22 Fév

Sortie de l’album « Covers » : l’incroyable talent d’interprète de Bashung

En anglais, en français, du rock enflammé, des chansons lentes, le caméléon Alain Bashung possède cet incroyable talent de se glisser dans les chansons et de les faire siennes. Un album vinyle vient de paraître avec des reprises connues ou plus rares.

Crédit photo : pochette de l’album

Comment l’interprète un peu léger et quelconque de « Gaby oh Gaby » est devenu celui qui vous met la chair de poule sur « Les mots bleus » de Christophe ou sur ses chansons sublimes comme « Happe » ? Le parcours musical d’Alain Bashung est riche, peu répétitif et varié. Cet album de reprises qui vient de paraître en vinyle est du même acabit.

Une interprétation personnelle

Alain Bashung n’a pas son pareil pour reprendre une chanson, la restructurer, modifier le phrasé, sans trahir l’esprit de la chanson. Il installe des atmosphères, adapte sa voix en conséquence, tantôt grave profond, tantôt un peu nasillard. Parfois puissant, parfois fragile à l’extrême. Il sait amener une chanson sur d’autres voies, révéler d’autres lectures possibles, c’est sa grande force.

Tout en sensibilité et intelligence, il est l’un des rares à chanter du rock en français tout en restant crédible, l’un de ceux qui rentre direct dans une chanson sans avoir besoin de 36 000 prises. Son dernier album posthume « En amont » en est l’excellente preuve. Des titres qu’il avait enregistré, souvent en une seule prise, pour des maquettes, tester des arrangements, et qui se retrouvent sur un disque après sa mort sans que l’interprétation soit défaillante. L’aisance suprême.

Des « covers » qui ne manquent pas de reprise

Cet album « Covers » ne va pas surprendre les fans : les titres sont relativement connus, ils figuraient dans l’intégrale Alain Bashung ou dans le best-of « Osez Bashung » sorti en 2010. On y retrouve des chansons en anglais car l’artiste a toujours été fan de la musique anglo-américaine. Ca va de Presley (That’s All Right Mama), au plus country Harry Nilsson (Everybody’s Talkin’) jusqu’au très rock « Hey Joe » d’Hendrix. Avec à chaque fois, une voix de circonstance.

Alain Bashung – That’s all right mama

Sur le magnifique album, « Osez Joséphine » enregistré en partie à Memphis, il y avait déjà 4 reprises dont « We all right » de Buddy Holly et « She belongs to me » de Dylan éclairé par les guitares magnifique de Sonny Landreth. 

Alain Bashung – She belongs to me

Côté français, on y retrouve évidemment du Gainsbourg avec lequel il a fait 2 albums, mais aussi Gérard Manset (dernier album « Bleu pétrole »), du Christophe dont il était très proche. Du classique. Mais il y a des choses beaucoup plus surprenantes dont sa version de « Les amants d’un jour ». Une valse réaliste qu’il habille à sa façon de manière simple et efficace.

Belle version également soutenue par mandoles, cordes et piano de « Céline » d’Hugues Aufray, le « Tango funèbre » de Brel, « Avec le temps » de Ferré qu’il a complètement déstructurée et « bashunguisée ». Mention spéciale pour le très beau morceau de Dick Annegarn « Bruxelles » où il est plus dans son univers.

Alain Bashung – Bruxelles

« Covers », un disque à ré-écouter pour les fans , à découvrir pour ceux qui connaissent à peine ce magnifique artiste et merveilleux interprète. Un sens inné pour faire chanter et donner une autre résonnance aux mots comme sur les bleus à l’âme de Christophe.

Extrait de l’émission « La Musicale » de Canal +

Benoît Roux

16 Fév

A Toulouse, la musique habitée de Slim Paul

Il suffit de quelques secondes pour voir à quel point Slim Paul respire la musique. Aux racines du blues, avec des ramifications rock-pop, gospel, l’artiste toulousain sort un second album « Good For You ». Résolument positif et riche, il vient confirmer toutes les bonnes sensations du premier opus.

Trio Slim Paul © Jesse Overman

C’est comme ça : certaines personnes ont un don. Et pour Paul, c’est la musique, comme une évidence. Un premier groupe « Scarecrow » métissé de hip-hop, les States pour le trip, de nombreuses tournées sur les plus grandes scènes (Woodstock). Le voilà prêt pour une carrière solo…en trio.

Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle « Slim », une référence au blues. Il a du sang blues dans les veines. Il suffit de le voir chanter et jouer du Robert Johnson pour comprendre. Tout y est : la voix, les tripes, les vibrations…

Slim Paul – cover « Crossroads » de Robert Johnson

« Good for you » nouvel album riche et positif

Des battements de cœur pour le premier morceau. « Good for you » démarre là où s’était arrêté « Dead already » le premier EP. « When you keep on grooving » donne le ton. Le rythme cardiaque, des bruits lointain, les cymbales de la batterie, des nappes de clavier et le morceau s’installe. Un petit prélude attrayant avant d’explorer les routes d’un blues plus musical que psychologique. Car après un premier album assez noir, « Good for you » porte bien son titre. « C’est plus positif dans l’ambiance sonore, moins dépressif; plus soul que blues triste ». Sur cet album, Slim a tout écrit et composé. Il a même créé son propre label pour sortir l’album.

Les morceaux sont assez différents, tantôt ballade acoustique, tantôt blues rock électrique, mais toujours habités par sa voix profonde faite pour chanter le blues comme sur « That line ».

Slim Paul – That line

« Le blues c’est le ciment, je m’en inspire beaucoup. Mais c’est plus une culture qu’une musique. J’aime aussi le hip hop. Je suis dans la culture afro-américaine : Ray Charles, James Brown, Hendrix, mais aussi les Pink Floyd. J’adore la culture de l’harmonie chez les Beatles. » Une diversité que l’on retrouve dans les 12 titres de l’album. Avec un art consommé des ruptures. Chaque morceau est construit minutieusement, allant vers plusieurs styles, où chaque instrument dessine une voie. L’harmonica qui s’envole sur « In the shadow », « Amazing You » qui commence comme « Amazing grace » pour se faire rhythm ‘n’ blues et presque rockabilly sur la fin. 

Un trio qui va chercher l’essentiel

Pas de fioriture, aucun effet de mode, pas de concession sur cet album. De « Scarecrow », Paul a gardé un musicien : le bassiste Jamo qu’il a mis… à la batterie! Il y a aussi Manu Panier à la basse et Paul qui joue plusieurs instruments sur le disque (guitares, basse, claviers, percussions…). Des musiciens qui ne sont pas en démonstration mais qui font juste monter la sauce, qui donnent du son. Intelligent et sensible.

Slim Paul – Good is gonna come

« Rarement, je suis sorti du studio d’enregistrement pleinement satisfait. Pour cet album j’ai halluciné. J’ai fait exactement ce que je voulais faire. Je suis très fier des arrangements, de la couleur du son. C’est de la musique ancienne sixities-seventies. Mais travaillée de manière moderne. »

Mention spéciale au morceau « Bury me deep » avec un gros son, des guitares déchirées, où l’on ressent les influences de Pink Floyd. Sur un autre registre, « Dear neighbor ». Un titre composé lors de la série passionnante de Jeremy Dunne « From play to rec » dans un esprit live pour le documentaire, plus légère, folk et acoustique dans l’album.

From Play To Rec – réalisation Jeremy Dunne

Un look Tom Novembre ou Fred Chichin des Rita, la puissance d’un Joey Star, Slim Paul est aussi une bête de scène. « Il n’y a pas mieux que la scène pour se sentir vivant. » Le magazine Rolling Stone vient de désigner « Good for you » comme « disque de la semaine ». On le retrouve en interview : « La scène manque à tous les zicos, j’ai moi aussi hâte de retrouver mon public. Mais pour l’instant, je travaille avec ce que je peux donc on va continuer à faire parler de cet album, faire des lives sur les réseaux, tourner des clips, et on va garder la foi en se serrant les coudes. Et quand le temps sera venu de monter sur scène, je serais prêt ».

Slim Paul – Welcome (Live @ OZ – Zénith de Toulouse)

« Good for you » est l’album de la maturité, de la sérénité, de la générosité et de la simplicité. Un LP un peu à contre-courant, sans fard ni artifices, mais bien éclairé.

SLIM PAUL

ECOUTER « GOOD FOR YOU »

FACEBOOK

Benoît Roux

 

07 Fév

La sensation folk Anna B Savage qui sort un premier album magnifique

Personne n’a vu venir cette jeune londonienne et ses chansons intimes et écorchées. Anna B Savage signe un premier album qui ne ressemble à rien d’autre tellement elle ne s’interdit rien. Un sens innée des émotions musicales et une voix tantôt puissante tantôt susurrée. Elle n’a pas encore atteint les 800 abonnés sur sa chaîne Youtube mais ça ne saurait tarder. Découverte.

Pochette album « Common Turn »

Ne cherchez pas de la sophistication mais plutôt de la spontanéité chez Anna. Ca commence toujours tout simple, anodin et tout d’un coup, vous êtes pris d’une indicible émotion. Avec sa guitare à la Joni Mitchell, la jeune anglaise sait distiller les moments de grâce et ceux où l’orage gronde. Des petites mélodies, une base folk acoustique et soudain, le morceau se tire vers des ailleurs improbables. On frémit, on pâlit, on renaît, on s’accroche, en passant par tous les états. Des émotions transmises aussi par la voix, tantôt Hannah Reid de London Grammar, un peu (beaucoup !) de Kate Bush et un zeste peps de Beth Gibbons.

« Baby Grand », un morceau d’une puissance émotionnelle, incroyable, où les silences résonnent et la puissance l’emporte. « Baby Grand » raconte son premier amour de jeunesse, douloureux et sensible. Un hymne au doute et à la vulnérabilité. Le clip est réalisé par son copain de l’époque (7 ans en arrière). Une mise en abyme qui nous laisse le souffle coupé à la fin du clip.

Anna B Savage – Baby Grand

Pour son premier véritable album après un EP, Anna B Savage frappe fort et juste. Sa voix, comme un véritable instrument, en osmose totale avec sa musique. Souvent lyrique, parfois grave, allant chercher les aigus, non pas pour une démonstration technique mais pour un frisson. La chanteuse et musicienne possède un indéniable côté underground qui ne veut se plier à aucune mode, à aucun genre. Le mal de vivre enfermé dans sa guitare et qui fait vibrer les cordes sensibles.

Si sa musique est principalement folk, n’allez pas croire qu’elle se satisfasse d’une redite. Beaucoup d’influences électro viennent l’enrichir, un petit côté dance sur le titre « Two » où l’on retrouve aussi le côté expérimental d’une autre anglaise : Kate Bush.

Il y a aussi ce petit bijou « Corncrakes » qui sait prendre le temps, parfaitement équilibré avant la montée finale qui prend tout. Et dire que l’artiste n’est suivie pour l’instant que par à peine 800 abonnés sur sa chaîne Youtube !  Les compteurs devraient s’affoler même s’ils ne sont pas toujours gage de qualité.

Anna B Savage – Corncrakes

Telle une peintre, elle crée des palettes de couleurs musicales assez différentes d’un morceau à l’autre, le tout joliment enveloppé par un jeune électronicien anglais : William Doyle qui a publié plusieurs albums. C’est souvent barré, en équilibre sur un fil, avec de l’audace, puis de la retenue. Un dernier exemple de son talent : « A Common Tern ».

Anna B Savage – A Common Tern

Savage a cité Nick Drake et Ella Fitzgerald comme des influences clés sur son écriture. Mais à l’arrivé elle possède déjà son propre univers. Un album épuré, qui respire, une artiste qui ne cache pas sa fragilité, qui n’a pas peur de sa puissance. Des doutes et des certitudes profondément humains et touchants.

SITE OFFICIEL

ALBUM

Benoît Roux

30 Jan

La chanteuse soul Kimberose sort un second album réussi

Elle avait séduit avec son premier disque « Chapter One » sorti en 2018. Il n’est jamais facile de confirmer un talent brut. Beaucoup s’y sont plantés. Avec « Out », elle réussit son come-back. Une soul-pop plus riche et variée.

Photo extraite du clip « Back on my feet »

Dès les premières notes, on sent que quelque chose a changé mais que ce sera bien.

« Out », le second album de la rupture

Quand elle sort son premier album, derrière Kimberose se cache un duo : la chanteuse et son ami de l’époque guitariste. « Chapter one » a été écrit et composé ensemble. Depuis, le couple n’existe plus. Anecdotique? Non car ce nouvel album est résolument différent. Si l’on retrouve les ingrédients du premier, le second est un peu moins soul, égrainé de pop, de RnB et même de reggae.

Née dans l’Essonne d’un père anglais, scientifique qui travaille alors en France et d’une mère également anglophone, immigrée du Ghana à Paris. Kimberose a choisit ce nom d’artiste pour « Kimberly ose ». Et on peut dire que ce n’est pas usurpé.

Kimberose – Back on my feet


Si la voix est toujours aussi brillante, elle est un peu plus dans les aigus et le nasal. Kimberly Rose Kitson Mills est une interprète qui marche sur les traces d’Amy Winehouse (en moins jazz), Macy Gray ou encore Céleste qui sort elle aussi son album cette semaine. Elle fait partie des rescapées de l’émission de téléréalité « La Nouvelle Star » dont elle avait été éjectée très rapidement. Capable d’aller dans la force comme dans le plus intime. Un chant parfois maniéré mais toujours très assuré, dans le rythmique comme dans la mélodie. Une œuvre plus intime.

Des compositions très variées

Dans le premier album, il y avait une certaine unité, comme une évidence. « Out » est plus surprenant. 14 nouvelles chansons avec de nouveaux complices. Un disque ou elle se livre comme dans ce morceau très abouti « Sober » qui fait référence à l’alcolisme. Une reprise d’un texte de Joy Oladokun très réussie, dans laquelle elle s’est reconnue.

Kimberose – Sober

Pas vraiment de fautes de goût de dans la variété des compositions. Quelques perles mêmes comme « Warning Signs » qui sonne comme un classique. Les musiciens sont impec, les arrangements à la fois classiques et un tantinet inventif. Les cordes apportent de la légèreté, les cuivres et les claviers de la soul, les basses sont lourdes et les morceaux groovent parfaitement à l’image d' »Escape ». Kimberose a fait confiance à son petit frère sur plusieurs morceaux, elle en signe aussi certains avec brio comme « Thin Air » et le magnifique et poignant « We Never Said Goodbye ».

Kimberose – We Never Said Goodbye

A l’écoute de « Out », pas un des quatorze titres est en deçà des autres. Un album soigné réalisé par Régis Ceccarelli (le fils du batteur André Ceccarelli mixé et masterisé par le célèbre Dominique Blanc-Francard au Studio Labomatic à Paris. L’ancienne infirmière Kimberose signe une pop élégante et raffinée. La confirmation d’un vrai talent.

SITE OFFICIEL

Benoît Roux

 

 

11 Jan

Thylacine, un artiste qui voyage en électro

Saxophoniste, DJ, metteur en sons, Thylacine aime bien dérouter. Des espaces sonores qu’il revisite, une musique qui porte et transporte. Son nouveau disque electro Timeless revisite les grands tubes du classique avec élégance, finesse et respect.

L’artiste angevin Thylacine lors du festival des 3 éléphants en Mayenne ©PHOTOPQR/OUEST FRANCE via MaxPPP

Gérard Manset « Voyage en Solitaire », William Rezé -alias Thylacine- se balade en électro. Pas vraiment la même musique, mais sans doute une passion identique pour le son et les découvertes. Avec Thylacine, c’est de suite les grands espaces et quelque chose qui vous prend. Sur ce nouvel album, l’artiste angevin revoit ses gammes, lui qui a fait le conservatoire de musique classique. 11 morceaux où il mène au grand air les tubes des grands compositeurs. Dont ce petit chef d’œuvre d’Erik Satie.

Thylacine – Satie 2


La musique intimiste et répétitive de Satie semble écrite pour lui. Magnifique version live de la Gnossienne 1, même timbre, même jeu avec Bravin Karunanithy au piano et Thylacine au Bağlama grec qui donne un côté oriental bienvenu. L’album est du même acabit : des arrangements astucieux, un traitement hyper respectueux avec des samples habilement habillés.

Toujours inspiré sur Satie, avec un beat house très éthéré sur la Gymnopédie n° 1. Un clip très astucieux de sa complice photographe Cécile Chabert.

Thylacine – Satie 1


Thylacine bâti toute une orchestration, des nappes, des rythmes pour mieux mettre en perspective les sons initiaux, les instruments et les voix. Ainsi le titre « Mozart » (chaque morceau porte le nom du compositeur) avec le sample poignant du « Lacrymosa », composition ultime de Mozart pour son requiem.

Une vision très intelligente et sensible des compositeurs français Fauré et Debussy, des cordes splendides et magnifiquement samplées sur Schubert. Même Beethoven se retrouve allégé, aérien, avec le 3ème mouvement de sa 7ème symphonie.

Pour en arriver là, à ce degré de maîtrise et de rendu, Thylacine a parcouru beaucoup de choses, découvert de nouveaux espaces pour se réinventer. Il va dans la profondeur, l’essentiel, l’extase et la retenue. Un savoir-faire sans pareil pour sublimer les silences, casser les rythmes, créer une dimension pour un son et une voix. A l’image du très beau « Debussy ».

Très inspirés, les 11 titres sont de véritables re-créations à partir d’originaux. Avec une très belle ouverture inspiré du compositeur russe Alexander Sheremetiev, piano et chœurs d’hommes. Le cristallin qui s’allie au grave, mélange d’espoir et douce mélancolie où se glissent des petits airs d’Amélie Poulain.  

Thylacine – Sheremetiev


Avant ce périple, Thylacine s’était lancé dans des road trips musicaux, à bord d’un train, sur Transsiberian (2015), ou dans une caravane en Amérique du Sud sur les deux volumes de Roads (2019-2020). Tel un chef d’orchestre sur ses machines, il compose et décompose, façonne les ambiances, structure les montées en puissance, prépare les ruptures de grand silences. L’équilibre est souvent surprenant et parfait.

En plus de cet album, son actualité est aussi la BO qu’il signe pour la nouvelle série de Canal + « d’OVNI(s) » diffusée à partir de ce soir lundi 11 janvier 2021. Encore un nouvel espace pour ce grand artiste voyageur qui sera bientôt en tournée si…

Le nom « Thylacine » vient d’un loup marsupial de Tasmanie aujourd’hui disparu. Il pourrait bien permettre à l’artiste de se faire grandement connaître. 

SITE OFFICIEL

Benoît Roux

21 Déc

La voix et la musique envoûtante de Lindçay Love à Toulouse

Une voix grave très belle, des guitares qui montrent les voies, Lindçay Love sort un premier EP en solo après une aventure en groupe. Elle n’est pas encore très connue mais son univers dark envoûtant et des ballades folk-blues très bien écrites devraient lui permettre de trouver son public.

Du noir aux bleus très profonds, la pochette de son premier EP « Chasing Light » fait penser aux sombres couleurs de David Lynch ou Jim Jarmusch pour les lumières. Côté son : du rock blues, folk un peu Chris Isaak et Alain Bashung (« Bleu Pétrole »).

Imaginary Romance : sensualité, pulsions et émotion

Dès les premières images du clip, sensualité et mystère sont au rendez-vous. Cette vidéo à l’atmosphère sensuelle et onirique a été tournée à Tepoztlán, dans les montagnes magiques du Mexique. Elle captive direct.

Des trémolos égrainés à la guitare électrique, une rythmique à la guitare acoustique, on ne sait pas trop à quoi s’attendre. « Imaginary Romance », la voix arrive, ajoutant du mystère, de la noirceur et de la beauté dans les graves. Une voix basse explorée sous toutes les coutures, une profondeur des tessitures assez rare en France. Et dans ce côté sombre caverneux, les lumières s’infiltrent. On sent que Lindçay aime jouer avec, suggérer, faire naître l’émotion, l’obsession parfois. Tout ceci fait penser à plusieurs morceaux du dernier album de Bashung.

Le clip réalisé au Mexique par Léa Soler joue sur ces atmosphères mystérieuses et envoûtantes. Dans une interview à Phenixwebzine, elle explique son attachement à ce pays. « J’y suis allée pour la première fois en 2009, j’en suis tombée profondément amoureuse, j’y suis donc retournée presque chaque année. C’est un pays très fort, mystique, puissant. Plein de contrastes, et d’une grande beauté́. J’y ai plusieurs de mes meilleurs amis, dont Léa qui a réalisé́ plusieurs de mes clips. Le Mexique est dans mon cœur, je rêve souvent que je suis là- bas ». 

Lindçay Love – Imaginary Romance

L’Occitanie, les voyages, Aretha Franklin, Lana del Rey et November Ultra

Lindçay est née à Nîmes d’une mère française et d’un père pakistanais. Elle voyage beaucoup et ses oreilles aussi : Maria Carey, Céline Dion, Juliette Armanet mais encore Agnès Obel, Aretha Franklin, Leonard Cohen ou sa dernière trouvaille : November Ultra. Un morceau ouaté à écouter en boucle pour adoucir les journées rugueuses.

November Ultra – Soft & Tender

D’où la richesse de ses univers musicaux dark folk rock blues nourries au road-trip. Elle apprend l’anglais toute seule dès 8 ans en traduisant des chansons. Aujourd’hui sa couleur musicale va de pair avec la langue anglaise qu’elle maîtrise vocalement.

A Toulouse, elle suit pendant trois ans des études d’anthropologie. Elle découvre aussi la photographie, la poésie, une curiosité au naturel nourrie par les voyages. Assez timide, elle finit par se faire confiance et se lance pour vivre sa passion. Elle reste 7 ans au sein d’un groupe blues-rock des années 50 : Jerry Khan Bangers. Chanteuse autodidacte, elle prend des cours de chant Jazz et Tzigane à Music’Halles (Toulouse). Après avoir sillonné différentes scènes -dont une apparition au Montreux Jazz Festival en 2016- elle quitte son groupe en 2019 pour son projet solo. Mais elle garde certains musiciens pour son premier EP. 

Lindçay Love © Théo Berchet

Chasing Light

Son premier EP « Chasing Lignt » (une référence à la photographie) regroupe 4 morceaux. Telle une photo argentique, elle développe son univers dans le noir, crée des fissures où se glissent la lumière. Une réalisation impeccable signée une fois de plus par le toulousain Serge Faubert. 4 titres à la fois de la même veine, mais avec un sang intérieur différent. Il y a déjà beaucoup d’assurance dans la voix, des certitudes aussi sur une vraie personnalité artistique.

Les références musicales restent les mêmes (ballades folk, rock, soul), sa voix qui creuse dans les graves prend parfois un peu de hauteur, comme dans le titre « Fear », un hymne à l’espoir. Tout coule parfaitement, travaillé aux guitares aux sonorités « classiques » qui rappellent les grands espaces de certains artistes américains comme Chris Isaak ou Ry Cooder. 

Ensuite, sa voix fait la différence. Tout est chanté intelligemment, sans maniérisme, avec souplesse, pour une osmose quasi parfaite entre le chant et la musique. Simple, efficace, touchant, une vraie personnalité musicale, tout ceci donne envie d’en connaître plus sur Lindçay. Hâte de découvrir davantage cette artiste prometteuse. 

FACEBOOK

EP CHASING LIGHT

Benoît Roux

15 Déc

L’électro pop élégante de RoSaWay

Un moment se poser et se laisser surprendre. L’alliance de Rachel (voix soul et flûte traversière) avec SteF (batterie blues et sons électro). A l’écoute de RoSaWay, c’est la fraîcheur et l’inventivité qui dominent. Une pop métissée au clin d’œil vintage, un deuxième EP « Dreamer » qui symbolise bien leur audace.

Rachel + SteF © Audrey + Wandy

Qu’irait donc faire une flûte traversière avec une batterie blues-jazz sur les sentiers parfois trop prévisibles de la musique ? C’est toute l’originalité de ce duo venu de la région parisienne. RoSaWay a éclot en 2017, d’une union improbable entre la chanteuse et musicienne Rachel et la batterie énergique, nervée de blues, de SteF. Un petit côté kitsch assumé et une modernité bien ancrée. Ils viennent de sortir leur second EP « Dreamer » qui confirme le travail original et approfondi de ce duo haut en couleurs.

« On Your Way Up » premier single très singulier

Etre artiste, c’est avoir son propre univers, une personnalité très marquée dans sa vie, taillée aussi dans l’art. Dans ce groupe, l’élégance est frappante. Des tenues, des postures raffinées qui ne sont pas que vestimentaires. Leur musique est aussi très colorée et sophistiquée. Du sur-mesure ou rien n’est forcé, ni trop grand, ni superflu. Il y a juste ce qu’il faut.

« On your way up » a été écrite pendant le premier confinement. Le titre raconte les errances, les hauts, les bas, les coups durs qui vous scotchent, les petits bonheurs qui rendent léger. Le clip donne un petit côté road trip (en DS s’il vous plaît!) à 2 artistes qui se cherchent mais qui se sont parfaitement trouvés. Une ascension et des retombées coulées dans l’esthétisme, une chorégraphie embellie par Audrey + Wandy.

RoSaWay – On Your Way Up

La haute couture artistique

RoSaWay c’est aller loin dans l’exigence artistique. Dans leur musique, on sent tout d’abord 2 très bons musiciens. Flûte traversière et batterie,quelle drôle d’aventure et pourtant, ça fonctionne parfaitement avec des pointes electro. Les sons, la dextérité, l’utilisation que fait Rachel de cet instrument pour installer des univers est assez surprenante. Même recherche pour SteF qui a beaucoup vécu aux States. Les Drummies Awards l’ont classé dans le Top 5 des batteurs mondiaux (catégorie blues). Son toucher, la variété de sons et la richesse des rythmes tranchent beaucoup avec le côté mécanique d’autres musiciens. Il y a un son SteF et surtout une créativité vivifiée par le plaisir de jouer.

Une maîtrise technique qui ne vire pas à la démonstration, mais qui va juste à l’essentiel. La voix de Rachel est à la fois douce et puissante mais elle recherche la sobriété et l’efficacité, l’expression du son. Idem pour la batterie. Ce n’est pas la technicité qui prime mais comment créer l’osmose entre la voix et les sons qui gravitent autour. L’exemple parfait dans cette session réalisée à la maison, où la complicité humaine et musicale sonnent comme une évidence.


Les 5 titres de leur EP sorti en octobre prouvent la richesse de leur créativité. Une pop électro, influencée par le jazz, la soul music, le blues… Un côté très New Orleans aussi, la musique qu’ils aiment. Les 2 derniers titres s’enchaînent avec une rythmique très forte portée par 4 batteurs en feu. Mention spéciale sur cet EP éclectique et réussi pour le titre « Dreamer », entêtant et imparable.

RoSaWay – Dreamer

Signé par le label américain « Infinity Gritty », le duo RosaWay est assurément un groupe à suivre. C’est frais, élégant, ça sonne. Juste le plaisir de l’écoute.

Benoît Roux

ROSAWAY

FACEBOOK

11 Déc

Gainsbourg, Daho, décryptage du dernier album de Jane Birkin

Jane Birkin n’avait plus sorti de disque depuis 2008. Grâce à Etienne Daho, elle renaît aujourd’hui artistiquement avec l’album Oh ! Pardon tu dormais… Tous les ingrédients de son mentor Gainsbourg sont là : orchestre classique, pop élégante, voix parlée chantée, clins d’œil à l’album mythique Melody Nelson. Décryptage d’une très bonne surprise discographique.

Jane Birkin et sa fille Kate Barry en 1982 lors du défilé Lanvin ©Tony Hage via MAXPPP

De l’aveu même de son co-auteur Etienne Daho, ce nouvel opus devait être un GRAND Jane Birkin. A l’écoute des 13 chansons, on peut le confirmer. A la fois respectueux de l’univers Gainsbourien, Daho réussit a redonner confiance à la chanteuse. Un disque noir -qui évoque entr’autres la perte de sa fille Kate en 2013- sincère et artistiquement très riche.

L’histoire de ce disque

Oh ! Pardon tu dormais… » c’est tout d’abord une fiction que Jane Birkin a réalisé pour Arte en 1992 , un téléfilm qui deviendra plus tard une pièce de théâtre. Plusieurs soirs, Etienne Daho est dans la salle. Il est séduit par les mots de Jane, sa sincérité.

Daho/Birkin, l’alliance paraît naturelle et artistiquement bénéfique. Etienne et Jane se connaissent depuis des années. Ils se rencontrent en 1986 sur une émission des Carpentier. Sur le premier album post Gainsbourg de l’artiste, on retrouve L’autre moi signé Daho. A plusieurs reprises, ils chantent en duo sur les titres de Serge. Le chanteur n’a pas besoin de changer de nature pour endosser le costume de l’Homme à la tête de choux tant les univers musicaux sont relativement proches. Daho connaît bien aussi Lou Doillon (l’autre fille de Jane). Il avait produit son premier album Places en 2012, un an avant la mort de sa sœur : la photographe Kate Barry. Daho était sans doute l’artiste idéal pour redonner confiance, traduire en paroles et musique le deuil d’un enfant, transformer le noir profond en gris plus clair.

La petite histoire retiendra que cet album sort 7 ans jour pour jour après la mort de Kate, 3 jours avant le 74ème anniversaire de Jane. 

Des nombreux clins d’œil

Le disque commence par quelques notes de piano identiques à celles de Heures Hindoues de Daho. Auto-citation discrète, mais pour le reste, c’est bien les citations et l’univers musical de Gainsbourg que l’on retrouve dans Oh! Pardon tu dormais. Etienne Daho va d’ailleurs à l’essentiel : les disques Melody Nelson et à un degré moindre L’Homme à tête de chou, 2 purs joyaux de la production de la maison Gainsbourg.

Jane Birkin – Oh! Pardon Tu Dormais

Daho et son complice Jean-Louis Piérot respectent parfaitement l’esprit et les arrangements de ceux qui les ont précédés : Michel Colombier, Jean-Claude Vannier, Philippe Lerichomme. Gainsbourg, c’est du classique classieux. Les producteurs ont fait fait appel à l’Orchestre National d’Ile de France et Les Petits Chanteurs d’Asnières pour des chœurs amples et aériens.

Le premier titre Oh! Pardon tu dormais est une chanson duo avec Daho avec des répliques à la Melody Nelson. L’un des deux titres en hommage à sa fille Cigarettes sonne piano déglingué à la Kurt Weil que l’on retrouve dans Elisa de Gainsbourg, une rythmique proche aussi de Nicotine. Le premier single Jeux interdits est une référence cinématographique chère à Gainsbourg, sur une rythmique Di Doo Dah.

 Jane Birkin – Les Jeux Interdits

Moins flagrants mais bien présents, les références à son premier mari, le compositeur John Barry. Déjà dans le titre Oh ! Pardon tu dormais… qui parle de cette période où elle passait son temps à l’attendre, en essayant d’attirer son attention. On retrouve dans l’album aussi du cymbalum, instrument cher au compositeur anglais que l’on entend dans Amicalement vôtre. Beaucoup de compositions aussi installent une atmosphère pesante à la James Bond.

Evidemment, Daho n’est pas en reste. On sent bien sa patte notamment dans certaines rythmiques comme sur le très beau titre Pas d’accord dont il est le compositeur. Très Gainsbourien dans le titre et le début puis très Daho avec le rythme de Philippe Entressangle qui est aussi son batteur.

Dans cet album, Birkin se livre sur des maux profonds, sans les mots de Gainsbourg, avec une sincérité et presque une impudeur désarmante. On la sent beaucoup plus à l’aise sur les titres en anglais comme le magnifique Ghosts, tous ces fantômes qui traînent encore et qui l’habitent toujours. Avec même un petit air de cornemuse sur A Marée Haute. Oui, son « vieux pays » comme elle dit, est toujours là.

La mélancolie magnifiée

Un retour, des choses personnelles, le deuil, cet album avait de quoi rendre sceptique même les fans de la galaxie Gainsbourg. Il s’avère être une très bonne surprise. Les 13 titres ne sont pas égaux et certains sont sans doute moins indispensables. N’empêche que ce disque tient la route avec des chansons de haute volée comme Max, Ghosts, Ta Sentinelle qui raconte le coup de foudre qui ne dure pas ou encore A Marée Haute avec une pop à l’image de Gainsbourg et Daho : élégante et sophistiquée.

Jane Birkin – Ta Sentinelle

A la fois fidèle à la production de l’artiste, mais parfois déroutant comme sur le titre Cigarettes, rythme entrainant pour évoquer le deuil, une voix qui cherche moins les aigus… Les surprises ne manquent pas et l’infidélité fait parfois du bien. Mention aussi à Jean-Louis Piérot qui a élaboré ce disque avec Daho dans les arrangements et les compositions. Le fondateur des Max Valentin avec Edith Fambuena (autre complice de Daho) signe plusieurs mélodies et arrangements remarquables comme Ta Sentinelle ou le titre qui clôt l’album Catch Me If You Can.

Jane Birkin – Catch Me If You Can

Oh! Pardon tu dormais compte parmi les très bonnes productions et les heureuses surprises de cette année sinistrée. La culture -comme Jane Birkin- sont dans le noir. Etienne Daho, Jean-Louis Piérot et Jane Birkin ont réussi le pari de mettre au clair cette mélancolie profonde. Un noir magnifié, artistique et élégant. Si le miracle se poursuit, Jane Birkin sera en résidence en mars prochain avant une tournée en avril. Resurrection for everybody .

ECOUTER Jane Birkin

Benoît Roux 

 

28 Nov

GoGo Penguin : un live tonitruant chez les Beatles

Il y a quelques mois, le trio mancunien sortait l’un des meilleurs disques de l’année. Confinés, ils sont allés enregistrer un live dans le célèbre Studio 2 des Beatles. Histoire de roder le disque avant une tournée toujours reportée. Tout simplement impressionnant.

Ceux qui connaissent ce blog savent que le Trio GoGo Penguin est l’un de mes groupes préférés. La découverte de cette formation à l’occasion de leur cinquième et dernier album a été un véritable choc. Une musique totale, impressionnante techniquement, sans devenir élitiste. Déjà dans cet article je disais combien ce groupe était bluffant à l’écoute de l’album. Il est encore plus stratosphérique en live. A propos de live, en voici un… Ou presque.

29 octobre 2020 live streaming a Abbey Road

En 2015, le groupe GoGo Penguin enregistre dans les studios mythiques londoniens des Beatles. Dans la foulée de leur dernier album éponyme GoGo Penguin, le groupe devait partir en tournée. Pour ne pas tourner en rond et roder les morceaux, ils décident donc de faire un live d’une demi-heure avec 7 titres en direct. « Nous avions enregistré un EP au Studio 2 et avions adoré ce lieu et, d’une manière ou d’une autre, il était logique de filmer un concert ici », confie le bassiste Nick Blacka. C’est devenu un procédé en vogue actuellement : les fans achètent un lien pour le streaming comme ils auraient acheté un billet. Au vu de ce disque, ils n’ont pas du être déçus. Pour ceux qui l’auraient manqués, le disque vient de sortir.

GoGo Penguin Live Studio 2 – Atomised

Mélange de jazz contemporain, de musique répétitive, d’électronique, les musiciens délivrent un cocktail survitaminé. « C’est un endroit vraiment spécial et on cherchait un lieu intime dans lequel nous pourrions retrouver l’excitation incomparable de la performance live » raconte le pianiste Chris Illingworth sur le site Qobuz. Même son de caisse claire pour son compère batteur : « Quand nous jouons, nous interagissons toujours les uns avec les autres mais aussi avec le public. Les gens et l’énergie dans l’espace font autant partie de la performance que nous. Le Studio 2 est habité par les fantômes des musiciens incroyables qui s’y sont produits. Il y a une atmosphère qui lui est propre. On ressent vraiment l’étendue du temps, tout ce qui s’est passé avant vous et qui continuera de se passer après vous. »

Une prouesse musicale en live

Déjà plus que séduit par l’album studio, ce faux-vrai live ne fait que prolonger et démultiplier le plaisir. Sur les 7 morceaux, 4 sont extrait de l’album paru en 2020. Les 3 musiciens sont au top de l’osmose musicale. Rarement une musique en trio est aussi pleine, complémentaire, enivrante. Le piano part à l’attaque, sur des notes un peu aigues, la batterie creuse les sillons derrière et la basse approfondit. Le son est magnifique, la dextérité impressionnante, sans devenir encore une fois le concours de technicité que l’on sent parfois dans le jazz.

GoGo Penguin Live Studio 2 – Petit_a

Dès le premier morceau « Totem » c’est comme un volcan en ébullition qui se libère de l’intérieur. Quant au dernier « Protest » c’est l’apocalypse, la fusion totale qui anéantit tout. Un morceau incroyable de puissance. Un déluge musical qui vous emporte on ne sait où.

Les titres extraits de leur dernier album sont à la fois proches de la version studio -tant il y avait déjà un esprit live- mais encore plus libérés, dans la fusion et l’osmose pour le son commun. On a du mal à imaginer que c’est bien du live au vu de la performance et de l’absence d’applaudissements, mais le groupe a bien confirmé que tout avait été enregistré one shot et diffusé par la suite. Du Brésil au Japon et bien sûr au Royaume-Uni, GoGo Penguin avait réuni des milliers de fans en streaming. Un moindre mal mais qui ne fera pas oublier qu’il faut vraiment les voir sur scène. 

Certainement l’un des groupes les plus intéressant et surprenant du moment. Pas étonnant qu’il soit signé par le célèbre label Blue Note. Si vous cherchez un cadeau pour Noël, je vous recommande ce live, ou l’album studio, une place de concert… Ce sera un sacré choc.

SITE OFFICIEL

SITE BLUE NOTE

Benoît Roux

 

25 Nov

Le live confiné de Nick Cave : la beauté sans artifice

Dans un monde culturel toujours à l’arrêt, ce joyau confiné de l’artiste Australien Nick Cave est une percée de lumière dans un ciel noir. 22 titres enregistrés seul au piano cet été à Londres, des chansons sans artifice, à fleur de peau qui inventent un nouveau genre. Le disque vient de sortir. En attendant la vidéo.

Idiot Prayer de Nick Cave. Photo de l’album

Un piano, installé dans le magnifique Alexandra Palace de Londres, un 23 juillet. Nick Cave s’installe. Pas de public. Juste les résonances de 35 ans de carrière, des extraits de 17 albums dont le magnifique petit dernier Ghosteen. Alors que les artistes se cherchent et les maisons de disques expérimentent, Nick Cave propose cet été de jouer en live seul au piano pour un Livestream payant. Le concert est alors retransmis en direct pour son public qui a payé pour obtenir le lien. Les chansons sont sombres mais l’interprétation brillante. L’engouement est tel que plusieurs personnes n’arrivent pas à se connecter. Mais les veinards qui ont pu le voir ne sont pas avares d’éloges. Alors finalement le concert se retrouve sur certaines plateformes vidéos, puis retiré. Jusqu’à la sortie d’IDIOT PRAYER en disque et version numérique le vendredi 20 novembre.  

Euthanasia – IDIOT PRAYER: Nick Cave Alone at Alexandra Palace

Une colère contenue, une émotion permanente, le souffle, les silences, les résonances du piano, tout est magnifique. Ne manquent que les applaudissements. Et bien non, justement. Ce live sans réaction du public permet de rester dans l’intime, de profiter jusqu’à la dernière goutte de ce breuvage enivrant. Vraiment un nouveau genre, un joyau brut que rien ne perturbe. Le funambule est en permanence en équilibre. Il pourrait sombrer, cherche ses respirations, reprend le dessus, se maintient dans l’épure et laisse la musique le guider.

Galleon Ship – IDIOT PRAYER: Nick Cave Alone at Alexandra Palace

Comme un prêcheur charismatique que l’on suivrait presque comme de vulgaires moutons -d’où le titre Idiot Prayer- on passe par toutes les émotions, subjugué par le talent brut de cet artiste inspiré et parfois désespéré. Certains autres chanceux ont pu aussi voir ce show diffusé au cinéma début novembre. 90 minutes de temps suspendu, filmé par le cinéaste irlandais Robbie Ryan qui devraient bientôt sortir en DVD. Pas complètement indispensable tant la musique et la voix sont déjà l’écrin d’émotions pures. Profond et transcendant. 

Benoît Roux