12 Mai

Bonjour l’oubli !

À dix kilomètres de chez moi, dans un tout petit cimetière au milieu de la belle campagne du Lot, repose Françoise Sagan. J’ai eu la chance de la côtoyer parfois au cours de soirées mémorables dans les années 60 et 70 et de la photographier juste avant l’an deux-mille. 

Aussi le spectacle de cette tombe délaissée m’a serré le coeur.

Sur la pierre on peut lire le nom de Robert Westhoff, son dernier mari. Peggy Roche, sa plus fidèle amie dort aussi à ses côtés mais son nom n’est pas inscrit sur la stèle.

Quelques admirateurs bien intentionnés ont posé sur la pierre moisie d’humidité un bloc de verre taillé, une voiture miniature jaune représentant sa passion de la vitesse, une sculpture « moderne », deux foulards solidifiés par le temps, deux fleurs en céramique, un mégot symbolisant ses addictions et une plaque de roulette de casino témoin de son mépris de l’argent.

C’est gentil mais un peu court, il me semble, pour une des seules femmes de lettres à avoir influencé le 20eme siècle. Cette personne si rare dont la désinvolture annonçait avant tout le monde une insolence que plus tard les jeunes Rolling Stones penseront inventer. Que reste-t-il ? Ses livres bien sûr, quelques photos et les souvenirs d’amis anciens qui ne tarderont pas à la rejoindre. 

Ne mérite-t-elle pas mieux ?

Je vois déjà l’aimable lecteur prêt à me réprimander: « Pourquoi râler mon grand, tu n’as qu’à t’en occuper ! ». Eh bien figurez-vous que je me suis renseigné et la loi ne permet qu’aux gens de la famille de toucher à une sépulture. On a seulement droit d’apporter des fleurs. D’accord mais moi les roses qui meurent ça me fout le cafard. J’aimerais la nettoyer cette tombe, l’arranger, la reconstruire. Mais voilà, ça c’est interdit. 

Je me console en imaginant que de toute façon, là où elle est, Françoise s’en fout sûrement. Et en plus comme je ne croit à rien,  je pense qu’elle n’est nulle part si ce n’est dans nos pensées. Donc… 

01 Mai

1er jour du beau mois de Mai.

Cerise et sa fille Hortense: « Et pendant ce temps-là, nous on bosse !

1er Mai. Que la fête du travail soit un jour où on ne fout rien m’a toujours étonné. Pourquoi ne pas avoir l’honnêteté de reconnaître que c’est une journée destinée à faire l’éloge de la paresse, ce qui à mon avis est tout aussi estimable. Celle-ci étant le luxe ultime réservé au club des courageux, de ceux qui savent que si ne rien faire est à la portée de n’importe qui, FAIRE RIEN est réservé à l’élite. Celle des inutiles, des dilettantes dans mon genre et autres nostalgiques d’un monde oublié, de ceux-là qui appartiennent au siècle dernier, surtout à ses débuts, autrement dit, mon monde à moi. (Discours de petit bourgeois. Oui et alors ? Ne comptez pas sur moi pour vous la jouer Che Guevara sur le tee-shirt et poing tendu vers les nuages. ) 

Comme d’habitude les syndicats vont organiser des manifestations en rêvant d’une convergence de luttes aussi respectables qu’illusoires puisque en fin de compte leur seul dénominateur commun est une haine chronique de la mondialisation.

Je suis entièrement d’accord, mais détester la mondialisation c’est comme haïr la grippe. Moi non plus je n’aime pas avoir le nez qui coule, mais ce n’est pas ma faute si la population de la planète a augmenté de sept fois depuis le jour de ma naissance. Enfin un peu quand même puisque j’ai le bonheur d’avoir trois enfants…

Et comme toujours les gazettes vont glorifier Mai 68 dans l’espoir de vendre autant de papier que ceux qui, il y a cinquante ans, ont inventé la première révolution sponsorisée par les médias. Car en tête, c’est bien Europe No 1 qui à l’époque a secoué la France en annonçant tous les quarts d’heure que Paris était en feu alors que seulement cinq ou six rues du quartier Latin se battaient contre les CRS. Je le sais, j’étais là, enfin je buvais des coups chez Castel, mais quand même, j’allais voir. C’était assez joyeux, il y avait de la poésie sur les murs, des étudiants sincères, des jeunes futurs ministres débraillés rêvant de Robespierre, des bons à rien côtoyant des filles prêtes à tout, des ouvriers désespérés en quête d’un espoir déçu d’avance. 

Moi, le petit chanceux des années 60, je rêvais de rencontrer Cohn-Bendit, le seul dont je comprenais le discours. Alors pour la première fois de ma vie j’ai pénétré timidement dans la Sorbonne, il devait parler ce soir-là. Très impressionné, je me suis retrouvé dans un amphithéâtre rempli à ras bord, assis à côté de deux ouvriers, des égarés comme moi, mais qui eux avaient de vraies raisons d’être là. 

À deux heures du matin, Cohn-Bendit n’étant pas venu, lorsque le type à ma droite s’est tourné vers son voisin en disant: « Ils sont bien gentils, mais ça ne nous donnera pas notre pain demain ! » Notre pain ! La honte m’a pris. J’étais là en touriste, j’avais quand même une Mustang AC Cobra garée à cinq cent mètres, ma place n’était pas ici. En sortant, sur un mur de la Sorbonne j’ai vu un slogan de huit mètres de long proclamant: « Si je suis entré ici, c’est par la force des baïonnettes et je n’en ressortirai que lorsqu’on m’aura rendu mon imperméable ! » J’étais sauvé, j’en avais vu suffisamment.

Je suis donc parti pour Rome, Brigitte Bardot s’y ennuyait seule dans une grande maison à la campagne. Par chance la plus belle femme du monde était une amie, et en tout bien tout honneur, à coup de promenades sur la via Appia et de dîners aux chandelles, elle m’a fait cadeau du plus joli Mai 68 qu’on puisse imaginer. 

À l’heure où j’écris je ne n’ai toujours pas rencontré Cohn-Bendit, c’est mon seul regret car ses théories d’aujourd’hui me plaisent toujours autant.

Comme d’habitude Paris pensait être le centre du monde alors que ces mouvements avaient déjà commencé partout sur la planète. Une révolution sans mort, ce devrait être notre seule fierté.

Aujourd’hui, messieurs Martinez et consorts vont tenter de rejouer la pièce, la France va creuser un peu plus sa dette et les journaux vont souffler sur la braise en ramant à contre-courant de leur déclin. 

Et pendant ce temps-là les chinois travaillent dans un pays fier d’offrir à son peuple une moyenne de 17 jours de vacances par an. 

Courage Président Macron, ne lâchez pas la barre, la route sera longue.

08 Avr

Arrêtez le massacre !

S’il y a un ciel et que Johnny nous regarde, il doit être déçu.

Le déluge de vulgarité déversé par les médias sur cette sinistre affaire d’héritage est en train d’abimer les souvenirs de milliers de gens. Tout au long de sa vie Johnny n’aura travaillé qu’à une seule chose, leur en donner pour leur pognon lorsqu’il était sur scène. Peut-être n’était-il bon qu’à cela mais il le faisait bien. D’accord, il n’était sans doute pas un père idéal, sûrement pas un mari modèle, quant à son amitié, elle était à géométrie variable selon le hasard des rencontres. Acteur de sa vie pour oublier des trahisons lointaines, il ne vivait que dans le regard des autres. Oserai-je dire que seul il n’avait pas d’existence ? J’ai toujours pensé qu’une nuit de solitude pouvait le tuer.

L’éventail de ses amis était un peu trop large. Des vrais, des sincères, il en aura sans doute eu quelques-uns, mais pour combien de courtisans, d’envieux et de profiteurs en tous genres ? Depuis 1962, vous n’imaginez pas le nombre incalculable de gens que j’ai vu déclarer être son « frère », ça lui aurait fait une putain de famille nombreuse au Jojo. Je n’ai jamais été son frère, et étais-je son ami ? Ce dont je suis certain c’est que j’avais pour lui de l’estime et de la tendresse et tout au long de sa vie il m’a montré qu’il me le rendait bien. C’était largement suffisant. Ami est un mot bien trop galvaudé dans cet univers-là, je n’y crois plus guère depuis longtemps.

Lorsqu’un type capable d’enflammer un stade de vingt-mille personnes sort de scène, on ne peut pas lui présenter la note de gaz et lui demander d’aller chercher le petit le lendemain à l’école. Ça ne marche pas comme ça. Certains y arrivent peut-être, mais ils ne sont pas Johnny. Il n’y en avait qu’un comme lui dans la chanson française, de même il n’y a qu’un Depardieu au cinéma et un Elvis Presley dans le rock des années 50. Ces gens-là il faut les prendre comme ils sont et ne jamais retourner le tableau pour chercher la vérité, on ne veut pas la savoir, il ne faut pas briser les rêves des gens.

Ce que je lis, ce que j’entends depuis quelques jours me révulse. Comment peut-on atteindre un tel degré de vulgarité pour évoquer publiquement sa faiblesse physique des derniers jours ? Donner de lui une image dégradante signifie cracher à la figure de tous les gens dont la vie fut embellie par les chansons et le personnage qu’il s’était inventé. C’est une minable trahison.

L’évènement à la Madeleine était certes impressionnant, cependant il ne m’a pas vraiment plu. Pourquoi lui organiser une cérémonie digne de Simone Veil ? Johnny n’avait rien à voir avec cette grande dame. C’était un petit belge devenu français qui rêvait d’Amérique et qui finit par devenir le plus grand rockeur du pays. On aurait dû confier son cercueil aux motards pour descendre les Champs-Élysées afin qu’ils le posent sur la scène de la place de la Concorde. Là ses musiciens auraient joué ses chansons et les gens auraient chanté pendant trois heures. Car dans les rues ce matin-là il y avaient ses meilleurs amis, à savoir la foule désintéressée de ceux qui, sans rien attendre en retour, l’avaient toujours accepté pour ce qu’il leur donnait.

Alors messieurs et dames des médias, arrêtez le massacre.

Cette histoire d’héritage ne nous regarde pas.

 

Jean-Marie Perier

 

PS : Rien que la semaine dernière j’ai reçu des propositions pour participer à deux documentaires de 52 minutes sur « L’héritage de Johnny ». Je n’en veux pas à ces journalistes, ils répondent à une demande des chaînes, mais qu’ils me pardonnent de décliner l’invitation. J’essaie d’éviter de parler de cette histoire. En plus, ces interviews de 45 minutes dont vous gardez trois phrases, je préfère passer. N’ayez aucune inquiétude, il y a suffisamment de gens prêts à tout pour montrer leur tête dans le poste, vous ne manquerez pas de clients. Mais l’idée de me retrouver au milieu de « spécialistes de la chanson française » ou « d’amis » évoquant un Johnny qu’ils connaissaient à peine et qui racontent les années 60 alors qu’ils étaient encore en classe, merci j’ai déjà donné.

24 Mar

N’abimez pas nos souvenirs !

 

Cette image un peu floue, je ne la connaissais pas. Elle évoque peut-être mon souvenir préféré des années 60. Qui a fait cette photo de moi avec Johnny Hallyday et Sylvie Vartan sur une plage des Canaries ? 

En 1965, alors que je trainais à la terrasse de « La belle Ferronnière » près des Champs-Elysées, une Ferrari s’arrêta en double file, en ces temps-là ça ne dérangeait personne. Johnny en descendit et vint s’assoir à côté de moi. « Avec Sylvie on voudrait que tu sois témoin de notre mariage ! » me dit-il en s’allumant une cigarette. C’était le printemps et ce jour-là il faisait beau dans les rues de Paris. Ensuite il y eu la cérémonie infernale à l’église de Loconville, puis lorsqu’ils partirent pour les Canaries, ils m’emmenèrent avec eux pour faire des photos. Autrement dit on était tous les trois en voyage de noce et le plus insensé c’est que ça nous paraissait normal.

Comment voulez-vous qu’aujourd’hui je ne sois pas nostalgique devant les couvertures de journaux sur cette sinistre histoire d’héritage ? Voir Johnny avec des yeux de diable au-dessus d’un titre pathétique : « Son dernier dîner. ». Par pitié, que la presse arrête de salir les souvenirs. Faisons comme Sylvie Vartan l’autre soir au grand Rex. Elle a chanté les chansons de Johnny pour lui rendre hommage. Voilà. C’est tout. Ça suffit. 

Pendant que des inconnus dorment sur les trottoirs des villes, des parents virent leur môme parce qu’il est homosexuel, on laisse assassiner les Kurdes pendant que des migrants se noient, des filles sont excisées au moyen Orient, les femmes n’ont pas droit à la contraception en Afrique et on transforme les océans en poubelles. En France : « L’album posthume de Johnny sortira-t-il ? » Ça vire au grotesque.

Décidément je ne crois pas en un quelconque Dieu. S’il existait, je suppose qu’il serait intelligent. Et dans ce cas bien sûr, il n’aurait sûrement pas inventé l’homme, les avocats, les juges, les critiques ou les journaux français…

 Jean-Marie Perier

PS : Et voilà que tout à coup, une méchante actualité rend mes propos dérisoires. Un gendarme se hisse au plus haut niveau de l’humain en donnant sa vie pour sauver celle d’une inconnue. Courage insensé d’un homme admirable. Il s’appelait Arnaud Beltrame. Gloire à lui.

 

 

 

28 Jan

Merci Apolline.

Capture d’écran 2018-01-28 à 14.11.57Dimanche dernier j’ai eu le privilège d’être invité par Apolline de Malherbe dans une émission généralement réservée à la politique ou à l’actualité, pour parler de mon livre « Près du ciel, loin du paradis » sorti en octobre 2017. 

Je me doutais qu’en publiant un recueil de nouvelles sur le troisième âge les choses ne seraient pas simples. C’est pourquoi j’ai sauté sur l’occasion de parler de sujets qui me tiennent à coeur, puisque pour une fois j’étais face à des journalistes acceptant que l’on parle d’autre chose que des années 60. 

Après avoir pu évoquer brièvement la disparition de mon ami Johnny Hallyday, j’ai pu m’expliquer sur ma vision de la vieillesse en rupture avec les idées reçues en vogue dans les médias et sur ceux qui, au nom de la politique, se lèvent systématiquement le matin pour être « CONTRE », pour dire « NON ». Ces membres de l’intelligenstia médiatique obsédés par l’idée de ne plus exister, arborant fièrement leurs drapeaux d’indignés de salon. Dans le petit monde du « Paris-qui-chante-et-qui-ricanne » la critique tenant lieu de certificat de forte personnalité, c’est à qui hurlera le plus fort contre le président et ses ministres. Bien que n’ayant pas voté pour François Hollande, je ne l’ai jamais publiquement dénigré une fois qu’il fut élu. Pour moi seul compte le résultat du vote national, le reste ne sert qu’à faire plonger la France. Si vous n’êtes pas content, votez autrement la prochaine fois.

Et puis, pardonnez-moi, mais je préfère ceux qui se lèvent le matin pour dire « OUI » et dont le but premier est de chercher des solutions au lieu de créer des problèmes, contrairement aux suiveurs de mode dont le but est d’attaquer systématiquement le pouvoir en place en ânonnant les éternels dogmes « droite-gauche » et autres éléments de langage. Par nature, je me méfie toujours des gens qui ont « la panoplie » et dont les coups de menton cherchent à « forcer le respect ». 

En fin de compte, les cons déguisés en intelligent, ce sont les pires.

Jean-Marie Périer

PS: Je réalise qu’il est un peu cavalier de parler d’une chaîne concurrente, mais je compte sur l’ouverture d’esprit de FR3 pour excuser cet écart.

Si vous voulez voir un extrait de cette émission:

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/johnny-hallyday-et-france-gall-je-regrette-qu-ils-soient-parties-jean-marie-perier-1026117.html

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07 Jan

Adieu Marquise.

F.G. 1

Ce message est destiné aux gens des médias.

Pardonnez-moi, mais je n’ai donné aucune interview pour Johnny et je ne dirai rien sur France. Après avoir été le témoin privilégié des années 60, je n’ai pas envie d’en devenir le fossoyeur. Et je refuse de faire partie de la meute de ceux qui se ruent pour passer la tête dans le poste afin de parler surtout d’eux-même.

J’évoquerai ces deux amis-là plus tard, mais pour l’instant, en ce qui me concerne, ce sera leurs chansons et du silence.

Amicalement.

Jean-Marie Périer

F. Gall rayée

F.G.3

28 Déc

Alléluia les pruneaux !

Dulco 1

En cette joyeuse semaine où les instances religieuses nous suggèrent de fêter en famille la naissance de Jésus de Nazareth, me voilà pris d’une générosité soudaine envers l’humanité toute entière. En effet, j’aimerais contribuer à la liesse générale en me penchant sur le destin héroïque d’une personne dont le courage et l’opiniâtreté méritent d’être soulignés. En effet à chaque fois que le calendrier nous pousse aux agapes, la même jeune femme apparait sur les écrans de nos téléviseurs pour se pencher affectueusement sur le sort de nos tripes. Gloire à la belle inconnue qui rythme nos plaisirs cathodiques en assénant ce diktat salvateur: « Dulcolax, le matin relax ! »

Je ne peux empêcher d’avoir une pensée émue pour son mari, sommé d’arborer pour toujours sa fierté au bras de celle à laquelle il a juré fidélité, ignorant, le bougre, qu’il liait son destin à une guerrière de la constipation.

J’espère que la belle est entre les mains d’un agent efficace, lequel aura au moins veillé à ce que sa prestation soit récompensée par une rémunération systématique à chacune de ses apparitions. Vous rendez-vous bien compte des conséquences ? À l’entrée d’un magasin, traversant un restaurant bondé ou pénétrant dans un commissariat, elle doit affronter les regards d’abord dubitatifs (sur quelle chaîne présente-t-elle donc la météo celle-là ?) puis narquois dès que la mémoire revient, le tout accompagné du geste pavlovien de la main sur le ventre synonyme de troubles intestinaux.

Cette femme est une héroïne.

Pourtant il me semble me souvenir que dans ma tendre enfance, ma grand-mère, du haut de sa sagesse, me recommandait souvent les bienfaits du pruneau. Loin de moi l’intention de nuire à la carrière de la Sainte Thérèse de nos entrailles, mais enfin l’usage de ce petit fruit laxatif peut rendre des services appréciables. Finis les regards au plafond de la pharmacie une fois le médicament commandé, adieu l’ingérence de la pilule gâchant par la pensée un magnifique coucher de soleil Bahamien, vive le retour au paradis des sphincters apaisés.

En ces temps de liesse obligée, c’est donc un sain retour à la nature auquel je vous engage et par la même occasion, chers Aveyronnais, je vous souhaite un Noel d’autant plus joyeux qu’il sera, grâce à ces lignes, suivi d’un transit magistral. Alléluia les pruneaux !

Jean-Marie Périer

Dulco 2

Article publié dans « Le Villefranchois ».

07 Déc

Triste semaine.

Jean d'O

J’aimerais remercier le journal « Le Point » d’avoir utilisé pour leur couverture cette photo de Jean d’Ormesson que j’avais faite pour « ELLE » dans les années 90. Ça me touche beaucoup car l’élégance de l’homme comme la musique de ses mots m’ont toujours emballé.

Voyez-vous, c’est l’un des plus grand privilège de la photographie. Si vous avez la chance de travailler pour un journal, vous pouvez rencontrer pratiquement n’importe qui. Ensuite, pendant la séance vous êtes quand même en mesure de demander à votre modèle: « Tournez-donc un peu la tête ou redressez-vous s’il vous plaît ! » alors que vous ne le connaissiez pas une heure avant, et ce, qu’il soit boucher ou président de la république. Ce privilège n’est pas donné à tout le monde. À part dentiste ou gynécologue, je ne vois pas beaucoup de professions présentant cet avantage-là.

Cela dit j’avais déjà croisé Jean d’Ormesson quelques fois mais nous n’étions pas des proches. J’ai surtout passé avec lui trois jours mémorables à Venise à l’occasion d’un sujet pour le journal « ELLE » dans les années 90.

J’avais emmené mon amie Julie Andrieu et bien sûr, au moment même où je la lui ai présenté, la raison de ce voyage devint évidente. Ne pouvant respirer sans séduire, les photos que je devais réaliser passèrent aussitôt au second plan, et il entreprit de lui faire connaître son Venise à lui, autrement dit le vrai.

C’était un spectacle merveilleux de voir cet homme d’un âge certain marcher à vive allure, l’oeil vif et le doigt véloce nous indiquant des détails architecturaux que les touristes ne verront jamais.

À la suite de quoi il va poser pour moi, mais la séance est rapide. Et tandis qu’il me regarde de ses yeux bleus roi, je ne saurais dire s’il me sourit par politesse ou pour me remercier de lui avoir donné l’occasion de connaître une aussi belle personne.

Julie est restée son amie, hélas moi, je ne l’ai jamais revu.

Jean-Marie Périer

30 Nov

Et si on lui foutait la paix ?

Halte au feu. Johnny Hallyday est toujours là, merci pour lui.

Johnny Halliday (Photo : J-Marie Périer)

Johnny Halliday (Photo : J-Marie Périer)

Soutenu par sa famille, il se bagarre contre le crabe maudit avec son courage habituel, sans gémir et, tel que je le connais, habité par l’impossible espoir qu’on lui foute la paix.

Bonne idée. Car il faut savoir que depuis quinze jours l’irrépréssible frénésie des médias nationaux est à nouveau à son comble. C’est le jeu, tous les journaux se préparent « au cas où ». Cette règle que l’on peut juger funeste existe dans la presse depuis la nuit des temps. Quand les foules adorent un artiste, elles se préparent toujours à le regretter.

Je n’ai aucune nouvelle à vous donner et même si j’en avais je ne les donnerais pas. Depuis quelques années, parce que je vis dans l’Aveyron et lui un peu partout, Jojo et moi nous correspondons par mail. Le dernier message que j’ai reçu de lui date de quelques semaines et vu la situation je fus assez surpris qu’il prenne le temps de m’envoyer une lettre aussi gentille. C’est sans doute la plus grande qualité de cet ami-là, il n’a jamais changé. Dans sa tête il est exactement le même que le jeune homme de dix-neuf ans que j’ai rencontré en 1962.

À cette époque déjà, il menait un autre combat, celui de la méchanceté des « grandes personnes » à son égard.

En septembre 1958, alors qu’il passait en première partie de Raymond Devos à l’Alhambra, le soir de la première, dans le parterre du tout Paris du « Music-hall », parmi les grandes vedettes de l’époque certains le huèrent en sifflant, j’en connais même un qui hurla : « Virez-moi ce connard ! ». Je ne le nommerai pas mais Jojo s’en souvient. Comment peut-on proférer une telle horreur à un môme qui débute et dont le rêve n’est autre que de chanter et danser ? J’aimerais rendre hommage à Raymond Devos. Car après le spectacle, devant le tollé des happy-fews, la direction voulait se séparer du jeune Hallyday. Et Devos a répondu : « Si vous virez le môme, je pars ! » La grande classe. Puis vinrent Charles Aznavour qui lui accorda sa confiance, Daniel Filipacchi qui le programma aussi sec dans son émission et Edgar Morin qui, comme toujours, comprit avant les autres ce que Johnny représentait.

Néanmoins, aidés par des « guignols » en tous genre, la majorité des journalistes, des adultes, des parents se moquèrent de lui pendant trente ans malgré son fulgurant succès auprès de la jeunesse. « Je préfère qu’ils me prennent pour un con, comme ça je les vois venir ! » me disait-il dans un sourire.

Ce mépris dura jusqu’au début des années 90, lorsque l’écrivain Daniel Rondeau lui consacra une grande interview dans le journal « Le Monde ». Là, enfin, l’intelligentsia parisienne le regarda d’un autre œil.

Eh bien le 12 décembre, vous verrez sur France 2 un documentaire récent sur Johnny dans lequel il se livre durant presque une heure.

Il y a un an la production m’avait proposé de faire cet interview et j’avais préféré m’effacer, considérant que l’étiquette « Années 60 » collée sur mon front l’aurait replongé dans un bain dont il avait su sortir. De plus, comment aurais-je pu faire semblant de lui poser des questions sur une vie dont je connais la plupart des réponses ? Aussi leur ai-je vivement conseillé de choisir Daniel Rondeau. Tant mieux, pour une fois un média parisien m’aura écouté.

Jojo, j’espère que ce n’est pas mon cadeau d’adieu, car tu l’as oublié mais je suis plus âgé que toi et, va savoir, je pourrais très bien te battre au poteau.

Ce serait bien la première fois !

 

PS : Depuis quinze jours, je reçois des messages de gens des médias me demandant de parler de Johnny. Inutile d’insister. Ne comptez pas sur moi pour aller faire le beau dans le poste si mon ami disparait. Et si par malheur ça arrive, sachez que les interviews qui paraîtront sans doute seront tous anciens.

Ce jour-là je serai très triste et je ne dirai pas un mot.

 

(Article paru dans « Le Villefranchois » le 30 novembre 2017)

 

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