14 Sep

Asaf Avidan : la voix dans tous ses éclats

Poursuivant sa carrière solo, Asaf Avidan sort un 7ème album toujours aussi singulier. « Anagnorisis » passe aisément d’un style musical à un autre, porté par la voix stratosphérique du chanteur israélien. Un disque produit sobrement et avec efficacité qui place Asaf Avidan parmi les valeurs sûres des artistes inventifs. Notamment par l’utilisation de la voix. Assurément le nouvel album de la semaine.

Quand on a une voix aussi particulière, c’est tout l’univers musical qui est influencé. Asaf Avidan continue d’explorer avec une certaine aisance différents genres avec une voix qui porte en elle beaucoup de fragilité mais aussi tellement de diversité et de puissance.

Les voix d’Asaf Avidan

Suspendue aux aigus comme dans « 900 days », elle sait aussi se faire grave avec un registre plus normal. Surtout, cet album est un festival de voix, et c’est l’artiste lui-même qui les faits toutes. Etonnant.

Asaf Avidan – Lost Horse – (live C à Vous – 10/09/2020)

S’aventurant dans une ballade (« Earth Odyssey »), Avidan joue sur les 2 niveaux, aigu et grave. Riffs de guitare, sonorités électro, chorale d’enfants façon « The wall » sur un refrain haut perché. Tout paraît simple, équilibré, avec des sons « classiques » et des ajouts de sons électroniques.

Avec « No Words », on touche l’intime avec légèreté sur quelques notes de piano feutré et chœurs éthérés. Joliment fait. Avec l’élégance d’un Jeff Buckley.

Asaf Avidan – No words

Un disque intimiste à la production impeccable

Mêmes composantes pour  « Anagnorisis » avec une voix encore plus écorchée. Sublimé par une trompette profonde et quelques éclairs de piano. Où l’on voit aussi tout le talent de compositeur d’Avidan.

« Rock of Lazarus » montre une autre facette de l’artiste, beaucoup plus contemporaine, avec un travail sur les sons intéressant. Et comme toujours, au-delà du chant lead, la voix est un instrument à part entière avec lequel Avidan s’amuse par petites touches à créer quelques surprises. « Wildfire » prend même quelques accents Bowien ou Reediens. Le tout, très bien mixé.

On passe d’un morceau à l’autre sans lassitude, toujours séduit par la variété des compositions et des arrangements. Mention spéciale aux voix en tous genres.

Petit bijou mélancolique

« Darkness song » porte bien son nom. Assez sombre beaucoup des titres d’Asaf Avidan. Le morceaux est vraiment superbe de maîtrise, avec des chœurs murmurés et un piano presque étouffé, voix écorchée du chanteur.

Asaf Avidan – Darkness song

Très belle ballade qui fait penser à Nick Cave aussi dans la sobriété de la production. Idem pour le morceau qui clôt l’album « I see her don’t be afraid ». Toujours Nick Cave toujours sur fond de bourdon et d’harmonium. Comme une embarcation à la dérive, lourde de mélancolie, qui finit par échouer sur un rivage plus paisible.

Ce n’est pas le disque de l’année mais c’est très agréable à écouter. Résolument à part, intimiste, fragile, équilibré, épuré. Un petit bijou.

Asaf Avidan Live à Paris (09/2020)

Benoît Roux

04 Sep

Le nouveau disque jazz-world de Mino Cinelu et Nils Petter Molvær

Le percussionniste d’origine martiniquaise Mino Cinelu et le trompettiste norvégien Nils Petter Molvær signent la sortie de cette semaine : « SulaMadiana ». « Sula » c’est l’île où est né le norvégien et « Madiana » la Martinique de Cinelu. Un album aux influences riches entre jazz, fusion, afrobeat et des éléments de hip hop. L’oeuvre de 2 artistes multi-instrumentistes très doués et ouverts qui explorent les univers sonores. Le tout avec respect des cultures et une intelligence du son. Un disque qui fait voyager les yeux fermés.

Deux musiciens oreilles ouvertes

Mino Cinelu, avant de se lancer en solo, a d’abord été un musicien hors pair. Batteur, percussionniste, guitariste, il se fait remarquer dès son plus jeune âge (24 ans) par un certain Miles Davis :  » Mino Cinélu peut faire swinger n’importe quelle musique « .

3 ans plus tard, Joe Zawinul l’invite à rejoindre la formation mythique de Weather Report. En fait, il a joué avec les plus grands jazzmans du monde mais aussi des artistes de variété comme Lavilliers (dès 1976), Nougaro, Sting ou encore Peter Gabriel. Autant dire que la richesse et la finesse de son jeu ont tapé dans les oreilles de ceux qui ont un organe bien aiguisé.

Après avoir accompagné ces grands maîtres, il se lance en solo en 2000. Des disques plutôt convaincants où pour la première fois, on l’entend chanter.

Cet éclectisme, cette envie de découvrir d’autres univers, on la retrouve aussi chez le trompettiste Nils Petter Molvær. Comme Miles Davis, le norvégien est un adepte de la sourdine et des notes tenues. A l’écoute, le son de Miles Davis est  là mais le jeu est différent. Dans un premier temps, l’artiste est signé par le label ECM qu’il quitte en 2000. Le son « froid » assez caractéristique des productions de Manfred Eicher s’est un peu réchauffé. Lui aussi est devenu un maître de la fusion, un explorateur à succès de différents genres.

Sur l’album, leur complicité est évidente, même si leur rencontre remonte seulement à 2015.

Mino Cinelu et Nils Petter Molvær – SulaMadiana

Album fusion

A l’écoute de « SulaMadiana », c’est l’esprit du voyage qui l’emporte. Un côté fusion, un versant primitif dans certains rythmes et onomatopées, leur musique permet d’explorer l’Afrique, l’Europe bien sûr mais aussi les Amériques et l’Inde avec le très beau morceau « Indianala » composé par Cinelu. Un fond de tablas agrémentés de percussions et voix du musicien français, ponctué par les sonorités douces des cuivres.

Mino Cinelu et Nils Petter Molvær – Indianala

Une corne d’abondance sonore qui remplit les paysages, à faire oublier qu’il y a seulement 2 musiciens. On y retrouve aussi 3 hommages appuyés à 3 artistes disparus cette année qui les ont inspirés. « SulaMadiana » (Manu Dibango), « Song for Julle » (Tony Allen) et « Tambou Madiana » pour l’un des batteur de Miles Davis (Jimmy Cobb). Les percussions de Cinelu sont toujours aussi puissantes et précises et s’allient parfaitement avec les cuivres et les nappes planantes de Nils Petter Molvær.

Mino Cinelu et Nils Petter Molvær Photo : site Facebook

Les rythmes sont variés, les compositions originales et surtout, la fusion entre ces univers, totale. Un disque régénérant et inventif.

SITE FACEBOOK

Benoît Roux

02 Sep

Michel Jonasz, Manu Katché et Jean-Yves d’Angelo toujours unis vers l’uni

En 1985, Michel Jonasz accompagné de ses amis musiciens Manu Katché et Jean-Yves D’angélo étaient sur scène pour une tournée mémorable « Unis vers l’Uni ». Un artiste au sommet de son art, une complicité évidente avec ses musiciens. Ceux qui ont eu le bonheur de voir ce spectacle s’en rappellent encore. Il y a quelques mois, les mêmes artistes qui ne se sont jamais quittés ont repris le chemin du studio pour un nouvel album : « La Méouge, le Rhône la Durance ». Le groove de Mister Swing est toujours là. Comme une rivière vivifiante.

Nouvel album Michel Jonasz

A 73 ans, Michel Jonasz est assez discret. Le métier d’acteur a fini par prendre le dessus sur celui d’auteur-compositeur-interprète. Alors forcément, toute nouvelle chanson est un petit plaisir rare à savourer. Entendons-nous bien, l’univers de l’artiste n’est pas toujours d’une grande gaieté et parfois un peu déprimant. Avec le temps aussi, il faut se faire à sa voix un peu chevrotante et tremblante. Ceci étant précisé, l’album sorti en 2019 est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord parce que notre Al Jarreau français n’a rien perdu de son groove, de la qualité de ses compositions, de la beauté (parfois un peu triste) de ses textes.
Pour s’en convaincre, un titre emblématique à faire décoller des semelles de plomb, à laisser entendre que Jonasz est bien un artiste black américain.

Michel Jonasz – Traverser la mer à la nage (Live)

A renfort de cuivre bien affûtés et d’un harmonica enlevé, le morceau anodin au départ finit par swinger tel « La boîte de jazz » il y a plus de 30 ans. Et oui, 30 ans ! La poésie s’installe puis, comme à son habitude, le batteur Manu Katché pousse et installe son rythme. Les arrangements sont sobres, intelligents et efficaces, un vrai régal progressif.

Autre exemple flagrant du style intelligent du batteur français tout en subtilités : « La Planète bleue ». Ce morceau clôture le disque et Jonasz éco-responsable renoue avec l’album « Unis vers l’uni ». Dans une interview à la RTBE, il déclare« Même aujourd’hui, c’est fascinant de me dire qu’on est sur cette boule, cette planète bleue qui tourne dans l’espace, et puis que nous on est dessus comme ça, et qu’il y a des étoiles qui sont à des milliards d’années lumière …Nous sommes les hôtes d’une planète qu’il faut apprendre à préserver, c’est une conscience qui doit s’incarner avant qu’il ne soit trop tard. »

Le jeu de Manu Katché est fait tout en nuances avec un final où il amène sa personalité, sa patte et le son si particulier de ses toms et de sa caisse claire. Bien accompagné par une basse lourde, lles claviers légers de D’Angélo et les ponctuations de guitares.
Un album plutôt réussi avec le poignant, beau et triste « La maison de retraite ». Le naufrage de la vieillesse, de la dépendance, et l’amour, plus fort que tout.

Comme à son habitude, Jonasz surprend aussi avec des incartades orientales oud/derbouka sur le titre « Sombre est la nuit » ou encore le presque country « Le bonheur frappe à la porte ». Revient en mémoire cet album de 1985 « Unis vers l’Uni », avec des musiciens français dont Kamil Rustam qui n’est plus sur cette production. On pense aussi à un autre disque (live), meilleur à mon goût : « La Fabuleuse histoire de Mister Swing » avec des pointures américaines.
Enregistrement nouvel album « La Méouge, le Rhône la Durance » (2019)
« La Méouge, le Rhône la Durance », c’est le fruit d’artistes à la complicité extrême. Un bonheur qui devait se partager sur scène si la COVID n’était pas intervenue. Les concerts parisiens sont reportés en 2021. Quelques dates sont pour l’instant maintenues à l’automne, notamment au Casino Barrière de Toulouse le 15 novembre.
Benoît Roux

24 Juil

Werdender Popstar Sofia Portanet veröffentlicht eine der Platten des Sommers

An dieser Künstlerin haftet etwas Einzigartiges. Man kann ihre Musik in noch so viele Schubladen stopfen wollen, Sofia Portanet passt in keine. Sie hat auch eine sehr persönliche Art, in verschiedenen Sprachen zu singen und das mit einer ganzen Palette an Empfindungen zu unterlegen. Ihre Stimme spielt mit den Tonlagen, ihre Neugier lässt sie immer wieder neue Richtungen erkunden. Nun ist ihre erste CD « Freier Geist » da. Man hört etwas wirklich Frisches, hat erst mal einen musikalischen Schock und will dann nur noch bis zum Ende zuhören. Auf freundliche und professionelle Art hat sie sich diesem Interview zur Verfügung gestellt.

Sofia Portanet ©Lia Kalka

Sofia Portanet wurde am Tag des Berliner Mauerfalls in Deutschland geboren. Aufgewachsen ist sie aber in Frankreich. Und « zuhause » ist ihr ein wichtiger Begriff. Ihr Vater ist spanischer Herkunft und ebenfalls Musiker und Sänger. In ihrem Haus in den Pariser Vororten befindet sich ein Aufnahmestudio. « Wir haben miteinander viel Zeit in großer Verbundenheit verbracht. Er war es, der mir den Antrieb gab, Künstlerin zu werden. » Es sei ihm gedankt.

Kulturelle Vielfalt

In Frankreich geht sie auf eine deutsche Schule. Ihren ersten ernsthaften Kontakt zum Singen hat sie in der Kantorei der Hauts-de-Seine (dem Kinderchor der Pariser Nationaloper). « Das war eine schöne Erfahrung. Ich bin fünf Jahre dort geblieben und habe vieles gelernt, das mich heute noch prägt. Aber nur vom Blatt singen war mein Ding nicht! » Keine Lust also, ihre Schöpferkraft in eine Rüstung zu quetschen.

Das Abitur legt sie in Frankreich ab, geht dann für das weitere Studium der Kommunikation und Wirtschaft nach Berlin. Immer mit dem Blick darauf, von ihrer Musik zu leben. Auf Spiegel Online erzählte sie vor kurzem, wie sie zunächst Coverversionen alter Hits in Bars und Restaurants sang. Da ihr niemand wirklich Aufmerksamkeit schenkte, fing sie an, Wörter übertrieben zu artikulieren, damit sich die Gäste an ihren Pommes verschluckten und ihr endlich zuhörten. Eine echte Persönlichkeit, ich sag’s Ihnen.

Für die Band sucht sie sich ihre Musiker selbst zusammen. « Mich interessiert nicht einfach das technische Können. Es muss auch ein gutes Gefühl für den Klang da sein, und menschlich muss es stimmen. » Ihr Schlagzeuger ist hauptberuflich Anwalt, ihr Bassist Lehrer und ihr Keyboarder Journalist. Ganz schön eklektisch.


Irgendwann fühlt sie sich stark genug, für ihre erste Platte die Stücke zu schreiben und zu komponieren. Mit ihrem Partner in Musik Steffen Kahles produziert sie die Platte und wählt die Arrangements. Steffen Kahles hat bereits einen Namen als Komponist von Filmmusik. 2018 kommen die ersten beiden Singles heraus. Dann dauert es ein ganzes Jahr des Schreibens, Aufnehmens und Produzierens. Kein Platz für Kompromisse.

 

Viele Einflüsse, aber auch eine Eigenart

Sofia Portanet kultiviert den Unterschied, und das ist keineswegs eine Pose. Beim Hineinhören bekommt man augenblicklich ihre Einzigartigkeit mit. Ja, man hört da schon auch Einflüsse heraus, aber es sind keine Kopien. « Auf dieser musikalischen Suche haben mich bestimmte Künstler wie Kate Bush inspiriert. Aber ich höre viele verschiedene Dinge: Folk, aktuellen Pop, Jazz, Soul, Rock. Ich liebe Edith Piaf und Ingrid Caven, die ein bisschen deren deutsches Pendant ist… Björk für ihre Kreativität und ihre Wandlungsfähigkeit. Aber mich beeindruckt zum Beispiel auch Yma Sumac. Und ich könnte auch Madonna nennen, Blondie für ihre Musik, ihren Charakter und das punk-hafte an ihr, die amerikanische Sängern Lene Lovich… Queen, Klaus Nomi, Nina Hagen – die ich erst spät entdeckt habe – oder auch Bowie… »

 

Ein bisschen Catherine Ribeiro klingt mit

Auf der Platte gibt es diese Singularität, dieses Lied voll wunderbarer Tiefe und Resonanzen, eine Coverversion des Liedes « Racines » von Catherine Ribeiro. Ein starker Text, beseelt, wie ein Kirchenlied, und doch absolut frei und heidnisch.

« Ich glaube nicht an Gott / Den unendlich Machtvollen / Denn ich glaube an den Menschen / an seinen noch ausstehenden Flug. / Und ich glaube an den großen Wind / der unsere Erinnerungen fort bläst / An das Heilige der jetzigen Zeit / An den vorläufigen Ausgang / An die Keime des Frühlings / An die Kurven des Sommers / An den transparenten Blick des so sehr geliebten Menschen… »

Das hat sie als Abschlussstück für die Platte gewählt, wie ein Siegelabdruck einer sehr starken Persönlichkeit. « Catherine Ribeiro, eine von Frankreichs bedeutendsten Sängerinnen, und erst spät als solche anerkannt… Ihre Musik und ihre Stimme sind unvergleichlich und übertragen Emotionen ohnegleichen. Der Text hat mich tief berührt. Ich wurde vom Goethe Institut in Houston in Texas für die Feier des dreißigsten Jahrestags des Mauerfalls eingeladen. Ich habe dieses Lied ausgesucht, da es eine besondere Bedeutung besitzt und die Fähigkeiten von Mensch und Natur ausdrückt. Die Kraft jeden Individuums, nicht GOtt, ist die Mitte von allem. »

Alle anderen Texte hat sie selbst geschrieben – wieder mit viel Eklektizismus. Man findet etwa « Menschen und Mächte » oder das galaktische « Planet Mars », hier auf englisch, das aber ursprünglich auf französisch geschrieben und in Frankreich auch auf französisch veröffentlicht ist. Ein Lied von Liebe und Abschied.

« Ich schreibe über das, was mich berührt. Über Selbstfindung, Vergänglichkeit… Und wenn ich in einer anderen Sprache schreiben möchte, hole ich mir Berufsübersetzer, damit das Ergebnis so exakt wie möglich ist. » Zu ihrer Signatur gehören auch Textausschnitte von Dichtern wie Heinrich Heine (« Wanderratte ») oder Rainer Maria Rilke (« Das Kind »).

Und wie geht es weiter?

« Freier Geist » ist seit mehreren Wochen auf den Streamingplattformen und als CD verfügbar. Am 24. Juli kommt die LP heraus. « In Deutschland ist die Resonanz auf die Platte unglaublich. Das hat mich sehr überrascht. Es gab viele Artikel in Qualitätsmedien… Aus England kamen viele private Hörermeldungen. Und von guten Rückmeldungen aus Frankreich weiß ich auch. »

In der Tat ist die Presse voll des Lobes für diese neue Künstlerin, man sieht in ihr eine Erneuerung der « Neuen Deutschen Welle ». Die Vergleiche sind ebenso schmeichelhaft wie wohlverdient.

Eine Tour einschließlich zweier Termine in Frankreich (Paris und Colmar) fand nicht statt. Anlässlich der Pandemie passt sie sich neu an und bietet nun auch eine Akustikversion. « Damit finden wir ein neues Publikum, das mit der Platte nicht so viel anfangen konnte. Die Stimme ist präsenter, die Gitarren-Arrangements spannender… Wir starten den Eroberungszug. Am 11. August gibt es einen Live-TV-Auftritt im ZDF. Das ist eine andere und sehr direkte Art, seit dieser Krise mit den Menschen in Verbindung zu kommen. » Immer zuversichtlich.

Verbindlich und entschlossen – Sofia Portanet fehlt es weder an Talent, noch an Persönlichkeit, um sich einen bleibenden Namen zu schaffen. Da ist viel Eleganz in ihrer Musik. Auch viel Eigenart und eine innere Kraft, die den Unterschied macht.

©Lia Kalka

Platte kaufen: https://www.hhv.de/shop/de/artikel/sofia-portanet-freier-geist-742321?fbclid=IwAR3-9Ju6vA5dtPcU4s1kYTUTx2H8Un4wW2U_Raq9QlVy9bHgNNUqgKuX7AU

Auf Facebook: https://www.facebook.com/sofiaportanet/

Übersetzung : Alexander Hohmann

Benoît Roux

Next popstar Sofia Portanet’s first CD to be one of the records of the summer

There is something obviously different with this artist. You can stick as many lables on her as you want, Sofia Portanet still won’t fit into any category. She has a deeply personal way of singing in various languages, using a wide array of sensations. Her voice plays up and down a variety of pitches, her curiosity takes her to always new horizons. Her first record « Freier Geist » (« Free Mind ») now hit the shelves. Listen to it, this is fresh, a musical shock immediately followed by an eagerness to just listen until the last note. She kindly and professionally agreed to this interview.

Sofia Portanet  © Lucio Aru &Franco Erre

Sofia Portanet was born in Northern Germany on the day the Berlin wall fell. But she grew up in France. « Home » means something important to her. Her Spanish-born father is a musician and singer himself. Their house in the surroundings of Paris is equipped with a recording studio. « We spent much time together in a real connectedness. It was him who sparked my desire to become an artist. » We owe him thanks for that.

 

Cultivating difference

In France, she goes to a German school. Her first contact with singing is the « Maîtrise des Hauts-de-Seine »; the children’s choir of the National Opera of Paris. « It was a beautiful experience. I stayed there for 5 years and learned so many things that still stick today. Yet, singing by simply reading from a sheet of music wasn’t fulfilling! » She obviously did not feel like squeezing her creativity into an armour.

She passes her final school exam in France and then goes on to study communication and economics in Berlin. Never letting go of her idea of eventually making a living with her music. She told the German news magazine Der Spiegel that she used to have gigs in bars and restaurants, singing cover versions of old songs, but that patrons just would never pay attention. So she started to exaggeratedly enunciate words so that people would choke on their fries and eventually listen up. Some personality there, I tell you.

She chooses herself the musicians of her group. « It is not only the technical skills that I care about. There also needs to be a good sense of the sound and we also should fit as human beings. » Her drummer is a lawyer, her bassist a teacher and a journalist plays keyboards. Eclectic.

At one point, she feels strong enough to write and compose a whole record. With her partner in music Steffen Kahles, she produces the record and works the arrangements. Steffen Kahles is a seasoned film music composer. 2018 sees the first two singles. Then, for a full year, there are all the tasks coming with writing and composing and producing, and the standards are high.

 

Influences, yet a singularity

Sofia Portanet cultivates her difference and it certainly is no posture. You immediately grasp that singularity when you listen to the record. Yes, there are immediately recognisable influences, but it never is a replica. « There are several artists that inspired me on my musical quest, like Kate Bush. But I listen to lots of different genres: folk, current music, jazz, soul, rock… I love Edith Piaf and Ingrid Caven who could be sort of her Germen counterpart… Björk for her creativity and her transformative ability. But I could also pick Yma Sumac, whom I find impressive, Madonna, Blondie for her music, her personality and the punk in her. The American singer Lene Lovich… Queen, Klaus Nomi, Nina Hagen whom I only discovered quite lately, or Bowie… »

 

Reverberations from Catherine Ribeiro

The record contains this UFO of a song, a magnificent track, rich with depth and resonances, a reprise of Catherine Ribeiro’s « Racines » (“Roots”). A powerful text, enlivened, like a church chant, yet fully pagan.

Je ne crois pas en Dieu / L’infiniment puissant / Parce-que je crois en l’homme / A son vol en suspens./ Et je crois au grand vent / Qui souffle nos mémoires / Au saint du temps présent / A l’issue provisoire / Aux germes du printemps / Aux courbes de l’été / Au regard transparent de l’être tant aimé…

I do not believe in God / The infinitely powerful / Because I believe in Man / in his suspended take-off / And I believe in the great wind / That blows away our memories / In the sacredness of present time / In temporary outcome / In the seeds of Spring / In the curves of summer / In the transparent glance of the such beloved being…

She chose this track to conclude the record, like imprinting it with the seal of a very strong personality. « Catherine Ribeiro is among the greatest French female singers, albeit acknowledged as such only quite tardily… Her music and voice are incomparable, nonpareil in conveying emotion. This text had a deeply moving effect on me. The Goethe Institute of Houston in Texas invited me to celebrate the thirtieth anniversary of the fall of the Berlin Wall. I chose this song because it has a strong meaning that emphasizes the powers of individuals and nature. At the centre of everything, there is the power of the individual. Not God. »

This last track aside, she wrote all the other lyrics, always with eclecticism. There is « Menschen und Mächte » (« people and powers »), the galactic « Planet Mars » initially written in French and available in that language in France. A song of love and farewell.

« My lyrics go with what I feel touched by, like self-exploration or fugacity… When I want to sing in another language, I hire a professional translator to get the most accurate result. » Her personal brand is also about quotes from poets like Heinrich Heine (« Wandering Rat ») oder Rainer Maria Rilke (« The Child »).

What’s next?

« Freier Geist » has already been available on streaming platforms and as a CD for a few weeks. The LP is scheduled for July 24th. « The record gets incredible feedback in Germany. That really surprised me. I got many articles in prestigious media… From the UK I received numerous listeners’ messages. And I know that France is responding well, too. »

The press actually is full of praise for this new artist who renews the « New German Wave ». Those are flattering yet deserved comparisons.
A now cancelled tour had been scheduled, including two concerts in France (Paris and Colmar). With the pandemic, she had to adapt and offers a new, acoustical version. « We do find a new public that did not really respond to the record and finds the voice more present and guitar arrangements more interesting… We are in conquest mode. On August 11th, we will play live on the second German TV programme ZDF. That is another way to directly connect with people during this crisis. » Always confident.

SofiaPortanet ©Lia Kalka

Faithful and determined, Sofia Portanet has all the talent and the personality for a bright future. There is much elegance in her music. Much singularity, too, and an inner strength that makes the difference.

Buy the record: https://www.hhv.de/shop/de/artikel/sofia-portanet-freier-geist-742321

Facebook: https://www.facebook.com/sofiaportanet/

Benoît Roux

Translation in english : Alexander Hohmann

18 Juil

Inoxydable Chrissie Hynde des Pretenders

A 68 ans, la chanteuse résolument et définitivement rock Chrissie Hynde sort un onzième album. Après des escapades solos pas toujours convaincantes, elle signe le grand retour de The Pretenders avec « Hate for sale ». 10 titres impeccablement produits par Stephen Street (Blur, Morrissey, New Order…). Des morceaux à l’énergie vibrante servis par une grande dame du rock.

The Pretenders « Hate for sale »

Le grand retour de The Pretenders

Il y a comme ça des petits miracles. A l’instar d’un Bob Dylan complètement régénéré par son nouvel album, The Pretenders que l’on n’attendait plus à ce niveau renaît avec « Hate for sale ».

The Pretenders -Hate for sale

Miracle ? Pas complètement car la formation actuelle n’a pas varié depuis 15 ans et l’album est co-écrit par Chrissie Hynde et son guitariste James Walbourne.  Patience et cohérence. Ce disque marque aussi le retour du grand batteur Martin Chambers. Il est l’un des membres fondateurs de The Pretenders avec Chrissie Hynde. Les 2 autres sont morts d’une overdose. Dans une interview à Rolling Stones, l’artiste revient sur cet épisode. « Les Pretenders, c’est un son, et je m’étonne que l’on insiste si peu là-dessus, martèle-t-elle. Un son créé par les Pretenders originaux, trois musiciens dont deux sont morts à cause de la drogue, James Honeyman-Scott et Pete Farndon. »

The Pretenders, c’est effectivement un son rapidement identifiable. Un son équilibré que l’on retrouve sur ce petit bijou pop-rock « The buzz ».

The Pretenders – The buzz

Une base rock mais aussi de la pop, du punk (justement le titre éponyme « Hate for Sale »), du reggae (rappelons nous « Red red Wine » en collaboration avec UB40), ou encore l’art de la ballade cher à Chrissie. Un grand classique made in Pretenders qui démontre aussi que la chanteuse n’a rien perdu de sa voix, puissante et sensuelle à la fois. Soul à souhait.

The Pretenders – You Can’t Hurt a Fool 

L’esprit rock est intact dès la déferlante du premier morceau « Hate for sale ». Un son « sale » aux guitares rugissantes sur le titre « Turf accountant Daddy » ou encore « I didn’t know when to stop » où Chrissie prend les choses en mains et l’harmonica en bouche.

L’art de la synthèse

10 titres, 30 minutes de musique, on appelle ça l’art de la synthèse. «  On parle de rock’n’roll, là ! Tu dis ce que tu as à dire et tu libères la place. » C’est exactement ce à quoi s’applique Chrissie Hynde et James Walbourne. Pas de sur-effets, pas de répétitions, pas de solos interminables, juste le bon dosage. Les 2 morceaux les plus longs sont les plus emblématiques du son Pretenders à savoir « The Buzz » et « Maybe love is in NYC ».

The Pretenders – Didn’t want to be this lonely 

Les chansons s’enchaînent tels des tranches de vie qui passent à 100 à l’heure. La plume de l’Américaine est toujours aiguisée de frais. Elle gratte sur la dépendance aux drogues « Junkie Walk » et son côté définitif  « every junkie has to die », la solitude « Didn’t want to be this lonely » avec parfois un effet miroir autobiographique comme les titres « You can’t hurt a fool », « I didn’t know when to stop », ou encore « Crying in public ». C’est d’ailleurs le seul morceau qui détonne un peu (trop). Piano voix, cordes, oubliée l’énergie rock pour une ballade un peu trop propre.

Après le grand retour de Bob Dylan dont elle est fan, « Hate for sale » marque la résurrection de la chanteuse et guitariste américaine. L’écoute est vivifiante et régénérante. Please, come back and stay Chrissie !

Bonus track

On sort les briquets, les mouchoirs… Version cordes et chœur pour changer un peu.

The Pretenders – I’ll stand by you

A  LIRE AUSSI CHRONIQUE DU DERNIER ALBUM DE BOB DYLAN

Benoît Roux

03 Juil

Découverte musicale : la jeune allemande Sofia Portanet transcende les années 80

Prenez un shaker musical, mettez l’excentricité ravageuse d’une Nina Hagen, les sons travaillés de Kraftwerk, un zeste de rock de Nena et Rita Mitsouko et vous obtenez un cocktail des plus rafraichissant : Sofia Portanet.

Cette jeune artiste Berlinoise qui surfe sur la nouvelle vague allemande sort aujourd’hui son premier album « Freier Geist ». Ca sonne années 80 mais transcendé et revisité. Avec une belle enveloppe musicale un brin extra-terrestre et une maîtrise vocale qui remplit l’espace.

Photo : Facebook Sofia Portanet

Visuellement, il y a un petit côté Kate Bush, mais faussement sage et plus délurée. Musicalement, son premier album est une réminiscence pas du tout nostalgique de ce que la musique a eu de bon -et de moins bon- dans les années 70-80. Au début, on se dit : ouais… Et très rapidement, nous voilà pris en flagrant délit-délire d’écouter l’album en entier.

Sofia Portanet – Das Kind

Il faut dire que les sons sont très intéressants, entre électro, new wave, rock, punk. L’énergie de l’artiste est ravageuse, avec une voix qui se fond parfaitement dans l’univers un peu science-fiction de ses musiques. Sofia Portanet, c’est un peu le côté Blondie « Atomic », les délires vocaux de Catherine Ringer (qu’elle adore), la violence punk mêlée aux sonorités électroniques et industrielles de D.A.F. (Deutsch-Amerikanische Freundschaft).

Photo : Facebook Sofia Portanet

Mais elle ne se contente pas de réciter en bonne élève ces influences seventies-eighties (d’ailleurs elle ne les a pas connues vu qu’elle est née en 1989 ). La jeune artiste les balait très rapidement dans un tourbillon volcanique régénérant. Elle ressuscite et transcende la  » Neue Deutsche Welle » (Nouvelle vague allemande), les années 80 post-punk new wave qui ont bien remué l’Europe musicale.

Sofia Portanet – Planet Mars

Pas de chronique pointue pour cette artiste OVNI. Tentez juste l’expérience de vous laisser aller à cette déferlante parfaitement emballée. Dernier exemple : un espèce de faux cantique très étonnant et plus posé chanté, dans un français impeccable. Une reprise du titre « Racines » de Catherine Ribeiro. Autre voix, autre registre. Surprenant.

Sofia Portanet – Racines

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A LIRE : Un très bon article sur son disque

Benoît Roux

30 Juin

A Toulouse, l’Orchestre de Poche emballe sur des rythmes d’Argentine

Ils sont 11 musiciens à rentrer dans l’Orchestre de Poche. Cette formation toulousaine regroupe tous les instruments d’un orchestre classique. Mais leur registre est tout aussi bien trad, world music, que musique de cinéma, répétitive… avec un esprit punk-rock. L’Orchestre de Poche vient de sortir un nouvel album « Paraná ». Son leader et créateur Bruno Coffineau était parti en Argentine pour voir des amis. Il est revenu de ce voyage avec… la dengue ! Mais surtout 13 morceaux soufflés par les rythmes argentins.  Rafraîchissant. 

Orchestre de Poche album « Paraná »

Les sons et les rythmes du nord-est de l’Argentine

Paraná c’est une seule inspiration, un voyage unique. Un album homogène.

Il y a 5 ans, Bruno Coffineau part de l’autre côté de l’Atlantique pour retrouver des amis Argentins. Direction le nord-est du pays, la Plata et l’envie forte d’aller se ressourcer aux chutes d’Iguazú, à la frontière entre l’Argentine et le Brésil. Pendant plusieurs jours, il installe sa cabane en pleine jungle et se laisse bercer par les sons des oiseaux, de la nature, les rythmes des courants.

Les chutes d’Iguazú Photo Bruno Coffineau

Musicalement, l’Argentine ce n’est pas que le tango à 4 temps de Buenos Aires. Il y a aussi le chamamé de la province de Corrientes (les courants). Un style influencé par les Indiens Guaranis (tambour, flûtes), les Polonais, Allemands et Italiens (accordéon) et l’Espagne (guitare). Une musique de Gaucho qui se danse en couple.

Là-bas, Bruno Coffineau se passionne pour ce style et découvre l’un de ses maîtres Chango Spasiuk, un virtuose de l’accordéon. « Il y a des rythmes différents que l’on connaît très peu en France. Sur Paraná par exemple, c’est du 5 temps. L’Argentine, c’est le pays de la danse. C’est la chose la plus importante. On part souvent danser en milonga, le lieu où l’on danse. Dès que les premières notes résonnent, des personnes âgées aux enfants, tout le monde s’y met ».

L’inspiration de l’album vient donc d’Amérique latine. Mais il n’a pas été composé là-bas. Quand Bruno Coffineau rentre en France, la dengue le rattrape. Cloué au lit, la fièvre du tango et du chamamé prennent le dessus. Les 13 thèmes de cet album lui viennent d’un coup.

L’esprit de l’Orchestre de Poche

Notre musique n’est pas une musique de virtuose. C’est une mosaïque, un vitrail, avec plein de petites pièces que nous assemblons.

Bruno Coffineau connaît bien et apprécie la musique classique, « Mais pas tout ce qui va autour ». Diplômé du Conservatoire de Poitiers, ce clarinettiste-chanteur a aussi appris la guitare et l’accordéon. Il veut rendre la musique plus accessible. Voyageur dans l’âme, il a plus d’un son dans son étui. « J’ai découvert les Sex Pistols, puis la chanson française à Paris. Quand je suis arrivé à Barcelone, c’était Manu Chao. De retour en France, les musiques tziganes et Goran Bregovic… » Installé dans la ville rose, il crée le Chœur gay de Toulouse, (composé exclusivement de voix d’hommes) et une autre chorale : le Cri du Chœur.

Voilà 6 ans, il décide de mettre un orchestre classique dans sa poche. Une formation avec les mêmes composantes qu’un orchestre classique (cuivres, cordes, percussions, vents) mais avec un seul musicien pour chaque instrument. « Dans la musique classique, les cordes sonnent comme des nappes. Il n’y a pas le son du violon. Moi je veux le grain, le timbre de chaque instrument et qu’il ne soit pas noyé dans l’ensemble. Je veux l’énergie du rock, des musiques du monde et autres traditionnelles. »

L’Orchestre de Poche au centre Culturel Alban Minville. Photo : Hubert Remaury

Pour retrouver cette énergie, il rajoute à sa formation guitare, batterie, accordéon et sax. Depuis le début, les instruments restent mais les instrumentistes changent en fonction des projets. Un peu de musique baroque pour le second album « Concerto ma non grosso » et les rythmes argentins pour « Paraná ». Il ne recherche pas la virtuosité du musicien mais la maîtrise de l’instrument doublée de qualités humaines.

De la pédagogie sur YouTube en attendant une tournée des kiosques

J’ai mis 3 ans à façonner le son que je voulais pour cet album

Depuis les confinement et déconfinement, Bruno Coffineau a déjà sorti 9 titres de sa poche. Des teasers avec une explication des morceaux mais aussi une contextualisation où notre pédagogue caméléon varie les styles de présentation en fonction du morceau. Toujours agréable d’écouter tout en apprenant des choses. Tout tourne autour du fleuve Paraná qui a donné son titre à l’album. Ici, « Atardecer en Corrientes », un coucher de soleil sur le fleuve !

L’Orchestre de Poche – Atardecer en corrientes

Pour chaque composition, on sent que tout par d’un thème qui est ensuite développé comme dans le jazz et repris comme dans les musiques répétitives. « Je change aussi de timbre, de hauteur. Je passe d’un mode majeur à un mode mineur. » A l’arrivée, une musique directe, humaine, assez expressive sur laquelle on se fait un film. « J’aime beaucoup René Aubry, Pascal Comelade, Michaël Nyman, Goran Bregovic, beaucoup d’artistes qui composent pour le cinéma ou la danse. Ca donne une musique très imagée. »

On sent aussi la patte de Yan Tiersen comme dans cette ballade « Esteros del Iberá ». « Oui, j’étais à Barcelone quand le film « Amélie Poulain » est sorti. »

Bruno Coffineau n’est pas peu fier de cet album. Avec L’Orchestre de Poche, il l’a enregistré chez chez Bruno Mylonas. Désormais installé dans les Pyrénées, cet ingénieur du son-réalisateur a entendu sur sa console beaucoup de vedettes de la variété française (Lavilliers, Vanessa Paradis, Jean-Michel Jarre, Michel Polnareff…) lorsqu’il était à Paris. Le mastering du son est signé par un autre grand nom : Michel Geiss.

Le studio de Bruno Mylonas dans les Pyrénées

L’album est riche, bien équilibré, avec de très belles sonorités. Il n’est pas encore sorti sur les plateformes de streaming mais peut se commander sur le site et s’écouter sur le soundcloud du groupe. « Paraná » va aussi partir en tournée, même si le contexte de pandémie et la grandeur de cette formation n’aident pas. « A 11 musiciens, c’est très compliqué. Mais nous sommes une formation acoustique. Donc nous pouvons jouer partout. D’où cette idée des kiosques à musique où l’on pourrait jouer et faire danser comme à la Belle Epoque. » Première date le 19 septembre au kiosque de Villemur-sur-Tarn pour les journées du patrimoine. L’Orchestre de Poche travaille aussi sur un projet sur toute l’Occitanie pour jouer dans des lieux liés au patrimoine de la région. En attendant de revenir sentir les effluves des chutes d’Iguazú pour danser en milonga sur l’autre rive de l’Atlantique.

J’aimerait amener le projet Paraná en Argentine. Soit avec des musiciens sur place, soit avec ceux de l’Orchestre de Poche. C’est la finalité.

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Benoît Roux

 

26 Juin

Benjamin Biolay « Grand Prix » de la production

Il agace autant qu’on l’admire, il sait être original autant que maniéré, Benjamin Biolay revient avec son neuvième album intitulé « Grand Prix ». Résolument plus rock, voix plus affirmée et moins susurrée, l’artiste renoue avec ses capacités d’arrangeur et de créateur. Après 2 albums tournés vers l’Amérique Latine, il revient avec cette création autour de l’univers de la F1. Tout n’est pas réussi mais on peut lui décerner le Grand prix de la production.

« Grand Prix » nouvel album de Benjamin Biolay

Sur les chapeaux de roues

Biolay a du talent, c’est indéniable. C’est même un arrangeur hors-pair comme la France n’en a pas beaucoup. Mais il peut aussi être très énervant en copie pas toujours réussie de Gainsbourg, et très pénible dans un maniérisme à la Vincent Delerm. Là, il a décidé de tout mettre au grand air, de lâcher les chevaux, faire vrombir les moteurs et tracer la route.

J’avais envie de faire l’album que j’aurais aimé faire à 17-20 ans

Tout commence par le très réussi « Comment est ta peine? » qui, contrairement à ce que laisse penser le titre, n’est pas triste mais avec une fièvre dansante. Son complice Pierre Jaconelli est revenu à la guitare et ça s’entend. Le morceau est énergique, plaisant et les cordes du final sont -comme très souvent chez lui- très belles. Des arrangements qui font penser à ce qui reste pour moi un chef d’œuvre : le morceau « La Superbe ». Une référence à How Deep is Your Love de The Rapture. Le côté noir et dépressif de Biolay qui côtoie les profondeurs et les abysses mais fini par remonter. Un peu comme dans une course, on passe par tous les états, des moments enfiévrés au ballades plus reposantes.

Benjamin Biolay – Comment est ta peine? en LIVE

Le morceau « Grand Prix » résume a lui seul l’album. Une tension au départ, un brin d’orgue nostalgique, un texte triste mais paradoxalement rythmé. Il fait référence à 2014 et l’accident mortel de Jules Bianchi à Suzuka. De l’intimité, la vie de ces héros qui finalement ne sont pas grand chose au volant d’un bolide. Le tout, bien produit en mélange équilibré entre côté dansant et cordes sophistiquées.

« Vendredi 12 » marque une rupture. Plus calme, plus romantique. On retrouve Biolay un brin crooner, l’ironie sous les cordes aux sonorités dures et tragiques. Le texte est aussi prenant, écrit de manière cinématographique.

Benjamin Biolay – Vendredi 12

On passera quelques épisodes un peu « tubesques » et pas toujours du meilleur goût comme « Papillon noir » ou « Comme une voiture volée » qui respirent un peu trop le morceau facile. Même si les musiciens et les arrangements sauvent les morceaux. C’est d’ailleurs le reproche que l’on peut faire à ce disque : des rythmiques un peu trop boîte à rythme manquant de nuances et subtilités. Mais d’autres titres emportent la mise comme le très beau et délicieusement produit « Ma route ». Où l’on entend que Biolay a écouté beaucoup de musique anglo-saxonne. On pense notamment à The Strokes, à Arctic Monkeys. Morceau impeccable dans l’écriture. Le chanteur y assure les claviers, piano et trombone.

Benjamin Biolay – Ma route

Les belles filles aux stands

La course ne serait pas la course sans les belles femmes en bord de circuit et dans les paddocks. Et Biolay ne serait pas Biolay sans cette touche féminine.

On retrouve donc la très en vue Anaïs Demoustier sur le titre « Comment est ta peine? » mais aussi sur « Papillon noir ». Autre moment un peu noir mais très beau « La Roue tourne ». Et c’est Chiara Mastroianni qui fait des chœurs légers lorsque les cordes portent le flux de Biolay. Toujours complice, la bretonne Keren Ann très à son aise sur le refrain aux guitares rythmiques « Souviens-toi l’été dernier ». UN morceau très groovie et dansant, basse en avant de l’excellent guitariste-bassiste belge Nicolas Fiszman (Bashung, Zazie, Sting…).

Et c’est un garçon qui ferme la marche : Melvil Poupaud. Le comédien réalisateur pose sa voix sur « Interlagos(Saudade) » où domine tout de même les voix féminines sur le refrain.

« Grand prix » est le 9ème album de Biolay en 20 ans de carrière. C’est dire si l’artiste est prolifique. Tout n’est pas bon mais on retrouve un Biolay plus vigoureux, moins ennuyeux. Un bon disque de Variétés qui porterait bien son nom tant les titres sont variés et plutôt richement produits et écrits.

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Site Officiel

Benoît Roux

19 Juin

Chronique du dernier Bob Dylan « Rough and Rowdy Ways »

Il avait surpris tout son monde en sortant 3 nouveaux titres pendant le confinement. Ce vendredi 19 juin, Bob Dylan crée l’événement avec son nouvel album « Rough and Rowdy Ways ». 8 ans que les fans attendaient, un peu dans l’expectative. Qu’ils soient rassurés : entre exploration et introspection, le phénix musical a toujours le feu ardent. A l’écoute, une heure de plaisirs et de sensations. Le testament d’un artiste intemporel.

Photo : DOMENECH CASTELLO ©MaxPPP

Trop entrer dans les détails n’a pas d’importance. Cette chanson est comme une peinture, vous ne pouvez pas tout voir en même temps si vous vous tenez trop près. Toutes ces pièces individuelles ne sont qu’une partie d’un tout.

C’est ce qu’il confiait au New York Times à propos de la chanson « Murder most foul » lors d’un entretien tout récent. Dans ce 39ème album, les Dylanophiles trouveront matière à interprétation, beaucoup d’interrogations aussi. Mais en tant que musicophile, pas d’exégèse dans cette chronique. Juste le plaisir et l’émotion ressentis à l’écoute.

Comme un parfum d’immortalité

Les premières notes, les premiers mots, il se passe déjà quelque chose. « Aujourd’hui, demain, et hier aussi /Les fleurs meurent comme toutes les choses ». Le titre « I countain multitudes » ouvre l’album. Il fait partie des 3 morceaux déjà dévoilés par Bob Dylan. Une litanie toute simple, l’occasion déjà de passer en revue les personnages qui ont compté dans sa vie (Anne Franck, Edgar Allan Poe, les Stones, William Blake, Beethoven, Chopin). Tout l’album multiplie les références et traverse ainsi le temps. Avec le deuxième titre « False Prophet » teinté de blues électrique, Dylan en profite pour dire qu’il n’est pas un faux prophète. Il ne se souvient pas quand il est né… il a oublié quand il est mort.

Photo : site officiel Bob Dylan

C’est bien ce qui ressort en premier à l’écoute de ce nouvel album : un voyage hors du temps, dans un univers musical singulier. Folk, blues, jazz country, rock, c’est un peu tout ça Bob Dylan. A l’aube des 80 printemps, sa musique défie les écorchures du temps. Non seulement les compositions sont bonnes, mais en plus on peut dire que sa voix a retrouvé de la vigueur. Moins nasillarde, plus grave, parfois tremblante pour laisser passer l’humanité. Quant aux textes, le prix Nobel de littérature n’usurpe pas son titre.

Blues nostalgiques, ballades intimes et valses sépias

S’l fallait définir les couleurs musicales de cet album, ce serait certainement le noir de certaines chansons comme « Black River » et la lumière brune ocrée des nombreuses valses lentes de l’album. La plus belle : « I’ve made up my mind to give myself to you ». Une chanson poignante qui ressemble beaucoup dans l’intro sous forme de refrain aux « Contes d’Hoffman » d’Offenbach : « Douce nuit, ô belle nuit d’amour ». Un tempo parfait, imperturbable, et la voix de Dylan qui se joue des fragilités sur des chœurs éthérés.

L’album est aussi rythmé par les blues. Il a d’abord « False Prophet », un bonne vielle chanson de derrière les fagots comme cet amoureux de Robert Johnson (qu’il cite dans ses nombreux hommages) sait les faire. Plus électrique et enlevé « Goodbye Jimmie Reed » ou Bob ressort son harmonica.


Jimmie Reed, bluesman du Mississipi parti trop tôt, emporté par l’épilepsie et l’alcool. Je ne peux pas chanter une chanson que je ne comprends pas […] je ne peux pas jouer mon disque parce que mon aiguille est bloquée, chante Dylan. Autre blues de la même trempe : « Crossing the Rubicon ». Un blues classique, interprété magistralement d’une voix rauque très assurée.

Bob Dylan -Mother of muses

Mention spéciale aussi pour « Mother of muses » ballade onirique aux incantations poétiques et touches très personnelles.

Sur des guitares presque hawaïennes, une magnifique élégie colorée : « Key West (Philosopher Pirate) ». Une ode à cette ville de Floride, à l’extrémité ouest de l’archipel des Keys, célèbre pour ses coraux. Une musique chaude, soufflée par l’accordéon, voix impeccable du maître, l’une des nombreuses réussites de l’album. Dylan prétend que c’est l’endroit pour ceux et celles qui sont en quête d’immortalité, un paradis divin.

Le lyrisme éblouissant de « Murder most foul »

Déjà parue il y a quelques semaines, « Murder most foul » est un véritable choc qui clôture le chapitre. L’univers sonore change et s’étend avec la présence du piano. Une longue mais jouissive litanie de 17 minutes, le révérent Bob qui va à confesse pour délivrer une psalmodie soutenue et ardente.

Tout commence au moment de l’assassinat de JFK, jour où l’Amérique toute entière vacille. Un épisode sombre de l’innocence perdue. L’ultime hommage qui sonne comme un testament, l’apocalypse selon Dylan. Un morceau éblouissant, empreint de lyrisme qui ne faillit jamais. A l’écoute, on sent quelque chose de définitif, une maîtrise absolue.

Bob Dylan – Murder most foul

Lorsque les ultimes notes de piano et de violons s’éteignent, l’émotion gagne. On se sent désemparé. Reverra-t-on un jour Bob Dylan? Ce disque n’est-il pas l’ultime révérence d’une référence artistique ? Au loin, une petite barque fragile s’en va et se fond dans les brumes crépusculaires. Un artiste et une œuvre au firmament.

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SITE OFFICIEL BOB DYLAN

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Benoît Roux