09 Avr

Delgrès : un trio blues-rock créole à la musique singulière

Le Trio Delgrès sort aujourd’hui son second album. Une formation singulière au son unique, où se croisent rock, blues aux nuances antillaises, le tout chanté en créole. Un album engagé, comme l’indique le nom du groupe en référence à Louis Delgrès figure de la lutte contre l’esclavage. Le trio a sorti le blues de chauffe.

4:00 le nouvel album de Delgrès

Un trio de blues caribéen

Nous sommes en 2014. Le musicien Pascal Danaë qui n’est pas à son coup d’essai (il était membre d’un groupe afro brésilien qui remporta une Victoire de la Musique en 2015) rencontre un batteur groovy (Baptiste Brondy) et un joueur de sousaphone (Rafgee). C’est déjà une singularité. Le sousaphone ou soubassophone joue le rôle d’une basse contrebasse dans un trio classique. Le blues, c’est évidemment la guitare et celle de Pascal Danaë est souvent le dobro. Guitare emblématique du blues, inventée aux States par les Dopyera Brothers (d’où le nom dobro). Le leader de Delgrès est d’ailleurs devenu l’un des maîtres de l’instrument, lui le bluesman authentique que l’on définit souvent comme « le Robert Johnson de la Guadeloupe ». 

Après plusieurs expériences, il lance le groupe avec son ancien batteur du groupe « Rivière noire ». Il est donc à la recherche d’une basse. Voici comment il présente cette quête sur le site officiel du groupe. « J’avais la vision d’une fanfare de carnaval, comme il y en a aux Antilles ou à La Nouvelle-Orléans, où le rôle est tenu par le sousaphone ». Après quelques recherches, il prend contact avec Rafgee, trompettiste diplômé du Conservatoire de Paris qui joue aussi de cet instrument apparenté au tuba-contrebasse. « Rafgee connaît mieux que moi la biguine et le quadrille, reconnaît Pascal. Il est le seul à pouvoir marier Moussorgski à la mazurka dans un orchestre mandingue. » 

Le premier album « Mo Jodi » sort en 2018, le titre de cette chanson éponyme fait référence à Louis Delgrès, personnage central de la lutte contre l’esclavage aux Antilles. Ce colonel d’infanterie de l’armée française s’est appliqué la devise révolutionnaire « Vivre libre ou mourir ». Il préféra mourir plutôt que de se soumettre aux troupes napoléoniennes qui venaient rétablir l’esclavage.

Nouvel album « 4:00 » en hommage à ces héros invisibles

Après le succès du premier, le nouvel opus était attendu. Les ingrédients et la singularité sont les mêmes : un blues original, chanté la plupart du temps en créole, des sonorités et des rythmes métissés, des paroles engagées.

On ne peut pas dire que les groupes de blues balisent la musique des Antilles principalement zoukée. L’originalité est déjà là. A l’écoute de ce nouvel album, le pont entre les Antilles et la Nouvelle Orléans fonctionne très bien. Rock bien noir, blues rustique et soul primitive rencontrent les rythmes antillais et les cuivres New Orleans. Les guitares sont toujours énergiques et énervées, les rythmiques complexes.

Sur Francetvinfo, le leader parle aussi de son engagement : « On est toujours dans le thème du héros, quelque part. Sur le premier album c’était un héros oublié, et là moi je parle plus des héros invisibles par le prisme de mon père qui a émigré de Guadeloupe en 1958. Finalement, les valeurs qu’on défend sont toujours les mêmes« .

Premier titre « 4:00 AM » (formule anglaise), « 4H00 du matin » en français, « 4 ed maten » en créole, très enflammé où le groupe est en tenue de bleu de chauffe. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt n’est ce pas?

4H, c’est l’heure à laquelle se levait le père du chanteur-guitariste, qui a quitté les Antilles pour venir travailler sur les docks du Havre. Delgrès est plus que jamais le porte voix et porte paroles de ceux que l’on n’entend pas : déracinés, classes laborieuses, minorités… Le dobro en gouvernail, les fûts bien agités et plein de pulsations du batteur, les cuivres improbables, ce second album vient confirmer l’originalité et le talent de Delgrès.

Le groupe organise une « release party digitale » ce vendredi 9 avril pour la sortie de notre nouvel Album 4:00 AM. Vous pouvez les suivre dès 19h30 pour échanger sur l’album et à 20h15 pour découvrir le tout nouveau clip « Aleas ». 

SITE OFFICIEL DELGRES

@Benoit1Roux

 

 

07 Avr

Le groupe anglais London Grammar revient avec une électro-pop différente

2 albums et une planète musique conquise : le trio de Nottingham London Grammar est devenu un phénomène incontournable. En attendant la parution du petit nouveau « Californian Soil », plusieurs titres ont été dévoilés. Ils marquent une évolution plus électro, un son plus direct mais un résultat un peu décevant.

Photo : Facebook London Grammar

London Grammar c’est d’abord la voix interstellaire d’Hannah Reid, une atmosphère envoûtante, un gros son travaillé. « Pure emotion », ainsi débute le dernier single « How does it feel » sorti tout récemment. Un son plus moderne, moins ample et tournant, co-produit comme le reste de l’album avec Steve Mac, THE producteur de plus de 200 succès internationaux pour Ed Sheeran, Sam Smith, Pink, Bastille, One Direction…

London Grammar – How does it feel

Plus dansant, ce serait l’un des titres préférés de la chanteuse. Il marque en tous cas un virage confirmé par d’autres titres. Sans doute aussi le fruit de leur travail avec le célèbre DJ londonien George FitzGerald. Quelques semaines plus tôt, le groupe dévoilait le clip onirique « Lose your head » aux sons élégiaques et aux paroles assez sombres.

London Grammar – Lose your head

Des morceaux plus courts que les précédents, moins impressionnants dans le traitement du son, sans doute plus efficaces. Personnellement, ces singles me  séduisent beaucoup moins que les 2 premiers albums « If you wait » (2013) et Truth is a beautiful thing » (2017). Leur troisième album sortira le 16 avril pour confirmer ou pas ces premières impressions.

London Grammar

01 Avr

Toulouse : Zoé une jeune artiste avec la flamme

Elle n’a que 13 ans. Zoé Morin est pourtant une artiste avec une personnalité artistique, engagée et mature. Elle écrit, elle compose et vient de sortir un nouvel album : « les flammes ». Un disque auto-produit qui dégage beaucoup de force.

Zoé Morin ©FTV

Du haut de ses 13 ans

Il faut laisser tomber les clichés. A 13 ans, Zoé Morin a déjà une vraie personnalité artistique, de l’assurance et du tempérament. Elle écrit, compose, interprète. On se dit alors que si elle fait de la musique, c’est certainement parce que ses parents en ont fait avant… Pas vraiment. Dynamique, surexcitée, « pour calmer le volcan mes parents m’ont inscrit dans une école de musique ». Elle a trouvé son domaine et un certain refuge.

Elle apprend tout d’abord la guitare car ces parents écoutent Tracy Chapman. Elle aime écrire, monter sur scène. Elle se met au piano il y  a 3 ans. Elle a déjà fait de la scène, 3 fois place du Capitole. Oui, elle assure. Elle aime Mano Solo pour la poésie, Bigflo et Oli pour les textes, Linda Lemay, Clara Luciani et Tracy Chapman pour la guitare.

La force des textes

L’album « Les flammes » qu’elle vient de sortir est le fruit de tout ça. Avec sa voix un peu nasale, elle balance ses textes avec une force assez incroyable. Une écriture pointu et directe et l’art de scander les mots qui fait beaucoup penser à Eddy de Pretto. La mort (« La dame en noir »), l’écologie, le féminisme (« les flammes »), ses textes parlent de l’air du temps, des convictions d’une adolescente avec l’aplomb et le culot d’une Greta Thunberg. Des mots lucides, teintés de noirceur ou d’optimisme où la poésie pointe son nez.

« Le but de mes chansons c’est de donner du plaisir à écouter, tout en prenant position ».

La vraie force de cet album et de Zoé Morin ce sont les textes et sa personnalité. Son disque auto-produit devrait rapidement lui permettre de trouver des personnes qui vont l’aider et l’accompagner dans son cheminement  musical. En tous cas les bases sont là. A découvrir dans la nouvelle émission de France 3 Occitanie « C’est pas en Playback ».

Zoé Morin – « Les flammes » & « Je repense à lui » #C’est pas en playback sur France 3 Occitanie

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30 Mar

Toulouse : la pop-rock rusée et sophistiquée de Renarde

Bruno Dibra, alias Renarde vient de sortir son premier EP. A l’écoute il y a pourtant beaucoup d’aisance et de maîtrise. De la pop matinée de rock indé bien léchée, produite et enregistrée. Le toulousain chasse sur les terres anglaises d’Arctic Monkeys ou Lloyd Cole, ou BB Brunes dans nos contrées.

Renarde ©Ezilda-PELISSIER

La voix bien placée sonne dans la douceur et l’élégance. Bruno Dibra est originaire d’Albanie mais c’est dans le sud-ouest qu’il a posé ses valises. Dans le Gers, puis Montauban et désormais à Toulouse. « Courts métrages » est son premier EP 5 titres. Il n’est pas sorti du bois par hasard. Un travail de production avec Jeremy Dune du label Nuances Records pour sélectionner 5 morceaux sur 20 maquettes et les produire comme il faut. Ils ont loué une maison dans le Gers transformée en studio d’enregistrement. Pour la partie cordes et cuivres, ils ont fait appel à Quentin Lachapèle, un arrangeur basé à Londres auteur lui aussi d’un très bon travail.

Premier extrait « Perdu d’avance » qui sonne à la fois un peu vintage et moderne. Les cordes sont là, rythmique efficace, chœurs nostalgiques et interprétation solide de la meute de musiciens.

Renarde – Perdu d’avance

Sous des apparences volontairement légères, tout est réfléchi, abouti avec des textes plus sérieux qu’ils n’y paraissent. Ca sonne Gainsbourg / Biolay pour les cordes et l’inspiration mais c’est très baroque dans l’esthétique y compris visuelle. « Courts Métrages » est effectivement très cinématographique et on n’a pas de mal à mettre des images dessus. Il faut souligner le talent de l’artiste (1er EP quand même !) et le travail de production et de mix de Jeremy Dune à la fois sobre, élégant et approprié, sans faute de goût.

Renarde – Une fin au silence

Nouvel extrait : « Une fin au silence » toujours rythmé par les cordes et les guitares, toujours sous influences orientales. Bassiste autodidacte à la base, Bruno Dibra a aussi fait beaucoup de guitares et batterie sur l’album.

Beaucoup d’assurance donc chez cet artiste nourri de musique traditionnelle albanaise (pas évident à l’écoute) et de variété pop-rock française des années 60-70 (là ça s’entend beaucoup plus). Un nouveau clip sortira en avril sur le titre « À L’ Envers ».

Renarde – À L’ Envers (Open Studio Session)


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Nuances records

24 Mar

Gaëtan Roussel : l’artiste aux gimmicks implacables et aux mots à fortes résonnance

Louise Attaque en pause, Gaëtan Roussel poursuit son exploration solo avec un quatrième album. Plus intimiste et acoustique, « Est-ce que tu sais » explore le monde intérieur. Plus que jamais il révèle le talent d’un artiste aux gimmicks implacables avec une production raffinée. Côté textes, ses mots ont toujours une forte résonnance avec le vécu quotidien.

Photo : site Facebook Gaëtan Roussel

Voilà plus d’un an que Gaëtan Roussel travaille sur cet album. Un an, début du confinement, propice à l’introspection, retour à soi, aux choses simples. Pourquoi pas sa vieille complice : la guitare acoustique. Des musiciens à la pointe, un orfèvre pour la production son et les mots de Gaëtan Roussel pour un disque qui fait du bien. 

L’efficacité des mélodies

A la fin de la première écoute, les mélodies sont déjà en tête. Gaëtan Roussel n’a pas son pareil pour marteler des phrases -musicales ou pas- qui vous resteront en tête. Dans les rythmiques comme dans les ballades, dans les choses tristes comme dans celles porteuses d’espoir, l’artiste touche. Petit bijou de son dernier album : Les matins difficiles.

Gaëtan Roussel – Les matins difficiles

Simples, efficaces, parfois un peu sophistiqués, les mélodies de l’artiste sont surtout touchantes et obsédantes. Le son est peaufiné par l’orfèvre Maxime Le Guil qui a travaillé pour Hans Zimmer, Morrissey, Melody Gardot, Justice… Du côté des musiciens, on retrouve l’excellent bassiste Laurent Vernerey, Reyn aux claviers, complété par les touches du complice de Cali : Augustin Charnet. On reconnaît bien la patte de l’artiste toulousain qui participe à plusieurs morceaux, ravi de l’expérience. « Je suis tellement content d’y avoir participé. J’avais carte blanche! J’ai enregistré des parties additionnelles qui ont été réalisés et mixées par Maxime Le Guil. C’était essentiellement des synthés, claviers, percussions. C’est un très bel album. Il y a une très belle variété des sources qui donne un côté très organique. Gaëtan Roussel est vraiment à part dans sa manière de travailler les thèmes, les gimmick qui reviennent et qui restent. Ca rend les morceaux immédiatement très populaires. »

Il participe au titre « Je me jette à ton cou », où l’on retrouve Daniel Auteuil pour le clip.

Les sons de l’album sont magnifiques. Les claviers notamment très « orgue de cathédrale », les cordes de Clément Libes qui portent à l’élévation, les rythmiques discrètes.

La justesse des mots

Si les mélodies restent, les mots s’entêtent. Rattachés à des thèmes de société, Gaëtan Roussel a l’art d’écrire avec beaucoup de résonnance. Des mots justes, qui parlent à beaucoup de gens, pétris d’humanité, tantôt empreints de mélancolies comme « La colère »

Chaque jour il faut s’y faire
Elle revient toujours la colère
Chaque jour elle nous effleure
Je crois qu’elle vient de l’intérieur

tantôt légers comme le bonheur dans Est-ce que tu sais

Est-ce que tu sais
Que quand les fleurs se fanent
Elles nous laissent leur odeur, leur amour
Là, ici et tout autour ?

Des moments contrastés, parfois au sein de la même chanson. Une sorte de mélancolie lumineuse. Mention spéciale pour le très beau « Tu ne savais pas ».

Gaëtan Roussel – Tu ne savais pas (version acoustique)

Rarement un artiste dégage autant de puissance et de fragilité. Des textes introspectifs d’une grande intensité auxquels on s’identifie. Ce quatrième album solo est un petit bijou musical et un joyau d’humanité.

Reportage France 2 : A. Le Quéré, J-P. Magnaudet, M. Petitjean, F. Cardoen 

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Benoît Roux

17 Mar

Après « Resistire », une autre chanson a marqué le confinement en Espagne

« Agapimú » est un tube des années 70 en Espagne qui est devenu l’un des hymnes version 2020 de l’Espagne confinée. A l’instar de « Resistire » du célèbre Duo Dinamico, l’immense succès d’Ana Belén a vécu une seconde jeunesse. Un pur miracle du confinement.

Ojete Calor, les auteurs de la reprise Agapimú Photo : Site Ojete Calor

Mars 2020, l’Europe se retrouve confinée, pays après pays. Les artistes cherchent un moyen d’exister et de divertir un public lointain. Début avril, l’Espagne se distingue par 2 vidéos miracles qui resuscitent des tubes de variétés presque oubliés.

Le blog Ecoute Voir a déjà raconté l’histoire du Duo Dinamico et son tube oublié « Resistire » repris au début de la pandémie. Plus de 53 millions de vues, sans compter les innombrables reprises a capella sur les balcons, de Madrid à Barcelone.

Une semaine plus tard, un autre duo bien barré et loufoque va lui aussi secouer la péninsule ibérique. Son nom : Ojete Calor. Aníbal Gómez et Carlos Areces décident de reprendre une chanson d’une icone de la chanson espagnole des années 70 : Ana Belén. En mode confinement et écran partagé, le duo apparaît à l’image avec … une chaussette et la vraie Ana Belén. Un événement en Espagne.

Ojete Calor feat Ana Belén – Agapimú (2020)

« Agapimú » ce n’est pas de l’espagnol mais du grec qui signifie « mon amour ». Des paroles un peu chaudes, pas vraiment confinées. Evidemment, passée par les fourches caudines du duo, il ne reste plus grand chose de l’amour initial. Les 2 zozos emplumés feront tout de même danser l’Espagne. 

Ana Belén – Agapimú (1979)

D’autres le feront depuis les balcons comme Alberto Gestoso et Alexander Lebron Torrent du côté de Barcelone. Avec du Yann Tiersen et Céline Dion.

Sur ces mêmes balcons, au début du confinement, en Espagne comme dans d’autres pays européens, on applaudissait le soir le personnel soignant. Un an plus tard, ces marqueurs ont disparu. Tout semble rentré dans l’ordre.

Benoît Roux

16 Mar

Eric Fraj : une vie de chansons et la voix pour faire voyager les mots

En fin d’année 2021 Eric Fraj va sortir un double CD intitulé « La Vida ». 50 ans d’une vie faite de chansons, de découvertes, d’échanges. Le chanteur occitan (mais pas que) a commencé très jeune. Un demi-siècle plus tard, ses mots et ceux des poètes qu’il interprète ont toujours du souffle et de la force.

Pochette de l’album à paraître Graphisme : Didier Mir

Eric Fraj n’avait pas 15 ans lorsqu’il s’est retrouvé sur scène pour chanter en public. Quelques temps plus tard, c’est le Grand Théâtre de Bordeaux rempli comme un œuf qui l’attend, en première partie de Claude Marti. L’artiste a pris la vie à pleines dents, entre chansons, échanges et rencontres. Son double CD « La Vida » qui sortira en fin d’année n’est pas une anthologie ou un best off comme en voit beaucoup mais 32 chansons issues de spectacles ou inédites. « La vida, chaque chanson est une facette, une ramification de la vie, de la mienne mais pas seulement. Je n’avais jamais enregistré ces chansons. J’avais envie de le faire car elles ont bien supporté le poids du temps ». Eric Fraj lui aussi a bien traversé le temps.

Le premier 45T d’Eric Fraj. © FTV

Un amoureux des mots

Les années 70, un vent de liberté fait suite à mai 68. Il porte sur le devant de la scène la chanson occitane. Sur son premier 45 T vinyle, 3 chansons. 2 dont il a signé paroles et musique et l’autre qui fait écho au « Blowing in the wind » de Dylan signée par Jean Rigouste, poète et écrivain occitan. Agrégé de philo, locuteur des langues occitane, catalane, espagnole et française, Eric Fraj est un amoureux des mots, qu’il sait servir et faire sonner de sa voix grave et parfaitement timbrée. Découvreur des lettres, il rencontre un jeune auteur occitan qui aura les honneurs de l’émission « Apostrophes » : Robert Marti. « Mes musiques collent bien à ses paroles. Il faut travailler pour avoir l’impression que musique et paroles ne font qu’un. Il y a la musicalité du poète. Il y a quelqu’un qui me parle et qui me touche. »

Marti/Fraj, l’alliance de la poésie exigeante va donner quelques chef d’œuvres comme « Venècia » (Venise) ou encore « Las agassas an begut le solelh » (Les pies ont bu le soleil). Des mots forts, expressifs, poétiques, servis par une musique riche, la voix souple et chaude du chanteur.

Guillaume Lopez qui est devenu son alter ego musical voit en lui un passeur de mots : « Il m’a amené une ouverture d’esprit. C’est un peu mon maître à penser, quelqu’un de singulier, sincère, un poète magnifique. Il sait mettre les mots ensemble pour qu’ils aient du sens. » 

Eric Fraj – Marinièr avec Guillaume Lopez et Thierry Roques réalisation Amic Bedel


Dans le double CD à paraître, on retrouvera d’autres auteurs. Le grand écrivain occitan Jean Boudou évidemment, Eric Fraj lui-même mais aussi des troubadours (Rambaut de Vaqueiras), des auteurs français comme François Villon, chanté par Ferré. Eric Fraj a traduit en occitan  « Ballade des menus propos »  qui traduit en occitan devient : « Balada dels dires menuts ».

On y retrouvera aussi évidemment la langue catalane dont il est locuteur, avec 2 textes de Pere Figueres qu’il a mis en musique. Ces 2 chansons ont été interprétées lors d’un concert commun au Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles de Toulouse en octobre dernier.

Une vie de rencontres

Eric Fraj a multiplié les expériences et les rencontres. Il a ainsi partagé la scène avec des grands artistes qui sont comme des frères et sœurs en humanité : Vicente Pradal, Lluis Llach, Colette Magny, Claude Marti, Guillaume Lopez, Paco Ibanez, Angel Parra, Rosina de Pèira ou Claude Sicre pour ne citer qu’eux.

Pour ce double disque, il a réuni plusieurs musiciens complices qui baignent dans des influences musicales qui sont les siennes : la chanson traditionnelle, la variété, le flamenco, la musique latino-américaine. C’est Morgan Astruc (arrangements, guitare et palmas) qui va faire le lien entre les 2 formations qui vont jouer sur le disque. Côté batterie, Simon Portefaix ou le percussionniste Hervé Chiquet. Evidemment, on retrouvera Guillaume Lopez, le complice de toujours qui signera des arrangements ainsi que flute, cornemuse et voix. « Guillaume a composé quelques chansons. Il a pris la tête d’une équipe. J’aime bien son « duende », son feeling. Il a de la sensibilité et une imagination folle. Il fait des impros extras. C’est un grand technicien, un grand pro dans la composition et les arrangements. J’aime son éclectisme qui correspond au mien. »

Eric Fraj et Guillaume Lopez en studio d’enregistrement ©Sarah Fraj

A l’accordéon, Thierry Roques, musicien indispensable et véritable caméléon qui se glisse dans tous le styles, Clairveau Ramsamy à la contrebasse, le tout sous la houlette de Mingo Josserand qui signe la prise de son, les arrangements, piano Fender et claviers.

Toute la richesse musicale d’Eric Fraj est là. « La vida » avait donné lieu à un spectacle en octobre 2018. Le disque sera différent avec des inédits, des nouveaux arrangements.

A l’image de la pochette, l’arbre est toujours vert, quillé, planté. Les ramifications sont nombreuses et la vitalité musicale d’Eric Fraj intacte.

Le disque « La vida » est en souscription sur le site d’ERIC FRAJ

Benoît Roux

 

 

10 Mar

« Vaccinez-moi », la nouvelle parodie d’un humoriste chanteur qui cartonne

Il observe le quotidien pour en faire des spectacles et des chansons. Un mélange bien dosé de cynisme et de poésie. Alex Fredo vient de s’attaquer au sujet du moment : la vaccination. Tourné dans une pharmacie, cette parodie de Jean-Jacques Goldman risque de vous rester en tête un bon moment. 

Alex Fredo Photo : Facebook de l’artiste

Alex Fredo est un compositeur interprète né à Paris parti vivre à Montréal à sa majorité. Après plusieurs expériences musicales, c’est plutôt vers l’humour qu’il s’est tourné. « Comme vous pouvez le constater, je suis le fils de Ramzy et Michel Berger ». L’art de la formule, mi provoc mi poète. Habitué des stands up, il s’est rodé lors de premières parties d’humoristes comme Patrick Timsit ou Michel Boujenah, puis une tournée des Zéniths français grâce à Kev Adams.

Dans un article publié sur « Maudits français », on apprend que c’est par Gad Elmaleh que tout a commencé : « J’étais venu à l’Olympia pour une interview et la personne qui devait faire sa première partie a annulé,” explique-t-il. Gad Elmaleh l’aurait “jeté sur scène”. “J’en ai profité pour faire quelques blagues et c’est parti comme ça…”.

Chansonnier des temps modernes, il aime la variété française. Et donc JJ Goldman, dont il reprend à sa façon le tube « Envole moi » qui devient la supplique « Vaccinez-moi ». Une parodie qui ne manque pas d’air pour retrouver la liberté.

Alex Fredo – Vaccinez-moi !

Il pousse la parodie jusqu’à reprendre le timbre de voix de Goldman, un synthé presque d’époque. Des paroles bien senties, entre humour et sérieux. Avec Jo Brami en pharmacien très drôle et des pseudo-clientes qui se lâchent dans la danse. Une chanson sous forme de piqure de rappel du Monsieur Tout le monde qui a sa dose. D’ailleurs, en attendant les siennes, il avait déjà sévit lors du premier confinement. Toujours dans la variété, avec Francis Cabrel dans son univers : « On va tous mourir ».

Crédible dans le chant, plutôt drôle et juste dans le texte, pas démago, une bonne dose de rire, un vaccin sans rappel pour l’instant, comme une antidote à la morosité du moment. « Envole-moi loin de cette fatalité qui colle à ma peau » chantait Goldman.

Benoît Roux

09 Mar

Plus de 40 ans après, Peter Gabriel réenregistre son hymne protestataire « Biko »

En 1980, Peter Gabriel enregistre un hymne poignant et engagé dédié à Steven Biko assassiné lorsqu’il était dans une prison sud-africaine. Une chanson d’une puissance incroyable qu’il ne manque jamais d’interpréter en concert. Il vient de réenregistrer ce tube mythique avec 25 musiciens dont Angélique Kidjo, Yo-Yo Ma et le bassiste Meshell Ndegeocello.

Peter Gabriel et les musiciens de Biko. Capture You tube

September ’77
Port Elizabeth weather fine
It was business as usual
In police room 619

Un acte « banal », comme il y en avait beaucoup dans les geôles sud-africaines lorsqu’on est noir. Un fait inacceptable pour le chanteur humaniste engagé Peter Gabriel, ami de Nelson Mandela pour lequel il a fait plusieurs concerts lors de sa sortie de prison. Pour ceux qui ont assisté comme moi à plusieurs concerts de Peter Gabriel, la puissance de cet hymne est incroyable. Un recueillement, un respect et des poings qui se lèvent à l’unisson, une humanité profonde.

Plus de 40 ans après, l’artiste anglais décide de réenregistrer la chanson, dans le cadre de l’initiative « Playing for Change’s Song Around the World » et le Fonds des Nations Unies pour la population pour célébrer le 75e anniversaire de l’ONU.

La force de l’enregistrement initial est préservée, la voix de Peter Gabriel garde sa puissance, des musiciens et chanteur viennent raviver la flamme dans une tension extrême.

Comme souvent avec Gabriel, la fusion marche, avec un vrai apport de chaque artiste, une sono mondiale brillante qui fait de la place à tout le monde, quelle que soit sa culture. La magie perdure, l’engagement du chanteur et le racisme aussi. Dans une interview au journal Rolling Stone il déclare : « Bien que la minorité blanche du gouvernement sud-africain est éteinte aujourd’hui, le racisme que l’apartheid représente et qu’on retrouve aujourd’hui partout dans le monde n’a pas disparu. »

Cette « nouveauté » ne comblera pas le manque immense pour le public de fans, sevré de nouvelles chansons. D’après l’artiste, plusieurs inédits joués lors de concerts ont été enregistrés. Alors pourquoi pas un nouvel album…

PETER GABRIEL

Benoît Roux

 

02 Mar

A Toulouse, la nouvelle plateforme de streaming musical est lancée

Le streaming, nouveau sésame pour venir à la rescousse d’un monde artistique en détresse. Plusieurs salles de spectacles organisent des concerts retransmis en streaming sur les réseaux. Le premier Netflix exclusivement musical français vient de voir le jour à Toulouse. Quels sont les artistes proposés ?

Les 4 fondateurs d’ALLIVE Photo : Allive

Depuis le 22 février, vous avez la possibilité de vous abonner à cette nouvelle plateforme exclusivement musicale et proposant du live lancée par une start-up toulousaine.

Une rémunération différente des artistes

Moyennant 4,99 € par mois ou 49,99 € par an, un panel d’artistes essentiellement émergeants vous est proposé. Des vidéos d’artistes dans tous les genres musicaux mais captées dans les conditions du live. Les vrais lives d’avant la pandémie ou ceux enregistrés sans public post covid. Dans un premier temps, ce sont les artistes, les maisons de disques ou les salles de concerts qui proposent à la plateforme ces contenus. Avec comme premier principe, de rémunérer différemment les artistes. Manuel Darrault l’un des 4 fondateurs : « Cette plateforme est un contre-pied au niveau de la technologie et de la rémunération. D’abord il n’y avait pas jusqu’à présent de plateformes vidéos dédiées à toutes les musiques. Sur 4,99€ que coûte l’abonnement, 1,09 € vont dans l’enveloppe artiste, soit 4 fois plus que sur un autre site. Ensuite, ces 1,09 € seront rétribués aux artistes en fonction du temps de visionnage et non au nombre de vues. Plus un artiste va fédérer, plus il sera rémunéré ». 

C’est le principe de l’User Centric : l’abonné rétribue les artistes qu’il a réellement écoutés et non au prorata de l’utilisation de la plateforme selon le Data Centric, une méthode utilisée par la majorité des sites de streaming.

30 nouveaux artistes régulièrement

La plateforme ALLIVE est opérationnelle depuis le 22 février. La première semaine, 30 artistes ont été sélectionnés. Ce sont tous des artistes émergents que la start-up veut aider à percer. A l’arrivée, cinquante heures de live accessibles. On y retrouve notamment le groupe nancéen OBLIQ. 4 musiciens et une chanteuse à la voix puissante sur une musique d’influences rock progressif. 

Parmi les formations coups de cœur du site, les 3 frères qui constituent le groupe RUNNING TREE. Plus pop et folk, ce groupe vient de la région lyonnaise.

On y croise aussi des groupes électro comme ENTOARTIX ou encore DANIEL MIST aux atmosphères mélancoliques sous fond d’électro hip-hop.

Autant dire que tout le monde devrait y retrouver son bonheur musical. La plateforme réalise aussi des partenariats, notamment avec une autre plateforme musicale : Groover. Lancée en octobre 2018, Groover met en contact les artistes qui veulent promouvoir leur musique avec les médias, les labels en quête de talents émergents. Une sorte de laboratoire participatif (n’importe qui peut devenir un auditeur des morceaux envoyés par les artistes) pour faire émerger de la multitude les talents de demain. Alvin Chris est ainsi passé par là.

Alvin Chris – Verre de trop


En attendant le retour des concerts à titre expérimental avec IAM au Dôme de Marseille, le digital est un peu la bouée de sauvetage des artistes mais aussi des mélomanes en mal de musique.

Le digital complémentaire de la scène? 

La plateforme fait le pari que le streaming musical peut intéresser durablement un public. Tout va dépendre de la qualité et de l’originalité des contenus proposés. A terme, Allive veut aussi réaliser ses propres vidéos en organisant des sessions dans toute la France, dans des salles de concerts. En ligne de mire, un festival qui permettrait de faire découvrir sur scène les artistes qu’elle défend. Si ce nouveau mode de diffusion vous intéresse, la plateforme Allive est toujours à la recherche de nouveaux artistes.

SITE ALLIVE

Benoît Roux

 

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