07 Juil

Ennio Morricone, l’homme aux 500 musiques devenues des classiques

Sa musique est profondément humaine tout en touchant au divin. Le compositeur italien et chef d’orchestre Ennio Morricone jouait souvent les premiers rôles dans les films dont il a composé la bande originale. Des chefs d’œuvres gravés sur pellicule et dans les mémoires. On doit 626 œuvres à Mozart durant sa courte vie et presque autant à Morricone qui vient de s’éteindre à 91 ans. Des musiques qui sont devenus des classiques. Hommage à l’un des plus grands maestros de la musique.

Graffiti Mural à Rome. Photo : FABIO FRUSTACI via MaxPPP

De la toute première « Mission ultra-secrète de Luciano Salce en 1961 à la dernière « A rose in winter » de Joshua Sinclair, Morricone aura signé la musique de plus de 500 films. Sans compter toutes les musiques écrites pour la télévision et autres œuvres orchestrales. Des musiques souvent simples, 3 ou 4 notes qui vont à l’essentiel et des arrangements hors pair. Il savait aussi jouer des silences, des bruits, des sifflements, des instruments inattendus qui s’invitent dans une mélodie. Voici quelques chefs d’œuvres de son génie créatif.

Et tout d’abord, une chanson immortalisée par Joan Baez pour le film « Sacco et Vanzetti ». A partir de 2001, Ennio Morricone a privilégié la direction d’orchestre à la composition. C’est le cas ici 2007 à Venise.

Ennio Morricone – Here’s to you

Evidemment, celui qui l’a fait connaître n’est autre que son ami d’enfance Sergio Léone. Morriconne signera la musique de la plupart de ses westerns. L’art de la mise en perspective des images, une composition orchestrale fabuleuse et une écriture pour les voix splendide.

Ennio Morricone – Once upon a time in the West

Ennio Morricone – Le bon la brute et le truand

Morricone était d’abord un trompettiste de formation qui sera diplômé plus tard en direction d’orchestre. Ce qui transparait dans beaucoup de films comme l’émouvant « Cinéma paradiso ». Une version où l’on retrouve Yo-Yo-Ma et Chris Botti.

Ennio Morricone – Cinéma paradiso

Morricone a aussi beaucoup composé pour les réalisateurs français. Il signe par exemple une partie de la bande originale de « La cage aux folles », et participe au succès du film de Georges Lautner « Le professionnel ».

Ennio Morricone – Le professionnel

Mais aussi « Le clan des Siciliens » d’Henri Verneuil avec un orchestre classique mais aussi une section rythmique basse-batterie sur des envolées de cordes.

Ennio Morricone – Le clan des Siciliens

Mais pour moi sa composition la plus touchante, la plus aboutie c’était la BO du film « Mission » de Roland Joffé. Un thème obsédant, des cordes splendides, des voix divines. Un chef-d’œuvre d’une émotion incroyable. Une version du thème principal dirigée par le maestro en 2012 lors d’un concert de noël.

Ennio Morricone – Mission

Avec sa version de l’Ave Maria Guarani. Grandiose.

En 2016 il obtient enfin la consécration. Grand fan, Quentin Tarentino prendra à plusieurs reprises ses compositions. Pour « Les 8 salopards », il obtient enfin un Oscar (il n’a jamais eu de César).

Ennio Morricone – Les 8 salopards

La même année, son étoile est inaugurée sur l’Hollywood Boulevard. L’artiste resté dans l’ombre des images méritait au moins ça. Lui qui a tant magnifié les pellicules en les empreignant de sa musique puissante, riche et inoubliable. Grazie mille Maestro Morricone.

Benoît Roux

 

03 Juil

Tristan, un magicien des sons révélé sous le nom d’OZ

Il serait facile de qualifier OZ de magicien. Mais c’est pourtant bien vrai. Ce jeune toulousain a abandonné les starts-up et l’ingénierie pour vivre de sa passion. Premier miracle. S’il a bien appris le piano, il n’a pas spécialement les moyens d’en avoir un pour enregistrer ses productions. Et comme il est informaticien, il recréé des sons d’instruments auxquels il ajoute des samples. Aussi vrai que nature : deuxième miracle. Il n’est pas dans certains stéréotypes du rap mais au contraire dans la singularité. Il sort ce vendredi son tout nouveau clip « J’sais pas ». OZ se livre avec honnêteté et franchise.

OZ en concert © Rémy Sirieix

J’suis perdu, j’sais pas quoi faire
J’suis perdu, j’ai besoin d’air
J’suis perdu j’sais pas quoi faire
Et si j’décidais simplement d’être moi qu’est ce que ça peut faire ?

C’est le refrain du tout nouveau clip d’OZ sorti ce vendredi 3 juillet. Nouveau single sensible et sincère. Une déambulation éthologique dans les rues de Toulouse d’un artiste en devenir.

NOUVEAU CLIP OZ – J’sais pas

Oz ose vivre sa passion

Tristan, alias OZ est issu d’une famille modeste où il fallait se partager le piano entre les 4 enfants. Lui, il aurait préféré le sax. Il prend quand même des cours pendant une quinzaine d’années. Registre classique puis impro jazz. « J’ai gardé tout cet apprentissage ».

Ingénieur en informatique, le destin semble lui sourire. Il travaille pour des grosses et petites starts-up. Mais voilà. A 26 ans il en a assez. Il claque tout, lassé et fatigué de cette vie faussement intense et clairement artificielle. Il a toujours aimé écrire mais c’était jusque-là pour ses pots de départs. La passion de la musique emporte tout, y compris les doutes et sa timidité. « Dans mon métier, on m’a souvent fait comprendre que j’étais un provincial et qu’il fallait gommer mon accent, que l’on ne pouvait réussir qu’à Paris. Quand j’ai vu que KDD ou Bigflo & Oli pouvaient réussir dans d’autres conditions, ils m’ont donné un idéal. Je me suis dit que nous avions le droit d’y arriver ici. »

OZ en concert © Rémy Sirieix

Le magicien des sons

Dans ses oreilles, il y a un peu de classique (Chopin, Tchaïkovski…), du jazz, du hip-hop, Hocus-Pocus, Ben Mazué, Stromae ou Balkan Beat Box. Un éclectisme, une curiosité due à de nombreuses recherches, à l’affût d’un sample qui pourrait être le détonateur d’une compo. « J’essaie de trouver des influences, la musique orientale par exemple qui me parle beaucoup alors que je ne suis jamais allé là-bas. »

© Inès Amadeï

Et les recherches ne s’arrêtent pas là. Tous les sons que l’on entend sur son EP « Impatient » ont été recréés grâce à des bidouillages informatiques. « J’aimerais faire mes morceaux sur un piano droit. Mais là où j’enregistre, ça fait 3 m2! «  Alors Tristan peaufine le son en perfectionniste qu’il est. Tout y est : le bruit des touches et de la pédale, les résonnances du piano. « Au début mes sons étaient pas tops et on me l’a dit. J’ai travaillé pour corriger tous ça et obtenir le son que je voulais. » Un vrai magicien je vous dis.

Quand on écoute les 5 titres de son dernier EP, on sent de suite un univers personnel, loin des clichés et d’un certain clonage que l’on entend parfois dans le rap. Les morceaux sont enrichis par de faux-vrais instruments (piano, guitare, cuivres, cordes…), tout est bien équilibré avec un travail sur la spatialisation avec une production très soignée.

La sincérité d’un artiste

On a tous un cratère en soi. C’est compliqué à gérer. J’aime bien les morceaux où il y une grande tirade de dénonciation.

Côté texte, c’est la lucidité et la franchise d’un vêcu où le doute laisse peu de place aux certitudes. Le meilleur exemple est sans doute « 9 longs » où l’artiste se dévoile. 9 plans séquences qui se déroulent sous forme de discours (tiens au passage, petit jeu de mots de Tristan : 9 longs, 10 courts !). C’est cash, un peu trash, les errances d’une vie qui reste encore à écrire. « J’avais envie de me lâcher. Ce texte, je l’ai fait pour moi. C’est complètement auto-biographique. Je l’ai enregistré d’une traite. Je l’ai beaucoup écouté, pleuré, réécouté, repleuré. »

OZ – 9 longs

Cet EP « Impatient » est une prose sur le temps. Comme le premier titre « Stress » lors d’un examen scolaire où tout se bouscule et bascule. Un flow incessant de mots sans trop de respirations. On frôle la suffocation. Des tranches de vies jamais impudiques et parfois drôles. Comme « Ethan » qui décrit les dégâts de l’alcoolisme sur un rythme un peu éméché où l’on apprend à la fin que « Ethan » est Mr Hole (Ethanol!). Et puis sur un air de piano un peu retro, mon titre préféré « Demain est hier ».

OZ – Demain est hier

 

Une lucidité qui l’amène à ce nouveau titre qui sort aujourd’hui : « J’sais pas » à la basse bastonante. « C’est parti d’un constat : il me reste pas beaucoup d’indemnités chomage. Que dois-je faire? Persévérer dans ma passion? Passer à autre chose? Je suis bourré de doutes. »

Un deuxième titre est en préparation : « Tu préfères ». « Ce sera plus pop, avec des cuivres à la Manu Chao que j’adore. »

Tristan à des doutes existentiels mais OZ possède des certitudes musicales : Tristan a du talent et ce serait un gâchis qu’il abandonne. Allez, encore un petit miracle Magicien d’Oz !

Benoît Roux

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Découverte musicale : la jeune allemande Sofia Portanet transcende les années 80

Prenez un shaker musical, mettez l’excentricité ravageuse d’une Nina Hagen, les sons travaillés de Kraftwerk, un zeste de rock de Nena et Rita Mitsouko et vous obtenez un cocktail des plus rafraichissant : Sofia Portanet.

Cette jeune artiste Berlinoise qui surfe sur la nouvelle vague allemande sort aujourd’hui son premier album « Freier Geist ». Ca sonne années 80 mais transcendé et revisité. Avec une belle enveloppe musicale un brin extra-terrestre et une maîtrise vocale qui remplit l’espace.

Photo : Facebook Sofia Portanet

Visuellement, il y a un petit côté Kate Bush, mais faussement sage et plus délurée. Musicalement, son premier album est une réminiscence pas du tout nostalgique de ce que la musique a eu de bon -et de moins bon- dans les années 70-80. Au début, on se dit : ouais… Et très rapidement, nous voilà pris en flagrant délit-délire d’écouter l’album en entier.

Sofia Portanet – Das Kind

Il faut dire que les sons sont très intéressants, entre électro, new wave, rock, punk. L’énergie de l’artiste est ravageuse, avec une voix qui se font parfaitement dans l’univers un peu science-fiction de ses musiques. Sofia Portanet, c’est un peu le côté Blondie « Atomic », les délires vocaux de Catherine Ringer (qu’elle adore), la violence punk mêlée aux sonorités électroniques et industrielles de D.A.F. (Deutsch-Amerikanische Freundschaft).

Photo : Facebook Sofia Portanet

Mais elle ne se contente pas de réciter en bonne élève ces influences seventies-eighties (d’ailleurs elle ne les a pas connues vu qu’elle est née en 1989 ! ). La jeune artiste les balaient très rapidement dans un tourbillon volcanique régénérant. Elle ressuscite et transcende la  » Neue Deutsche Welle » (Nouvelle vague allemande), les années 80 post-punk new wave qui ont bien remué l’Europe musicale.

Sofia Portanet – Planet Mars

Pas de chronique pointue pour cette artiste OVNI. Tentez juste l’expérience de vous laisser aller à cette déferlante parfaitement emballée. Dernier exemple : un espèce de faux cantique très étonnant et plus posé chanté dans un français impeccable. Autre voix, autre registre. Surprenant.

Sofia Portanet – Racines

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Benoît Roux

02 Juil

La reprise de l’énorme tube « Baker street » de Gerry Rafferty

Dès les premières notes, on se rappelle tous de « Baker street ». Si si vous savez, l’inoubliable solo de sax qui s’envole? L’auteur de la chanson : l’Ecossais Gerry Rafferty qui aura bien du mal à s’en remettre.

42 ans après ce tube mondial, le trio Neal Morse, Mike Portnoy et Randy George s’en empare. Cette formation spécialisée dans les reprises sortira dans quelques jours son troisième album de covers. Et franchement, ça sonne et ça cogne.

2020 : le trio Morse / Portnoy / George

trio Morse / Portnoy / George

Leur 3ème album de reprise sortira le 24 juillet mais 2 vidéos ont déjà été publiées. Leur version de « Baker street » reste fidèle à l’original, beaucoup de son (sax, guitare, claviers…) sont reproduits. Mystère en revanche sur l’identité du saxophoniste qui reste dans l’ombre sur le clip.

Les 3 musiciens n’en sont pas à leur coup d’essai, ni pour les reprises, ni pour leurs projets personnels.  A la guitare, le Californien Neal Morse déchire; sa voix est aussi très présente. « Pour être honnête, je n’ai jamais été un grand fan de cette chanson. C’est une chanson que Mike voulait vraiment faire, si je me souviens bien. Mais alors que nous nous y plongions et que je commençais à la chanter, je l’ai vraiment ressentie «  confie Neil Morse au magazine Rock Meeting. Le jeu de batterie de Mike Portnoy est bien plus dense et nuancé que l’original. Quand à la basse du relativement peu connu Randy George elle assure grave et amène un vrai plus. 

A la fois fidèle et beaucoup plus riche, c’est assurément l’un des plus belles reprises de ce morceau. Elle est de bonne augure pour l’album qui sortira le 24 juillet si c’est fait dans le même esprit. Parmi les 11 titres,  « No Opportunity Necessary, No Experience Needed » de Yes. Il paraît que Joan Anderson himself chantera sur ce morceau. Raison de plus pour découvrir l’album.

Pochette du 3ème album à paraître le 24 juillet

01. No Opportunity Necessary, No Experience Needed (YES)
02. Hymn 43 (JETHRO TULL)
03. Life On Mars (DAVID BOWIE)
04. Baker Street (GERRY RAFFERTY)
05. It Don’t Come Easy (RINGO STARR)
06. Baby Blue (BADFINGER)
07. One More Red Nightmare (KING CRIMSON)
08. Black Coffee In Bed (SQUEEZE)
09. Tempted (SQUEEZE)
10. Runnin’ Down A Dream (TOM PETTY)
11. Let Love Rule (LENNY KRAVITZ)

 

1978 : « Baker street » l’énorme tube de Gerry Rafferty

En descendant sur Baker Street
Lumière dans votre tête et mort sur vos pieds
Eh bien, une autre journée folle
Vous boirez toute la nuit
Issu d’une famille très noble de mineurs, l’écossais Gerry Rafferty se nourrit de musiques irlandaise et écossaise. En 1972, il connaît un premier succès avec  Stuck in the Middle with You, un morceau rendu célèbre quelques décennies plus tard par Quentin Tarentino dans « Reservoir dogs ». Des problèmes avec sa maison de disques retardent la parution d’un second album solo : celui de « Baker street ». Une rue que connaît bien l’artiste puisqu’il y logeait parfois chez un ami. Le guitariste raconte que l’intro devait être chantée lorsqu’il décoda de la jouer lui même à la guitare électrique.
Mais si le morceau est célèbre, c’est grâce au mémorable chorus de sax. Derrière, se trouve Raphael Ravenscroft. Cette interprétation le rendra célèbre et on le retrouvera plus tard sur l’album des Pink Floyd « The final cut » mais aussi avec Kim Carnes, Bonnie Tyler, Robert Plant ou encore les Daft Punk. C’est donc lui qui poursuit l’intro au sax ténor avant le chant.
Gerry Rafferty -Baker street live 1978

Gerry Rafferty connaîtra d’autres succès jusqu’à la fin des années 80. Mais de nombreux problèmes dont l’alcool le font sombrer peu à peu. Entre dépression et alcoolisme, il s’isole. Il refuse même d’accompagner Eric Clapton en tournée. Il meurt en janvier 2011. En 2014 Raphael Ravenscroft décède lui aussi. Un destin chaotique pour un titre mythique.

Benoît Roux

30 Juin

A Toulouse, l’Orchestre de Poche emballe sur des rythmes d’Argentine

Ils sont 11 musiciens à rentrer dans l’Orchestre de Poche. Cette formation toulousaine regroupe tous les instruments d’un orchestre classique. Mais leur registre est tout aussi bien trad, world music, que musique de cinéma, répétitive… avec un esprit punk-rock. L’Orchestre de Poche vient de sortir un nouvel album « Paraná ». Son leader et créateur Bruno Coffineau était parti en Argentine pour voir des amis. Il est revenu de ce voyage avec… la dengue ! Mais surtout 13 morceaux soufflés par les rythmes argentins.  Rafraîchissant. 

Orchestre de Poche album « Paraná »

Les sons et les rythmes du nord-est de l’Argentine

Paraná c’est une seule inspiration, un voyage unique. Un album homogène.

Il y a 5 ans, Bruno Coffineau part de l’autre côté de l’Atlantique pour retrouver des amis Argentins. Direction le nord-est du pays, la Plata et l’envie forte d’aller se ressourcer aux chutes d’Iguazú, à la frontière entre l’Argentine et le Brésil. Pendant plusieurs jours, il installe sa cabane en pleine jungle et se laisse bercer par les sons des oiseaux, de la nature, les rythmes des courants.

Les chutes d’Iguazú Photo Bruno Coffineau

Musicalement, l’Argentine ce n’est pas que le tango à 4 temps de Buenos Aires. Il y a aussi le chamamé de la province de Corrientes (les courants). Un style influencé par les Indiens Guaranis (tambour, flûtes), les Polonais, Allemands et Italiens (accordéon) et l’Espagne (guitare). Une musique de Gaucho qui se danse en couple.

Là-bas, Bruno Coffineau se passionne pour ce style et découvre l’un de ses maîtres Chango Spasiuk, un virtuose de l’accordéon. « Il y a des rythmes différents que l’on connaît très peu en France. Sur Paraná par exemple, c’est du 5 temps. L’Argentine, c’est le pays de la danse. C’est la chose la plus importante. On part souvent danser en milonga, le lieu où l’on danse. Dès que les premières notes résonnent, des personnes âgées aux enfants, tout le monde s’y met ».

L’inspiration de l’album vient donc d’Amérique latine. Mais il n’a pas été composé là-bas. Quand Bruno Coffineau rentre en France, la dengue le rattrape. Cloué au lit, la fièvre du tango et du chamamé prennent le dessus. Les 13 thèmes de cet album lui viennent d’un coup.

L’esprit de l’Orchestre de Poche

Notre musique n’est pas une musique de virtuose. C’est une mosaïque, un vitrail, avec plein de petites pièces que nous assemblons.

Bruno Coffineau connaît bien et apprécie la musique classique, « Mais pas tout ce qui va autour ». Diplômé du Conservatoire de Poitiers, ce clarinettiste-chanteur a aussi appris la guitare et l’accordéon. Il veut rendre la musique plus accessible. Voyageur dans l’âme, il a plus d’un son dans son étui. « J’ai découvert les Sex Pistols, puis la chanson française à Paris. Quand je suis arrivé à Barcelone, c’était Manu Chao. De retour en France, les musiques tziganes et Goran Bregovic… » Installé dans la ville rose, il crée le Chœur gay de Toulouse, (composé exclusivement de voix d’hommes) et une autre chorale : le Cri du Chœur.

Voilà 6 ans, il décide de mettre un orchestre classique dans sa poche. Une formation avec les mêmes composantes qu’un orchestre classique (cuivres, cordes, percussions, vents) mais avec un seul musicien pour chaque instrument. « Dans la musique classique, les cordes sonnent comme des nappes. Il n’y a pas le son du violon. Moi je veux le grain, le timbre de chaque instrument et qu’il ne soit pas noyé dans l’ensemble. Je veux l’énergie du rock, des musiques du monde et autres traditionnelles. »

L’Orchestre de Poche au centre Culturel Alban Minville. Photo : Hubert Remaury

Pour retrouver cette énergie, il rajoute à sa formation guitare, batterie, accordéon et sax. Depuis le début, les instruments restent mais les instrumentistes changent en fonction des projets. Un peu de musique baroque pour le second album « Concerto ma non grosso » et les rythmes argentins pour « Paraná ». Il ne recherche pas la virtuosité du musicien mais la maîtrise de l’instrument doublée de qualités humaines.

De la pédagogie sur YouTube en attendant une tournée des kiosques

J’ai mis 3 ans à façonner le son que je voulais pour cet album

Depuis les confinement et déconfinement, Bruno Coffineau a déjà sorti 9 titres de sa poche. Des teasers avec une explication des morceaux mais aussi une contextualisation où notre pédagogue caméléon varie les styles de présentation en fonction du morceau. Toujours agréable d’écouter tout en apprenant des choses. Tout tourne autour du fleuve Paraná qui a donné son titre à l’album. Ici, « Atardecer en Corrientes », un coucher de soleil sur le fleuve !

L’Orchestre de Poche – Atardecer en corrientes

Pour chaque composition, on sent que tout par d’un thème qui est ensuite développé comme dans le jazz et repris comme dans les musiques répétitives. « Je change aussi de timbre, de hauteur. Je passe d’un mode majeur à un mode mineur. » A l’arrivée, une musique directe, humaine, assez expressive sur laquelle on se fait un film. « J’aime beaucoup René Aubry, Pascal Comelade, Michaël Nyman, Goran Bregovic, beaucoup d’artistes qui composent pour le cinéma ou la danse. Ca donne une musique très imagée. »

On sent aussi la patte de Yan Tiersen comme dans cette ballade « Esteros del Iberá ». « Oui, j’étais à Barcelone quand le film « Amélie Poulain » est sorti. »

Bruno Coffineau n’est pas peu fier de cet album. Avec L’Orchestre de Poche, il l’a enregistré chez chez Bruno Mylonas. Désormais installé dans les Pyrénées, cet ingénieur du son-réalisateur a entendu sur sa console beaucoup de vedettes de la variété française (Lavilliers, Vanessa Paradis, Jean-Michel Jarre, Michel Polnareff…) lorsqu’il était à Paris. Le mastering du son est signé par un autre grand nom : Michel Geiss.

Le studio de Bruno Mylonas dans les Pyrénées

L’album est riche, bien équilibré, avec de très belles sonorités. Il n’est pas encore sorti sur les plateformes de streaming mais peut se commander sur le site et s’écouter sur le soundcloud du groupe. « Paraná » va aussi partir en tournée, même si le contexte de pandémie et la grandeur de cette formation n’aident pas. « A 11 musiciens, c’est très compliqué. Mais nous sommes une formation acoustique. Donc nous pouvons jouer partout. D’où cette idée des kiosques à musique où l’on pourrait jouer et faire danser comme à la Belle Epoque. » Première date le 19 septembre au kiosque de Villemur-sur-Tarn pour les journées du patrimoine. L’Orchestre de Poche travaille aussi sur un projet sur toute l’Occitanie pour jouer dans des lieux liés au patrimoine de la région. En attendant de revenir sentir les effluves des chutes d’Iguazú pour danser en milonga sur l’autre rive de l’Atlantique.

J’aimerait amener le projet Paraná en Argentine. Soit avec des musiciens sur place, soit avec ceux de l’Orchestre de Poche. C’est la finalité.

SITE ORCHESTRE DE POCHE

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Benoît Roux

 

26 Juin

Benjamin Biolay « Grand Prix » de la production

Il agace autant qu’on l’admire, il sait être original autant que maniéré, Benjamin Biolay revient avec son neuvième album intitulé « Grand Prix ». Résolument plus rock, voix plus affirmée et moins susurrée, l’artiste renoue avec ses capacités d’arrangeur et de créateur. Après 2 albums tournés vers l’Amérique Latine, il revient avec cette création autour de l’univers de la F1. Tout n’est pas réussi mais on peut lui décerner le Grand prix de la production.

« Grand Prix » nouvel album de Benjamin Biolay

Sur les chapeaux de roues

Biolay a du talent, c’est indéniable. C’est même un arrangeur hors-pair comme la France n’en a pas beaucoup. Mais il peut aussi être très énervant en copie pas toujours réussie de Gainsbourg, et très pénible dans un maniérisme à la Vincent Delerm. Là, il a décidé de tout mettre au grand air, de lâcher les chevaux, faire vrombir les moteurs et tracer la route.

J’avais envie de faire l’album que j’aurais aimé faire à 17-20 ans

Tout commence par le très réussi « Comment est ta peine? » qui, contrairement à ce que laisse penser le titre, n’est pas triste mais avec une fièvre dansante. Son complice Pierre Jaconelli est revenu à la guitare et ça s’entend. Le morceau est énergique, plaisant et les cordes du final sont -comme très souvent chez lui- très belles. Des arrangements qui font penser à ce qui reste pour moi un chef d’œuvre : le morceau « La Superbe ». Une référence à How Deep is Your Love de The Rapture. Le côté noir et dépressif de Biolay qui côtoie les profondeurs et les abysses mais fini par remonter. Un peu comme dans une course, on passe par tous les états, des moments enfiévrés au ballades plus reposantes.

Benjamin Biolay – Comment est ta peine? en LIVE

Le morceau « Grand Prix » résume a lui seul l’album. Une tension au départ, un brin d’orgue nostalgique, un texte triste mais paradoxalement rythmé. Il fait référence à 2014 et l’accident mortel de Jules Bianchi à Suzuka. De l’intimité, la vie de ces héros qui finalement ne sont pas grand chose au volant d’un bolide. Le tout, bien produit en mélange équilibré entre côté dansant et cordes sophistiquées.

« Vendredi 12 » marque une rupture. Plus calme, plus romantique. On retrouve Biolay un brin crooner, l’ironie sous les cordes aux sonorités dures et tragiques. Le texte est aussi prenant, écrit de manière cinématographique.

Benjamin Biolay – Vendredi 12

On passera quelques épisodes un peu « tubesques » et pas toujours du meilleur goût comme « Papillon noir » ou « Comme une voiture volée » qui respirent un peu trop le morceau facile. Même si les musiciens et les arrangements sauvent les morceaux. C’est d’ailleurs le reproche que l’on peut faire à ce disque : des rythmiques un peu trop boîte à rythme manquant de nuances et subtilités. Mais d’autres titres emportent la mise comme le très beau et délicieusement produit « Ma route ». Où l’on entend que Biolay a écouté beaucoup de musique anglo-saxonne. On pense notamment à The Strokes, à Arctic Monkeys. Morceau impeccable dans l’écriture. Le chanteur y assure les claviers, piano et trombone.

Benjamin Biolay – Ma route

Les belles filles aux stands

La course ne serait pas la course sans les belles femmes en bord de circuit et dans les paddocks. Et Biolay ne serait pas Biolay sans cette touche féminine.

On retrouve donc la très en vue Anaïs Demoustier sur le titre « Comment est ta peine? » mais aussi sur « Papillon noir ». Autre moment un peu noir mais très beau « La Roue tourne ». Et c’est Chiara Mastroianni qui fait des chœurs légers lorsque les cordes portent le flux de Biolay. Toujours complice, la bretonne Keren Ann très à son aise sur le refrain aux guitares rythmiques « Souviens-toi l’été dernier ». UN morceau très groovie et dansant, basse en avant de l’excellent guitariste-bassiste belge Nicolas Fiszman (Bashung, Zazie, Sting…).

Et c’est un garçon qui ferme la marche : Melvil Poupaud. Le comédien réalisateur pose sa voix sur « Interlagos(Saudade) » où domine tout de même les voix féminines sur le refrain.

« Grand prix » est le 9ème album de Biolay en 20 ans de carrière. C’est dire si l’artiste est prolifique. Tout n’est pas bon mais on retrouve un Biolay plus vigoureux, moins ennuyeux. Un bon disque de Variétés qui porterait bien son nom tant les titres sont variés et plutôt richement produits et écrits.

A LIRE AUSSI CRITIQUE DU NOUVEL ALBUM DE THE STROKES

Site Officiel

Benoît Roux

23 Juin

Disparition de Joan-Pau Verdier : l’hommage de Jean Bonnefon, Francis Cabrel et Eric Fraj

Grande voix rauque, artiste libre et engagé, Joan-Pau Verdier vient de nous quitter à l’âge de 73 ans. Dans les années 70, il a été l’un des premiers à moderniser la chanson occitane, à signer également dans une grande maison de disques. Poète d’une grande richesse aussi bien en français qu’en occitan, homme généreux et toujours à l’écoute, il aura marqué tous ceux qui l’ont rencontré lors de ses concerts et avec ses émissions de radio. Ses amis Francis Cabrel, Jean Bonnefon et Eric Fraj lui rendent hommage.

Joan-Pau Verdier dessiné par Yves Poyet Site Joan-Pau Verdier

Retour sur le parcours de cet artiste poète, musicien, chanteur et humaniste en 10 moments forts au travers des témoignages de ses amis Francis Cabrel, Jean Bonnefon et Eric Fraj. Ce dernier rappelle que Joan-Pau Verdier est parti pour la fête de la musique, petit clin d’œil.

1/ Les débuts en 1973

Joan-Pau Verdier a 26  ans. Il chante dans les cabarets musicaux à Bordeaux et à Paris. « Il a introduit du rock, du folk des notes qu’on n’avait jamais entendues », déclare Jean Bonnefon. Il signe alors son premier 33T L’Exil, où se trouve la très belle chanson dédié à l’artiste qui l’a toujours inspiré : Léo Ferré.

Joan-Pau Verdier – Maledetto, Léo !

En 1972, un autre artiste occitan émergeant le rencontre : Eric Fraj. C’était pour la Félibrée de Villamblard (24). Beaucoup de groupes folkloriques et des jeunes artistes plus modernes sont là, dont Joan-pau Verdier et Eric Fraj. « Je me souviens, tout le monde n’était pas d’accord pour que ces jeunes aient leur place. Le public était scindé en 2 et certains criaient : « les peluts (chevelus) dehors ! Je n’ai pas pu chanter très longtemps. Les gendarmes ont dû nous accompagner pour sortir. Joan-Pau a été très amical et chaleureux. Depuis, il a toujours été un ami fidèle qui m’a toujours accompagné ».  

2/ Les années Philips

J’étais Franchimant chez les Occitans et Occitan chez les Franchimants !

Joan-Pau Verdier a toujours marché sur ses 2 jambes : une française et l’autre occitane. Etudiant en Lettres, il a commencé par écrire en français. Puis il découvre les poèmes de son ami de lycée Michèu Chapduèlh. Il lui écrira ensuite des textes spécifiques. Dès le début de sa carrière, pour son premier disque, il est signé par une grande major : Philips. Un reniement pour certains occitanistes qui n’ont pas accepté qu’il parte de la maison de disques occitane Ventadorn. « Il a toujours gardé son esprit libertaire. Ce n’était pas un reniement mais l’occasion d’avoir les moyens de produire la musique qu’il voulait faire. Il a eu raison. C’était le bon moment car dans les années 80, avec la crise, ce n’était plus possible. » Eric Fraj sait de quoi il parle car à plusieurs reprises, il a failli signer chez Pathé Marconi ou d’autres maisons prestigieuses. Il avait raison : début des années 80, Jean-Paul Verdier n’est plus chez Philips.

3/ Pas un dieu, ni complètement un maître, mais son artiste : Léo Ferré

En 1975 sort le 33T « Faits divers » avec la célèbre chanson de Ferré traduite en oc : « Ni diu, ni mèstre ». Libertaire, anarchiste, le Limousin vouait une admiration sans fins à Ferré. Les 2 artistes se sont rencontrés à plusieurs reprises. En 92, Ferré lui donne carte blanche pour un album de reprises. Il décède un an plus tard. L’album est enregistré en 96 mais ne trouve pas de diffuseur. Léo domani sortira finalement en 2001 avec 17 chansons dont 2 inédits.

Joan-Pau Verdier – La mélancolie (2001)

4/ 1976-77 : les premières télés

« Signer chez Philips lui a ouvert les portes des médias nationaux et donné de l’envergure à l’occitan. » Eric Fraj se souvient de cette télé sur TF1 avec Danièle Gilbert à un moment de grande écoute. Nous étions le premier avril 1977.

Joan-Pau est invité par Léo Ferré qui dit de lui : « C’est un artiste vertébré qui écrit des choses vertébrées. » Il y chante « La ballade pour un paumé » qui figure sur l’album « Tabou-le-chat ». Plus tard, on le verra dans d’autres émissions en « prime-time ». Par exemple chez Maritie et Gilbert Carpentier.

Ou encore un dimanche de septembre 1973 dans l’émission Sport Eté présentér par Pierre Cangioni. Le championnat du monde cycliste se déroule en Espagne et Joan Pau parle de l’Occitanie. Il interprète « Chanti per tu ».

 

5/ 1977 : sortie de l’album-concept « Tabou-le-chat »

Toujours chez Philips, en français, un peu en oc, Verdier sort en 1977 un album concept comme il s’en faisait beaucoup à l’époque. La production est résolument moderne où fleurent bon les guitares électriques. Verdier poly instrumentiste. Il joue des guitares (électrique et acoustique), parfois de la basse, des percussions…

Joan-Pau Verdier – Tabou-le-chat (1977)

6/ 1980 : la BO du film de Jean-Pierre Denis

C’est là qu’intervient un autre ami du lycée Bertran-de-Born de Périgueux : le réalisateur Jean-Pierre Denis. Il obtient la caméra d’or à Cannes en 1980 pour son film « Histoire d’Adrien ». Il demande à son copain de faire la bande originale. Avec cette belle « Balade d’Adrien ». Au journal Sud-Ouest, le cinéaste confie : « Il chantait Brel, Brassens, Ferré en français. Sa voix était là. L’occitan est venu après. »

Joan-Pau Verdier -La balade d’Adrien

7/ 1991-1995 : Bigaroc, Francis Cabrel…

1990, Francis Cabrel vient de terminer l’album Sarbacane. A Astaffort, l’artiste propose à ses amis qui viennent de monter un nouveau groupe d’enregistrer dans ses studios avec Ludovic Lanen, réalisateur du disque de Cabrel. « Bigaroc est né. Un groupe volontairement éphémère (1 album et 5 ans d’existence) où l’on retrouve le groupe Peiraguda (Jean Bonnefon, Patrick Salinié entr’autres, séparés en 1988 et reformés en 2003), Joan-Pau Verdier et Blue Jean Rebels.

Joan-Pau Verdier et Jean Bonnefon Site Facebook Jean Bonnefon DR

Francis Cabrel donnera toujours un coup de main à ses amis. Il rend hommage à Joan-Pau : « Quelle tristesse, le grand Joan-Pau qui disparaît. Sa marque est immense en faveur du renouveau occitan ». 

Peiraguda, Francis Cabrel et Jan de Nadau – 2017

8/ 1998 Meitat-chen, meitat-pòrc sur les antennes de Radio-France

Jean Bonnefon prend les rênes de Radio-France Périgord. L’idée d’une émission occitane d’une heure et hebdomadaire est pour lui une évidence. « Je l’ai immédiatement proposée à Joan-Pau. Elle devait s’appeler « 100% occitan ». Mais Joan-Pau m’a dit que ça ne sonnait pas bien. Il a donc choisi « Meitat-chen, meitat-porc » (moitié chien, moitié porc). Nous avons 2 dialectes dans le Périgord : le languedocien au sud, le limousin au nord. Ces variantes étaient présentes à l’antenne. Un vrai succès! »

Il y avait Joan-Pau, les chroniques de Daniel Chavaroche et Martial Peyrouny qui a cédé sa place il y a une paire d’année à Nicolas Peuch.

Joan-Pau était encore à l’antenne de France Bleu Périgord juste avant le confinement.

 

9/ 2001 : Verdier, Salinié, Bonnefon chantent Brassens

Pour les 20 ans de la mort du Sétois, les 3 copains Salinié-Verdier-Bonnefon s’offrent Brassens. 5 ans plus tard, ils récidivent, toujours avec autant de précision et de gourmandise. 2 disques mais aussi de nombreux concerts qui se poursuivent.

Verdier, Salinié, Bonnefon… Site Facebook Jean Bonnefon DR

 

10/ 2010, l’ultime album « Les rêves gigognes »

Entre chansons françaises et rock d’Occitanie, Verdier poursuit son chemin poétique. 16 chansons originales où Joan-Pau revient à l’écriture et la composition, entouré de bons musiciens. Le bilan d’une vie, des moments gigognes, qu’il retrace en chanson dans une belle richesse musicale. Par ailleurs, « Tabou-le-chat » et « Chantepleure » sortent enfin en CD.

PUNT de VISTA présenté par Denis Salles à l’occasion de ces parutions

Les obsèques de Joan-Pau Verdier auront lieu mercredi 24 juin, au cimetière de Chancelade (Dordogne), près de Périgueux, à 16 heures. Adiu Joan-Pau !

Rosina de Peira, Joan-Pau Verdier, Claude Marti, Jean Bonnefon et Martial Peyrouny derrière Photo site Facebook DR

SITE JOAN-PAU VERDIER

FACEBOOK JEAN BONNEFON

SITE ERIC FRAJ

 

21 Juin

L’Orchestre National du Capitole de Toulouse rend hommage à Mady Mesplé

L’Orchestre National du Capitole du Toulouse a retrouvé la Halle aux Grains vendredi soir pour un concert de retrouvailles avec Renaud Capuçon. Jeudi 25 juin, c’est au Théâtre du Capitole que l’orchestre donnera un concert exceptionnel en hommage à Mady Mesplé, une fidèle du lieu. La grande soprano s’est éteinte le 30 mai 2020. L’ONCT n’a pas voulu attendre la nouvelle saison pour lui rendre hommage.

©FREDERIC CHARMEUX/AU THEATRE DU CAPITOLE, REMISE DE LA MEDAILLE DE L’ ORDRE NATIONAL DU MERITE A MADY MESPLE via MaxPPP]

Un concert avec les airs qu’elle aimait

La toulousaine Mady Mesplé était l’une des plus grand soprano colorature de l’après-guerre. Comme l’ONCT elle affectionnait la musique française et elle l’a faite résonner sur les plus grandes scènes.

Jeudi soir au Théâtre du Capitole où elle ne manquait pas une représentation même à la retraite, on pourra entendre du Francis Poulenc : Nocturne n°4 en ut mineur « Bal fantôme », « Montparnasse » et « Métamorphoses ». Des airs moins célèbres que l’« Air des clochettes de Lakmé » de Léo Delibes qui l’a révélée au grand public mais qu’elle a enregistré de nombreuses fois notamment avec son chef de prédilection Georges Prêtre.

Autre compositeur français, Gabriel Fauré avec au programme « L’horizon chimérique  » et le Requiem. Pour compléter la soirée, un extrait de Tristan und Isolde (« Mort d’Isolde ») de Wagner et des passages d’Ariadne auf Naxos de Richard Strauss dont voici son interprétation en 1966.



4 cantatrices et un baryton

Sur la scène du Capitole, tout d’abord une cantatrice bien connue des Toulousains : Anaïs Constans. Elle sera l’un des 3 sopranos qui chanteront sur le même registre que Mady Mesplé. La révélation des Victoires de la Musique 2015 sera épaulée par Catherine Hunold et Céline Laborie. Sophie Koch qui comme Mady a beaucoup chanté les musiques française et allemande assurera le répertoire côté mezzo. 

Anaïs Constans au concours international de chant de Montréal (2015)

Le baryton Stéphane Degout programmé pour la prochaine saison du Capitole sera sur scène. Les artistes seront accompagnés par les pianistes Nino Pavlenichvili, Miles Cléry-Fox et Robert Gonnella, Christophe Larrieu. c’est Alfonso Caiani qui dirigera l’orchestre. 

Une soirée qui s’annonce émouvante. Comme pour les 3 concerts exceptionnels prévus, celui-ci est destiné aux abonnés historiques du Théâtre du Capitole, aux donateurs ayant renoncé au remboursement de leurs billets, ainsi qu’à quelques associations.

Mady Mesplé et Jeanine Reiss décédée juste après la grande cantatrice. Elles interprétaient en 1982 « Le rossignol et la rose » de Camille Saint-Saëns

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LES AUTRES CONCERTS EXCEPTIONNELS DE L’ONCT

 

Benoît Roux

19 Juin

Chronique du dernier Bob Dylan « Rough and Rowdy Ways »

Il avait surpris tout son monde en sortant 3 nouveaux titres pendant le confinement. Ce vendredi 19 juin, Bob Dylan crée l’événement avec son nouvel album « Rough and Rowdy Ways ». 8 ans que les fans attendaient, un peu dans l’expectative. Qu’ils soient rassurés : entre exploration et introspection, le phénix musical a toujours le feu ardent. A l’écoute, une heure de plaisirs et de sensations. Le testament d’un artiste intemporel.

Photo : DOMENECH CASTELLO ©MaxPPP

Trop entrer dans les détails n’a pas d’importance. Cette chanson est comme une peinture, vous ne pouvez pas tout voir en même temps si vous vous tenez trop près. Toutes ces pièces individuelles ne sont qu’une partie d’un tout.

C’est ce qu’il confiait au New York Times à propos de la chanson « Murder most foul » lors d’un entretien tout récent. Dans ce 39ème album, les Dylanophiles trouveront matière à interprétation, beaucoup d’interrogations aussi. Mais en tant que musicophile, pas d’exégèse dans cette chronique. Juste le plaisir et l’émotion ressentis à l’écoute.

Comme un parfum d’immortalité

Les premières notes, les premiers mots, il se passe déjà quelque chose. « Aujourd’hui, demain, et hier aussi /Les fleurs meurent comme toutes les choses ». Le titre « I countain multitudes » ouvre l’album. Il fait partie des 3 morceaux déjà dévoilés par Bob Dylan. Une litanie toute simple, l’occasion déjà de passer en revue les personnages qui ont compté dans sa vie (Anne Franck, Edgar Allan Poe, les Stones, William Blake, Beethoven, Chopin). Tout l’album multiplie les références et traverse ainsi le temps. Avec le deuxième titre « False Prophet » teinté de blues électrique, Dylan en profite pour dire qu’il n’est pas un faux prophète. Il ne se souvient pas quand il est né… il a oublié quand il est mort.

Photo : site officiel Bob Dylan

C’est bien ce qui ressort en premier à l’écoute de ce nouvel album : un voyage hors du temps, dans un univers musical singulier. Folk, blues, jazz country, rock, c’est un peu tout ça Bob Dylan. A l’aube des 80 printemps, sa musique défie les écorchures du temps. Non seulement les compositions sont bonnes, mais en plus on peut dire que sa voix a retrouvé de la vigueur. Moins nasillarde, plus grave, parfois tremblante pour laisser passer l’humanité. Quant aux textes, le prix Nobel de littérature n’usurpe pas son titre.

Blues nostalgiques, ballades intimes et valses sépias

S’l fallait définir les couleurs musicales de cet album, ce serait certainement le noir de certaines chansons comme « Black River » et la lumière brune ocrée des nombreuses valses lentes de l’album. La plus belle : « I’ve made up my mind to give myself to you ». Une chanson poignante qui ressemble beaucoup dans l’intro sous forme de refrain aux « Contes d’Hoffman » d’Offenbach : « Douce nuit, ô belle nuit d’amour ». Un tempo parfait, imperturbable, et la voix de Dylan qui se joue des fragilités sur des chœurs éthérés.

L’album est aussi rythmé par les blues. Il a d’abord « False Prophet », un bonne vielle chanson de derrière les fagots comme cet amoureux de Robert Johnson (qu’il cite dans ses nombreux hommages) sait les faire. Plus électrique et enlevé « Goodbye Jimmie Reed » ou Bob ressort son harmonica.


Jimmie Reed, bluesman du Mississipi parti trop tôt, emporté par l’épilepsie et l’alcool. Je ne peux pas chanter une chanson que je ne comprends pas […] je ne peux pas jouer mon disque parce que mon aiguille est bloquée, chante Dylan. Autre blues de la même trempe : « Crossing the Rubicon ». Un blues classique, interprété magistralement d’une voix rauque très assurée.

Bob Dylan -Mother of muses

Mention spéciale aussi pour « Mother of muses » ballade onirique aux incantations poétiques et touches très personnelles.

Sur des guitares presque hawaïennes, une magnifique élégie colorée : « Key West (Philosopher Pirate) ». Une ode à cette ville de Floride, à l’extrémité ouest de l’archipel des Keys, célèbre pour ses coraux. Une musique chaude, soufflée par l’accordéon, voix impeccable du maître, l’une des nombreuses réussites de l’album. Dylan prétend que c’est l’endroit pour ceux et celles qui sont en quête d’immortalité, un paradis divin.

Le lyrisme éblouissant de « Murder most foul »

Déjà parue il y a quelques semaines, « Murder most foul » est un véritable choc qui clôture le chapitre. L’univers sonore change et s’étend avec la présence du piano. Une longue mais jouissive litanie de 17 minutes, le révérent Bob qui va à confesse pour délivrer une psalmodie soutenue et ardente.

Tout commence au moment de l’assassinat de JFK, jour où l’Amérique toute entière vacille. Un épisode sombre de l’innocence perdue. L’ultime hommage qui sonne comme un testament, l’apocalypse selon Dylan. Un morceau éblouissant, empreint de lyrisme qui ne faillit jamais. A l’écoute, on sent quelque chose de définitif, une maîtrise absolue.

Bob Dylan – Murder most foul

Lorsque les ultimes notes de piano et de violons s’éteignent, l’émotion gagne. On se sent désemparé. Reverra-t-on un jour Bob Dylan? Ce disque n’est-il pas l’ultime révérence d’une référence artistique ? Au loin, une petite barque fragile s’en va et se fond dans les brumes crépusculaires. Un artiste et une œuvre au firmament.

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Benoît Roux

 

16 Juin

GoGo Penguin, une fusion parfaite qui décolle les étiquettes

Gogo Penguin vient de sortir un nouvel album. Une musique à son apogée, inventive riche et accessible. Impossible de lui coller une étiquette tant le trio de Manchester possède un univers très personnel qui nécessiterait l’invention d’une appellation. Pas complètement  jazz, ni rock, ou encore trip-hop électro, il est urgent de découvrir si ce n’est déjà fait la maîtrise instrumentale de 3 musiciens en osmose. Impressionnant à écouter, bluffant à regarder.

Gogo Penguin site officiel ©Jon_Shard

Une musique totale et des musiciens en osmose

Ecouter la musique de Gogo Penguin c’est se préparer à un long voyage sans les repères habituels. Leur musique est riche, complexe, mais elle reste toujours accessible et humaine. Elle garde un côté spontané, tout en ayant beaucoup de travail, de recherches en amont. Ils sont 3 jeunes musiciens : le pianiste Chris Illingworth à l’origine du groupe, la batteur Rob Turner et le bassiste Nick Blacka. Une formation « classique » pour le jazz, sauf que ce n’est pas vraiment du jazz. On pourrait aussi les ranger dans la musique répétitive mais leurs lignes mélodiques sont affirmées. En fait, ils travaillent tous leurs sons en amont, prévoient les effets à l’avance comme pour de la musique répétitive mais à l’arrivée, tout ceci est adapté à des sonorités acoustiques d’un bon vieux piano, contrebasse batterie.

« Nous avons trouvé notre place, nous avons aujourd’hui pleinement confiance en nous, suffisamment pour affirmer : voilà comment je veux jouer de mon instrument, et voilà comment nous voulons jouer en tant que groupe. Un but que nous avons cherché à atteindre depuis nos débuts. »

GoGo Penguin – F Maj Pixie (live)

Une affirmation de Chris Illingworth qui pourrait paraître prétentieuse si elle n’était pas tout à fait juste. Le groupe qui était alors un quartet s’est formé en 2012. Ceux que l’on a qualifiés de « Radiohead du jazz britannique », ont très vite trouvé leur marque de fabrique dans l’innovation. Une trajectoire singulière qui va les amener à utiliser les technologies numériques en phase de composition pour enregistrer le fruit de leur travail sur des instruments acoustiques avec des pédales à effets et de delay intelligemment dosées. Car attention, leur musique n’est pas artificielle ou pré-fabriquée; elle est au contraire très humaine et prenante.

GoGo Penguin, une formation à part

En 2015, ils sont signés par le prestigieux label Blue Note mais là-aussi, ils dénotent encore. Ils n’ont pas complètement la rondeur et le son piano des productions du label américain. Ils ne sont pas dans la froideur de l’écurie ECM spécialisée dans certaines musiques jazz répétitives. Il faut bien reconnaître que le trio est dans un univers à part, qu’ils ont exploré longuement pour atteindre la plénitude que l’on peut entendre aujourd’hui.

GoGo Penguin – Atomised

L’usage des bruitages très discret mais efficace rend encore plus abordable leur musique comme sur l’intro du disque (1_#) avec le sac et ressac de l’eau, les bruits des oiseaux et les cris des enfants lavés par la pluie qui tombe. Tout est fait volontairement ou pas pour garder l’auditeur, pour le transporter sans jamais le perdre.

Il n’y a pas non plus -et c’est fort appréciable- de démonstration dans leur jeu comme on en entend souvent dans le milieu du jazz. Pas de recherche de performance, de prime à la technique aux dépens de l’émotion. « Ça joue » comme on dit vulgairement, mais sans jamais vous larguer.

Nouvel album GoGo Penguin

L’album de la plénitude et de la consécration

Des mélodies riches, des rythmes imprévisibles, des son travaillés, l’expérience Gogo Penguin est passionnante. « Signal in the Noise » par exemple scandé par les roulements de caisse claire et les résonances hypnotiques de la basse. Un morceaux très ambitieux où coulent les effets sans jamais noyer quoi que ce soit.

GoGo Penguin – Signal in the Noise

L’album porte le même titre que le nom du groupe, signe de consécration et de confiance. Sur les 10 titres, pas de défaillance, pas de « déjà entendu ». L’un de mes titres favori : « F Maj Pixie » qui débute par une belle sonorité claire de piano. Avec un très gros travail de batterie, de ruptures, de percussions aux sonorités des 3 instruments obsédantes. Une combinaison de piano acoustique et rythmique trio-hop des plus séduisantes.

Plus surprenant encore, le titre « Kora » avec un timbre de piano modifié par des caches posés sur les cordes à faire pâlir un synthétiseur. L’univers et l’imagination de Chris Illingworth sont sans limite. « Kora » rappelle un peu évidemment l’Afrique et son instrument emblématique. Le pianiste l’a composé après avoir entendu un homme jouer de cet instrument dans un parc anglais. Il le confie au magazine des InrocksEcouter ce gars et d’autres grands joueurs de kora comme Toumani Diabaté m’a incité à traduire des motifs de kora au piano… devenant ainsi le point de départ de ce morceau.”

GoGo Penguin – Kora (live)

Il y a presque 3-4 morceaux dans ce titre très impressionnant à entendre et encore plus bluffant lorsque l’on voit les 3 artistes le jouer. Ce groupe instrumental a bien un leader (Chris Illingworth), un instrument chef de file (le piano) mais il garde une cohérence, une osmose dans le son avec la contrebasse qui s’affirme et une batterie qui accompagne, dans la nuance avec une rythmique accrocheuse et un jeu subtil de cymbales comme dans « Embers ». Dernière destination « To the Nth » aux atmosphères crées par le piano avec une double basse qui cogne fort, tels des énormes rochers où rejaillissent les écumes cristallines du piano. Très beau morceau prenant et hypnotique. Le disque s’achève sur « Don’t Go » où le piano sonne encore plus « kora », la basse enveloppante et la batterie presque oubliée. 

GoGo Penguin – Don’t go (live)

L’alchimie est presque parfaite et l’on souhaiterait poursuivre la découverte indéfiniment. Il y a encore quelques jours, je ne connaissais pas ce groupe. Maintenant, il me tarde d’aller le découvrir sur scène, de voir aussi comment leur musique va évoluer. Car c’est une évidence : les GoGo Penguin sont tout sauf des manchots.

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Benoît Roux

 

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