

Il y a des livres que l’on attend avec impatience un peu comme un enfant attend les cadeaux de Noël…

Celui ci en faisait parti depuis que je suis tombé sous le charme de la plume de Paul Vacca avec « Au jour le jour » et « La petite cloche au son grêle« .

J’ai entendu parler de ce livre par Myriam, libraire au Hall du Livre de Nancy, mais aussi par l’immense Gérard Collard ! Deux recommandations de qualités !

Dans ce livre nous suivons Tom, un petit garçon pas comme les autres. Il voit le monde et vit les choses à sa manière. Pour les adultes qui l’entourent dont ses parents, il est vue comme un enfant souffrant d’un handicap mental. Mais pour moi, en tant que lectrice, je ne l’ai pas vu vraiment ainsi. Tom comprend les choses à sa manière, il a sa propre personnalité. Il réveille en nous notre âme d’enfant.

La découverte des comic-books va changer sa vie et il va se sentir investi d’une mission : celle d’aider ceux qui l’entourent et qui traversent sa vie. Il va ainsi d’une certaine manière grandir et apprendre sur le monde qui l’entoure. Il peut paraître naïf mais je ne pense pas encore que ce soit cela. Il ne faut pas poser sur lui et ce qu’il fait notre regard d’adulte avec un jugement sinon on se retrouve à penser comme ses parents.

Dans ce livre il y a aussi d’autres histoires comme celle de ses parents. Ce couple montre bien la société des années 60 où l’homme travaille et la femme reste à la maison. On voit aussi toutes les mœurs autour de la vie de couple et de la vie en société dans une petite ville. Ce couple va vivre beaucoup de changements et jusqu’à la fin du livre on se demande si ils vont survivre à ces changements.

Cette autre histoire permet de donner un peu de souffle à celle de Tom tout comme une autre qui arrive vers la fin du livre. On s’installe assez vite dans une sorte de routine tout au long du livre avec « les missions » que Tom va avoir. Mais ce qu’il se passe en parallèle de l’histoire de Tom va garder notre envie de continuer à lire ce livre.

Les deux livres de Paul Vacca, que j’ai pu lire avant, ont été des coups de cœur. J’avais peur qu’il n’en soit pas de même pour celui ci. Mais arrivé vers la fin du livre il s’est passé quelque chose d’assez inédit pour moi. L’histoire est devenue de plus en plus intense et j’avais du mal à m’arrêter. Je me suis avalé les dernières pages avec une concentration intense (heureusement que personne n’est venu ou à essayer de m’appeler !). Mon cœur s’est emballé. Toute l’histoire a pris alors un sens et une ampleur différente.

La fin m’a littéralement mise KO, bouche bé, sans voix….

Je ne m’y attendais absolument pas. Ce petit garçon a réussi à me retourner le cerveau et les tripes au final. Il vient nous toucher nous lecteur et au final on se rend compte qu’il nous a vraiment embarqué dans son monde et qu’on y était bien.

Mais aussi, pour des raisons que je ne dévoilerais pas, on le respecte car il a beaucoup de courage et d’intelligence dans ce qu’il fait. C’est un vrai super héros !!

L’écriture de Paul Vacca est d’une richesse incroyable. C’est de la vraie dentelle, c’est du chocolat. On déguste ce livre, on le savoure et on voudrait que ça dure plus longtemps encore. Il arrive à nous toucher, à nous faire réfléchir comme peu y arrive.

Le livre est en plusieurs parties constituées de plusieurs plus ou moins long. Je ne voyais pas au début ce que cela apportait au livre mais finalement en plus de donner du rythme au livre, ça nous montre l’évolution de l’histoire et de ce petit garçon.

Dans ce livre on aborde beaucoup de thèmes qui même si le livre se passe dans les années 60 on encore une résonance aujourd’hui et nous parle.

   Ce livre n’est pas un simple coup de cœur….C’est un vrai coup de poing qui vous laisse KO mais vous avez envie de dire merci à l’auteur car ça fait du bien ! 

Édition : Le Livre de Poche – Date de parution : 29 Novembre 2017 – 384 pages

© Amandine Gazeau

11 Juil

« La plage des livres » : rencontre avec Laure Mi Hyun Croset !

La plage des livres, de Longeville-sur-mer…

La talentueuse Laure Mi Hyun Croset parle de son livre « S’escrimer à l’aimer » au micro de « Lire délivre »/France 3 !

Présentation de l’éditeur Bns Press :

Le court roman S’escrimer à l’aimer relate une histoire d’amour épistolaire. Construit en suivant les différentes parties d’un match d’escrime, il exprime comment une femme est en lutte avec elle-même, avec ses fantasmes, ses craintes et ses limites. D’un style classique, mâtiné de langue parlée, ce récit se veut avant tout badin et ironique. Le narrateur se moque, avec la complicité du lecteur, de son personnage un peu ridicule mais, comme les héros de Flaubert, pas si éloigné de tout un chacun.

Laure Mi Hyun Croset est née en 1973 à Séoul. Son recueil de nouvelles, Les Velléitaires, est paru en 2010 aux Éditions Luce Wilquin. Son autofiction Polaroïds, publiée en 2011 chez la même éditrice, a reçu le prix Ève de l’Académie Romande. Son roman On ne dit pas “je” ! est paru chez BSN Press en 2014.

19 Mai

« Ne nous quittons pas », de Jacques Expert

Présentation de l’éditeur :

Dans la chaleur de l’été et l’insouciance des années 1960, le petit Jacques et son père voient débarquer Brel et sa famille, parasols et matelas gonflables sous le bras. Une apparition qui va chambouler leur quotidien… et peut-être bien au-delà de ce qu’ils imaginent.

Un roman très drôle et riche en rebondissements, où Jacques Expert évoque son père avec une poignante nostalgie.