05 Mai

ANIMAL TOTEM, un album pour l’enfance aux éditons HongFei Cultures (Amboise)

« Quel est ton animal totem ? » Telle est la question que nous posent Agnès DOMERGUE et Clémence POLLET dans cet abum des éditions HongFei Cultures : destiné à l’enfance, il nous rappelle l’émerveillement des premiers âges, quand tout est découverte…

La lecture pour l’enfance permet d’aborder des thèmes parfois étonnants. Ainsi, le Totem peut être défini de bien des manières, et cet album nous présente l’une des plus élégantes qui soit.

  Un petit détour semble s’imposer. Je voudrais vous parler de l’amour selon Aristophane. Oh pas longtemps ! Sa conception de l’amour était que dans l’ancien temps, les hommes étaient différents, ils étaient hermaphrodites, constitués de deux êtres humains reliés en un seul, avec quatre jambes, quatre bras et deux têtes. Les dieux en ont décidé autrement et les ont séparés… Ainsi, deux êtres sont nés d’un seul hermaphrodite.
   Selon Aristophane, l’amour consiste à rechercher cet être, cet autre à la fois semblable et différent.

Cette théorie si critiquée a le pouvoir de susciter un sentiment d’évidence, et le désir. L’amour, c’est l’être qui nous manque comme une énigme qu’il faut voir de l’extérieur : chaque pièce du puzzle n’a pas de sens, pas d’utilité en soi, pas de raison d’être, mais leur réunion crée une chose nouvelle, une unité supérieure qui est plus que leur simple association.

Le Totem draîne la même idée, mais il est l’emblème de tout un groupe. Une vérité supérieure à celle d’un individu isolé qui découvre qu’il appartient à un ensemble, et que cet ensemble est doué de vie. Et comme le totem est la plupart du temps un animal, il souligne que le groupe est autre, une réalité obscure à nos sens, un instinct puissant aussi, qui balaye nos mauvaises raisons : trouver son Totem, c’est aussi définir l’humanité à laquelle nous appartenons.

Au temps où les hommes et les animaux
Parlaient le même langage…
             Au silence des tambours, ils se sont arrêtés de danser.
             Ce soir, ce sont des hommes à plumes.
             Mais moi, je sais qu’ils ne volent pas.              (citation)

   « Quel est ton animal-totem ? » la question court tout du long de ce récit souriant et empreint de gravité devant la nature et ses mystères, dans ce nouvel album des éditions HongFei Cultures.
    Le héros de cette charmante histoire, sous couvert d’un texte (moins alambiqué que mes digressions… 🙂 bref, concis, avec des mots simples et directs, poursuit cette quête, trouver l’animal totem, mais avec la sensation que le trouver sera un peu quelque chose de semblable à la quête de l’amour : trouver l’autre redonnera du sens, et ouvrira les yeux sur ce que l’on cherchait sans le savoir, quête sans cesse renouvelée et vaine jusqu’au moment où… et là tout s’éclaire. Ce qui était sombre entre en pleine lumière et la vie trouve un sens… aussi inattendu que la chute de cette charmante histoire…

Bernard Henninger

© Album d’Agnès DOMERGUE et Clémence POLLET.

 

17 Nov

Amboise : découvrez «  Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes »

Avec le conte du prince Oddvin, la maison d’édition HongFei Cultures basée à Amboise, nous offre un récit envoûtant et mystérieux, tout en images. Un conte pour enfants qui  ravira aussi les adultes…

Un roi a trois enfants : l’un a une bouche d’or, le second des yeux d’or et le troisième des oreilles d’or. L’aîné est muet, le second aveugle et le cadet sourd…

Un animal est attribué à chacun : au second échoit un renne qui sera ses yeux. Oddvin, le second, dont personne ne s’occupe, parle avec son renne, Pernelius, il apprend le langage des animaux et il apprend à voir par les yeux de son compagnon.

La faute des parents retombe parfois sur la tête des enfants. Lassé des fêtes du palais, le peuple affamé se révolte et des bandes s’attaquent au palais… Alors que ses frères sont emportés dans la tourmente, Oddvin est entraîné par Pernelius, son renne qui s’enfuit au fond des bois où tous deux tentent de survivre…

Tout conte a pour but de nous apprendre à regarder le monde, à le voir et à l’entendre. En lisant ce conte, je ne peux m’empêcher de songer aux trois singes du Taoïsme :

. Se Taire,
. Ne rien voir
. Ne rien entendre

… qui signifie à la fois la chose et son inverse : celui qui ne voit pas apprendra à se servir de ses yeux… et c’est tout le bonheur pour notre région qu’un éditeur dynamique, tel que HongFei Cultures, nous initie à la sagesse orientale, avec cet ouvrage légèrement atypique par rapport à leur ligne éditoriale, et néanmoins riche d’une imagerie, inspirée de notre Moyen-Âge, des contrées nordiques, des images tout en aplats, en épure, nous plongeant au cœur des fêtes royales et capable en deux dessins saisissants, d’évoquer le drame de cette malédiction de l’or dont personne n’accepte de pressentir le tragique.

Loin des récits un peu niais et simples que l’imaginaire nous offre trop souvent, le conte d’Oddvin se distingue par sa richesse, et les résonances multiples avec notre soi-disant modernité toute en dévotion devant l’or et la fortune, sans voir la ruine que celle-ci souffle sur nos sociétés. Vous lirez avec plaisir aux petits ce récit d’apprentissage et de sagesse et pour ma part, je le recommanderai bien à certains adultes aveuglés de vanité et de pouvoir… ainsi que l’ensemble des productions de cet éditeur très original qui nous fait l’honneur de se développer en région Tourangelle

 

Bernard Henninger