24 Mar

Suggestions de lectures ou comment rendre fécond le confinement…

Quelques suggestions pour musarder dans les livres et fortifier votre esprit dans la perspective de la fin du confinement. Portez-vous bien, enroulez vous dans votre couette et prenez du temps pour rêver…

Ce jour, en rangeant ma bibliothèque, je suis tombé sur des titres qui sont des mines de lecture, des explosions d’émotion ou de ravissement et je me suis dit que je pouvais moi aussi consacrer quelques lignes aux lectures que vous pourriez reprendre, relire, ou découvrir, car s’il y a une utilité à la vie en confinement, la lecture calme, elle alerte l’esprit, stimule le cerveau et active vos émotions. Lire, c’est ouvrir une fenêtre sur de grands espaces où vous pouvez vous ébattre en toute tranquillité loin des miasmes et tapages politiques et médiatiques…

Si vous n’avez pas de bibliothèque, la première chose consiste à trouver les livres, et plutôt que de vous rendre dans une enseigne tapageuse, je vous suggère plutôt d’aller fouiner dans les livres d’occasion : Rakuten-Priceminister, eBay, Le Bon Coin, mais aussi chez nos amis belges : Delcampe. Enseignes spécialisées dans l’occasion, vous y trouverez de tout, et surtout des livres, à petits prix auprès de particuliers… et des plus jolis si vous aimez les livres reliés ou les éditions anciennes.

Pour commencer, en remontant dans les livres anciens, je commencerai avec les Histoires de monsieur Keuner : de très courtes histoires, d’une à deux pages, chacune est un condensé d’intelligence et de perspicacité. Parfois, il faut s’y reprendre à plusieurs reprises pour en percer le / les sens. A lire lentement, pas plus d’une par jour, et méditer après :

Monsieur K. dit un jour : « Celui qui pense ne prend pas une lumière de trop, pas un morceau de pain de trop, pas une pensée de trop. »
ou encore :
Tous les jours, je me rends
Au marché des vendeurs
De mensonges, et plein d’espoir,
Je me range à leurs côtés.

Si vous êtes en guerre, il y a La Peste de Camus, toujours le bon moment de la découvrir, ou redécouvrir. La peste du livre, est plutôt la peste brune qui sévit de 1939 à 1945 mais elle en dit beaucoup sur les exigences des peuples après guerre quant à ceux qui les avaient conduits à la catastrophe : 

Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit l’escalier. Mais, arrivé dans la rue, la pensée lui vint que ce rat n’était pas à sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la réaction du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa découverte avait d’insolite…

Moins tapageur, mais écrit lui aussi dans des temps de couvre-feu et des ravages de la guerre (Prix Renaudot 1945), Le Mas Théotime d’Henri Bosco est un roman qui brûle encore d’un sombre feu :

En août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante chaleur embrase les champs. Il n’y a rien de mieux à faire que de rester chez soi, au fond de la pénombre, en attendant l’heure du dîner. Ces métairies que tourmentent les vents d’hiver et que l’été accable, ont été bâties en refuges, et, sous leurs murailles massives, on s’abrite tant bien que mal de la fureur des saisons…

La magie d’un été et loin des tourments de la plaine, un amour qui sera comme un incendie…

Plus surprenant, un petit opuscule d’Antoine de Saint-Exupéry, Lettre à un otage, écrit en 1942, Saint-Exupéry s’adresse à un ami resté « otage » dans une France occupée, persécuté dans son pays qu’il ne peut quitter. À travers un signe d’amitié envoyé à l’ami qui souffre, son texte rend hommage à la France. Je l’ai trouvé au marché aux livres, mais on le trouve partout, sa brièveté est l’égale de sa sensibilité : 

  Quand, en décembre 1940, j’ai traversé le Portugal pour me rendre aux Etats-Unis, Lisbonne m’est apparue comme une sorte de paradis clair et triste. On y parlait alors beaucoup d’une invasion imminente et le Portugal se cramponnait à l’illusion de son bonheur […]
  Lisbonne devait aussi son climat de tristesse à la présence de certains réfugiés. Je ne parle pas des proscrits à la recherche d’un asile. Je ne parle pas d’immigrants en quête d’une terre à féconder par leur travail. Je parle de ceux qui s’expatriaient loin de la misère pour mettre à l’abri leur argent…

Si vous  préférez les contrées de l’imaginaire, il faut toujours garder une pensée préférée pour Les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury, ou les aventures d’un esprit en quête de poésie qui se confronte à un monde que des humains brutaux et maladroits ont ravagé : exterminant la vie rare et fragile de la planète, imposant leurs mœurs, pour finalement disparaître jusqu’à ce qu’il ne reste plus que les ruines d’une somptueuse villa où tout est automatisé : le réveil-matin, la radio, le petit-déjeuner automatique… (Usher II)

Il y a aussi Le Monde perdu de Conan Doyle, un plateau au milieu de l’Amazonie, une région dont ni le président Bolsonaro ni le président Trump ne savent rien et où a survécu une faune fabuleuse… il vaut mieux d’ailleurs, ils seraient capables d’y allumer des incendies et d’accuser la terre entière des destructions.

Si ces références, que vous pouvez trouver à petits prix, vous semblent trop anciennes, je peux aussi vous ramener à un auteur de polar maison, puisqu’Orléanais, Philippe Georget est un auteur de polars haletants… L’été, tous les chats s’ennuient, le Paradoxe du Cerf Volant, ou plus récemment : Amère Méditerranée.

Plus récents encore, Histoire naturelle des Dragons de Marie Brennan vous mènera dans une contrée inconnue, ce qu’on appelle du Steampunk, une contrée inventée de toutes pièces mais qui a évolué selon les technologies du XIXème siècle, dans une Terre peuplée de dragons sauvages, qu’une jeune femme, pionnière du féminisme, part étudier dans des voyages au long cours (Mémoires par Lady Trent)(traduit par Sylvie Denis). Cinq tomes sont parus, l’occasion de parcourir le monde et de se demander pourquoi et comment le monde peut fonctionne avec des mœurs aberrantes… 

et enfin, une saga dont le dernier opus vient  de clore un cycle magique : La Passe-Miroir de Christelle Dabos, est un ensemble, qui avait été écrit pour les adolescents, et qui a connu un immense succès tous publics. Le premier tome est en poche et a pour titre Les fiancés de l’hiver :

  Ophélie resta immobile un moment dans l’encadrement de la porte. Elle observa les fils de soleil qui glissaient lentement sur le parquet au fur et à mesure que le jour se levait. Elle respira profondément le parfum des vieux meubles et du papier froid.
  Cette odeur, dans laquelle son enfance avait baigné, Ophélie ne la sentirait bientôt plus.

Ophélie est une petite femme, plutôt frêle, archiviste, avec des lunettes sur le bout du nez. On la croirait fragile, elle a une âme puissante comme le fer, on la croirait perdue, mais si vous lui donnez un objet, elle enlève ses gants, et simplement en le touchant, elle est capable d’en retranscrire l’histoire et celle de tous qui l’ont touché… Un pouvoir qui terrifie le monde entier.

Or sa famille vient de la marier dans une Arche située très au Nord, dans une société violente : son inquiétude quant à son destin, et un mariage qui lui semble cruel, va être balayée car un typhon de magie s’approche et va menacer ces mondes imaginaires, parmi les plus originaux qu’il nous ait été donner de découvrir depuis vingt ans…

Je m’arrête là, j’espère que vous vous lancerez dans vos propres bonnes et joyeuses lectures et le temps de réfléchir au monde que vous voudrez demain, car, c’est peut-être la seule question qui vaille…

Bernard Henninger

Post Scriptum : et celui-là vient de sortir, et je crois qu’il va peupler mes nuits sans tarder…

22 Mar

« Découvrir, comprendre DE GAULLE » ouvrage d’Histoire éclaire la singularité du général…

Découvrir, comprendre DE GAULLE (les idées de demain) est l’occasion d’évoquer, à partir de faits et de citations inédites, la figure du général De Gaulle et son génie singulier.

L’ouvrage peut être qualifié de vaste :  540 pages, il comporte 54 chapitres synthétiques. Il s’agit d’un ouvrage d’historiens qui s’attachent à compléter les blancs laissés par la Grande Histoire et l’Historiographie ordinaire. Délaissant les images d’Épinal, et les citations trop ressassées, l’enthousiasme des auteurs est sensible et ceux-ci parviennent par un assemblage – surprenant parce qu’il ne suit pas la chronicité des évènements –, à évoquer la parole et la figure singulières d’un solitaire pétri de passion pour le collectif.

L’idée des auteurs, Alain Kerhervé et Gérard Quéré consiste à saisir des aspects de la vie du général De Gaulle, de collecter une – ou plusieurs – citation inédite mais éclairante. Ainsi, lors de la campagne d’Érythrée, le général De Gaulle remet un communiqué qui paraît dans le journal d’Égypte (avril 1941) : « Je suis un français libre, je crois en Dieu et en l’avenir de ma patrie. Je ne suis l’homme de personne. J’ai une mission et n’en ai qu’une, celle de poursuivre la lutte pour la libération de mon pays. Je déclare solennellement que je ne suis attaché à aucun parti politique, ni lié à aucun politicien, quel qu’il soit [… ] je n’ai qu’un but : délivrer la France ». La déclaration est brillante et elle démontre la solitude de sa position. On imagine bien que ses propres alliés en aient pris ombrage, mais en même temps, elle fait réfléchir sur la tâche entreprise par celui qui, après le désastre de 1940, parvint à faire en sorte que la France participe de la victoire des Alliés en 1945.

Avec ses 54 chapitres, la vie du général ressemble un peu à un diamant éclaté en 54 fragments étudiés de manière diachronique : chaque sujet est disséqué, étudié, accompagné de notes biographiques, de notes descriptives, avec un minutieux référencement des citations, d’une rigueur exemplaire.

Évitant les écueils de la répétition de hauts faits trop ressassés, elle détaille cet exercice à Saint-Cyr, qu’il mène brillamment avant de se retrouver confronté à un examinateur surtout soucieux de le démolir (on lui reproche de se comporter – en 1922 – comme un roi en exil…). Je ne peux m’empêcher de penser que l’épisode évoque de manière prémonitoire l’opposition qu’il aura, vingt ans plus tard, avec le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, et de la manière dont il parviendra à le convaincre de sa droiture et de sa stature incontournable.

Je ne le recommanderai pas à un élève de terminale, car il faut avoir en tête l’histoire générale du XXème siècle, Seconde Guerre Mondiale, et histoire sociale de la France de l’Après-Guerre, de bien connaître la biographie du général et de son attitude pour promouvoir son idéal de la France, mais à tous les lecteurs que l’intelligence d’un grand homme attire comme un aimant, je dirai : Allez-y, mais attention, il y a des passages où l’émotion vous tirera quelques larmes !

Bernard Henninger

10 Mar

Le Cacograph #42, revue poétique, graphique et comique Orléanaise vient de paraître

Le numéro #42 de la revue Cacograph vient de paraître. Revue orléanaise, poétique et comique, elle est richement illustrée et magnifiquement mise en page.

De l’Art du pliage : Le Cacograph, revue orléanaise poético-dessino-comique et pleine de tendresse se présente comme toujours sous la forme d’une petite lettre de format carré d’environ 13 centimètres de côté. Ce format carré fait de la revue ce qu’on appelle une fausse maigreur, car le carré se déplie deux fois, la première fois dans la largeur, et la seconde en hauteur, de manière à donner une belle feuille au format A3, 42 cm de hauteur sur 30 cm de large, et elle n’est pas seule, car une seconde feuille l’accompagne, imprimées recto-verso pour ceux qui doutent.

La Machine :

Dans tous ses états, la machine inspire, développe, et accompagne les inspirations, à commencer par la couverture, une série d’engrenages issue des Temps Modernes de Chaplin, référence essentielle pour qui se penche sur le machinisme du XXème siècle.

Plus loin, c’est une main humaine dont le texte s’émerveille de la haute technologie, avec ses multiples articulations, sa capacité de saisie d’objets, fins, légers ou fragiles…

 

 

Ou l’évocation du talent singulier de Jean Tinguely :

Tinguely fait tourner des roues de bicyclette
Ferraille rouillée, rien d’immobile
Ça ne sert à rien, c’est ça qu’est beau.
D’absurdes mouvements réveillent les sens
Fragilité de guingois, grincement métalliques
Ephémère tournoyant
Pied de nez au bien pensant
Dérision souriante en poésies mobiles
Calder en écho, c’est ça qu’est beau
Ça ne sert à rien, c’est ça qu’est bien…

 

 

Ou, sur un ton plus léger, mais pas moins :

Le roulement s’accéléra,
Les vibrations avec…
Le tambour se mit à vrombir, le linge
n’en serait que plus propre
C’est bien vrai ça, dit la mère Denis
qui passait machine allemand par là.
Le père lus tu cru,
Inventeur à ses heures perdues…

L’analyse ne suffirait pas à donner une idée précise de cette revue, dont le foisonnement et l’entrelacement des dessins, des poèmes et des textes est le principal non pas atout, mais moteur, et cette machine ne manque pas d’énergie pour faire développer ces jeux de mots, ses poèmes et ses drôleries : prenez votre temps pour déguster cette petite revue qui a la simplicité des grandes…

42 : Et en guise de conclusion, je terminerai cet article avec une référence annexe : dans le Guide du Voyageur galactique  : 42 est la réponse donnée par la machine, le super-ordinateur, à la question sur le sens ultime de la vie. Le problème étant qu’on ignore quelle est la question… Compulsez donc le Cacograph #42 dans le même esprit !

Bernard Henninger

06 Mar

Compte-rendu du passage de Serge Lehman à la médiathèque de St-Jean de la Ruelle

Une vingtaine de spectateurs étaient présents pour l’interview de Serge Lehman à la Médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle. Le feu des questions a permis de survoler l’œuvre et à Serge Lehman d’exposer sa vision d’historien des littératures de l’imaginaire.

Passionnant exposé où Serge Lehman  développe sa vision d’historien, avec la science-fiction des origines, en France et son foisonnement, avant 1914 avec Jules VerneJ.H. Rosny aînéH.G. Wells, André Laurie, Jean de la Hire, Maurice Renard, mouvement appelé le Merveilleux-scientifique (avec un tiret, comme dans Science-Fiction).

Le paradoxe vient de ce que, à part une poignée de passionnés, cette littérature est aujourd’hui dans l’ombre, mal connue et même parfois violemment critiquée. D’où viennent les ruptures qui ont conduit à son rejet ? Tout d’abord, l’image de la science, tout empreinte de merveilleux  avant 1914, où le radium était une matière magique, Marie Curie une héroïne totalement dévouée à la science, désintéressée (jamais elle ne voulut « vendre » un brevet) et qui passe son permis en pleine guerre pour aller sur le théâtre des opérations réaliser des radios des blessés se renverse : les états-majors allemand et français prétendent mener une guerre scientifique (autant le souligner en rouge). L’expression : frappe chirurgicale fut inventée en 1914 avec les conséquences que l’on peut imaginer. Après 1918, la science incarne  l’horreur des tranchées. La guerre dite scientifique est un vocable qui, associé à un million de morts, conduisit au rejet du Merveilleux-scientifique du champ littéraire. Dans la foulée, toute la science-fiction naissante fut remisée dans les littératures populaires, d’une part, et dans les livres pour enfants d’autre part. Et toute science évacue le champ littéraire (à part un archétype, le savant fou, bien entendu).

Dans les années 1920, alors que la Science-Fiction connaît en Amérique un  essor sans précédent (le nom Science-Fiction est créé en 1926 par Hugo Gernsback, directeur de revue), la science-fiction française régresse. Là où les américains développent des super-héros, les précurseurs qui furent inventés par des français, dont le plus emblématique fut sans doute le nyctalope créé par Jean de la Hire, déclinent et tombent dans l’oubli. Autre super héros, le passe-muraille, inventé par Marcel Aymé, n’est le héros que d’une unique nouvelle et le récit, évitant le merveilleux et sa fascination, vire au comique. Pour conclure avec Jean de la Hire, antisémite, il s’empara pendant la guerre de la maison de ses propres éditeurs Ferenczi… La faillite française de la première Science-fiction française fut aussi incarnée par ces auteurs dévoyés, Jean de La Hire, René Bonnefoy, collaborationnistes et antisémites et la science-fiction qu’ils avaient incarnée, sombra avec la découverte des camps de concentration en 1945.

Bien  sûr, il ne s’agissait pas seulement d’une conférence d’histoire et le récit de Serge Lehman est lié à sa propre histoire d’auteur, les années 90 et l’arrivée d’une nouvelle génération. Il a évoqué ses tentatives pour  construire un mouvement qui retrouve sa mémoire, en particulier avec l’univers des super-héros français : le passe-muraille, le nyctalope…  en témoigne la saga des Brigades Chimériquesvaste cycle de bandes dessinées dont il est le scénariste.

Le vœu de Serge Lehman de reconnecter les littératures imaginaires d’aujourd’hui avec leurs racines fécondes accompagne donc le renouveau du genre. Depuis trente ans, des auteurs se sont emparés de cette littérature, en repartant de zéro ou presque : nouveaux éditeurs (L’Atalante, Critic, Au Diable Vauvert, Les moutons électriques), nouveaux illustrateurs (Caza…), nouvelles générations d’auteurs (Roland C Wagner, Ayerdahl, Sylvie Denis, Sylvie Lainé, Jean-Claude Dunyach, Laurent Genefort (que ceux que j’oublie veuille bien me pardonner)), nouvelles exigences pour que la science-fiction gagne en réalisme et en réflexion…

À la fin, Serge Lehman a répondu aux questions et il s’est très gentiment plié au jeu de la photo. Qu’il en soit remercié !

Bernard Henninger

01 Mar

« La Part du Loup » un nouveau polar de William Carvault, par Luc Fori

La Part du Loup est le dernier opus des aventures de William Carvault, la grande saga de Luc Fori, tout juste paru dans la collection Black Berry à La Bouinotte.

Voici un opus qui sort des chemins rebattus de l’enquête, et c’est un bonheur réjouissant que de baguenauder en compagnie de William Carvault, de sa compagne, la commissaire Heike et de Jan, leur petit garçon. L’histoire commence avec son pote Roger (on dit Rodgeur) qui débarque de Belgique où il avait migré dans le précédent opus pour lier son destin à l’opulente Leslie. Inquiet pour une santé qu’il a malmenée, Rodgeur désire réaliser un Ketch’Up à l’hôpital de Bourges…

En vérité, j’ai sauté le début : de furieux faits divers se percutent dès les premières pages sans que le fil qui les relie ne soit visible : un chasseur kidnappe un loup dans une meute du Mercantour ; dans son grenier, William tombe sur les carnets du précédent locataire (un homme qu’il a aidé à fuir à l’étranger en toute impunité) et ces carnets font de lui, au choix, un écrivain sadique et torturé, ou un tueur en série méthodique, générant chez William des questions et une trouble culpabilité ; et Mickey, un zonard, tue un rhinocéros dans un célèbre zoo parce qu’un chinois payera une fortune pour sa corne, or ce chinois finit massacré dans un étang de Sologne…

Je n’en dis pas plus… les enquêtes vont commencer et les coups de théâtre rebondissent et se cognent les uns aux autres. De jeux de mots en réflexions gouailleuses, Luc Fori vagabonde dans les bois et les étangs de Sologne : il ne reste qu’à suivre ses déambulations souvent rêveuses, avec sa petite famille, dans ces fourrés où se multiplient les rebondissements, entre poudre de rhinocéros, tueur sadique, chasseurs compulsifs et ce loup qui attend son heure…
c’est-à-dire la vôtre.

Bernard Henninger

24 Fév

Serge Lehman invité de la médiathèque de St-Jean de la Ruelle jeudi 5 mars

Jeudi 5 mars à 18h30, pour inaugurer son nouveau rayon Littérature de l’Imaginaire, la médiathèque Anna Marly de Saint-Jean de la Ruelle invite l’auteur Serge Lehman.

Passionné de bande dessinée, Serge Lehman connaît plusieurs époques : dans les années 90, il commence en s’engageant résolument dans la littérature et la science-fiction, il est publié au Fleuve Noir et participe du renouveau de la science-fiction aux côtés d’Ayerdhal, Laurent Genefort et Pierre Bordage.

En parallèle, il développe un important travail d’essayiste, et de réflexion sur la science-fiction, notamment son rejet dans les années 1920 par les cercles de la littérature et son refuge dans la littérature pour l’enfance : disparaissent alors de cette littérature le caractère scientifique des histoires des grands précurseurs, Jules Verne, André Laurie, Maurice Renard. Dans les années 90, il fait partie de cette génération d’auteurs émergents revendiquant un retour du scientifique dans la science-fiction.

Pendant un an, Serge Lehman collabore à l’Humanité comme chroniqueur, ainsi qu’au scénario de Mortel ad Vitam, avec Enki Bilal. Après un arrêt de plusieurs années, il poursuit dans d’autres journaux cette activité de réflexion et de chroniqueur littéraire.

À partir de 2005, il reprend de l’activité en tant que scénariste de Bande Dessinée. Son cycle de  la Brigade Chimérique, une série en six tomes, est un grand succès. Suivent plus tard, d’autres bandes dessinées, en tant que scénariste dont la série Metropolis, une uchronie décrivant un monde qui n’a pas connu la guerre 1914-1918. Parallèlement, Serge Lehman a également dirigé deux anthologies. Militant d’une science-fiction complète, intégrant les questions scientifiques contemporaines, les théories, les technologies, la plupart de ses œuvres ne cachent pas une grande nostalgie envers les récits précurseurs de la SF en France : remise à jour de héros comme le nyctalope ou l’ogre (voir la vidéo ci-dessous) :

Pour en savoir un peu, plus, je vous recommande cette interview de 1996 par André-François Ruaud. Donc, rendez-vous à 18h30 jeudi 5 mars à la médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle !

Bernard Henninger

Post Scriptum (pour les absents) : une vingtaine de spectateurs étaient présents pour une interview à la Médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle. Le feu des questions a permis de survoler l’œuvre de Serge Lehman et sa vision d’historien des littératures de l’imaginaire. Il est toujours agréable d’entendre un écrivain tenter de structurer son univers, notamment les littératures de l’imaginaire / la science-fiction et son foisonnement, en Europe, (avec Jules Verne, J.H. Rosny aîné, H.G. Wells…) avant la guerre 14-18 , mouvement appelé le Merveilleux-scientifique (par J.H. Rosny) et comment s’est opérée une rupture, après chaque conflit mondial, conduisant à marginaliser en France tout particulièrement ces littératures, (sans parler de la misère de la Science-Fiction dans le cinéma français).

Il évoqua aussi sa propre histoire, les années 90 et l’arrivée d’une nouvelle génération d’auteurs. Il a évoqué ses tentatives pour  construire un mouvement qui se retrouve sa mémoire, en particulier avec l’univers des super-héros français : le passe-muraille, le nyctalope…  en témoigne la saga des Brigades Chimériques, vaste cycle de bandes dessinées dont il est le scénariste. À la fin, Serge Lehman a répondu aux questions et il s’est très gentiment plié au jeu de la photo. Qu’il en soit remercié !

Bernard Henninger

20 Fév

Lecture et prix de poésie des éditions Tarabuste

Les éditions Tarabuste représentent la première maison d’édition spécialisée en poésie de notre région et ils nous ont transmis le communiqué suivant…

Gérard Titus-Carmel propose une lecture-rencontre autour de son dernier recueil : Horizon d’attente le mercredi 11 mars à La Guillotine – Les Pianos à Montreuil,

 

Laurent Fourcaut lira des extraits de son recueil : Joyeuses Parques à la librairie la Terrasse de Gutenberg dans le douzième arrondissement à Paris. Il présentera également le no 9 de la revue de poésie contemporaine : « Place de la Sorbonne », dont il est le rédacteur en chef,

Enfin, James Sacré recevra le 14 mars le prix Roger Kowalski 2019, prix de poésie de la ville de Lyon, pour son recueil « Figures de silences »la remise du prix se déroulera à la bibliothèque de La Part-Dieu (Lyon).

« Et si le parrain était une femme », un récit où Arnaud Ardoin enquête sur Hélène Martini…

« Et si le parrain était une femme » est le troisième livre d’Arnaud Ardoin, paru au Seuil, dans la collection Récit / Document.

Hélène Martini s’est éteinte le 5 août 2017 à Paris. Personnalité qui eut la haute main sur une trentaine de cabarets parisiens, dont les Folies Bergère et le théâtre Mogador, elle dirigeait aussi des lieux plus ambigüs, cabarets, boites de nuit et bars tels que le Pigall’s, le Shéhérazade, le Sphinx, la Nouvelle Athènes, les Folies Pigalle… Jamais elle ne fut inquiétée par les autorités ni menacée d’une fermeture administrative…

D’elle, on ne sait rien, ou si peu. Née Polonaise, fille d’un propriétaire terrien polonais, rescapée des Camps, prisonnière des russes, elle débarque à Paris en 1945 à vingt et un ans, « riche de ses yeux bleus » et parvient à être embauchée comme « mannequin nu » aux Folies Bergère.

Gagnante à la loterie, trois millions de francs de l’époque, elle fait partie des rares  qui, au lieu de dilapider leurs gains comme 99% des gagnants, les place dans des cabarets… En 1955, elle épouse Nachat Martini, un avocat d’origine Syrienne, et ils poursuivent leur politique d’acquisitions de cabarets… Après le décès de son mari en 1960, elle dirige son petit empire d’une main de fer, se lève tous les jours vers une heure de l’après-midi et à 19 heures entame sa tournée. Elle termine à l’aube au Raspoutine, à la table n° 18, où elle sirote une tisane.

Personnalité intraitable, cultivant le secret, quitte à terroriser son entourage, ou ses rivaux, à la tête d’une fortune assez considérable, il fallait toute la hardiesse et la délicatesse d’Arnaud Ardoin, journaliste d’origine Orléanaise, pour se pencher sur son destin et tenter d’éclairer l’ombre épaisse qui entoure sa vie.

Il s’agit du troisième livre de l’auteur, qui s’était déjà fait remarquer avec un ouvrage sur le président Jacques Chirac, personnalité – pour d’autres raisons – tout aussi discrète, il se penche ici sur sa la vie de cette femme exceptionnelle, et s’interroge : fut-elle vraiment rescapée des camps ? D’où vient sa fortune ? Circonstances de la mort de son mari en 1960 ? Nature de ses proches ? Finança-t-elle le Front National ? Toutes questions que pose l’auteur et auxquelles il tente de répondre, ponctuant son récit de savoureuses descriptions de cette personnalité hautement excentrique et fascinante.

Une enquête sur ce qu’on a coutume d’appeler les « nuits parisiennes » où l’initié côtoie les secrets de nombre de personnalités, expliquant la grande tranquillité des autorités à son égard, une vie de splendeur et de cabinets obscurs comme toutes les époques en raffolent…

Bernard Henninger

© photo : Arnaud Ardoin dans l’émission Dimanche en Politique (Centre Val de Loire, le 9 février 2020)

05 Fév

Le Chant Mortel du soleil, un roman d’imaginaire de Franck Ferric

Retour sur la parution en 2019 du premier titre français dans la nouvelle collection d’imaginaire d’Albin Michel, Le Chant Mortel du Soleil, de l’orléanais Franck Ferric.

Connaissez-vous cette vieille blague ? Il faut trois choses pour faire un bon livre (ou film). Un, une bonne histoire, deux, une bonne histoire et trois : une bonne histoire. Blague conservatrice, fausse, car l’expérience montre que les livres forts – ceux qui nous font réfléchir et savourer longtemps l’histoire – possèdent des facettes, une multiplicité d’approches qui l’éclairent sans jamais l’épuiser… 

Dans le roman de Franck Ferric, les trames de l’histoire et de la grande Histoire se conjuguent, comme un jeu – un modèle – qui permet de les tresser comme une corde : le jeu consiste alors pour l’auteur, à bâtir un univers… et les personnages qui en sont la trame : acteurs de l’Histoire ou simples marionnettes d’un processus qui les dépasse ? Dans un pays, qui pourrait être Babylone ou les plaines de la Chine, des tribus de montagnards dévalent dans la plaine, poussés par la faim et se confrontent à une civilisation riche, avec ses cités, sa maîtrise de l’agriculture, ses canaux, ses routes, et sa religion.

Habitué de ces razzias, le Karkr des plaines envoie son ambassadeur, Sombor, muni d’une rançon mais le grand Qsar Araartan exige cette fois un prix de démesure. Pour appuyer ce qui se révèle être une déclaration de guerre, il demande à l’ambassadeur de retrousser sa manche : d’un coup de son hansart, il lui tranche le bras.

Ce grand Qsar – un géant, haut comme deux hommes – a réussi l’exploit d’unifier les tribus sous son égide. Ce Qsar poursuit un idéal singulier : il veut tuer, non pas la civilisation, mais le dernier des dieux et cela passe par la destruction de la grande cité d’Ishroun.

Les civilisations n’ont pas conscience de leur déclin… et c’est la mission des conquérants que de leur révéler leur fragilité au prix d’un carnage.

En lisant, j’ai pensé à Gengis Khan, à Tamerlan, à ces tribus montagnardes prenant d’assaut Babylone dans l’Antiquité. Les civilisations sont mortelles et on se souvient que, si Tamerlan laissait sur son passage des pyramides de têtes tranchées, il échangeait aussi des ambassades avec Charles VI… Franck Ferric aborde ici le roman avec un regard d’historien et s’en tire avec brio.

Les Historiens s’extasient devant ces conquérants qui bâtirent des empires et dont l’avènement par la terreur fut facteur d’autres progrès. Bâti sur une kyrielle de royaumes décadents, l’unification réalisée par les Mongols sécurisa les caravanes, amenant en Occident la soie, les épices, la poudre à canon, le papier et l’imprimerie et favorisa l’essor des civilisations occidentales à la Renaissance.

La grande Histoire, se moque de la petite, et c’est tout le mérite de ce récit de décadence et de conquêtes que ce contrepoint où Kosum, jeune errante, battue, torturée, libérée, puis ballottée de batailles, en bagarre et en fuites, de survivre malgré elle et de s’approcher d’une autre civilisation… montrant que la quête du dernier dieu est vaine et qu’un nouveau guette le voyageur…

Laissez-vous donc prendre par la main, et baigner vos yeux de sang, de cruauté, de ce Chant Mortel du Soleil qui conjugue avec élégance dans sa trame, des batailles, des affrontements, l’Histoire et ces destins. Qui mène le grand Qsar ? Son désir de tuer le dernier dieu ? La faiblesse de son ennemi ? Ou les lois de l’Histoire dont il ne serait lui aussi que la marionnette au même titre que Qosum ?

Bernard Henninger

© Photo : Franck Ferric aux Imaginales en 2019 par Bernard Henninger

23 Jan

Livre de science-fiction : « Les Oubliés d’Ushtâr », un « Planet Opera » d’Émilie Querbalec

Avec les Oubliés d’UshtârÉmilie Querbalec signe un premier roman plein d’énergie, une opposition entre deux civilisations et une histoire qui se dévore…

À la tête d’un vaisseau d’Albâr, Joon One, un Nadjam (moine-soldat) mène la prise d’un vaisseau Ushtârien, empli de pèlerins. Étonné de la facilité avec laquelle il a rempli sa mission, Joon One s’enfonce seul dans les entrailles du vaisseau. Dans une salle aménagée à l’instar d’une chapelle, gisent les restes d’un prêtre. Sur son front, une gemme brille de sombres feux. Quand Joon One s’en empare, la gemme lui parle : pleine de mordant, elle se moque de sa rigidité, des phrases toutes faites que Joon One annône pour se protéger de son intrusion ainsi que de sa soumission aveugle : la rigidité du commandement et la soumission font de l’armée Albârienne une machine de guerre impressionnante… sauf pour cette gemme.

Prise d’assaut, la planète Ushtâr s’effondre à son tour après de brèves batailles. Le récit expose avec un bon sens de l’épure l’opposition de ces civilisations. La rigidité militaire des Albâriens dépend d’une civilisation où les êtres, conçus par génie génétique, sont tous mâles, et hyper-patriarcale. Exemple d’une civilisation qui a gommé la femme qui n’y est au mieux qu’une esclave et quant au désir homosexuel dans une société de mâles, qui aurait pu être sa valeur dominante, il est ici une perversion…

À l’opposé, Ushtâr l’hétérosexuelle, tournée vers une vie méditative, « zen » semble démunie. Les élites arborent une gemme sur leur front, et leurs enfants fréquentent des écoles. Pourtant les Albâriens sont persuadés qu’ils cachent une arme au pouvoir fabuleux. Seule Gul-Yan parvient à s’échapper dans les bas-fonds miséreux… chez les Oubliés d’Ushtâr du titre, qui donnent soudain un point de vue critique sur la civilisation Ushtârienne : pas plus Albâr qu’Ushtâr n’incarneront ici un Bien quelconque.

L’originalité de ce Planet Opera (un sous-genre de science-fiction) tient dans la variété des points de vue : des puissants et de ceux dont nul n’attend rien. Les gens de pouvoir ne peuvent résister à la jouissance de s’éliminer : trahisons et ambitions gangrènent les mœurs. Dans ce désastre, c’est au plus humble qui reviendra le pouvoir… de donner le mouvement et un tempo… et je peux avouer que je trouve ce point de vue rafraîchissant.

Pour un premier roman, Émilie Querbalec nous offre un Planet Opera haletant. Le suspens est entier jusqu’au bout et, une fois la dernière page tournée, le lecteur pourra méditer la fragilité de nos civilisations…

Bernard Henninger

© : Portrait d’Émilie Querbalec, réunion annuelle de Présences d’Esprits, 2018, Bernard Henninger

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