25 Oct

« Bonneville », scénario et dessins de Marvano

      

La ballade du Lac Salé

Outre sa collaboration avec le romancier américain Joe Haldeman sur « La guerre éternelle » et la série « Dallas Barr », Marvano a raconté, de « Grand Prix » à « Bonneville », deux des plus singulières histoires du sport automobile… Mais comment pourrait-il en être autrement quand on a vu le jour à Zolder, dont le circuit accueillit dix éditions du Grand Prix de Belgique de Formule 1 ?

La trilogie « Grand Prix » (déjà chez Dargaud) évoquait la manière dont le pouvoir hitlérien avait utilisé le sport automobile pour relancer son industrie. Dans « Bonneville », Marvano nous emmène du côté des Etats-Unis, de l’Utah et du Lac Salé (Bonneville Salt Flats en anglais, d’où le titre), théâtre de nombreuses tentatives de record du monde de vitesse sur terre. Il s’attache ici une époque charnière lorsque, de 1959 à 1968, apparurent les véhicules à réaction, et racontée à travers les yeux de Zeldine, dite « Crevette », adolescente venue de Belgique dont la famille s’est installée près du Lac Salé.

Dans ces deux albums (« Quatre zéro sept » et « 1968 ») au découpage brillantissime, enchevêtrant images, narration, flashback, dialogues et même arcs narratifs, défilent la figure tutélaire du recordman britannique Donald Campbell, Nathan Ostich, premier utilisateur d’un véhicule à réaction, et aussi les duellistes de la fin des années 1960 Art Arfons et Craig Breedlove. Premier pilote à avoir franchi la barre des 500 et 600 miles à l’heure (800 et 970 km/h), ce dernier signe d’ailleurs la préface du deuxième tome.

Le choix de Marvano de faire de l’héroïne de « Bonneville » une adolescente est une autre des grandes idées de ce diptyque : le regard de Zeldine porte en lui toute l’innocence, le cinéma, la musique, les espoirs mais aussi les drames de l’Amérique des années 1960 : conquête spatiale, Baie des Cochons, assassinat de John Kennedy, émeutes raciales de Watts, et bien d’autres encore. Mais la passion et la curiosité qui l’habitent sont aussi celles d’une blessure intime…

Zeldine pourrait ainsi faire siens les mots de Craig Breedlove dans la préface de « 1968 » : « (…) j’ai vu le monde défiler sous mes roues plus vite qu’une balle de revolver, mais je sais ce que c’est de se sentir vivant, de poursuivre un rêve et de le vivre jusqu’au bout, même lorsqu’il s’aventure aux frontières du cauchemar ».

©Jean-Philippe Doret

Bonneville

Scénario et dessins : Marvano

Tome 1 : Quatre zéro sept (48 pages)

Tome 2 : 1968 (64 pages, préfacé par Craig Breedlove)

Dargaud

« Viravolta » Tome 1, « L’Orchidée noire », de Arnaud Delalande (scénario) et Éric Lambert (dessin)

 

Viravolta, Tome 1 : L’Orchidée noire

Présentation de l’éditeur :

Le meilleur espion du royaume de France est vénitien !

XVIIIe siècle. Le monde est en pleine ébullition. Ancien agent secret de la République de Venise, Pietro Viravolta, surnommé « L’Orchidée noire », est réputé comme l’une des plus fines lames d’Europe. Après avoir démasqué un complot au sein du Conseil des Dix, il entreprend un voyage à Versailles pour entrer au service du roi Louis XV. Mais le soir même de son arrivée, sa Majesté est grièvement blessée à coup de poignard ! La première mission de notre espion est alors toute indiquée : démasquer les commanditaires de l’attentat…

Après la série de romans à succès (Le Piège de Dante, Les Fables de sang, Révolution), Arnaud Delalande replonge son héros fétiche dans une série d’aventures inédites en BD ! Une saga de capes et d’épées digne du Scorpion, entre grande histoire et espionnage, mise en scène par le trait réaliste d’Éric Lambert. Chaque tome forme une aventure complète.

Les auteurs

Arnaud Delalande (Scénariste)

Arnaud DelalandeArnaud Delalande, né en 1971, est écrivain et scénariste. Il a publié aux éditions Grasset : Notre-Dame sous la terre (prix Évasion des Relais H, prix de la Fondation de France, 1998), L’Église de Satan (prix Jeand’Heurs du roman historique, 2002), La Musique des morts (2003), Le Piège de Dante (2006) et La Lance de la Destinée (2007) aux éditions Robert Laffont. Il est aujourd’hui traduit dans une vingtaine de pays. Consultant en formation dans une école de cinéma, il travaille également comme scénariste de BD pour la série Codex Sinaïticus. Ses derniers romans, les Fables de Sang et Le Jardin des larmes, sont sortis en 2009 et 2011 chez Grasset.

Éric Lambert (Dessinateur)

Éric LambertÉric Lambert est né en 1968. Après avoir suivi 4 ans d’études à L’École Professionnelle de Dessin Industriel et réalisé différents stages, il comprend que ce n’est pas sa voie et décide de se réorienter dans l’infographisme. Mais sa passion pour la bande dessinée devenue primordiale, il décide, en 1997, de répondre à une petite annonce publiée par Zone créative. Séduite, cette maison d’édition lui propose de participer au BD Clip numéro 2, un collectif d’auteurs qui n’est hélas jamais paru… Entre-temps, il a en charge la réalisation d’une bande dessinée pour la Marine nationale… C’est à ce moment qu’il fait la connaissance de Jean-Luc Istin, initialement contacté pour ce projet. En 1999, ce dernier le contacte et lui propose un projet d’une grande ampleur : Merlin, publié aujourd’hui chez Soleil. En 2007, il signe avec Pierre Boisserie et Éric Stalner le 1er tome de Flor de Luna,qui sera suivi de deux autres albums. En 2010, il retrouve ces deux scénaristes sur la saga de S-F Voya

 

Notre avis

Viravolta, surnommé « l’Orchidée noire », est un agent secret vénitien. Il quitte Venise et arrive après quelques péripéties à Versailles, à la cour du roi Louis XV, avec son épouse.Sa mission est de « protéger » le roi Louis XV dont la vie est en danger.

Viravolta rencontre tour à tour l’abbé de Bernis, chargé de le tester, et la Pompadour.

Viravolta tente alors de savoir si d’autres attentats se préparent contre le roi. Pour cela il infiltre une société secrète, « Le cercle rouge »… qui lui tend un piège. L’action ne faiblit pas et le lecteur se laisse entraîner par ce récit riche et bien documenté.

Arnaud Delalande décrit parfaitement les contrastes sociaux et économiques de l’époque, prémices de la Révolution.

Un premier tome très réussi et riche en rebondissements qui campe le décor et les personnages avec autorité, en respectant le contexte historique déjà bien connu et largement décrit. Comme toujours, le dessin d’Éric Lambert est parfaitement documenté. Les personnages sont soignés. Les décors somptueux offrent un écrin exceptionnel à ce récit.

Soulignons aussi le travail remarquable de colorisation effectué par Filippo Rizzu, qui contribue à l’ambiance et au réalisme de la « mise en scène ».

Un vrai travail d’équipe très réussi. On attend la suite avec impatience !

©Bob Garcia

15 Oct

Les 70 ans de Porsche au Musées des 24 Heures du Mans

Plus que jamais, livres et automobile font bon ménage !

Le Musée des 24 Heures du Mans célèbre les 70 ans de la marque mythique en exposant la quasi-totalité des Porsche originales qui ont gagné l’épreuve.

L’occasion rêvée de visiter la boutique de l’ACO est sa magnifique librairie !

Et de découvrir deux des plus beaux ouvrages consacrés à la saga Porsche :

« Porsche Sport 2017 »

Présentation de l’éditeur :

Le livre de cette année offre à nouveau 288 pages uniques. Les quelque 900 photos dont une partie sur double page captivent par leur qualité brillante et documentent les courses du début à la fin. Toutes les Coupes Porsche, Porsche Carrera Cup, les défis GT3 Cup, le Mobil 1 Supercup, le WEC, et toutes les courses d’endurance comme les 24 Heures de Dubaï, Daytona, Spa, Nurburgring et bien sûr les 24H du Mans sont à retrouver au sein de cet ouvrage.

Et

« Porsche, Histoire et modèles mythiques » de Jean-Pierre Dauliac

Présentation de l’éditeur :

Après un bref historique de la marque, entrez de plain-pied dans la légende, avec 30 modèles mythiques de Porsche. Des photos d’époque, des affiches publicitaires, des coupes de moteur ou encore des pages de catalogue permettent de comprendre ce qui rend chaque modèle présenté unique et permet de se replonger dans l’ambiance de l’époque. Et pour mieux s’immerger dans l’univers Porsche, ce magnifique album est à feuilleter en écoutant la mélodie singulière, reconnaissable entre toutes, des moteurs des voitures, grâce au CD qui l’accompagne ! Un livre cadeau splendide, à offrir…
ou à s’offrir !

10 Oct

« Apocryphe, qu’est-ce que la vérité ? » de René Manzor

« Apocryphe, qu’est-ce que la vérité ? » de René Manzor

Présentation de l’éditeur

Jérusalem. An 30.

Un petit garçon regarde avec rage

son père agoniser sur une croix.

Son nom est David de Nazareth,

et ceci est son histoire.

Un adolescent en quête

de justice et de vérité,

Une fresque épique, violente et émouvante,

un thriller biblique à couper le souffle

relecture stupéfiante

de l’histoire officielle.

Biographie de l’auteur

René Manzor est scénariste, réalisateur, et écrivain. En seulement deux romans, René Manzor s’est imposé comme un des nouveaux noms du thriller français, et a reçu pour Celui dont le nom n’est plus (Kero, 2014) le Prix Cognac du polar Francophone .

Notre avis

En fin d’ouvrage, l’auteur prévient que « Ce livre est une œuvre de fiction. Même s’il est inspiré en partie de faits réels et qu’il évoque certaines personnes ayant existé, il reste cependant un roman noir. »

Pour moi, il est beaucoup plus que cela. On peut aussi le lire comme un thriller et un péplum, une quête spirituelle et un « road trip » biblique.

Mettre en scène les péripéties du fils de Jésus n’a rien d’évident. C’est même un sujet franchement « casse gueule ». Comment ne pas tomber dans les clichés et les poncifs. Pourtant, ici, tout sonne juste, tout semble réel ou du moins plausible.

Les scènes de bataille, comme la description des mœurs au début de l’ère chrétienne semblent sortir de textes d’époque. La vie d’un esclave ne vaut pas le prix de la lame qui lui tranche la gorge à la moindre contrariété. Le « pacificateur » roman ne fait pas dans la dentelle. Âmes sensibles s’abstenir.

Le récit est captivant et sans temps mort. Les personnages sont attachants et parfaitement bien campés.

On se laisse emporter par ce souffle épique doublé d’une quête spirituelle. René Manzor interpelle le lecteur sur ses propres croyances, et sur la genèse du judéo-christianisme.

Les thèmes de la repentance et du pardon sont au centre de cette fresque flamboyante.

Le tout est servi par une écriture soignée, cinématographique, sans faille.

Du bel ouvrage.

Ne passez pas à côté de ce livre, il vous fera voyager loin dans le temps, dans des contrées miraculeuses… et au fond de vous-mêmes.

Un véritable coup de cœur !

 

©Bob Garcia

08 Oct

Spirou… l’espoir malgré tout, d’Emile Bravo

Spirou, humain malgré tout

La parution du premier chapitre de « L’espoir malgré tout » marque le deuxième (grand) chapitre d’Emile Bravo avec le personnage de Spirou qui, pour la circonstance, est fait défenseur des droits de l’homme par l’ONU.

« Je dors, mais mon coeur veile »… Tel était le message adressé à Spirou à ses « lecteurs-amis » lors de l’interruption de la parution de son journal pendant l’occupation de la Belgique par l’Allemagne. Et pendant cette période, Emile Bravo fait battre le coeur de Spirou au rythme d’une quête : retrouver Kassandra, rencontrée dans « Le journal d’un ingénu ».

Dix ans après cet album multi récompensé, situé peu avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, Emile Bravo entreprend de raconter le destin de Spirou pendant le conflit dans « L’espoir malgré tout », roman graphique en 320 pages et quatre tomes, dont le premier vient de sortir.

« L’innocence de Spirou nous tend la main pour cette aventure », annonce Emile Bravo. C’est ainsi qu’il nous raconte la confusion de la « drôle de guerre » et la « guerre éclair » du printemps 1940 à hauteur d’un enfant que, on le pressent déjà, cette période va fondamentalement changer. Des rencontres : un couple d’artistes juifs, un fermier que l’enfer de la Grande Guerre a poussé à reconsidérer toutes ses valeurs… Et la présence de Fantasio, qui accompagne Spirou à sa manière, au fil d’échanges parfois orageux. « Fantasio, c’est Fantasio », sourit Emile Bravo. « Un grand échalas un peu snob et pédant »… Et quasi paparazzi, vingt ans avant l’invention du terme par Federico Fellini !

Emile Bravo s’offre deux légers clins d’oeil (que nous vous laissons le soin de découvrir) à l’avenir du personnage, mais il s’agit avant tout pour le dessinateur/scénariste d’amener Spirou dans son monde : « J’ai décidé de ne pas toucher à l’univers d’André Franquin. Ce qui m’intéresse, c’est l’avant Franquin. » Ce qui n’empêche pas Emile Bravo de réserver à Entresol, l’irascible portier du Moustic Hôtel, un sort à la (dé)mesure de sa bêtise, entre burlesque et humour noir !

Si son attitude impulsive et son manque de recul amènent parfois Fantasio à des choix pour le moins surprenants, les actes de Spirou sont toujours empreints d’une certaine éthique humaniste qui fait aujourd’hui de lui un nouveau défenseur des droits de l’homme, à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration Universelle de 1948. C’est ainsi que la sortie du premier volume de « L’espoir malgré tout » s’accompagne d’un numéro spécial du journal de Spirou, « réunissant le Neuvième Art pour la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme », indique Florence Mixhel, rédactrice en chef du journal. Ainsi retrouve-ton dans les pages de ce numéro aussi bien Spirou que Cubitus ou Blake et Mortimer, vénérables anciens du journal de Tintin !

Outre le hashtag officiel #spirou4rights, les planches représentant les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme dans les pages de ce numéro spécial font l’objet d’une exposition téléchargeable (www.spirou.com/onu, www.wbi.be/spirou4rights) en trois langues (français, anglais, espagnol) pour les centres culturels, bibliothèques, libraires, ou encore les écoles. Un anniversaire célébrant à sa manière le Spirou « espiègle au grand coeur »… Ainsi défini par Jean Dupuis (1875-1952), fondateur de la maison d’édition créatrice du personnage !

© Jean-Philippe Doret

Spirou « L’espoir malgré tout » (première partie)

Scénario & dessin : Emile Bravo

88 pages

Le journal de Spirou n°4200

« Un numéro humaniste »

52 pages

Parution le mercredi 10 octobre

 

25ème Festival BD de Buc : la magnifique fresque réalisée par Frank Pé

 

Extrait du site de Frank Pé : « Lors des ses apparitions en public, Frank était déjà fort apprécié pour la qualité de ses dédicaces (voir la rubrique qui leur est consacrée). Depuis peu, il offre à son public un nouveau type de performance graphique, sous la forme de fresques qu’il réalise en direct. Celles-ci sont généralement découpées et les morceaux mis en vente à la fin du festival. Cette rubrique vous permet de découvrir ces chef-d’oeuvre d’un nouveau genre… »

Heimaey de Ian Manook

Présentation de l’éditeur:

Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard. Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye. Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca. Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.
Un trip initiatique trop vite enterré, des passions oubliées qui déchaînent des rancœurs inattendues, et un flic passionné de folklore islandais aux prises avec la mafia lituanienne.

Notre avis:

C’est en voyage que m’a transporté Ian Manook avec son dernier roman Heimaey. Un voyage dans l’Islande des légendes et des croyances, dans l’Islande aux mille et un visages, des pentes volcaniques aux landes d’herbes fraîches, des villages de pêcheurs aux pistes caillouteuses, dans l’Islande dont le feu brûle sous la glace

Très vite, dès les premières pages, je me suis sentie happée sur cette île fascinante, où la terre et la mer font jeu égal dans la vie des habitants, et que Ian décrit avec poésie:

« Le magma noir en décor à d’improbables tropiques. Un écrin calciné pour une eau lumineuse, d’un vert laiteux de jade sous un ciel d’acier brossé. Tout autour la laideur fascinante de la lave à l’odeur de pierre brûlée et, au milieu, l’attirance hypnotique d’une eu de céramique courue d’un duvet de vapeur. »

Les descriptions des lieux sont magistrales, au point d’en avoir eu parfois le souffle coupé et d’être transportée sur l’île au travers des yeux des personnages.

Il parle de la terre et de la mer comme un homme amoureux, avec tendresse ou avec fougue, mais toujours avec la force des images qu’il utilise:

« La mer est une maîtresse trompeuse qui prend les hommes et les bateaux par le ventre, même les plus solides, et les engloutit. Les autres marins du monde disent que le vent sème la tempête, mais les Islandais le savent: c’est du gouffre de la mer que surgit la tempête. De ses entrailles. Du fond vengeur que leurs chaluts raclent et pillent. Les tempêtes sont des vengeances. Des sursauts de bête qu’on assassine. »

« Les tempêtes sont des vengeances »… La vengeance… Thème en fil rouge de ce roman. Quand Soulniz se rend en Islande avec sa fille, c’est pour se rapprocher de cette enfant avec laquelle il n’avait plus aucun contact. C’est pour lui faire découvrir ces lieux où il est devenu adulte, ces lieux qui l’ont fasciné. Ce qu’il ne sait pas, c’est que dans ce passé adulé, la vengeance gronde.

Outre ce sentiment qui ronge quiconque le ressent, Ian Manook nous raconte la crise financière en Islande et son impact sur la population, y compris ceux que l’on aurait pu penser être protégés. Il évoque cette terre de légendes mais aussi de coutumes; la quasi absence d’homicides, comme dans beaucoup de pays nordiques, l’ouverture aux autres si différente de ce que l’on connaît en France. Il nous parle de l’addiction aux réseaux sociaux pour les habitants de cette île coupée du reste du monde. Il décrit le paradoxe entre la beauté de l’île, ses coutumes ancestrales et l’hyper exploitation de ses ressources naturelles ainsi que la barbarie de la pêche intensive. Enfin il nous parle des relations pères/filles qui peuvent être parfois difficiles mais aussi du sentiment de culpabilité quand, dans la mort, nous sommes celui qui reste. Tant de sujets qui sont développés, fouillés, argumentés et illustrés, démontrant ainsi à quel point Ian connaît ce pays qui semble lui être cher.

Sur la construction du roman et des chapitres, j’ai retrouvé avec plaisir la « manook touch », un titre suivi des derniers mots du chapitre. Un style original que j’avais beaucoup aimé en découvrant Yeruldelgger.

Enfin, je ne pouvais clore cette chronique sans vous parler d’un personnage: Simonis. Je ne vous dirais pas qui il est, ni son rôle dans l’intrigue pour ne pas gâcher votre découverte, toutefois, il m’aura souvent fait sourire… parce que si Simonis est lituanien, sa façon de s’exprimer en usant et abusant de proverbes, m’a laissé de lui l’image d’un Maître Yoda moderne, même si, in fine, il est loin d’en avoir la sagesse.

Heimay n’est pas un coup de cœur pour l’intrigue, qui bien que prenante et bien construite n’est pas, pour moi, la force de ce roman. Mon coup de cœur, parce qu’il existe bel et bien, va à la plume remarquable de Ian, à cette capacité qu’il a de nous faire voyager sans quitter notre canapé, à cet amour qu’il glisse dans ses mots, à la poésie qu’il distille entre ses lignes.

Paru le 26 septembre 2018 chez Albin Michel, 464 pages.

@Ophélie Cohen

BD Buc 2018 : le dessinateur Regric dédicace « La stratégie du chaos »

Guy Lefranc, un reporter toujours d’actualité

En à peine un an, la sortie du « Principe d’Heisenberg » et de « La stratégie du chaos », ainsi que le lancement par Hachette d’une collection en kiosque offre l’occasion de faire le point sur l’évolution du personnage créé en 1952 par Jacques Martin depuis la disparition du père d’Alix.

A l’origine, Jacques Martin (1921-2010) n’a dessiné que les trois premières aventures de son personnage, avant de n’en conserver que le poste de scénariste. Homme prévoyant, il avait assuré sa succession sur deux voies parallèles, avec des auteurs chargés de poursuivre après son décès les aventures de son reporter à la fois dans les années 1950 et à l’époque contemporaine.

« Le principe d’Heisenberg » et « La stratégie du chaos », les deux dernières histoires en date, parues à six mois d’intervalle à l’automne 2017 et au printemps 2018, font toutefois exception à cette règle d’alternance, avec deux intrigues ancrées dans les fifties. Dans le premier, un crime sanglant cache un complot d’Etat. Dans le second, un milliardaire cloîtré dans un gigantesque navire hig-tech, lointain cousin de l’arche de Noé et du Nautilus du Capitaine Nemo, veut provoquer un holocauste nucléaire pour assurer à la terre un avenir meilleur.

Ses successeurs poursuivent bien sûr une certaine tradition établie par Jacques Martin : l’importance du décor régional (« Le principe d’Heisenberg »), qui peut faire écho aux Vosges de « La grande menace », le premier album, la passion de Jacques Martin pour les voitures de sport, ou encore l’art de la catastrophe et du chantage à grande échelle. Mais les albums récents apportent une dimension supplémentaire, avec l’apparition de personnages ayant réellement existé.

Ainsi « La stratégie du chaos » s’achève-t-il sur une rencontre, dans le cadre des JO de Melbourne (1956), entre Guy Lefranc et le marathonien français Alain Mimoun, médaille d’or olympique cette année-là. Auparavant, le reporter avait croisé la route de Johnny Stompanato, le mari mafieux de la comédienne Lana Turner (« Le châtiment ») et même le cosmonaute Youri Gagarine (« L’homme oiseau »).

Un ancrage bienvenu qui donne un nouveau cachet à l’univers de Lefranc, qui tient autant au globe-trotter intrépide hérité de Tintin, qu’à l’héritage de Jules Verne et de James Bond. En attendant un anniversaire : celui du trentième album.

Lefranc T28 « Le principe d’Heisenberg »

Scénario : François Corteggiani

Dessin : Christophe Alvès

48 pages

 

Lefranc T29 « La stratégie du chaos »

Scénario : Roger Seiter

Dessin : Régric

48 pages

Editions Casterman

07 Oct

25ème Festival BD de Buc : Emilio Van Der Zuiden dédicace « Les Beresford »

Mr Brown: Les Beresford Album, de Emilio Van der Zuiden (Illustrations)

Mr Brown met en scène deux « vieux » amis, Prudence Cowley (dite Tuppence) et Thomas Beresford (dit Tommy), tous deux démobilisés après la Première Guerre mondiale, la première ayant participé à l’effort de guerre par son travail d’infirmière, le second après avoir combattu (et été blessé) dans les rangs britanniques. Ils sont tous deux mêlés à une affaire d’espionnage, au cours de laquelle ils seront aux prises avec un mystérieux adversaire, surnommé Mr Brown, lequel tient absolument à récupérer des documents compromettants confiés à une jeune fille, une certaine Jane Fish, rescapée du torpillage du paquebot Lusitania, et qui, consciente du risque couru, n’a cessé de se cacher depuis lors en dissimulant son identité. L’adversaire des deux héros projette en effet de renverser par une révolution l’ordre social établi au Royaume-Uni, projet qui pourrait être anéanti par la découverte de ces documents…

06 Oct

BD Buc 2018 : « Le Petit théâtre de Spirou » à l’honneur

 

Le petit théâtre de Spirou, de Doisy Jean (Auteur), Moons André (Auteur), Al Severin (Illustrations)

Présentation de l’éditeur

Par un froid mois de décembre 1942, un théâtre de marionnettes fondé par André Moons et Jean Doisy, alors rédacteur en chef du Journal Spirou, sillonne la Belgique occupée pour compenser l’interruption de la publication du journal et servir de couverture à un réseau de résistants. Les spectacles pour marionnettes à fils, espiègles et touchantes, mettaient en scène Spirou et son fidèle ami Spip dans des historiettes écrites par Jean Doisy et jouées par André Moons, entre les mains duquel les marionnettes prenaient vie de façon magique. Puis la guerre s’acheva et les saynètes s’endormirent 70 ans durant dans un grenier. Jusqu’à ce que… Des décennies plus tard, les auteurs de « La véritable histoire de Spirou » découvrent ces écrits uniques et, avec la complicité de Al, décident de les ramener à la lumière. Un pari osé, réussi avec grâce, qui nous ouvre les portes d’un voyage unique et émouvant dans le Spirou de ces années-là. Spirou, Spip, Fantasio pour sa première apparition visuelle (un an avant que Jijé ne lui confère sa célèbre silhouette), mais aussi d’autres grands oubliés du journal : les AdS, Georges Cel, le Fureteur ou les Tif et Tondu de Fernand Dineur.