07 Déc

Triste semaine.

Jean d'O

J’aimerais remercier le journal « Le Point » d’avoir utilisé pour leur couverture cette photo de Jean d’Ormesson que j’avais faite pour « ELLE » dans les années 90. Ça me touche beaucoup car l’élégance de l’homme comme la musique de ses mots m’ont toujours emballé.

Voyez-vous, c’est l’un des plus grand privilège de la photographie. Si vous avez la chance de travailler pour un journal, vous pouvez rencontrer pratiquement n’importe qui. Ensuite, pendant la séance vous êtes quand même en mesure de demander à votre modèle: « Tournez-donc un peu la tête ou redressez-vous s’il vous plaît ! » alors que vous ne le connaissiez pas une heure avant, et ce, qu’il soit boucher ou président de la république. Ce privilège n’est pas donné à tout le monde. À part dentiste ou gynécologue, je ne vois pas beaucoup de professions présentant cet avantage-là.

Cela dit j’avais déjà croisé Jean d’Ormesson quelques fois mais nous n’étions pas des proches. J’ai surtout passé avec lui trois jours mémorables à Venise à l’occasion d’un sujet pour le journal « ELLE » dans les années 90.

J’avais emmené mon amie Julie Andrieu et bien sûr, au moment même où je la lui ai présenté, la raison de ce voyage devint évidente. Ne pouvant respirer sans séduire, les photos que je devais réaliser passèrent aussitôt au second plan, et il entreprit de lui faire connaître son Venise à lui, autrement dit le vrai.

C’était un spectacle merveilleux de voir cet homme d’un âge certain marcher à vive allure, l’oeil vif et le doigt véloce nous indiquant des détails architecturaux que les touristes ne verront jamais.

À la suite de quoi il va poser pour moi, mais la séance est rapide. Et tandis qu’il me regarde de ses yeux bleus roi, je ne saurais dire s’il me sourit par politesse ou pour me remercier de lui avoir donné l’occasion de connaître une aussi belle personne.

Julie est restée son amie, hélas moi, je ne l’ai jamais revu.

Jean-Marie Périer

30 Nov

Et si on lui foutait la paix ?

Halte au feu. Johnny Hallyday est toujours là, merci pour lui.

Johnny Halliday (Photo : J-Marie Périer)

Johnny Halliday (Photo : J-Marie Périer)

Soutenu par sa famille, il se bagarre contre le crabe maudit avec son courage habituel, sans gémir et, tel que je le connais, habité par l’impossible espoir qu’on lui foute la paix.

Bonne idée. Car il faut savoir que depuis quinze jours l’irrépréssible frénésie des médias nationaux est à nouveau à son comble. C’est le jeu, tous les journaux se préparent « au cas où ». Cette règle que l’on peut juger funeste existe dans la presse depuis la nuit des temps. Quand les foules adorent un artiste, elles se préparent toujours à le regretter.

Je n’ai aucune nouvelle à vous donner et même si j’en avais je ne les donnerais pas. Depuis quelques années, parce que je vis dans l’Aveyron et lui un peu partout, Jojo et moi nous correspondons par mail. Le dernier message que j’ai reçu de lui date de quelques semaines et vu la situation je fus assez surpris qu’il prenne le temps de m’envoyer une lettre aussi gentille. C’est sans doute la plus grande qualité de cet ami-là, il n’a jamais changé. Dans sa tête il est exactement le même que le jeune homme de dix-neuf ans que j’ai rencontré en 1962.

À cette époque déjà, il menait un autre combat, celui de la méchanceté des « grandes personnes » à son égard.

En septembre 1958, alors qu’il passait en première partie de Raymond Devos à l’Alhambra, le soir de la première, dans le parterre du tout Paris du « Music-hall », parmi les grandes vedettes de l’époque certains le huèrent en sifflant, j’en connais même un qui hurla : « Virez-moi ce connard ! ». Je ne le nommerai pas mais Jojo s’en souvient. Comment peut-on proférer une telle horreur à un môme qui débute et dont le rêve n’est autre que de chanter et danser ? J’aimerais rendre hommage à Raymond Devos. Car après le spectacle, devant le tollé des happy-fews, la direction voulait se séparer du jeune Hallyday. Et Devos a répondu : « Si vous virez le môme, je pars ! » La grande classe. Puis vinrent Charles Aznavour qui lui accorda sa confiance, Daniel Filipacchi qui le programma aussi sec dans son émission et Edgar Morin qui, comme toujours, comprit avant les autres ce que Johnny représentait.

Néanmoins, aidés par des « guignols » en tous genre, la majorité des journalistes, des adultes, des parents se moquèrent de lui pendant trente ans malgré son fulgurant succès auprès de la jeunesse. « Je préfère qu’ils me prennent pour un con, comme ça je les vois venir ! » me disait-il dans un sourire.

Ce mépris dura jusqu’au début des années 90, lorsque l’écrivain Daniel Rondeau lui consacra une grande interview dans le journal « Le Monde ». Là, enfin, l’intelligentsia parisienne le regarda d’un autre œil.

Eh bien le 12 décembre, vous verrez sur France 2 un documentaire récent sur Johnny dans lequel il se livre durant presque une heure.

Il y a un an la production m’avait proposé de faire cet interview et j’avais préféré m’effacer, considérant que l’étiquette « Années 60 » collée sur mon front l’aurait replongé dans un bain dont il avait su sortir. De plus, comment aurais-je pu faire semblant de lui poser des questions sur une vie dont je connais la plupart des réponses ? Aussi leur ai-je vivement conseillé de choisir Daniel Rondeau. Tant mieux, pour une fois un média parisien m’aura écouté.

Jojo, j’espère que ce n’est pas mon cadeau d’adieu, car tu l’as oublié mais je suis plus âgé que toi et, va savoir, je pourrais très bien te battre au poteau.

Ce serait bien la première fois !

 

PS : Depuis quinze jours, je reçois des messages de gens des médias me demandant de parler de Johnny. Inutile d’insister. Ne comptez pas sur moi pour aller faire le beau dans le poste si mon ami disparait. Et si par malheur ça arrive, sachez que les interviews qui paraîtront sans doute seront tous anciens.

Ce jour-là je serai très triste et je ne dirai pas un mot.

 

(Article paru dans « Le Villefranchois » le 30 novembre 2017)

 

19 Oct

Près du ciel, loin du paradis.

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Interview d’Eric Lashon pour « Le Villefranchois ».

Eric Lashon: Avec ce livre vous signez une oeuvre pleine d’humour mais aussi très féroce dont le thème central est l’inéluctabilité de l’âge et le cortège d’inconvénients qui lui est attaché. Est-ce une forme d’exorcisme ?

Jean-Marie Périer: Oui absolument, ça ne sert à rien, je sais, mais on ne peut pas faire que des choses utiles… En fait, je pensais que je serais toujours jeune. Désolé, je ne vois aucun intérêt à vieillir. Où est-elle la fameuse sagesse ? Moi j’ai 20 ans dans la tête mais la caisse ne suit pas. Et ne me parlez pas de l’expérience, j’ai passé ma vie à refaire les mêmes conneries.

Eric Lashon: Vous avez choisi d’écrire ce livre comme un recueil de nouvelles et de nous présenter une galerie de personnages confrontés à la vieillesse y compris du point de vue de la femme. Pensez-vous qu’il existe une grande diversité par rapport au vieillissement physique et donc aussi entre les sexes ?

Jean-Marie Périer: Oui c’est assez injuste d’ailleurs.  À un moment donné les femmes perdent des armes qui ont fait leur force dans leur jeunesse. Ce changement doit être cruel pour certaines. En même temps quand elles sont jeunes, elles s’en servent aussi pour nous les briser menu. Et nous on plonge comme des grands ! Il faut bien qu’il y ait une justice. Vieillir est peut-être plus simple pour un homme, encore que… Arrêtez de me bassiner avec la beauté des rides. C’est quand même mieux quand il n’y en a pas. La vérité c’est qu’aujourd’hui. Les vieux étant en grand nombre, ils sont devenus un « marché ». Et j’en ai marre qu’à longueur de livres ou d’articles de journaux, on raconte des salades aux gens en leur faisant miroiter que la vie commence à 60 ans, qu’on peut tomber amoureux à 75 ans et baiser à 90. C’est peut-être vrai pour certains, mais comme par hasard ce ne sont pas des « morts de faim », et ils représentent à peine un pour cent de la population, et pour les autres, vieillir c’est surtout très désagréable. Allez voir dans les hospices,  ce n’est pas Disneyland.

Eric Lashon: Presque toutes vos nouvelles placent au centre de la tristesse de vieillir, la difficulté d’assumer son corps et pourtant vous semblez un bel exemple de ce que l’on peut qualifier d’éternel jeune homme…

Jean-Marie Périer: Je n’ai pas écrit ce livre pour parler de moi, c’est pourquoi ce sont des nouvelles, autrement dit, des petites histoires sur ceux qui subissent aussi les inconvénients d’être un « Sénior » (quel mot grotesque ! Ils ne peuvent pas dire « Vieux » ?) D’accord, aujourd’hui j’ai la chance de faire plus jeune, mais quand j’avais 16 ans et que j’en faisais 11, croyez-moi ce n’était pas la joie dans les « surboums », avec les filles qui me caressaient la joue en disant « Oh comme il est mignon ! » avant de se jeter dans les bras du premier crétin venu.

Eric Lashon: Certains de vos personnages sont plus flamboyants que d’autres face à l’âge. Pensez-vous que la vieillesse est un révélateur de la nature de l’Homme ?

Jean-Marie Périer: Mae West disait: « Vieillir est une affaire d’athlète ! ».  Mourir ne m’emballe pas, mais au moins c’est la même danse pour tout le monde et après, hélas comme je ne crois a rien… C’est l’idée de la dégradation que j’ai en horreur. Il faudrait vivre sa vie à l’envers. On serait vieux au début, puis de moins en moins malade, on finirait par la première histoire d’amour, et hop ! À la maison.

Eric Lashon: L’image de la femme est très présente dans votre livre pensez-vous comme Charles Denner dans  » l’homme qui aimait les femmes » que c’est le pas des femmes qui fait tourner le monde ?

Jean-Marie Périer: Sans doute puisqu’elles donnent la vie. Mais elles devraient peut-être marcher moins vite. Quand je suis né on était un milliard et demi d’habitants sur terre, on est sept milliards aujourd’hui. Trop de monde, après on s’étonne qu’ils n’y aient pas assez de places de parkings.

Eric Lashon: Face aux trahisons du corps dans les ébats sexuels, vous avez choisi de vous retirer du jeu. Est-ce la scène finale du Casanova de Fellini qui vous hante ?

Jean-Marie Périer: Non, la vérité c’est que d’abord j’ai été très gâté sur ce plan, ensuite les vieux beaux qui courtisent en recyclant des phrases déjà dites, je trouve ça pathétique. ( Pour rigoler je me suis mis exprès sur la couverture du livre en illustration du « vieux beau ».)

Et puis j’ai toujours vécu avec des femmes très jeunes, la dernière avait 35 ans de moins que moi. Ce que j’aimais c’est découvrir une merveille qui ne se connait pas et l’amener à être elle-même, autrement dit: « pygmalionner ». Finalement ça consistait à les préparer pour un autre. C’est sûrement pour ça que je me suis toujours attaché aux hommes pour lesquels j’étais quitté. Mais surtout, aujourd’hui j’ai une fille de 28 ans qui est ma passion et je ne me vois pas vivre avec une personne plus jeune qu’elle.

Eric Lashon: Le livre s’ouvre avec la première femme, celle qui compte toute une vie et se ferme avec une autre femme, celle qui compte peut-être jusqu’à la mort . Les femmes sont-elles l’alpha et l’oméga de votre vie ?

Jean-Marie Périer : J’ai aimé cinq femmes pour toujours, c’est déjà beaucoup de chance. Je ne parle pas des aventures et des coups de chaud. Ma jeunesse s’est passée dans une époque très différente, moins coincée qu’aujourd’hui. L’amour, on en fait tout un plat, mais j’ai déjà vu le film et je connais la fin, aucun suspense, je sais que c’est le jardinier qui a tué. Désormais c’est ma chienne Daffy qui remplit toutes les cases (enfin pas toutes, rassurez-vous) et j’aime beaucoup l’idée de finir ma vie dans l’Aveyron à écrire des livres.

Eric Lashon: Pouvez-vous concevoir une vie humaine sans la vieillesse ?

Jean-Marie Périer : Non bien sûr, mais peut-être faut-il savoir mourir à temps. (J’ai depuis longtemps adhéré à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et si ça n’avance pas chez nous, j’ai les plans là où ils parlent français avec un drôle d’accent. Une bouteille de Languedoc, une pilule et bonjour chez vous !) On peut vivre bien pendant assez longtemps de nos jours, mais à partir de 70 ans, les années comptent double, après 80 elles comptent triple et après 90 je ne compte plus, mais je pense qu’à quelques exceptions près les ennuis commencent. La vieillesse c’est lorsqu’on est suffisamment affaibli pour se retrouver entre les mains des autres.

Au fond, ce livre je l’ai écrit pour des gens qui ne le liront jamais, à savoir les jeunes, ce sont eux qui comptent. Afin qu’ils n’écoutent surtout pas ceux qui, en prônant des âneries sur les beautés du troisième âge, risquent de leur faire croire qu’ils ont le temps devant eux.

« Vivez maintenant, tout de suite et le plus vite possible. On ne vit qu’une fois, alors surtout ne soyez pas raisonnable. Essayez de faire ce à quoi vous croyez sans vous occuper de ce que pensent « les autres ». N’écoutez pas les conseils. N’écoutez pas les vieux. Donc ne m’écoutez pas non plus ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

26 Sep

Londres Moscou.

1

D’abord Londres. Dix jours bien sûr c’est un peu court, mais ça en valait la peine. Dans “The little black gallery” de Chelsea à Londres, il s’agissait d’une exposition de mes photos des couturiers des années 90 pour le journal ELLE. Durant la journée du vernissage, je n’ai rien fait d’autre que boire et sourire. Les gens étaient vraiment très sympathiques et si ma petite Daffy ne m’avait pas attendu dans l’Aveyron je serais resté plus longtemps.

 

2

Sur le chemin de l’aéroport, que fait cette fille ? Elle pleure ? Elle regarde son smartphone ? Elle s’allume une cigarette ? Tristesse ou bonheur moderne ? Je ne le saurai jamais.

Ensuite Moscou.

Que sont devenus les aéroports de ma jeunesse ? Pour aller en Russie, on vous passe aux rayons X, on vous déloque, on vous palpe, bientôt on aura droit au toucher rectal…

4

Sur le chemin vers la galerie « Lumière Brothers » où a lieu mon exposition, j’ai juste le temps d’apercevoir quelques bribes de cette ville magnifique.

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L’expo est composée de tirages des années 60 et des couturiers des années 90. La galerie est dans le grand bâtiment en briques d’une ancienne usine transformée en lieux pour jeunes artistes, je fais un peu tache mais ça ne semble déranger personne. La gentillesse des gens qui m’accueillent est des plus touchante. On me traite comme un roi. Durant trois jours je donne dix interviews et trois conférences devant un nombre incroyable de femmes. Certaines, me dit-on, ont fait huit cents kms pour venir m’entendre. Et toutes ces femmes me sourient ou me prennent photo, j’en ai des crampes aux bras à force de selfies langoureux. Là je vous l’avoue, je regrette de ne pas avoir trente ans de moins, quelle misère d’être un « sénior », ce mot que j’ai en horreur. Il me faudrait au moins dix vies.

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Et pour finir, je ne pouvais manquer d’aller voir l’incroyable statue que les Russes ont érigé au regretté Mr Kalashnikov.

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À première vue c’est assez étrange, mais d’abord presque toutes les statues aperçues en ville sont à la gloire de généraux, de militaires ou de princes. Que voulez-vous, les Russes sont fiers de leur Russie.

Ne jugeons pas trop vite. Le dénommé Kalashnikov était un simple soldat qui voulait que son pays gagne la guerre. Alors il s’était appliqué à fabriquer l’arme à tir automatique la plus létale possible comme un bon ouvrier consciencieux. Bien qu’ayant réussi à inventer l’arme la plus vendue au monde, le flingue préféré de tous les enfoirés de la planète, il ne toucha jamais un rond de son invention, ne fit jamais fortune et finit sa vie dans son petit logement avec sa seule solde de militaire, ses dernières années bercées par le sens du devoir accompli. C’est à un patriote qu’ils ont érigé une statue. Finalement c’est assez normal. Après tout, il y a bien des rues Marcel Dassault un peu partout en France, lui était milliardaire et à ce que je sache il ne fabriquait pas des sucettes à la fraise…

 

11 Sep

Ce mois-ci je ne chôme pas !

Affiche Albi Mail

Si on m’avait dit il y a 50 ans que mes photos des sixties intéresseraient autant de gens aujourd’hui, je n’en n’aurais pas cru un mot. Dans les années 60 les photos n’avaient aucune valeur marchande, elles étaient destinées à être affichées sur les murs des chambres des adolescents et j’en étais ravi.Désormais, tant à la Maison de la photo de Villeneuve que partout ailleurs, mes expositions attirent un monde fou dont au moins 30% de la génération actuelle, ce qui m’étonne un peu. Que des gens de mon âge aiment à se souvenir de leur jeunesse, je comprends, mais rencontrer des jeunes gens qui ont la nostalgie d’une époque qu’ils n’ont pas connu est beaucoup plus surprenant. Lorsque j’avais 20 ans je ne rêvais pas de Mistinguett. C’est dire si ma génération des « baby-boomers » a été gâtée.

Moi, en plus, j’ai eu la chance de m’en rendre compte à l’époque, jamais je ne dirai: « Si j’avais su ! ». Je faisais partie des vernis, ce que je vivais était très exceptionnel et je m’en rendais compte. Mais s’il est vrai que les choses étaient plus légères pour certains, il y avaient quand même beaucoup de gens dont l’existence n’était pas rose. Alors qu’est-ce qui a changé ?

À mon avis, deux choses: D’abord, lorsque je suis né on était une milliard et demie d’humains sur la planète, aujourd’hui on est sept milliards. ( Merci les religions ) Et l’hégémonie des médias n’existait pas. Mis à part les évidents changements climatiques, il se passaient autant de choses dans le monde, mais on ne nous le rabâchait pas à longueur de journée et comme seules les mauvaises nouvelles font vendre du papier…

Et maintenant voilà que mes photos des couturiers des années 90 intéressent aussi le public. Donc j’expose aussi ces images-là un peu partout dans le monde.

Ce mois-ci j’ai trois expositions ( Albi, Londres et Moscou) et en plus je sors un livre dont je vous parlerai en octobre. Donc la retraite, ça attendra !

Jean-Marie Périer

Londres

 

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25 Août

Des gens bien

Art et galetsPhoto Jean-Marie Périer

Comme chacun sait, Septembre est le meilleur mois pour partir en vacances. C’est également la période bénie où l’on peut retrouver ses habitudes à la télévision et à la radio.

On sous-estime souvent le choc émotionnel que représente les programmes d’été pour les vieux cons dans mon genre.

Certes ce chamboulement quasi-métaphysique donne une chance à des nouveaux journalistes ou à des artistes inconnus pour sortir la tête de l’eau. Du reste, il est prudent de bien les regarder, ils risquent de représenter les visages de nos futures obsessions médiatiques. Si j’en vois un doué d’un talent certain, bien sûr mon cœur balance, je suis à deux doigts de l’attachement, donc perturbé.

Moi vous comprenez, je suis comme les bébés, je ne veux pas qu’on change mes habitudes, j’aime qu’on me raconte toujours les mêmes histoires. « Les grandes gueules de RMC », « le journal de FR3 » (suivi de celui de France 2), « C dans l’air » (Calvi m’a lâchement laissé tomber) etc. Rendez-moi Ruquier sans replay, Télématin avec Leymergie, je veux mes biberons, mes doudous et qu’on laisse la lumière dans le couloir sans fermer la porte ! Et d’ailleurs où est donc passé la grande messe du film du dimanche soir de TF1 ?

Quel aveu ! Car là mes amis, je viens de vous donner la preuve que, malgré mon étiquette d’éternel adolescent des sixties, malgré des années d’études devant le miroir, « à moi la ride véloce » comme le chantait Juliette Gréco. Le siège Stannah me sourit, la couche-culotte me guette, bref je m’apprête à courber l’échine sous le statut de « Sénior », cette horreur de la syntaxe moderne. « Oh ! mais vous ne faites pas votre âge ! » (quand on vous dit que vous êtes encore jeune, ça va, dès qu’on lance que vous êtes « toujours jeune », ça y est, vous êtes vieux )

Car soyons clair, que nous reste-t-il lorsque l’heure des frasques nous laisse tomber pour les joies de la sieste ? Rien ? Heureusement il y a, la bouffe, la tortore, les pieds sous la table et peut-être plus rare, Dieu merci, la bonne restauration.

À ce sujet laissez-moi vous présenter un très bon restaurant, et figurez-vous qu’il se trouve à Villeneuve. Ça vous surprend ? Moi aussi. Les instances supérieures de cette commune n’étant pas connues pour leur passion du changement et de la modernité.

Son nom est « Art et Galets ». C’est de la belle cuisine, raffinée mais sans chichi. Ces jeunes gens-là se donnent du mal. La preuve, si vous passez devant leur établissement un lundi, vous risquez de les voir en cuisine en train d’essayer des recettes. Un lundi ? Oui, ce jour amorphe, petit frère du 1er Mai, jour où toute activité française cesse naturellement puisque c’est « la fête du travail ».

Avec mon ami Daniel Delpech, nous avons décoré leur restaurant de mes photos des grands couturiers. Car ceux qui cherchent à faire mieux me donnent toujours envie de les aider.

En salle vous retrouverez Mathilde Sartori et Myriam Nicolas, en cuisine Tom Lacout Juliana Mafra, le tout géré par Gaelle Camboulives et Nicolas Moreu.

Vous pouvez y aller. Ce sont des gens bien !

 

PS: Article paru dans « Le Villefranchois »

 

 

 

 

 

27 Juil

Les Discrets.

Lindon:jmp,DutroncVincent Lindon, Jean-Marie Périer et Jacques Dutronc.

Bon d’accord, le déjeuner avait été un peu arrosé, et nous devions faire des photos. Là-dessus Jacques me colle une perruque sur la tête en disant : « Oui mais d’abord on en fait une avec toi ». Et voilà comment on ruine des années d’étude devant le miroir juste pour faire marrer un pote.

Ces deux-là m’ont toujours plu car contrairement à la faune dite artistique, ils sont enclins à la discrétion. Qualité très rare dans le microcosme parisien où vous ne pouvez pas croiser quelqu’un sans qu’il vous détaille le film qu’il est en train de monter ou le livre qu’il s’apprête à sortir. À peine assis, il vous éclabousse de sa vie, son œuvre et ses passions, convaincu sans doute que votre existence n’a aucun intérêt.

En revanche, vous ne verrez jamais Vincent étaler ses émois dans les gazettes ou autres cirques médiatiques, quant à Jacques, il est de notoriété publique qu’il est pratiquement impossible de lui faire dire trois mots sur sa vie privée.

Vous vous souvenez de cet acteur très sympathique nommé Claude Dauphin ? Il était un des rares français à avoir réussi à faire carrière aux Etats-Unis, interprétant des seconds rôles en pagaille dans les années 50-70. Je l’avais croisé quelque fois du temps où je vivais à Los Angeles.

Rentré en France, il habitait un très bel appartement à Paris dans lequel il donnait des fêtes ressemblant étrangement à celles d’Hollywood. C’est-à-dire au moins cent personnes parlant très fort tout en se donnant de grandes tapes bruyantes dans le dos, exactement comme à Beverly Hills. Et ce, à deux pas de la Madeleine.

Un soir qu’il m’avait gentiment invité, j’aperçois, assis un peu à l’écart, un homme d’une soixantaine d’années d’une rare élégance. Costume de bonne facture juste un peu froissé comme il faut, bottines de chez Lobb, un émule de Fred Astaire. Je m’assois donc à côté de lui afin de faire connaissance. Au bout d’une heure et demie, je réalise qu’il m’a posé mille questions sur la France, mon travail, la vie à Paris, sans avoir une seule fois évoqué sa vie. N’osant pas lui demander son nom, j’allai voir Claude Dauphin afin qu’il m’éclaire sur ce personnage si courtois.

« C’est Arthur Penn ! » me dit-il. Rendez vous compte. Cet homme était un des plus grands metteurs en scène américain.  « Le gaucher » avec Paul Newman , « Bonnie and Clide » avec Warren Beatty et Faye Dunaway, « Little big man » avec Dustin Hofmann, et pas une fois il n’avait parlé de lui ni évoqué un de ses films ni son incroyable parcours. J’en connais plus d’un à Saint-Germain des Prés qui devraient en prendre de la graine.

Bon, en même temps, quand je vois ma tronche sur cette photo, je me demande si je suis bien placé pour parler d’élégance…

Jean-Marie Périer

18 Mai

Stop au déclinisme !

Étoile copie

Permettez-moi de vous présenter ma nouvelle protégée. Mon voisin me l’a confié, elle s’appelle « Étoile ». Il faut que je lui trouve de la compagnie. Une ânesse ne peut pas rester seule.

Bon. À part ça, n’allez pas me gâcher la bonne nouvelle. Un type de trente-neuf ans qui invente un mouvement en douze mois et qui file un grand coup de balai dans une classe politique exsangue ? Bravo ! Voilà quarante ans que j’attends qu’on en finisse avec cette obsession de la droite et de la gauche. Vive le centre !

Je m’insurge contre ce diktat qui oblige à choisir un camp, à se retrouver asservi à un dogme.

 

Et pourquoi en France y a-t-il une telle haine du succès, de la réussite et des riches ? Pourquoi vouloir gagner de l’argent serait-il sale ? Que l’on s’insurge contre le trop grand écart entre les nantis et les plus démunis: tout à fait d’accord ! Y remédier est effectivement indispensable. Mais la théorie selon laquelle ce sont les riches qui fabriquent les pauvres m’est toujours apparue aussi absurde que mensongère. Sans riches, pas d’emplois, pas d’usines, pas de commerce, pas d’envie de croissance (Cela dit, mettre un frein à la croissance serait bienvenu. Quand je suis né, nous étions un milliard et demie sur la planète. Aujourd’hui on est bientôt sept. Cherchez l’erreur).

Bref, un pays sans riches c’est un pays de pauvres. Vous avez envie de ça vous ? Pas moi. Et si les français détestent à ce point l’argent, alors expliquez-moi pourquoi y en a-t-il autant qui jouent au Loto ?

Vous trouvez peut-être que je tiens un discours de nanti ? Je n’ai pas honte d’avoir eu de la chance et d’être un petit bourgeois de Neuilly, j’ai gagné ma vie, et je n’ai rien volé. De toute façon maintenant je suis aveyronnais. Et jamais je ne tenterais de me déguiser en prolo révolutionnaire, avec poing levé et Che Guevara sur le tee-shirt. Désolé je ne crois pas aux extrêmes, et les discours recyclés issus de régimes qui n’ont marché nulle part, non merci. Mai 68 ? J’ai déjà vu le film.

Alors adieu au négativisme systématique ! Stop au déclinisme ! Halte aux phrases assassines proférés contre le nouveau président par les mauvais perdants.

Ce petit jeu les amuse ? Pas moi, parce que pendant ce temps-là, la France coule.  Ce type-là, j’y crois. Et qu’on ne m’accuse pas d’opportunisme, j’ai adhéré à son mouvement en septembre 2016. Il a cinq ans devant lui, c’est très court, alors je vais tout faire pour l’aider !

 

Jean-Marie Périer

PS : Texte publié dans le « Le Villefranchois »

13 Avr

En attendant, Daffy s’en fout !

Daffy 2

Dans quinze jours, avec un peu de chance, le rouleau compresseur médiatico-politique nous lâchera la grappe avec les rengaines sans imagination des élections. Fini (provisoirement) le supplice chinois des « éléments de langage ».

Adieu l’insupportable « rassemblement », mot dont la répétition excessive a désormais autant de charme à mes oreilles que la fraise du dentiste. N’y aurait-il donc pas d’autre expressions dans la langue française pour désigner cette quête pathétique d’être élu ? Réunion, regroupement, convergence, ralliement, union, mobilisation, que sais-je ? Par pitié, changez le disque et mettez aussi fin au spectacle affligeant de ces journalistes atteint du syndrome « Elkabbach » qui croient s’offrir une personnalité en coupant la parole à leurs invités.

Au revoir les « Ma ville, ma cité, ma région », ces termes redondants utilisés par des élus oubliant que leur situation précaire n’est qu’une charge prêtée et non un titre de propriété.

Adieu le manège de ces affaires issues des cabinets noirs, accessoire systématique à toute « réal-politique », que ce beau monde feint de découvrir alors qu’ils existaient déjà du temps des Romains.

Stop à cette affirmation grotesque comme quoi pour gouverner n’existeraient que la gauche ou la droite, alors que rien dans nos vies n’est noir ou blanc, tout étant compromis et dégradés de gris, d’ailleurs de Gaulle, celui auquel ils se réfèrent tous, lui dirigeait au centre.

Assez de ces dirigeants français se gargarisant de l’illusion d’être à la tête de la « cinquième puissance mondiale » dans une planète dirigée par un Ubu Roi style Disneyland prénommé Donald en train de jouer à « c’est moi qui ait la plus grosse » avec un Robocop moscovite au sourire grimaçant sous l’œil aussi attentif que bridé du « péril jaune ».

Tout cela sous l’égide des religions ( sans aucune exception ) principales responsables de tous les ennuis de la planète.

Alors en bon petit français qui a donné vingt-huit mois de sa vie au service militaire, je vais aller voter avec au-dessus de ma tête un grand point d’interrogation en néon clignotant.

Ah, la tentation du vote blanc ! Affirmer la négation à l’aide de l’inutile, acter sans se mouiller en s’offrant le luxe de la conscience tranquille, assumer l’impuissance par la beauté d’un geste mort-né. Cette élégance du superfétatoire pourrait me séduire, mais voter blanc dans ma situation de métis involontaire friserait le mauvais goût.

Finalement, plus j’avance en âge, plus je crois qu’à part faire un enfant et être malade, rien n’a d’importance. Rien.

Chers aveyronnais, je vous laisse, Daffy attend ses croquettes.

Bon courage !

 

Jean-Marie Périer

PS : Texte publié dans le « Le Villefranchois »