07 Juil

Ennio Morricone, l’homme aux 500 musiques devenues des classiques

Sa musique est profondément humaine tout en touchant au divin. Le compositeur italien et chef d’orchestre Ennio Morricone jouait souvent les premiers rôles dans les films dont il a composé la bande originale. Des chefs d’œuvres gravés sur pellicule et dans les mémoires. On doit 626 œuvres à Mozart durant sa courte vie et presque autant à Morricone qui vient de s’éteindre à 91 ans. Des musiques qui sont devenus des classiques. Hommage à l’un des plus grands maestros de la musique.

Graffiti Mural à Rome. Photo : FABIO FRUSTACI via MaxPPP

De la toute première « Mission ultra-secrète de Luciano Salce en 1961 à la dernière « A rose in winter » de Joshua Sinclair, Morricone aura signé la musique de plus de 500 films. Sans compter toutes les musiques écrites pour la télévision et autres œuvres orchestrales. Des musiques souvent simples, 3 ou 4 notes qui vont à l’essentiel et des arrangements hors pair. Il savait aussi jouer des silences, des bruits, des sifflements, des instruments inattendus qui s’invitent dans une mélodie. Voici quelques chefs d’œuvres de son génie créatif.

Et tout d’abord, une chanson immortalisée par Joan Baez pour le film « Sacco et Vanzetti ». A partir de 2001, Ennio Morricone a privilégié la direction d’orchestre à la composition. C’est le cas ici 2007 à Venise.

Ennio Morricone – Here’s to you

Evidemment, celui qui l’a fait connaître n’est autre que son ami d’enfance Sergio Léone. Morriconne signera la musique de la plupart de ses westerns. L’art de la mise en perspective des images, une composition orchestrale fabuleuse et une écriture pour les voix splendide.

Ennio Morricone – Once upon a time in the West

Ennio Morricone – Le bon la brute et le truand

Morricone était d’abord un trompettiste de formation qui sera diplômé plus tard en direction d’orchestre. Ce qui transparait dans beaucoup de films comme l’émouvant « Cinéma paradiso ». Une version où l’on retrouve Yo-Yo-Ma et Chris Botti.

Ennio Morricone – Cinéma paradiso

Morricone a aussi beaucoup composé pour les réalisateurs français. Il signe par exemple une partie de la bande originale de « La cage aux folles », et participe au succès du film de Georges Lautner « Le professionnel ».

Ennio Morricone – Le professionnel

Mais aussi « Le clan des Siciliens » d’Henri Verneuil avec un orchestre classique mais aussi une section rythmique basse-batterie sur des envolées de cordes.

Ennio Morricone – Le clan des Siciliens

Mais pour moi sa composition la plus touchante, la plus aboutie c’était la BO du film « Mission » de Roland Joffé. Un thème obsédant, des cordes splendides, des voix divines. Un chef-d’œuvre d’une émotion incroyable. Une version du thème principal dirigée par le maestro en 2012 lors d’un concert de noël.

Ennio Morricone – Mission

Avec sa version de l’Ave Maria Guarani. Grandiose.

En 2016 il obtient enfin la consécration. Grand fan, Quentin Tarentino prendra à plusieurs reprises ses compositions. Pour « Les 8 salopards », il obtient enfin un Oscar (il n’a jamais eu de César).

Ennio Morricone – Les 8 salopards

La même année, son étoile est inaugurée sur l’Hollywood Boulevard. L’artiste resté dans l’ombre des images méritait au moins ça. Lui qui a tant magnifié les pellicules en les empreignant de sa musique puissante, riche et inoubliable. Grazie mille Maestro Morricone.

Benoît Roux

 

23 Juin

Disparition de Joan-Pau Verdier : l’hommage de Jean Bonnefon, Francis Cabrel et Eric Fraj

Grande voix rauque, artiste libre et engagé, Joan-Pau Verdier vient de nous quitter à l’âge de 73 ans. Dans les années 70, il a été l’un des premiers à moderniser la chanson occitane, à signer également dans une grande maison de disques. Poète d’une grande richesse aussi bien en français qu’en occitan, homme généreux et toujours à l’écoute, il aura marqué tous ceux qui l’ont rencontré lors de ses concerts et avec ses émissions de radio. Ses amis Francis Cabrel, Jean Bonnefon et Eric Fraj lui rendent hommage.

Joan-Pau Verdier dessiné par Yves Poyet Site Joan-Pau Verdier

Retour sur le parcours de cet artiste poète, musicien, chanteur et humaniste en 10 moments forts au travers des témoignages de ses amis Francis Cabrel, Jean Bonnefon et Eric Fraj. Ce dernier rappelle que Joan-Pau Verdier est parti pour la fête de la musique, petit clin d’œil.

1/ Les débuts en 1973

Joan-Pau Verdier a 26  ans. Il chante dans les cabarets musicaux à Bordeaux et à Paris. « Il a introduit du rock, du folk des notes qu’on n’avait jamais entendues », déclare Jean Bonnefon. Il signe alors son premier 33T L’Exil, où se trouve la très belle chanson dédié à l’artiste qui l’a toujours inspiré : Léo Ferré.

Joan-Pau Verdier – Maledetto, Léo !

En 1972, un autre artiste occitan émergeant le rencontre : Eric Fraj. C’était pour la Félibrée de Villamblard (24). Beaucoup de groupes folkloriques et des jeunes artistes plus modernes sont là, dont Joan-pau Verdier et Eric Fraj. « Je me souviens, tout le monde n’était pas d’accord pour que ces jeunes aient leur place. Le public était scindé en 2 et certains criaient : « les peluts (chevelus) dehors ! Je n’ai pas pu chanter très longtemps. Les gendarmes ont dû nous accompagner pour sortir. Joan-Pau a été très amical et chaleureux. Depuis, il a toujours été un ami fidèle qui m’a toujours accompagné ».  

2/ Les années Philips

J’étais Franchimant chez les Occitans et Occitan chez les Franchimants !

Joan-Pau Verdier a toujours marché sur ses 2 jambes : une française et l’autre occitane. Etudiant en Lettres, il a commencé par écrire en français. Puis il découvre les poèmes de son ami de lycée Michèu Chapduèlh. Il lui écrira ensuite des textes spécifiques. Dès le début de sa carrière, pour son premier disque, il est signé par une grande major : Philips. Un reniement pour certains occitanistes qui n’ont pas accepté qu’il parte de la maison de disques occitane Ventadorn. « Il a toujours gardé son esprit libertaire. Ce n’était pas un reniement mais l’occasion d’avoir les moyens de produire la musique qu’il voulait faire. Il a eu raison. C’était le bon moment car dans les années 80, avec la crise, ce n’était plus possible. » Eric Fraj sait de quoi il parle car à plusieurs reprises, il a failli signer chez Pathé Marconi ou d’autres maisons prestigieuses. Il avait raison : début des années 80, Jean-Paul Verdier n’est plus chez Philips.

3/ Pas un dieu, ni complètement un maître, mais son artiste : Léo Ferré

En 1975 sort le 33T « Faits divers » avec la célèbre chanson de Ferré traduite en oc : « Ni diu, ni mèstre ». Libertaire, anarchiste, le Limousin vouait une admiration sans fins à Ferré. Les 2 artistes se sont rencontrés à plusieurs reprises. En 92, Ferré lui donne carte blanche pour un album de reprises. Il décède un an plus tard. L’album est enregistré en 96 mais ne trouve pas de diffuseur. Léo domani sortira finalement en 2001 avec 17 chansons dont 2 inédits.

Joan-Pau Verdier – La mélancolie (2001)

4/ 1976-77 : les premières télés

« Signer chez Philips lui a ouvert les portes des médias nationaux et donné de l’envergure à l’occitan. » Eric Fraj se souvient de cette télé sur TF1 avec Danièle Gilbert à un moment de grande écoute. Nous étions le premier avril 1977.

Joan-Pau est invité par Léo Ferré qui dit de lui : « C’est un artiste vertébré qui écrit des choses vertébrées. » Il y chante « La ballade pour un paumé » qui figure sur l’album « Tabou-le-chat ». Plus tard, on le verra dans d’autres émissions en « prime-time ». Par exemple chez Maritie et Gilbert Carpentier.

Ou encore un dimanche de septembre 1973 dans l’émission Sport Eté présentér par Pierre Cangioni. Le championnat du monde cycliste se déroule en Espagne et Joan Pau parle de l’Occitanie. Il interprète « Chanti per tu ».

 

5/ 1977 : sortie de l’album-concept « Tabou-le-chat »

Toujours chez Philips, en français, un peu en oc, Verdier sort en 1977 un album concept comme il s’en faisait beaucoup à l’époque. La production est résolument moderne où fleurent bon les guitares électriques. Verdier poly instrumentiste. Il joue des guitares (électrique et acoustique), parfois de la basse, des percussions…

Joan-Pau Verdier – Tabou-le-chat (1977)

6/ 1980 : la BO du film de Jean-Pierre Denis

C’est là qu’intervient un autre ami du lycée Bertran-de-Born de Périgueux : le réalisateur Jean-Pierre Denis. Il obtient la caméra d’or à Cannes en 1980 pour son film « Histoire d’Adrien ». Il demande à son copain de faire la bande originale. Avec cette belle « Balade d’Adrien ». Au journal Sud-Ouest, le cinéaste confie : « Il chantait Brel, Brassens, Ferré en français. Sa voix était là. L’occitan est venu après. »

Joan-Pau Verdier -La balade d’Adrien

7/ 1991-1995 : Bigaroc, Francis Cabrel…

1990, Francis Cabrel vient de terminer l’album Sarbacane. A Astaffort, l’artiste propose à ses amis qui viennent de monter un nouveau groupe d’enregistrer dans ses studios avec Ludovic Lanen, réalisateur du disque de Cabrel. « Bigaroc est né. Un groupe volontairement éphémère (1 album et 5 ans d’existence) où l’on retrouve le groupe Peiraguda (Jean Bonnefon, Patrick Salinié entr’autres, séparés en 1988 et reformés en 2003), Joan-Pau Verdier et Blue Jean Rebels.

Joan-Pau Verdier et Jean Bonnefon Site Facebook Jean Bonnefon DR

Francis Cabrel donnera toujours un coup de main à ses amis. Il rend hommage à Joan-Pau : « Quelle tristesse, le grand Joan-Pau qui disparaît. Sa marque est immense en faveur du renouveau occitan ». 

Peiraguda, Francis Cabrel et Jan de Nadau – 2017

8/ 1998 Meitat-chen, meitat-pòrc sur les antennes de Radio-France

Jean Bonnefon prend les rênes de Radio-France Périgord. L’idée d’une émission occitane d’une heure et hebdomadaire est pour lui une évidence. « Je l’ai immédiatement proposée à Joan-Pau. Elle devait s’appeler « 100% occitan ». Mais Joan-Pau m’a dit que ça ne sonnait pas bien. Il a donc choisi « Meitat-chen, meitat-porc » (moitié chien, moitié porc). Nous avons 2 dialectes dans le Périgord : le languedocien au sud, le limousin au nord. Ces variantes étaient présentes à l’antenne. Un vrai succès! »

Il y avait Joan-Pau, les chroniques de Daniel Chavaroche et Martial Peyrouny qui a cédé sa place il y a une paire d’année à Nicolas Peuch.

Joan-Pau était encore à l’antenne de France Bleu Périgord juste avant le confinement.

 

9/ 2001 : Verdier, Salinié, Bonnefon chantent Brassens

Pour les 20 ans de la mort du Sétois, les 3 copains Salinié-Verdier-Bonnefon s’offrent Brassens. 5 ans plus tard, ils récidivent, toujours avec autant de précision et de gourmandise. 2 disques mais aussi de nombreux concerts qui se poursuivent.

Verdier, Salinié, Bonnefon… Site Facebook Jean Bonnefon DR

 

10/ 2010, l’ultime album « Les rêves gigognes »

Entre chansons françaises et rock d’Occitanie, Verdier poursuit son chemin poétique. 16 chansons originales où Joan-Pau revient à l’écriture et la composition, entouré de bons musiciens. Le bilan d’une vie, des moments gigognes, qu’il retrace en chanson dans une belle richesse musicale. Par ailleurs, « Tabou-le-chat » et « Chantepleure » sortent enfin en CD.

PUNT de VISTA présenté par Denis Salles à l’occasion de ces parutions

Les obsèques de Joan-Pau Verdier auront lieu mercredi 24 juin, au cimetière de Chancelade (Dordogne), près de Périgueux, à 16 heures. Adiu Joan-Pau !

Rosina de Peira, Joan-Pau Verdier, Claude Marti, Jean Bonnefon et Martial Peyrouny derrière Photo site Facebook DR

SITE JOAN-PAU VERDIER

FACEBOOK JEAN BONNEFON

SITE ERIC FRAJ

 

21 Juin

L’Orchestre National du Capitole de Toulouse rend hommage à Mady Mesplé

L’Orchestre National du Capitole du Toulouse a retrouvé la Halle aux Grains vendredi soir pour un concert de retrouvailles avec Renaud Capuçon. Jeudi 25 juin, c’est au Théâtre du Capitole que l’orchestre donnera un concert exceptionnel en hommage à Mady Mesplé, une fidèle du lieu. La grande soprano s’est éteinte le 30 mai 2020. L’ONCT n’a pas voulu attendre la nouvelle saison pour lui rendre hommage.

©FREDERIC CHARMEUX/AU THEATRE DU CAPITOLE, REMISE DE LA MEDAILLE DE L’ ORDRE NATIONAL DU MERITE A MADY MESPLE via MaxPPP]

Un concert avec les airs qu’elle aimait

La toulousaine Mady Mesplé était l’une des plus grand soprano colorature de l’après-guerre. Comme l’ONCT elle affectionnait la musique française et elle l’a faite résonner sur les plus grandes scènes.

Jeudi soir au Théâtre du Capitole où elle ne manquait pas une représentation même à la retraite, on pourra entendre du Francis Poulenc : Nocturne n°4 en ut mineur « Bal fantôme », « Montparnasse » et « Métamorphoses ». Des airs moins célèbres que l’« Air des clochettes de Lakmé » de Léo Delibes qui l’a révélée au grand public mais qu’elle a enregistré de nombreuses fois notamment avec son chef de prédilection Georges Prêtre.

Autre compositeur français, Gabriel Fauré avec au programme « L’horizon chimérique  » et le Requiem. Pour compléter la soirée, un extrait de Tristan und Isolde (« Mort d’Isolde ») de Wagner et des passages d’Ariadne auf Naxos de Richard Strauss dont voici son interprétation en 1966.



4 cantatrices et un baryton

Sur la scène du Capitole, tout d’abord une cantatrice bien connue des Toulousains : Anaïs Constans. Elle sera l’un des 3 sopranos qui chanteront sur le même registre que Mady Mesplé. La révélation des Victoires de la Musique 2015 sera épaulée par Catherine Hunold et Céline Laborie. Sophie Koch qui comme Mady a beaucoup chanté les musiques française et allemande assurera le répertoire côté mezzo. 

Anaïs Constans au concours international de chant de Montréal (2015)

Le baryton Stéphane Degout programmé pour la prochaine saison du Capitole sera sur scène. Les artistes seront accompagnés par les pianistes Nino Pavlenichvili, Miles Cléry-Fox et Robert Gonnella, Christophe Larrieu. c’est Alfonso Caiani qui dirigera l’orchestre. 

Une soirée qui s’annonce émouvante. Comme pour les 3 concerts exceptionnels prévus, celui-ci est destiné aux abonnés historiques du Théâtre du Capitole, aux donateurs ayant renoncé au remboursement de leurs billets, ainsi qu’à quelques associations.

Mady Mesplé et Jeanine Reiss décédée juste après la grande cantatrice. Elles interprétaient en 1982 « Le rossignol et la rose » de Camille Saint-Saëns

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Benoît Roux

02 Juin

Hommage à Mady Mesplé, grande soprano restée fidèle à Toulouse

Mady Mesplé, le talent du chant lyrique à l’état pur. Elle fait une carrière internationale mais elle reste toujours simple, abordable et fidèle à sa ville : Toulouse. La grande cantatrice est décédée samedi dernier. Elle était l’une des dernières soprano colorature mythique de l’après-guerre. Une légende qui s’éteint, quelques semaines après la disparition d’un autre astre vocal toulousain : Gabriel Bacquier.

Mady Mesplé reçoit la légion d’honneur des mains du chef d’orchestre Georges Prêtre ©LA DEPECHE DU MIDI via MaxPPP]

Pour tous les amoureux du chant lyrique, l’évocation de son nom réveille des sensations et titille les oreilles. Mady Mesplé c’est l’incarnation d’une grande classe dans l’interprétation, d’un don vocal naturel, et d’une humanité profonde.

Une voix stratosphérique

Même pour ceux qui ne l’ont pas entendu sur scène, Mady Mesplé c’est une grande voix de soprano légère dans la lignée de Mado Robin ou Nathalie Dessay plus près de nous. D’ailleurs son prénom au civil était Madeleine, qu’on appelait Mado à Toulouse. Mais comme il y avait déjà une Mado Robin, elle est devenue Mady Mesplé !

A son compteur vocal, 3 octaves et une voix de « rossignol » qui pouvait aller très très haut, notamment dans l’air célèbre de « La Reine de la Nuit » de Mozart. Sans parler technique, on sentait beaucoup d’aisance dans sa voix, une habilité et une très grande classe qui rendait l’auditeur ou le spectateur très attentif et surtout admiratif.

« Le chemin était tout tracé. Je n’ai pas l’impression d’avoir choisi . J’avais une voix juste, et ça c’est un don. Qu’est-ce qu’on peut faire contre cela ou pour cela ? », confiait-elle à France-Musique.

Hommage à Mady Mesplé | Archive INA

C’est dans les années 50 que tout a commencé. Précisément en 1953 dans le célèbre « Air des clochettes de Lakmé » de Léo Delibes. Un rôle presque taillé pour elle, aux suraigus ravageurs, une interprétation dont elle sera la référence et dont elle fera un tube. Mais Mady Mesplé ne se cantonnera pas à un seul registre, un seul répertoire. De nature très curieuse et ouverte, elle s’est glissée dans les grands classiques du lyrique comme dans des œuvres contemporaines plus audacieuses (Boulez, Schoenberg, Betsy Jolas…).

Pas sectaire non plus, elle a interprété aussi de nombreuses opérettes que beaucoup considéraient comme un répertoire mineur. Elle a beaucoup fait aussi pour rendre populaire son art dans un milieu classique un peu guindé. C’est ainsi qu’elle participa à de nombreuses émissions de Jacques Martin et de Pascal Sevran pour démocratiser l’art lyrique. Sa voix était un régal et sa manière de parler de son art, de le partager, tout autant.

Heure exquise extrait de La veuve joyeuse (F. Lehar) filmé par FR3 Aquitaine en 1983

L’une de ses ultimes apparitions scéniques remonte au 14 mai 1990. C’était au théâtre des Champs-Elysées à Paris lors d’un hommage à Régine Crespin. Elle interprète « La dame de Monte-Carlo » de Francis Poulenc et Mady Mesplé est en famille. Elle chante avec l’Orchestre national du Capitole dirigé par Michel Plasson. A presque 60 ans, la magie est toujours intacte.

Mady Mesplé « La Dame de Monte-Carlo » Orchestre national du Capitole dirigé par Michel Plasson



Toulousaine sous tous les registres

Née le 7 mars à Toulouse, sa famille habite à quelques portées du Capitole. Dès son plus jeune âge (4 ans) sa mère l’emmène à l’opéra. Une vraie révélation pour Mady qui restera fidèle au Capitole toute sa vie. « J’ai eu le choc de ma vie, à l’âge de quatre ans, en assistant à une représentation de Faust au Capitole de Toulouse… »  confie-t-elle lors d’un entretien à France Musique. Très rapidement, elle enchaîne avec du solfège, puis des cours de piano. Bercée par le Bel Canto, un professeur vient même à domicile pour lui donner des cours tant et si bien qu’elle intègre le Conservatoire de sa ville dès l’âge de 7 ans et demi. Elle aura comme professeurs Clara Malraux, l’épouse de l’écrivain et Ministre, mais aussi Raymonde Blanc-Daurat, la femme de Didier Daurat, le célèbre pionnier de l’aéropostale. Tout ceci alors qu’elle est issue d’un milieu modeste, ce qui a un peu freiné sa carrière lorsqu’il a fallu partir à Paris. Madame Izar -l’épouse du directeur du Capitole- sera son professeur de chant. Cette même famille qui a des attaches en Belgique et qui la fera débuter à l’opéra de Liège en 1953 dans son rôle fétiche : « Lakmé » de Delibes.

« L’air des clochettes de Lakmé » (Léo Delibes) 1966 INA

S’en suivra la carrière internationale que l’on connaît. Elle s’est produite dans les plus grandes salles du monde, notamment au Metropolitan Opera House de New York en 1973. Mais elle n’a pas oublié pour autant ses racines toulousaines et occitanes, ni sa passion perpétuelle pour le chant.

C’était une boulimique de musique , déclare Christophe Ghristi directeur artistique du Théâtre du Capitole. Elle venait à tous les spectacles au Théâtre du Capitole, avec une soif d’entendre de la musique. Il lui en fallait toujours plus.


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Benoît Roux

22 Mai

Avec Mory Kanté, l’Afrique perd encore un grand ambassadeur de la musique

Après Idir, Manu Dibango et Tony Allen, l’Afrique perd encore l’un de ses artistes qui a su dépasser les frontières du continent. Le Guinéen Mory Kanté est décédé ce vendredi matin à l’âge de 70 ans. A l’instar de ses confrères africains, son parcours musical alterne entre tradition et audaces occidentales, dont le fameux tube planétaire Yéké Yéké.

Pochette du 45T Yé Ké Yé Ké

Yéké Yéké à la conquête du monde en 1987

Les années 80, synonymes de l’apparition de la world music. Et comme dans toutes les vagues, il y a du bon et du moins bon, de l’opportunisme et de la singularité. Au tout début de ces années, Mory Kanté commence à lorgner sur d’autres musiques aux sonorités plus modernes. Il enregistre sur un label américain et songe à partir à la conquête de l’occident. Il a déjà enregistré Yéké Yéké une première fois. Pas vraiment satisfait du résultat, il songe à faire une version plus moderne.

Ces années 80, c’est aussi le moment où d’autres artistes africains commencent à se faire une place en France et ailleurs. Il y Salif Keita avec qui il a déjà joué, mais surtout Youssou N’Dour, Ismaël Lô ou encore Ray Lema. Avec des bases traditionnelles, ils ont fait l’apport d’autres instruments, d’autres sons pour conquérir l’Europe et les USA. 1984, il s’installe en France. Plusieurs producteurs montrent le bout de leurs oreilles, dont l’Anglais Nick Patrick. 1987, ils enregistrent l’album Akwaba Beach. 1988, ils partent à la conquête du Top 50 déjà squatté par les tubes world d’Ofra Haza et Johnny Clegg. Les cordes de la kora sur un rythme diabolique, une production efficace. Le chant des griots mandingues fait son entrée dans les boîtes de nuit.

Résultat : 5M d’exemplaires vendus dans le monde, disque d’or dans plusieurs pays dont la France et Victoire de la musique du meilleur album francophone en 1988. 2 ans plus tard, les mêmes -Mory Kanté, le producteur Nick Patrick et Philippe Constantin du label Barclay- tentent une récidive avec l’album « Touma ».

Un long parcours africain auparavant

Comme beaucoup d’artistes d’Afrique de l’ouest, Mory Kanté est issu d’une famille de griots. Une tradition orale qu’il perpétue en chantant, mais aussi en jouant de la guitare, du balafon puis de la kora que l’on entend sur Yéké Yéké. Il étudie les rites et les chants puis s’exile au Mali. Il est alors repéré par la célèbre formation du Rail Band de Bamako du saxophoniste Tidiani Koné. Dans ce même groupe se trouve un certain Salif Keita qui s’en va en 1973. C’est Mory Kanté qui le remplace comme chanteur, s’illustrant dans des morceaux de pur funk à la James Brown, comme « Moko Jolo » enregistré en 1974 avec le Rail Band ou sur un afrobeat façon Fela à la sauce mandingue.

Il fait ses armes et sa renommée s’amplifie en Afrique de l’ouest. Elle s’amplifie grâce à un ballet mandingue réunissant 75 artistes traditionnels et modernes qu’il dirige sur la scène du Centre culturel français d’Abidjan. C’est pour ce ballet que Jacques Higelin l’invité sur scène pour son spectacle à Bercy en 1985. A côté de lui, il y a aussi une autre étoile montante de la world invitée : Youssou N’Dour. Il fait aussi partie de la trentaine d’artistes africains qui participent à l’opération « Tam Tam pour l’Ethiopie » dirigée par Manu Dibango. C’est là que Philippe Constantin du label Barclay le repère. Plus tard, c’est le célèbre pianiste américain David Sancious (Bruce Springsteen, Eric Clapton, Peter Gabriel) qui le prend sous son aile et produira un album. 

Après ces visées internationales, Mory Kanté revient en Afrique. Il avait pour projet de monter à Conakry (Guinée) un grand centre de promotion de la culture mandingue avec studios d’enregistrements et salle de spectacle. Mais hélas ce projet ne verra pas le jour au vu des difficultés économiques de son pays. En 2012, il sort son dernier album « La Guinéenne ». Le président Guinéen Alpha Condé lui rend hommage sur son compte twitter.

La culture africaine est en deuil. Mes condoléances les plus attristées. Merci l’artiste. Un parcours exceptionnel. Exemplaire. Une fierté.

 

Benoît Roux

 

18 Mai

Le prodige du blues Lucky Peterson est mort

C’était une légende du blues. L’américain Lucky Peterson est décédé ce dimanche 17 mai à l’âge de 55 ans. Son instrument de prédilection, c’était la guitare. Mais avant de savoir parler, il avait appris l’orgue. Musicien multi-instrumentiste, chanteur à la voix rauque, showman incomparable, il avait un lien privilégié avec la France. C’est d’ailleurs sous le label français Jazz Village qu’est paru son ultime album.

Lucky Peterson – Photo site Jazz Radio

Il jouait de la guitare comme il respire : naturellement et sans se poser de questions. Mais c’était aussi un organiste hors pair qui faisait ce qu’il voulait sur ce bon vieux orgue Hammond. Tel Miles Davis à la trompette, il savait creuser le son, aller toujours en profondeur pour explorer toutes les sonorités. Il a été repéré dès l’âge de 5 ans par son grand maître Willie Dixon. C’est aussi à cet âge-là qu’il a enregistré… son premier disque!

Et comme tous les grands, il était resté simple, n’hésitant pas à venir jouer au milieu de la salle ou après un concert avec son public. J’ai eu le privilège de le voir au tout début de sa carrière en France. Pour tout grand amateur de blues, ce monsieur avait tout compris.

Every Day I Have The Blues, Jazz in Marciac 2016

Il respirait cette musique, savait précisément comment la jouer. Avec des sons extraordinaires sortis de sa guitare ou de son orgue Hammond. Un toucher fantastique quel que soit l’instrument et sa voix ardente pour l’accompagner.

Mais sa musique ne se limitait pas au blues : il y avait de la soul évidemment, une posture rock, du gospel (un disque hommage à Mahalia Jackson) et même des pointes de reggae come sur ce titre : « The blues is Driving me ».

Ce titre est un extrait de son ultime album 50 Just Warming Up! sorti sur le label français Jazz Village après avoir travaillé aussi avec le label de Francis Dreyfus. Un disque pour fêter ses 50 ans de carrière. Lucky Peterson avait parfaitement digéré l’héritage de ses aînés Robert Johnson, Buddy Guy, John Lee Hooker. Mais comme d’autres bluesman de sa génération (Robert Cray, Kevin Moore), il apportait une touche de modernité. Il laisse une trentaine de disques et des souvenirs inoubliables pour ceux qui l’ont vu en concert.

Benoît Roux

 

03 Mai

Le chanteur Kabyle Idir, chantre de la fraternité, est mort

Sa famille a annoncé hier soir le décès du chanteur kabyle Idir à l’âge de 70 ans. Ce fils de berger qui avait fait des études de géologie est arrivé dans la chanson un peu par hasard, mais aussi par conviction et par amour. On retiendra son engagement pour la culture kabyle et contre les obscurantismes religieux. Sur fond de grande humanité.

©PHOTOPQR/LE PROGRES/THEVENOT LAURENT – via MaxPPP

Hamid Cheriet est un enfant modeste du petit village d’Aït Lahcène (kabylie, Algérie). Une enfance bercée par la poésie, l’atmosphère magique des veillées familiales empreintes de traditions orales. Un terrain propice à la modestie et à l’écoute de l’autre. Plus tard, sous son nom d’artiste, Idir sera aussi un homme discret.

De sa voix chaude et envoutante, il a réussi à conquérir un public au-delà de son pays. En 1976, avec « A Vava Inouva » chanté en berbère, il a connu le succès dans près de 80 pays, traduit dans une quinzaine de langues. Un morceau sous forme de berceuse, le premier tube d’Afrique du Nord magnifié par sa voix chaleureuse, qui a fait prendre à sa culture natale une autre dimension.

La fraternité en étendard

Le parcours artistique d’Idir n’est pas une longue ligne droite sans cassures. Notamment par le fait qu’il a dû quitter son pays pour s’établir à Paris. Mais aussi parce-qu’il était loin du show-biz et de toute préoccupation carriériste. Plusieurs fois il a mis en suspens la musique, arrêté la production discographique, la scène. Mais il n’a jamais rangé ses valeurs. Notamment avec l’album « Identités » sorti en 99 où il invite Manu Chao, les Bretons Gilles Servat et Dan ar Braz, Zebda ou encore le grand chanteur Ougandais Geoffrey Oryema. Toujours la fraternité des peuples. Surtout quand les cultures sont minorisées.

Idir interprétant le Se Canta (occitan) à l’Etivada de Rodez

L’hommage des bretons à Idir.

En 2007, en plein débat sur l’identité nationale, il sort un disque républicain « La France des couleurs » où il défend la diversité. Sa voix, ses chansons respirent l’ouverture, le partage, l’humanité, le voyage aussi. Comme le rapelle Le Monde, Pierre Bourdieu disait de lui : « Ce n’est pas un chanteur comme les autres. C’est un membre de chaque famille. »

Hommage de France 24

Un poète engagé des temps modernes

L’humanisme profond de l’homme se retrouve dans sa voix. Idir est avant tout un interprète. D’ailleurs en 2017 sur l’album « Ici et ailleurs », il reprend Lavilliers, Aznavour, Cabrel, en langue berbère. C’est aussi un musicien qui a d’abord appris l’instrument des bergers : la flûte. Viendra ensuite la guitare, puis les instruments traditionnels : bendirs, darboukas. Comme bon nombre d’artistes issus de cultures minorisées, il a pris les bases traditionnelles kabyles et les a modernisés. Tel des Nadau, Marti pour l’occitan, Dan ar Braz ou Malicorne chez les bretons, I Muvrini pour la Corse il n’a pas hésité à mettre de l’électrique, du moderne, sans renier quoi que ce soit.

En langue berbère, Idir signifie « Il vivra ». Cet admirateur de Brassens disait qu’une chanson valait 1 000 discours. Son oeuvre musicale n’est pas très quantitative, mais il aura marqué le paysage musical.

Hommage de Berbère Télévision

Benoît Roux

 

18 Avr

Mon conte de Monte-Cristo. Hommage à Christophe.

Un brin solitaire, une once dans la lumière, tel était Daniel Bevilacqua : Christophe, prince de l’élégance, apôtre chic de la nonchalance. Bevilacqua, né à Juvisy mais aux assonances corse et italienne. Je voudrais lui faire cet hommage sensible, si possible différent; comme il l’était. Je l’imagine corsaire de la musique, sur la petite île de Monte Cristo. Capitaine atypique d’un bateau bardé de claviers, toujours prêt à faire une embardée pour des territoires nouveaux. Voici mon conte de Monte-Cristo.

©PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/Alexandre MARCHI via MaxPPP

Ca fait bien longtemps que Christophe à quitté Aline et autres Marionnettes yé-yé. Pour moi Christophe ce n’est pas ça, juste un moment de jeunesse avant de trouver sa vraie identité. Un Paradis perdu qu’il faut un jour quitter, entendre une dernière fois ses idoles Eddie Cochran, Gene Vincent… C’est assez étonnant le décalage qu’il y a eu longtemps entre certaines de ses chansons un peu faciles, presque kitchs, et sa personnalité sophistiquée, élégante, perfectionniste.

Christophe c’est le maître du son, chantre des nappes synthés, des atmosphères sonores, scrutant les horizons jusqu’aux profondeurs des abysses. Tel un Manset ou Bashung, il a chez lui la nostalgie de paradis perdus, une quête poétique inassouvie.

Ses paysages sonores sont à l’infini, des univers, où se raccrochent des mélodies. Oui c’était un grand mélodiste, la note juste, sans excés. Un interprète aussi, de sa voix fragile et désabusée, sur les cimes des crêtes, funambule en détresse. En quête d’amour, de sensualité sur des terrains glissants et aux contours déroutants. Comme le morceau J’lai pas touchée en touches sensorielles.

Des titres trompeurs qui cachent des lettres poétiques un brin désabusées comme cette supplique à la princesse Stéphanie Ne raccroche pas. L’amoureux des voitures a parfois frôlé la sortie de route sur des mots faciles, mais la force de sa musique l’emporte souvent. Tel un autre grand mélodiste : Michel Polnareff celui de Lettre à France ou Goodbye Marylou. Comme marieur de notes, Christophe est moins à l’aise dans les rythmes avec des batteries souvent prétexte et des basses improbables.

©PHOTOPQR/LE PARISIEN : OLIVIER LEJEUNE JEAN-MICHEL JARRE ET CHRISTOPHE (CHEZ LUI) via MaxPPP

Il a souvent confié ses mots à Jean-Michel Jarre (Les mots bleus, Paradis perdus, Senorita…) mais aussi à Boris Bergman, souffleur de mots, l’auteur des premiers Bashung. Parfois il les a abandonnés pour des morceaux presque sans paroles, des onomatopées. Il y a eu aussi ce Paradis retrouvé, en yaourt anglais ou les mots n’ont plus de sens mais juste une forme et du son.

Une œuvre souvent sombre et belle ou rien n’est certitude ou tout est amplitude. Impossible d’y coller des étiquettes, si ce n’est celle d’un dandy aux commandes d’un OVNI pour des expérimentations en tous genres. Sa parole est pesée, rare. 

Album « Aimer ce que nous sommes »

En 2008, il sort un pur bijou sonore Aimer ce que nous sommes, disque magnifique, splendide dans sa diversité, sa quête des sons aux guitares déchirées. Un travail de longue haleine où l’on retrouve les plus grands musiciens mais aussi Isabelle Adjani, Daniel Filipacchi ou son ami, celui qui l’a découvert et l’a produit : Francis Dreyfus. Un disque aérien, grandiose où les genres se croisent et s’entrecroisent. Sans doute la consécration, la constellation parfaite. 

Quatre plus tard, sa production ultime, il nous laisse avec Les vestiges du chaos. L’équilibriste funambule a fini par tomber. Le capitaine des claviers vaisseaux est parti sur un autre ilôt.

Il y aura toujours mon île du comte de Monté Cristo. Une île que l’on aime retrouver, se réfugier et se perdre pour d’autres voyages. Ciao belissimo!

Photo : MaxPPP

Bonus Track : le making off de l’album Aimer ce que nous sommes

Le périple musical de cet album magnifique. Où l’on voit tout le travail de recherche de l’artiste.

24 Mar

L’immense artiste Manu Dibango est mort

Emmanuel N’Djoké Dibango est mort. Comment résumer la vie et l’oeuvre de cet immense artiste, pluri-instrumentiste et grand humaniste? Impossible tellement sa longue carrière (plus de 70 ans) est riche, variée, généreuse et dépasse le cadre artistique. Retour sur quelques jalons qui font de lui un homme et un artiste à part.

3 août 2019. Manu Dibango  est sur la scène de Marciac avec sa formation favorite : le Soul Makossa Gang. Il a 85 ans. Et si on ne le sait pas, ça ne se voit pas. Ça ne s’entend pas tellement il est à l’aise. La joie partagée sur scène et sous le chapiteau.

Il viendra à quatre reprises dans le Gers. Jean-Louis Guilhaumon se souvient de l’artiste dans cet article de France 3 Occitanie.

Manu Dibango c’est d’abord Soul Makossa. Ce qui n’était au départ qu’une face B (et oui on parle des années 70 et des 45T) composée pour la coupe d’Afrique des Nations qui se déroule dans son pays (Cameroun), « Soul Makossa » va devenir le plus gros tube africain de tous les temps. Version 1972.

Soul Makossa tube planétaire plagié par Jackon et Rihanna

Le morceau et ses riffs de sax vont faire le tour du monde. A tel point que le King Michael Jackson lui même se laisse influencer avec son titre  « Wanna be startin’ something ». Ce qui lui vaudra un procès et une condamnation pour plagiat. Plus tard, c’est Rihanna qui utilise le thème dans son hit « Don’t stop the music ». 

Un camerounais très vite en France

Né au Cameroun le 12/12/1933, Manu Dibango arrive en France en 1949. Son père veut l’envoyer faire des études en Europe. Sa famille d’accueil se trouve dans la Sarthe. Il apprend plusieurs instruments et rencontre un compatriote camerounais fan de Jazz : Francis Bebey, l’interprète d’Agatha merveilleusement repris par Rachid Taha. C’est un peu son initiateur dans le domaine. Plus tard, il forge son expérience scénique dans plusieurs boîtes bruxelloises avec différents groupes.

Un artiste inclassable

Début 1962, il compose même un twist. S’en suit une aventure africaine.

De retour en France, il cotoie Dick Rivers et Nino Ferrer avec qui il joue de l’orgue Hammond. Mais pas que.

Il sera son chef d’orchestre pendant 4 ans, arrangeur de la chanson Mamadou Memé. Sa curiosité l’amènera à cotoyer aussi Claude Nougaro, Gainsbourg, mais aussi… Mike Brant ! Plus tard il jouera avec les Fania All Stars. Là ça respire latino. Ensuite Fela Kuti… Indomptable le lion du Cameroun. Inclassable surtout. 

Retour aux racines

1982 sort l’album « Waka Juju », mélange hétéroclite de différents styles  très avant-gardiste. Symbole d’un artiste qui n’aime pas se répéter. 2 ans plus tard, avec Martin Meissonnier aux manettes, le deuxième tube planétaire : Abela Dance.

Un disque qui lui ouvrira les portes de grands musiciens tels Bill Laswell et Herbie Hancock.

Mon coup de coeur : Wakafrika (1992)

Un tout jeune label (celui de la Fnac) vient de se monter. Son directeur (Yves Bigot) veut frapper un grand coup. Ce sera Wakafrika, avec une pléiade d’artistes qui revisitent des standards.

C’est un peu le « We are the world » version africaine. On y retrouve des Africains Youssou N’dour -qui a la lourde tâche de reprendre Soul Makossa- King Sunny Adé, Salif Keita, Papa Wemba, Touré Kunda, Angélique Kidjo, Geoffrey Oryema, Ladysmith Black Mambazo. Et des stars internationales : Peter Gabriel, Sinéad O’Connor, Dominic Miller (guitariste de Sting), Manu Katché… La world musique n’a pas produit que des chefs d’oeuvre mais celui-ci en est un. Grâce aux artistes et à une production intelligente. 
Ami Oh! Voix : Papa Wemba & Angélique Kidjo. Batterie : Manu Katché.

Chevalier des Arts et des Lettres en France, artiste de l’Unesco pour la paix, tout récemment (2017) honoré d’un Lifetime Award pour l’ensemble de sa carrière, l’oeuvre de l’artiste est à la hauteur de ses valeurs humaines : à multiples facettes et grandes. Ciao Manu. Je continuerai à t’écouter.


Merci à RFI où j’ai trouvé une biographie très complète. Pour aller plus loin et mesurer l’éclectisme et la générosité de l’artiste, interview en octobre dernier sur TV5 Monde. Elle revient sur plus de 60 ans de carrière.

Benoît Roux