11 Juin

Avec « Les Confinis », Pierre Perret déconfine finement les esprits

Sur la photo twittée sur son compte, il est assis à son bureau avec son pot de crayons, un grand sourire aux lèvres. Pierre Perret vient de sortir une nouvelle chanson facétieuse : « Les confinis ». Derrière l’humour, les mots qui touchent et qui font mouche sur les atermoiements du confinement. Drôle et féroce, facétieux et irrévérencieux… mais tellement humain.

Photo site Pierre Perret

Les 10 et 11 octobre, il devrait être encore sur scène à la salle Pleyel de Paris. Il aura alors 86 ans. Le manieur de mots à l’âme d’enfant n’a rien perdu de sa verve. Au début du mouvement, il a soutenu les gilets jaunes et voulait leur dédier une chanson. Finalement, il voit rouge avec le confinement.

« Les Confinis » entre facéties et irrévérences

Ils nous ont tant confinés, puis reconfinés, puis déconfinés, qu’on redoutait d’être in fine, des cons finis!

Pendant l’isolement, il a passé son temps à écrire et répéter les chansons de son prochain récital. Et puis un jour, il a appelé Les Ogres de Barback pour leur proposer cette chanson. « Il avait écrit les paroles et une ligne mélodique. Nous l’avons jouée et nous nous sommes appelés plusieurs fois. Nous avons fait peu d’arrangements, pour préserver le texte et la spontanéité », déclare Sam Burguière des Ogres de Barback.

Toujours un peu à la marge, entre légèretés et lignes engagées, « Tonton Cristobal » n’est pas resté au repos pendant le confinement. L’octogénaire aurait pu faire le sourd ou l’ignorant. Mais ça ne lui ressemble pas. Alors il a repris sa plus belle plume tantôt vitriol tantôt alcôve, pour faire rire et grincer des dents. Perret ouvre « La Cage aux Zozos » pour mieux leur voler dans les plumes.

Sur Europe 1, Il dit avoir menacé de danser nu sur le rond point des Champs-Elysées en cas de prolongation du confinement. Il n’aura pas eu à le faire mais il aura affûté sa plume.

Y avait l’Raoult çui que les enquiquine, Qui les traitait tous comme des Diafoirus, D’après lui y a guère que sa chloroquine, Qui pourra fout’ les chocottes au virus.

Pas facile de faire rire sur des sujets graves, de dénoncer sans être calomnieux. Sur un rythme à 3 temps, ça valse grave. Et certains vont s’y prendre les pieds.

La porte-parole elle s’appelle Sibeth, Y’en a qui pensent quelle porte bien son nom, On sent bien qu’la moindre idée qui se pointe, Lui déclenche un ouragan dans l’citron

Le défilé des docteurs, les spécialistes dans le petit écran, la pénurie de masques pour en avoir détruit 600 millions, Donald Trump, les infirmières qui gagnent des clopinettes… tout y passe. Et l’humour finit par l’emporter avec le sourire de l’auteur-compositeur en guise de révérence irrévérencieuse.

A propos d’infirmières, on se rappelle l’hommage du personnel soignant de Saint-Amand-les-eaux (59) qui avait enregistré le « Zizi » un week-end de confinement. 

Une nouvelle collaboration avec les Ogres de Barback

Les Ogres de Barback sont allés chez Pierre Perret dans la Seine-et-Marne pour enregistrer la chanson. Le hasard a voulu qu’ils aient Guillaume Lopez le même jour au téléphone. « On s’est dit que ce serait bien de travailler ensemble sur ce projet ».  Les Ogres de Barback et Guillaume Lopez ont déjà collaboré ensemble. Autre hasard, Guillaume qui fait les flûtes sur ce morceau est confiné dans le Gers avec l’accordéoniste Thierry Roques. Très rapidement, ils enregistrent le morceau. « Quel bonheur quand j’ai reçu le texte et la voix de Pierre Perret comme ça, avant tout le monde! J’étais fier » déclare Guillaume Lopez. L’ingénieur du son Alfonso Bravo qui était avec eux assure le mixage.

Pierre Perret et Les Ogres de Barback @David Bakhoum

Ce n’était pas la première collaboration entre les Ogres de Barback et le poète de Castelsarrasin. Dès 2002, ils signent les arrangements de l’album « Çui-là ». Pierre Perret les invite pour fêter ses 40 ans de carrière à l’Olympia. En 2017, ils signent l’album « La tribu de Pierre Perret ». 15 titres avec des artistes de tous horizons et de tous âges tels Magyd Cherfi, Massilia Sound System, Idir, Tryo, Didier Wampas, Lionel Suarez, OLivia Ruiz… qui reprennent du Perret.

La tribu de Pierre Perret – Au café du canal

Les Ogres et Pierre Perret chantent aussi ensemble « Lily » lors des 10 ans du groupe d’origine arménienne.

Les mêmes protagonistes préparent un deuxième titre qui sera joué sur scène lors de la tournée d’octobre. Le morceau s’appelle « Mes adieux provisoires » qui est aussi le titre du tour de chant. La chanson devrait sortir la semaine prochaine. L’actualité c’est encore son prochain livre « Aphorismes & blues » qui sortira fin juin.

L’occasion pour le Pierrot gourmand des mots et de la gastronomie de mettre encore les pieds dans le plat.

Photo site Pierre Perret

A LIRE AUSSI « Anda-Lutz » de Guillaume Lopez : les cultures en lumière

Site Pierre Perret

Ogres de Barback

Benoît Roux

08 Juin

Premier drive-in concert à Albi : et après?

Après le confinement, certains artistes sont passés à des concerts drive-in. Ce qui leur permet de retrouver une scène et une partie du public. Le premier concert de ce type a eu lieu le samedi 6 juin à Albi (Tarn). Des centaines de fans ont pu voir Boulevard Des Airs depuis leur voiture. D’autres événements du même ordre se profilent en attendant un jour de retrouver les concerts d’avant. A moins que cette formule ne donne des idées à certains organisateurs.

© Christophe Harter

Des artistes face à 180 voitures avec des coups de klaxon en guise d’applaudissements. La scène est un brin surréaliste, en tous cas inhabituelle. La Radio 100% a défrayé la chronique en organisant le samedi 6 juin le premier concert drive-in de France.

Albi puis Tarbes pour un drive-in concert

Pendant le confinement, les artistes ont joué chez eux et partagé des morceaux, des concerts avec leur public. Certains artistes ont apprécié, d’autres ont critiqué cette orgie musicale qu’ils jugeaient indécente. Passé le confinement, faute de concerts et de festivals, il a fallu trouver autre chose. En Allemagne ou dans certains pays de l’est ayant fait le déconfinement avant la France, les concerts drive-in avec les artistes sur scène et le public en voiture ont fleuri. Le directeur général de la radio 100% Jacques Iribarren a tout de suite été séduit. « On a commencé à y réfléchir en avril pendant le confinement. L’idée de prendre des artistes locaux s’est tout de suite imposée car par question qu’ils puissent venir de loin. « 

© Christophe Harter

Très rapidement, des contacts se nouent avec Albi et son Parc des Expositions pour organiser le premier drive-in. La ville de Tarbes aussi voudrait marquer le coup faute de pouvoir organiser sa fête de la Musique. Il se trouve que le chef de cabinet du maire Gérard Trémège n’est autre que le père de Laurent Garnier, l’un des quatre fondateurs de Boulevard Des Airs. L’affiche tarbaise ressemblera fortement à celle d’Albi avec bien sûr la tête d’affiche Boulevard Des Airs.

BDA sur scène à Albi © Christophe Harter

On y retrouvera aussi les Aveyronnais de La Déryves qui ont signé un beau succès avec « Nos belles heures ». Un morceau dans la lignée musicale de ce que fait Boulevard Des Airs.

LA DERYVES – NOS BELLES HEURES

Pour compléter la programmation faite aussi de groupes locaux, les organisateurs ont fait venir un artiste d’Agen : Tibz. C’est lui qui a co-écrit la chanson des Enfoirés de cette année avec Boulevard des Airs. Il a signé également un gros succès il y a 3 ans avec le titre « Nation ».

TIBZ – NATION

A Tarbes le 21 juin, ce sera l’occasion de découvrir sur scène un jeune groupe qui fait un petit carton avec son premier single. Ils viennent du Mans, ils s’appellent « Sans prétention ». Ils ont dit oui aux organisateurs malgré le manque de répertoire. Ce sera leur première scène et on risque d’entendre souvent ce titre cet été. Le clip vient de sortir, enregistré pendant le confinement. Ca sonne un peu « 3 cafés gourmands » ou encore « Soldat Louis ».

SANS PRETENTION – SANS PRETENTION

Drive-in, comment ça marche?

La réservation pour ce nouveau type de concert se fait uniquement en ligne. Le coût d’un concert comme Albi ou Tarbes approche les 20 000 €. Les artistes se produisent bénévolement. Le prix des places est assez accessible : environ 10€ par personne. Même si l’on ajoute la possibilité de se restaurer comme à Albi avec la réservation de paniers gourmands, difficile de rentabiliser cette opération. L’événement est financé à 80% par des entreprises privées locales, assure Jacques Iribarren. « On le fait pour relancer la machine. Les techniciens qui sont rémunérés sont contents de retravailler. Et puis surtout ce qui me touche, c’est de voir des familles entières dans la même voiture. On voit des enfants avec doudous et sucette, des personnes un peu âgées. Jamais nous aurions vu ça auparavant. L’art c’est aussi la rupture. Nous sommes fiers d’avoir participé à ça. »

Reportage France 3 Occitanie Myriam Brisse Matthieu Chouvellon

Techniquement, le concert est diffusé via les enceintes de la voiture. Pour cela, une fréquence spécifique et un émetteur dédié sont nécessaires pour ne pas avoir de décalage entre la scène et le public. C’est une nouvelle manière d’écouter de la musique pas complètement satisfaisante mais assez innovante et qui répond à un besoin et une envie. « Sur les réseaux sociaux certains ont critiqué cette formule. 100% est une radio populaire et 99% du public qui était là nous ont fait des retours très positifs. Les artistes et les techniciens aussi. Je suis sûr que dans les rétrospectives futures, l’image du concert drive-in d’Albi restera. »

Et maintenant ?

Les maisons de disques sont un peu réticentes mais le succès rencontré par ce premier événement devrait les rassurer. La couverture médiatique a été forte avec la présence de France 3, France TV, M6, TF1, BFM… Un direct a eu lieu le soir même dans le journal de France Inter.  Les artistes sont toujours divisés mais ils,ont envie de jouer. Beaucoup de producteurs ou programmateurs commencent à réfléchir au drive-in. Le Parisien nous apprend qu’un festival Art Parking se tient en République Tchèque. En France, un spectacle sur Edith Piaf est en préparation et sera joué sur le parking du Marché d’Intérêt National ou le port de Nice. Peut-être en Corse…

Le public à Albi © Christophe Harter

Pour revenir à Tarbes, la Scène Nationale Le Parvis va proposer un drive-in cinéma les 18-19 et 20 juin prochains. Toujours en voiture, les cinéphiles seront invités à revoir « La fureur de vivre », « Le lauréat » mais aussi « La la land » en plein air, sur écran géant et le son via la bande FM. Il suffira de réserver sa place à l’avance au tarif de 5 ou 10€ suivant la soirée.

Dans un milieu culturel plus que sinistré, les drive-in ne sont sans doute pas la panacée. Mais ils ont le mérite d’exister, de maintenir une activité, en attendant des jours meilleurs.

Radio 100%

Benoît Roux

 

04 Juin

Une star du foot fait une chanson pour sensibiliser l’Afrique au coronavirus

George Weah -King George comme on l’appelait- était le roi des pelouses balle au pied. Depuis, cet homme au parcours exceptionnel est devenu président de son petit pays le Libéria. Plus étonnant encore, il a pris le micro pour chanter. Pas pour faire carrière mais pour aider son pays et le continent africain en faisant passer des messages sur les dangers du coronavirus.

Le président Libérien George Weah et ses choristes Photo : Studio 14

« Dressons-nous pour combattre le coronavirus ». Voilà le message principal que fait passer la chanson qui -la présidence le certifie- a été écrite par George Weah lui même.

George Weah chanteur

A 54 ans, George Weah a troqué le ballon pour un micro. « Ce pourrait être ta maman, ce pourrait être ton papa, tes frères ou tes sœurs. Dressons-nous tous ensemble pour combattre ce sale virus ». Les paroles sont en anglais et sur un petit chorus de guitare accompagné par les choristes « The Rabbi’s », l’ancien ballon d’or 1995 pose sa voix grave et un peu hésitante. Le morceau est assez enjoué et le clip qui l’accompagne permet d’être très explicite sur le coronavirus.

Balle au pied Weah c’était bien, micro à la main, c’est plus incertain! Oui, la chanson n’est pas exceptionnelle, l’Auto-tune a été déconfiné, mais les voix des choristes sont plutôt intéressantes, mais l’intérêt est ailleurs. Elle prouve que George Weah n’était pas un footballeur comme un autre, pas un président comme les autres aussi. D’autant plus qu’il avait déjà utilisé sa notoriété lorsque l’Afrique a été touchée par le virus Ebola qui a fait bien plus de ravages que le coronavirus (seulement 27 décès au Libéria). La chanson de 2014 ressemble d’ailleurs beaucoup à celle qu’il vient d’enregistrer.

Weah Ebola Project (2014)

La bonne parole sanitaire

La majorité des gens au Liberia n’a pas accès à internet ni à Facebook, mais tout le monde écoute la radio. La chanson passera sur différentes stations du pays pour diffuser convenablement le message

Voilà pourquoi George Weah a enregistré ce titre. Dans un pays relativement pauvre, les Libériens écoutent beaucoup la radio et le message peut donc passer. Selon la présidence, le titre est devenu populaire au Liberia et ailleurs sur le continent. Le président Libérien à autorisé l’ONU a s’en servir et la campagne menée par l’UNESCO #DontGoViral qui vise à informer sur le Covid-19 a récupéré cette chanson. La renommé internationale d’une star plus du foot que de la musique au service d’une bonne cause. King George prouve là qu’il peut aussi être un prévenant President Weah.

Bonus Track : les exploits footballistiques du King George

29 Mai

Artiste coup de coeur entre Dylan, Springsteen, Chapman et Young

Il s’appelle J.S. Ondara, c’est un artiste Kenyan. Ses parents musicaux pourraient être Bruce Springsteen, Tracy Chapman, Bob Dylan ou encore Neil Young. En l’occurrence, sa mère serait plutôt Bob Dylan car c’est sa matrice artistique. Un pop singer qui aurait la force et la puissance d’un Springsteen, la voix folk et typée de Tracy Chapman et l’écriture de Neil Young (dont il a récemment assuré les premières parties). Il sort aujourd’hui son nouvel album « Folk N’ Roll vol 1 : Tales of Isolation » enregistré en quelques jours pendant le confinement.

Nouvel album de J.S. Ondara

C’était le premier article, première chronique de ce blog. Un vrai coup de cœur pour un jeune artiste de 27 ans et son premier album. Et il y a souvent la malédiction du deuxième, car il n’est jamais évident de confirmer, passé l’effet découverte. Avec « Tales of Isolation », Ondara fait exception. Il surprend encore avec un disque spontané, fait en quelques jours où il décrit son confinement.

Le premier album confiné

Une guitare, sa voix, un harmonica et rien d’autre. Pas de musiciens additionnels comme sur le premier, confinement oblige. J.S. Ondara qui se fait désormais appeler Ondara tout court a tout fait : textes, musiques, instruments, arrangements. « Tales of Isolation » est donc encore plus « brut » que le précent, plus immédiat, moins produit. Juste sa voix -mais quelle voix!- et très peu d’instruments pour porter ses mots. L’album s’appelle « Tales of Isolation » après « Tales of America ». Toujours des histoires donc, tel un griot qui raconte ses légendes et son vécu. Un pop singer à la Bob Dylan.

On sait très peu de choses sur cet album qui n’était pas annoncé par sa maison de disque. Mais effectivement, il a été élaboré pendant le confinement. Une piqure de quarantaine que le jeune artiste a eu du mal à vivre, avec la nécessité de l’exprimer.

J.S. Ondara : « Lockdown On Date Night Tuesday » album « Tales of Isolation »

« J’ai eu environ deux semaines où j’étais dans une ornière mentale complète et je n’ai rien fait. Puis un matin, je me suis juste réveillé et j’ai commencé à écrire ces chansons. Je n’essayais pas du tout de faire un disque. C’était une sorte de thérapie – j’essayais vraiment de m’en sortir. » C’est ce qu’il a déclaré au journal Minneapolis Star Tribune. 

L’album est un trip intérieur fait avec ses tripes. Il l’aurait enregistré en 3 jours avec des voix additionnelles qui sont les siennes, l’harmonica plus présent que sur le premier, peu d’effets mais des couleurs musicales et des grains de voix différents. Un florilège de chansons en apparence simples -mais la simplicité n’est pas chose facile- portées par un chant prenant et plaintif qui joue des registres et d’un côté androgyne. On écoute, on se laisser porter et prendre par ce minimaliste où rien ne manque.

Des tranches de vies puissantes

Comme un pop singer, J.S. Ondara étale sans se répandre des moments de vie. Dans ces chansons, il décline son confinement : « Isolation Ananymous », « Isolation Boredom Syndrome », « Isolation Depression », « Isolation Blues ». Des titres prétextes à installer des moments musicaux riches. Avec quelques bruitages domestiques pour se mettre dans l’ambiance. On retrouve la « Shower song » a capella et palmas, le très réussi « Six feets away » aux voix aériennes et à l’harmonica terrestre.

JS Ondara : « Six feets away » album « Tales of Isolation »

Des intempéries de la vie qui l’inspirent, un confinement qui écorne son rêve américain dans l’abîme. Dans ses morceaux, beaucoup de fragilité et de puissance, de simplicité et de force. Des instantanés sincères où pointe sa singularité.

Springsteen, Dylan, Young et Chapman en ligne de mire

Il se dit que les panneaux directionnels de son parcours musical sont The Freewheelin’ de Dylan et Nebraska de Springsteen. Ondara est arrivé dans la musique assez récemment. Le temps de sortir de son pays natal -le Kenya-, fuir la misère et tenter de devenir quelqu’un. Direction Minneapolis où il a pu acheter sa première guitare et suivre la voie de ses illustres indicateurs.

La filiation Dylan est de plus en plus évidente, notamment sur ce deuxième opus en solitaire. Il ressemble d’ailleurs à l’album que prépare Dylan dont certains morceaux ont été dévoilés pendant le confinement. Comme le troubadour américain, ses chansons sont des morceaux de poésie où se glissent des références historiques et artistiques. Il y a ce côté direct de sa musique, savante alchimie blues-folk-rock. Petite anecdote en passant : J.S. Ondara a toujours adoré la chanson « Knockin’ on Heaven’s door ». Mais il a découvert assez tardivement qu’elle n’était pas des Guns N’ Roses! Un comble pour un Dylanien.

J.S. Ondara est jeune mais il a déjà cette faculté à aller vers l’essentiel sans trop se poser de questions. Ce n’est pas un guitariste exceptionnel, pas encore à la hauteur de l’interprète. On le compare aussi à un autre artiste d’origine africaine : Michael Kiwanuka. Sa musique est moins complexe mais il a la même aisance et certaines fulgurances.

« Tales of Isolation » est un album touchant, sincère, d’un artiste qui sait déjà où il va. Il peut s’écouter sur les plateformes de streaming en attendant la sortie vinyle et CD. Ondara a la chance d’être signé par un grand label (Verve). Il faut juste souhaiter qu’on lui laisse le temps de s’épanouir, de rester ce diamant brut qui brille sans être poli.

Benoît Roux

A LIRE AUSSI : J.S. ONDARA « TALES OF AMERICA »

Pour écouter l’album  

Site officiel Ondara

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26 Mai

Youssou N’Dour et Chris Martin de Coldplay ensemble pour l’Afrique

Le WAN (Worldwide Afro Network) 2.0 African TV Show a réuni ce lundi 25 mai les plus grandes stars de la musique africaine sur les réseaux sociaux. Une centaine d’artiste pour un concert mondial virtuel pour se mobiliser contre le coronavirus qui touche l’Afrique actuellement. Avec un moment fort : Chris Martin de Coldplay qui fait un duo avec la star sénégalaise Youssou N’Dour.

Dernièrement, l’Afrique a perdu plusieurs artistes et non des moindres : Manu Dibango, Idir, Tony Allen et Mory Kante il y a quelques jours. Ce festival virtuel diffusé sur les réseaux sociaux et par plus de 200 chaînes africaines a permis de voir toute la diversité musicale de ce continent. Salif Keita, Angelique Kidjo,  Magic System, Tiken Jah Fakoly, Femi Kuti, mais aussi des Africains de la diaspora comme le Brésilien Carlinhos Brown, les Guadeloupéens de Kassav ou les Jamaïcains des Wailers ont participé à cet événement. 

Youssou N’Dour était le parrain de cette énorme soirée. il s’est offert un morceau de bravoure avec Chris Martin de Coldplay. Ils ont interprété A sky full of stars, l’un des tubes fameux du groupe et adapté à la circonstance.

Chris Martin & Youssou N’Dour « A sky full of stars » lors du Worldwide Afro Network

Une belle performance artistique et une force de frappe musicale pour rappeler aussi que le continent est touché par la pandémie, même si l’Afrique résiste mieux que prévu avec 3 500 décès.« Je suis optimiste, la culture est au début et à la fin de tout », a déclaré Youssou N’Dour, qui visait « d’abord à sensibiliser les populations à la lutte contre la pandémie, mais aussi à se dire que, dans beaucoup de domaines, rien ne sera plus jamais comme avant ».

Show 2.0 : New Africa,together as on,Together is WAN

Benoît Roux

22 Mai

L’hymne de l’Espagne « Resistiré » contre le coronavirus gagne le monde entier.

« Resistiré », l’hymne officiel de l’Espagne qui résiste au coronavirus fait presque 33M de vues sur YouTube. Ce titre des années 80 qui ressemble au « I will survive » de Gloria Gaynor a conquis le monde entier. Avec des versions enregistrées dans un cinquantaine de langues et dans une centaine de pays. 40 après l’avoir écrit, le Dúo Dinámico signe un succès mondial.

Resistiré 2020 collectif d’artistes © capture d’écran youtube

A peine 4M de vues, l’hymne officiel des artistes français « Et demain? » contre le coronavirus ne pèse pas lourd face aux 33M de vues de « Resistiré ». Les Espagnols se sont emparés de cette chanson des années 80 et dans le monde entier, d’autres artistes l’ont reprise.

Un phénomène en Espagne

Les noms de Manuel de la Calva et Ramón Arcusa ne vous disent sans doute rien. Pourtant le Dúo Dinámico a toujours trouvé son public de l’autre côté des Pyrénées. Ecrite en 1988, la chanson Resistiré a eu son petit succès. Elle a traversé le temps, souvent jouée par le Dúo Dinámico en concert, mais aussi à l’occasion de fêtes caritatives. Elle a aussi servi de gri-gri porte bonheur pour les sportifs. 

Lorsque des artistes espagnols et le media Cadena100 décident de la reprendre au début de la pandémie pour en faire un hymne à la resistance, le phénomène s’amplifie.

Partout, l’hymne se chante : sur les balcons, dans les files d’attentes, devant les hôpitaux, les commissariats… un véritable phénomène. Dans une vidéo presque surréaliste, on voit des religieuses de Valladolid faire une chorégraphie digne d’un grand show!

Religiosas Misioneras de Santo Domingo_en Valladolid

Dans les couloirs des hôpitaux, les chorégraphies se multiplient. La banda de la police municipale de Madrid vient se produire devant l’hôpital La Paz pour soutenir les soignants.

C’est tout un pays qui résiste. La sœur du roi Felipe, l’Infante Elena a même prêté sa voix avec d’autres amis confinés pour entonner elle aussi ce chant de résistance. 

« Resistiré » fait le tour du monde

Le succès ne s’arrête pas là. Partout dans le monde d’autres artistes décident de se l’approprier. Et pour commencer -communauté linguistique oblige- l’Amérique Latine. IL existe une version qui regroupe des artistes de toute l’Amérique. Mais musicalement, ce n’est pas indispensable. Il faut plutôt écouter la version mexicaine qui a du coffre et des cuivres qui sonnent. Plus de 8M d’internautes l’ont vue.

Plus original, on peut lui préférer la version « mariachi » tout autant « cuivrée » et en costume. Authentique!

Un peu d’exotisme aussi avec « Resistiré » version République Dominicaine, plus enlevée et assez réussie.

Equateur, Argentine, chaque pays d’Amlérique Latine a eu sa version confinée. Idem en Europe avec la Roumanie, l’Angleterre, l’Italie, la France aussi avec Dani Garcia-Nieto qui fait une version plus anecdotique et sans prétention qui permet d’écouter les paroles en français.

Enfin petit clin d’œil aux joueurs de cornemuse, une version plus reposante, sans les paroles, mais avec 2 bandas de gaitas : « Avante Cuideiru » (Cudillero) et « El Carbayón » (Oviedo)

Lancé le premier avril par la Cadena100 en Espagne, tous les fonds recueillis en Espagne avec la vidéo de Resistiré seront reversés à l’association Cáritas Espagne.

Benoît Roux

11 Mai

Déconfinement : quand la musique classique se met au chaud

Premier jour de déconfinement, pas spécialement sous le beau temps. La musique classique est réputée un peu froide, parfois inaccessible. Voici quelques initiatives qui ont permis de la réchauffer singulièrement. Comme la Vème Symphonie de Beethoven dite « tragique » version salsa, Bach qui fait un voyage en Afrique, le Beau Danube Bleu en crue avec un orchestre turc. La musique classique comme vous ne l’avez jamais entendu, déconfinée sur des territoires plus chauds.

Les Klazz Brothers reprennent du classique version salsa. Photo : captation Youtube

Des orchestres et des arrangeurs spécialisés pour faire monter la salsa

Des congas, maracas, parfois une batterie, perdus au milieu des violons, contrebasses et violoncelles… Une forêt de cuivres qui brillent, vent debout face aux autres instruments… un pianiste déchaîné prêt à se lever, c’est le spectacle un tantinet inhabituel auquel nous pouvons parfois assister. De quoi dérider les partitions classiques les plus austères. De quoi réchauffer et donner de la légèreté par exemple à la très froide et lourde 5ème Symphonie de Beethoven. Et même si c’est un orchestre d’un pays froid, ça le fait grave.

Orchestre de la Radio Norvégienne & le Hovedøen Social Club : 5ème de Beethoven

Cet orchestre de la radio Norvégienne et cette formation cubaine se sont faits une spécialité des détournements de classiques. Ils ont sortis plusieurs disques et se sont attaqués à La Petite Musique de Nuit de Mozart, ou encore Carmen de Bizet qui commence comme du James Bond.

Carmen de Bizet

Le pianiste Sverre Indris Joner signe tous les arrangements. Sur la 5ème de Beethoven, pas franchement prédestinée à la salsa, il réussit à préserver l’original tout en l’amenant sur des contrées très surprenantes. 

Chez les Klazz Brothers, c’est avant tout une affaire de famille. Ces 2 frères musiciens allemands sont tombés amoureux de la musique cubaine. Ils ont rencontré les musiciens de Compay Segundo et reçu de nombreuses récompenses (dont un Grammy Award) pour leurs alliances classico-cubaines. Le Beau Danube Bleu valse avec le cha cha cha, au piano Tobias Forster, à la contrebasse son frère Kilian, avec des percussions cubaines. L’orchestre Symphonique Présidentiel d’Ankara (oui, oui, un orchestre turc !) est dirigé par Erol Erdinc. L’enregistrement date de 2013, le morceau est très réussi et la vidéo très étonnante. L’orchestre se prête au jeu et prend du plaisir, notamment lorsqu’une petite fille se met à danser d’abord dans la salle puis sur scène!

Klazz Brothers & l’Orchestre Symphonique présidentiel d’Ankara : Le Beau Danube Bleu

Bach to Africa

Et il n’y a pas que la salsa. En 1995, le musicien français Hugues de Courson sort une petite bombe musicale : Lambarena. Avec cette idée : marier la musique traditionnelle du Gabon avec Jean-Sébastien Bach! Inattendu et gros succès discographique pour ce type de production à la marge. Il faut dire que ça fonctionne parfaitement car les arrangements de Hughes de Courson et Pierre Akendengue sont très soignés. Pour la petite histoire, le disque s’appelle ainsi car Lambaréné est une ville du Gabon où le célèbre Dr Schweitzer avait fondé une léproserie. Ce brave Albert était lui même organiste et l’orgue, l’instrument de prédilection de Bach.

Lambarena : Sankanda + Lasset uns den nicht zerteilen

Hugues de Courson a récidivé avec 2 autres disques un peu moins réussis : O’Stravaganza , Vivaldi marié avec l’Irlande et Mozart qu’il envoie en Egypte.

Pour en revenir à Jean-Sébastien Bach, 2 années après Lambarena, le groupe Sweetbox sample le célèbre Aria de Bach (Suite pour orchestre N°3) et mélange musique baroque et rap. Un morceau hip-hop très inventif au tempo ralenti.

Sweetbox : « Everything’s gonna be alright »

Une bonne manière de faire entendre différemment la musique dite classique. Et autant il y a des incertitudes sur le déconfinement que nous allons vivre, autant pour celui de la musique classique… everything’s gonna be alright.  

Benoît Roux

10 Mai

3 600 amateurs chantent Gainsbourg avec la Maîtrise de Radio France

Des amateurs qui chantent et qui jouent avec des pros de l’orchestre ou des chœurs de Radio France, c’est l’expérience très intéressante que proposait le service public radiophonique. Le blog Ecoute Voir faisait part de cette initiative le 29 avril. Après la Valse N°2 de Chostakovitch partagée avec l’Orchestre National, voici donc La Javanaise que vous pouviez chanter avec les jeunes choristes (Maîtrise) de Radio France et Jane Birkin. Beaucoup d’internautes amateurs ont relevé le défi.

C’est encore une fois un succès. Plus de 3600 vidéos reçues par les équipes de Radio France pour chanter La Javanaise de Gainsbourg. Auparavant, 4000 internautes avaient interprété la célèbre Valse N°2 de Chostakovitch. Un succès tel que 2 autres vidéos seront publiées courant mai.

La Javanaise chantée par Vous et Jane Birkin

La voix de Jane en avant, celles des amateurs en réponse, c’est encore une fois une version très singulière qui résulte de cette expérience. Des voix solos, des chœurs, Jane en avant, Jane en retrait, 645 choristes qui poussent derrière, le résultat est assez agréable.

Un spectacle original imaginé par la Maîtrise de Radio France et le Théâtre du Chatelet avec France Musique. Avec ce projet intitulé Le temps d’une chanson, le célèbre morceau de Gainsbourg a été arrangé par une ancienne élève de la Maîtrise (chœurs d’enfants) de Radio France : Lise Borel. Des tutos en ligne permettaient de travailler son interprétation en fonction des 4 registres de voix. 

Le mixage des voix devait être encore plus périlleux que pour les instruments, il est vrai que l’on entend plus les voix soprano que les mezzos ou les basses…  Reste à savoir si Radio France mettra en ligne les autres vidéos comme elle le fera pour la Valse de Chostakovitch afin que chacun y retrouve son compte. Histoire d’éviter de la frustration du « J’avoue j’en ai bavé pas vous? », pour rien!

Sur le site de France Musique, Radio France et le Théâtre du Châtelet remercient les nombreux participants au projet Le temps d’une chanson. Ils concluent : « La musique et la chanson nous offrent ce terrain de rencontre rêvé ».

Bonus track : Gainsbourg, un compositeur très CLASSIQUE

Cette initiative Le temps d’une chanson est somme toute logique pour un artiste qui s’est toujours inspiré du classique et qui en écoutait beaucoup Frédéric Chopin.

Le morceau le plus évident est sans doute B.B. Initials où les cordes et le rythme rappelle le 1er mouvement de la symphonie N°9 d’Anton Dvorak (vidéo vers 1’45). Une déclaration d’amour a Brigitte Bardot très romantique sur fond de musique tchèque.

Beaucoup de titres de Jane Birkin ont aussi été inspirés par les compositeurs classiques. Notamment la très belle Lost Song empruntée au Chant de Solveig d’Edvard Grieg.

Lost Song Jane Birkin

Dernier exemple, le sulfureux Lemon Incest chanté avec sa fille Charlotte qui avait fait scandale à l’époque. On y reconnait la mélodie de l’Etude N°3 op.10 dite « tristesse » de Frédéric Chopin.

Lemon Incest Charlotte et Serge Gainsbourg (1984)

Gainsbourg avait trouve là une vraie source d’inspiration et une belle manière de faire découvrir la musique classique au grand public.

Benoît Roux

05 Mai

Musique : La Symphonie Confinée revient avec un titre de Bob Dylan

Le mois dernier, Valentin Vander proposait à d’autres artistes de jouer et chanter « La Tendresse » de Bourvil. Une Symphonie Confinée qui a fait un tabac. Il vient de récidiver avec des artistes du monde entier. Une vraie réussite, artistique et humaine. Le morceau a déjà un air de déconfinement : « Blowin’ in the Wind » de Bob Dylan. Avec la Symphonie mais aussi son groupe « Les Goguettes », Valentin Vander est porté par le vent… du succès!

 

Valentin Vander confiné dans le Gers. © Valentin Vander

La première « Symphonie Confinée » a dépassé les 3,6 millions de vues. Pas mal pour un rassemblement d’artistes sans têtes d’affiches. Depuis un mois, le confinement nous a valu plusieurs vidéos confinées d’artistes solo ou pas, parfois des nouvelles chansons. Mais cette initiative de Valentin Vander apporte un vrai plus : une fraîcheur, une originalité, une authenticité qui font du bien. Cette nouvelle version est un hymne à la diversité, à l’écoute, au partage malgré une conjoncture pas très rassurante.

Les débuts de la Symphonie Confinée

Je venais de sortir un disque quand mon quotidien artistique a été bouleversé. J’avais un rythme frénétique et j’ai eu peur du vide, de l’ennui… J’ai donc voulu proposer un challenge, un truc collectif et ambitieux. Vu qu’on ne peut plus rien faire, on va faire plus fort!

L‘occasion aussi de maintenir les liens avec les potes. Le parisien Valentin Vander se retrouve confiné en famille à Montclar (Gers). Très rapidement, il enregistre une base voix-guitare de « La Tendresse » de Bourvil et l’envoie aux artistes qu’il connaît. Pourquoi ce choix ?

Le travail est nécessaire mais s’il faut rester des semaines sans rien faire, eh bien… On s’y fait

Comme une résonnance avec ce que l’on vit. Et pourquoi une « Symphonie Confinée »? « Je cherchais un titre punchy. On est bien des musiciens qui jouent ensemble donc le titre est approprié. Même si d’habitude c’est pour du Beethoven ou du Mozart! »

Le souffle de Blowin’ in the Wind et le soutien du manager de Bob Dylan

Valentin Vander ne pensait pas forcément à une deuxième symphonie. Mais il a eu des messages du monde entier après la publication de la vidéo de Bourvil.  » S’il y avait un intérêt d’en faire une autre, c’était d’élargir à d’autres artistes du monde entier ». Oui mais sur quel titre? « C’est comme pour Bourvil. J’ai écouté Blowin’ in the Wind et tout colle parfaitement. Alors je me suis mis dans le contexte. J’ai lu des biographies de Dylan, écouté du folk américain. Il fallait que je m’imprègne. »

Il avait aussi ce rêve fou que Bob Dylan lui-même participe. Ca n’a pas été le cas mais son manager a donné son accord et encouragé l’initiative. Idem pour la maison de disques. Il ne restait plus qu’à envoyer un nouvel enregistrement guitare-voix de « Blowin’ in the Wind » à des relais dans le monde entier.

Une babel artistique

Pour ce nouvel opus, 70 artistes ont participé depuis les quatre coins du monde pour soutenir tous ceux qui se battent contre le coronavirus. « J’ai lancé un message comme une bouteille à la mer. C’est extraordinaire la générosité des gens alors que l’on ne se connaît pas. Ils vont prendre une demie journée pour participer au projet, sans savoir le résultat. On a eu des choses inattendues, des gens qui chantent en polonais, russe, italien, portugais… avec des musiciens du monde entier : Québec, Pologne, Rwanda, Australie, Espagne, Portugal, Brésil, Israël… »

Valentin Vander n’avait pas donné de consignes. Les artistes pouvaient jouer sur n’importe quel instrument et chanter dans n’importe quelle langue. Le résultat est vivifiant avec des instruments parfois surprenants, une multitude de langues et quelques interventions très rigolotes.

Des artistes français à découvrir

Aucun des 70 artistes de cette version 2 n’était intervenu sur la première vidéo. Mais on y retrouve quelques français, notamment d’Occitanie où Valentin Vander est confiné. « Ce sont 3 amis toulousains avec lesquels on joue souvent et on fait la fête. Il y a Aleth Chapoy-Favier qui est sophrologue et Rémi Laurent qui est un prof de piano. Puis j’ai demandé à Remy Gouffault qui est un très bon batteur de jazz. »

Dans la vidéo il y a beaucoup de clins d’œil. Comme ces 2 infirmiers de la région parisienne qui chantent sur leur lieu de travail… ou encore les artistes de la première vidéo qui reviennent juste le temps d’une phrase pour la version française.

Une vraie direction artistique

Si cette vidéo est autant plaisante, c’est parce-que les choix artistiques sont bons. « J’ai voulu changer le rythme de la chanson. Laisser la version originale à 2 temps pour faire quelque chose de plus oriental, qui se prête davantage à une symphonie. Recevoir des proposition d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Orient, c’est magique. C’est surtout réjouissant à l’oreille et un vrai plaisir! »

Si le projet était bien libre, le résultat est très cadré. Les timbres de voix sont typés, les percussions très riches, les guitares complémentaires et les cuivres très pertinents. « Je suis très sensible à la mélodie. Je cherchais la ligne mélodioque chants-contrechants la plus claire possible. C’est ce qui m’a guidé dans mon menage pour la vidéo finale. J’ai éliminé tout ce qui brouillait la mélodie. J’aime bien les trucs épurés. »

Paul, Valentin et Julia dans le Gers. © Valentin Vander

Une vraie direction artistique qui magnifie cette belle version et qui rend ce morceau maintes fois entendu, unique. Reste ensuite l’énorme travail de mixage que Valentin Vander a fait avec son père Paul Vanderhaegen. Le travail titanesque de montage vidéo réalisé par sa soeur Julia Vander et le mastering brillant de Nicolas Thevenin.

Cet opus 2 de la symphonie confinée est une belle réussite… Qui appelle une version 3?

Je n’aime pas me répéter donc je le ferais seulement s’il me vient une autre idée.

En tous cas, cette expérience aura élargi le spectre musical de Valentin Vander qui vient de sortir son nouvel album solo « Mon étrangère ». 

Dès que le confinement sera terminé, j’ai envie d’aller voir tous ces artistes, de jouer avec eux. Je me dis que la Symphonie Confinée aura été un pont extraordinaire pour aller jouer de la musique partout dans le monde!

Valentin et Julia Vander. © Valentin Vander

Bonus track : La symphonie confinée#1

Pour l’épisode N°1 (La Tendresse » de Bourvil),  45 artistes de toute le France ont été  réunis à distance pour donner des résonances à la petite valse. Pour un résultat très réussi, avec des belles voix, et beaucoup de découvertes car c’est artistes n’étaient pas les plus connus. Une fraîcheur artistique visionnée par 3,6M d’internautes.

La symphonie confinée#1 « La tendresse » de Bourvil

T’as voulu voir le salon – Les Goguettes (en trio mais à quatre)

Benoît Roux

29 Avr

Radio France vous propose de jouer et chanter avec ses formations musicales

Jouer quelques notes de la « Valse N°2 » de Chostakovitch… « Le temps d’une chanson », partager sa voix avec Jane Birkin pour une autre valse, « La javanaise »… Voici ce qu’il est possible de faire avec les formations musicales de Radio France. Que l’on soit musicien confirmé ou débutant, chanteur confiné pro ou pas, c’est l’opportunité de partager des notes et des voix avec des artistes pros.

Radio France compte 4 formations musicales : l’Orchestre National de France (ONF), l’Orchestre Philarmonique, le Chœur et la Maîtrise (enfants). « Viva l’orchestra » est un projet pédagogique de l’ONF. Il permet à des musiciens amateurs de pouvoir jouer avec l’orchestre. Jusqu’à présent, le fruit de ce travail pouvait s’entendre lors d’un concert commun dans une salle parisienne. Avec la pandémie, « Viva l’orchestra » se joue à la maison via une vidéo enregistrée. La « Valse N°2 » avec les contributions vient d’être publiée. Le service public radiophonique attend vos contributions pour un autre projet mené par la Maîtrise de Radio France : chanter « La Javanaise » de Gainsbourg.

Valse avec Chosta à la maison

« Viva l’orchestra » a dû s’adapter et mettre des bémols à son organisation cette année. Les participants étaient invités à s’enregistrer chez eux sur la fameuse valse N°2 de Chostakovitch. Les tutoriels mis en ligne sur France Musique ont fait 50 000 vues. Près de 4 000 vidéos ont été réceptionnés, visionnées et sélectionnées par les organisateurs qui en attendaient 450 en temps habituel. Le résultat vient d’être mis en ligne. Peut-être y êtes-vous…

La vidéo a été postée ce mercredi 29 avril à 18H sur  francemusique.fr et sur la chaîne Youtube de France Musique.  600 musiciens amateurs et 46 musiciens de l’Orchestre National de France l’ont enregistrée, sans recours à une piste pré-enregistrée.

En tout, le jury a sélectionné 1800 vidéos. Il y aura donc 2 autres vidéos publiées courant mai avec 600 autres participants et les musiciens de l’ONF.

C’est le chef d’orchestre Marc-Olivier de Nattes avec Marie Faucher qui ont conçu ce projet de réunir les musiciens de l’Orchestre National de France avec des musiciens extérieurs. L’opération ayant remporté un vrai succès depuis la première édition (2015), elle est reconduite tous les ans, avec la particularité cette année du confinement.

Ne vous déplaise, vous pourrez chanter « La javanaise »

Et si « avril en vain vous voue, à l’amour »… de Gainsbourg, le Théâtre du Chatelet, France Musique et la Maîtrise de Radio France vous invitent pour un chœur virtuel avec Jane Birkin « Le temps d’une chanson ».

C’est donc un projet participatif mené par la Maîtrise de Radio France pour vous faire chanter avec eux « La javanaise ». Dès aujourd’hui et jusqu’au vendredi soir 1er mai, amateurs, débutants et confirmés peuvent s’entraîner à chanter. En suivant les Consignes pour se filmer

Des tutoriels en fonction du registre de votre voix et la partition sont en ligne.

Vous avez donc jusqu’au vendredi soir 1er mai minuit pour envoyer votre production à l’adresse : letempsdunechanson@radiofrance.com

La chanson a été arrangée par Lise Borel, ancienne élève de la Maîtrise de Radio France. Elle donne ses conseils pour les voix sopranos.

La vidéo sera publiée le 9 mai sur le site de francemusique.fr

Dernier élément, le Chœur de Radio-France va interpréter le célèbre « Carmina Burana » en version confinée, chacun chez soi. La vidéo sera publiée lundi 4 mai toujours sur le site de francemusique.fr.

Bonus track : les vidéos confinées des musiciens de Radio France

L’Orchestre National de France avait un fait un carton en mars (plus de 2,6 Million de vues) avec la version confinée du « Boléro » de Ravel. Dimitri Scapolan avait été le chef d’orchestre virtuel de cet orchestre reconstitué et confiné en montant les images et le son. Sacré gajeure.

Il y a une semaine, le Philarmonique de Radio France avait fait lui aussi sa version confinée des « Temps Modernes » de Chaplin dans une version très cinématographique.

Benoît Roux