15 Sep

La pop rock dansante et raffinée d’une jeune chanteuse de Toulouse

Dans la veine d’une production française désormais assez dansante, la jeune chanteuse toulousaine Öja vient de sortir son premier EP. Il marque déjà beaucoup d’assurance dans la voix et dans ses choix musicaux. Il y a tout juste un an, ce blog vous l’avait fait découvrir. 

Le premier EP de la chanteuse Ôja

A la première écoute, les influences se situent très clairement dans les années 80. On pense à Catherine Ringer, Chagrin d’Amour ou plus récemment Clara Luciani avec une basse funk-disco. Le premier morceau « J’ai comme un doute » est très efficace.

Justine alias Öja est une bosseuse et ça s’entend.  Elle a baigné dans un univers de musiques : son père écoutait du hard-rock -d’où la puissance de sa voix- et sa mère de la chanson française et du funk. Elle a aussi fait la « School of Rock de Blagnac ». Ne pas griller les étapes, ne pas s’adonner aux sirènes et aux facilités de la mode, cette auteur-compositrice-interprète soigne ses chansons. La jeune artiste de 22 ans vient de finir son cursus au département des Musiques Actuelles du Conservatoire de Toulouse avec Mention Très Bien à l’unanimité.

Limiter sa musique aux années 80 serait très réducteur. Les influences sont aussi rap, hip-hop, électro ce qui rend sa production assez riche. Les 5 titres sont assez différents, très bien produits et révèlent une vraie personnalité artistique. Que de chemin parcouru! Reste à monter sur scène pour franchir un nouveau cap et vivre pleinement sa passion pour la musique.

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Benoît Roux

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10 Sep

« La grande folie », l’explosion des voix et des rythmes du groupe San Salvador

Sextette vocal épris de rythmes, le groupe San Salvador fait partie des très bonnes surprises du moment. Polyphonique, rythmique, le groupe corrézien vient de sortir un premier album très réussi après avoir emballé et mis le feu dans les festivals. « La grande folie » est une explosion de rythmes, de sons, de sensations, de transes très régénérants.

Le groupe limousin San Salvador – Affiche tournée 2021 Cholet-©-Sylvestre-Nonique-Desvergnes-

3 filles, 3 garçons qui se connaissent bien et qui partagent les mêmes valeurs artistiques, le même respect des traditions. Car voilà, ces trentenaires sont pour certains des « fils de », en l’occurrence des collecteurs et chercheurs dans le domaine des chants traditionnels limousins. Que ceux qui pensent encore que traditionnel sous entend « chiant » et « ringard » se rassurent : le groupe a sévi sur les plus belles scènes contemporaines : Vieilles Charrues, Transmusicales, Printemps de Bourges, Suds à Arles, sans oublier New-York et autres joyeusetés.

Chants vibrants et hypnotiques

Sans préjugé donc, il suffit de télécharger leur premier opus « La grande folie » ou de laisser un saphir traîner sur le vinyle. Difficile de ne pas se laisser emballer, hypnotiser par l’explosion qui s’en suit. Quelle énergie, quelle volonté de tout emporter, tout dépoussiérer, sans dénaturer les traditions. San Salvador compte 2 duos frère-sœur, dont les enfants d’Olivier Durif : Eva et Gabriel. Musicien et ethnologue, grand défenseur des chants traditionnels du massif central, Olivier Durif a dans un premier temps collecté ces chants dans les années 70 que l’on retrouve aujourd’hui sur la galette de San Salvador. Un véritable patrimoine revisité.

Claquements de mains, toms et autres percussions, voilà « La grande folie » qui démarre. Précision dans les chants, complémentarité et inventivité des voix. La force d’un collectif qui se connaît depuis le plus jeune âge. Là où certains trouvaient plus exotique de partir en quête du folk américain, d’autres ont préféré les campagnes françaises. Ils y ont trouvé un répertoire, un patrimoine tout aussi riche. Dans une interview donné à Francetvinfo, Gabriel Durif se confie : « On s’attache à être dans une fidélité à l’idée du chant des musiques populaires que l’on veut interpréter. Ce n’est pas un travail de technicité sur la voix. Nous n’avons appris à chanter nulle part. On chante comme ça vient, comme ça se présente à nous, les uns et les autres. Par contre, ce qu’on a appris, c’est que dans la musique qu’on découvrait, les sources de collectage des musiques populaires qu’on écoutait, on entendait que les gens ne trichaient pas. Ils ne trichaient pas avec ce qu’ils avaient à dire, à nommer. »

La Grande Folie

Vous les gens qui sont endormis, oh la grande folie…

8 morceaux composent ce premier album, dont le titre éponyme « La grande folie » qui a lui tout seul pourrait résumer ce premier opus. Une longue intro vocale et rythmique, le temps d’installer quelque chose pour mieux emporter le reste. Il n’est jamais facile de reproduire en studio la magie d’un concert, la puissance et la créativité d’un groupe fait pour le live. C’est pourtant le cas ici. Un véritable tourbillon qui vous donne envie de danser, de chanter, de se lever, crier, oublier, exister.

Un disque qui a d’abord existé lors des concerts et bals donnés par le groupe, travaillé rythmiquement, peaufiné dans les arrangements en gardant un maximum de spontanéité. Les morceaux sont protéiformes, presque sans fin, à la recherche du son, de la concordance, de cette grande folie qui surprend. C’est précis, virevoltant, volcanique, démesuré mais tellement prenant.

Les voix sont variées, tantôt dans les aigus pour les femmes façon « Voix bulgares » tantôt recherchant de la profondeur dans les graves. Tous les morceaux sont réussis. Mention spéciale à « San Josep », « La Liseta » et les somptueux « San Josep » et « Enfans de la campagna »

Et, au final, le groupe comme le disque respire la sincérité, l’honnêteté, la créativité à la fois punk et trad. Un chant vibrant, taillé dans le rock, emporté par les percussions. Unique et tellement beau. 

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28 Mai

« Je flotte », le tout nouveau clip de Dame Géraldine

Un univers feutré, une voix bien placée, l’artiste toulousaine Dame Géraldine sort un nouveau clip extrait de son dernier EP. Tout en touches sensuelles, « Je Flotte » fait écho à des sensations que nous vivons.

Photo extrait du nouveau clip « Je flotte » ©Dame Géraldine

Son dernier EP « I will go » est un univers feutré porté par une très belle voix.

Le nouveau clip réalisé par Géraldine pendant le dernier confinement commence par un extrait d’un autre clip (Sacha) où elle jouait sur un piano porté par les eaux. Images sépia, tons doux et chaud, le clip se déroule sous un univers confiné propice aux interrogations et aux doutes. Des errances aquatiques qui feraient perdre toute notion du temps.

Dame Géraldine – Je flotte

Images superposées, en sous-couche, lavis déclinés, ses mots prennent une résonnance cinématographique comme souvent dans ses chansons. Regards qui fuient puis qui interrogent, en quête d’un échange, les notes de son clavier font des clapotis qui tentent de porter ces interrogations.

Des messages lancés comme des bouteilles à la mer, presque des cris de désespoir à la fin, cette version montre la palette de l’artiste.

Un univers clos qui donne envie de tout remettre à flots pour aller voir Dame Géraldine sur scène.

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ALBUM DAME GERALDINE

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30 Avr

Sazrah : de l’inattendu et du talent venus d’Ariège

Sazrah, un peu d’exotisme et de douceur venus d’Ariège. Cette jeune artiste de 23 ans sort un premier EP après plusieurs singles et des collaborations avec le toulousain Félix. Un univers assez feutré qui fait appel à plusieurs influences. On se laisse surprendre et prendre par sa voix et sa fraîcheur.

Sazrah Photo extraite du clip « Fragile »

Un mail arrive parmi beaucoup d’autres pour signaler une nouvelle sortie d’album : Sazrah, une inconnue. Petit clip sur les liens, les premières impressions sont bonnes… presque surprenantes. Car voilà : Sarah Zelmati a un beau grain de voix, chaleureux et empreint d’humanité. Un timbre qui fait un peu penser à Adèle en moins forcé, à Amy Winehouse pour la diction et le côté soul jazzy. Elle chante dans un anglais nickel et quand le français surgit, l’atmosphère est encore différente.

Son EP « Caught by time » sort aujourd’hui sur le label Pluginrecords où l’on retrouve aussi son comparse toulousain Félix. Le nouveau clip « Fragile » a été réalisé près du Mont Valier (Ariège) en pleine nature pour cette écologiste dans la peau. Un morceau riche, porté par une voix détachée, agrémentée de sons environnants. On y découvre aussi son univers pictural.

Sazrah – Fragile


Une production agréable qui sait mettre en valeur son grain de voix. Ce nouveau titre fait suite à un autre extrait sorti il y a un mois « Just trying ». Un mélange de percussions, basse et guitalélé -instrument à corde qui se positionne entre la guitare et le yukulélé- une voix qui sait se faire douce ou puissante.

Sazrah – Just trying

Auteur-compositeur-interprète, Sazrah possède un univers qui va de la néo-soul, à la pop electro jusqu’au R’n’B’. Ce premier EP enregistré à Toulouse et Paris est plein de promesses. Dans sa vie ariégeoise, Sazrah fait du dessin, des tatouages. Sa musique et sa voix ont l’art de se graver en nous.

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Pluginrecords

Benoît Roux

15 Avr

La douce élégance de Dame Géraldine

Dame Géraldine est toulousaine. Auteur-compositeur-interprète mais aussi réalisatrice de ses clips, cette artiste sait tout faire. Son dernier EP « I will go » est un univers feutré porté par une très belle voix. Des influences jazz, classique, soul. Sa musique très cinématographique s’écoute en douceur.

Photo extrait du nouveau clip « Je flotte » ©Dame Géraldine

Son univers est douceur, ses textes parlent d’amour, des ruptures, des envols, des choses et des moments de la vie. Dame Géraldine s’est posée dans la musique depuis l’âge de 7 ans. Son instrument de prédilection : le piano. Elle fait aussi des percussions et bien sûr, elle chante.

Des émotions qui passent

D’une voix bien placée, claire, limpide, tissée de velours, elle vit et respire la musique avec comme obsession : la transmission des émotions. Exigeante, perfectionniste, à la recherche des sons. Pas d’effet, des nappes de clavier-piano, quelques riffs de guitare un peu déchirés, la basse en rondeur, un dialogue avec le saxophone. Où l’on peut entendre toute l’étendue de sa voix. Voici « Just a long ride ».

Dame Géraldine – Just a long ride

Pop cinématographique

Son nouvel EP « I will go » est sorti en décembre. Mais Dame Géraldine s’est fait connaître en faisant de la musique pour des images (des courts métrages mais aussi des pubs). Elle crée son Sound cloud en 2012. C’est là qu’elle se fait repérer par Frédéric Dubois et le label international BMG Production Music. Ce site où elle poste régulièrement des instrumentaux mais aussi des chansons fait qu’aujourd’hui elle comptabilise plus d’1M d’écoutes. C’est souvent elle qui auto-produit les morceaux avec ses claviers numériques.

En écoutant sa musique, on a envie effectivement d’y mettre spontanément des images. Un climat cinématographique qui fait penser à des artistes connues comme Agnes Obel ou London Grammar, les Françaises Zazie et Juliette Armanet et Véronique Sanson pour le timbre et la douceur. Des sons où l’on imagine aussi des grands espaces comme c’est le cas pour ces 2 artistes islandais qu’elle affectionne : Olafur Arnalds & Nils Frahm. Un petit côté musique minimaliste pour mieux mettre en valeur sa belle voix et une technique de chant bien maîtrisée.

Dame Géraldine – I love you

Sur scène pour la première partie de Thomas Dutronc ?

Dame Géraldine devait sortir cet EP depuis longtemps. Mais il y a eu évidemment le confinement. Il faut savoir que son nouvel EP est quasiment prêt. La perspective et l’impatience de retrouver son public se profile aussi. Elle participe d’ailleurs à un concours organisé par la ville de Fronton pour chanter en première partie de Thomas Dutronc le 26 juin. Si vous aimez cette artiste, vous pouvez voter pour elle jusqu’au 15 mai. C’est un peu l’usine à gaz mais il faut d’abord liker la page Facebook « Faites la Music » des organisateurs, liker la vidéo de Dame Géraldine et dire « Je vote pour elle » en commentaires.

Un nouveau clip bientôt

En attendant, elle continue de travailler, de réaliser elle-même ses propres clips. Le tout nouveau « Je flotte » fait pendant le confinement en home studio sortira dans les prochains jours. Dans cette chanson extraite du nouvel EP, on trouve des résonnances avec ce que nous vivons.

Photo extrait du nouveau clip « Je flotte » © Dame Géraldine

Images usées, ondes saturées,
L’avant, l’après, ce curieux effet.
Je crois, j’admets.
Suis-je à côté?
Latitude, longitude,
Nord ou Sud d’incertitudes,
J’avoue imaginer,
La vérité.

Telle un peintre impressionniste, Dame Géraldine étend sa toile. Ses notes de piano ressemblent souvent à des gouttes d’eau qui se posent, aux bulles d’écume qui surnagent. Dans cette période un peu trouble, très compliquée pour tout le monde et notamment les artistes, Dame Géraldine arrive à flotter de ses notes légères, là où d’autres se noient. C’est déjà pas si mal.

Benoît Roux

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14 Avr

La toulousaine Suzanne Belaubre fait son entrée en matière

Son premier disque, Suzanne Belaubre l’a fait toute seule, avec son ordinateur. « DIY » est un album atypique, minimaliste. Elle chante mais elle pourrait tout aussi bien peindre, danser ou lire ses mots. Une palette musicale avec plein de nuances.

Suzanne Belaubre © Celeste Leuuwenburg

Suzanne Belaubre aurait pu être pianiste classique. Mais à 16 ans sa passion pour l’ordinateur l’a conduite à faire de la production musicale avec la MAO et des pluggins. Elle avait sorti quelques titres sur un ancien label. En marge de ça, elle travaillait de manière plus spontanée sur des morceaux qui lui correspondent davantage. Lors d’un concert, elle rencontre l’un des dirigeants du label La Souterraine Benjamin Caschera. DIY (Do it Yoursel, fais le toi-même) est le résultat de tout ça.

L’osmose des mots et du son

Rarement à l’écoute d’un album on constate une telle prolongation des mots par les sons. Des mots introspectifs en prise avec l’environnement et la matière, des textes riches que la musique -ou plutôt des sons sortis de la MAO- vient souligner, comme on changerait une police de caractère, la couleur de l’encre ou mettre des choses en majuscule.

Suzanne Belaubre – Campagne


Ce n’est pas pour rien qu’elle a été lauréate du prix d’écriture Claude Nougaro, catégorie 15-18 ans. Des chansons piano-voix à texte, un flow de mots qui flirte avec le slam et le rap, elle les projette comme on met des couleurs sur une toile. Tout est à la fois très spontané et travaillé, un côté chanson classique mais aussi électronique et expérimentale. De la sagesse et des petits délires. Avec une certaine fulgurance dans l’alchimie des mots.

Contemplation et exploration des matières

Sans qu’il faille à tout prix trouver une explication, ces chansons assez courtes nous touchent. Comme des échos en prise avec les matières, proches de la nature et des sensations. On retrouve des répétitions, des collages comme en peinture où les mots et les sons sont mis en perspective. Avec beaucoup de samples, de bruitages organiques, de sons qui servent à la fois de mélodie et de rythme.

Elle joue avec ces matières sonores pour les sculpter et faire résonner les mots.

Suzanne Belaubre – Tout mélangé

Constellation d’art

Dans sa famille, l’art a été au centre de la vie. Elle s’est mise au piano dès l’âge de 6 ans, premier morceau composé à 10 ans. Puis vient l’American School of Paris, le studio des variétés où elle croise Arthur Teboul de Feu! Chatterton, comme elle avait partagé les bancs de classe de Bigflo et Oli. Télérama vient de tracer son parcours dans sa rubrique « Repérée ». Elle a partagé la scène en première partie de La Grande Sophie, Claudio Capéo, Mathieu Boogaerts, Magyd Cherfi, Art Mengo. En l’écoutant, on pense à Camille, Juliette Armanet ou Les Brigitte pour le grain de voix et les atmosphères.

Chaque chanson est une toile où le mélomane trouvera ce qu’il veut y chercher. Chacune a sa propre couleur et sa matière de sons.

Le webzine Opus Musique l’avait invitée en mars dernier pour une Session Opus à la salle des Illustres au Capitole de Toulouse. Au milieu des peintures.

Suzanne Belaubre – Les choses dorées (Opus Sessions)

Facebook Suzanne Belaubre

Label La Souterraine

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16 Mar

Eric Fraj : une vie de chansons et la voix pour faire voyager les mots

En fin d’année 2021 Eric Fraj va sortir un double CD intitulé « La Vida ». 50 ans d’une vie faite de chansons, de découvertes, d’échanges. Le chanteur occitan (mais pas que) a commencé très jeune. Un demi-siècle plus tard, ses mots et ceux des poètes qu’il interprète ont toujours du souffle et de la force.

Pochette de l’album à paraître Graphisme : Didier Mir

Eric Fraj n’avait pas 15 ans lorsqu’il s’est retrouvé sur scène pour chanter en public. Quelques temps plus tard, c’est le Grand Théâtre de Bordeaux rempli comme un œuf qui l’attend, en première partie de Claude Marti. L’artiste a pris la vie à pleines dents, entre chansons, échanges et rencontres. Son double CD « La Vida » qui sortira en fin d’année n’est pas une anthologie ou un best off comme en voit beaucoup mais 32 chansons issues de spectacles ou inédites. « La vida, chaque chanson est une facette, une ramification de la vie, de la mienne mais pas seulement. Je n’avais jamais enregistré ces chansons. J’avais envie de le faire car elles ont bien supporté le poids du temps ». Eric Fraj lui aussi a bien traversé le temps.

Le premier 45T d’Eric Fraj. © FTV

Un amoureux des mots

Les années 70, un vent de liberté fait suite à mai 68. Il porte sur le devant de la scène la chanson occitane. Sur son premier 45 T vinyle, 3 chansons. 2 dont il a signé paroles et musique et l’autre qui fait écho au « Blowing in the wind » de Dylan signée par Jean Rigouste, poète et écrivain occitan. Agrégé de philo, locuteur des langues occitane, catalane, espagnole et française, Eric Fraj est un amoureux des mots, qu’il sait servir et faire sonner de sa voix grave et parfaitement timbrée. Découvreur des lettres, il rencontre un jeune auteur occitan qui aura les honneurs de l’émission « Apostrophes » : Robert Marti. « Mes musiques collent bien à ses paroles. Il faut travailler pour avoir l’impression que musique et paroles ne font qu’un. Il y a la musicalité du poète. Il y a quelqu’un qui me parle et qui me touche. »

Marti/Fraj, l’alliance de la poésie exigeante va donner quelques chef d’œuvres comme « Venècia » (Venise) ou encore « Las agassas an begut le solelh » (Les pies ont bu le soleil). Des mots forts, expressifs, poétiques, servis par une musique riche, la voix souple et chaude du chanteur.

Guillaume Lopez qui est devenu son alter ego musical voit en lui un passeur de mots : « Il m’a amené une ouverture d’esprit. C’est un peu mon maître à penser, quelqu’un de singulier, sincère, un poète magnifique. Il sait mettre les mots ensemble pour qu’ils aient du sens. » 

Eric Fraj – Marinièr avec Guillaume Lopez et Thierry Roques réalisation Amic Bedel


Dans le double CD à paraître, on retrouvera d’autres auteurs. Le grand écrivain occitan Jean Boudou évidemment, Eric Fraj lui-même mais aussi des troubadours (Rambaut de Vaqueiras), des auteurs français comme François Villon, chanté par Ferré. Eric Fraj a traduit en occitan  « Ballade des menus propos »  qui traduit en occitan devient : « Balada dels dires menuts ».

On y retrouvera aussi évidemment la langue catalane dont il est locuteur, avec 2 textes de Pere Figueres qu’il a mis en musique. Ces 2 chansons ont été interprétées lors d’un concert commun au Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles de Toulouse en octobre dernier.

Une vie de rencontres

Eric Fraj a multiplié les expériences et les rencontres. Il a ainsi partagé la scène avec des grands artistes qui sont comme des frères et sœurs en humanité : Vicente Pradal, Lluis Llach, Colette Magny, Claude Marti, Guillaume Lopez, Paco Ibanez, Angel Parra, Rosina de Pèira ou Claude Sicre pour ne citer qu’eux.

Pour ce double disque, il a réuni plusieurs musiciens complices qui baignent dans des influences musicales qui sont les siennes : la chanson traditionnelle, la variété, le flamenco, la musique latino-américaine. C’est Morgan Astruc (arrangements, guitare et palmas) qui va faire le lien entre les 2 formations qui vont jouer sur le disque. Côté batterie, Simon Portefaix ou le percussionniste Hervé Chiquet. Evidemment, on retrouvera Guillaume Lopez, le complice de toujours qui signera des arrangements ainsi que flute, cornemuse et voix. « Guillaume a composé quelques chansons. Il a pris la tête d’une équipe. J’aime bien son « duende », son feeling. Il a de la sensibilité et une imagination folle. Il fait des impros extras. C’est un grand technicien, un grand pro dans la composition et les arrangements. J’aime son éclectisme qui correspond au mien. »

Eric Fraj et Guillaume Lopez en studio d’enregistrement ©Sarah Fraj

A l’accordéon, Thierry Roques, musicien indispensable et véritable caméléon qui se glisse dans tous le styles, Clairveau Ramsamy à la contrebasse, le tout sous la houlette de Mingo Josserand qui signe la prise de son, les arrangements, piano Fender et claviers.

Toute la richesse musicale d’Eric Fraj est là. « La vida » avait donné lieu à un spectacle en octobre 2018. Le disque sera différent avec des inédits, des nouveaux arrangements.

A l’image de la pochette, l’arbre est toujours vert, quillé, planté. Les ramifications sont nombreuses et la vitalité musicale d’Eric Fraj intacte.

Le disque « La vida » est en souscription sur le site d’ERIC FRAJ

Benoît Roux

 

 

02 Mar

A Toulouse, la nouvelle plateforme de streaming musical est lancée

Le streaming, nouveau sésame pour venir à la rescousse d’un monde artistique en détresse. Plusieurs salles de spectacles organisent des concerts retransmis en streaming sur les réseaux. Le premier Netflix exclusivement musical français vient de voir le jour à Toulouse. Quels sont les artistes proposés ?

Les 4 fondateurs d’ALLIVE Photo : Allive

Depuis le 22 février, vous avez la possibilité de vous abonner à cette nouvelle plateforme exclusivement musicale et proposant du live lancée par une start-up toulousaine.

Une rémunération différente des artistes

Moyennant 4,99 € par mois ou 49,99 € par an, un panel d’artistes essentiellement émergeants vous est proposé. Des vidéos d’artistes dans tous les genres musicaux mais captées dans les conditions du live. Les vrais lives d’avant la pandémie ou ceux enregistrés sans public post covid. Dans un premier temps, ce sont les artistes, les maisons de disques ou les salles de concerts qui proposent à la plateforme ces contenus. Avec comme premier principe, de rémunérer différemment les artistes. Manuel Darrault l’un des 4 fondateurs : « Cette plateforme est un contre-pied au niveau de la technologie et de la rémunération. D’abord il n’y avait pas jusqu’à présent de plateformes vidéos dédiées à toutes les musiques. Sur 4,99€ que coûte l’abonnement, 1,09 € vont dans l’enveloppe artiste, soit 4 fois plus que sur un autre site. Ensuite, ces 1,09 € seront rétribués aux artistes en fonction du temps de visionnage et non au nombre de vues. Plus un artiste va fédérer, plus il sera rémunéré ». 

C’est le principe de l’User Centric : l’abonné rétribue les artistes qu’il a réellement écoutés et non au prorata de l’utilisation de la plateforme selon le Data Centric, une méthode utilisée par la majorité des sites de streaming.

30 nouveaux artistes régulièrement

La plateforme ALLIVE est opérationnelle depuis le 22 février. La première semaine, 30 artistes ont été sélectionnés. Ce sont tous des artistes émergents que la start-up veut aider à percer. A l’arrivée, cinquante heures de live accessibles. On y retrouve notamment le groupe nancéen OBLIQ. 4 musiciens et une chanteuse à la voix puissante sur une musique d’influences rock progressif. 

Parmi les formations coups de cœur du site, les 3 frères qui constituent le groupe RUNNING TREE. Plus pop et folk, ce groupe vient de la région lyonnaise.

On y croise aussi des groupes électro comme ENTOARTIX ou encore DANIEL MIST aux atmosphères mélancoliques sous fond d’électro hip-hop.

Autant dire que tout le monde devrait y retrouver son bonheur musical. La plateforme réalise aussi des partenariats, notamment avec une autre plateforme musicale : Groover. Lancée en octobre 2018, Groover met en contact les artistes qui veulent promouvoir leur musique avec les médias, les labels en quête de talents émergents. Une sorte de laboratoire participatif (n’importe qui peut devenir un auditeur des morceaux envoyés par les artistes) pour faire émerger de la multitude les talents de demain. Alvin Chris est ainsi passé par là.

Alvin Chris – Verre de trop


En attendant le retour des concerts à titre expérimental avec IAM au Dôme de Marseille, le digital est un peu la bouée de sauvetage des artistes mais aussi des mélomanes en mal de musique.

Le digital complémentaire de la scène? 

La plateforme fait le pari que le streaming musical peut intéresser durablement un public. Tout va dépendre de la qualité et de l’originalité des contenus proposés. A terme, Allive veut aussi réaliser ses propres vidéos en organisant des sessions dans toute la France, dans des salles de concerts. En ligne de mire, un festival qui permettrait de faire découvrir sur scène les artistes qu’elle défend. Si ce nouveau mode de diffusion vous intéresse, la plateforme Allive est toujours à la recherche de nouveaux artistes.

SITE ALLIVE

Benoît Roux

 

27 Fév

Pierre Perret : l’artiste au virus taquin et poétique

Poétique mais souvent caustique. Quand il égraine ses accords de guitare il pleut des cordes sur « Les Confinis ». Lors du premier confinement, Pierre Perret avait fait un tabac avec cette chanson, fumant au passage quelques protagonistes du moment. A 86 ans, le couvre feu continue de l’enflammer. Il sort un double CD avec 3 inédits.

Photo du double CD de Pierre Perret

« Mes adieux provisoires » c’est le titre de la dernière tournée et du double CD qui est sorti cette semaine. Un chant du cygne qui donne des signes de résistance. Si les 2 concerts prévus à Pleyel ont été reportés 3 fois, ils sont programmés les 30 et 31 octobre 2021. Cette prolongation subie donne des ailes à Pierre Perret, toujours aussi à l’aise pour mettre les doigts dans la confiture et tartiner sur la bêtise humaine.

Toujours le virus

Pour les vœux de 2021, le chanteur natif de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) revisitait son tube « Vaisselle cassée » pour mettre la fessée à l’actualité pandémique et ses gestionnaires hasardeux. « Le virus à maman » où le nouveau vaccin contre la connerie.

Après l’confin’ment / S’y a moins d’macchabés / Après l’couvre feu / Y’a trois plus d’bébés !

Pierre Perret – Le virus à maman

De la même veine que « Les confinis ». Derrière l’humour, les mots qui touchent et qui font mouche sur les atermoiements du confinement. Drôle et féroce, facétieux et irrévérencieux… mais toujours empreint d’humanité.

Bientôt… Des bisous sur les paupières et des patins d’enfer

Encore plus poétique mais tout autant poil à gratter, le Pierrot lunaire est allé au « Grand Echiquier » de France 2 pour avancer ses pions. Avec un beau cadeau : cette magnifique chanson « Bientôt ». Sous le regard amusé et admiratif de Carla Bruni et Benjamin Biolay, la chanson se veut résolument optimiste. Il se dit prêt pour chanter « Lily » et « Les colos » bientôt. Emmené par l’accordéon de Gilou de plus de 10 ans son cadet, Il envoie valser les décideurs laissant fermés ces commerces non essentiels « dont ils auraient mieux fait de se nourrir, plutôt que de nous abêtir. » Avec une fin très assassine.

Pierre Perret – Bientôt (Le Grand Echiquier de France 2)

Des chansons virales

« Mes adieux provisoires », une nouvelle chanson arrangée et jouée avec ses amis des Ogres de Barback, c’est aussi le titre du double CD qui vient de sortir. 32 chansons dont 3 inédites (« Bientôt », « Les confinis », « Mes adieux provisoires ») pour se remémorer ce long parcours d’un artiste atypique, capable du plus joyeux comme du plus acrimonieux. Un art quasi inégalé de croquer les mots, de faire grincer, de faire sourire, avec générosité.


Tout est dit dans cette chanson « Mes adieux provisoires ». Une élégie élégante toujours imaginative. Une dernière taffe de liberté avant l’épitaphe d’une longue carrière à la plume aiguisée, pour mieux voler dans les plumes des oiseaux pas drôles. Dans le livret qui accompagne le double CD, l’artiste nous demande d’affuter nos esgourdes. Oui Pierrot, nos oreilles sont -et seront toujours- tout ouïe !

« Sans jamais hésiter, Vous fidèles anonymes, Escaladiez mes rimes, Pour sortir des sentiers, Vous avez échappé, C’est pas toujours commode, aux diktats et aux modes, Loin du prêt à chanter… »

Pierre Perret – Mes adieux provisoires (6 à la maison France 2)

SITE DE L’AMI PIERROT

Benoît Roux

 

 

24 Fév

Thibaut Garcia : un prodige de la guitare aux Victoires de la Musique

Deux ans avoir reçu une victoire comme « révélation », le guitariste classique Thibaut Garcia concourt ce soir encore pour les Victoires de la Musique Classique. Il n’a que 26 ans, mais déjà beaucoup de concerts dans le monde entier et des récompenses à la clé.

Thibaut Garcia 2019 Photo: Marco Borggreve

Ce n’est pas tous les jours que la guitare classique se fait une place dans la cour plutôt fermée de la musique classique.

Révélation Victoires de la Musique Classique 2019

Pourtant ce soir, l’auditorium de Lyon pourrait voir cet instrument royal triompher sous les doigts agiles de Thibaut Garcia. D’origine espagnole, ce jeune prodige de 26 ans a posé ses cordes dans les plus grandes salles : à Tokyo, Moscou, Paris Nashville… Il est nommé dans la catégorie « soliste instrumental », aux côtés de deux pianistes,  Khatia Buniatishvili et Alexandre Tharaud. La guitare classique souvent oubliée viendrait donc se frotter aux cordes plus reconnues du piano. 

Reportage France 3 Eric Coorevits/Patricia Chalumeau

Passé par le conservatoire de Toulouse puis celui de Paris, n’allez pas croire que Thibaut n’écoute que de la musique classique. Si de par ses origines il a beaucoup interprété la musique espagnole, il écoute aussi beaucoup d’électro, du rap, du rock…

En 2016, il rejoint la célèbre maison de disque « Warner Classics Erato » pour ses projets discographiques. Un premier disque « Leyendas » puis un deuxième en hommage à J.-S. Bach. En 2020, il sort un cinquième album consacré au célèbre « Concerto d’Aranjuez », la pièce maîtresse de la guitare. Enregistré à la Halle aux Grains de Toulouse avec l’Orchestre National du Capitole, ce disque lui a valu plusieurs récompenses dont un « Diapason d’or ».

En 2013, il obtient le premier prix du Concours international de Séville, 2 ans plus tard celui de la « Guitar Foundation of America Competition ». Il est aussi nommé filleul de l’Académie Charles Cros.

Portrait Thibaut Garcia France 3 Occitanie Eric Coorevits (2019)

Une nouvelle Victoire de la Musique lui donnerait encore un nouvel élan pour promouvoir son instrument et sa musique. Il est aussi le créateur de l’événement « Toulouse Guitare » où les jeunes futures pépites côtoient les maestros. Un nouveau rendez-vous est prévu en mars retransmis en streaming sur la page Facebook dédiée.

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