15 Nov

L’orchestre du Capitole de Toulouse à portée de clic pendant le confinement

Samedi 14 novembre 2020, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse donnait son deuxième concert depuis le confinement. Plus de 30 000 personnes ont pu le suivre sur les réseaux sociaux et sur le Facebook de France 3 Occitanie. Un événement à plus d’un titre.

L’ONCT à la Halle aux Grains. Photo : Benoît Roux

Dans le monde d’avant, les musiciens s’accordaient avant le concert, dans un moment toujours féerique. Dans le monde d’après, un ballet plus mécanique se met en place : celui des caméras et des grues pour retransmettre l’événement. Après un premier concert le 31 octobre dernier, l’ONCT s’est mis au diapason de la conjoncture en permettant à son public de pouvoir garder le lien. Retour sur des moments uniques, parfois magiques.

18H pétantes, le top est lancé en régie. Le réalisateur Arnaud Payen vient de donner les dernières consignes. Le son est prêt, les 8 caméras en mouvement. Les applaudissement n’accompagneront pas l’arrivée des solistes et du chef.

La baguette de Fabien Gabel va se lever. Au programme, le concerto N°2 pour piano de Saint-Saëns. Face au clavier, un invité prestigieux : le toulousain Bertrand Chamayou. Il devait se produire à Varsovie mais… Un pianiste devait jouer à Toulouse mais… Alors quand on l’a appelé pour remplacer, les dieux de la musique se sont accordés très vite. Car avec l’ONCT, Bertrand Chamayou se sent comme à la maison. « C’est un peu comme quand on ne va pas bien. On va voir la famille et on trouve du réconfort. J’étais très ému d’être là. D’entendre l’orchestre dans la Halle aux Grains vide, c’était très puissant. »

Bertrand Chamayou Photo : Benoît Roux

Le musicien international est aussi chez lui avec Camille Saint-Saëns. C’est l’un de ses compositeurs français favori. Pas besoin de partition devant les yeux, il fait corps avec la musique et l’orchestre. L’énergique chef Fabien Gabel a déjà quelques gouttes de sueur au front. « C’est la première fois que je dirige sans public l’ONCT. C’est un sentiment très étrange. L’important c’est de continuer à jouer quoi qu’il arrive. Pour moi c’était un concert comme les autres, avec la même exigence. Là on donne du plaisir via les réseaux sociaux. C’est déjà bien, mais j’espère que ça ne durera pas trop longtemps. » Le chef terminera le concert en nage. Le concerto de Saint-Saëns et la valse de Ravel étaient intenses.

Le chef Fabien Gabel Photo : FTV

A quelques portées de la Halle aux Grains, Michel Pertille est aussi à la maison. Comme d’habitude, il s’est abonné à l’orchestre pour la nouvelle saison. Mais c’est derrière son ordinateur qu’il suit ce deuxième concert de confinement. « Ça se passe très bien. Très content de retrouver l’Orchestre du Capitole. Ce serait plus frustrant de ne rien avoir que de bénéficier d’un live comme celui-là. On peut garder le lien avec l’orchestre. Ça ne peut pas remplacer le vrai concert mais on doit soutenir ces musiciens que l’on aime tant ! » Lors du premier confinement, il avait renoncé au remboursement de son abonnement. Là, il n’a pas encore pris sa décision. Mais c’est sûr, il n’aspire qu’à une chose : « revenir à la Halle aux Grains et ressentir les émissions en direct. »

Un auditeur qui suit le concert chez lui. Photo : Benoît Roux

A la pause, la HAG paraît encore plus grande et vide. Beaucoup de musiciens restent dans la salle pour échanger entre eux et avec les quelques personnes qui sont dans le public. Il se dit déjà que les connexions sur le Facebook et la chaîne YouTube de l’orchestre sont nombreuses. Le concert est aussi diffusée sur le Facebook de France 3 Occitanie. On peut en profiter en direct, mettre sur pause et reprendre plus tard. C’est un peu à la carte. Une nouvelle façon de profiter de la musique.

Pour les musiciens, le plaisir de rejouer l’emporte sur ce vide laissé par le public. La clarinettiste Floriane Tardy ne cache pas sa joie de pouvoir faire son métier, même dans ces conditions. « On est complètement dans le moment présent, dans l’écoute, pour donner le maximum au public. C’est agréable de savoir qu’il y a beaucoup de monde qui regarde. Avec cet écran, on a envie de donner encore plus car on sait que c’est capté, que ça va rester. « 

Thierry d’Argoubet le délégué général de l’ONCT Photo : FTV

Après plus d’une heure de concert, le chef envoie la dernière estocade pour un final somptueux. Avec un inédit : c’est l’orchestre qui se fait public et qui applaudit : « C’est nouveau. On joue aussi pour nos collègues, en fonction de ce qu’ils font. On joue pour un ensemble et on a envie spontanément de s’applaudir. » A l’image de tous les musiciens, Floriane a le sourire aux lèvres. Thierry d’Argoubet aussi. Le délégué général de l’ONCT exulte : « C’était un moment très très fort, on a cassé la baraque! »  La baraka pour l’Orchestre National de Toulouse : plus de 30 000 vues sur les réseaux sociaux. « L’ONCT c’est l’orchestre de tous les Toulousains mais aussi des Italiens, des Américains, des Allemands, des Anglais… On a reçu des commentaires de partout nous comparant aux orchestres les plus prestigieux. Pour nous c’est un moment très très fort ». 

Un concert et une opération très aboutis, mais une réussite artistique qui ne peut pas occulter les interrogations économiques. L’ONCT fait tous ses concerts à budget constant. Les musiciens sont payés par la Métropole de Toulouse, les chefs et solistes qui viennent pour jouer font des efforts financiers.

Ce concert  -comme le prochain prévu le 28 novembre- était gratuit. Il donne une visibilité à l’orchestre mais pas de viabilité économique. La solidarité de l’Etat et des citoyens est donc plus que jamais vitale. Sans oublier de rappeler que LA CULTURE EST ESSENTIELLE.

Reportage France 3 Occitanie : B. Roux R. Guillon E. Hebert J. Eon

Benoît Roux

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13 Nov

Cali, Serge Lama, Christophe et bientôt Gaëtan Roussel, Augustin Charnet est un artiste très demandé

C’est le fondateur du groupe Kid Wise à Toulouse. Augustin Charnet poursuit ses envolées en carrière solo. C’est aussi un musicien créateur très demandé. Avant le confinement, il était en tournée avec Cali. Il travaille aussi avec Rilès, Disiz, Serge Lama et on l’entendra sur le nouveau Gaëtan Roussel.

Le chanteur Cali avec Augustin Charnet aux claviers © Fidji

Il n’a que 25 ans mais sa personnalité et son identité musicales sont déjà bien affirmées. Augustin Charnet c’est l’élégance du son : au piano, sur ses claviers et même dans sa voix. Un raffinement, une dentelle légère un brin mélancolique qui marquent sa différence. Un maître du temps, des moments suspendus, des silences qui magnifient ce qui suit. 

Une esthétique pas que musicale très affirmée, une pop légère teintée d’influences, voilà sa marque de fabrique. Avec Kid Wise, il y avait les prémices aussi d’un rock progressif. Avec After Marianne aussi. Dans sa quête du son, il a travaillé avec des adeptes exigeants comme le chanteur Christophe ou son cadet de Rouen, le rappeur Rilès. Car oui, notre toulousain aime bien l’éclectisme. Et les rencontres fortes.

Cali, comme un frère

Comme avec Cali. D’abord engagé comme musicien, Augustin Charnet a co-composé, co-écrit le dernier album du chanteur « Cavale ». C’était juste avant le premier confinement. La complicité d’une belle rencontre qui s’est exprimée aussi sur scène, avec des concerts en jauge réduite. Augustin a eu l’excellente idée de filmer ces moments si particuliers pour réaliser des petits films docus diffusés sur les réseaux. L’épisode 2 vient de sortir. Les commentaires sont très bien écrits, avec un brin de poésie. On alterne entre moments profonds et plus légers, avec des musiques additionnelles qu’il a signées. Un vrai document sur ce temps troublé que nous traversons et une aventure humaine et artistique vécue de l’intérieur. Rare et précieux.

Journal de bord Charnet/Cali – #2 Derniers concerts avant le confinement

Cali, ses musiciens et Augustin ont pu faire 8 concerts en septembre jusqu’au 28 octobre, date du second confinement. Bruno Caliciuri dit Cali a été l’un des rares artistes à maintenir ses concerts dans des conditions complètement chamboulées. « Nous avions fait le pari de jouer coûte que coûte, partout et à toutes les conditions. Qu’importe si le cachet baisse où si les heures de routes s’accumulent. C’était éprouvant mais nous ne regrettons rien. » Paroles d’Augustin tirées du doc.

Ca fait tellement du bien. Les concerts étaient électriques. On voit que notre métier sert vraiment à quelque chose!

Plusieurs titres sur le nouveau Gaëtan Roussel

Augustin Charnet élargit sa palette artistique dans ses collaborations. Après Christophe, Julien Doré et donc Cali, il vient de participer à 3 morceaux du nouvel album pas encore sorti de Gaëtan Roussel. Le réalisateur Maxime Le Guil a fait appel à lui pour compléter les enregistrements : « Il y a deux côtés majeurs chez lui : il comprend la chanson française et il a une modernité dans les sons ». Le clip du premier extrait est sorti ce vendredi 13 novembre 2020. On y reconnaît bien la patte que l’artiste a insufflé à celle de Gaëtan Roussel.

Gaëtan Roussel – Tu ne savais pas 

« Je suis tellement content d’y avoir participé. J’avais carte blanche! J’ai enregistré des parties additionnelles qui ont été réalisés et mixées par Maxime Le Guil. C’était essentiellement des synthés, claviers, percussions. C’est un très bel album. Il y a une très belle variété des sources qui donne un côté très organique. Gaëtan Roussel est vraiment à part dans sa manière de travailler les thèmes, les gimmick qui reviennent et qui restent. Ca rend les morceaux immédiatement très populaires. »

L’artiste s’est aussi entiché d’un autre artiste à l’univers différent : Serge Lama. Son père Yves Charnet le connait bien. Sur ses conseils, il lui envoie sa reprise de Brel « Ne me quitte pas ». Dans une interview pour le site Maze.fr, il se confie : « Il a beaucoup aimé cette reprise et nous avons beaucoup échangé. Serge écrit ses textes mais ne compose pas ses musiques, il fait donc appel à des compositeurs. Je lui ai fait un premier morceau, puis un deuxième, puis un troisième et cela ne s’est plus arrêté. Les textes étaient bruts, je devais tout composer et trouver la mélodie de voix. Il va enregistrer ça bientôt en studio. »

Il travaille sur son nouvel album. De son côté, le parolier de « Je suis malade » est en train d’écrire plusieurs textes aussi pour le Toulousain. Tous les 2 se sont retrouvés pour l’émission « La boîte à secrets » sur France 3 diffusée la semaine dernière.

Augustin a également travaillé sur le nouveau disque de Disiz (la Peste) et celui de Mathilda, la chanteuse avec laquelle il formait le groupe After Marianne.

Son album en préparation

Peut-être y aura t-il les paroles de Serge Lama sur le premier album perso-solo d’Augustin Charnet?  « Je me suis remis effectivement sur ce projet d’album. J’ai un peu de temps avec le confinement ! J’ai maintenant une bonne dizaine de morceaux, avec que des textes en français. Il y aura toujours du piano, des sonorités planantes et un côté rock progressif. »  En avril dernier, il avait sorti ce single en anglais.

Augustin Charnet – In the valley of your heart

Une pop légère, moderne et efficace qui suspend le temps. Les sons et la production sont toujours riches. Sa voix accroche et ses qualités d’interprète sont évidentes. Augustin Charnet est bien parti pour devenir un artiste incontournable.

Facebook Augustin Charnet

Facebook Gaëtan Roussel

Benoît Roux

03 Nov

Comment soutenir la musique et les artistes avec ce nouveau confinement?

Depuis mars dernier, la plupart des artistes n’ont pas eu l’occasion de se produire en concert. Confinement, déconfinement, reconfinement, la donne reste la même : recettes insuffisantes voire inexistantes. Socialement, c’est aussi difficile pour les artistes de garder un lien avec le public. Lives streams payants, financement durable, concerts drive-in? Comment les artistes pourront-ils vivre encore demain de leur art ?

Marina Kaye lors du premier enregistrement Dazzle. Photo : William Lacalmontie

Lors du premier confinement, les artistes ont tué le temps et chassé leur frustration avec de nombreuses vidéos. Connus, méconnus, inconnus, solo, avec des musiciens, avec l’orchestre, toutes les formules ont été requises. Avec plus ou moins de bonheur.

Seulement voilà, il y a peu de chances que le confinement version 2 ressemble au précédent. Économiquement, la situation n’est plus tenable, ni pour les artistes, ni pour les professions qui gravitent autour. Il faut donc trouver des idées pour diffuser la musique tout en trouvant de nouvelles sources de rémunération.

Des lives streams payants ?

Le confinement épisode 1 a suscité un flot sans précédent de vidéos musicales diffusées en live stream sur les différents réseaux sociaux et les plateformes de streaming. Mais pour la plupart, elles étaient en accès libre. La question se pose donc d’une possible mais nécessaire monétisation. L’article du Centre National de la Musique rappelle l’historique et le contexte, mais difficile d’en faire un modèle économique viable. Il intéresse les artistes évidemment mais aussi les salles de spectacles et même certains lieux pas spécialement culturels qui pourraient être mis en valeur d’une autre manière. Les internautes et les fans seront-ils prêts à payer un ticket d’accès sans assister physiquement au concert ?

Le site Sortiraparis.com dresse une liste d’une bonne dizaine d’événements musicaux qui vont avoir lieu d’ici la fin 2020. On y retrouve du beau monde comme Kylie Minogue, Metallica ou encore Gorillaz.

On est vraiment situés entre le live et le clip

Le 22 octobre à 19H, une nouvelle plateforme originale a fait son apparition. DAZZLE est une entreprise française qui propose des concerts lives streams immersifs dans un lieu original. 20-25 minutes de live avec des morceaux qui sont réalisés un peu comme des clips. Ensuite, un talk-show avec l’artiste et des questions posées par les internautes pendant le live. Première expérience donc : la française Marina Kaye. « On veux proposer une expérience musicale et visuelle différente. On essaie de filmer différemment d’un prime-time télé. Les plans sont plus longs, on crée une atmosphère avec le lieu, les éclairages et les vidéos ». Baptiste Ferrier est le fondateur de Dazzle et son directeur de création. Le numéro 1 a été enregistré à Bagneux, formule piano-voix avec Marina Kaye. « On cherchait un lieu industriel et pratique. Pour les suivants, ce serait bien de trouver des lieux atypiques, étonnants, qui ont déjà un intérêt même sans éclairage ».

Making-off de l’émission

Coût de l’émission : 200 000 € pour cette première accessible gratuitement. Une quarantaine de personnes a travaillé sur cette formule durant 2 jours. Mais l’idée c’est bien de trouver un modèle économique qui permette d’en vivre et de rémunérer techniciens et artistes. Il existe déjà ce type de plate-forme payante, notamment souvent dans le domaine de la musique électro. « Nugs TV » propose aussi beaucoup de musique live payante en streaming comme par exemple Metallica le 14 novembre. On peut d’ores et déjà acheter son billet mais aussi son T-Shirt Metallica moyennant 15 dollar.

Pour Dazzle, suite au concert de Marina Kaye, des discussions sont engagées avec des labels français. « L’idée ce serait de faire des lives sur des formats plus récurrents mais gratuits, puis un concert événementiel avec billetterie chaque mois. Il y a un vrai format à inventer en complément du live. Avec plus de proximité avec l’artiste, en proposant par exemple un accès backstage en amont pour les abonnés. Si nous arrivons à bâtir ce modèle, il peut perdurer au-delà du confinement.  » 

Le résultat est assez différent de ce que l’on peut voir habituellement. Le visuel est intéressant et l’atmosphère prenante. Même si évidemment, la performance ne ressemble en rien à un concert tel qu’il se vivait auparavant. Quelles émotions peut procurer un spectacle auquel on ne peut pas assister physiquement? Et quel est le ressenti de l’artiste qui se produit sans public en face? L’avenir dira si ce nouveau concept peut devenir une ressource complémentaire pour les artistes et autres professionnels du spectacle. En tous cas, cette première avec Marina Kaye est convaincante.

C’est qui le « Patreon »?

L’artiste a besoin du public, mais avec tous les gens qui gravitent autour, ils doivent surtout pouvoir vivre convenablement. Quand l’industrie du disque déjà endommagée s’effondre, quand il n’y a plus de rémunérations liées au concert, quand la musique est largement diffusée mais sans rétribution digne de ce nom, comment continuer à créer? Avec le soutien financier et régulier des fans. C’est le principe de la plateforme PATREON.

Lancé en 2013 aux States, « Patreon » vient de lever 90 millions de dollars pour être présent en France. Relativement méconnu chez nous, on doit cette initiative à Jack Conte, un musicien du duo Pomplamoose.  Las de toucher de maigres pécules via sa chaîne You Tube (100 000 abonnés), il lance ce nouveau modèle. Ses fans s’engagent à le financer avec plus de 5 000 $ par vidéo publiée en exclusivité sur le site dès les premières semaines. En contrepartie de ce financement, l’artiste s’engage à publier de nouvelles choses régulièrement et en exclusivité sur le site. La start-up prend une commission qui oscille entre 5 et 12 % en fonction des formules. Le reste est versé aux artistes. 

Un développement durable pour les artistes

« Patreon » tout comme « Tipee » qui existait en France proposent une sorte de circuit court entre les créateurs et leurs communautés. La formule d’abonnement est de 3 à 25 euros par mois. Pas énorme pour les donateurs, mais une assurance survie pour les artistes. Contrairement à des plateformes de crowdfunding comme « Ulule » qui financent un projet, les fans s’engagent pour du long terme. De quoi permettre de créer un peu plus sereinement, ce qui met aussi une certaine « pression » qu’il faut gérer côté artistes. L’inscription est gratuite pour les artistes, les abonnés peuvent souscrire et arrêter leur abonnement quand ils le souhaitent. Mais en principe, les fans sont plutôt fidèles. Pas encore grand public, mais adopté déjà par certains artistes intéressants comme Jacob Collier, le site a pour l’instant attiré des artistes dans des domaines un peu particuliers. 

Selon le fondateur de « Patreon », il a publié plus de cent vidéos sur YouTube en 2019. « Un million de vues ne m’ont été payées que 166 dollars, indique-t-il dans cet article. De longues nuits, un travail acharné ne rapporte rien ». Toujours selon ce même papier des Echos, depuis sa création ce système a permis à plus de six millions de fans d’apporter 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) aux 200.000 créateurs inscrits sur la plateforme.

Il permet aux artistes d’être un peu plus autonomes par rapport à certains diffuseurs et surtout, il casse le sacro-saint principe de la gratuité d’internet. Oui, il faut apprendre à payer si l’on veut voir des choses de qualité. Ecouter de la musique ne doit pas se résumer à des vidéos Youtube ou à des plateformes peu regardantes avec du streaming à bas coût.

La crise profonde et durable va accélérer les changements de modèles économiques pour la culture. Les français accepteront-ils de payer pour de la qualité, de l’originalité et de l’exclusivité pour la musique comme ils le font pour le sport et d’autres domaines ? Question de survie.

DAZZLE

PATREON

Benoît Roux

11 Juin

Avec « Les Confinis », Pierre Perret déconfine finement les esprits

Sur la photo twittée sur son compte, il est assis à son bureau avec son pot de crayons, un grand sourire aux lèvres. Pierre Perret vient de sortir une nouvelle chanson facétieuse : « Les confinis ». Derrière l’humour, les mots qui touchent et qui font mouche sur les atermoiements du confinement. Drôle et féroce, facétieux et irrévérencieux… mais tellement humain.

Photo site Pierre Perret

Les 10 et 11 octobre, il devrait être encore sur scène à la salle Pleyel de Paris. Il aura alors 86 ans. Le manieur de mots à l’âme d’enfant n’a rien perdu de sa verve. Au début du mouvement, il a soutenu les gilets jaunes et voulait leur dédier une chanson. Finalement, il voit rouge avec le confinement.

« Les Confinis » entre facéties et irrévérences

Ils nous ont tant confinés, puis reconfinés, puis déconfinés, qu’on redoutait d’être in fine, des cons finis!

Pendant l’isolement, il a passé son temps à écrire et répéter les chansons de son prochain récital. Et puis un jour, il a appelé Les Ogres de Barback pour leur proposer cette chanson. « Il avait écrit les paroles et une ligne mélodique. Nous l’avons jouée et nous nous sommes appelés plusieurs fois. Nous avons fait peu d’arrangements, pour préserver le texte et la spontanéité », déclare Sam Burguière des Ogres de Barback.

Toujours un peu à la marge, entre légèretés et lignes engagées, « Tonton Cristobal » n’est pas resté au repos pendant le confinement. L’octogénaire aurait pu faire le sourd ou l’ignorant. Mais ça ne lui ressemble pas. Alors il a repris sa plus belle plume tantôt vitriol tantôt alcôve, pour faire rire et grincer des dents. Perret ouvre « La Cage aux Zozos » pour mieux leur voler dans les plumes.

Sur Europe 1, Il dit avoir menacé de danser nu sur le rond point des Champs-Elysées en cas de prolongation du confinement. Il n’aura pas eu à le faire mais il aura affûté sa plume.

Y avait l’Raoult çui que les enquiquine, Qui les traitait tous comme des Diafoirus, D’après lui y a guère que sa chloroquine, Qui pourra fout’ les chocottes au virus.

Pas facile de faire rire sur des sujets graves, de dénoncer sans être calomnieux. Sur un rythme à 3 temps, ça valse grave. Et certains vont s’y prendre les pieds.

La porte-parole elle s’appelle Sibeth, Y’en a qui pensent quelle porte bien son nom, On sent bien qu’la moindre idée qui se pointe, Lui déclenche un ouragan dans l’citron

Le défilé des docteurs, les spécialistes dans le petit écran, la pénurie de masques pour en avoir détruit 600 millions, Donald Trump, les infirmières qui gagnent des clopinettes… tout y passe. Et l’humour finit par l’emporter avec le sourire de l’auteur-compositeur en guise de révérence irrévérencieuse.

A propos d’infirmières, on se rappelle l’hommage du personnel soignant de Saint-Amand-les-eaux (59) qui avait enregistré le « Zizi » un week-end de confinement. 

Une nouvelle collaboration avec les Ogres de Barback

Les Ogres de Barback sont allés chez Pierre Perret dans la Seine-et-Marne pour enregistrer la chanson. Le hasard a voulu qu’ils aient Guillaume Lopez le même jour au téléphone. « On s’est dit que ce serait bien de travailler ensemble sur ce projet ».  Les Ogres de Barback et Guillaume Lopez ont déjà collaboré ensemble. Autre hasard, Guillaume qui fait les flûtes sur ce morceau est confiné dans le Gers avec l’accordéoniste Thierry Roques. Très rapidement, ils enregistrent le morceau. « Quel bonheur quand j’ai reçu le texte et la voix de Pierre Perret comme ça, avant tout le monde! J’étais fier » déclare Guillaume Lopez. L’ingénieur du son Alfonso Bravo qui était avec eux assure le mixage.

Pierre Perret et Les Ogres de Barback @David Bakhoum

Ce n’était pas la première collaboration entre les Ogres de Barback et le poète de Castelsarrasin. Dès 2002, ils signent les arrangements de l’album « Çui-là ». Pierre Perret les invite pour fêter ses 40 ans de carrière à l’Olympia. En 2017, ils signent l’album « La tribu de Pierre Perret ». 15 titres avec des artistes de tous horizons et de tous âges tels Magyd Cherfi, Massilia Sound System, Idir, Tryo, Didier Wampas, Lionel Suarez, OLivia Ruiz… qui reprennent du Perret.

La tribu de Pierre Perret – Au café du canal

Les Ogres et Pierre Perret chantent aussi ensemble « Lily » lors des 10 ans du groupe d’origine arménienne.

Les mêmes protagonistes préparent un deuxième titre qui sera joué sur scène lors de la tournée d’octobre. Le morceau s’appelle « Mes adieux provisoires » qui est aussi le titre du tour de chant. La chanson devrait sortir la semaine prochaine. L’actualité c’est encore son prochain livre « Aphorismes & blues » qui sortira fin juin.

L’occasion pour le Pierrot gourmand des mots et de la gastronomie de mettre encore les pieds dans le plat.

Photo site Pierre Perret

A LIRE AUSSI « Anda-Lutz » de Guillaume Lopez : les cultures en lumière

Site Pierre Perret

Ogres de Barback

Benoît Roux

08 Juin

Premier drive-in concert à Albi : et après?

Après le confinement, certains artistes sont passés à des concerts drive-in. Ce qui leur permet de retrouver une scène et une partie du public. Le premier concert de ce type a eu lieu le samedi 6 juin à Albi (Tarn). Des centaines de fans ont pu voir Boulevard Des Airs depuis leur voiture. D’autres événements du même ordre se profilent en attendant un jour de retrouver les concerts d’avant. A moins que cette formule ne donne des idées à certains organisateurs.

© Christophe Harter

Des artistes face à 180 voitures avec des coups de klaxon en guise d’applaudissements. La scène est un brin surréaliste, en tous cas inhabituelle. La Radio 100% a défrayé la chronique en organisant le samedi 6 juin le premier concert drive-in de France.

Albi puis Tarbes pour un drive-in concert

Pendant le confinement, les artistes ont joué chez eux et partagé des morceaux, des concerts avec leur public. Certains artistes ont apprécié, d’autres ont critiqué cette orgie musicale qu’ils jugeaient indécente. Passé le confinement, faute de concerts et de festivals, il a fallu trouver autre chose. En Allemagne ou dans certains pays de l’est ayant fait le déconfinement avant la France, les concerts drive-in avec les artistes sur scène et le public en voiture ont fleuri. Le directeur général de la radio 100% Jacques Iribarren a tout de suite été séduit. « On a commencé à y réfléchir en avril pendant le confinement. L’idée de prendre des artistes locaux s’est tout de suite imposée car par question qu’ils puissent venir de loin. « 

© Christophe Harter

Très rapidement, des contacts se nouent avec Albi et son Parc des Expositions pour organiser le premier drive-in. La ville de Tarbes aussi voudrait marquer le coup faute de pouvoir organiser sa fête de la Musique. Il se trouve que le chef de cabinet du maire Gérard Trémège n’est autre que le père de Laurent Garnier, l’un des quatre fondateurs de Boulevard Des Airs. L’affiche tarbaise ressemblera fortement à celle d’Albi avec bien sûr la tête d’affiche Boulevard Des Airs.

BDA sur scène à Albi © Christophe Harter

On y retrouvera aussi les Aveyronnais de La Déryves qui ont signé un beau succès avec « Nos belles heures ». Un morceau dans la lignée musicale de ce que fait Boulevard Des Airs.

LA DERYVES – NOS BELLES HEURES

Pour compléter la programmation faite aussi de groupes locaux, les organisateurs ont fait venir un artiste d’Agen : Tibz. C’est lui qui a co-écrit la chanson des Enfoirés de cette année avec Boulevard des Airs. Il a signé également un gros succès il y a 3 ans avec le titre « Nation ».

TIBZ – NATION

A Tarbes le 21 juin, ce sera l’occasion de découvrir sur scène un jeune groupe qui fait un petit carton avec son premier single. Ils viennent du Mans, ils s’appellent « Sans prétention ». Ils ont dit oui aux organisateurs malgré le manque de répertoire. Ce sera leur première scène et on risque d’entendre souvent ce titre cet été. Le clip vient de sortir, enregistré pendant le confinement. Ca sonne un peu « 3 cafés gourmands » ou encore « Soldat Louis ».

SANS PRETENTION – SANS PRETENTION

Drive-in, comment ça marche?

La réservation pour ce nouveau type de concert se fait uniquement en ligne. Le coût d’un concert comme Albi ou Tarbes approche les 20 000 €. Les artistes se produisent bénévolement. Le prix des places est assez accessible : environ 10€ par personne. Même si l’on ajoute la possibilité de se restaurer comme à Albi avec la réservation de paniers gourmands, difficile de rentabiliser cette opération. L’événement est financé à 80% par des entreprises privées locales, assure Jacques Iribarren. « On le fait pour relancer la machine. Les techniciens qui sont rémunérés sont contents de retravailler. Et puis surtout ce qui me touche, c’est de voir des familles entières dans la même voiture. On voit des enfants avec doudous et sucette, des personnes un peu âgées. Jamais nous aurions vu ça auparavant. L’art c’est aussi la rupture. Nous sommes fiers d’avoir participé à ça. »

Reportage France 3 Occitanie Myriam Brisse Matthieu Chouvellon

Techniquement, le concert est diffusé via les enceintes de la voiture. Pour cela, une fréquence spécifique et un émetteur dédié sont nécessaires pour ne pas avoir de décalage entre la scène et le public. C’est une nouvelle manière d’écouter de la musique pas complètement satisfaisante mais assez innovante et qui répond à un besoin et une envie. « Sur les réseaux sociaux certains ont critiqué cette formule. 100% est une radio populaire et 99% du public qui était là nous ont fait des retours très positifs. Les artistes et les techniciens aussi. Je suis sûr que dans les rétrospectives futures, l’image du concert drive-in d’Albi restera. »

Et maintenant ?

Les maisons de disques sont un peu réticentes mais le succès rencontré par ce premier événement devrait les rassurer. La couverture médiatique a été forte avec la présence de France 3, France TV, M6, TF1, BFM… Un direct a eu lieu le soir même dans le journal de France Inter.  Les artistes sont toujours divisés mais ils,ont envie de jouer. Beaucoup de producteurs ou programmateurs commencent à réfléchir au drive-in. Le Parisien nous apprend qu’un festival Art Parking se tient en République Tchèque. En France, un spectacle sur Edith Piaf est en préparation et sera joué sur le parking du Marché d’Intérêt National ou le port de Nice. Peut-être en Corse…

Le public à Albi © Christophe Harter

Pour revenir à Tarbes, la Scène Nationale Le Parvis va proposer un drive-in cinéma les 18-19 et 20 juin prochains. Toujours en voiture, les cinéphiles seront invités à revoir « La fureur de vivre », « Le lauréat » mais aussi « La la land » en plein air, sur écran géant et le son via la bande FM. Il suffira de réserver sa place à l’avance au tarif de 5 ou 10€ suivant la soirée.

Dans un milieu culturel plus que sinistré, les drive-in ne sont sans doute pas la panacée. Mais ils ont le mérite d’exister, de maintenir une activité, en attendant des jours meilleurs.

Radio 100%

Benoît Roux

 

04 Juin

Une star du foot fait une chanson pour sensibiliser l’Afrique au coronavirus

George Weah -King George comme on l’appelait- était le roi des pelouses balle au pied. Depuis, cet homme au parcours exceptionnel est devenu président de son petit pays le Libéria. Plus étonnant encore, il a pris le micro pour chanter. Pas pour faire carrière mais pour aider son pays et le continent africain en faisant passer des messages sur les dangers du coronavirus.

Le président Libérien George Weah et ses choristes Photo : Studio 14

« Dressons-nous pour combattre le coronavirus ». Voilà le message principal que fait passer la chanson qui -la présidence le certifie- a été écrite par George Weah lui même.

George Weah chanteur

A 54 ans, George Weah a troqué le ballon pour un micro. « Ce pourrait être ta maman, ce pourrait être ton papa, tes frères ou tes sœurs. Dressons-nous tous ensemble pour combattre ce sale virus ». Les paroles sont en anglais et sur un petit chorus de guitare accompagné par les choristes « The Rabbi’s », l’ancien ballon d’or 1995 pose sa voix grave et un peu hésitante. Le morceau est assez enjoué et le clip qui l’accompagne permet d’être très explicite sur le coronavirus.

Balle au pied Weah c’était bien, micro à la main, c’est plus incertain! Oui, la chanson n’est pas exceptionnelle, l’Auto-tune a été déconfiné, mais les voix des choristes sont plutôt intéressantes, mais l’intérêt est ailleurs. Elle prouve que George Weah n’était pas un footballeur comme un autre, pas un président comme les autres aussi. D’autant plus qu’il avait déjà utilisé sa notoriété lorsque l’Afrique a été touchée par le virus Ebola qui a fait bien plus de ravages que le coronavirus (seulement 27 décès au Libéria). La chanson de 2014 ressemble d’ailleurs beaucoup à celle qu’il vient d’enregistrer.

Weah Ebola Project (2014)

La bonne parole sanitaire

La majorité des gens au Liberia n’a pas accès à internet ni à Facebook, mais tout le monde écoute la radio. La chanson passera sur différentes stations du pays pour diffuser convenablement le message

Voilà pourquoi George Weah a enregistré ce titre. Dans un pays relativement pauvre, les Libériens écoutent beaucoup la radio et le message peut donc passer. Selon la présidence, le titre est devenu populaire au Liberia et ailleurs sur le continent. Le président Libérien à autorisé l’ONU a s’en servir et la campagne menée par l’UNESCO #DontGoViral qui vise à informer sur le Covid-19 a récupéré cette chanson. La renommé internationale d’une star plus du foot que de la musique au service d’une bonne cause. King George prouve là qu’il peut aussi être un prévenant President Weah.

Bonus Track : les exploits footballistiques du King George

29 Mai

Artiste coup de coeur entre Dylan, Springsteen, Chapman et Young

Il s’appelle J.S. Ondara, c’est un artiste Kenyan. Ses parents musicaux pourraient être Bruce Springsteen, Tracy Chapman, Bob Dylan ou encore Neil Young. En l’occurrence, sa mère serait plutôt Bob Dylan car c’est sa matrice artistique. Un pop singer qui aurait la force et la puissance d’un Springsteen, la voix folk et typée de Tracy Chapman et l’écriture de Neil Young (dont il a récemment assuré les premières parties). Il sort aujourd’hui son nouvel album « Folk N’ Roll vol 1 : Tales of Isolation » enregistré en quelques jours pendant le confinement.

Nouvel album de J.S. Ondara

C’était le premier article, première chronique de ce blog. Un vrai coup de cœur pour un jeune artiste de 27 ans et son premier album. Et il y a souvent la malédiction du deuxième, car il n’est jamais évident de confirmer, passé l’effet découverte. Avec « Tales of Isolation », Ondara fait exception. Il surprend encore avec un disque spontané, fait en quelques jours où il décrit son confinement.

Le premier album confiné

Une guitare, sa voix, un harmonica et rien d’autre. Pas de musiciens additionnels comme sur le premier, confinement oblige. J.S. Ondara qui se fait désormais appeler Ondara tout court a tout fait : textes, musiques, instruments, arrangements. « Tales of Isolation » est donc encore plus « brut » que le précent, plus immédiat, moins produit. Juste sa voix -mais quelle voix!- et très peu d’instruments pour porter ses mots. L’album s’appelle « Tales of Isolation » après « Tales of America ». Toujours des histoires donc, tel un griot qui raconte ses légendes et son vécu. Un pop singer à la Bob Dylan.

On sait très peu de choses sur cet album qui n’était pas annoncé par sa maison de disque. Mais effectivement, il a été élaboré pendant le confinement. Une piqure de quarantaine que le jeune artiste a eu du mal à vivre, avec la nécessité de l’exprimer.

J.S. Ondara : « Lockdown On Date Night Tuesday » album « Tales of Isolation »

« J’ai eu environ deux semaines où j’étais dans une ornière mentale complète et je n’ai rien fait. Puis un matin, je me suis juste réveillé et j’ai commencé à écrire ces chansons. Je n’essayais pas du tout de faire un disque. C’était une sorte de thérapie – j’essayais vraiment de m’en sortir. » C’est ce qu’il a déclaré au journal Minneapolis Star Tribune. 

L’album est un trip intérieur fait avec ses tripes. Il l’aurait enregistré en 3 jours avec des voix additionnelles qui sont les siennes, l’harmonica plus présent que sur le premier, peu d’effets mais des couleurs musicales et des grains de voix différents. Un florilège de chansons en apparence simples -mais la simplicité n’est pas chose facile- portées par un chant prenant et plaintif qui joue des registres et d’un côté androgyne. On écoute, on se laisser porter et prendre par ce minimaliste où rien ne manque.

Des tranches de vies puissantes

Comme un pop singer, J.S. Ondara étale sans se répandre des moments de vie. Dans ces chansons, il décline son confinement : « Isolation Ananymous », « Isolation Boredom Syndrome », « Isolation Depression », « Isolation Blues ». Des titres prétextes à installer des moments musicaux riches. Avec quelques bruitages domestiques pour se mettre dans l’ambiance. On retrouve la « Shower song » a capella et palmas, le très réussi « Six feets away » aux voix aériennes et à l’harmonica terrestre.

JS Ondara : « Six feets away » album « Tales of Isolation »

Des intempéries de la vie qui l’inspirent, un confinement qui écorne son rêve américain dans l’abîme. Dans ses morceaux, beaucoup de fragilité et de puissance, de simplicité et de force. Des instantanés sincères où pointe sa singularité.

Springsteen, Dylan, Young et Chapman en ligne de mire

Il se dit que les panneaux directionnels de son parcours musical sont The Freewheelin’ de Dylan et Nebraska de Springsteen. Ondara est arrivé dans la musique assez récemment. Le temps de sortir de son pays natal -le Kenya-, fuir la misère et tenter de devenir quelqu’un. Direction Minneapolis où il a pu acheter sa première guitare et suivre la voie de ses illustres indicateurs.

La filiation Dylan est de plus en plus évidente, notamment sur ce deuxième opus en solitaire. Il ressemble d’ailleurs à l’album que prépare Dylan dont certains morceaux ont été dévoilés pendant le confinement. Comme le troubadour américain, ses chansons sont des morceaux de poésie où se glissent des références historiques et artistiques. Il y a ce côté direct de sa musique, savante alchimie blues-folk-rock. Petite anecdote en passant : J.S. Ondara a toujours adoré la chanson « Knockin’ on Heaven’s door ». Mais il a découvert assez tardivement qu’elle n’était pas des Guns N’ Roses! Un comble pour un Dylanien.

J.S. Ondara est jeune mais il a déjà cette faculté à aller vers l’essentiel sans trop se poser de questions. Ce n’est pas un guitariste exceptionnel, pas encore à la hauteur de l’interprète. On le compare aussi à un autre artiste d’origine africaine : Michael Kiwanuka. Sa musique est moins complexe mais il a la même aisance et certaines fulgurances.

« Tales of Isolation » est un album touchant, sincère, d’un artiste qui sait déjà où il va. Il peut s’écouter sur les plateformes de streaming en attendant la sortie vinyle et CD. Ondara a la chance d’être signé par un grand label (Verve). Il faut juste souhaiter qu’on lui laisse le temps de s’épanouir, de rester ce diamant brut qui brille sans être poli.

Benoît Roux

A LIRE AUSSI : J.S. ONDARA « TALES OF AMERICA »

Pour écouter l’album  

Site officiel Ondara

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26 Mai

Youssou N’Dour et Chris Martin de Coldplay ensemble pour l’Afrique

Le WAN (Worldwide Afro Network) 2.0 African TV Show a réuni ce lundi 25 mai les plus grandes stars de la musique africaine sur les réseaux sociaux. Une centaine d’artiste pour un concert mondial virtuel pour se mobiliser contre le coronavirus qui touche l’Afrique actuellement. Avec un moment fort : Chris Martin de Coldplay qui fait un duo avec la star sénégalaise Youssou N’Dour.

Dernièrement, l’Afrique a perdu plusieurs artistes et non des moindres : Manu Dibango, Idir, Tony Allen et Mory Kante il y a quelques jours. Ce festival virtuel diffusé sur les réseaux sociaux et par plus de 200 chaînes africaines a permis de voir toute la diversité musicale de ce continent. Salif Keita, Angelique Kidjo,  Magic System, Tiken Jah Fakoly, Femi Kuti, mais aussi des Africains de la diaspora comme le Brésilien Carlinhos Brown, les Guadeloupéens de Kassav ou les Jamaïcains des Wailers ont participé à cet événement. 

Youssou N’Dour était le parrain de cette énorme soirée. il s’est offert un morceau de bravoure avec Chris Martin de Coldplay. Ils ont interprété A sky full of stars, l’un des tubes fameux du groupe et adapté à la circonstance.

Chris Martin & Youssou N’Dour « A sky full of stars » lors du Worldwide Afro Network

Une belle performance artistique et une force de frappe musicale pour rappeler aussi que le continent est touché par la pandémie, même si l’Afrique résiste mieux que prévu avec 3 500 décès.« Je suis optimiste, la culture est au début et à la fin de tout », a déclaré Youssou N’Dour, qui visait « d’abord à sensibiliser les populations à la lutte contre la pandémie, mais aussi à se dire que, dans beaucoup de domaines, rien ne sera plus jamais comme avant ».

Show 2.0 : New Africa,together as on,Together is WAN

Benoît Roux

22 Mai

L’hymne de l’Espagne « Resistiré » contre le coronavirus gagne le monde entier.

« Resistiré », l’hymne officiel de l’Espagne qui résiste au coronavirus fait presque 33M de vues sur YouTube. Ce titre des années 80 qui ressemble au « I will survive » de Gloria Gaynor a conquis le monde entier. Avec des versions enregistrées dans un cinquantaine de langues et dans une centaine de pays. 40 après l’avoir écrit, le Dúo Dinámico signe un succès mondial.

Resistiré 2020 collectif d’artistes © capture d’écran youtube

A peine 4M de vues, l’hymne officiel des artistes français « Et demain? » contre le coronavirus ne pèse pas lourd face aux 33M de vues de « Resistiré ». Les Espagnols se sont emparés de cette chanson des années 80 et dans le monde entier, d’autres artistes l’ont reprise.

Un phénomène en Espagne

Les noms de Manuel de la Calva et Ramón Arcusa ne vous disent sans doute rien. Pourtant le Dúo Dinámico a toujours trouvé son public de l’autre côté des Pyrénées. Ecrite en 1988, la chanson Resistiré a eu son petit succès. Elle a traversé le temps, souvent jouée par le Dúo Dinámico en concert, mais aussi à l’occasion de fêtes caritatives. Elle a aussi servi de gri-gri porte bonheur pour les sportifs. 

Lorsque des artistes espagnols et le media Cadena100 décident de la reprendre au début de la pandémie pour en faire un hymne à la resistance, le phénomène s’amplifie.

Partout, l’hymne se chante : sur les balcons, dans les files d’attentes, devant les hôpitaux, les commissariats… un véritable phénomène. Dans une vidéo presque surréaliste, on voit des religieuses de Valladolid faire une chorégraphie digne d’un grand show!

Religiosas Misioneras de Santo Domingo_en Valladolid

Dans les couloirs des hôpitaux, les chorégraphies se multiplient. La banda de la police municipale de Madrid vient se produire devant l’hôpital La Paz pour soutenir les soignants.

C’est tout un pays qui résiste. La sœur du roi Felipe, l’Infante Elena a même prêté sa voix avec d’autres amis confinés pour entonner elle aussi ce chant de résistance. 

« Resistiré » fait le tour du monde

Le succès ne s’arrête pas là. Partout dans le monde d’autres artistes décident de se l’approprier. Et pour commencer -communauté linguistique oblige- l’Amérique Latine. IL existe une version qui regroupe des artistes de toute l’Amérique. Mais musicalement, ce n’est pas indispensable. Il faut plutôt écouter la version mexicaine qui a du coffre et des cuivres qui sonnent. Plus de 8M d’internautes l’ont vue.

Plus original, on peut lui préférer la version « mariachi » tout autant « cuivrée » et en costume. Authentique!

Un peu d’exotisme aussi avec « Resistiré » version République Dominicaine, plus enlevée et assez réussie.

Equateur, Argentine, chaque pays d’Amlérique Latine a eu sa version confinée. Idem en Europe avec la Roumanie, l’Angleterre, l’Italie, la France aussi avec Dani Garcia-Nieto qui fait une version plus anecdotique et sans prétention qui permet d’écouter les paroles en français.

Enfin petit clin d’œil aux joueurs de cornemuse, une version plus reposante, sans les paroles, mais avec 2 bandas de gaitas : « Avante Cuideiru » (Cudillero) et « El Carbayón » (Oviedo)

Lancé le premier avril par la Cadena100 en Espagne, tous les fonds recueillis en Espagne avec la vidéo de Resistiré seront reversés à l’association Cáritas Espagne.

Benoît Roux

11 Mai

Déconfinement : quand la musique classique se met au chaud

Premier jour de déconfinement, pas spécialement sous le beau temps. La musique classique est réputée un peu froide, parfois inaccessible. Voici quelques initiatives qui ont permis de la réchauffer singulièrement. Comme la Vème Symphonie de Beethoven dite « tragique » version salsa, Bach qui fait un voyage en Afrique, le Beau Danube Bleu en crue avec un orchestre turc. La musique classique comme vous ne l’avez jamais entendu, déconfinée sur des territoires plus chauds.

Les Klazz Brothers reprennent du classique version salsa. Photo : captation Youtube

Des orchestres et des arrangeurs spécialisés pour faire monter la salsa

Des congas, maracas, parfois une batterie, perdus au milieu des violons, contrebasses et violoncelles… Une forêt de cuivres qui brillent, vent debout face aux autres instruments… un pianiste déchaîné prêt à se lever, c’est le spectacle un tantinet inhabituel auquel nous pouvons parfois assister. De quoi dérider les partitions classiques les plus austères. De quoi réchauffer et donner de la légèreté par exemple à la très froide et lourde 5ème Symphonie de Beethoven. Et même si c’est un orchestre d’un pays froid, ça le fait grave.

Orchestre de la Radio Norvégienne & le Hovedøen Social Club : 5ème de Beethoven

Cet orchestre de la radio Norvégienne et cette formation cubaine se sont faits une spécialité des détournements de classiques. Ils ont sortis plusieurs disques et se sont attaqués à La Petite Musique de Nuit de Mozart, ou encore Carmen de Bizet qui commence comme du James Bond.

Carmen de Bizet

Le pianiste Sverre Indris Joner signe tous les arrangements. Sur la 5ème de Beethoven, pas franchement prédestinée à la salsa, il réussit à préserver l’original tout en l’amenant sur des contrées très surprenantes. 

Chez les Klazz Brothers, c’est avant tout une affaire de famille. Ces 2 frères musiciens allemands sont tombés amoureux de la musique cubaine. Ils ont rencontré les musiciens de Compay Segundo et reçu de nombreuses récompenses (dont un Grammy Award) pour leurs alliances classico-cubaines. Le Beau Danube Bleu valse avec le cha cha cha, au piano Tobias Forster, à la contrebasse son frère Kilian, avec des percussions cubaines. L’orchestre Symphonique Présidentiel d’Ankara (oui, oui, un orchestre turc !) est dirigé par Erol Erdinc. L’enregistrement date de 2013, le morceau est très réussi et la vidéo très étonnante. L’orchestre se prête au jeu et prend du plaisir, notamment lorsqu’une petite fille se met à danser d’abord dans la salle puis sur scène!

Klazz Brothers & l’Orchestre Symphonique présidentiel d’Ankara : Le Beau Danube Bleu

Bach to Africa

Et il n’y a pas que la salsa. En 1995, le musicien français Hugues de Courson sort une petite bombe musicale : Lambarena. Avec cette idée : marier la musique traditionnelle du Gabon avec Jean-Sébastien Bach! Inattendu et gros succès discographique pour ce type de production à la marge. Il faut dire que ça fonctionne parfaitement car les arrangements de Hughes de Courson et Pierre Akendengue sont très soignés. Pour la petite histoire, le disque s’appelle ainsi car Lambaréné est une ville du Gabon où le célèbre Dr Schweitzer avait fondé une léproserie. Ce brave Albert était lui même organiste et l’orgue, l’instrument de prédilection de Bach.

Lambarena : Sankanda + Lasset uns den nicht zerteilen

Hugues de Courson a récidivé avec 2 autres disques un peu moins réussis : O’Stravaganza , Vivaldi marié avec l’Irlande et Mozart qu’il envoie en Egypte.

Pour en revenir à Jean-Sébastien Bach, 2 années après Lambarena, le groupe Sweetbox sample le célèbre Aria de Bach (Suite pour orchestre N°3) et mélange musique baroque et rap. Un morceau hip-hop très inventif au tempo ralenti.

Sweetbox : « Everything’s gonna be alright »

Une bonne manière de faire entendre différemment la musique dite classique. Et autant il y a des incertitudes sur le déconfinement que nous allons vivre, autant pour celui de la musique classique… everything’s gonna be alright.  

Benoît Roux