17 Sep

Le souffleur de nuages, Nadine Monfils, Fleuves Editions

Présentation de l’éditeur

Franck, chauffeur de taxi, est triste parce que son chat est mort, que sa vie est monotone et qu’il est seul. Un jour, il reçoit l’appel de Hélène, une vieille dame fantasque, qui l’attend avec sa valise devant sa maison, dont elle laisse la porte grande ouverte,  » comme ça, tout le monde pourra entrer et se servir… » Elle n’a pas l’intention de revenir mais souhaite retrouver enfin le grand amour de sa vie.
Franck et Louise vont alors se lancer dans une aventure pleine de surprises et devenir l’un pour l’autre des souffleurs de nuages. Car il n’y a pas d’âge pour poursuivre ses rêves et les rencontres inattendues peuvent parfois ensoleiller notre existence…

 

Notre avis

Franck est triste parce que son chat est mort. Mais il est aussi très seul depuis que son compagnon l’a quitté. Sa vie est bien morose.

« Quand on a du chagrin, les souvenirs les plus beaux se teintent de la couleur des petites souris qui se font piéger pour un morceau d’illusion »

Mais tout s’éclaire quand il reçoit l’appel de Louise, une vieille dame qui veut retrouver son amour de jeunesse. Elle n’a pas un caractère facile mais elle est attachante. Elle se livre peu à peu. Le taxi est un lieu propice pour les confidences…

« Le taxi est un livre ouvert, une sorte de confessionnal où certains confient des secrets qu’ils ne dévoilent à personne, parce qu’il est plus facile de parler à un étranger qu’on ne reverra en principe jamais, qu’à un ami ou à un membre de la famille. »

La course promet d’être longue et coûteuse. Louise s’en fiche. Elle a de l’argent et le temps ne compte pas. Alors elle l’entraine dans un périple inattendu.

« Paris à cette heure matinale semblait drapée dans un manteau de mousseline qui atténuait les contours, et leur conférait une douceur pareille à celle des tableaux de Renoir. »

Franck se prend au jeu. Il apprécie cette rencontre, et les conseils de la vieille dame.

« Vous savez, l’indifférence ou le fatalisme sont les fauteuils de la bonne conscience. Souvent d’ailleurs, ils sont vides »

Le récit est vif, sans temps mort, prenant. Nadine Monfils décrit la naissance de la connivence entre les personnages. La chute est à la hauteur, pleine de promesses.

Ce genre de livre se lit comme une friandise. L’écriture est d’une fraicheur et d’une spontanéité délicieuses. Mais ne vous y trompez pas, Nadine Monfils est une styliste qui pèse chaque mot. On imagine le travail d’orfèvre derrière l’ouvrage.

Et on referme le livre heureux, sans trop savoir pourquoi.

Merci Nadine pour ce petit bijou.

Vivement le prochain !

©Bob Garcia

27 Août

Les Voyages d’Ibn Battûta (Adaptation : Lofty Akalay, Dessins : Joël Alessandra)

Ibn Battûta, le périple d’un siècle

Déjà riche de nombreux voyages en images, la collection de prestige Aire Libre salue avec ce volume l’immense mémoire d’un grand arpenteur méconnu du monde, au fil d’un voyage foisonnant entre découverte et révélation.

« Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende », entend-on dans le film L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford… Tant il est vrai que, dans l’histoire du monde, certains récits authentiques ont pris valeur de mythes à force d’être répétés, réinterprétés, voire déformés. Et que, dans certains autres cas, un destin d’exception a parfois pu être enjolivé par celui-là même qui l’a vécu. Ces Voyages d’Ibn Battûta sont au cœur de toutes ces questions.

Cet imposant volume est une adaptation des carnets de voyage d’Abou Abdallah Muhammad Ibn Abdallah Ibn Muhammad Ibnou Ibrahim, dit Ibn Battûta. Un impressionnant périple de près de trois décennies au fil du XIVe siècle et de 43 pays, du Maroc à la Chine, qui fait de son voyageur un véritable père spirituel de nombre de grands explorateurs de l’histoire du monde, et même de grands reporters par un sens aigu de l’illustration.

Pour l’adaptation de cette « rihla » (« voyage ») racontée à son retour par Ibn Battûta au poète Ibn Juzayy qui le transforme en livre, l’écrivain marocain Lofti Akalay (1943-2019), éminent spécialiste de celui qu’il appelait « le premier touriste du monde », abolit le temps et fait le choix d’une approche contemplative, illustrée de trois points de vue différents par Joël Alessandria. Ce dernier alterne l’aquarelle pour le récit de voyage proprement dit, la mise en scène des anecdotes recueillies au fil des rencontres, et les illustrations inspirées des propres carnets d’Ibn Battûta, lui-même initié au dessin et à la calligraphie.

Au gré des étapes, des rencontres et des circonstances, Lofti Akalay n’oublie pas la tradition religieuse, sorte de « guide spirituel » d’Ibn Battûta tout au long de son périple au cœur du monde musulman. Sa foi omniprésente donne ainsi un rythme parallèle au récit, sans jamais être ostentatoire.

Nous suivons ainsi les pas d’Ibn Battûta, au fil de ses rencontres, des ses interrogations, de ses plaisirs, de ses convictions, de ses mésaventures… Ainsi, d’une page à l’autre, d’un pays à l’autre, se dévoile l’Orient du XIVe siècle, entre carnet de voyages, histoire vécues et racontées – ces dernières avérées ou légendaires – qui semble se dévoiler au rythme auquel l’a vécu son protagoniste principal. On devient ainsi tour à tour lecteur, rêveur, voyageur… Tel est le charme de ces 256 pages où l’important n’est pas tant de distinguer la réalité de la légende, mais plutôt de se laisser porter par le charme de leur (con)fusion.

©Jean-Philippe Doret

Les Voyages d’Ibn Battûta

Adaptation : Lofty Akalay

Dessins : Joël Alessandra

256 pages

Aire Libre / Dupuis

07 Août

« La Bombe » (Scénario : Didier Alcante & Laurent-Frédéric Bollée Dessins : Denis Rodier)

L’effet d’une bombe…

Il y a 75 ans, les 6 et 9 août 1945, explosaient des deux premières bombes atomiques, respectivement sur Hiroshima et Nagasaki. La genèse de la première arme nucléaire est au coeur de La Bombe, sorti en mars dernier, et incontestablement l’un des grands événements de l’année 2020 de la bande dessinée.

Depuis qu’il s’est lancé en tant que scénariste BD voici quatre décennies alors qu’il venait de passer la cinquantaine, Alejandro Jodorowsky a aimé dire qu’à l’inverse du cinéma, la bande dessinée n’était pas soumise à la moindre limite de budget. Une réflexion qui ne manque pas de revenir à l’esprit à la lecture de La Bombe

Revisitant douze années d’histoire, de 1933 à la date fatidique du 6 août 1945, ces 472 pages sont portées par un souffle comparable à celui des grandes fresques cinématographiques consacrées à la Deuxième Guerre mondiale pendant les années 1960 : Le Jour Le Plus Long, La Grande Evasion, Patton… Ce que partagent entre autres ces films et La Bombe, c’est une fantastique galerie de portraits, dont aucun n’est banal. Figures réelles et fictives s’entrelacent ainsi dans le monde entier, et même l’uranium est traité comme un personnage à part entière ! Démontrant ainsi, s’il en était encore besoin, que le contexte guerrier constitue une source inépuisable pour sonder le meilleur comme le pire de l’âme humaine.

La Bombe, c’est aussi un défi nourri du vécu de ses auteurs. L’histoire japonaise personnelle de Didier Alcante croise l’art du roman graphique en grand large de Laurent-Frédéric Bollée, dont le magnifique Terra Australis, déjà pour la collection 1000 Feuilles, avait fait date en 2013. Le duo signe une fresque d’une profonde humanité : alternant l’héroïque et l’intime, harmonisant les différents points de vue (allemand, américain, japonais), rendant quasi palpables les doutes nés d’une éventuelle utilisation d’une telle arme, et rêvant même l’histoire de la fameuse ombre de cette victime demeurée inconnue, imprimée à jamais dans la pierre près de l’hypocentre de l’explosion d’Hiroshima.

Le dessin du Québécois Denis Rodier est à la frontière de l’Europe et de l’Amérique, de la bande dessinée franco-belge et des comics, qu’il a d’ailleurs assidument fréquentés, entre autres sur Superman. Une impression renforcée par le format même des albums de la collection 1000 Feuilles des éditions Glénat, très proche de celui des grands graphic novels de Marvel ou DC Comics. L’art du découpage est au diapason, et les cadrages accentuent l’aspect cinématographique et universel de cette épopée, tout en étant pour l’œil une source ininterrompue d’un émerveillement renforcé par choix du noir et blanc.

Après le climax de l’explosion d’Hiroshima, La Bombe s’achève sur le destin de certains protagonistes après la Guerre… Une manière de générique de fin pour un album hors norme, qui sait subtilement s’adresser aussi bien au profane qu’au passionné de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Ce dernier saura peut-être y trouver le film de référence jamais réalisé sur la genèse de l’arme qui a fait basculer l’histoire d’une guerre, mais aussi du monde et du XXe siècle…

© Jean-Philippe Doret

La Bombe

Scénario : Didier Alcante & Laurent-Frédéric Bollée

Dessins : Denis Rodier

472 pages noir & blanc

Glénat BD, collection 1000 Feuilles

13 Juin

Sim racing et 24 Heures du Mans

Simracing

On donne à l’univers des logiciels de simulation de courses automobile (NASCAR Racing: 2003 Season, Rfactor, Race 07, iRacing, Netkar Pro, Richard Burns Rally, Grand Prix Legends, GT Legends, GTR 2; Project CARS ou Assetto Corsa), le nom de sim racing. Les logiciels utilisés se distinguent des autres jeux de voitures par leur réalisme et par la prise en compte et la gestion avancée des paramètres de l’automobile : usure des pneumatiques, du moteur, des freins. La météo peut également évoluer au fil de la course et modifier l’adhérence sur la piste, et donc le choix des pneumatiques. Les logiciels permettent en outre de régler finement toute une foule de paramètres : suspension, frein, boîte de vitesses, différentiel, etc. Les écuries ont la possibilité de mettre au point une stratégie d’arrêt au stand (changement de pneus, essence embarquée, réparation des dégâts) ainsi qu’un nombre important d’informations qui sera retranscrit par le biais du retour de force d’un volant. Les jeux de simracing proposent un mode multijoueur très développé permettant de simuler de véritables courses.

24 Heures du Mans virtuels

Le 18 mars 2020, Pierre Fillon, président de l’ACO annonçait « Conséquence de l’évolution sanitaire liée au coronavirus et des dernières directives gouvernementales, la 88e édition des 24 Heures du Mans, initialement programmée les 13 et 14 juin prochains, est reportée aux 19 et 20 septembre 2020. » Cette décision juste est néanmoins frustrante pour le monde de l’automobile. D’autant que la plupart des compétitions (F1, Fe entre autres) sont également annulées.Très vite, les courses eSport se multiplient. L’idée d’organiser une course des 24 Heures du Mans virtuelle s’impose rapidement et semble faire l’unanimité auprès des pilotes comme des simracers. Le choix se porte sur la simulation rFactor2, qui intègre les LMP2 et les GTE. La course se déroulera dans des conditions très proches du réel, sur le circuit des 24 Heures du Mans, pendant les 24 heures habituelles. Le règlement aussi se rapproche de la réalité : « Les conditions de course : la météo pourra changer ; le concept de jour et nuit est intégré ; les voitures accidentées peuvent être réparées au stand ; les réglages des voitures sont paramétrés par les équipes. Ravitaillements et changements de pneumatiques sont des critères essentiels. La stratégie sera au cœur de la course. Une direction de course veillera à l’équité sportive de l’épreuve. » A cela s’ajoutent les changements de pilotes obligatoires. Les temps de conduite (4 heure minimum par pilote, et au maximum 7 heures sur l’ensemble de la course), permettent d’alterner les pilotes professionnels et les spécialistes de l’esport. Ainsi, les cartes sont rebattues. Les équipes seront composées de 4 pilotes : des équipages avec pilotes de courses et simracers (avec au minimum 2 pilotes professionnels et au maximum 2 simracers par voiture). Les plus grands pilotes automobiles, toutes catégories confondues, se retrouvent bientôt au départ des 24 Heures virtuels au côté des simracers : Simon Pagenaud (vainqueur d’Indianapolis) ; des pilotes actuels de F1 (Charles Leclerc, Max Verstappen, Lando Norris, Pierre Gasly) ; d’anciens pilotes ou champions du monde de F1 (Alonso, Button, Barrichello, Fisichella, Massa, Panis) ; d’actuels pilotes de Formule E (Jean-Eric Vergne, Stoffel Vandoorne) et bien sûr les habituels pilotes d’endurance (Buemi, Hartley, Lotterer, etc.) De leur côté, les meilleurs simracers de la planète viennent compléter les équipes, donnant ainsi sa chance à chaque écurie. En effet, les simracers (très habitués à l’exercice) sont plus performants que les vrais pilotes (de 2 à 4 secondes en moyenne au tour).

La grille totale est composée de 50 voitures (maximum). Voir ici !

Les équipes sont libres de créer leur propre livrée. Toutes les informations sur les pilotes et simracers sont ici

Côté réalisation, l’ACO assure « Les moyens de production et de mise en image seront conséquents. Les commentateurs et pit reporters seront en direct depuis un studio de Télévision à Paris où des acteurs du monde de la compétition automobile et des invités de renom viendront leur rendre visite pendant ces 24 Heures. Cette course unique qui réunira les meilleurs pilotes du monde et l’élite des sim racers sera diffusée librement sur de multiples plateformes audiovisuelles dans le monde entier. »

Il sera possible de suivre la course en particulier sur Youtube FIA WEC et 24H Le Mans.

Il existe bien sûr des ouvrages spécialisés sur le sujet. Le simracer Alain Lefebre en a fait sa spécialité. Voir son site

Et deux livres pour découvrir l’univers du sim racing…

Présentation de l’éditeur :

Vous êtes un pilote dans l’âme, mais vous ne pouvez pratiquer cette passion coûteuse et dangereuse ? Convertissez-vous au SimRacing et découvrez des simulations de courses automobiles en ligne bluffantes de réalisme.
Cet ouvrage vous offre un panorama des principales simulations, dont les quatre incontournables Live For Speed, rFactor, Race 07 et iRacing. Découvrez les caractéristiques de ces logiciels, les mods (nouveaux circuits et voitures) créés pour améliorer les simulations initiales, et les importantes communautés de joueurs, les ligues, où sont organisées les compétitions.
À travers des récits de courses et des conseils de réglages, vous partagerez l’expérience de SimRacers chevronnés et accéderez aux clés et méthodes pour progresser rapidement et finir sur la première marche du podium.

Et…

Présentation de l’éditeur :

Une nouvelle branche des jeux vidéo est en train de prendre son essor grâce au développement de l’usage d’Internet… Il s’agit du SimRacing.
Le terme de SimRacing (simulation racing) recouvre un ensemble de simulations de course automobile qui se caractérise par un mode multijoueur très développé et un aspect modulable. Ces « mods » sont créés par la communauté afin d’enrichir la simulation initiale (création de circuits, de voitures, …).
Le SimRacing se distingue des jeux vidéo par sa volonté de coller le plus possible à la réalité. Ces simulations sont surtout utilisées en ligne à travers Internet. De nombreuses compétitions dans toutes les catégories sont organisées grâce aux ligues regroupant les « SimRacers ». Certains championnats rassemblent des centaines de participants.
Pour simplifier, le SimRacing est à la simulation automobile ce que Flight Simulator est à la simulation de vol.
Alain Lefebvre est déjà un auteur confirmé : auteur de nombreux livres professionnels dans le domaine de l’informatique et de l’Internet. Il a aussi une bonne culture du sport-autombile à travers sa participation à des compétitions dans différentes catégories (il a terminé sa « carrière » par une seconde place dans un championnat national disputé sur monoplace, tout son parcours personnel dans les sports mécaniques est raconté dans un livre intitulé « Racing ») et dans sa proximité avec Soheil Ayari dont il est le biographe.
Alain Lefebvre est également l’auteur d’un documentaire vidéo consacré à l’histoire de la Porsche 917.
Alain Lefebvre est aussi un SimRacer accompli : il pratique les différents logiciels disponibles depuis 1992 et est actif online depuis 2004. Il est membre de plusieurs ligues, participe à différents championnats (second du Master Series GP79 en 2008) et il est adhérent d’iRacing depuis mai 2008. Il a également une expérience concrète en matière de modding puisqu’il est le chef de projet du mod consacré à la Ferrari 312B F1 de 1970.
Toutes les parties techniques (réglages des voitures) ont été relues et validées par Soheil Ayari, pilote professionnel au palmarès impressionnant : Karting, Formule Ford (champion de France en 1994) ; Formule 3 (champion de France en 1996 et vainqueur de la coupe du Monde à Macao en 1997) ; F3000 (deux victoires en 97 et 98, plus de nombreux podiums), F1 (test sur Williams-Renault fin 1997) ; Prototype (nombreuses participations aux 24H du Mans dont deux 4e place en 2004 et 2011) ; Supertourisme (3 fois champion de France de la catégorie en 2002, 2004 et 2005) et GT (nombreuses courses sur Viper, Corvette et 2 fois champion de France sur Saleen en 2006 et 2007 plus le titre international en Le Mans Series en 2007).

©Bob Garcia

 

12 Juin

Tif et Tondu « Mais où est Kiki ? » Par Blutch et Robber

Tif et Tondu, un retour « choc » !

En 2019 et 2020, ce duo majeur de l’histoire du journal de Spirou a fait son grand retour. Tout d’abord en 2019 sous la forme d’un roman, L’Antiquaire sauvage, dont l’album Mais où est Kiki ?, paru en janvier dernier, constitue le deuxième arc narratif.

Véritables pionniers, Tif et Tondu sont apparus dès 1938, année de naissance du journal de Spirou. Avec une longue généalogie de scénaristes, notamment depuis 1954, qu’il est nécessaire de rappeler ici, et dont on devine immédiatement, au fil de la lecture de ce nouvel album, une connaissance approfondie de la part de la fratrie Blutch et Robber, à l’œuvre au fil de cette reprise.

Le titre de l’album fait ainsi directement référence au personnage de la comtesse Amélie d’Yeu, surnommée Kiki, dont la première apparition remonte à 1969 dans Tif et Tondu contre le Cobra, deuxième histoire écrite par Maurice Tillieux. Dans Mais Où Est Kiki, l’héritage de ce dernier « s’entend » dans un certain art du dialogue de la réplique qui fait mouche. L’esprit de son prédécesseur Maurice Rosy, scénariste de 1954 à 1968, semble se retrouver dans les inventions insolites et une certaine forme de loufoquerie. Successeur de Maurice Tillieux, Stephen Desberg avait offert au personnage de Tif une certaine nonchalance, voire une apparente désinvolture, revisitée ici dans des joutes verbales parfois acides avec son acolyte barbu. Après le départ du dessinateur historique Will, une première reprise signée du duo Sikorski-Lapière avait renoué avec une fibre purement policière, affranchie des références au fantastique des trois scénaristes précédents.

Nantis de ce solide héritage, dont ils connaissent la moindre virgule, Blutch et Robber donnent leur propre tempo. La recherche de Kiki prend ainsi la forme d’une histoire au long cours et aux multiples ramifications, riche d’une galerie de personnages hauts en couleurs, composant une série de figures dont aucune n’est banale : antiquaire escroc et sa fille entreprenante, brochette de criminels réunis dans un club privé, femme de maison éplorée, SDF expert en automobile, avocat marron, chauffeur de kidnappeur, indicateurs, éditrice qui n’hésite pas à faire le coup de poing, voire bien plus… Et même une référence fugitive à un heaume qui ramène à l’un des personnages les plus mythiques de la saga du chauve et du barbu ! Le tout pour une intrigue située dans des années 1980. Donc pas de smartphone, ni d’Internet, ni de réseaux sociaux… Mais décalage temporel ne veut pas forcément dire passéisme : au-delà de l’époque, la dynamique du scénario et du dessin accentuent très subtilement l’intemporalité de deux personnages… nés voici plus de 80 ans !

En somme, une reprise aussi érudite que jubilatoire, que l’on espère vivement se voir pérennisée.

©Jean-Philippe Doret

Tif et Tondu « Mais où est Kiki ? »

Par Blutch et Robber

80 pages

Dupuis

20 Mar

Une généalogie du western selon Hermann : à propos de Duke

Une généalogie du western selon Hermann : à propos de Duke

Dans le parcours de Hermann, le western est une sorte de fil rouge. Comanche voici plus de quatre décennies et Duke aujourd’hui revisitent ses codes et sa culture, tandis que certaines intrigues de Bernard Prince et l’atmosphère de Jeremiah y font abondamment référence.

A l’occasion d’une visite parisienne fin janvier dernier après la sortie de La dernière fois que j’ai prié, le quatrième album de Duke, la série scénarisée par son fils Yves H, Hermann évoque son regard sur le western, au fil d’une conversation dans une brasserie de Montparnasse, qui lui a inspiré d’emblée une analogie pour le moins insolite : « le western, c’est comme le steak, il existe toujours des manières différentes de le préparer et de le présenter. »

Quelles étaient vos références cinématographiques de western ?

Hermann : Les films de John Wayne, bien sûr… que j’ai fini par haïr, même si Le Dernier des Géants n’était pas mal. J’ai beaucoup aimé les westerns de Sergio Leone, car ils sont pleins de trouvailles et de fantaisie. Il y en a beaucoup d’autres : Hombre avec Paul Newman, Impitoyable de Clint Eastwood… On ne produit plus beaucoup de westerns en ce moment mais ça reviendra, car tout revient.

Ces derniers temps, on a effectivement l’impression que le western est bien plus présent dans la bande dessinée que sur grand écran…

C’est très probable, même si je n’ai jamais établi de véritable parallèle entre le western au cinéma et en bande dessinée. Côté cinéma, il y a eu la période John Wayne, et la période Sergio Leone a vraiment été un virage à 90 degrés, avec une coloration que le western n’avait pas auparavant. La mythologie du western était totalement détournée.

La création de Comanche dans le Journal de Tintin a d’ailleurs coïncidé avec l’explosion de Sergio Leone. Comment est née cette série ?

A ce moment, je dessinais Bernard Prince et j’avais réalisé des illustrations pour des textes de Pierre Pelot publiés dans le Journal de Tintin. Il les avait appréciées et avait envoyé au journal un scénario à Greg (à l’époque rédacteur en chef du Journal de Tintin, ndlr) pour un western, ce que je ne pratiquais pas à l’époque. Greg n’avait pas envie de me laisser filer, il m’a dit qu’il allait m’écrire un scénario de western et je n’ai pas réalisé une seule seconde qu’il voulait ainsi m’empêcher de travailler avec quelqu’un d’autre (rires) ! A cette époque, je croyais en l’honnêteté de l’être humain, mais cette naïveté s’est étiolée avec le temps (sourire). J’ai dit un jour à Pierre Pelot que je n’avais pas refusé de travailler avec lui, mais que c’était Greg qui avait refusé son scénario. Mais il était trop tard, j’étais déjà engagé avec mon fils.

Un point commun entre Jeremiah, western post-apocalyptique que vous scénarisez vous-même, Duke, écrit par votre fils, c’est qu’on peut y trouver des cases voire des pages entières sans dialogues, un peu comme dans les films de Sergio Leone…

La bande dessinée, c’est graphique par excellence. En fait, on rajoute du texte pour donner des explications uniquement quand on ne peut pas faire autrement. Du texte supplémentaire, c’est une redondance inutile, d’autant plus que ma narration est très cinématographique. Le dialogue ne sert qu’à dire ce que le dessin ne peut exprimer.

Dans ce fil rouge du western, Duke est-il pour vous un retour aux sources ou une continuité ?

En fait, je ne fais qu’obéir aux désirs de mon fils, il a une vision très personnelle du western dont je ne me mêle pas. Mais je m’y sens très à l’aise, il a une approche différente d’une culture qui est identique. Mon fils est très cinéma, il a fait des études de cinéma, mais il a laissé tomber quand il s’est rendu compte que, dans le cinéma, on passe beaucoup de temps à courir après l’argent (sourire).

Selon vous, qu’est-ce que votre fils a pu « apprendre » de votre propre travail de scénariste ?

Je ne sais pas s’il en a appris quelque chose, nous n’en avons jamais parlé. Mais je sais qu’il dit : « je ne pourrais jamais parler comme toi ». Un jour, je lui avais dit qu’il pourrait peut-être faire du Jeremiah. Il m’a répondu : « Jeremiah est tellement personnel qu’aucun autre scénariste pourrait faire du Jeremiah crédible ».

Ce qui pourrait vous réunir, ce serait un certain art du silence…

Au niveau du découpage, je pense que mon fils se sert quand même de ma manière de narrer. Côté texte, mon fils parle de manière très classique et, de temps en temps, c’est moi qui me permets une petite saillie dans son texte.

En lisant d’une traite les quatre albums de Duke, les titres des albums semblent plus donner des indices sur l’état d’esprit du personnage principal que sur l’histoire elle-même…

Tout à fait, avec même une certaine forme de philosophie, car on parle du problème humain du personnage de Duke, de son univers fermé dont il n’arrive pas à se débarrasser. Ca correspond un peu au caractère de mon fils, qui est quelqu’un de très secret et réservé.

Et quand on voit le personnage de Duke, on imagine plusieurs choses : un vécu assez chargé (qu’on va peut-être découvrir au fil des albums à venir), et un désir de se débarrasser de la violence sans y parvenir…

Oui, se débarrasser de lui-même, mais il n’y arrivera jamais, parce que dans ce cas, le personnage n’aurait plus aucune raison d’être. Duke a une belle tenue, un maintien très civilisé, signe d’une certaine moralité qu’il ne peut paradoxalement pas respecter. Je demanderais à mon fils de ne pas être trop explicite, de manière à ce qu’il reste une sorte de brouillard autour du personnage : des allusions, mais sans plus. Pour moi, un côté mystérieux doit subsister.

©Jean-Philippe Doret

Duke

Scénario : Yves H

Dessins : Hermann

Quatre albums (56 pages) disponibles

Dernier album paru : La dernière fois que j’ai prié

Le Lombard

03 Mar

Blake et Mortimer T25 La Vallée des Immortels 1 – Menace sur Hong Kong T26 La Vallée des Immortels 2 – Le millième bras du Mékong Scénario : Yves Sente, Dessins : Teun Berserik & Peter van Dongen

 

Yves Sente, Blake et Mortimer au fil du temps : à propos de La Vallée des Immortels

Cette année 2020 est celle d’une double célébration pour la saga dessinée du capitaine Francis Blake et du professeur Philip Mortimer. Tout d’abord, le 70e anniversaire de la sortie en album du premier tome du Secret de l’Espadon, l’aventure fondatrice. Et il y a vingt ans, paraissait La machination Voronov, deuxième album après la relance de la série en 1996, et première histoire écrite par Yves Sente.

Parmi les scénaristes ayant œuvré sur Blake et Mortimer depuis bientôt un quart de siècle – citons donc ses très estimés confrères Jean van Hamme, Jean Dufaux, Jaco van Dormael, Thomas Gunzig et bientôt José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental – Yves Sente occupe une place bien à lui. Celle d’avoir inscrit ses histoires dans une continuité temporelle par rapport à celles du père fondateur Edgar-Pierre Jacobs. Ainsi Le Bâton de Plutarque précédait-il Le Secret de l’Espadon, tout en faisant écho au diptyque Les Sarcophages du Sixième Continent, qui racontait notamment la première rencontre entre les deux héros, alors au sortir de l’adolescence.

Les deux tomes de La Vallée des Immortels ne font pas exception à la règle, car situés chronologiquement entre Le Secret de l’Espadon et Le Mystère de la Grande Pyramide. Un exercice de haute voltige, pour lequel Yves Sente démontre une nouvelle fois la parfaite maîtrise de son sujet. En deux décennies, peut-être n’a-t-il même jamais autant possédé son art, tissant une intrigue asiatique à entrées multiples incluant enjeux politiques entre Hong Kong, Taiwan et la Chine, les origines de l’empire chinois, une vallée légendaire et le Philip Mortimer inventeur.

Alors que ces intrigues multiples s’imbriquent à divers degrés au fil des deux tomes de La Vallée des Immortels, il est un personnage qui avance masqué, au sens propre comme au figuré : le colonel Olrik. Yves Sente lui a réservé l’un des plus beaux tours de force de l’histoire : au fil de l’histoire, la Némésis de Blake et Mortimer ne rencontre jamais ses meilleurs ennemis à visage découvert !

Mais la richesse de La Vallée des Immortels va bien au-delà de la savante imbrication de ses intrigues. La contrée qui donne son titre à ces deux tomes n’est pas sans rappeler les tribulations préhistoriques de Philip Mortimer dans Le Piège diabolique. La pièce d’arbalète issue de la naissance de l’empire chinois et l’Espadon sont en outre deux variations sur un même thème cher à la littérature de science-fiction : celui de l’arme absolue.

Au fil de ce diptyque à tiroirs, les dessinateurs Teun Berserik et Peter van Dongen, pour leur premier Blake et Mortimer, sont au parfait diapason de leur scénariste. Et promettent un avenir brillant. Leur aisance dans le dessin des engins volants ouvre de belles perspectives pour l’arc scénaristique fantastique de la saga de Blake et Mortimer. Nul doute qu’Yves Sente doit déjà y penser… Comme à des retrouvailles à venir avec son complice André Juillard, pour une huitième aventure en commun.

©Jean-Philippe Doret

Blake et Mortimer

T25 La Vallée des Immortels 1 – Menace sur Hong Kong

T26 La Vallée des Immortels 2 – Le millième bras du Mékong

Scénario : Yves Sente

Dessins : Teun Berserik & Peter van Dongen

2 x 56 pages

Editions Blake et Mortimer

 

03 Fév

Hommage au grand Jean-Yves Mitton lors du FIBD d’Angoulême 2020

Biographie extraite de Bedetheque.com

Né à Toulouse en 1945, il entre aux Beaux-Arts de Lyon en 1960. Après un an d’académie, il entre dans un atelier de retouche BD pour les Éditions Lug. Pendant onze ans, il fait ses armes sur des séries telles que Sammy Sam, sa première série, Pim Pam Poum, Oum le dauphin, Popoff et surtout Blek le roc publié dans “Kiwi” dont il dessine une cinquantaine d’épisodes. À partir de 1972, il crée, outre des centaines de couvertures, une ribambelle de super-héros comme Mikros, Cosmo, Epsilon et Kronos qui fréquente les pages de Mustang, Strange, Titans et Nova pendant quinze ans. En 1975, il réalise Léonard de Vinci pour le parc Mirapolis, Blackstar, d’après le feuilleton diffusé sur TF1 et onze épisodes de Photonik en collaboration avec Ciro Tota. Il dessine également deux épisodes du Surfer d’Argent qui lui permettent d’accéder au “Comics USA”, genre peu fréquenté par les auteurs français. Acharné de travail, il s’associe avec François Corteggiani en 1987 pour une nouvelle série L’Archer Blanc publiée dans “Mickey” et Noël et Marie dans “Pif”. L’année suivante, il prend la suite de Malès De silence et de sang chez Glénat. Tout en poursuivant cette série jusqu’au tome 10, il débute la longue saga gallo-romaine Vae Victis aux Éditions Soleil avec Rocca au scénario. Par la suite, Soleil lui laisse carte blanche et il enchaîne avec Les survivants de l’Atlantique et Chroniques barbares. En 1997, il élabore Attila… mon amour avec Franck Bonnet au dessin et Quetzalcoatl chez Glénat. En 1997, il reçoit la médaille de la ville de Clermont-Ferrand lors de son Festival BD pour l’ensemble de sa carrière. En 2006, il réalise Le dernier kamikaze aux Éditions Soleil avec Félix Molinari au dessin.

 

06 Jan

« Spirou, l’espoir malgré tout » d’Emile Bravo & « Spirou à Berlin » de Flix

   

Spirou, une autre « Histoire en questions »

La parution récente et quasi simultanée il y a quelques semaines du deuxième volume de L’Espoir malgré tout et de l’album de Flix offre au personnage de Spirou un regard particulier sur l’histoire du XXe siècle.

Ce deuxième chapitre de L’Espoir malgré tout commence et se termine dans un train. Mais entre ces deux climax, la saga d’Emile Bravo évolue au fil d’une double dramaturgie. La première fait référence à l’histoire du journal de Spirou et à la création du théâtre de marionnettes par son rédacteur en chef Jean Doisy et André Moons pour pallier à l’interruption de la parution de l’hebdomadaire. Ici, ce sont Spirou et Fantasio en personne qui l’emmènent sur les routes, comme un acte de résistance.

L’autre versant de cet album est porté dans son sous-titre Un peu plus loin vers l’horreur. La prise de conscience de la duplicité de certaines « bonnes intentions ». Et surtout des persécutions toujours plus accrues envers les Juifs. Spirou embarque ainsi avec deux jeunes enfants qu’il souhaite sauver dans un train à destination de la Pologne… En route vers l’indicible ? Le prochain chapitre, intitulé Un départ vers la fin, le dira.

Dans Spirou à Berlin, le Flix emmène Spirou, Fantasio et le Comte de Champignac à Berlin-Est, à quelques temps seulement de la chute du Mur. Entre réalité historique et satire, l’approche du dessinateur allemand rappelle celle du mythique album QRN sur Bretzelburg de Franquin (les apparitions de l’inénarrable major Kleinwitz), et aussi, par la modernité de son traitement scénaristique et de son découpage, d’autres histoires de la collection Le Spirou de…, comme Fantasio se marie ou encore La grosse tête. Avec, en cerise sur le gâteau, la présence de la « branche délinquante » – pour reprendre une expression du regretté scénariste Philippe Tome dans Spirou à Moscou – de la famille de Fantasio.

Les coups de sang, coup de gueule, inconséquences et autres frasques de ce dernier rythment également ces deux albums, offrant un contrepoint humoristique au poids de l’Histoire, et à un Spirou qu’il juge parfois trop vertueux, notamment dans L’Espoir malgré tout. En 2020, l’histoire parallèle se poursuit entre L’espoir malgré tout et le regard toujours renouvelé de nouveaux auteurs sur l’univers du groom le plus célèbre de la BD belge, comme en témoigne la prépublication en cours dans le journal de Spirou de Spirou chez les Soviets, signé Fred Neidhardt (scénario) et Fabrice Tarrin (dessins). Pour d’autres belles surprises à venir.

© Jean-Philippe Doret

Spirou « L’espoir malgré tout (deuxième partie) »

Scénario & dessin : Emile Bravo

92 pages

Le Spirou de Flix « Spirou à Berlin »

Scénario & dessin : Flix

64 pages

02 Jan

Et toujours les forêts, Sandrine Collette

Présentation de l’éditeur

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Sélection pour le Grand Prix RTL-Lire 2020

Biographie de l’auteur

Sandrine Collette vit dans le Morvan. Elle est notamment l’auteure de Des nœuds d’acier, Il reste la poussière, et Les larmes noires sur la terre, couronnés par de nombreux prix.

 

Notre avis

Les éditeurs et les libraires se cassent la tête pour savoir dans quelle catégorie classer tel ou tel auteur. On peut comprendre. Question d’organisation, d’arguments commerciaux, de publics visés, tout ça…

Mais Sandrine Collette n’entre dans aucune catégorie, sauf à créer une catégorie spéciale « Sandrine Collette ». C’est ça le vrai talent. Avoir une identité tellement personnelle, tellement unique, tellement reconnaissable dès la première ligne, qu’il serait inutile et vain de tenter de tenter de lui coller une quelconque étiquette.

Nombre d’auteurs (polar ou pas, noir ou pas, thriller ou pas, blanche, grise ou rose ou pas…) écrivent des histoires captivantes et sacrément bien ficelées. Mais peu sont des stylistes. Ils se comptent même sur les doigts de la main (d’un manchot ?)

Sandrine Collette est une styliste unique, brillante. Elle peut aborder n’importe quel sujet, toujours avec le même bonheur. Son style transcendera toujours le sujet, au risque de prendre le lecteur à contrepied.

Qui aurait parié sur un récit post apocalyptique, genre traité des milliers de fois par toutes sortes d’auteurs de SF, de thrillers et j’en passe ?

Pourtant, on est pris dans ce récit dès la première ligne. Captivé, hypnotisé.

L’histoire est encore et toujours un prétexte à pourchasser ses vieux démons : l’enfance perdue, l’espoir malgré tout.

Sandrine laisse entrevoir ce que sera notre ancien monde, celui-là même que l’on s’applique à détruire consciencieusement. Comment l’humain va-t-il se reconstruire après notre suicide collectif, quel espoir restera-t-il à l’humanite ?

C’est aussi une métaphore sur le reconstruction personnelle après un naufrage, et un message d’espoir pour ceux qui trainent leur mal de vivre et semblent avancer dans la vie avec des boulets accrochés aux pieds.

368 pages de bonheur absolu. Une ode à la Littérature.

Ce livre va rafler quelques prix littéraires bien mérités. Je serai aux première loges pour applaudir, comme si je recevais les prix moi-même. Et ce sera le cas pour tous les auteurs, car cette reconnaissance et celle de l’Ecrivain.

©Bob Garcia