28 Nov

GoGo Penguin : un live tonitruant chez les Beatles

Il y a quelques mois, le trio mancunien sortait l’un des meilleurs disques de l’année. Confinés, ils sont allés enregistrer un live dans le célèbre Studio 2 des Beatles. Histoire de roder le disque avant une tournée toujours reportée. Tout simplement impressionnant.

Ceux qui connaissent ce blog savent que le Trio GoGo Penguin est l’un de mes groupes préférés. La découverte de cette formation à l’occasion de leur cinquième et dernier album a été un véritable choc. Une musique totale, impressionnante techniquement, sans devenir élitiste. Déjà dans cet article je disais combien ce groupe était bluffant à l’écoute de l’album. Il est encore plus stratosphérique en live. A propos de live, en voici un… Ou presque.

29 octobre 2020 live streaming a Abbey Road

En 2015, le groupe GoGo Penguin enregistre dans les studios mythiques londoniens des Beatles. Dans la foulée de leur dernier album éponyme GoGo Penguin, le groupe devait partir en tournée. Pour ne pas tourner en rond et roder les morceaux, ils décident donc de faire un live d’une demi-heure avec 7 titres en direct. « Nous avions enregistré un EP au Studio 2 et avions adoré ce lieu et, d’une manière ou d’une autre, il était logique de filmer un concert ici », confie le bassiste Nick Blacka. C’est devenu un procédé en vogue actuellement : les fans achètent un lien pour le streaming comme ils auraient acheté un billet. Au vu de ce disque, ils n’ont pas du être déçus. Pour ceux qui l’auraient manqués, le disque vient de sortir.

GoGo Penguin Live Studio 2 – Atomised

Mélange de jazz contemporain, de musique répétitive, d’électronique, les musiciens délivrent un cocktail survitaminé. « C’est un endroit vraiment spécial et on cherchait un lieu intime dans lequel nous pourrions retrouver l’excitation incomparable de la performance live » raconte le pianiste Chris Illingworth sur le site Qobuz. Même son de caisse claire pour son compère batteur : « Quand nous jouons, nous interagissons toujours les uns avec les autres mais aussi avec le public. Les gens et l’énergie dans l’espace font autant partie de la performance que nous. Le Studio 2 est habité par les fantômes des musiciens incroyables qui s’y sont produits. Il y a une atmosphère qui lui est propre. On ressent vraiment l’étendue du temps, tout ce qui s’est passé avant vous et qui continuera de se passer après vous. »

Une prouesse musicale en live

Déjà plus que séduit par l’album studio, ce faux-vrai live ne fait que prolonger et démultiplier le plaisir. Sur les 7 morceaux, 4 sont extrait de l’album paru en 2020. Les 3 musiciens sont au top de l’osmose musicale. Rarement une musique en trio est aussi pleine, complémentaire, enivrante. Le piano part à l’attaque, sur des notes un peu aigues, la batterie creuse les sillons derrière et la basse approfondit. Le son est magnifique, la dextérité impressionnante, sans devenir encore une fois le concours de technicité que l’on sent parfois dans le jazz.

GoGo Penguin Live Studio 2 – Petit_a

Dès le premier morceau « Totem » c’est comme un volcan en ébullition qui se libère de l’intérieur. Quant au dernier « Protest » c’est l’apocalypse, la fusion totale qui anéantit tout. Un morceau incroyable de puissance. Un déluge musical qui vous emporte on ne sait où.

Les titres extraits de leur dernier album sont à la fois proches de la version studio -tant il y avait déjà un esprit live- mais encore plus libérés, dans la fusion et l’osmose pour le son commun. On a du mal à imaginer que c’est bien du live au vu de la performance et de l’absence d’applaudissements, mais le groupe a bien confirmé que tout avait été enregistré one shot et diffusé par la suite. Du Brésil au Japon et bien sûr au Royaume-Uni, GoGo Penguin avait réuni des milliers de fans en streaming. Un moindre mal mais qui ne fera pas oublier qu’il faut vraiment les voir sur scène. 

Certainement l’un des groupes les plus intéressant et surprenant du moment. Pas étonnant qu’il soit signé par le célèbre label Blue Note. Si vous cherchez un cadeau pour Noël, je vous recommande ce live, ou l’album studio, une place de concert… Ce sera un sacré choc.

SITE OFFICIEL

SITE BLUE NOTE

Benoît Roux

 

25 Nov

Le live confiné de Nick Cave : la beauté sans artifice

Dans un monde culturel toujours à l’arrêt, ce joyau confiné de l’artiste Australien Nick Cave est une percée de lumière dans un ciel noir. 22 titres enregistrés seul au piano cet été à Londres, des chansons sans artifice, à fleur de peau qui inventent un nouveau genre. Le disque vient de sortir. En attendant la vidéo.

Idiot Prayer de Nick Cave. Photo de l’album

Un piano, installé dans le magnifique Alexandra Palace de Londres, un 23 juillet. Nick Cave s’installe. Pas de public. Juste les résonances de 35 ans de carrière, des extraits de 17 albums dont le magnifique petit dernier Ghosteen. Alors que les artistes se cherchent et les maisons de disques expérimentent, Nick Cave propose cet été de jouer en live seul au piano pour un Livestream payant. Le concert est alors retransmis en direct pour son public qui a payé pour obtenir le lien. Les chansons sont sombres mais l’interprétation brillante. L’engouement est tel que plusieurs personnes n’arrivent pas à se connecter. Mais les veinards qui ont pu le voir ne sont pas avares d’éloges. Alors finalement le concert se retrouve sur certaines plateformes vidéos, puis retiré. Jusqu’à la sortie d’IDIOT PRAYER en disque et version numérique le vendredi 20 novembre.  

Euthanasia – IDIOT PRAYER: Nick Cave Alone at Alexandra Palace

Une colère contenue, une émotion permanente, le souffle, les silences, les résonances du piano, tout est magnifique. Ne manquent que les applaudissements. Et bien non, justement. Ce live sans réaction du public permet de rester dans l’intime, de profiter jusqu’à la dernière goutte de ce breuvage enivrant. Vraiment un nouveau genre, un joyau brut que rien ne perturbe. Le funambule est en permanence en équilibre. Il pourrait sombrer, cherche ses respirations, reprend le dessus, se maintient dans l’épure et laisse la musique le guider.

Galleon Ship – IDIOT PRAYER: Nick Cave Alone at Alexandra Palace

Comme un prêcheur charismatique que l’on suivrait presque comme de vulgaires moutons -d’où le titre Idiot Prayer- on passe par toutes les émotions, subjugué par le talent brut de cet artiste inspiré et parfois désespéré. Certains autres chanceux ont pu aussi voir ce show diffusé au cinéma début novembre. 90 minutes de temps suspendu, filmé par le cinéaste irlandais Robbie Ryan qui devraient bientôt sortir en DVD. Pas complètement indispensable tant la musique et la voix sont déjà l’écrin d’émotions pures. Profond et transcendant. 

Benoît Roux  

22 Nov

A Toulouse, un artiste poète hip hop signé par un label américain

Rodin Kaufmann est un artiste pluriel. Comédien de formation, chanteur, rappeur, poète, rappeur, compositeur, beatmaker, graphiste, plasticien. Une diversité culturelle, un esthétisme qui se retrouve dans sa musique. Son premier album sortira en février, signé par un label américain. 

Photo extraite du clip « Leis Alas dau temps »

Il faut voir son art comme quelque chose de global : les sons, la musique, la poésie, l’engagement, le visuel. L’un ne va pas sans l’autre et fait de Rodin Kaufmann un artiste singulier. En 2015, paraissait « Ara », 6 pièces poétiques aux mots lyriques décollées par 6 musiciens qui franchissent les murs du sons, aux univers longs porteurs.  « Leis alas dau temps » (Les ailes du temps) le premier titre du nouvel album vient de sortir sous la forme d’un clip superbe. Rodin a gardé toutes ses particularités, ses richesses culturelles tout en les rendant plus accessibles avec cette nouvelle production qu’il a lui même réalisée.

Du hip hop poétique

« Les alas dau temps » est plutôt un morceau doux, mené par une voix légère, quelques sons cristallins comme des gouttes d’eau pour ponctuer. On sent d’emblée que la production est solide, le flow assuré, apaisé aussi. Ce pourrait être une berceuse, inspirée par une chanson traditionnelle « La nòvia » (La mariée). Une chanson de séparation, d’amour de loin cher aux troubadours (« Amor de lonh »). « Pour moi, les Troubadours sont les rappeurs du Moyen-Age. Leur lien avec la langue, l’excellence de leur écriture, la complexité aussi… ». Chez Rodin, les références à ces chanteurs poètes du Moyen-Age sont nombreuses. L’album qui sortira en février s’appelle « Pantais clus » (Rêve fermé, clos) en référence au « Trobar clus » des troubadours (Trobar : composer, écrire un poème).

Pour ce clip, Rodin Kaufmann a fait appel une fois de plus à Amic Bedel. D’ailleurs est-ce vraiment un clip, une fiction, une épopée, une allégorie ? Les pistes sont ouvertes. La réalité est obscure et la nature remplie de poésie. Ces « Ailes du temps » nous font passer les époques pour nous laisser suspendus au temps.

Rodin Kaufmann – Leis alas dau temps (Les ailes du temps) clip réalisé par Amic Bedel

 

Le film interroge, mélange les genres et les époques. En tous cas il captive. Rodin et Amic ont prévu de faire une vidéo explicative à ce premier volet d’une trilogie de clips consacrée à cet album qui sortira en février 2021. « Leis alas dau temps » se termine par les mots et la voix magnifique du poète occitan Max Rouquette. « On utilise souvent des samples dans le hip hop. Il y avait cet enregistrement de Max Rouquette des années 80. Le texte est puissant, la voix aussi. C’est une manière de le faire revivre.  » Dans cette œuvre empreinte de poésie, cet hommage vient conclure parfaitement le morceau avec beaucoup de solennité.

Photo extraite du clip « Leis Alas dau temps »

Comme souvent chez Rodin, les références et les univers sont multiples. On y voit un clin d’œil aux troubadours mais aussi à la nouvelle chanson occitane des années 70-80. On pense à Rosina de Peira, merveilleuse interprète de la chanson « La nòvia » qui a inspiré ce morceau. Il y a aussi une référence au monde Perse avec le Khorassan, source de l’amour, le lieu aussi où se sont rencontrés ses parents au Nord de l’Iran.

Un album à venir signé par le label américain Fake Four

Difficile de coller une étiquette sur la musique de Rodin même si la dominante est bien hip hop. Un ovni dans la production hexagonale, avec la barrière fatale de la langue occitane. Car forcément, l’occitan appartient au passé et ne doit pas exister dans les temps présent et futur des musiques actuelles. La lumière est donc venue des Américains. Le disque est déjà prêt, produit par Rodin. Mais qui veut s’aventurer à sortir un disque de musiques actuelles…en occitan ? Heureusement, Francis Esteve alias Cisco connaît bien Rodin, la musique et le milieu américain. C’est lui qui va aller dénicher le label alternatif Fake Four qui compte beaucoup d’artistes rattachés à une minorité. « J’ai trouvé une vraie famille musicale qui comprend ce que je fais. Fake Four va distribuer ce disque. Francis l’a écouté. Avec son label Dora Dorovitch, il touche l’international. « 

Photo extraite du clip « Leis alas dau temps »

Et les projets ne manquent pas. Un second titre « Rei de la luna » (roi de la lune) sortira le 6 janvier, avec des petits teaser vidéos pour l’accompagner d’ici-là. Pour l’avoir écouté, le morceau est superbe avec des chœurs et un flow poétique de toute beauté Le clip est déjà tourné, sur plusieurs lieux liés à l’enfance de Rodin. Le 10 février, l’album « Pantais clus » suivra sur les plateformes numériques et en sortie physique. Il y aura une version « deluxe » avec des mixs différents et 3 titres en plus. Un troisième clip « Pensarai en tu » (je penserai en toi) sera publié le 17 février pour clore la trilogie. Ce qui donnera lieu à un film d’une vingtaine de minutes avec les 3 clips, d’autres chansons et des morceaux en live.

En parallèle, Rodin travaille sur d’autres projets avec les Américains, notamment avec les indiens Navajos de l’Arizona. Il collabore également avec d’autres artistes de rap et de hip hop. En 2013, il avait enregistré ce clip à New-York avec Amic Bedel.

Rodin feat citizen chance – Indignats (Indignés)


Rodin bouscule les genres, fait voler les schémas classiques pour des créations transversales. Dans un monde d’uniformité, sa singularité interpelle. Le côté global et total de sa créativité aussi.

RODIN

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Benoît Roux

07 Oct

Musique : Lombre sublime le noir loin des clichés du rap

Un papier dans Libé, des vues qui se multiplient sur YouTube, cet artiste venu de Rodez commence à attraper la lumière. Sur les traces de Pierre Soulages, Lombre aime faire jaillir la lueur du noir. Des textes denses, des musiques exigeantes, il a trouvé son équilibre bien loin des clichés du rap.

Lombre © Kevin Spadafora

Lombre a pris le temps de bien faire les choses. Histoire de ne pas se brûler avant le soleil. Il vient de sortir son second EP, presque 3 ans après le premier. Certains ont perçu son talent, d’autres ont voulu lui faire prendre des chemins non conformes. Il a résisté, jusqu’à trouver l’équilibre avec un producteur et un réalisateur.

La révélation avec Clément Libes et Léo Bouloumié

Andréas Touzé alias Lombre est un tout jeune artiste. C’était tout d’abord un danseur. Son père qui avait une compagnie de théâtre sur Rodez l’a nourri de spectacle vivant, donné du son à ses oreilles. La musique, ça fait longtemps qu’elle est en lui, la passion de l’écriture aussi. Ça s’entend aujourd’hui et il fallait que ça sorte. Dans son flow, on ressent cette urgence, cette libération artistique.

Et celui qui a révélé cet artiste amateur du sombre, c’est Clément Libes (ex Kid Wise), le réalisateur de l’album « La vraie vie » de Bigflo et Oli. « C’est compliqué de trouver la recette, le bon équilibre entre la force des textes et la richesse de la musique. Clément Libes a révélé l’alchimie. Il y a une grande richesse dans ce qu’il propose, avec une palette de couleurs impressionnante. C’est un génie.  » 

Celui qui a travaillé aussi avec l’artiste Christophe (fin connaisseur des sons) s’est adjoint une autre oreille pointue : Léo Bouloumié. Comme Clément Libes commençait à avoir beaucoup de sollicitations, c’est Léo Bouloumié qui a beaucoup travaillé sur l’EP « La lumière du noir » avec 6 morceau, dont le titre éponyme dédié au maître du noir Pierre Soulages. « Avant, mes projets partaient dans tous les sens. Ils ont mis tout ça en cohérence. De travailler avec tous ces gens de qualité m’a permis d’être plus précis dans mon travail. « 

Reportage France 3 Occitanie (Rodez)

Sincérité et spontanéité comme exigences

Pendant longtemps, Lombre commençait par écrire ses textes. Désormais, il va en studio avec Léo et se laisse porter par la musique. Une nouvelle forme d’écriture qui correspond parfaitement à ses exigences de différences. « Nous avons déjà une quinzaine de maquettes dont 2 morceaux que l’on joue sur scène. on verra si l’on fait un EP ou carrément un album complet.Mais j’essaie de sortir des codes, des clichés que l’on entend trop souvent dans le rap. Je veux sortir un truc sincère et spontané. »

C’est ainsi que Lombre s’est retrouvé avec 7 autres artistes toulousains dans le Lot, au studio d’Arthur Ferrari, le fils de Nino Ferrer. Histoire de confronter les styles et faire émerger de nouvelles richesses. Parmi les intervenants, il y avait Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Il a été très touché par le travail de Lombre, un signe de plus qui ne trompe pas. Début octobre, le jeune artiste a fait l’objet d’un papier très flatteur dans Libé.  Ses 2 potes de Bigflo et Oli dont il a fait plusieurs premières parties l’encouragent. « C’est vraie qu’il y a une communauté qui commence à être pas mal, très concernée par ce que je fais. C’est très flatteur. L’autre jour, le groupe Kyo qui a bercé mon enfance  a aimé un de mes posts sur Instagram. Le rêve ! »

©-Kevin-Spadafora

Lumières sur Lombre

Nouvel extrait de son 2ème EP « La lumière du Noir », Lombre vient de publier un nouveau clip « Espoir Noir ». Une chanson sur la persévérance, le combat qu’il faut mener dans le voir pour apercevoir un jour la lumière. L’histoire de Joshua, danseur Londonien, jambe cassée qui lutte pour retrouver ses sensations.

Lombre – Espoir noir


Réalisé par Jérémie Brivet, il traduit parfaitement le processus de reconstruction d’un être humain, le noir qu’il faut broyer, l’espoir qu’il faut garder jusqu’à la lueur. « Ce clip me parle car, ayant moi aussi fait de la danse depuis plusieurs années, j’avais à cœur de mettre en avant cet art tellement riche et magnifique. Je voulais quelque chose d’universel, accessible ». Se servir des choses qui font mal, chercher l’espoir pour atteindre la lumière, c’est toute l’essence et la finalité du projet de Lombre.

Tout ceci a beaucoup de cohérence et de pertinence pour un jeune artiste. Il n’est pas seulement un interprète précis, spontané et émouvant. Le packaging de son EP « La lumière du noir » est très travaillé, soigné, faisant de l’album un véritable objet d’art. Parmi ses nombreux projets, un concert qui serait plus un spectacle total, avec d’autres disciplines. Et pourquoi pas la danse. En attendant, il part en tournée, avec une date sur Albi le 6 novembre. 

Lombre est un artiste à suivre. Son noir est toujours lumineux comme celui de Pierre Soulages. Son spoken word et sa richesse musicale ne sont qu’au début de la révélation. Un jour, Lombre sera en pleine lumière.

Compte Instagram

Label Ulysse Maison d’Artistes

Benoît Roux

 

19 Sep

Blues Pills : la bombe musique qui pile tout

Les suédois de Blues Pills viennent de sortir leur 3ème album. Transcendé par la voix puissante de leur chanteuse, le groupe signe « Holy Moly ! », un album complet qui oscille entre le rock (presque hard) et le rythme and blues. Une sacré découverte qui relève de la bombe musicale. A laisser exploser sans modération.

Pochette nouvel album Blues Pills

Il y a quelques heures, je ne connaissais pas cette formation. Au hasard d’une écoute dans un magasin, je ne pouvais pas faire autrement que de vous parler de « Blues Pills ». La chanteuse  Elin Larsson a du coffre et derrière, ça verrouille grave.

Guitares éraillées, batterie lourde, basse lourde, on pourrait ranger leur musique dans le bon vieux rock limite hard des années 70-80. Seulement voilà, les capacités vocales de la chanteuse amènent la formation vers du Rhythm and Blues teinté de soul. Le tout avec une énergie incroyable, tant au niveau des musiciens que la chanteuse.

« Proud Women », le premier morceau donne le ton. Ca sonne live et hurlant, rugissant de guitares. Mais à vrai dire, les 3 premiers morceaux ne sont pas les plus intéressants. Ca joue, c’est technique, ça rugit de partout, la chanteuse s’égosille plutôt bien, mais les compos et arrangements n’ont pas de quoi encore vous renverser totalement. Un bon petit tour de chauffe.

Blues Pills – Proud Women


Au contraire de « California » privé de son hôtel mais farouchement habité. Les choses sérieuses commencent. Plus posé dans le rythme, les performances vocales de la miss sont plus notables. A faire pâlir Aretha Franklin son idole. Sur des rivages soul, frôlant la puissance d’une Janis Joplin, on aurait pu la croire noire. Mais Elin Larsson a de quoi surprendre.

Blues Pills – California


Façon poste de radio qui change de fréquences, « Rhythm in the blues » prend la relève. Toujours aussi ébouriffant. Roulements de caisses claires, son limite saturée, voix égratignée, le groupe poursuit sa chevauchée fantastique, guitares et batterie en avant.

Rien n’est à l’économie. Surtout pas le jeu très sportif du batteur et des guitares déchaînées. Quelle puissance sur « Low Road ».

Blues Pills – Low Road


« Dust » est aussi un titre réussi. Effets de son, voix plus « propre », la poussière se pose. Mais ça gronde toujours autant derrière. Avec des choeurs discret marqués soul.

« Wish I’d know » renoue avec un peu de calme. Grappes de guitare, c’est encore une autre facette de la voix de la chanteuse. Très à l’aise sur la ballade au début, ça monte vite dans les aigus avec un contrepoint de cordes graves. Un morceau somme toute gospel avec une chorale qui assure pour terminer en douceur.

Song from a Mourning dove

Début au piano ponctué par les riffs de guitare. Voix sans effets, déchaînements de guitares. Et toujours le chant assuré sans faillir. Aérien, émouvant et imparable.

Et pour clore ce très bon album, « Longest lasting friend », quelques notes égrainées, la voix qui se pose. Une sorte de xylophone pour agrémenter, les prouesses vocales toujours là. Comme un geyzer qu’on ne saurait apaiser.

Pour ce troisième album auto-produit, les Blues Pills lâchent les chevaux et on en ressort tout ébouriffés. Un disque revigorant, bouillonnant, celui de la libération.

Blues Pills

Benoît Roux

20 Juil

La future pop star Sofia Portanet sort l’un des disques de l’été

Il y a chez cette artiste quelque chose de différent. On peut coller autant d’étiquettes que l’on veut sur sa musique, Sofia Portanet ne rentre dans aucune case. Sa manière de chanter dans plusieurs langues, sur une large palette de sensations est aussi très personnelle. Sa voix joue sur les registres, sa curiosité la pousse toujours vers autre chose. Elle vient de sortir son premier disque « Freir Geist ». A l’écoute, une vraie fraîcheur, un choc musical avec l’envie et le plaisir de l’écouter jusqu’au bout. Elle a gentiment et professionnellement accepté cette interview.

Sofia Portanet est née en Allemagne, le jour où le Mur de Berlin tombait. Mais c’est en France qu’elle a grandi. Et le « chez soi » est une notion importante chez elle. Son père d’origine espagnole est aussi musicien et chanteur. Dans leur maison aux environs de Paris, se trouve un studio d’enregistrement. « Nous avons passé beaucoup de temps ensemble avec une vraie complicité. C’est lui qui m’a donné envie de devenir artiste. » Qu’il en soit loué.

La culture de la différence

Elle fait toutes ses études en France, dans une école allemande. Son premier contact poussé avec le chant se fait à la Maîtrise des Hauts de Seine. « C’était une belle expérience. J’y suis restée 5 ans et j’ai appris beaucoup de choses qui me marquent encore aujourd’hui. Mais chanter en lisant des notes, ce n’était pas mon truc! » Pas envie d’enferrer sa créativité dans une une armure.

Elle passe son bac en France et poursuit ses études de communication et d’économie à Berlin. Toujours dans l’optique de vivre de sa musique. Elle raconte au célèbre journal Der Spiegel qu’elle a d’abord fait des reprises de vieux morceau dans les bars et restaurants. Mais vu que personne ne l’écoutait en mangeant, elle décide alors d’exagérer l’articulation de certains mots pour que les gens avalent de travers et s’intéressent à elle. De la personnalité, je vous dis.

Pour le groupe, c’est elle qui choisit les musiciens. «Ce n’est pas seulement la technicité qui m’intéresse. Il faut aussi qu’ils aient un bon feeling avec le son et que ça colle humainement. » Son batteur est avocat, son bassiste professeur et son clavier journaliste. Éclectique.

Elle se sent forte pour écrire et composer l’album. Avec son partenaire musical Steffen Kahles, elle produit le disque et signe les arrangements. Steffen Kahles est lui-même compositeur de musiques de films. Dès 2018, 2 singles sortent. Puis pendant un an, c’est le travail d’écriture, d’enregistrement et de production. Avec de l’exigence à la clé.

Des influences mais une singularité

Toute ma musique, ma manière de chanter, c’est une recherche de moi-même, savoir qui je suis.

Sofia Portanet cultive la différence et c’est tout sauf une posture. A l’écoute de l’album, on saisit de suite cette singularité. Oui, on reconnaît des influences mais ce n’est jamais une copie. « Dans ma quête musicale, certains artistes m’ont inspiré comme Kate Bush. Mais j’écoute beaucoup de choses différentes : du folklore, de la musique actuelle, du jazz, de la soul, du rock. J’adore Edith Piaf et Ingrid Caven qui lui ressemble un peu en Allemagne…. Björk pour sa créativité et sa capacité à se transformer. Mais je pourrais citer Yma Sumac qui m’impressionne, Madonna, Blondie pour sa musique, son caractère et son côté punk. La chanteuse Américaine Lene Lovich… Queen, Klaus Nomi, Nina Hagen que j’ai découverte sur le tard ou encore Bowie… »

Sofia Portanet – Art deco

Des résonances avec Catherine Ribeiro

Sur l’album, il y a cet OVNI, un morceau magnifique de profondeur et de résonances, une reprise de Catherine Ribeiro intitulée « Racines ». Un texte fort, habité, une forme de cantique mais totalement et librement païen.

Je ne crois pas en Dieu / L’infiniment puissant / Parce-que je crois en l’homme / A son vol en suspens./ Et je crois au grand vent / Qui souffle nos mémoires / Au saint du temps présent / A l’issue provisoire / Aux germes du printemps / Aux courbes de l’été / Au regard transparent de l’être tant aimé…

C’est le morceau qu’elle choisi pour clore le disque, comme un cachet qui renferme une très forte personnalité. « Catherine Ribeiro, l’une des plus grandes chanteuses françaises, reconnue telle quelle très tard… Sa musique et sa voix sont incomparables, elles transportent de l’émotion comme personne d’autre. Ce texte m’a profondément touchée. J’ai été invitée par le Goethe Institut pour célébrer les 30 ans de la chute du mur de Berlin à Huston (Texas). J’ai choisi d’interpréter cette chanson car elle a une signification forte qui montre la capacité de l’être humain et de la nature. C’est le pouvoir de chaque individu qui est au centre de tout. Pas Dieu. »


Sinon, elle signe tous les autres textes avec là aussi, de l’éclectisme. On retrouve « Menschen und Mächte » (Hommes et pouvoir), le galactique « Planète Mars », écrit originellement en français et disponible sous cette version en France. Une chanson d’amour et d’adieux.

Sofia Portanet – Planète Mars (version française)

« J’écris sur ce qui me touche. Sur la recherche de soi, l’évanescence…Et quand je veux chanter dans une autre langue, je prends des traducteurs professionnels pour être la plus juste possible ».  Sa signature, c’est aussi des extraits d’écrivains comme Heinrich Heine (Wanderratte) ou Rainer Maria Rilke (Das Kind).

La suite

« Freier Geist » est disponible sur les plateformes de streaming depuis plusieurs semaines ainsi que le CD. Le vinyle sortira le 24 juillet. « L’album reçoit un accueil incroyable en Allemagne. J’en suis très surprise. J’ai eu beaucoup de presse avec des titres prestigieux… De nombreux messages privés venant d’Angleterre. Je sais qu’en France aussi, les retours sont bons. « 

Le disque de Sofia Portanet en bonne compagnie. ©Facebook Sofia Portanet

Effectivement, le presse est très élogieuse sur cette nouvelle artiste qui renouvelle la « nouvelle vague allemande ». Les comparaisons sont flatteuses mais méritées.

Sofia Portanet – Version anglaise de Wanderratte

Il devait y avoir une tournée avec 2 dates en France (Paris et Colmar). Avec la pandémie, elle s’adapte et propose une formule acoustique. « On trouve un nouveau public qui n’avait pas encore accroché sur le disque et qui trouve la voix plus présente, les arrangements de guitares plus intéressants… On part à la conquête. Le 11 août, ce sera un live pour la télé allemande ZDF. C’est une autre manière très directe de connecter les gens depuis cette crise ». Toujours positive.

J’aimerai que l’on puisse dire de moi que je suis restée fidèle à ma propre vision musicale. Que j’ai inspiré d’autres personnes pour leur donner confiance à faire la même chose.

Fidèle et déterminée, Sofia Portanet a tout le talent et la personnalité pour que son nom reste. Il y a beaucoup d’élégances dans sa musique. Beaucoup de singularité aussi et une force intérieure qui font la différence.

POUR ACHETER LE CD, VINYL

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Benoît Roux

07 Juin

Sam Karpienia : voix ardente et musique en transe

Il pourrait me chanter les annonces parues sur Leboncoin, je l’écouterais encore. Sam Karpienia, c’est le feu ardent de la voix, la musique qui vous emporte et vous brûle d’une flamme salvatrice dans une transe païenne. Le genre d’artiste atypique comme il y en a peu, entier, sans concession et qui se renouvelle sans cesse. Il a commencé avec Gacha Empega, ensuite Dupain, Forabandit, De la Crau et d’autres expériences encore. A chaque fois, l’extase s’invite. Si ce nom n’a pas encore tapé à vos oreilles, il est temps de faire vibrer vos tympans.

© Facebook De La Crau

« Je suis en train d’écrire le tube de l’été ». Quand j’appelle Sam il y a quelques jours, voilà ce qu’il me répond. Quand on le connait bien, c’est sûr, on y croit. « Oui, c’est pour un proche. Il est en prison, alors j’écris un morceau pour lui. » Là, plus aucun doute ! Sacré personnage, diable de musicien, sorcier d’artiste!

Un chanteur ancré

Tu chantes comme un noir!

À la première écoute, il y a quelque chose de primitif dans sa voix. Un son éraillé profond dans les graves qui vous happe tel un hameçon. Quasi autodidacte le garçon. Pas un plis, juste la posture d’un chant furieusement libre. Comme un artiste marin qui va de port en port et s’ancre sur des territoires. Karpiénia, c’est un nom polonais. Le grand-père débarque en Normandie. Lui, il naît à Evreux et ses parents ont une poissonnerie à Bédarrides. Toujours la mer. Quand les flots ont été moins favorables, il est d’ailleurs parti une paire d’années sur un bateau dans la marine marchande. Faire un reset sur sa vie d’artiste en sachant très bien qu’il reviendrait plus fort.

DE LA CRAU – TEMPERI

Quelques années auparavant, l’envie de chanter était là. Mais la timidité aussi. Alors, il fallait un peu d’alcool pour débrider la voix. Puis il y a eu le concert de son pote Manu Théron. Depuis le bar, il se met à hurler. Manu lui dit qu’il devrait essayer de chanter. Ok mais alors, ce sera en occitan, pour le secret du message et l’ancrage sur un territoire. « C’était de la polyphonie donc je n’étais pas seul. » Au début on lui dit : « Tu chantes comme un noir! » Sacré compliment. La chrysalide fragile devient un artiste caméléon. Quelques cours de chant avec Manu mais pas plus que ça. « La meilleure école, c’est la scène. La voix, il faut que ça touche ». 

Camaron, Manitas, Youssou ou Bob comme port d’attache

Avant je criais. Après, j’ai mis des paroles.

Petit à petit, le chant se libère de la timidité. « Camaron de la Isla pour moi c’est le maître inégalable. Le flamenco, c’est une espèce de cri qui sort comme ça. La violence est présente en moi. Et le flamenco c’est la permissivité de la violence ». La voix doit porter, toucher. Et pour la langue, ce sera l’occitan provençal. « J’ai choisi ça parce que tout le monde en avait rien à foutre de l’occitan. Et puis c’est une langue expressive et ancrée dans un territoire. » Il va donc prendre des cours chez sa voisine.

Après avoir fait ses armes derrière les autres, le chanteur s’affranchit. Il crée Dupain et assure seul le chant. Le groupe de la consécration, signé par une grande maison de disque avec les premières parties de Noir Désir en bonus. « Cantat, il kiffe ce que je fais ». Une énorme claque pour tous les amoureux de la musique. Le trio presque parfait, à faire pâlir de transe n’importe quel Gnawa du Maroc.

FORABANDIT – PAUR

Sam est un chanteur qui assure. « Y a quelque chose de primitif dans le chant. Avec Manitas de Platas, c’est José Reyes (le père des Gipsy Kings ) qui chante. Il y a une part de brutalité, de virtuosité et d’imprécision dans le chant. La langue d’oc me permet ça. Ce qui compte c’est l’expressivité. » Il avoue volontiers avoir Bob Marley, Mohamed Rouicha ou Youssou N’Dour (qu’il a croisé un jour) comme maître. Des artistes à chaque fois arrimés à un territoire et une culture forte. « Le raï me hante aussi. Jimmy Hendrix, Morisson, ils sont tous allés au Maroc ». 

Des musiques enflammées par le rythme

J’ai voulu créer un espèce de musique provençale qui soit aussi forte que le flamenco.

Pour porter et délester cette voix fiévreuse, il fallait une musique adéquate. Son premier instrument, c’est la guitare électrique. « Je me suis mis à la guitare avec des tutos. J’ai repris du Piazzolla. «  Pour le rythme, Sam se met aussi au tambourin qu’il jouera beaucoup dans Dupain. Puis la mandole acoustique, le oud et dernière découverte : le Cuatro. Un instrument originaire du Venezuela qui, comme son nom l’indique, comprend quatre cordes. « Ce qui me manquait c’était le rythme. Pour partager quelque chose de festif ».

DUPAIN – VERTIGE


Vous l’aurez compris, Sam Karpienia est un artiste éclectique toujours curieux de découvrir.  « Je n’arrive pas à me tenir dans quelque chose. Peut-être que je suis un artiste de variété comme tous ces gens qui ont eu des périodes : Gainsbourg, Camélia Jordana, Dominique A… Et puis Bashung, c’est le patron. Il a finit par trouver son truc à lui. «  Sam aussi a fini par trouver son mouillage fait de sueurs, d’expressivité et de transe. Que ce soit Dupain, Forabandit ou maintenant De la Crau, il y a cette même patte, une musique qui envoie, cette urgence qui va à l’essentiel, un feu vibrant sans artifice. Mais toujours sans ce répéter, chaque groupe avec son identité, un son. Une forme de territoire austère (comme la Crau en Provence) mais riche de profondeurs. Une musique populaire qui panse les fractures industrielles et tranforme les colères ouvrières en odes poétiques.
DE LA CRAU – BESTIARI

Et alors…ce tube?

J’ai fait des musiques pas forcément grand public, j’aimerais bien arriver à toucher.

Le confinement pour un artiste épris de liberté, doit être propice à une évasion artistique. Pour Sam, il s’agissait de faire quelque chose pour son neveu en prison. « J’ai du mal à faire des refrains. Ca ne me vient pas. Pour mon tube de l’été je me suis dit : il en faut un! Et je vais lui faire un morceau qui lui donne la patate! » Il invite un pote docker pour faire la basse, prend son Cuatro et ressort une vieille boîte à rythme analogique et mélange 2 rythmes. « La Cuatro m’a mis la banane. Comment je peux me faire du bien, tout seul et générer du rythme. Ça te tient debout. » Le titre s’appelle « Guilhaume ». Sam me l’a gentiment envoyé.

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La fièvre est toujours là, enlevée par le cuatro. C’est d’ailleurs cet instrument qui fait le refrain, en quelques coups de griffes. Ce sera le départ d’une nouvelle série de morceaux qui donneront bientôt un nouvel album. « Je voudrais faire un clip auprès des montagnes de sel en Camargue. Et filmer ça comme si c’était le Groenland! ».

La créativité, toujours à fleur de peau. Je ne sais pas si « Guilhaume » sera bien le tube de l’été. A défaut de l’entendre sur les radios branchées et les discothèques déhanchées, écoutez Sam Karpienia. Je ne voudrais surtout pas qu’il aille sur Leboncoin pour me chanter les annonces.

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Benoît Roux