23 Avr

Dans la brume écarlate, Nicolas Lebel

Présentation de l’éditeur

Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais… Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour. Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie. Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ? La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie… Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang. Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver. Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres. Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

 

Notre avis

Pour ce nouvel opus des enquêtes du désormais mythique Mehrlicht, Nicolas Lebel place son intrigue dans un Paris englouti sous le brouillard. Le titre, qui évoque « Dans la brume électrique » de James Lee Burke, ou le roman de Margaret Atwwood « La Servante écarlate » annonce la « couleur ».

L’ambiance fantomatique et crépusculaire évoque les romans gothiques de Mary Shelley ou de Bram Stoker, à qui l’auteur rend d’ailleurs hommage en fin de livre et qu’il cite dans le fil du récit (p. 166).

Le lecteur ne sera donc pas surpris de croiser un vampire, de visiter un château ou encore quelques caveaux de cimetières. L’écriture est sophistiquée, parfois même un brin surannée, lugubre et poétique. Ambiance oblige (p. 194) : «  Le soleil blanc disparaissait déjà derrière les hauteurs dentelées, imprimant des ombres granitiques de stèles et de croix contre le ciel d’argent. Les arbres décharnés lançaient contre la nue leurs branches noires, aiguës comme des griffes, dans le vain espoir d’agripper les derniers feux du jour. Le brouillard s’était légèrement désépaissi et de nouvelles formes et contours lui échappaient par instants. Des traînées de brumes flottaient alentour, dans le silence de la nécropole, comme des fantômes assoupis. »

Le récit ne connaît aucun temps mort. Le tempo s’accélère dans les cent dernières pages et on se laisse prendre au jeu de cette traque impliquant de nombreux personnages qui se courent les uns après les autres avec des motivations bien différentes.

Rien de drôle donc dans cette traque au serial killer qui pourrait se passer dans le smog londonien, si ce n’est l’humour corrosif et le sens de la répartie de Nicolas Lebel.

Morceaux choisis :

« Mais je souffre de phobie administrative ©1 ! J’ai besoin d’aide ! »

Une note de bas de page précise « 1. L’ancien secrétaire d’Etat François Thévenoud, condamné pour fraude fiscale, a depuis déposé cette marque »

Ou encore, cette tirade du spécialiste des autopsies (p. 348) : « Si tous les flics de France tombaient sur autant de cadavres que vous, le pays serait désert en moins de deux ans ! Remarquez, je me plains, mais à ce rythme-là, je pourrais aussi bien ouvrir ma boîte, ma start-up ! Ma startopsie ! Startopsie, le numéro de l’autopsie ! Vue à la télé ! Offre de lancement : deux autopsies achetées, une autopsie offerte ! Parce que vos proches ont droit à une autopsie de qualité ! »

Mais les romans de Nicolas Lebel sont aussi une occasion pour l’auteur de dénoncer les inégalités et les dysfonctionnements de la société. On y croise des femmes battues qui veulent encore croire à la sincérité et au repentir de leurs bourreaux de maris, et qui refusent de porter plainte malgré les coups. On y voit aussi des CRS-SS qui tapent sur tout ce qui bouge et de malheureux migrants chassés de campements de fortune en campements de fortune, ingénieurs dans leur pays et clochards en France. L’auteur fustige ceux qui estiment que « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », une phrase qui a rendu célèbre Michel Rocard, champion autoproclamé du socialisme (sans doute aurait-il fallu mentionner le copyright). Mais ceci est une autre histoire…

A l’arrivée, un page-turner réussi, captivant, extrêmement bien renseigné sur le plan procédural, truffé de références littéraires judicieuses, et qui met en scène des personnages de flics attachants malgré leurs travers.

© Bob Garcia

04 Avr

Les Nouvelles enquêtes de Nestor Burma : Crimes dans les Marolles, de Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

 » C’était au temps où Bruxelles brusselait…non peut-être !  »

Nestor Burma à Bruxelles…

Un fait-divers vieux de onze ans.

Burma ne peux résister à y mettre son nez, à fouiller…

Nadine Monfils nous offre une balade bucolique et sombre dans le vrai Bruxelles.

« Guy Marchand, mon acteur fétiche, beau comme une Ford Mustang, même à l’âge d’être l’ermite des tarots. Le sourire c’est comme le charme, ça ne vieillit jamais. La pétillance dans le regard non plus. Puis la voix…Signoret et Trintignant, ou encore Jeanne Moreau…Ça te fait une valse à mille temps, rien qu’en te disant bonjour.

Tu parles que j’en ai entendu parler ! Il y a quelques années, cette terrible histoe avait défrayé la chronique. On l’avait surnommée Beast, la bête, parce que le criminel avait fait un carnage. La nuit du 16 juin, un jeune homme, Léo Straum s’était réveillé dans l’entrepôt de textiles de ses parents, situé dans le quartier des Marolles, rue des Capucins, avec son père, sa mère et sa sœur éventrés et lardés de coups de couteaux. Une vraie boucherie. Les murs étaient éclaboussés de sang et le gars ne se souvenait plus de rien. »

 

Notre avis :

Autant le dire tout de suite : ce livre est une petite merveille, qui se déguste comme une friandise. Belge, forcément.

Chaque phrase de Nadine Monfils est taillée sur mesure pour habiller le plus célèbre des détectives franchouillards. Elle se glisse dans la peau du personnage et se l’approprie sans jamais le détourner. C’est du grand Nestor Burma ! Léo Mallet doit se retourner de plaisir dans sa tombe. Son lascar a traversé les décennies et semble aussi à l’aise dans notre époque que dans celle de son créateur. Il possède un portable et son pote Mansour est « un geek hors pair et un cador du Dark Web ».

On suit le récit avec passion, car il y a une vraie enquête, bien construite et haletante comme on dit dans les thrillers à la mode.

Mais on se régale aussi des digressions, un art que Nadine maîtrise.

Ça frise souvent le délire. C’est truculent et drôle. On se croirait dans ces épisodes d’anthologie de Strip Tease, même quand le perroquet est remplacé par une mouche. «  Perso, j’ai connu un malabar en taule qui avait réussi à élever une mouche […] à merde qu’il avait baptisée Joséphine, parce qu’il kiffait la chanteuse aux bananes, il avait quand même étranglé sa femme, et écrasé l’amant de cette salope avec sa Ford Mustang. Mais il avait épargné le yorkshire. Bon cœur, il avait été déposer le clébard devant l’église, tel Moïse avant le Déluge, et il était retourné sur le lieu des crimes pour s’assurer que plus personne ne respirait. […] Quand il te parlait de sa mouche, tout juste s’il ne se mettait pas à chialer. La bestiole était devenue sa raison de vivre, sa chérie, son égérie de chez Lanvin, sa Victoria Beckham. Il te racontait qu’il roupillait avec elle, posée sur le coin de sa bouche, comme un grain de beauté. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mitards jusqu’au jour où il l’avait avalée en ronflant. Et là, ce fut la fin du monde. Joséphine était partie dans l’intestin du gros qui, chaque fois qu’il coulait un bronze, touillait dedans avec sa petite cuillère à café pour la retrouver. Il finit par dénicher l’amour de sa vie qu’il rinça sous le robinet et à qui il offrit des funérailles dignes de la reine d’Angleterre. Elle trône sur son étagère, dans une boite d’allumettes, sur un petit coussinet confectionné avec un bout de tissus arraché à son calebar, pour lui rappeler des odeurs familières. Et tous les soirs, il lui chante une berceuse.

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que l’homme est à la fois ange et diable. »

La digression a toujours une utilité. Sous la plume de Nadine, Nestor nous livre le fond de sa pensée sur la société, et cela vaut des livres de philosophie. : «  On est toujours en guerre. Même dans les pays où on ne se tire pas dessus, on est en guerre contre les cons. En plus, ils pullulent et se reproduisent. Puis ils votent pour des plus cons qu’eux. Je me souviens, quand j’étais plus jeune, j’avais la naïveté de croire qu’on pouvait discuter, se parler… mais avec les cons, tu peux pas. Faut juste les zapper. Au max, dire bonjour si ça te gêne d’être impoli. Pour le reste, tu passes ton chemin et tu ne réponds pas. Les cons, c’est comme les microbes. Faut pas s’en approcher sinon t’es contaminé. »

Et : «  Si le bonheur est contagieux, la poisse l’est bien plus encore. Et une fois que tu l’as attrapé, elle te colle aux semelles. »

Ce livre, c’est aussi une invitation au voyage dans les Marolles d’hier et d’aujourd’hui, truffé d’expressions plus-Belge-tu-mœurs. Ça sent le vécu. Rassurez-vous, Nadine a mis plein d’astérisques un peu partout, et en fin de chapitres on découvre le sens de mots est expressions fleuris tels que ziverderaa, le zwarte piet, les cuberdons (miam !), les fritkot (re-miam !), et pis mijn kluut !

La nostalgie s’invite parfois dans le récit…

« J’aime bien Bruxelles le soir. Les gens sont aux terrasses devant de grands verres de bière. Je passe près de la lunette, à côté de l’Opéra, où les verres sont plus grands que des assiettes à soupe. […] et le soir, la jeunesse devenue bobo, celle qui pond des enfants rois, s’habille vintage, mange bio et roule à vélo, pousse-toi de là bobonne. Ils polluent moins que notre génération, mais qu’est-ce qu’ils sont chiants ! »

Mais Nadine Monfils est aussi et surtout une styliste. C’est ce qui manque le plus actuellement dans le polar. C’est bien d’aligner les cadavres et les scènes atroces. C’est mieux de l’écrire avec du style, et pourquoi pas de la poésie…

« Galant, je prends les rames et on embarque. Peu de monde sur l’eau à cette époque printanière où le soleil joue au marque-page dans les livres de pluie.

Au début, on ne parle pas. On se regarde et on savoure ce moment paisible, loin de la foule, des grues qui creusent Bruxelles depuis des lunes, ville éternellement en chantier qui accroche ses lambeaux d’âme jusque dans la rue des Bouchers, à l’heure où les touristes se sont envolés. »

Et : «  Il y a un peu de soleil. J’ai envie de marcher, de me dépêtrer de cette toile d’araignée gluante qui me colle aux rêves. »

Bon allez, j’arrête sinon je vais citer le livre en entier. Le mieux c’est de le lire, hein. 175 pages de bonheur, pour 15 euros. Franchement, qu’est-ce que tu as de génial de nos jours pour ce prix là ?

Foncez, vous allez vous régaler.

Nadine est au sommet de son art. Elle laisse exploser son talent, sa virtuosité, sa gouaille, son humour. Tout sonne juste. Tout est beau ! Son Nestor est plus vrai que nature.

© Bob Garcia

 

 

 

20 Mar

« Animal », Sandrine Collette, chez Denoël

« Animal », Sandrine Collette

Présentation de l’éditeur

Dans l’obscurité dense de la forêt népalaise, Mara découvre deux très jeunes enfants ligotés à un arbre. Elle sait qu’elle ne devrait pas s’en mêler. Pourtant, elle les délivre, et fuit avec eux vers la grande ville où ils pourront se cacher.

Vingt ans plus tard, dans une autre forêt, au milieu des volcans du Kamtchatka, débarque un groupe de chasseurs. Parmi eux, Lior, une Française. Comment cette jeune femme peut-elle être aussi exaltée par la chasse, voilà un mystère que son mari, qui l’adore, n’a jamais résolu. Quand elle chasse, le regard de Lior tourne à l’étrange, son pas devient souple. Elle semble partie prenante de la nature, douée d’un flair affûté, dangereuse. Elle a quelque chose d’animal.

Cette fois, guidés par un vieil homme à la parole rare, Lior et les autres sont lancés sur les traces d’un ours. Un ours qui les a repérés, bien sûr. Et qui va entraîner Lior bien au-delà de ses limites, la forçant à affronter enfin la vérité sur elle-même.

Humain, animal, les rôles se brouillent et les idées préconçues tombent dans ce grand roman où la nature tient toute la place.

 

Notre avis

Sandrine Collette fait partie de ces auteurs qui savent embarquer le lecteur dans leur récit en quelques pages. Peu de description, pas de tergiversation, juste une mise en situation. On est instantanément dans l’action. La tension est ressentie dans les moindres phrases. Parfois trois mots suffisent  Impossible de ne pas tourner la page pour savoir ce qui va se passer. Pendant une trentaine de pages, on suit donc avec avidité le récit de Mara, qui recueille deux gamins.

Puis l’histoire bascule dans un autre univers, qui n’a apparemment aucun rapport.

Pas le temps de regretter Mara et ses déboires.

Sandrine nous embarque déjà dans une autre histoire, celle de Lior, une jeune femme fascinée par la chasse ; et son compagnon Hadrien qui tente de suivre le mouvement.

L’introduction est un modèle littéraire : « Il y avait une étrange lumière jaune au fond du ciel, qui vient après les orages, avant même que la pluie ait cessé de raviner les terres. Hadrien connaissait bien cette lumière, qui ne disait jamais vraiment si la tempête était passée ou si elle s’apprêtait à revenir, à faire demi-tour en s’arrachant au vent. A la fois cela le rassurait que le monde ne soit pas entièrement ténèbres, et à la fois le frisson persistait le long de son dos, tout n’est pas fini, pensa-t-il, c’est pour cela, il en reste encore : du vent et de la fureur.

Le malaise, sans doute, il le tirait de cette incertitude. Est-ce que la tempête s’abattrait sur eux ou non – ou au contraire, ce qui le troublait était la conviction que quelque chose allait arriver en même temps que la lumière jaune. »

Bonjour l’ambiance. Le lecteur est prévenu. C’est parti pour 282 pages de tension, de doutes, de course-poursuite effrénée. Le tout servi par une écriture subtile, où chaque mot est pesé, où chaque ambiance est calculée, chaque décor contribue à étouffer un peu plus le lecteur.

La chute arrive comme une délivrance. On retrouve Mara et ses deux gamins. Tout est tellement lié, tellement évident, que l’on s’en veut de ne pas avoir compris.

Ce livre ne se lit pas, il se dévore.

Courez l’acheter. Seul risque : vous allez devenir accro !

Sandrine Collette n’est pas seulement une formidable raconteuse d’histoire, c’est une styliste magistrale et une auteure surdouée.

Respect, Madame ! Vivement le prochain roman. Celui-ci va rafler quelques prix littéraires, sinon je n’y connais rien…

©Bob Garcia

 

16 Nov

Mattias Köping présente « Le Manufacturier » (Ring noir) au 38ème salon du Livre du Touquet

Présentation de l’éditeur

Le 19 novembre 1991, une poignée de paramilitaires serbes massacrent une famille à Erdut, un village de Croatie. Laissé pour mort, un garçonnet échappe aux griffes des tortionnaires, les Lions de Serbie. Un quart-de-siècle plus tard, l’avocate Irena Ilić tente de remonter la piste jusqu’à la tête du commando, le sinistre Dragoljub.

Le 1er avril 2017, les cadavres d’une femme et de son bébé sont retrouvés dans la banlieue du Havre, atrocement mutilés. Niché dans le dark Web, un inconnu sous pseudonyme revendique le double meurtre et propose les vidéos de ses crimes à la vente sur son site Internet… Depuis quand sévit-il ? Prêt à transgresser la loi, le capitaine de police Vladimir Radiche s’empare de l’affaire qui sème la panique sur le pays, au risque de voir l’inimaginable s’en échapper.

Les deux investigations vont se percuter avec une violence inouïe. L’avocate et le flic ont des intérêts divergents et sont prêts à se livrer une guerre sans merci. Emportés dans l’abîme du terrifiant conflit yougoslave, les enquêteurs évoluent dans un vertige noir, gangrené par la violence et la corruption, où les plus pourris ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Crimes contre l’humanité, meurtres en série, fanatismes religieux, trafics entre mafias sans scrupules, l’étau se resserre au fil des chapitres. Les égouts de l’Histoire finiront par déborder, et vomir des monstres trop vite oubliés.

N’ayez pas peur.

Oui, il y a tout cela dans Le Manufacturier. Non, il n’y a pas d’autre issue.

 

Mattias Köping, l’auteur des Démoniaques, thriller doublement primé en 2018 et acclamé par le public, libère toute sa puissance dans ce vrai page-turner, addictif et haletant, porté par une atmosphère envoûtante et une écriture ciselée. Programmé pour jouer avec les nerfs des lecteurs les plus aguerris de romans policiers, Mattias Köping confirme son entrée implacable parmi les maîtres du thriller français.

 

 

30 Oct

« Requiem pour un fou », de Stanislas Petrosky

 

Il fallait le trouver ce personnage haut en couleur de Requiem, synthèse de San-Antonio et de Don Camillo, prêtre exorciste très porté sur le goupillon. Stanislas Petrosky a eu ce coup de génie. Et depuis l’apparition du curé libidineux, le lecteur en redemande… et ne s’en lasse pas !

Et puis là, un livre dédicacé par l’extraordinaire Nadine Monfils, ça force le respect et ça inspire tout de suite confiance.

Les bons mots fusent :

« Pourquoi voulez-vous baptiser mon sexe Line ?

  • Parce que Line est branlable… »

Les personnages sont habités. Le flic-chef s’appelle Gaspard Alyzan.

Certains trouvent ça vulgaire, moi ça me fait hurler de rire.

En digne héritier de Frédéric Dard, Petrosky converse avec le lecteur, l’interpelle, le prend à partie, installe une sorte de connivence déjantée.

« Tu aimes ces petites brèves que je glisse ici et là, tu t’en délectes en fin gourmet que tu es, et crois-moi, tu ne vas pas être déçu du casse-dalle, il y a du lourd »

Avec l’air de ne pas y toucher, Petrosky excelle dans l’art du page-turner. L’intrigue ne connaît aucun temps mort. Le livre est à peine commencé que vous vous réalisez que vous êtes déjà en train de lire les remerciements de fin.

Les titres de chapitres annoncent la couleur : « Chapitre où je joue les mentalistes, mais pas trop longtemps, parce que je crois que je suis dans la merde… » ou « Chapitre où vacherie il va y avoir de l’action… »

Mais sous couvert d’humour et de calembours, Petrosky signe aussi un roman noir qui dénonce les dérives d’une société qui abandonne les fracassés de la vie, les clodos, les vieux. « L’enfer, voilà, la solitude c’est l’enfer sur terre… »

Mais on ne tombe pas dans le pathos. Petrosky épingle aussi les excès de cette même société qui a du mal à son « vivre ensemble » : « Une vit une drôle d’époque. Entre les mecs trop lourds, qui mériteraient une bonne claque dans la gueule, voire un coup de genou dans les aumônières, et les filles qui, dès qu’on tend un semblant de regard sur elles, se mettent à hurler au viol, va falloir trouver le juste milieu. Moi, je me permets de vous dire que vous êtes mal barrés pour vivre de belles histoires d’amour si vous ne redressez pas la barre rapidement… »

Bref, les pisse-froid, les baise-menus, les adeptes du politiquement correct peuvent passer leur chemin. Ce livre s’adresse aux gens sains d’esprit et aux amateurs d’humour iconoclaste. C’est pas de la roubignolle de chansonnier.

Seule petite réserve (très personnelle), le prénom d’un des personnages – looser comme c’est pas permis – qui mériterait plutôt de s’appeler Emmanuel ou Donald : « Je sens que Bob va m’en vouloir, mais je me lève et lui balance un bon coup de latte dans les côtes en même temps qu’un « fin de race » ».

©Bob Garcia

 

PS :

Bravo l’artiste !

On rêve déjà du prochain titre…

« La passion selon Requiem » ?

« Requiem s’en tamponne le corbillard » ?

10 Oct

« Apocryphe, qu’est-ce que la vérité ? » de René Manzor

« Apocryphe, qu’est-ce que la vérité ? » de René Manzor

Présentation de l’éditeur

Jérusalem. An 30.

Un petit garçon regarde avec rage

son père agoniser sur une croix.

Son nom est David de Nazareth,

et ceci est son histoire.

Un adolescent en quête

de justice et de vérité,

Une fresque épique, violente et émouvante,

un thriller biblique à couper le souffle

relecture stupéfiante

de l’histoire officielle.

Biographie de l’auteur

René Manzor est scénariste, réalisateur, et écrivain. En seulement deux romans, René Manzor s’est imposé comme un des nouveaux noms du thriller français, et a reçu pour Celui dont le nom n’est plus (Kero, 2014) le Prix Cognac du polar Francophone .

Notre avis

En fin d’ouvrage, l’auteur prévient que « Ce livre est une œuvre de fiction. Même s’il est inspiré en partie de faits réels et qu’il évoque certaines personnes ayant existé, il reste cependant un roman noir. »

Pour moi, il est beaucoup plus que cela. On peut aussi le lire comme un thriller et un péplum, une quête spirituelle et un « road trip » biblique.

Mettre en scène les péripéties du fils de Jésus n’a rien d’évident. C’est même un sujet franchement « casse gueule ». Comment ne pas tomber dans les clichés et les poncifs. Pourtant, ici, tout sonne juste, tout semble réel ou du moins plausible.

Les scènes de bataille, comme la description des mœurs au début de l’ère chrétienne semblent sortir de textes d’époque. La vie d’un esclave ne vaut pas le prix de la lame qui lui tranche la gorge à la moindre contrariété. Le « pacificateur » roman ne fait pas dans la dentelle. Âmes sensibles s’abstenir.

Le récit est captivant et sans temps mort. Les personnages sont attachants et parfaitement bien campés.

On se laisse emporter par ce souffle épique doublé d’une quête spirituelle. René Manzor interpelle le lecteur sur ses propres croyances, et sur la genèse du judéo-christianisme.

Les thèmes de la repentance et du pardon sont au centre de cette fresque flamboyante.

Le tout est servi par une écriture soignée, cinématographique, sans faille.

Du bel ouvrage.

Ne passez pas à côté de ce livre, il vous fera voyager loin dans le temps, dans des contrées miraculeuses… et au fond de vous-mêmes.

Un véritable coup de cœur !

 

©Bob Garcia

13 Juil

Comme des bleus de Alex Laloue et Marie Talvat

Présentation de l’éditeur:

Un meurtre sordide à Paris. Un jeune flic et une jeune journaliste. Tous deux ont moins de trente ans et doivent faire face à une enquête compliquée. Nos deux bleus partent à la chasse au tueur et se font avoir. Des erreurs de jeunesse qui pourraient avoir des conséquences fâcheuses. Mais ils sont têtus. Ils ne lâchent pas l’affaire…

Paris, novembre 2016. Le sordide assassinat d’une femme enceinte secoue l’opinion publique. La brigade criminelle est sous pression. Il faut dire que tous les ingrédients du scandale sont réunis : une victime, fille d’un ténor du barreau, des élections qui approchent et une presse qui se déchaîne.
Dernière recrue du groupe chargé de l’enquête, Arsène Galien est tout de suite plongé dans le grand bain. Il compte bien profiter de cette affaire pour gagner la confiance de ses supérieurs. Quant à Pauline Raumann, jeune journaliste voisine de la victime, elle se serait bien passée d’être mêlée à cette enquête, qui fait ressurgir des démons oubliés.
Les deux novices ont des idéaux et des incertitudes plein la tête, tandis qu’une irrésistible attraction les pousse toujours plus près l’un de l’autre. Ils vont finir par se laisser emporter dans une affaire hors du commun, à la poursuite du pire des tueurs.

Notre avis:

« Comme des bleus » de Alex Laloue et Marie Talvat: Itinéraire d’un futur succès littéraire.

Voilà une lecture qui me tenait particulièrement à cœur… Quand j’ai vu Alex au détour des allées de St Maur en Poche, je me suis demandée ce qu’il faisait là! Je l’avais perdu de vue depuis deux ans environ. Et pourtant… Nous nous sommes connus en 2012 lorsqu’il a fait sa formation de réserviste.Je l’ai ensuite aidé pour l’oral du concours de gardien de la paix (il avait le potentiel et juste quelques détails à travailler pour l’oral)… Je garde d’Alex l’image d’un touche à tout, capable de beaucoup de choses. Mais de là à l’imaginer auteur!
Pourtant il signe ici son premier roman avec sa chère et tendre Marie, et quel roman.

« Comme des bleus » est le premier polar d’une nouvelle génération d’auteurs, bercés par les maîtres du genre. Pour autant, aucun copier-coller, une véritable identité, un air de fraîcheur mais avec une certaine gravité et une grande maturité.

A la suite d’un assassinat sordide, Alex et Marie nous entrainent à la suite d’ Arsène alias Lupin, jeune flicard au 36 et Pauline, jeune journaliste d’investigation. Les deux se remettent d’histoires sentimentales difficiles et se noient dans les bras des premiers venus pour oublier une solitude que ni les réseaux sociaux, ni le travail ne peuvent combler.
En cherchant à faire la lumière sur ce crime odieux, ils nous offrent leurs points de vue d’une enquête mais aussi des relations humaines et nous achèvent avec un final surprenant.
L’intrigue est bien construite, pas de temps mort, une narration rythmée par des chapitres qui alternent la vision de « Lupin » et la vision de Pauline, chacun nous apportant, outre l’avancée des investigations, leur vision d’une société « mac do »: une société de consommation rapide, le regard sur leur génération, le développement des relations virtuelles qui a entraîné l’incapacité chronique à échanger avec ces semblables IRL, le poids des générations précédentes.

« On est une belle brochette de jeunes cons qui débarquent dans la vie avec l’ambition de tout bouffer et le manque d’expérience de ceux qui n’ont jamais eu une seule assiette devant eux. […] On fait partie de cette génération qui n’arrive pas à se gérer elle-même sans un tag facebook, mais en qui les « adultes » mettent tant d’espoirs qu’il va bientôt nous être demandé, chacun dans notre domaine, de rendre le monde meilleur. Et ça nous terrifie […]
On fait parti de la génération Y, parait-il. Je pense surtout qu’on fait partie d’une génération pour qui tout est plus facile. On chope sur internet, on fait du shopping sur son smartphone, mais le moindre contact humain nous effraie […] »

L’écriture est jeune mais pas dans le sens péjoratif du terme, elle est fraîche, percutante, différente de ce que l’on a l’habitude de lire avec des auteurs plus âgés (attention on ne se vexe pas!). Elle est de grande qualité et en cohérence totale tant avec l’histoire qu’avec le contexte temporel. Elle colle à l’âge des personnages, à leur état d’esprit, à ceux qu’ils sont.
L’alternance de narrateur sur les chapitres permet de s’imprégner des personnalités de chacun des personnages et d’avoir une double vision de l’enquête et de leurs sentiments. Et si je connais moins Marie, en revanche je peux vous garantir qu’il y a beaucoup d’Alex en Arsène « Lupin ».
D’ailleurs ce jeune « bleu » et sa douce Pauline sont des personnages qui vous marqueront, car le reflet fidèle de leur génération. Alex et Marie leur ont donné vie comme Gepetto a pu le faire avec Pinocchio: ils sont palpables, visibles, touchants, et il est difficile de les quitter une fois le roman refermé.

« De cigarette en cigarette, Arsène me raconte tout ça sans filtre. Pris dans son histoire, je crois qu’il ne remarque même pas qu’il vient, en passant, d’avouer qu’il m’a déjà déshabillée plusieurs fois en pensée. Sa candeur a quelque chose de rafraîchissant. Après tout, qui sont-ils ces chorégraphes des sentiments qui ont décidé que la danse de l’amour devait répondre à la loi du secret? … »

Cette lecture m’a fait rire, sourire, pleurer... Je ne peux que féliciter Alex pour sa description du monde « police », tellement fidèle à la réalité.
Merci Alex et Marie pour ce beau roman qui fait son entrée dans mon top 10 des lectures 2018, pas par amitié non, mais par sa grande qualité.
Ecrire à quatre mains n’est pas un exercice facile. la manière dont vous avez choisi de le faire donne force et originalité à votre roman. Il me tarde de lire la suite maintenant!

Ce premier roman de la nouvelle génération est à découvrir!!!

Paru le 12 avril 2018 chez Plon, collection sang neuf. 324 pages.

@Ophélie Cohen

07 Avr

Le Rocker en pantoufles par Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

En Normandie, à Dives-sur-Mer, dans le magnifique petit village d’art de Guillaume le Conquérant, va se dérouler une intrigue très troublante. Elvis Cadillac, ze sosie belge et bedonnant du King, est invité avec sa chienne Priscilla à venir chanter à l’enterrement d’un fan d’Elvis Presley. Or, la veille, il a pris en stop un étrange personnage qui n’est autre que… le mort ! Dives-sur-Mer est alors plongée dans la stupeur après la découverte des cadavres de deux jeunes filles, sauvagement assassinées, dans une bouée-balise en mer. Le mystérieux auto-stoppeur d’Elvis est-il lié à ces crimes affreux, inspirés de l’oeuvre de Lewis Carroll Alice à travers le miroir ? Dans cette petite ville, chacun a ses secrets…
Un polar pimenté d’humour noir, sur les pas des peintres et écrivains célèbres qui se sont inspirés de la Côte Fleurie. À déguster avec un p’tit Calva, bien sûr !

Notre avis :

Depuis longtemps j’entendais parler de Nadine Monfils. Mais comme beaucoup je ne peux pas lire les livres de tout le monde !

Je savais que son style était proche de celui de Stanislas Petrosky dont le dernier livre a été un immense coup de cœur. Donc du coup je me suis lancé dans son petit dernier !

Nadine fait revenir son personnage d’Elvis Cadillac comme dans son précédent roman. Ne l’ayant pas lu j’ai eu peur d’être un peu perdue mais en faite non ! Il y a des références aux précédents mais rien qui empêche le lecteur de lire ce livre.

Le livre commence avec une scène un peu étrange mais qui m’a accroché de suite. Elvis prend en stop une personne plutôt étrange. Il y a de suite comme un brin de mystère qui s’installe. Cela se confirme par la suite quand on sait que c’est la personne dont Elvis va à l’enterrement.

Il va donc mener l’enquête dans ce petit village de Normandie si joliment décrit par Nadine Monfils.

La mort de ce personnage va faire remonter à la surface d’autres morts auxquelles il semble lié. Elvis va donc mener l’enquête dans le petit village de Dives sur mer.

Dans ce livre il y a de nombreux personnages. Il faut être attentif pour ne pas se perdre. Ils sont tous très intéressant et bien décrits. Mais ce qui est le plus intéressant, ce sont les lieux. L’auteure a attachée beaucoup d’importance pour les décrire. Ce petit village m’a beaucoup fait rêver et j’ai très envie d’aller le voir en vrai. On sent que l’auteure le connaît parfaitement car à travers cette histoire c’est une visite du patrimoine et de son histoire auxquelles nous avons droit.

Ce qui m’a aussi beaucoup marqué dans ce livre c’est le langage. On a le droit au patois local mais aussi aux expressions belges ! Cela m’a beaucoup plus. Ça donne un petit côté sympathique, drôle à ce livre et on apprend aussi.

L’histoire est construite de manière intéressante. Il n’y a que le lecteur qui connaît tous les éléments pour répondre aux différentes questions qui se posent. On soupçonne chaque personnage mais l’auteure arrive à nous surprendre !

Je ne m’en suis pas rendue compte de suite mais j’étais captivée par cette histoire. Les chapitres sont courts donc on va très vite en retenant son souffle jusqu’à la fin !

La plume de l’auteure m’a séduite. C’est à la fois drôle mais aussi très beau sur certains passages. Il y a quelques réflexions sur la vie, sur notre manière de voir les choses qui m’ont beaucoup plu.

Ce fut une belle lecture et une belle découverte. J’ai adorée l’univers de Nadine Monfils avec son personnage d’Elvis Cadillac. Ce polar sans prétention remplit sa mission et nous fait passer un bon moment de lecture.

Chez Fleuve Editions. Paru le 8 Mars 2018 – 224 pages

© Amandine Gazeau

10 Fév

Punk friction, de Jess Kaan

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Présentation de l’éditeur:

Auchel, nord de la France. Le corps d’un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d’autant qu’on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d’une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs…

Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant Lisziak, frais émoulu de l’école de police, du SRPJ de Lille sont chargés de cette enquête qui s’annonce particulièrement sordide. Une jeune lieutenant, en poste dans la cité, ne veut pas lâcher l’affaire et s’impose à ce duo pour le moins hétéroclite.

Notre avis:

C’est avec beaucoup d’humour que Jess Kaan nous entraîne dans une double enquête, entre Lille et Auchel (le Pas de Calais pour les non ch’ti), dans mon plat pays.

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce roman, qui je dois l’avouer ne m’a pas émue, mais touchée. Touchée parce qu’il est une véritable critique de notre société. Avec des prises de positions assumées et une grande habilité, l’auteur amène son lecteur à réfléchir sur des sujets qui sont tout sauf légers.

Ainsi Jess décrit une jeunesse perdue et désabusée:

« Quatre paumés du Nord, le genre de gosses comme il en existe des milliers, une génération sacrifiée par un système à bout de souffle. Enfants cassés, enfants broyés par des rouages socio-économiques les dépassant. Difficultés familiale au sein de tribus éclatées, borderline, échec scolaire lié à leur différence, aucune perspective et aucune possibilité de rémission. »

Il parle d’une région qui souffre de l’abandon des politiques élus:

« Les bâtisses rappelaient surtout qu’Auchel avait grandi avec les mines, comme d’autres villes du bassin avant que tout s’arrête; subitement. Parce que les politiciens gouvernaient sans prévoir. Parce que les travailleurs trimaient pour finir le mois. »

Mais il rend aussi hommage aux habitants de la région, car s’il joue avec les clichés (qui ne sont pas nés de rien), l’accent, la consommation d’alcool etc… Il met en lumière une population qui galère plus qu’ailleurs, ces personnes courageuses qui donneraient tout pour leurs enfants:

« A côté, tu as un tas de braves gens qui triment ou essayent de gagner leur vie et qui s’en sortent tant bien que mal. Plutôt mal que bien. En tous cas de pire en pire, ceux-là, tu n’en entends jamais parler. Ils paient leurs impôts, ils essaient d’envoyer leurs gosses dans de bonnes écoles pour qu’ils aient un avenir correct et ils ont le sentiment d’être jetés par tous les partis politiques. »

Effectivement, comme le dit la ligne éditoriale « roman policier mais pas que… »

Deux mentions spéciales pour ce roman:

J’ai rencontré avec une vieille « boyau rouge » qui m’a rappelé les mamies de la petite ville minière dans laquelle j’ai vécu quelques années, ces grand-mère toudis cachées derrière leurs rideaux ou assises sur leur pas de porte à épier la vie de leur petite ville, mais surtout de leurs voisins! Un personnage qui ne fait qu’un passage fugace mais tellement bien décrit que j’avais l’impression être juste à côté d’elle!

Mais aussi l’utilisation du « parlé » du bassin minier qui renforce la crédibilité des propos… l’immersion est totale!

« Punk Friction » m’a touché mais m’a aussi beaucoup fait sourire. Les sujets si graves soient-ils sont abordés finement et avec humour pour ne pas tomber dans le pathos,les préjugés. La critique est acerbe mais tellement bien amenée. Une intelligence d’écriture qui marque.

L’exercice n’était pas simple et Jess y est arrivé haut la main !

« Punk friction », aux éditions Lajouanie. Paru le 14 juillet 2017, 270 pages.

© Ophélie Cohen

09 Fév

Le diable s’habille en licorne, de Stanislas Petrosky

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Présentation de l’éditeur :

Requiem, votre curé préféré est de retour à… Dunkerque et en plein carnaval ! Pour une séance d’exorcisme.

Notre héros, hors norme, est, il faut l’avouer, un peu étonné par cette divine mission. Non pas qu’il ne croie pas au démon, c’est quand même un petit peu son boulot, mais il se méfie, c’est tout. Il faut dire que les festivités donnent lieu à de sacrées fiestas mais aussi à quelques curieux décès. Des lycéens meurent les uns après les autres après avoir ingurgité des bonbons aux saveurs bien peu catholiques. Requiem réussira-t-il à démanteler ce trafic de « Licorne » et à sauver le carnaval ? Vous le découvrirez dans ce troisième tome des aventures de Requiem, le plus déjanté des serviteurs du Seigneur…

Notre avis :

Voici le troisième tome des aventures de ce prêtre exorciste pas comme les autres !

C’est le genre de livre qui ne peut pas rester longtemps dans ma PAL. C’est le genre de livre que je dévore et que je savoure à la foi. Les précédents tomes sont des coups de cœur donc j’espérais beaucoup de ce tome ci qui ne sera pas le dernier !!!!

L’action se passe toujours dans le Nord de la France et à Dunkerque en grande partie. Cette enquête de Requiem se déroule en plein carnaval ! Cela ne va pas la faciliter mais surtout créer des moments cocasses !

Au début tout porte à croire qu’il s’agit d’un exorcisme. J’étais assez surprise comme Requiem. Cela paraîtrait logique vu la nature du personnage mais on a très vite des doutes car ce serait trop simple.

Mais bien sûr cette enquête va être assez complexe. Beaucoup de morts et peu d’indices pour comprendre ce qu’il se cache derrière.

On suit l’enquête avec Requiem donc comme lui on fait des hypothèses sans savoir où l’on va. Mais lui aussi nous fait des cachotteries parfois pour nous garder en haleine !

Comme dans le précédent, Requiem s’adresse au lecteur et l’implique dans le récit. Cette manière de tutoyer le lecteur est utilisée comme il faut. On a un sentiment de complicité avec le personnage.

Dans ce livre, l’auteur (donc son personnage) se permet quelques prises de positions sur des sujets d’actualité ou qui le touche. Il est question en grande partie du terrorisme. Il aborde ce sujet d’une manière très intéressante. Il n’y a pas que l’islam qui est concerné par ce fléau mais aussi le catholicisme. Il explique comment fonctionnent ces gens qui se disent religieux alors qu’il utilise la religion pour d’autres fins. L’instrumentalisation des plus jeunes est aussi montré dans ce livre avec une certaine justesse. De manière générale ce sujet est bien traité dans le livre et pour ma part il m’a beaucoup intéressé.

Comme dans les précédents tomes, l’humour est ce qui fait le charme de ce livre ! Dès le début ça commence fort ! Dans celui ci je trouve que le niveau est supérieur et qu’il est présent dans beaucoup de détails jusqu’au prénom de certains personnages.

Extrait : « Je suis fébrile, tel un morbaque au salon de la foufoune. »

Ces touches d’humour aident à supporter l’horreur à laquelle Requiem est confronté dans ce livre.

L’action et le suspense rythme le livre à merveille ! Plus on approche de la fin et plus on se demande comment cela va bien pouvoir finir. Les surprises sont présentes et notre Requiem, aussi doué qu’il est, va devoir mettre les bouchées double pour réussir cette enquête.

Ce livre comme les précédents est un vrai coup de cœur ! C’est un plaisir de se plonger dedans mais il y a aussi une certaine tristesse de les finir. Pendant ces 200 pages ont oublis tout les soucis et on rit !

Donc si tu n’as pas la forme, que la vie te fait la misère et bien fonce lire les aventures de Requiem !!

Éditions : Lajouanie – Date de parution : 9 Février 2018 – 216 pages

© Amandine Gazeau