11 Avr

« La familia Grande » de Camille Kouchner, un témoignage sur l’inceste

Dans la Familia Grande, Camille Kouchner se penche avec une loupe d’entomologiste sur sa tribu familiale pour décrire l’inceste dont son frère fut victime.

Le récit commence avec l’enterrement de sa mère, Évelyne… les enfants se retrouvent dans cette maison de vacances dans laquelle ils n’ont plus mis les pieds depuis longtemps. Soudés, mais isolés du groupe des « proches », ils prennent la tête du cortège. L’hostilité de ces amis, un jour d’enterrement, donne la mesure de la violence qui déchire leur groupe…

 Évelyne, la mère, a élevé ses enfants avec amour, mais en se refusant à toute mission d’éducatrice. Cette femme intelligente fut l’une des premières à obtenir l’agrégation en science politique et en droit public en France. Selon la légende familiale, étant jeune, elle était une beauté et lors d’un séjour à Cuba, elle fut l’amante d’un soir de Castro, avant d’épouser, plus tard, un militant français, rencontré à Cuba lui aussi, et appelé à un destin politique de premier plan, Bernard Kouchner.

La fêlure, sans conséquence, est là dès le début : cette mère dévouée, qui tient à être la meilleure amie de ses enfants s’abrite derrière de grands principes idéologiques, issus de vagues théories de révolution de la famille. Sous prétexte de modernité, elle refuse d’éduquer ses enfants, d’être une adulte, et Camille Kouchner de citer cette pensée d’Alain : « Penser, c’est dire non ».

En regard de cette mère adolescente, un père absent. Célèbre, « personnalité préférée des français » – l’expression est citée plusieurs fois – le père les aime, mais il préfère courir les grandes causes humanitaires, mais pas chez lui. Pire, il est un piètre éducateur. Quand le couple se sépare, les enfants restent seuls : l’aîné, Colin, suffisamment âgé, s’émancipe, et il laisse les cadets jumeaux, Camille et Victor, très désemparés alors que monte le péril.

La seule figure d’autorité, est incarnée par Paula, la grand-mère, féministe avant que le mot ne soit à la mode, divorcée à la fin des années cinquante. Cette mère a eu deux filles, la mère de l’autrice et sa tante devenue célèbre : Marie-France Pisier. Sans prévenir, elle quitte ses enfants en choisissant de se suicider, un acte qui précipite la catastrophe familiale.

Dans cette famille, le beau-père est devenu la figure solaire : éducateur, libéral, c’est lui qui anime la tribu qui se retrouve tous les étés dans une grande villa sur la Riviera, où tout le monde s’appelle par son prénom. Ces personnes « libérées » entendent redéfinir la famille, en niant les traditions, et en mettant en place ce qui leur semble être une utopie concrète qu’ils nomment eux-mêmes la Familia Grande. Sous le vocable utopique, cette micro-société se révèle un théâtre de passions, que le maître de cérémonie, compagnon d’Évelyne, depuis le départ du père, véritable éducateur que Camille avait adoré jusqu’à présent, détourne à son profit. Un jour, il s’introduit en secret dans la chambre du frère. En sortant, il la croise et, d’un doigt sur les lèvres, lui intime le silence… 

Cet inceste, nié, passé sous silence, pourrit la vie des enfants et le livre décrit avec précision cette mécanique de la cruauté. Au-delà de la faillite d’une certaine modernité, il s’attache à décrire la descente aux enfers, puis la révolte des enfants contre ces adultes qui leur ont fait violence, et contre les autres qui ont fermé les yeux.

Avant cet ouvrage puissant, je ne connaissais « L’Aigle noir » : la chanson de Barbara, très allusive, et qui a nécessité un travail d’explicitation. L’inceste qu’elle a subi de la part de son père n’a été révélé que bien des années après la chanson.

Ici, l’autrice a eu le courage de décrire avec précision  l’impunité d’un être qui avait prétendu au rôle de père, et de tous ceux – la Familia Grande, ses obligés – qui l’ont défendu jusque dans la révélation de ses forfaits. Livre hallucinant : sa publication s’est révélée être la figure de proue d’un mouvement de dénonciation de crimes incestueux aussi fréquents qu’impunis…

Bernard Henninger

04 Avr

Le Labyrinthe des gardiens (Marie Brennan), mémoires de Lady Trent (tome 4)

Le Labyrinthe des gardiens, tome quatre des « Mémoires de Lady Trent » de Marie Brennan nous conduit dans le désert, étudier les dragons, leurs mœurs et la manière dont ils survivent à l’aridité… 

Cette saga étudie scientifiquement les dragons, espèce sauvage chargée de mystères… Elle a été publiée en France de 2016 à 2018 et forme un pilier incontournable de librairie. (Le premier tome a remporté le prix du roman étranger aux Utopiales 2016)

Située dans un univers qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’Angleterre Victorienne – chaque récit nous entraîne dans cet imaginaire, constitué de vastes îles continentales. Chaque expédition vise une contrée où vit une espèce de dragons et où chaque peuplade semble entretenir un rapport caché avec cette espèce qui occupe un sommet de la pyramide écologique… avec les humains.

Ce motif rend cette quête passionnante, mais l’essentiel semble aussi résider dans un motif réaliste : l’étude des sociétés du dix-neuvième siècle du point de vue de la femme. Isabelle Camherst, future lady Trent, surmonte les obstacles que les sociétés lui opposent en l’emprisonnant dans un sérail qui la caractérise. En matière de marginalisation, la société victorienne du Scirland n’a rien à envier aux contrées que la saga nous fait visiter.

Isabelle Camherst est associée à Tom, jeune homme dont la modestie suffirait à lui interdire la reconnaissance de l’université. Ces deux marginaux s’épaulent l’un l’autre dans leur défi commun : mener des expéditions au long cours pour étudier les différentes populations de dragons.

Dans le premier tome, Isabelle épouse lord Camherst, passionné lui aussi de dragons, et participe à sa première expédition en tant qu’épouse… et dessinatrice. Après le décès de son mari, la jeune veuve prend son propre envol et s’engage dans une carrière scientifique. Bien que la société, l’université et tout le Scirland soient hostiles à son projet, Isabelle, intrépide, curieuse, désireuse de vivre sa vie sans avoir à rendre de compte, suit une vie aventureuse, tandis que l’étude des dragons l’amène à se pencher sur un antique peuple, les Draconiens et les rapports mystérieux que ceux-ci entretenaient avec les mythiques dragons.

Dans ce quatrième tome, Isabelle et Tom sont envoyés en Akhie  développer un élevage pour le compte des militaires… Dans cette contrée désertique, dirigée par un puissant sheik, les Akhiens ne reconnaissent aucun pouvoir à cette étrangère… Mieux, les hommes refusent de parler aux femmes, et lady Camherst est contrainte de demander à Tom de traduire ses paroles et de la représenter. Pourtant le frère du Sheik se révèle être l’homme dont elle est précédemment tombée amoureuse : Suhail, archéologue, dont les recherches historiques se lient avec les dragons du désert…

J’avoue lire à mon gré cette saga, et ne lire qu’en 2021, ce quatrième tome et comme je n’ai pas lu l’ultime épisode de cette saga, je ne pourrais pas « spoiler » le secret des dragons… mais je ne peux que témoigner du plaisir très vif que j’éprouve à plonger dans cette évocation pleine de mordant, de piquant et d’ironie…

Note biographique sur Marie Brennan : née en 1980, diplômée d’Harvard, Marie Brennan a co-présidé la Harvard-Radcliffe SF Association, étudié l’archéologie, l’anthropologie et le folklore à l’Université de l’Indiana avant de devenir écrivain.

Bernard Henninger

Portrait de Marie Brennan : © Bernard Henninger, les Imaginales 2018.

27 Mar

L’inconnu de la poste (Florence Aubenas) : une enquête fascinante

Un jour, un directrice de casting alerte Florence Aubenas en lui rapportant l’affaire dans laquelle est accusé l’acteur Gérald Thomassin, César 1991 du meilleur espoir masculin.

Des années plus tard, Thomassin, convoqué à Lyon en août 2019, appelle Florence Aubenas et prend rendez-vous avec elle devant le tribunal, mais il ne viendra jamais à son rendez-vous. À minuit, son téléphone portable cesse d’émettre…

En décembre 2008, une petite ville du Bugey, Montréal-la-Cluse, est le lieu d’un assassinat : Catherine Burgod, postière, est agressée juste avant l’ouverture de son agence. Le crime sanglant n’ouvre sur aucune piste. Un butin dérisoire et dans la vie de la jeune femme, rien ni personne ne correspond. La jeune femme, maman, en instance de divorce, était connue et appréciée. Son père est une notabilité qui s’engage à venger sa fille. Tout au long de l’enquête, il redouble les procès-verbaux et s’agite dans un désir – légitime – que l’enquête ne s’enlise pas.

La scène de crime ne manque pas d’indices mais aucun qui alimente l’enquête Des relevés d’A.D.N. ne correspondent à personne de connu. Faute de faits étayant une hypothèse, l’intelligence de l’enquête s’estompe au profit de l’irrationnel. L’enquête se métamorphose en une chasse au bouc émissaire. Gérald Thomassin, acteur renommé et marginal, parce qu’il a su mimer devant des passants l’attitude du criminel, devient la cible des racontars, puis des accusations. Les enquêteurs iront jusqu’à prétendre que c’est son A.D.N. qu’on a retrouvé sur le lieu du meurtre : c’est faux, mais l’accusation persiste même quand on trouve le possesseur de cet A.D.N. …

L’enquête de Florence Aubenas découpe avec un scalpel la cruauté et la violence qui s’emparent d’êtres ordinaires. La raison qui déserte, les rumeurs qui deviennent des accusations et l’arrestation d’un être que rien n’accuse.

J’ai lu cette enquête avec stupéfaction, ce retour de la barbarie dans l’espace de la justice. Le récit de Florence Aubenas bouscule nos raisons et démonte une société qui semble avoir tout fait (sans le savoir) pour protéger un coupable très intégré… tout en démolissant un innocent, trop différent, Gérald Thomassin, toujours disparu

Bernard Henninger

26 Mai

Financement participatif d’une BD, le « Dandy Illustré » de Stanislas Gros

Le confinement aura valorisé des financements qui étaient embryonnaires. Ainsi, les éditions Carnets de Sel ont lancé une initiative pour créer une Bande Dessinée : le Dandy illustré de Stanislas Gros.

Créées en 2018, les éditions CARNETS DE SEL sont un nouvel éditeur qui a pour « vocation de défendre une approche culturelle et émancipatrice du livre sous ses diverses formes » avec trois fondateurs : Sandrine Leturcq, Clément Sayous et Julien Crosnier. Ils se développent avec des méthodes alternatives pour l’édition, et innovent, notamment avec des financements participatifs. Je prends le train avec retard, le confinement est passé par là, et leur dernière initiative concerne une BANDE DESSINÉE  de l’auteur Stanislas GROS :  LE DANDY ILLUSTRÉ

Vidéo de présentation de Stanislas Gros, l’auteur, également consultable sur le site de l’éditeur.

Pour ceux qui découvrent cet auteur, celui-ci s’est fait connaître avec l’adaptation de deux chef d’œuvre littéraires :
Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde
Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo.

J’avoue avoir manqué de réactivité pour faire connaître cette initiative originale, « Mieux vaut tard que jamais »…

Le développement d’un acteur régional de l’édition est un moment délicat. La phase de financement participatif s’est déroulée pendant le printemps, et le plan est désormais arrêté. Toutefois, si vous désirez participer à la création de cette bande dessinée, à paraître en août 2020, vous pouvez vous souscrire à une précommande et ainsi faciliter la réalisation de ce beau projet.

Si vous voulez en  savoir plus sur Stanislas Gros, je vous suggère de visiter son blog, le RAVI de Stanislas Gros qui est un feu d’artifice, dont je reproduis ci-dessous, quelques illustrations à titre d’exemple.

Bernard Henninger

20 Mai

Neverwhere (Neil Gaiman), roman fantastique imaginaire

« Neverwhere » fut une série télévisée, que l’auteur – le dessinateur Neil Gaiman – trouva si limitée et étriquée qu’il se consacra par la suite à la transformer en un roman magique, pied de nez aux brutaux supplétifs du capital : quand la littérature libère l’imagination, je vous convie à une visite de Neverwhere !

En partance pour la City, à Londres, Richard Mayhew doute de son projet d’avenir, ce soir de beuverie, où une clocharde l’aborde. Elle aussi a vécu à Londres, lui dit-elle, et elle s’y est brisée – elle était danseuse ! – avant de se retrouver à la rue. Elle lui lit les lignes de la main, et semble perplexe : « Pas le Londres que je connais. », puis « Méfie-toi des portes… » insiste-t-elle.

Trois ans plus tard, Richard s’est pris de passion pour le métro londonien dont les stations portent des noms chargés d’histoire : Earl’s Court (la cour du comte), Old Bailey (le vieux rempart)… Il est fiancé avec Jessica, jeune femme qui travaille dans la culture. Son union avec cette jeune femme de Kensington n’est pas sans générer chez lui une sourde angoisse.

Un soir, se rendant à une exposition avec Jessica, Richard aperçoit une jeune femme blessée, sur le trottoir. Jessica lui interdit d’y prêter attention sous peine de rupture. Sans bien savoir pourquoi, Richard la recueille – elle s’appelle Porte –, la soigne, mais elle s’en va. Richard découvre alors qu’il est devenu invisible : son propriétaire fait visiter son appartement, son travail a disparu, plus personne ne le voit dans la rue. Il part en quête de la jeune Porte dans cet univers où Earl’s Court est la cour d’un comte, et Knightsbridge est devenu Nightsbridge, un pont où la nuit est un prédateur muet…

Le récit, écrit avec un style alerte, fluide, décrit sans décrire cette Londres d’en Bas, dans laquelle Richard affronte des périls. Il ne s’agit pas d’aventures où tout se règle à coups d’épées, mais plutôt d’un univers où le cauchemar guette la moindre distraction. Aucun afféterie (ou sucrerie), mais un cauchemar bâti de débris, de déchets malaxés avec des strates de magie, de mémoire historique, de strates temporelles superposées où la ville prend une ampleur infinie. Earl’s Court, la cour du Comte, est un métro où se tient une cour qui s’apparente à la cour des Miracles de Victor Hugo, et où le Comte entretient une parenté étroite avec le roi des fous de Notre-Dame de Paris. 

J’ai cherché une traduction de ce Neverwhere et une amie traductrice m’a patiemment expliqué la vanité de mon projet, et le charme de ce mot intraduisible ainsi que ses accointances poétiques avec l’univers de Peter Pan : Neverland.

Richard est un avatar de Peter Pan, mais Neverwhere est un imaginaire adulte, imprégné de réalité, à la manière par exemple du pays des sorciers d’Harry Potter. La voie 9 3/4 d’Harry Potter cède le pas à un marché où s’échangent des services, de l’honneur, peuplé de moines veillant sur une clé de coffre et où un ange déchu, enfermé à Islington, semble détenir le sens de tout.

La finesse de l’auteur consiste à ne jamais séparer le lieu métaphorique : le Londres d’en Bas représente également la ville de ceux qui n’ont rien, de pauvres gens qui ont créé ce Neverwhere où l’argent n’a plus cours et la vie peu de prix. On y disparaît, d’autres ressuscitent, on tue, on dévore, les instincts violents s’y épanouissent… Pour qui a vécu fauché dans une grande ville où le prestige des classes signifie exclusion, on imagine sans difficulté cette invisibilité de la pauvreté, pourtant, le roman nous entraîne dans une quête où les péripéties élèvent l’âme, les sentiments et permettent de participer à un monde sensible où une ame rêveuse s’épanouit…

On évolue dans un univers parallèle, où le Londres d’en Haut et d’en Bas se côtoient sans se voir. Les découvertes s’enchaînent, mais l’aventure cède le pas à une quête de sens. Ainsi, Porte ne sera jamais vraiment décrite : la tension qu’elle induit, sa fuite devant les tueurs, sa quête de l’ange Islington la dessinent en mouvement et révèlent les mystères de Neverwhere. Neverwhere existe ! c’est une carte sillonnée de métros, devenue territoire… 

Donc, même si ce roman n’est pas une nouveauté, je ne saurais trop recommander sa découverte…

Bernard Henninger

14 Mai

Vente aux enchères en LIVE le 15 mai à Tours

L’Hôtel des ventes Giraudeau / INTERENCHERES propose une vente en LIVE d’un ensemble de 234 lots de livres, autographes, gravures et photos le vendredi 15 mai.

La particularité de cette vente vient de ce qu’elle sera confinée. Les visites sont limitées, et les enchères à distance sont privilégiées : par téléphone, en LIVE ou par ordre écrit donné à l’avance si vous ne pouvez pas suivre le LIVE. La vente proprement dit commencera vendredi 15 mai à 14 heures.

Je distingue cette vente, parce qu’elle comporte des livres, mais pour la seule journée de jeudi, j’ai compté pas moins de 14 ventes EN LIVE, sur toute la France.

VISITE DES ENCHÈRES : Vous visionnez l’ensemble des enchères en cliquant sur le titre, ou bien également en visionnant le document suivant, chaque lot est illustré par une vignette et une estimation. À vous de voir si vous êtes simple curieux ou plus inspiré…

Sur l’ensemble de 234 lots, beaucoup de lots très raisonnables. Bien sûr, les enchères ci-dessous sortent de l’ordinaire :

. LOT 140 : une édition en 5 tomes du Décaméron de Boccace, illustrée par Boucher

. LOT 144 : une lettre de la Campagne d’Égypte signée Bonaparte (lot 144), très rare

. LOT 279 : ensemble de photos stéréoscopiques (bombées).

EXAMEN DES LOTS : Vous pouvez faire défiler la liste, cliquer sur celle qui vous intéresse : un descriptif et des photos permettent de se faire une idée. Un autre exemple avec un lot de photos anciennes :

 

PRIX : un prix donne l’estimation du comissaire-priseur du lot, qui comporte de un à plusieurs dizaines de livres. L’enchère déterminera le prix final. Si vous avez envie de participer à distance, soit vous participez au LIVE, soit vous donnez un ordre à l’avance en indiquant votre prix maximum. Si vous êtes le meilleur enchérisseur, vous emportez le lot, que vous pourrez retirer ou qui vous sera envoyé par transporteur. 

Alors, soyez perspicace et sachez dénicher le lot qui vous amusera ou qui fera de vous un explorateur (de papier) !

Bernard Henninger

Bilan en forme de Post-scriptum : les enchères sont rapides, le procédé de participation est assez simple : soit vous laissez votre ordre suivre son cours, soit vous décidez de participer. La plupart des lots sont partis à une cote supérieure au prix d’ouverture. A titre personnel, je m’étais engagé sur trois lots : deux sont partis à des niveaux supérieurs. Pour le troisième, auquel je tenais, quand les enchères ont dépassé mon ordre initial, j’ai participé. Ça va vite, et visiblement, il devait y avoir du monde, car les enchères LIVE montent vite (sauf pour quelques lots). Si vous remportez l’enchère un panneau demande de confirmer votre enchère… La suite sera plus longue…

19 Avr

« En nous beaucoup d’hommes respirent », roman biographique de Marie-Aude Murail

En nous beaucoup d’hommes respirent de Marie-Aude Murail est paru aux éditions l’Iconoclaste, en 2018. Avec cette biographie, conçue comme un roman, Marie-Aude Murail évoque comment une petite fille rêveuse est devenue une des grandes autrices de la littérature pour l’enfance.

J’oublie mes romans à peine les ai-je écrits.
J’ai même tendance ces derniers temps à oublier
que je suis écrivain.
Si l’inspiration est ce qu’en dit Jules Renard,
«
rien d’autre que la joie d’écrire »,
j’ai perdu l’inspiration.                            
Marie-Aude Murail

Voici un livre qui pourrait être une biographie, mais qui sera comme un roman, et pour l’avoir dévoré, je dirai : passionnant comme un roman. À relire le passage ci-dessus, je réalise les sens complexes, que cette ouverture éveille et que le roman va éclairer. À la suite, citant Sartre (Les mots) ou Pagnol (La gloire de mon père) qui vont jusqu’à raconter leurs pensées d’enfant, Marie-Aude Murail ne peut retenir un certain agacement. La vérité, si elle existe, viendra d’Apollinaire qui donnera le titre du livre (Sanglots) :

Or nous savons qu’en nous beaucoup d’hommes respirent
Qui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts

Le livre commence le jour où Marie-Aude Murail exhume des archives familiales une boite en bois aux initiales de sa grand-mère : C.B. Cécile Barrois. Comme pour une historienne, les documents de cette boite vont nourrir le récit : photos, correspondances reliées par des nœuds… Avant d’évoquer sa vie, l’autrice n’ignore pas qu’une personne n’est pas une création, mais le rameau terminal d’une lignée. Marie-Aude Murail conte donc sa biographie familiale, la filiation des femmes : de son arrière-grand-mère à sa mère Marie-Thérèse, et son père, Gérard Murail. En ouverture figurera le roman de son grand-père, Raoul Barrois.

Si on se souvient que de sa fratrie, trois sont écrivains (Elvire, Marie-Aude et Lorris Murail), ce roman esquisse aussi une destinée, qui débute avec le roman du grand-père :  histoire introuvable, relevant d’un légendaire familial, devenue sujette à caution, or c’est la première archive que livre la boite à mystères :

« J’étais depuis quelques mois installé dans cette maison de la rue Victor-Hugo où j’exerce encore l’art de la sculpture : c’était à mon retour du service militaire… »

Roman que Marie-Aude Murail découvre dans toute sa fraîcheur, sa candeur et sa beauté, racontant le coup de foudre qui, devant une jeune fille en deuil entrevue à travers la vitre du magasin, pétrifie Raoul Barrois. Le ton du roman  est donné : tout ce que nous lirons sera vrai, et attesté par des écrits, des papiers officiels, des correspondances, et des photographies, dont certains sont ici reproduits.

Toute la première partie du livre explore les souvenirs familiaux, en comparant les documents à sa disposition, à ce que sa mémoire, qui n’est pas tant déficiente que récalcitrante, fait remonter en surface des récits de sa mère. Donc la biographie est ici aussi partie prenante, une jeune fille qui adorait les histoires, et qui se souvient peu à peu de bribes de celles que racontaient sa mère. Il ne s’agit plus d’un récit purement documenté, mais d’un va-et-vient entre une mémoire qui surgit doucement et des documents riches d’émotions.

Les destins de chacun sont évoqués : rapidement, pour son arrière grand-mère, Blanche Legros, plus détaillés pour les amours de sa grand-mère et de son grand-père, Cécile et Raoul Barrois. Mais le grand-père décède de la scarlatine alors que sa grand-mère était enceinte de cinq mois. La petite fille, Marie-Thérèse Barrois, sa propre maman, ne connaîtra donc jamais son père.

À ces passages, j’ai partagé l’émerveillement de Marie-Aude Murail à nous faire toucher du doigt, les figures de la légende familiale, des êtres dont on a beaucoup entendu parler, sans les connaître. Émerveillement devant ce grand-père, sculpteur aux doigts d’or, dont on découvre qu’il aimait faire le clown, qu’il était jaloux et dont les photos étonnantes éclairent le récit et dont l’autrice a connu les réalisations : chaises sculptées de dragons, armoires peuplées de figures de légendes, peuplant l’appartement de son enfance…

Poursuivant son travail d’archiviste, le récit, évoquant sa propre mère, Marie-Thérèse, s’enrichit de souvenirs, photos et récits, et démultiplie ce que Marie-Aude Murail sait de sa mère et d’un autre coup de foudre pour un poète autodidacte, venu lire ses poèmes dans un cercle d’artistes, lors de la Libération : Gérard Murail, son père.

Pour une autrice qui a si peu de mémoire, nous en arrivons à la seconde partie du roman, qui concerne sa cellule familiale : son père, le poète Gérard Murail, puis elle-même, enfant très rêveuse au milieu de sa fratrie.

J’ai trouvé la dernière partie extrêmement riche et émouvante, puisque, désormais, la biographie prend son envol. Nous avions suivi jusqu’à présent la saga artistique de cette famille pas comme les autres (le père, Gérard Murail, poète, un frère musicien, un autre frère – Lorris – et une sœur – Elvire – eux aussi écrivains). Mais l’écriture n’est pas tombée du ciel, ni « du plaisir d’écrire », comme disait Jules Renard, bien que la rêverie et l’écriture soit le pain et le sel de cette famille, l’écriture se sculpte aussi sur un vécu, souvent plus éprouvant : premières amours, mariage, doutes sexuels, détresse, premier enfant… En guise de document, l’autrice s’appuie sur des extraits de son journal personnel, avec pudeur mais précision, en suivant ce même principe, où tout n’est pas dit, mais où tout  ce qui est dit est vrai :

La vérité est comme
une suite de masques
qu’on s’arrache

Puis ce passage merveilleux, où Marie-Aude Murail découvre sa passion pour les enfants et l’enfance :

J’aime les jeux d’enfant,
les mots d’enfant,
les chansons d’enfant,
c’est la culture des enfants que j’aime

PUIS

« Qu’est-ce qu’elle a donc fait, la p’tite hirondelle ?
    Elle nous a volé trois p’tits sac de blé »
Il n’y a rien de plus beau que les rondes d’enfants.

Ce roman enrichi de vérités vraies, où tout n’est pas dit, mais où tout ce qui est dit est vrai – et attesté par ce travail d’historienne –, est une histoire palpitante et, sincèrement, enthousiasmante.

Bernard Henninger

PS : tous les reproductions sont extraites du livre.

12 Avr

Un guide pratique pour « Créer votre carré médicinal »

Parution au mois de mars de « Je crée mon carré médicinal ». L’autrice, Christine Cieur, docteur en pharmacie, auteur de nombreux ouvrages, tient également L’atelier des Simples à Châteauneuf-sur-Loire.

Caractéristiques techniques :
Edition Terre Vivante
Collection : Facile et bio
Format : 21 x 21 cm
120 pages

 

 

Un souvenir en guise de savoir…

Voilà un livre pour lequel je ne saurais tenir une analyse de bon aloi… Un jardin, c’est celui de mes parents, un pauvre jardin bâti sur un terrain crayeux où, tous les printemps, je consacrais des heures à dénouer les nœuds et racines d’un liseron qui renaissait tous les ans… J’ignore si le liseron a des vertus médicinales, il envahissait les framboisiers, les cassis, et ses fleurs ont des corolles blanches d’une grande élégance.

Les éditions Terre Vivante sont spécialisées dans l’écologie pratique : jardiner et défendre les vertus écologiques de la biodiversité ainsi que l’art des plantes. Elles ont été créées en 1979, ancienneté qui leur donne une patine et un sérieux indubitable, sachant qu’en la matière science & bon sens sont vertus cardinales.

L’auteur, Christine Cieur, docteur en pharmacie, anime des ateliers sur les simples et tient un commerce à Châteauneuf-sur-Loire, l’Atelier des Simples. Elle est l’auteur de nombreux livres sur le sujet :
. La Pharmacie familiale au naturel
. Le guide de la Santé au naturel

« Je crée mon carré médicinal » est divisé en trois parties : la première explique de manière synthétique comment aménager un carré d’herbes médicinales, de sa conception à sa plantation, le stockage et le séchage des simples. La seconde est un petit traité concernant 20 plantes cultivables, aux propriétés connues : chaque plante est décrite en détail, ses caractéristiques, les sols où la cultiver, les méthodes, joliment illustrées. Enfin, des annexes donnent des calendriers pour les cultures, un glossaire et de bonnes adresses.

Le confinement est pour chacun d’entre nous l’art de transformer ce temps libre en

Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile
comme disait Jacques Prévert 

Si certains se plongent dans les livres, d’autres font résonner leur guitare, j’en connais qui arpentent un piano trop silencieux, et enfin, un carré médicinal demande un minimum d’effort, un jardin de moins d’un mètre carré, ce qui est imaginable et la patience de faire pousser des simples, tel un moine ou une nonne au Moyen-Âge, quittant l’enceintre du cloître pour transformer le jardin intérieur en multiples carrés de simples, cultiver des remèdes pour soigner… et du soin, en ce moment…

Bernard Henninger

24 Mar

Suggestions de lectures ou comment rendre fécond le confinement…

Quelques suggestions pour musarder dans les livres et fortifier votre esprit dans la perspective de la fin du confinement. Portez-vous bien, enroulez vous dans votre couette et prenez du temps pour rêver…

Ce jour, en rangeant ma bibliothèque, je suis tombé sur des titres qui sont des mines de lecture, des explosions d’émotion ou de ravissement et je me suis dit que je pouvais moi aussi consacrer quelques lignes aux lectures que vous pourriez reprendre, relire, ou découvrir, car s’il y a une utilité à la vie en confinement, la lecture calme, elle alerte l’esprit, stimule le cerveau et active vos émotions. Lire, c’est ouvrir une fenêtre sur de grands espaces où vous pouvez vous ébattre en toute tranquillité loin des miasmes et tapages politiques et médiatiques…

Si vous n’avez pas de bibliothèque, la première chose consiste à trouver les livres, et plutôt que de vous rendre dans une enseigne tapageuse, je vous suggère plutôt d’aller fouiner dans les livres d’occasion : Rakuten-Priceminister, eBay, Le Bon Coin, mais aussi chez nos amis belges : Delcampe. Enseignes spécialisées dans l’occasion, vous y trouverez de tout, et surtout des livres, à petits prix auprès de particuliers… et des plus jolis si vous aimez les livres reliés ou les éditions anciennes.

Pour commencer, en remontant dans les livres anciens, je commencerai avec les Histoires de monsieur Keuner : de très courtes histoires, d’une à deux pages, chacune est un condensé d’intelligence et de perspicacité. Parfois, il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour en percer le / les sens. A lire lentement, pas plus d’une par jour, et méditer après :

Monsieur K. dit un jour : « Celui qui pense ne prend pas une lumière de trop, pas un morceau de pain de trop, pas une pensée de trop. »
ou encore :
Tous les jours, je me rends
Au marché des vendeurs
De mensonges, et plein d’espoir,
Je me range à leurs côtés.

Si vous êtes en guerre, il y a La Peste de Camus, toujours le bon moment de la découvrir, ou redécouvrir. La peste du livre, est plutôt la peste brune qui sévit de 1939 à 1945 mais elle en dit beaucoup sur les exigences des peuples après guerre quant à ceux qui les avaient conduits à la catastrophe : 

Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite…

Moins tapageur, mais écrit lui aussi dans des temps de couvre-feu et des ravages de la guerre (Prix Renaudot 1945), Le Mas Théotime d’Henri Bosco est un roman qui brûle encore d’un sombre feu :

En août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante chaleur embrase les champs. Il n’y a rien de mieux à faire que de rester chez soi, au fond de la pénombre, en attendant l’heure du dîner. Ces métairies que tourmentent les vents d’hiver et que l’été accable, ont été bâties en refuges, et, sous leurs murailles massives, on s’abrite tant bien que mal de la fureur des saisons…

La magie d’un été et loin des tourments de la plaine, un amour qui sera comme un incendie…

Plus surprenant, un petit opuscule d’Antoine de Saint-Exupéry, Lettre à un otage, écrit en 1942, Saint-Exupéry s’adresse à un ami resté « otage » dans une France occupée, persécuté dans son pays qu’il ne peut quitter. À travers un signe d’amitié envoyé à l’ami qui souffre, son texte rend hommage à la France. Je l’ai trouvé au marché aux livres, mais on le trouve partout, sa brièveté est l’égale de sa sensibilité : 

  Quand, en décembre 1940, j’ai traversé le Portugal pour me rendre aux Etats-Unis, Lisbonne m’est apparue comme une sorte de paradis clair et triste. On y parlait alors beaucoup d’une invasion imminente et le Portugal se cramponnait à l’illusion de son bonheur […]
  Lisbonne devait aussi son climat de tristesse à la présence de certains réfugiés. Je ne parle pas des proscrits à la recherche d’un asile. Je ne parle pas d’immigrants en quête d’une terre à féconder par leur travail. Je parle de ceux qui s’expatriaient loin de la misère pour mettre à l’abri leur argent…

Si vous  préférez les contrées de l’imaginaire, il faut toujours garder une pensée préférée pour Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, ou les aventures d’un esprit en quête de poésie qui se confronte à un monde que des humains brutaux et maladroits ont ravagé : exterminant la vie rare et fragile de la planète, imposant leurs mœurs, pour finalement disparaître jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les ruines d’une somptueuse villa où tout est automatisé : le réveil-matin, la radio, le petit-déjeuner automatique… (Usher II)

Il y a aussi Le Monde perdu de Conan Doyle, un plateau au milieu de l’Amazonie, une région dont ni le président Bolsonaro ni le président Trump ne savent rien et où a survécu une faune fabuleuse… il vaut mieux d’ailleurs, ils seraient capables d’y allumer des incendies et d’accuser la terre entière des destructions.

Si ces références, que vous pouvez trouver à petits prix, vous semblent trop anciennes, je peux aussi vous ramener à un auteur de polar maison, puisqu’Orléanais, Philippe Georget est un auteur de polars haletants… L’été, tous les chats s’ennuient, le Paradoxe du Cerf Volant, ou plus récemment : Amère Méditerranée.

Plus récents encore, Histoire naturelle des Dragons de Marie Brennan vous mènera dans une contrée inconnue, ce qu’on appelle du Steampunk, une contrée inventée de toutes pièces mais qui a évolué selon les technologies du XIXème siècle, dans une Terre peuplée de dragons sauvages, qu’une jeune femme, pionnière du féminisme, part étudier dans des voyages au long cours (Mémoires par Lady Trent)(traduit par Sylvie Denis). Cinq tomes sont parus, l’occasion de parcourir le monde et de se demander pourquoi et comment le monde peut fonctionne avec des mœurs aberrantes… 

et enfin, une saga dont le dernier opus vient  de clore un cycle magique : La Passe-Miroir de Christelle Dabos, est un ensemble, qui avait été écrit pour les adolescents, et qui a connu un immense succès tous publics. Le premier tome est en poche et a pour titre Les fiancés de l’hiver :

  Ophélie resta immobile un moment dans l’encadrement de la porte. Elle observa les fils de soleil qui glissaient lentement sur le parquet au fur et à mesure que le jour se levait. Elle respira profondément le parfum des vieux meubles et du papier froid.
  Cette odeur, dans laquelle son enfance avait baigné, Ophélie ne la sentirait bientôt plus.

Ophélie est une petite femme, plutôt frêle, archiviste, avec des lunettes sur le bout du nez. On la croirait fragile, elle a une âme puissante comme le fer, on la croirait perdue, mais si vous lui donnez un objet, elle enlève ses gants, et simplement en le touchant, elle est capable d’en retranscrire l’histoire et celle de tous qui l’ont touché… Un pouvoir qui terrifie le monde entier.

Or sa famille vient de la marier dans une Arche située très au Nord, dans une société violente : son inquiétude quant à son destin, et un mariage qui lui semble cruel, va être balayée car un typhon de magie s’approche et va menacer ces mondes imaginaires, parmi les plus originaux qu’il nous ait été donner de découvrir depuis vingt ans…

Je m’arrête là, j’espère que vous vous lancerez dans vos propres bonnes et joyeuses lectures et le temps de réfléchir au monde que vous voudrez demain, car, c’est peut-être la seule question qui vaille…

Bernard Henninger

Post Scriptum : et celui-là vient de sortir, et je crois qu’il va peupler mes nuits sans tarder…

22 Mar

« Découvrir, comprendre DE GAULLE » ouvrage d’Histoire éclaire la singularité du général…

Découvrir, comprendre DE GAULLE (les idées de demain) est l’occasion d’évoquer, à partir de faits et de citations inédites, la figure du général De Gaulle et son génie singulier.

L’ouvrage peut être qualifié de vaste :  540 pages, il comporte 54 chapitres synthétiques. Il s’agit d’un ouvrage d’historiens qui s’attachent à compléter les blancs laissés par la Grande Histoire et l’Historiographie ordinaire. Délaissant les images d’Épinal, et les citations trop ressassées, l’enthousiasme des auteurs est sensible et ceux-ci parviennent par un assemblage – surprenant parce qu’il ne suit pas la chronicité des évènements –, à évoquer la parole et la figure singulières d’un solitaire pétri de passion pour le collectif.

L’idée des auteurs, Alain Kerhervé et Gérard Quéré consiste à saisir des aspects de la vie du général De Gaulle, de collecter une – ou plusieurs – citation inédite mais éclairante. Ainsi, lors de la campagne d’Érythrée, le général De Gaulle remet un communiqué qui paraît dans le journal d’Égypte (avril 1941) : « Je suis un français libre, je crois en Dieu et en l’avenir de ma patrie. Je ne suis l’homme de personne. J’ai une mission et n’en ai qu’une, celle de poursuivre la lutte pour la libération de mon pays. Je déclare solennellement que je ne suis attaché à aucun parti politique, ni lié à aucun politicien, quel qu’il soit [… ] je n’ai qu’un but : délivrer la France ». La déclaration est brillante et elle démontre la solitude de sa position. On imagine bien que ses propres alliés en aient pris ombrage, mais en même temps, elle fait réfléchir sur la tâche entreprise par celui qui, après le désastre de 1940, parvint à faire en sorte que la France participe de la victoire des Alliés en 1945.

Avec ses 54 chapitres, la vie du général ressemble un peu à un diamant éclaté en 54 fragments étudiés de manière diachronique : chaque sujet est disséqué, étudié, accompagné de notes biographiques, de notes descriptives, avec un minutieux référencement des citations, d’une rigueur exemplaire.

Évitant les écueils de la répétition de hauts faits trop ressassés, elle détaille cet exercice à Saint-Cyr, qu’il mène brillamment avant de se retrouver confronté à un examinateur surtout soucieux de le démolir (on lui reproche de se comporter – en 1922 – comme un roi en exil…). Je ne peux m’empêcher de penser que l’épisode évoque de manière prémonitoire l’opposition qu’il aura, vingt ans plus tard, avec le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, et de la manière dont il parviendra à le convaincre de sa droiture et de sa stature incontournable.

Je ne le recommanderai pas à un élève de terminale, car il faut avoir en tête l’histoire générale du XXème siècle, Seconde Guerre Mondiale, et histoire sociale de la France de l’Après-Guerre, de bien connaître la biographie du général et de son attitude pour promouvoir son idéal de la France, mais à tous les lecteurs que l’intelligence d’un grand homme attire comme un aimant, je dirai : Allez-y, mais attention, il y a des passages où l’émotion vous tirera quelques larmes !

Bernard Henninger

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