03 Mai

Power par Michael Mention

Présentation de l’éditeur:

« Ici, comme dans les autres ghettos, pas d’artifice à la Marilyn, ni de mythe à la Kennedy. Ici, c’est la réalité. Celle qui macère, mendie et crève. »

1965. Enlisés au Vietnam, les Etats-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d’Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Une véritable révolution se profile. Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI. Personne ne sera épargné, à l’image du pays, happé par le chaos des sixties.

Notre avis:

J’écris toujours mes chroniques à l’instinct, guidée par l’émotion du moment. Les mots sortent seuls pour refléter mon ressenti, pas besoin de réfléchir, le livre me guide. Pour « POWER » c’était impossible. J’ai dû la rédiger avant pour être certaine de ne rien oublier et surtout réussir à vous livrer une chronique à la hauteur de ce livre.

J’ai lu beaucoup de roman dans ma vie: de la blanche, de la noire, du bon et du moins bon, de la passionnante comme des décevantes, et de ma vie de lectrice, je pense que « POWER » est la plus grande claque littéraire que j’ai prise.

Écrit avec les tripes, ce roman se lit avec les tripes. Michaël a su m’emporter dans les sixties, au cœur d’une Amérique déchirée. De la naissance du Black Panther Party en passant par l’explosion de la soûl et du Funk, de la guerre du Vietnam aux hippies sans oublier Armstrong sur la Lune ou encore le tueur en série « Le Zodiac », tout les événements marquant de cette décennie ont été évoqués.

J’ai eu souvent le sentiment de vivre en direct certains des moments de l’ Histoire relatés dans le roman. De lire les discours de Martin Luther King ou de Bobby Kennedy, de lire leurs assassinats j’en avais la chair de poule tant Michaël a su donner vie, par la magie de ses mots et sa qualité d’écriture, à l’histoire de son roman.

Documenté, précis, rempli de références historiques (Jeux Olympiques de Mexico…), musicales (une playlist de folie), POWER est un saut dans le temps.

J’ai pensé aux films « Détroit » ou encore « J.Edgar », j’ai senti la poussière, le tabac froid, la puanteur des ghettos, la drogue, la peur des habitants de ces quartiers en proie aux émeutes… J’ai entendu les cris de chagrins des mères, les détonations des armes, les ronronnements des buicks, les crissements de pneus…

Dans la première partie de son roman, Michaël Mention plante le décor, évoque la mort de Malcolm X, la naissance du black power et du Black Panther Party:

« De Fanon ils ont gardé la révolution.

De Malcolm, ils ont gardé la rage.

De King, ils ont gardé la mesure.

Du Che, ils ont gardé l’anti-impérialisme […] »

Dans la seconde partie, il nous invite à suivre les destins croisés de trois personnages:

Charlène, en recherche de repères et d’identité, aspirée par ses idéos.

Tyrone, enfant du ghetto qui accepte de travailler pour le FBI et infiltrer les Black Panther pour sortir de prison.

Neil, jeune flic, personnage complexe qui ne comprend plus l’Amérique dans laquelle il vit.

Leur évolution, leurs espoirs, leurs déceptions, leurs désillusions, « POWER » est aussi leur histoire.

« POWER » est un grand roman, plein d’humanité. Il relate non seulement les années soixante aux Etats-Unis mais il est également très actuel. Sur l’ensemble du récit, l’évolution des mouvements politiques mais aussi la radicalisation de certains personnages vers les extrêmes rappelle ce qui se passe dans notre société aujourd’hui: la montée des haines raciales, l’intolérance, la peur de la différence.

« POWER » est un chef d’œuvre, admirablement bien écrit, qui, je n’en doute pas, sera un grand succès littéraire,et peut être même plus…
L’écriture est tellement visuelle qu’il ferait aussi un très grand film.

Vous l’avez compris, ce roman est plus qu’un coup de cœur. Il est inclassable.

Laissez vous tenter et plongez au cœur de « POWER ».

Chez Stéphane Marsan éditeur, paru le 04 avril 2018, 464 pages.

@Ophélie Cohen

14 Fév

Chorale, de Nick Gardel

chorale

Présentation de l’éditeur:

Un magasin qui explose, un mitraillage à la Kalashnikov, une sirène recherchée, un gang sanguinaire, Peter, Jean-Édouard et Lorelei sont des habitués du chaos. Quand leurs extraordinaires aptitudes pour les ennuis s’entrecroisent, cette troupe soudée par l’amitié prend la route à bord d’une vieille DS qui en a vu d’autres. Mais jusqu’où peut conduire l’amitié ?

Notre avis:

On dit qu’un roman choral est un genre qui sait rendre un livre vivant et offrir une richesse littéraire particulière, grâce à la diversité de style de chaque personnage.

« Chorale » l’est assurément!

Les personnages de Nick ont effectivement tous leur style, ils sont hauts en couleurs (sauf dans les vêtements), ont de fortes personnalités et leur auteur leur a créé un univers à leur image, sur mesures, dans lequel ils s’épanouissent pleinement.

Dans « Chorale » j’ai retrouvé avec joie JED, sa DS et sa sirène. Une Loreleï qui s’est étoffée depuis « fourbi étourdi » (éditions Caïman)!

J’ai fait la rencontre de Peter Raven (présent dans des romans précédents du même auteur), Aykut l’étrange « Monsieur Aspirateur » mais aussi Vasquez et sa Ghislaine, incarnation mentale d’une vieille prof qui m’a tellement fait penser à Carmen Cru (Fluide Glacial si vous ne connaissez pas).

Tous ces personnages ont pris vie dans un roman où le thème central est l’amitié: jusqu’où sommes nous prêts à aller par amitié?

Une histoire profondément humaine, des recherches, un road trip en DS, des retrouvailles, et une Ophélie émue et la larme à l’œil.

Une ode à l’amitié que ce roman noir:

« Parce que si Aykut et Loreleï ne sont pas là pour justifier un petit peu ce que je suis, j’ai peur de chopper le vertige devant le vide ».

D’ailleurs Nick a glissé un clin d’œil à ses amis auteurs Michael Fenris et Sandrine Destombes.

J’avais adoré la plume de Nick dans « fourbi étourdi », ce style à la Audiard (dont je ne suis pourtant pas fan) ou à la Desproges.

Un univers qui détonne dans un monde où le classicisme est davantage la règle, un monde où le commercial et le grand public sont plus recherchés, parce qu’ils s’expriment en espèces sonnantes et trébuchantes…

De mon côté j’adhère totalement à l’univers Gardel et exit le classicisme.

« Chorale » est pour ma part plus abouti que « fourbi étourdi », peut-être parce qu’il y a plus de Gardel dedans. Et j’ai eu un coup de cœur pour ce roman. Sans doute parce que le thème, et la manière dont il est traité font échos chez moi, ou parce que je suis sensible à cette plume et à ce style.

Si vous cherchez une intrigue de fou passez votre chemin, Nick fait dans la finesse, dans la mise en avant de la richesse de notre belle langue, dans l’humour noir et avec des personnages qui pourraient être vos potes tant ils sont vivants dans ses romans.

« L’être humain est une pâte à pain. Un mélange aussi improbable que l’eau et la farine, travaillé à la main pour devenir un tas rebondi n’attendant qu’un peu de chaleur pour gonfler. Sauf que dans le cas présent, ce sont les habitudes qui vous pétrissent, les rituels qui vous malaxent jusqu’à ce que vous deveniez une boule élastique, prête à prendre mollement la forme qu’on lui donnera »

Merci Nick… Chorale va m’accompagner un moment…

« Chorale » de Nick Gardel, paru le 04 septembre 2017.

© Ophélie Cohen

22 Mai

« Quartier du livre, le Ve se livre », rencontre avec Ghislain Gilberti !

Présentation de l’éditeur :

« La dynamique du chaos », éditions Ring

Gys, un jeune homme au passé agité, va jusqu’à l’impensable pour oublier sa séparation. Rapidement, il cède à l’ivresse nerveuse des transgressions aux côtés de ses trois amis de la « Génération Nada » : avec eux, il écumera bars et clubs de tous les excès, en quête d’une vie nouvelle. Il ignore qu’au loin, un train fou fonce déjà sur lui. Le monstre d’acier s’appelle Séverine. Roman noir, foudroyant, impitoyable, sans aucun filtre, pervers et contre tous, Dynamique du Chaos fait l’effet d’un coup de tonnerre lors de sa mise en ligne sur internet en 2004 avec plus de 100 000 téléchargements et un torrent de commentaires de lecteurs jetés à corps perdus dans cette aventure radicale. Aujourd’hui publié pour la première fois sans censure et en édition papier, ce texte sauvage raconte la chute libre d’un homme sur fond de drogues, de sexe, d’abus en tout genre et l’amour passionnel, irrationnel, d’un homme pour une femme. Dans son art de la torsion, le virtuose Gilberti repousse les limites du soutenable par une obsession suprême inavouée : tenter de retrouver une forme originelle de pureté métaphysique et romanesque. Héritier français de William Burroughs, Ghislain Gilberti a connu l’enfer de la polytoxicomanie lourde avant de devenir tireur de précision pour l’armée de terre. Auteur des best-sellers Le Festin du Serpent (Pocket) et Le Baptème des ténèbres (édition poche La Mécanique générale à paraître en 2017), guéri, il est aujourd’hui père de deux enfants. Ghilsain Gilberti a 39 ans et vit à Belfort.

Héritier français de William Burroughs, Ghislain Gilberti a connu l’enfer de la polytoxicomanie lourde avant de devenir tireur de précision pour l’armée de terre. Auteur des best-sellers Le Festin du Serpent (Pocket) et Le Baptème des ténèbres (édition poche La Mécanique générale à paraître en 2017), guéri, il est aujourd’hui père de deux enfants. Ghislain Gilberti a 39 ans et vit à Belfort.