15 Juin

Le cirque Bidon en aquarelles

Le cirque Bidon est né d’un rêve de François RAULINE. Artiste ciseleur de bronze, il travaille sur des œuvres de Degas. Puis, vers 1968, à cette heure incertaine, où des bricoleurs cherchaient le passage des rêveries et des utopies au… désir, la rencontre d’une trapéziste change son parcours, et comme l’époque était ouverte à des idées qui pouvaient sembler farfelues, mais qu’on se gardait bien de censurer, il construit une roulotte. C’était un début.

Vint bientôt un cheval pour tirer la roulotte qui, toujours sous l’impulsion de François Rauline, prit le chemin, comme on dit « suivre sa voie », une route sans doute semée d’essais, de ratés, d’embûches, d’erreurs et de corrections, jusqu’à ce que la chose se transforme en se bonifiant, et que la représentation prenne le mot de spectacle : aimé, applaudi et que les spectacles se transforment en tournée.

Se donner le temps d’apprendre, c’est ce cadeau que ces artistes nous ont donné, devenir en agissant, en prenant la scène (là où d’autres prennent le pouvoir…), donner à voir, à rire et à s’émouvoir. Une vie d’errance et de constructions où les créations ont pris forme, fond, rondeur, fini et saveur. Et où la profondeur gagne ceux qui ne revendiquaient que le droit d’errer librement…

C’est ainsi, souvent, que se font les plus grandes choses, et nul doute que le cirque Bidon est une réussite aujourd’hui exemplaire…

Un petit mot d’histoire : dans sa première époque, 1974, François Rauline crée l’Hippomobile Anar Circus, et commence l’apprentissage du métier de Circassien, de 100 à 200 représentations par an, puis, deux ans plus tard, à la suite d’une rencontre avec des artistes musiciens en Bretagne, se crée alors le Cirque Bidon. La tournée suit son cheminement, peaufinant son spectacle représentation après représentation, en direction de l’Italie, de la Roumanie… Il faudra trois ans pour rallier la frontière italienne.

Pendant quelques années, la compagnie circule dans le Nord de l’Italie, varie au fil des rencontres, et bénéficie du soutien de Federico Fellini

Mais je m’arrête là pour que vous puissiez compulser et lire à loisir ce joli album, au format horizontal, assemblé à la manière d’une bande dessinée qui se lit dans le sens qui vous convient et dont les cases sont de magnifiques aquarelles qui m’ont permis d’illustrer cet article.

LE CIRQUE BIDON
Gabriella Piccatto & François Rauline
Editions La Bouinotte

Bernard Henninger

En guise de post-scriptum, un sujet de France 3 Centre réalisé par Jean-Pierre AUBRY, images de Clotilde HAZARD et Grégoire GRICHOIS et montage d’Étienne JEANDEL.

20 Avr

Choiseul l’obsession du pouvoir (Monique COTTRET)

Avec « Choiseul, l’obsession du pouvoir », Monique Cottret, professeur émérite à l’université de Nanterre, nous propose l’une de ces biographies dont raffolait ma mère, qui était capable de nous citer tous les jours à table un extrait de telle biographie qui la passionnait… un livre d’Histoire qui se lit « comme un roman ».

Dans une époque qui rechigne à soulever les questions d’Histoire, au sens de la Politique, le portrait que Monique Cottret nous propose plonge dans les mœurs de ce XVIIIme siècle qui nous devenu un monde étrange et étranger. Ainsi, ces nobles qui sont au cœur du récit : il nous faut nous habituer à ces êtres qui agissent à contre-courant des bourgeois du Capitalisme, leur quête d’honneurs se double d’un mépris profond pour les puissances d’argent : Choiseul contracte-t-il un riche mariage ? C’est pour mieux s’honorer d’avoir dilapidé cette rente dans l’entretien pharaonique d’un château, Chanteloup, la construction d’une Pagode, et de s’être attaché les services d’un artiste tel Claude Balbastre, grand musicien français de l’époque.

Le plaisir commence là, dans cette collecte des menus faits qui constituent la marque d’une époque, comprendre cette Cour de Versailles, qui s’était érigée en univers clos, lieu de féroces et complexes intrigues, ce microcosme qui prétendait être le pays, et qui s’est isolé jusqu’à l’effondrement que l’on a forcément en tête quand il est question du XVIIIme siècle…

Sans nous égarer, l’ouvrage se construit par touches, et son objet est beaucoup plus complexe qu’il ne paraissait à première vue. Qui était Choiseul ? Trop d’avis, trop de contradictions, peu de preuves autre que des écrits entachés d’hypocrisie, de mensonges ou de « fake news » avant la lettre, quand il s’agit souvent de bâtir une légende (storytelling), les écrits se livrent un singulier combat…

De Choiseul, en première approche, j’ai l’image d’un aristocrate, d’un courtisan, libertin, jouisseur, mais marié avec l’héritière d’une des plus grandes fortunes de France, Louise-Honorine du Crozat, entretenant une correspondance avec les grandes figures des Lumières : Voltaire et en même temps cultivant sa proximité avec la duchesse de Pompadour… ce que nous propose un honnête article d’encyclopédie.

  • « Un homme qui rit ne sera jamais dangereux. » : l’esprit, cette invention française, il en a revendre, et il s’en sert comme d’une arme politique pour répandre des calomnies sur Frédéric II de Prusse…
  • Les Goncourt dirent aussi : « une nature qui n’avait que l’esprit de méchant et ne connaissait ni la haine ni la vengeance […] cette égalité de bonne humeur qui enveloppe si bien tant d’hommes de ce temps que l’on ne sait si elle est en eux un don natif ou acquis, une forme ou un masque. »

Comte de Stainville, Choiseul entre dans la vie par la carrière militaire, mais il brillera en tant qu’ambassadeur, à Rome, puis, sous les auspices de sa protectrice, la duchesse de Pompadour, à la cour d’Autriche où, chargé de négocier un traité de paix, il signe le mariage du dauphin Louis et de la princesse Marie-Antoinette…

  • Pour Guy Chaussinand-Nogaret, Choiseul est avant tout une « Bête de cour » : « Il en avait toutes les brillantes qualités et tous les vices. Il en connaissait toutes les subtilités, en devinait les caprices ; il en partageait la sécheresse d’ambition et le cynisme, savait qu’ici l’excès de conscience et de scrupules dégénère vite en échec devant la fortune qui s’offre. »

À partir de 1758, il hérite du titre de duc et du nom sous lequel on le connaît aujourd’hui : Choiseul.

  • Michelet, plus sévère dit de lui : « C’était un petit doguin, roux et laid, avec une audace cavalière, une impertinence polie, un persiflage habituel, qui le faisait redouter. Il plaisait d’autant plus aux femmes qu’il leur ressemblait davantage. »

Misogynie à part, le propos ne dépare guère du précédent : diplomate, courtisan, l’homme est habile et maîtrise parfaitement les rouages de l’univers quasi hors-du-temps que constituait Versailles et la cour.

Voici, en quelques mots, mes encouragements à vous lancer dans la découverte d’une époque méconnue et d’événements qui façonnent encore notre présent : de la Corse, devenue Française peu avant la naissance de Napoléon, au Québec cédé à l’Angleterre… et du mariage de Louis et de Marie-Antoinette : Choiseul est l’esprit cynique et sérieux qui tisse avec une précision pleine d’un nécessaire aveuglement, la toile du futur…

Pour les régionaux, il ne reste rien du palais fastueux que fut le château de Chanteloup, si ce n’est le parc, la pièce d’eau qui fut restaurée il y a une quinzaine d’années et une réalisation pleine de fantaisie et de grâce, la pagode, qui est une tour bâtie à la mode chinoise, et pour laquelle je vous propose en bonus, ci-dessous, un sujet que lui avait consacré France 3 Centre…

Bernard Henninger