22 Fév

Sortie de l’album « Covers » : l’incroyable talent d’interprète de Bashung

En anglais, en français, du rock enflammé, des chansons lentes, le caméléon Alain Bashung possède cet incroyable talent de se glisser dans les chansons et de les faire siennes. Un album vinyle vient de paraître avec des reprises connues ou plus rares.

Crédit photo : pochette de l’album

Comment l’interprète un peu léger et quelconque de « Gaby oh Gaby » est devenu celui qui vous met la chair de poule sur « Les mots bleus » de Christophe ou sur ses chansons sublimes comme « Happe » ? Le parcours musical d’Alain Bashung est riche, peu répétitif et varié. Cet album de reprises qui vient de paraître en vinyle est du même acabit.

Une interprétation personnelle

Alain Bashung n’a pas son pareil pour reprendre une chanson, la restructurer, modifier le phrasé, sans trahir l’esprit de la chanson. Il installe des atmosphères, adapte sa voix en conséquence, tantôt grave profond, tantôt un peu nasillard. Parfois puissant, parfois fragile à l’extrême. Il sait amener une chanson sur d’autres voies, révéler d’autres lectures possibles, c’est sa grande force.

Tout en sensibilité et intelligence, il est l’un des rares à chanter du rock en français tout en restant crédible, l’un de ceux qui rentre direct dans une chanson sans avoir besoin de 36 000 prises. Son dernier album posthume « En amont » en est l’excellente preuve. Des titres qu’il avait enregistré, souvent en une seule prise, pour des maquettes, tester des arrangements, et qui se retrouvent sur un disque après sa mort sans que l’interprétation soit défaillante. L’aisance suprême.

Des « covers » qui ne manquent pas de reprise

Cet album « Covers » ne va pas surprendre les fans : les titres sont relativement connus, ils figuraient dans l’intégrale Alain Bashung ou dans le best-of « Osez Bashung » sorti en 2010. On y retrouve des chansons en anglais car l’artiste a toujours été fan de la musique anglo-américaine. Ca va de Presley (That’s All Right Mama), au plus country Harry Nilsson (Everybody’s Talkin’) jusqu’au très rock « Hey Joe » d’Hendrix. Avec à chaque fois, une voix de circonstance.

Alain Bashung – That’s all right mama

Sur le magnifique album, « Osez Joséphine » enregistré en partie à Memphis, il y avait déjà 4 reprises dont « We all right » de Buddy Holly et « She belongs to me » de Dylan éclairé par les guitares magnifique de Sonny Landreth. 

Alain Bashung – She belongs to me

Côté français, on y retrouve évidemment du Gainsbourg avec lequel il a fait 2 albums, mais aussi Gérard Manset (dernier album « Bleu pétrole »), du Christophe dont il était très proche. Du classique. Mais il y a des choses beaucoup plus surprenantes dont sa version de « Les amants d’un jour ». Une valse réaliste qu’il habille à sa façon de manière simple et efficace.

Belle version également soutenue par mandoles, cordes et piano de « Céline » d’Hugues Aufray, le « Tango funèbre » de Brel, « Avec le temps » de Ferré qu’il a complètement déstructurée et « bashunguisée ». Mention spéciale pour le très beau morceau de Dick Annegarn « Bruxelles » où il est plus dans son univers.

Alain Bashung – Bruxelles

« Covers », un disque à ré-écouter pour les fans , à découvrir pour ceux qui connaissent à peine ce magnifique artiste et merveilleux interprète. Un sens inné pour faire chanter et donner une autre résonnance aux mots comme sur les bleus à l’âme de Christophe.

Extrait de l’émission « La Musicale » de Canal +

Benoît Roux

16 Fév

A Toulouse, la musique habitée de Slim Paul

Il suffit de quelques secondes pour voir à quel point Slim Paul respire la musique. Aux racines du blues, avec des ramifications rock-pop, gospel, l’artiste toulousain sort un second album « Good For You ». Résolument positif et riche, il vient confirmer toutes les bonnes sensations du premier opus.

Trio Slim Paul © Jesse Overman

C’est comme ça : certaines personnes ont un don. Et pour Paul, c’est la musique, comme une évidence. Un premier groupe « Scarecrow » métissé de hip-hop, les States pour le trip, de nombreuses tournées sur les plus grandes scènes (Woodstock). Le voilà prêt pour une carrière solo…en trio.

Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle « Slim », une référence au blues. Il a du sang blues dans les veines. Il suffit de le voir chanter et jouer du Robert Johnson pour comprendre. Tout y est : la voix, les tripes, les vibrations…

Slim Paul – cover « Crossroads » de Robert Johnson

« Good for you » nouvel album riche et positif

Des battements de cœur pour le premier morceau. « Good for you » démarre là où s’était arrêté « Dead already » le premier EP. « When you keep on grooving » donne le ton. Le rythme cardiaque, des bruits lointain, les cymbales de la batterie, des nappes de clavier et le morceau s’installe. Un petit prélude attrayant avant d’explorer les routes d’un blues plus musical que psychologique. Car après un premier album assez noir, « Good for you » porte bien son titre. « C’est plus positif dans l’ambiance sonore, moins dépressif; plus soul que blues triste ». Sur cet album, Slim a tout écrit et composé. Il a même créé son propre label pour sortir l’album.

Les morceaux sont assez différents, tantôt ballade acoustique, tantôt blues rock électrique, mais toujours habités par sa voix profonde faite pour chanter le blues comme sur « That line ».

Slim Paul – That line

« Le blues c’est le ciment, je m’en inspire beaucoup. Mais c’est plus une culture qu’une musique. J’aime aussi le hip hop. Je suis dans la culture afro-américaine : Ray Charles, James Brown, Hendrix, mais aussi les Pink Floyd. J’adore la culture de l’harmonie chez les Beatles. » Une diversité que l’on retrouve dans les 12 titres de l’album. Avec un art consommé des ruptures. Chaque morceau est construit minutieusement, allant vers plusieurs styles, où chaque instrument dessine une voie. L’harmonica qui s’envole sur « In the shadow », « Amazing You » qui commence comme « Amazing grace » pour se faire rhythm ‘n’ blues et presque rockabilly sur la fin. 

Un trio qui va chercher l’essentiel

Pas de fioriture, aucun effet de mode, pas de concession sur cet album. De « Scarecrow », Paul a gardé un musicien : le bassiste Jamo qu’il a mis… à la batterie! Il y a aussi Manu Panier à la basse et Paul qui joue plusieurs instruments sur le disque (guitares, basse, claviers, percussions…). Des musiciens qui ne sont pas en démonstration mais qui font juste monter la sauce, qui donnent du son. Intelligent et sensible.

Slim Paul – Good is gonna come

« Rarement, je suis sorti du studio d’enregistrement pleinement satisfait. Pour cet album j’ai halluciné. J’ai fait exactement ce que je voulais faire. Je suis très fier des arrangements, de la couleur du son. C’est de la musique ancienne sixities-seventies. Mais travaillée de manière moderne. »

Mention spéciale au morceau « Bury me deep » avec un gros son, des guitares déchirées, où l’on ressent les influences de Pink Floyd. Sur un autre registre, « Dear neighbor ». Un titre composé lors de la série passionnante de Jeremy Dunne « From play to rec » dans un esprit live pour le documentaire, plus légère, folk et acoustique dans l’album.

From Play To Rec – réalisation Jeremy Dunne

Un look Tom Novembre ou Fred Chichin des Rita, la puissance d’un Joey Star, Slim Paul est aussi une bête de scène. « Il n’y a pas mieux que la scène pour se sentir vivant. » Le magazine Rolling Stone vient de désigner « Good for you » comme « disque de la semaine ». On le retrouve en interview : « La scène manque à tous les zicos, j’ai moi aussi hâte de retrouver mon public. Mais pour l’instant, je travaille avec ce que je peux donc on va continuer à faire parler de cet album, faire des lives sur les réseaux, tourner des clips, et on va garder la foi en se serrant les coudes. Et quand le temps sera venu de monter sur scène, je serais prêt ».

Slim Paul – Welcome (Live @ OZ – Zénith de Toulouse)

« Good for you » est l’album de la maturité, de la sérénité, de la générosité et de la simplicité. Un LP un peu à contre-courant, sans fard ni artifices, mais bien éclairé.

SLIM PAUL

ECOUTER « GOOD FOR YOU »

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Benoît Roux

 

12 Fév

Marseille : le clip brûlant et puissant du photographe Franck Pourcel pour le nouveau groupe « De la Crau »

C’est une première pour le photographe et elle est réussie. Franck Pourcel signe le tout nouveau clip de De la Crau « Shaman ». Des images noir et blanc granuleuses pour une chanson qui a la fièvre.

Photo : Franck Pourcel

Il y a la beauté du texte de Sam Karpiénia, celle de la musique de De La Crau et désormais, les images qui font corps de Franck Pourcel. C’est une première pour lui qui n’avait jamais réalisé de clip. Un parti pris esthétique noir & blanc granuleux qui donne un genre. Le feu qui habite les images et revient comme un gyrophare sur le refrain. Oui ce clip amène de la force à une chanson déjà puissante.

En attendant leur tout premier album prévu dans les prochains jours, le groupe marseillais  s’est laissé embarquer à Martigues, Fos, Port de Bouc et l’étang de Berre.

Encore plus puissant et hypnotique que Dupain pour lequel chanta jadis Sam Karpiénia, il faut aussi se pencher sur les paroles toujours poético-politiques de Sam qui chante et écrit en occitan. Un vrai choix politique et artistique.

Les cendres se dispersaient dans le ciel / Dans un dernier envol / Chauve souris, Tambour de sorcière / Danse des siècles / La fumée des bougies a donné du souffle / Les cheminées noircissent les visages / Les torchères à la nuit close / Visages noirs de l’histoire / Cachés, visages sans paroles / Un millénaire transperce la nuit / Tout se mélange, les contraires se rencontrent / Un millénaire transperce la nuit / Il danse le chaman, ouvre les portes / Regarde brûler la pierre  / Loin d’ici la souffrance / Le fils du chaman se lève / Un Millénaire transperce la nuit / Tout se mélange, les contraires se rencontrent / Dans les méandres de la toile, loin du silence / Dans les méandres, loin des étoiles / Il a perdu le fil millénaire / Dissipés les enseignements séculaires / Embarqué dans le monde creux être dedans ou rester en dehors / Les pieds sur le goudron.

Une belle osmose texte-voix-images. La tempête et le feu n’ont pas fini de souffler.

Benoît Roux

 

La disparition de l’immense pianiste Chick Corea, l’explorateur de musiques

Il a traversé le temps et les différents styles musicaux, l’immense pianiste Chick Corea s’est éteint à 79 ans. Légende américaine du jazz, avec une créativité et une virtuosité rarement égalées, sa musique symbolisait la joie et le renouvellement. Retour sur le parcours d’une étoile.

Chick Corea lors du 41ème festival de Jazz in Marciac (2017) SEBASTIEN LAPEYRERE via MAXPPP

Il savait tout faire et ne s’en contentait jamais. Toute sa vie, Armando Anthony Corea d’origine italienne a cherché à explorer la musique, découvrir, fusionner, en innovant sans cesse. Il était l’un des plus grands pianistes avec Herbie Hancock, Keith Jarrett. Sa musique jazz a toujours respiré d’autres influences.

Stan Getz & Chick Corea – Live at Montreux (1972)

Pianiste dès 4 ans, il envisage une carrière de batteur. C’est le saxophoniste Stan Getz qui le repère en premier. 1972, il l’accompagne sur scène avec Stanley Clarke (basse) et Tony Williams (batterie). Un solo vers 3’30 sur un piano électrique virevoltant.

Chick Corea & Miles Davis

1968, une autre légende le repère et l’intègre dans ses musiciens : Miles Davis. Il fera 3 albums avec le trompettiste (Filles de KilimanjaroIn a Silent Way et Bitches Brew). Sur la même longueur d’ondes avec Miles Davis, il creuse encore plus ses expérimentations de sons et de rythmes. Une inventivité que l’on retrouve sur ce solo (vers 5’50) où son clavier sonne comme des notes de pluie. C’est la naissance du jazz fusion, qui fait exploser les codes, en y mêlant différentes influences comme le rock, la funk et le rythm and blues.

Live in Rome (1969)

Return to Forever Chick Corea

Début des années 70, c’est un nouveau virage. Corea s’émancipe et crée son propre groupe « Return to Forever ». Il signe chez Blue Note . Il ne lâchera jamais cette formation où se croiseront les plus grands musiciens du moment. Il abandonne un temps son jeu expérimental pour une fusion plus « latine ». 

Live 1973

1974, un grand guitariste le rejoint : Al di Meola. D’autres sonorités encore, le Fender Rhodes toujours virevoltant et créatif, et toujours l’immense joie de jouer comme sur ce live à la BBC.

Return To Forever – Medieval Overture 1976

Rencontre avec Jean-Luc Ponty, la fusion, le flamenco

En 1976, Chick Corea s’adjoint les services de Jean-Luc Ponty, le virtuose violoniste français et Steve Gadd à la batterie. L’occasion d’aller explorer encore d’autres terres musicales sur l’album « My spanish Heart ».

En 2019, il avait rendu visite au festival Jazz in Marciac avec le « Spanish Heart Band » aux influences espagnole et latine.

La musique classique

Dans les années 90, Chick Corea crée son label de musique « Strectch Records ». C’est la période également où il s’intéresse à la musique classique. Il écrit même un concerto pour piano, inspiré de son célèbre morceau « Spain ». Il composera également un quatuor à cordes. Dans cette vidéo, il interprète le Concerto pour piano N°10 de Mozart avec… Keith Jarrett!

Son dernier concert s’est passé à la Halle aux grains de Toulouse le 26 février 2020, en trio pour la reprise du live de 2013 « Trilogy ».

Les 75 ans au Blue Note de New York

Fin 2016, le musicien fête ses 75 ans avec 15 groupes différents, 60 musiciens et 80 concerts au Blue Note de New-York. L’hommage avant l’heure du monde de la musique pour un musicien de génie. Aucun artiste n’a exploré autant de style en si peu de temps et avec autant de pertinence.

Avant de mourir, il a laissé ce message :

Je veux remercier tous ceux qui, tout au long du voyage, ont aidé à faire briller les feux de la musique

CHICK COREA SITE OFFICIEL

10 Fév

DELIVREZNOO, quand une salle de spectacle de Toulouse livre une chanson à la maison

C’est un pied de nez à une société qui livre des plats cuisinés à domicile. Un contre-pied aussi aux livestreams musicaux qui pointent leurs oreilles de partout. Une salle de spectacle va proposer de vous amener un artiste à la maison pour une chanson au minimum. Une originalité de plus alors que la culture musicale  a toujours du mal à se faire entendre.

Delivreznoo, chanson livrée à domicile. Photo : site Le Bijou

« Delivreznoo », ça sonne comme Délivrez-nous, « Deliveroo ». Un clin d’œil un brin provocateur de Pascal Chauvet qui a repris cette salle toulousaine. Une petite commande passée au Bijou et une chanson (avec un vrai artiste!) vous est livrée à domicile. Il en coûtera 5 € et vous aurez droit à une chanson. « C’est le fruit d’une réflexion pour savoir comment aider les artistes. L’idée ce n’est pas de rentabiliser quoi que ce soit mais de faire vivre la musique et les artistes. »

Cette première opération se passera le samedi 20 février en pleines vacances scolaires. 14 créneaux sont prévus de 11h à 18h avec des rendez-vous possibles dans Toulouse « intra-périphériques ». C’est l’artiste qui décidera du choix de la chanson de son répertoire. « C’est 5 euros la chanson et nous rétribuons les artistes bien sûr. Pour cette première, un seul artiste est programmé. C’est quelqu’un qui est proche de nous, que nous avons programmé au Bijou. Mais nous gardons son identité secrète pour l’instant. Pour la suite, nous allons prévoir 4 ou 5 artistes pour la prochaine. » 

C’est l’une des plus petites salles de Toulouse mais jamais à court d’idées. Faute de pouvoir programmer des artistes, le Bijou met en place ce concept novateur. Si le public ne peut pas venir à l’artiste, l’artiste viendra au public. Une manière de délivrer -à tous les sens du terme- pour un instant les artistes. Sacré Covid !

LE BIJOU

Benoît Roux

08 Fév

De la Crau : le nouveau groupe de Sam Karpiénia taillé dans le rock

Après Gacha Empega, Dupain et Forabandit, Sam Karpiénia poursuit ses chemins de traverse avec De la Crau. Résolument rock, post-punk, toujours radical, ce nouveau groupe va sortir son premier EP le 19 février. Un nouveau clip est en préparation.

De la Crau Photo : Franck Pourcel

Comme souvent avec Sam, tout est affaire de rencontre. Ce nouveau groupe s’est constitué au fil des envies, des routes bartassièiras avec des parallèles musicaux qui finissent par se rencontrer. Il y a SAM KARPIÉNIA porté par le flot, les cordes frottées de MANU REYMOND et les fûts bien trempés de THOMAS LIPPENS. Ils travaillent ensemble depuis 4 ans. Il y a tout juste un an, sortait le premier clip réalisé par Thomas Sanna sur le morceau « Temperi » qui sera sur leur premier EP.

De la Crau – Temperi


« Chaman » sera le deuxième morceau à sortir sous forme de clip. Là-aussi, une histoire de rencontre. Celle de Sam et du photographe Franck Pourcel. Il vit à Marseille comme auteur-photographe indépendant. Les photos de Franck ne sont pas forcément focalisées sur le domaine artistique mais sur la rencontre (encore) entre l’homme et son territoire. L’histoire aussi De la Crau. Apéros, discussions, Franck se retrouve à réaliser son tout premier clip. Un clip noir et blanc, tourné al pais, à Martigues, Fos, Port de Bouc et l’étang de Berre.

Sam Karpiénia – Chaman réalisation Franck Pourcel

« Chaman », la symbiose entre un homme, son esprit et son territoire. Mi païen mi sacré, poétique rocailleux et inspiré. Histoire de feu, d’usines évidemment. L’esprit chamane oui, mais il faut aussi turbiner quand le pratique prend le dessus. Pour que ce clip qui s’annonce atypique voit le jour, un financement participatif a été organisé sur le site Helloasso. Il ne reste plus que 2 jours pour porter sa pierre à De la Crau.


Le clip sortira le 12 février sur Youtube, l’album sur Bandcamp une semaine plus tard. En attendant, c’est Lucas Fox le batteur et fondateur de Motörhead qui va conclure : « Chez De la Crau, leurs ancêtres Celtes descendus d’Ecosse et d’Irlande s’entrechoquent le long de la route des épices avec les sonorités de l’Afrique de l’ouest jusqu’au Maghreb. Les paroles toujours aussi engagées sont transportées par la voix du Sud de Sam, bien mûrie, habitée par cet humanisme profond ». 

Photo : Franck Pourcel

De la Crau, Motörhead, encore une rencontre. Sur les chemins de traverse de Sam, les planètes s’alignent pour De la Crau.

DE LA CRAU

FRANCK POURCEL

Benoît Roux

07 Fév

La sensation folk Anna B Savage qui sort un premier album magnifique

Personne n’a vu venir cette jeune londonienne et ses chansons intimes et écorchées. Anna B Savage signe un premier album qui ne ressemble à rien d’autre tellement elle ne s’interdit rien. Un sens innée des émotions musicales et une voix tantôt puissante tantôt susurrée. Elle n’a pas encore atteint les 800 abonnés sur sa chaîne Youtube mais ça ne saurait tarder. Découverte.

Pochette album « Common Turn »

Ne cherchez pas de la sophistication mais plutôt de la spontanéité chez Anna. Ca commence toujours tout simple, anodin et tout d’un coup, vous êtes pris d’une indicible émotion. Avec sa guitare à la Joni Mitchell, la jeune anglaise sait distiller les moments de grâce et ceux où l’orage gronde. Des petites mélodies, une base folk acoustique et soudain, le morceau se tire vers des ailleurs improbables. On frémit, on pâlit, on renaît, on s’accroche, en passant par tous les états. Des émotions transmises aussi par la voix, tantôt Hannah Reid de London Grammar, un peu (beaucoup !) de Kate Bush et un zeste peps de Beth Gibbons.

« Baby Grand », un morceau d’une puissance émotionnelle, incroyable, où les silences résonnent et la puissance l’emporte. « Baby Grand » raconte son premier amour de jeunesse, douloureux et sensible. Un hymne au doute et à la vulnérabilité. Le clip est réalisé par son copain de l’époque (7 ans en arrière). Une mise en abyme qui nous laisse le souffle coupé à la fin du clip.

Anna B Savage – Baby Grand

Pour son premier véritable album après un EP, Anna B Savage frappe fort et juste. Sa voix, comme un véritable instrument, en osmose totale avec sa musique. Souvent lyrique, parfois grave, allant chercher les aigus, non pas pour une démonstration technique mais pour un frisson. La chanteuse et musicienne possède un indéniable côté underground qui ne veut se plier à aucune mode, à aucun genre. Le mal de vivre enfermé dans sa guitare et qui fait vibrer les cordes sensibles.

Si sa musique est principalement folk, n’allez pas croire qu’elle se satisfasse d’une redite. Beaucoup d’influences électro viennent l’enrichir, un petit côté dance sur le titre « Two » où l’on retrouve aussi le côté expérimental d’une autre anglaise : Kate Bush.

Il y a aussi ce petit bijou « Corncrakes » qui sait prendre le temps, parfaitement équilibré avant la montée finale qui prend tout. Et dire que l’artiste n’est suivie pour l’instant que par à peine 800 abonnés sur sa chaîne Youtube !  Les compteurs devraient s’affoler même s’ils ne sont pas toujours gage de qualité.

Anna B Savage – Corncrakes

Telle une peintre, elle crée des palettes de couleurs musicales assez différentes d’un morceau à l’autre, le tout joliment enveloppé par un jeune électronicien anglais : William Doyle qui a publié plusieurs albums. C’est souvent barré, en équilibre sur un fil, avec de l’audace, puis de la retenue. Un dernier exemple de son talent : « A Common Tern ».

Anna B Savage – A Common Tern

Savage a cité Nick Drake et Ella Fitzgerald comme des influences clés sur son écriture. Mais à l’arrivé elle possède déjà son propre univers. Un album épuré, qui respire, une artiste qui ne cache pas sa fragilité, qui n’a pas peur de sa puissance. Des doutes et des certitudes profondément humains et touchants.

SITE OFFICIEL

ALBUM

Benoît Roux

05 Fév

Les premiers concerts test auront lieu en France en mars-avril avec IAM à Marseille

Comme c’était le cas en Espagne mais aussi aux USA, les premiers concerts-test post covid arrivent en France. Placés sous la houlette de l’Inserm, ils permettront d’évaluer les risques encourus voire même de prouver qu’il n’y a pas de surrisques d’infection au Covid-19 en assistant à un concert. Le Dôme de Marseille sera donc la première salle à accueillir une telle expérimentation avec IAM dans la place. 

IAM au Dôme de Marseille ©PHOTOPQR/LA PROVENCE via MaxPPP]

Le 15 janvier, les Marseillais d’IAM ont annoncé la bonne nouvelle sur leur chaîne Youtube (vers 43 minutes de la vidéo). Le promoteur de l’étude est l’Inserm. 2 concerts sont prévus à Marseille. Les conditions pour les artistes seront « normales », le public sera assis pour le premier test. Pour le second, les conditions seront données par l’Inserm en fonction du premier. Ce sera un plateau avec plusieurs artistes dont IAM. On ne connaît pas encore les autres noms.

1000 personnes triées sur le volet auront le privilège d’assister donc au retour des concerts en France. Le Dôme de Marseille dont la jauge est habituellement de 8500 personnes sera testé avant et après. Ce genre d’expérience a déjà été mené en Espagne à Barcelone fin 2020. Un millier de personnes tous volontaires et tous testés négatifs avaient pu participer au spectacle expérimental « primacov » qui s’est déroulé au Nitsa club de Barcelone. Tout s’est bien passé. Pas d’infection à signaler.

En Espagne, les mélomanes n’étaient pas tenus de respecter les gestes barrière. En France, cette expérimentation est placée sous l’égide de l’Inserm pour évaluer les risques de contaminations au Covid-19, avec un protocole sanitaire strict. 2 concerts auront lieu à une semaine d’intervalle, en mars ou en avril. Le docteur Vincent Estornel membre du collectif Do3Me qui réunit des médecins et des professionnels de l’événementiel, à l’initiative de ces concerts-tests à Marseille s’est confié à France 3. « On va prendre des volontaires sains, et on va en tirer la moitié au sort pour assister au concert et on les comparera à ceux qui n’y assisteront pas pour voir s’il y a plus d’infections chez les personnes exposées ».

La Mairie de Marseille a donné son feu vert. La ville est d’ailleurs dotée d’un procédé unique pour désinfecter la salle : un canon à neige transformé en pulvérisateur de solution virucide. En vingt minutes, tout peut être désinfecté. Les résultats sanitaires de ces 2 expérimentations seront présentés le 8 avril à Marseille. On espère que ça débouchera sur une reprise -même partielle et même en jauge basse- des concerts.

Benoît Roux

01 Fév

A Toulouse, la jeune chanteuse Alix cultive ses talents

Quand on est jeune, on se cherche. A 20 ans, la chanteuse toulousaine Alix a l’air de s’être trouvée. Son deuxième clip « 5 years » vient de sortir. Une chanson chagrin d’amour écrite à 13 ans où elle démontre aisance et savoir-faire.

Alix Photo : Jean Luc thomas

L’artistique c’est son domaine. La musique d’abord. Elle apprend le violon toute jeune, puis la flûte traversière et le piano. Ensuite c’est le théâtre dans des productions de Gilles Ramade et surtout de sa mère Séverine Megdiche. A l’aise dans ses gammes, elle l’est aussi dans ses baskets d’étudiante. Après son bac (mention très bien!) elle poursuit ses études en Khâgne au lycée Pierre de Fermat à Toulouse. 

Et la musique ? Sa professeur de chant du collège la prend sous son aile. Pendant un an, elle lui donnera des cours particuliers pour le casting de « The Voice ». On la voit aussi faire figurante dans des films comme « Les vieux fourneaux » aux côté de Pïerre Richard et Eddy Mitchell.

En autodidacte, elle apprend le ukulélé que l’on entend sur son premier clip « Look at them deep »  sorti l’an dernier. Elle en enregistre un second au château de Montricoux. Une mélodie toute simple mais bien arrangée pour faire une place à sa voix feutrée teintée d’émotion. Tout semble évident. Elle réalise le clip avec sa mère et Jérémy Grison, aidée par son frère et fait jouer son propre rôle à sa petite sœur. 

Alix – 5 years

La voix est bien timbrée, pleine d’assurance, les arrangements piano-cordes sobres et efficaces. Enregistré aux studios « On Air » de Montauban, la chanson devrait trouver son public et permettre à Alix de poursuivre son chemin d’artiste exigeante et sérieuse. Un troisième clip est déjà en préparation sous forme de film d’animation avec une jeune dessinatrice chinoise pour lequel elle demande un financement participatif.  

Elle n’est pas dans une mode mais préfère cultiver ses talents de chanteuse auteur-compositrice et maintenant réalisatrice.

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Benoît Roux

 

 

25 Jan

Le clip juste et touchant de Michel Jonasz pour les Victoires de la Musique 2021

Extrait de son dernier album, le titre de Michel Jonasz « La maison de retraite » concourt pour une Victoire de la musique catégorie « Chanson originale 2021 ». Une chanson sensible et juste illustrée sobrement et efficacement dans ce clip réalisé par Yves Le Coz et Amélie de La Fontaine.

Captation vidéo Youtube

Les retrouvailles de Michel Jonasz avec le batteur Manu Katché et le pianiste Jean-Yves D’angélo ont abouti à l’un des albums les plus intéressants de 2021. 

Le groove des compères de l’album « Unis vers l’uni » est toujours bien vivant. Le groove de Mister Swing est bien là. L’album  « La Méouge, le Rhône la Durance » pourrait signer le retour de Michel Jonasz et la reconnaissance de ses pairs et du public qui votera pour la chanson originale 2021.

 

Déjà détenteur de 4 trophées, il sera peut-être honoré une nouvelle fois le 12 février prochain à la Seine Musicale, près de Paris pour ces Victoires de la Musiques retransmises sur France 2. 

Michel Jonasz – La maison de Retraite

Face caméra, sans fioriture, il chante l’amour absolu qui défie le temps et la nature. En contrepoint, des couples de tout âge qui se lient de sentiments. Des regards qui passent de la joie infinie à la tristesse interrogative, le réalisateur Yves le Coz et une artiste qui miment les paroles de ce tourbillon de vie… jusqu’à la valse finale.

Texte à la fois réaliste et poétique, la voix tremblante, Jonasz chante avec une humanité profonde. Touchant, très touchant.

C’est le public qui départagera les 5 chansons. Il est possible de voter directement sur le site des Victoires.

Lors de la création des Victoires en 1985, Michel Jonasz était nommé 6 fois et il est reparti avec 3 trophées dont celui de la chanson de l’année « La boîte de jazz » où l’on retrouvait Katché et D’Angélo.  Comme un signe.

La Maison de Retraite – Live « Le Grand Echiquier » France 2

A LIRE AUSSI : Michel Jonasz, Manu Katché et Jean-Yves d’Angelo toujours unis vers l’uni

Benoît Roux