10 Sep

L’Europe au chevet des langues menacées

Certains qualifieront cette journée d’historique, d’autres n’y verront peut-être qu’un rapport de plus voté par l’assemblée Strasbourgeoise. Quoi qu’il en soit, ce mercredi 11 septembre, les eurodéputés seront soumis à un vote, celui du rapport sur langues menacées de disparition et la diversité linguistique dans l’Union Européenne, dont l’occitan fait bien évidemment partie. C’est l’eurodéputé Corse François Alfonsi qui aura la charge de présenter ce rapport et de soumettre au vote une proposition de résolution pour la période 2014-2020. Parmi les différentes réponses que pourraient apporter l’Europe et les Etats-membres à travers les crédits européens, on notera notamment l’idée que « l’Union européenne doit encourager les Etats membres à adopter une politique linguistique qui permette dès le plus jeune âge l’acquisition de la langue maternelle, si elle est menacée, et doit soutenir les Etats dans ce sens; estime que cette politique stimulant l’apprentissage de deux langues, voire davantage, faciliterait et favoriserait l’acquisition ultérieure d’autres langues, comme cela a été scientifiquement établi, tout en encourageant la transmission intergénérationnelle des langues, et qu’elle apporterait aux locuteurs des langues en danger un soutien concret pour revitaliser cette transmission la ou elle est menacée. »

 

© PASCAL-POCHARD-CASABIANCA-AFP

Trois questions à François Alfonsi

eurodéputé R.P.S. Région et Peuples Solidaires, rapporteur de la proposition de résolution. 

– quel est le but de ce rapport ?

L’Europe n’en a pas fait assez, elle doit se réveiller. Grâce au traité de Lisbonne, elle a élargi ses compétences et peut notamment s’emparer des questions de diversités linguistiques et culturelles. L’idée de ce rapport et de rappeler qu’il y a une urgence absolue aujourd’hui en Europe. Certaines langues sont menacées d’extinction. Il faut agir car lorsqu’une langue disparait, c’est le patrimoine européen qui disparait et pas seulement le patrimoine d’un Etat-membre.

– quelles sont les nouveautés concrètes proposées ici pour protéger les langues ?

Chaque situation appelle à travailler différemment mais sur le long terme. Le plan d’action est d’obliger l’Union Européenne à s’engager auprès de chaque communauté linguistique et des institutions qui les représentent. Dans les résolutions, nous avons mis l’accent sur la prime enfance et le soutien qui pourrait notamment être apporté aux parents qui ont rompu la chaine intergénérationnelle de transmission. Je pense aussi à des aides auprès de structures comme les crèches…

– que va-t-il désormais se passer ? A-t-on la chance de voir un jour les Etats-membres appliquer ces propositions ?

Le rapport a été soumis au vote en commission Culture. Il a été voté à l’unanimité mais il a fallu convaincre et obliger certains à dépasser leur conception étatiques du 19ème siècle! J’espère maintenant que ce rapport d’initiative obtiendra le plus large consensus en plénière. Nous sommes, nous les eurodéputés, le troisième pilier de la grande machine Européenne, après le Conseil et la Commission. Même si l’Europe n’a pas les compétences exclusives sur les Etats-membres en matière de culture, elle a un devoir de vigilance sur la diversité nationale et régionale. Nous entrons ainsi dans un rapport de force avec un certain nombre d’Etats-membres, dont la France et François Hollande qui s’est encore une fois démarqué en refusant finalement de ratifier la Charte européenne des langues minoritaires, alors qu’il l’avait promis pendant sa campagne.

Ci dessous, l’intégralité du rapport sur les langues européennes menacées de disparition et la diversité linguistique au sein de l’Union Européenne :

Clément Alet

Ci-dessous, l’interview de Pèire Costa, attaché parlementaire de François Alfonsi et coordinateur de la Fédération Régions et Peuples Solidaires enregistrée à l’issue du vote du mercredi 11 septembre en plénière.

Interview de François Alfonsi (en occitan) par france3midipyrenees

Pour aller plus loin sur le sujet… consultez également le site de France 3 Aquitaine

17 Juin

Décès du peintre Jacques Fauché

 

Lo pintre Jacques Fauché nos ven de quitar.

Jacques Fauché vient de nous quitter à l’âge de 86 ans. Il était né en 1927 à Lézat sur Lèze (09). C’était une figure. Sous sa bonhommie légendaire pointait un peintre pointilleux et averti. Une enfance passée dans l’épicerie familiale, les sens en éveil devant ces couleurs, ces odeurs, ces objets. Des études secondaires à Toulouse et les Beaux Arts pendant la guerre. L’esprit frondeur, il manque d’être renvoyé. A la libération, c’est la grande découverte de l’Art contemporain, le choc du cubisme. Jacques Fauché participe alors à de nombreux mouvements qui refusent l’académisme. Il cherche de nouvelles voies et n’oublie pas d’affirmer son occitanité.

Décembre 1950 il crée avec d’autres peintres (Jacques de Berne, Andrée Chocard, Pierre Igon…) une école toulousaine où le provincialisme et l’académisme n’ont pas lieu d’être. Entre figuration et abstrait, son style interpelle, dérange parfois. Notamment des fresques qu’il a peintes dans les églises de la région qui sont parfois recouvertes. Teintées de cubisme aux couleurs saturées, elles sont souvent recouvertes par des tentures et voilages comme à Péguilhan et dans sa ville à Lézat.

Mais Fauché poursuit sa route obstinément. En 1960, le milliardaire rouge Jean-Baptiste Doumeng passionné d’Art lui commande une suite de treize huiles sur bois sur la croisade contre les albigeois. Une expo qui là-aussi a fait grand bruit. «C’est la première fois que les Occitans découvrent cette partie de l’histoire de France occultée jusque là», se souvient son ami, son « frère » André Lagarde. Le livret accompagnant l’exposition n’étant pas « politiquement correct », l’année suivante, une seconde exposition sera interdite par le préfet. Depuis lors, les tableaux ne sont plus jamais ressortis de la collection privée de Doumeng, jusqu’à leur exposition actuelle à la médiathèque de Muret (31), l’un des événements qui marquent dans cette ville le huitième centenaire de la bataille.

© Jacques Fauché

Fauché a réalisé aussi de nombreuses fresques dans des écoles, à Tarbes, Saint-Sulpice-sur-Lèze, Bérat, Revel, Toulouse… Il a collaboré à l’édition et à l’illustration de nombreux ouvrages occitans notamment ceux d’André Lagarde. Il a réalisé le monument aux déportés dans le cimetière de Noé. Jusque dans les années 90, il a enseigné à l’école des beaux-arts de Toulouse puis poursuivi ses recherches -notamment sur la couleur- dans le calme de son atelier de Bérat.

Qui a rencontré ce personnage rayonnant d’humanité, de bienveillance et de générosité s’en souvient encore. Qui a déjà vu ses œuvres peut en mesurer l’inventivité, le choc des lignes et l’harmonie des couleurs. L’Occitanie et le monde pictural ne pourront pas oublier Jacques Fauché. Adessiatz Jacme.

Benoît Roux

04 Juin

L’occitan : une langue parlée par 110.000 personnes ?

©jacme31

C’est une éternelle question qui taraude depuis bien longtemps un certain nombre de curieux, soucieux de connaitre la réalité d’une pratique linguistique : mais en fait, combien de personnes parlent occitan ? A cette question, plusieurs personnes, institutions et organismes ont bien tenté de répondre. En 1999, l’INSEE et l’INED avançaient le chiffre de 526.000 locuteurs en France. En 2009 une enquête menée à la demande du Conseil régional d’Aquitaine arrivait au chiffre d’un million d’occitanophones, pour cette seule région. Détracteurs et défenseurs de l’occitan ne s’entendront probablement jamais autour de ces chiffres, tout autant que la méthode employée mais peut-être ne contesteront-ils pas le travail mené par une équipe de chercheurs, publié par la Société de Linguistique Romane. Le travail mené par Fabrice Bernissan et son équipe au sein de l’Institut d’Etudes Occitanes des Hautes-Pyrénées « Nosauts de Bigòrra » est sans appel concernant l’état de la langue. Cette association occitane estime que pour l’année 2012, les locuteurs de l’occitan seraient environ 110.000. Si l’on ramène ce chiffre au nombre d’habitants qui peuplent l’aire linguistique occitane, cela représente 0.73%.

Pour en arriver là, l’équipe s’est tout d’abord appuyée sur une minutieuse enquête de terrain menée dans le département des Hautes-Pyrénées depuis 2001 dont le but était de rencontrer et d’enregistrer la totalité des locuteurs vivant sur ce territoire. Selon cette enquête, en janvier 2012, 3785 personnes réparties sur les 474 communes du département ont été identifiées comme locuteurs natifs et 300 comme néo-locuteurs, soit 1,80% de la population des Hautes-Pyrénées. En projetant ces taux à l’ensemble de la population vivant en Occitanie, « nous obtiendrions un total maximum de 267.872 locuteurs de l’occitan » précise l’auteur dans son article scientifique. Or la composition démographique et sociale de la zone occitane a poussé les chercheurs à pondérer ce chiffre car la pratique de la langue n’est pas du tout la même entre villes et campagnes, entre départements ruraux ou plus urbains. « En fin de compte, nous estimons que les locuteurs de l’occitan sont très probablement au nombre d’environ 110.000. L’ensemble des non-locuteurs plus ou moins imprégnés atteint 1 200 000 personnes ».

Ces chiffres interrogent car ils sont bien en deçà de ceux qui sont régulièrement avancés par les différents acteurs occitanistes lorsqu’il s’agit de parler du nombre de locuteurs. Or, pour une fois, ce sont des militants occitans qui ont mené cette enquête.

Clément Alet

Vous pouvez lire l’intégralité de cette enquête ci-dessous :

28 Mai

Les sénateurs sur le chemin de l’école

Sénat

Sénat - © Hohenfels

Après l’Assemblée Nationale le 19 mars, c’est dans la nuit de vendredi à samedi dernier que les sénateurs ont adopté en première lecture le projet de loi de Refondation de l’Ecole. Le texte revient donc en seconde lecture devant les députés avec quelques modifications, notamment concernant les langues régionales. La veille du vote général, les sénateurs ont adopté un article qui n’a rien à voir avec la version provenant de l’Assemblée puisque l’accord préalable des parents pour utiliser une langue régionale en classe a disparu. Le Parti Occitan se réjouit du « pas très positif » fait par le Sénat et estime que cet article permet enfin « la reconnaissance par la loi de l’enseignement des langues, et dans les langues, puisqu’il consacre l’existence du droit à l’enseignement bilingue français-langue régionale. »

La version de l’article 27 bis adoptée par les sénateurs est la suivante :

Article 27 bis

I (nouveau). – L’article L. 312-10 du code de l’éducation est ainsi rédigé :

« Art. L. 312-10. – Les langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de la France, leur enseignement est favorisé prioritairement dans les régions où elles sont en usage.

« Cet enseignement peut être dispensé tout au long de la scolarité selon des modalités définies par voie de convention entre l’État et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage.

« Le Conseil supérieur de l’éducation est consulté, conformément aux attributions qui lui sont conférées à l’article L. 231-1, sur les moyens de favoriser l’étude des langues et cultures régionales dans les régions où ces langues sont en usage.

« L’enseignement facultatif de langue et culture régionales est proposé dans l’une des deux formes suivantes :

« 1° Un enseignement de la langue et de la culture régionales ;

« 2° Un enseignement bilingue en langue française et en langue régionale.

« Les familles sont informées des différentes offres d’apprentissage des langues et cultures régionales. »

II. – L’article L. 312-11 du même code est ainsi rédigé :

« Art. L. 312-11. – Sans préjudice des dispositions de l’article L. 121-3, les enseignants du premier et du second degré sont autorisés à recourir aux langues régionales, dès lors qu’ils en tirent profit pour leur enseignement. Ils peuvent également s’appuyer sur des éléments de la culture régionale pour favoriser l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et des programmes scolaires. »

Pour en savoir plus, revisionnez notre édition occitane du samedi 25 mai consacrée aux questions d’enseignements des langues régionales.

Edition occitane du 25 mai 2013 par france3midipyrenees

Clément Alet.

16 Mai

Un asile et un jour symboliques

Faute de ratification de la charte européenne des langues minoritaires, faute de statut légal de ces langues, leurs défenseurs se sont retrouvés mercredi 14 mai à Paris devant l’UNESCO.

A l’initiative du collectif du 31 mars (date de manifestations survenues partout en France en 2012), occitans, basques, bretons, catalans, basques et créoles ont demandé l’asile culturel. Une requête symbolique pour que l’institution internationale fasse pression sur le gouvernement français afin qu’il défende un patrimoine linguistique menacé.
Ces militants associatifs -mais aussi des politiques- ont été reçus par un représentant de l’UNESCO qui a promis que sa Direction Générale enverrait un message au Président de la République. « Nous avons saisi les Nations Unies pour ce problème culturel que posent les langues de France aujourd’hui » affirme Jean-François Laffont, président de Convergencia Occitana de Toulouse qui a coordonné cette opération.
Une centaine de militants, de toutes les langues de France, réunis pour la première fois dans un même lieu, pour une même cause : « Nous sommes déterminés et pas encore désespérés… Ce n’est pas un aboutissement mais un jour de départ vers une reconnaissance » poursuit l’avocat toulousain.
Alors que François Hollande a enterré sa 56ème proposition (ratifier la charte européenne), alors que la place des langues régionale dans la loi d’orientation pour la refondation de l’école est toujours en discussion, les défenseurs ont tiré la sonnette d’alarme. Dans le même temps, et ce n’est sans doute pas un hasard, le député Jean-Jacques Urvoas annonçait sur France 3, que les députés socialistes bretons déposeraient une proposition de loi constitutionnelle sur les langues, si le gouvernement -comme c’est probable- ne le faisait pas avant la fin juin.

Benoit Roux

En vidéo : le reportage de France 3 Bretagne

08 Mai

La chasse au patois à l’Ecole est-elle de retour ?

©MaxPPP

Pendant que certains députés ferraillent avec le gouvernement concernant la ratification de la Charte Européenne des Langues Régionales, des sénateurs vont désormais devoir prendre le relais sur une autre question : celle de l’enseignement des langues régionales. Le 15 mai prochain, le projet de loi de Refondation de l’Ecole arrive en seconde lecture et avec l’espoir d’une réécriture pour de nombreux enseignants. L’enjeu n’est autre que de faire modifier l’article 27 bis, voté à l’Assemblée qui remet clairement en cause l’enseignement des langues dites « régionales ». Jusqu’à ce jour, la loi laissait la possibilité aux maîtres de maternelle ou de primaire d’utiliser ces langues au profit de l’enseignement et notamment de l’étude du français. En clair, les enseignants pouvaient, s’ils le souhaitaient, utiliser l’occitan ou le breton en classe. Désormais, selon l’article modifié en première lecture, ils ne pourront le faire que si les parents en sont d’accord. Dans un courrier du 5 avril dernier, Philippe Martel, président de la F.E.L.C.O. (Fédération des Enseignants en Langues et Culture d’Oc) interpelle directement celui qui a soutenu cette modification, le Ministre de l’Education, Vincent Peillon lui-même : Actuellement et depuis 62 ans les enseignants étaient « autorisés »… Demain avec votre loi ils devraient demander une autorisation pour continuer de faire ce qu’ils peuvent faire aujourd’hui…? On serait ainsi plus près de la chasse au patois de jadis que de la « promotion des langues régionales » et de la diversité culturelle attendue aujourd’hui ! Cette « innovation » est catastrophique, et nous vous demandons solennellement de supprimer cet article quand votre projet de loi d’orientation viendra en débat au Sénat.

Engagés depuis plusieurs mois dans la bataille, les membres de FELCO ainsi que ceux de 17 autres associations de professeurs ou d’enseignants en langues régionales en France n’ont pas l’intention de lâcher maintenant. Depuis le début de la 14ème législature, près de 50 questions écrites ou orales ont été posées par des députés ou des sénateurs à propos des langues régionales. La quasi-totalité de ces questions concerne l’enseignement et sont le fruit du travail mené dans l’ombre par ces enseignants et ces professeurs. La prochaine interrogation est donc fixée au 15 mai et le gouvernent est prié cette fois-ci de relire sa copie avant de la rendre.

Clément Alet

03 Mai

Langues régionales : les nouveaux fronts de la bataille

Hémicycle de l'Assemblée Nationale

© MaxPPP

La bataille continue pour les défenseurs des langues régionales en France et le front semble même s’élargir. Sur le plan politique, des députés ne cessent d’intervenir depuis quelques semaines maintenant pour faire infléchir le gouvernement et en plus haut lieu, le chef de l’Etat, sur la question de la ratification de la charte Européenne des langues régionales. S’abritant derrière l’avis Conseil d’Etat, le Président de la République a renoncé, ce qui n’est pas le cas de certains parlementaires. Une première fronde « girondine » vise directement l’exécutif. Dans un courrier daté du 30 avril dernier, huit parlementaires socialistes de Gironde parmi lesquels on retrouve Vincent Feltesse mais également Noël Mamère ou encore Martine Faure, ont demandé à Jean-Marc Ayrault de revoir la copie afin de « permettre la tenue de l’engagement présidentiel », la fameuse promesse 56. Les girondins ne demandent pas moins qu’une loi de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Mais au-delà du front girondin, ce sont d’autres députés, réunis au sein du groupe d’étude sur les langues régionales à l’Assemblée qui ont interpellé le Premier Ministre dans un courrier commun le 26 avril dernier. En signant ce courrier, les députés Paul Molac, Jean-Jacques Urvoas, Marc le Fur, Martine Faure, Jean-Pierre Decool, Thierry Benoit et Paul Giacobbi,  représentant chaque groupe de l’Assemblée Nationale (sauf GDR Gauche Démocrate Républicaine) affirment qu’il existe une voie, une faille, dans laquelle le gouvernement pourrait s’engouffrer pour ratifier, malgré l’avis négatif du Conseil d’Etat : « Le groupe d’études [des langues régionales] estime que cet avis est contestable en droit et en fait et souhaite vivement que le Gouvernement n’empêche pas le pouvoir constituant de réviser la Constitution. Un pouvoir constitué ne saurait se substituer au législateur en lui imposant des normes supra constitutionnelles qu’il ne pourrait modifier ».

Si l’action politique bat son plein entre l’Assemblée, Matignon et l’Elysée, sur le terrain, le mouvement associatif semble également se remobiliser. C’est à Paris, le 15 mai prochain que les défenseurs des langues régionales ont rendez-vous à l’appel du collectif du 31 mars 2012. Sur le parvis de l’UNESCO, ils vont solennellement demander à cette institution l’asile culturel,  et la « mise sous protection » des langues de France.
Clément Alet

22 Avr

L’Occitan Pride

Samedi, les Occitans rouergats ont fait leur « coming out ». Avec l’Occitan Pride, plus de 2000 personnes ont investi les rues de Rodez pour clamer haut et fort leur fierté d’être occitans.

Dans le cortège, de nombreuses personnes peu habituées à ce type de manifestations : des associations locales, venues défendre le folklore de leur pays, mais également des corps de métier, comme les vignerons de Marcillac : « Je ne suis pas un militant occitaniste, mais je suis né ici, en Aveyron, rappelait Jean-Luc Matha. Cette journée permet aux gens de se retrouver, de se rencontrer, c’est quelque chose de beau pour nous parce que nous pouvons parler occitan comme nous le faisons chez nous. Je suis vigneron à Marcillac et les vignerons de Marcillac parlent occitan ». En tête du cortège, les moutons aveyronnais ouvraient la voie. « L’Aveyron est le premier département de France pour les moutons. C’est le moment de le faire voir, précisait André, éleveur. Nous sommes aveyronnais, occitans, il faut parler la langue pour ne pas qu’elle se perde et pour ne pas que l’on se perde. »

Une manifestation atypique donc, différentes des cridas occitanes précédentes. Mais si les revendications politiques étaient peu présentes, quelques militants avaient néanmoins fait le déplacement : « Oui, nous sommes fiers d’être occitans, il faut le dire et le redire. Mais il ne faut pas oublier que nous avons un Président élu qui a promis de signer la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Il faut que la majorité tienne ses promesses », rappelait Gèli Grande, membre du Parti nationaliste occitan.

Mais pour les organisateurs, la manifestation avait pour revendication principale l’affirmation de l’identité occitane de chacun, le but étant justement de faire un rassemblement différent des autres : « Nous voulions avant tout problématiser et faire comprendre que la société dans son entier doit s’emparer du sujet, surtout ce monde occitan qui vit sa langue naturellement sans se poser de questions, explique Jean-Pierre Gaffier de l’Adoc 12. Et nous avons réussi car des gens qui n’avaient pas conscience de leur occitanité, qui parlaient toujours de « patois », se sont déplacés et ont utilisé les mots « occitan » et « fierté ». On ne pouvait pas rêver mieux. »

Une nouvelle édition de l’Occitan Pride devrait avoir de lieu l’an prochain, toujours en Aveyron mais ailleurs qu’à Rodez, « pour toucher et faire se bouléguer d’autres endroits du Rouergue ».

18 Avr

Quand les responchons repointent

Comme chaque année à la même période, ils attirent des centaines de gourmands dans les haies : les bartas comme on dit en Occitan. Vous vous demandez surement de qui l’on parle ?

Des responchons, plan solide… (prononcé respounchous). La plante occitane mythique qui annonce le printemps est enfin de retour un peu partout dans nos contrées et il est donc très fréquent en ce moment même de trouver des marcheurs, cueilleurs éparpillés en pleine campagne, munis d’un panier, prêt à ramasser ces fameux responchons. Si vous n’en avez jamais vu, c’est que vous n’avez donc jamais gouté à cette délicieuse amertume qui caractérise la plante.  Les Aveyronnais, les Tarnais, et autres habitants du Nord de la région Midi-Pyrénées en sont complètement friands. Il n’y a d’ailleurs guère qu’eux qui les ramassent. Alors si l’envie vous prend, n’hésitez pas à aller faire un tour dans les haies, les sous-bois, les fossés mais attention, ne confondez pas avec l’asperge sauvage car le responchons n’est pas de cette famille-là. Il s’agit du tamier commun. Une fine tige verte dont la pointe graine, qui pousse en s’entortillant autour de tout ce qu’elle peut, et qui apparaît en groupe. Il vous en faudra une bonne poignée pour les déguster.

EN VIDEO : la cueillette des responchons dans le Tarn

Si les habitants des campagnes consomment du responchons depuis des siècles, c’est parce qu’il apparaît exactement au moment de ce que l’on appelle la « soudure ». Lorsque les réserves de l’hiver sont terminées et que le jardin n’est pas encore prêt à produire, il ne reste plus qu’à se tourner vers la nature pour y cueillir ce qu’elle voudra bien offrir. Les responchons deviennent ainsi une évidence pour les Occitans, les Catalans, mais également bien d’autres populations car la présence de ce tamier commun est attestée tout autour du bassin méditerranéen. Pour la recette, c’est une autre histoire. Chacun a surement ses petits secrets. Crus, cuits, en salade accompagné d’œufs mollets, de lardons, de pomme-de-terre ou encore en omelette, le meilleur conseil à vous donner est d’aller demander directement à ceux qui les ramassent… mais dépêchez-vous car les responchons ne pointent leur tête que pour trois semaines au maximum.

Clamenç Alet

© Clamenç Alet

11 Avr

L’alternative à la Charte

© Eric Fefenberg / AFP

Cette fois-ci, on n’en parle plus. Fermez le ban… ou presque. Alors qu’une fausse information sortie mercredi dernier annonçait l’arrivée dès le mois prochain d’un nouveau texte défendu par Christiane Taubira sur les langues régionales à l’Assemblée Nationale, une vraie information a, en revanche, marqué la fin de semaine dernière. C’est à l’Elysée que le député breton Paul Molac, accompagné des eurodéputés François Alfonsi et Jean-Jacob Bicep ont été reçus vendredi par deux conseillers de François Hollande. Une petite entrevue à Paris pour parler du pays. « Les parlementaires ont exprimé leur extrême déception suite à la décision du Président de la République de retirer la ratification de la Charte Européenne des Langues Régionales et Minoritaires de la modification constitutionnelle qui sera proposée au Congrès dans les mois à venir » précise Paul Molac dans un communiqué. Rien de nouveau jusque-là, hormis le fait que c’est au sein même du Palais que la « Protesta » a pu résonner. Reste à savoir si l’écho de la révolte a pu atteindre les oreilles du Président. Rien n’est moins sûr, d’autant que la période politique qu’il traverse semble plutôt consacrée à l’extinction d’autres feux bien plus fournis. « C’était un peu agité dans couloirs de l’Elysée, mais je crois que l’entretien a été pris au sérieux » confie François Alfonsi. Le Président de la République aurait tendance à agacer ces députés, élus, ainsi qu’un bon nombre de défenseurs des langues régionales. La 56ème promesse du candidat Hollande ne sera pas tenue et c’est « une trahison » pour François Alfonsi. Puisque la voie de la ratification de la Charte ne semble pas s’engager, les élus ont donc proposé un autre chemin. « L’autre piste que nous avons soumis à David Kessler qui nous a reçu, c’est d’arriver à une réforme constitutionnelle qui puisse doter les collectivités, en particulier les Régions, d’une liberté d’action totale en faveur des langues régionales en usage sur leur territoire » explique l’eurodéputé François Alfonsi. « Cette réforme de la Constitution, qui ouvrirait ensuite le champs à une loi, pourrait permettre, par exemple, de décider en Corse si le corse peut devenir langue officielle. Cela permettrait de prendre des dispositions pour adapter l’enseignement de la langue en fonction des demandes ». Reste maintenant à savoir si l’alternative sera ou non retenue. « On a nous promis une réponse d’ici un mois. On ne lâche rien de toute façon ». Le temps presse, la révision constitutionnelle est annoncée pour l’été et il n’y en aura vraisemblablement qu’une d’ici la fin du quinquennat.

Clamenç Alet

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