21 Juin

Hôtel des ventes Giraudeau, livres et documents anciens (Tours)

Lundi 24 juin se déroulera le matin et l’après-midi à l’hôtel des ventes Giraudeau à Tours la mise en vente d’un important lot de livres, paradis pour promeneurs, collectionneurs et fureteurs de papiers anciens. Quelques lots sortent de l’ordinaire…

Ainsi, cette Édition Originale du CURÉ DE VILLAGE d’Honoré de Balzac avec autographe de l’auteur : « À Henri de France, hommage d’un sujet fidèle, de Balzac, Paris 7 mars 1841 » où il y  affirme avec clarté son légitimisme (estimation : de 1000 à 1500 €), mais aussi des enchères plus modestes comme ce lot comprenant 14 livres reliés, dont la correspondance de Voltaire avec l’impératrice de Russie, estimée de 80 à 100 €.

Au registre des pièces exceptionnelles, cet ensemble de PERON François & FREYCINET Louis, relatant un « Voyage de Découvertes aux Terres australes, exécuté par ordre de Sa Majesté l’Empereur et Roi pendant les Années 1800, 1801, 1802, 1803 et 1804 ; publié par le décret impérial et rédigé par M. F. Péron », l’estimation le situe aux alentours de 15-16 000 € ou cet autre récit de Bory de Saint-Vincent  d’un « Voyage dans Les Quatre Principales Iles des Mers d’Afrique, Fait par Ordre du Gouvernement » daté des années 1801-1802, dont se détache une belle carte de la Réunion.

Dans un ordre plus artistique, je ne résiste pas au plaisir de citer le lot n°10 constitué de 183 dessins originaux de Léon Masson, à l’encre de Chine, rehaussés de lavis, exécutés en vue de l’illustration lithographiée d’une édition de Jane Eyre estimé à 500-600 €.

Pour des estimations allant de 50 à 200 €, vous pourrez tenter de vous procurer l’œuvre de Boileaux-Despréaux, Nerval, ou les Contes d’Hoffmann. Cette vente comporte de très nombreux lots, parcourant le XIXème et le début du XXème siècle, la vente est vaste, j’y repère également des enluminures du XVIème siècle (lot non illustré), un album de gouaches de la région napolitaine, quelques albums de Jules Verne, des aquarelles de Corot, ou des livres moins courants : de Malebranche (« De la recherche de la vérité »), SCHABOL («  La Pratique du jardinage »), ou le Traité des maladies du cœur de De Sénac…

La première partie commence le matin à 9h30 et la seconde débutera à 14h00.

Pour qui aime renifler les vieux papiers, rêver devant les gravures, les aquarelles et les belles reliures, il est tout à fait intéressant de passer quelques heures à se remplir les yeux d’Histoire et d’histoires… La vente peut être suivie sur Internet, et il est possible d’y participer. Bien sûr, méfiez-vous des addictions : les enchères peuvent s’envoler entre un enchérisseur par téléphone et deux ou trois autres sur Internet. Les bibliothèques Américaines et les collectionneurs étrangers n’hésitent pas à venir faire leur marché en région tourangelle… L’estimation initiale, en fonction des désirs, peut n’être plus qu’un plaisant souvenir. Lors d’une vente où je cherchais à acquérir un pauvre Jules Verne, j’ai dû patienter que filent une douzaine d’éditions dites «  au globe doré » à des prix valant mon salaire, pour pouvoir me rabattre sur des reliures moins recherchées (et parfois plus anciennes…).

Il arrive que l’enchère ne soit pas couverte, et il est possible de se lancer à moindre coût, c’est une longue patience, et un temps bref pour savoir si ce lot dont personne ne veut ne recèle pas quelque découverte, telle une pochette surprise… et si vous voulez mon avis, c’est plus amusant que les jeux à gratter.

Bernard Henninger

14 Juin

SOS Terre & Mer : une anthologie participative (Flatland, Moutons électriques)

Pour cette anthologie réalisée à l’aide d’un financement participatif, les bénéfices de SOS Terre & Mer iront à l’ONG « SOS Méditerranée ». Les textes réunis pour l’occasion permettent de porter un regard neuf sur un sujet brûlant.

En tant que lecteur, je me dois d’avouer une légère méfiance devant les anthologies à thème que réalisent de courageux éditeurs et auxquelles il m’arrive parfois de participer. Si leur principale qualité – offrir au lecteur une grande variété de textes sur un même thème – est leur premier attrait, il est courant de découvrir des textes se contentant de paraphraser le thème…

Dans le montage de cette anthologie, les auteurs, illustrateurs, typographes et éditeurs se sont associés pour créer un objet sortant de l’ordinaire. Montée en pleine crise, l’opération est destinée à soutenir  l’ONG « SOS Méditerranée » à laquelle reviendront tous les bénéfices et elle est exemplaire en ce sens que le résultat final sort des sentiers battus, typographie, illustrations, tout a été mis en œuvre pour surprendre le lecteur et le résultat global est à mon goût réussi.

La couverture – signée Melchior Ascaride – fait s’envoler l’imagination. À titre personnel, je souligne l’originalité de la mise en page, signée Mérédith Debaque : chaque nouvelle débute par une illustration noir-et-blanc. On y retrouve des signatures prestigieuses : Cassandre de Delphes, Christine Luce, CAZA, Arnaud S. Maniak, Joseph Vernot… La direction littéraire est de Christine Luce.

Parmi les textes, je voudrais tout particulièrement en citer trois :

La Porte des Éléphants, de Bruno Pochesci

 Plongée au cœur de l’immigration : la porte des Éléphants sont deux montagnes entre lesquelles les éléphants passaient au cours de leur migration saisonnière. La sécheresse y a mis fin et elle a aussi projeté les héros loin de leur Terre Natale. D’origine Malienne, Hawa, la mère, parle le Bambara, le Français, langue des anciens colons, et elle l’enseigne en Italie, dont, telle une athlète d’un pentathlon particulier, elle apprend les langues et la culture.
Cette triple métamorphose n’est pas sans influencer la composition de la sauce Bolognaise qu’elle prépare… Peut-être est-ce une bonne définition de la culture ? Ces cultures multiples s’agrègent et leur dépositaire devient un étranger, non pas par son origine, mais par sa maîtrise là où les  renfrognés – les nés-quelque-part –, ne parlent qu’une langue et ne connaissent que leur culture, qu’ils vénèrent d’un culte morbide qu’ils nomment nation.
Bien que victime, Hawa et son fils Sira font montre d’une adaptabilité, qui ridiculise les replis identitaires. Là où les natifs s’aveuglent devant un mur, la frontière, pour Hawa n’est qu’un passage vers d’autres manières de rire et d’aimer… Et la migration, des hommes comme des éléphants, est le mode naturel des espèces chassées par les vicissitudes du climat et de la politique.

Les Xhyles de Julien Heylbroeck, nous montrent une migration forcée vers une planète hostile, habitée par des monstres. Les migrants n’ont d’autre choix de que de se précipiter dans la gueule du monstre… avant de se poser la question de qui a défini ces Xhyles dont ils ne savent en réalité que fort peu de choses. Le coup de théâtre n’en est que plus savoureux.

 Et enfin, mention spéciale, à la Fête à Neuneu de Dominique Douay, plongée au cœur d’une administration rancie, resserrée autour d’un groupe aux plaisanteries douteuses. Manuel, bouc émissaire permanent, affecté à la reconnaissance au faciès et à la pensée des candidats à l’immigration. Nul ordre n’a spécifié qu’il devait se montrer aussi stupide que ses chefs ou les grasses plaisanteries de ses collègues. Pendant la guerre, là où des kapos prétendaient avoir exécuté un ordre, certain gendarme, en alertant la veille les victimes d’une rafle, a sauvé des personnes…
La responsabilité n’est pas une obéissance, elle est une voie, un choix de vie, un chemin, un cadeau du destin. Et nul ne peut nous empêcher de faire usage d’humour face aux caricatures des administrations… La « Fête à Neuneu » avec son esprit décapant, démontre que l’imagination détourne la grisaille de l’oppression, toutes les oppressions !

Bernard Henninger

20 Mai

Souvenir : l’épopée des « 100 000 Chemises » à Châteauroux

Les éditions LA BOUINOTTE proposent un album de réminiscences, mémoires et témoignages consacrés à une des plus grandes enseignes de la bonneterie qui fit la fortune de Châteauroux pendant un siècle et dans lequel œuvrèrent des bataillons d’ouvrières : les « 100 000 chemises »

J’ai fait mes études à Paris, boulevard Saint-Michel. Juste en face du lycée se dressait un beau magasin tout en vitrines lumineuses surmonté de cette enseigne étrange : Les 100 000 chemises. Pourquoi 100 000 ? (surtout pour un étudiant en mathématiques). Et comme je n’avais pas le sou, cela fait quarante ans que cette question est pour moi restée dans un suspens (pas intenable) mais empli de curiosité… Et voilà qu’arrive entre mes mains cet album, déroulant une litanie de souvenirs. Depuis son fondateur, Maurice SCHWOB, alsacien exilé après la déroute de 1870, un de ces créateurs d’empires qui amenèrent en France la Révolution Industrielle. À l’origine, il y eut un document, recensant toutes les tailles, réalisé par Maurice Schwob :

Au XIXème siècle, pour les habits, il faut passer par un tailleur. L’idée de Maurice Schwob consiste à recenser et rassembler toutes les tailles possibles dans un document encyclopédique : l’acheteur n’a plus qu’à remplir une fiche (ci-dessus) et sa chemise est confectionnée en usine à partir de la fiche. Plutôt cent mille tailles mais à la bonne longueur, en fait, et Maurice Schwob, fut le précurseur de ce qui devint plus tard le prêt-à-porter.

Avec ses associés, Maurice Schwob crée des unités de confection en France, et ainsi, naît une usine de fabrication à Châteauroux qui emploie très vite plus de 500 ouvrières. Il fait partie de ces patrons paternalistes, autoritaires, mais chrétiens et sociaux, et il crée dès 1895 une « société de secours mutuels », ancêtre de ces mutuelles qui, une fois réunies après la Libération, donneront naissance à la Sécurité sociale.

La richesse du livre vient du foisonnant album photo qu’il propose, avec des vues des usines, des ateliers, des ouvrières, des blanchisseuses, et des témoignages, au rang desquels Raymonde VINCENT et Jeanne BODIN :

« On me mit aux finitions « arrêts et boutons », la place des débutantes, des femmes âgées ou des personnes peu douées. J’appris vite mon ouvrage très simple. Malheureusement, au lieu d’en faire une tâche, je le tournai en jeu. Ainsi on devait se rendre à l’autre bout du grand atelier pour recevoir l’ouvrage des mains d’une demi-surveillante, une sexagénaire du genre aigre. En principe, on rendait par douzaines les chemises finies et on en recevait d’autres à faire à la place. Mais le voyage à travers le grand atelier me plaisait beaucoup. Pour ce faire, je trouvais un moyen de rapporter le travail à moitié, m’arrangeant à embrouiller les comptes du cerbère. Elle ne tarda pas à m’avoir dans le nez. Ce fut une antipathie réciproque. Je haïssais le visage grimaçant de cette femme, ses cheveux gris relevés par des peignes sur les côtés et enroulés en un chignon plat par-dessus de la tête. Elle ne paraissait pas seulement méchante, qualité appréciée par les maîtres dans son emploi de sous-surveillante… »

A parte, mise à la porte, Raymonde VINCENT devint l’une des plus grandes autrices berrychonnes, prix Fémina 1937 pour « Campagne »


– Jeanne Bodin –

Un autre tout aussi précis vient de Jeanne BODIN, aujourd’hui un des plus anciennes ouvrières toujours en vie : «… j’entrai aux 100 000 chemises, la chemiserie la plus ancienne mais aussi la plus grande de Châteauroux. J’étais rendue au port, je devais finir là ma carrière… Les quêtes étaient assez fréquentes dans les ateliers. Elles étaient faites par Suzanne pour le Parti Communiste. Ce jour-là, elle annonça qu’elle allait faire la quête pour les enfants espagnols (c’était la guerre là-bas). Nous manquions de travail, je pensais être licenciée (…) La patronne, madame Charles me fit appeler et me dit que si je ne trouvais rien d’autre elle me gardait. Je protestai, je savais qu’une autre partirait à ma place. Mais tout était arrangé… »

Les témoignages s’entrelacent avec des photos, et font de ce livre un document passionnant que j’ai lu avec un ravissement croissant. Réalisé sur une impulsion de l’OPAC 36, de M. Pascal Longein, et de M. Thierry Desfougères, le but était de constituer en quelque sorte un « mémoire ouvrière». Par les photos, les portraits et les témoignages qu’il a recueillis, l’auteur, Yvan Bernaer, a réalisé un vivant ouvrage et un beau témoignage de la vie ouvrière en Berry au siècle précédent.

Bernard Henninger

La réhabilitation du quartier des 100 000 chemises a été largement traitée par France 3 Centre-Val-de-Loire dont la vidéo ci-dessous.

11 Mai

Fay-aux-Loges : 2e édition du salon du livre des auteurs loirétains

Dimanche 19 mai, la seconde édition du salon du livre Loirétain à Fay-aux-Loges, réunira plusieurs éditeurs, quarante-huit auteurs – adulte et jeunesse – et des graphistes…

La manifestation, encore jeune, aborde sa deuxième édition et dans une région parfois rétive à la lecture, il faut saluer cette volonté de redonner de la gaieté aux livres, aux mots et à leurs jongleurs. Des animations ponctueront le festival : un concours de bandes dessinées, la réalisation d’une fresque par les artistes de l’association L’Expression des Loges ainsi que des lectures par Aude Prieur, Caroline Durand et Michel Chatard.

Les salons ont connu un fort développement depuis vingt ans, et ils témoignent de la vitalité de la littérature, dont les voies se détournent sensiblement de l’autoroute éditeur-diffuseur-libraire pour emprunter des itinéraires moins bien balisés. La multiplication des auteurs, des librairies vivant sur un nombre toujours plus restreint de titres, la difficulté pour ces dernières à rendre compte de la multiplicité des approches, font de ces salons, les grands aussi bien que les plus modestes, des rendez-vous précieux.

La littérature aujourd’hui emprunte des formes que le public français – et la critique – peinent à appréhender. Nul n’imagine… qu’un prix prestigieux puisse être attribué à un auteur d’une œuvre purement imaginaire, que la B.D. devienne l’unique attirance de tel lecteur (et j’en connais !). La littérature française se vit souvent comme un camp retranché d’une littérature, qui refuse de se définir, mais qui conjugue les formes convenues de réalisme, d’une vérité souvent douteuse, dans lesquelles le public se reconnaît de moins en moins.

À l’opposé, le polar, le régionalisme, la science-fiction, la fantaisy, l’Imaginaire où certains ouvrages migrent de l’adolescence aux rayons adultes, démultiplient et catapultent souvent les croyances les mieux établies…

Pour revenir à Fay-aux-Loges, la première édition en 2017 avait attiré 650 visiteurs, souhaitons que cette année, elle attire les curieux des communes environnantes !

05 Mai

ANIMAL TOTEM, un album pour l’enfance aux éditons HongFei Cultures (Amboise)

« Quel est ton animal totem ? » Telle est la question que nous posent Agnès DOMERGUE et Clémence POLLET dans cet abum des éditions HongFei Cultures : destiné à l’enfance, il nous rappelle l’émerveillement des premiers âges, quand tout est découverte…

La lecture pour l’enfance permet d’aborder des thèmes parfois étonnants. Ainsi, le Totem peut être défini de bien des manières, et cet album nous présente l’une des plus élégantes qui soit.

  Un petit détour semble s’imposer. Je voudrais vous parler de l’amour selon Aristophane. Oh pas longtemps ! Sa conception de l’amour était que dans l’ancien temps, les hommes étaient différents, ils étaient hermaphrodites, constitués de deux êtres humains reliés en un seul, avec quatre jambes, quatre bras et deux têtes. Les dieux en ont décidé autrement et les ont séparés… Ainsi, deux êtres sont nés d’un seul hermaphrodite.
   Selon Aristophane, l’amour consiste à rechercher cet être, cet autre à la fois semblable et différent.

Cette théorie si critiquée a le pouvoir de susciter un sentiment d’évidence, et le désir. L’amour, c’est l’être qui nous manque comme une énigme qu’il faut voir de l’extérieur : chaque pièce du puzzle n’a pas de sens, pas d’utilité en soi, pas de raison d’être, mais leur réunion crée une chose nouvelle, une unité supérieure qui est plus que leur simple association.

Le Totem draîne la même idée, mais il est l’emblème de tout un groupe. Une vérité supérieure à celle d’un individu isolé qui découvre qu’il appartient à un ensemble, et que cet ensemble est doué de vie. Et comme le totem est la plupart du temps un animal, il souligne que le groupe est autre, une réalité obscure à nos sens, un instinct puissant aussi, qui balaye nos mauvaises raisons : trouver son Totem, c’est aussi définir l’humanité à laquelle nous appartenons.

Au temps où les hommes et les animaux
Parlaient le même langage…
             Au silence des tambours, ils se sont arrêtés de danser.
             Ce soir, ce sont des hommes à plumes.
             Mais moi, je sais qu’ils ne volent pas.              (citation)

   « Quel est ton animal-totem ? » la question court tout du long de ce récit souriant et empreint de gravité devant la nature et ses mystères, dans ce nouvel album des éditions HongFei Cultures.
    Le héros de cette charmante histoire, sous couvert d’un texte (moins alambiqué que mes digressions… 🙂 bref, concis, avec des mots simples et directs, poursuit cette quête, trouver l’animal totem, mais avec la sensation que le trouver sera un peu quelque chose de semblable à la quête de l’amour : trouver l’autre redonnera du sens, et ouvrira les yeux sur ce que l’on cherchait sans le savoir, quête sans cesse renouvelée et vaine jusqu’au moment où… et là tout s’éclaire. Ce qui était sombre entre en pleine lumière et la vie trouve un sens… aussi inattendu que la chute de cette charmante histoire…

Bernard Henninger

© Album d’Agnès DOMERGUE et Clémence POLLET.

 

27 Avr

L’Envolée des livres à Châteauroux

Ce week-end, samedi 27 et dimanche 28 avril 2019 se tient l’Envolée des livres, le grand salon du livre Castelroussin, au couvent des Cordeliers.

L’Envolée des livres est une manifestation qui s’est affirmée au fil des années comme un précieux rendez-vous de la littérature en Berry, abordant tous les styles et tous les auteurs. Cette année, le parrain de la manifestation n’est autre que le Prix Goncourt 2011, Alexis Jenni.

Des animations rythment la manifestation, alternant les découvertes d’auteurs, comme Alexis Jenni ou Anne Tuffigo, une exposition de récits de voyage du XVIIIème siècle, qui promet des découvertes sur les pas de ceux qui consacrèrent leur vie à remplir les blancs, très nombreux, dans les cartes de l’époque, ou un concours lycéen : « Éloquencez-vous », sur l’art de la parole…

Dimanche matin, un atelier littéraire sur le thème du voyage accueillera une quinzaine de participants. Dans le Dortoir des moines, des chants nostalgiques sur l’exil et l’amour avec l’afghan Aziz Sadeqi ou une navigation sur le fleuve Ogooué avec Arnoud Samba et Igor Massamba tandis que Marianne et Gilles Miclon vous feront (re)découvrir l’œuvre de George Sand sous l’angle du voyage…

L’après-midi, des présentations flashes d’auteur (speed-dating en franglais)  permettront à des auteurs que vous ne connaissez pas d’attirer votre attention sur le livre qu’ils ont écrit, en à peine quelques minutes, et ils précèderont une table ronde sur le thème du voyage… La journée s’achèvera en point d’orgue avec la remise du prix des Libraires.

Les salons littéraires sont devenus une particularité des régions, souvent montés avec des moyens modestes, chacun apportant, qui des heures et des heures de bénévolat, qui  le concours d’un lieu propre à accueillir la littérature. La mise en chaîne solidaire de cette vaste  entreprise permet de créer de beaux oiseaux littéraires au ciel de nos pays et ce travail de bénédictin (cordelier ?) ouvre au livre de beaux espaces à la littérature pour rencontrer son public, tous les publics. Agrandissez votre week-end et transportez vos pas dans les airs aux côtés des auteurs et de leur imagination débordante…

Bernard Henninger

Photo : Indif, Alexis Jenni au « 22e Maghreb des Livres, 13 et 14 février 2016 »  réutilisation autorisée : CC-BY-SA-3.0,2.5,2.0,1.0

 

16 Avr

Lions Club littéraire Centre et prix Masterton

Surprise : deux romans à propos desquels j’ai écrit une chronique ont reçu un prix littéraire…

« On éprouve toujours beaucoup d’émotions à la remise d’un prix littéraire. Il récompense le travail d’un écrivain, mais également ceux qui l’ont aidé. Sans parler des lecteurs qui, d’instinct, ont fait confiance à cet ouvrage sans en connaître l’auteur. Heureux et comblé sont les mots qui me désignent d’autant plus ce jour qu’ils sont le reflet de ma vie quotidienne car le bonheur n’est pas d’avoir tout ce que l’on désire, mais d’apprécier ce qu’on a… » déclare l’auteur Denis JULIN qui a reçu le Prix régional 2019 de littérature du Lions Club Centre. Le roman participera à la Convention Nationale de Montpellier le samedi 25 mai 2019 pour « La Lézarde du hibou »

Dans un registre différent, le Prix Masterton est un prix littéraire dédié au fantastique, en l’honneur d’un écrivain majeur du  fantastique des années soixante-dix. Animé par Mac Bailly, il a été remis en 2019 au terrifiant roman de Catherine DUFOUR « Entends la nuit ».

Bernard Henninger

12 Avr

Voiles sur l’Irlande (Antonio FERRANDIZ) : les éditions Corsaire lèvent les voiles de la Révolution

Après les Voiles de la République, qui reçut le prix de la Marine 2017, Antonio FERRANDIZ récidive et nous embarque à bord de l’Iphigénie, petit cotre corsaire, avec VOILES SUR L’IRLANDE

Premier extrait :

« Athanase laissa échapper un soupir. Toutes ces nuits passées à attendre l’acier de la guillotine s’abattre sur son cou au petit matin pour finalement être gracié, l’avaient laissé sans force. Certes, il avait tué Bourdier, son ennemi, en combat singulier, mais c’était ainsi : la marine ne voulait plus de lui. Son uniforme, dont il était si fier, ne lui servirait plus. De toute façon, ce n’était plus qu’une harde puante, usée par son séjour sur la paille croupie de la prison de Brest. La chute de Robespierre et la fin de la Grande Terreur l’avaient sauvé alors qu’il attendait d’être jugé par le sinistre tribunal révolutionnaire qui avait fait guillotiner soixante-dix Brestois… » 

La marine ne veut plus de lui, il est un meurtrier, gracié par la chute de Comité de Salut Public et des Jacobins, mais pas par la justice… Athanase brûle pourtant de reprendre la mer, de reprendre le combat contre l’engliche son ennemi, et aucun armateur ne veut plus de lui, sans qu’il en sache la raison. L’amour non plus ne veut plus de lui, Olympe, l’aristocrate qui l’a tant troublé est inaccessible, et le mari de la belle Mathilde lui voue une haine assez féroce pour menacer qui serait audacieux pour lui donner la moindre chance :

Second extrait :

«  Kervran hésita, tournant son café dans sa tasse. Il finit par répondre :
— Tu n’as pas que des amis dans la ville […]
L’armateur poussa un soupir avant de reprendre :
— Le Fur, le mari de Mathilde, est venu me voir ; il a des relations et fait tout pour te nuire. Il n’a pas l’air de beaucoup t’aimer.
— Ce jean-foutre !
L’armateur hocha la tête, l’air navré :
— J’ai bien peur que notre Mathilde ait commis une grosse erreur en l’épousant. […]
— Il a donc tant de pouvoir ?
— C’est l’aîné d’une vieille et puissante famille brestoise, ils ont su se ménager de nombreux appuis dans tous les milieux, de vrais serpents. La fin de la Terreur leur permet de sortir de leur tanière et de revenir peser sur la ville. Méfie-toi d’eux. […]
   Un silence pesant s’installa, chacun regardant sa tasse d’un air rêveur. Athanase n’avait plus d’arguments à avancer, il savait que la marine était un petit monde et que Le Fur et sa famille lui mettraient toujours des bâtons dans les roues. Tant pis, il quitterait Brest pour tenter sa chance ailleurs. Kervran le tira de ses pensées :
— Écoute, je ne peux pas te donner mon brick, mais je suis discrètement associé avec le citoyen Philibert à Saint-Malo ; il arme en ce moment un petit cotre, l’Iphigénie, et pour l’instant, il n’a pas encore choisi de capitaine, il ne peut rien me refuser, je l’ai renfloué après qu’il ait fait de mauvaises affaires ; de plus, c’est un ami d’enfance.
    Un large sourire vint éclairer le visage d’Athanase… »

Quand on a commandé un trois-mâts équipé de 74 canons, le cotre peut sembler limité : plus petite unité de la marine militaire, avec un mat équipé de deux voiles, des focs… Il faut se souvenir que c’est à la tête d’un cotre que le plus grand corsaire français, Surcouf, fit ses plus belles conquêtes : léger, maniable, rapide, le cotre a des avantages qui peuvent en faire une arme redoutable…

Et puis, le souffle de l’Histoire vient bousculer le héros : le Directoire prépare un débarquement en Irlande. Directement inspiré d’une authentique opération, l’expédition d’Irlande fut montée pour aider une organisation de révolutionnaires Irlandais à chasser les Anglais de leur île et exporter la Révolution au cœur du royaume de leur pire ennemi. Athanase, pour qui l’ennemi ne peut être qu’un « engliche » ne peut laisser passer l’occasion de reprendre du service dans la marine d’état.

Il y a une passion pour l’âge d’Or de la marine française, au XVIIIme siècle, et l’auteur, Antonio FERANDIZ, dont un des ancêtres fut capitaine de la marine marchande espagnole s’est lancé avec passion dans les aventures échevelées d’Athanase avec celui qui fut longtemps notre ennemi héréditaire, l’Anglais, avec un souvenir amoureux qui le tourmente. C’est un régal que de se lancer aux côtés d’Athanase, entre son amour désespéré pour Olympe, et sa fureur de capitaine corsaire…

Bernard Henninger

 Copyright : Le Renard, côtre à hunier du corsaire malouin Robert Surcouf, photographie de Rémi Jouan, Creative Commons CC-BY-SA-2.5 (Wikipedia)

 

04 Avr

Les seigneurs de Bohen d’Estelle Faye aux éditions Critic

Paru aux éditions Critic en 2017, Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye est un de ces romans foisonnants qui nous entraîne tant sur les chemins de ses histoires entrecroisées, entremêlées, tragiques ou amoureuses, que sur celui d’une réflexion sur les mécanismes de l’Histoire.

Le roman Les Seigneurs de Bohen, d’Estelle Fayenous entraîne dans un empire décadent, dont la variété, véritable patchwork de peuples, de coutumes et de mœurs, témoigne de son immensité et de son instabilité, aussi. Très inspiré de la fin du Moyen-Âge, à cela près qu’il est profondément imprégné de magie, magie qui ne s’oppose pas au progrès des sciences et techniques, ce monde nous reste familier. En particulier, la trame historique nous entraîne à la découverte d’une invention historique majeure… la poudre ? Dans un récit secondaire, elle a un rôle mineur mais quand on la compare au récit principal, l’invention du papier et de l’imprimerie sont les véritables hérauts de la modernité.

Contrairement à beaucoup d’ouvrages bâtis sur le même thème, le roman se tient le plus souvent à distance de la cour impériale, où le lecteur comprend, qu’hormis les complots des grands feudataires du régime, le jeu des alliances et des trahisons ne conduisent qu’à un bouillonnement stérile, et que, comme disait Kundera, la Vie est ailleurs. (à moins que ce ne soit Fox Mulder ?)

Le premier personnage, Sainte-Étoile, du temps où il était novice dans un monastère, se nommait Valentyn. Quand le monastère a été envahi, et les moines massacrés, il a trouvé son salut dans la fuite, jusqu’à ce qu’une sorcière le recueille et lui insère dans le front un esprit, qui a la forme d’une mâchoire. Celui-ci, répond au nom de Morde et, plus sarcastique et infantile que malfaisant, il entretient un dialogue permanent avec son porteur, qui – se croyant maudit – est devenu mercenaire, et vend ses services au plus offrant.

Le temps d’une bataille, Sainte-Étoile croise Sœur Domenica, une nonne en robe civile, combattante aguerrie, avec laquelle il va collaborer le temps d’une bagarre, avant qu’elle ne reparte sur une piste mystérieuse : des adolescents, filles et garçons, disparus… que l’on retrouvera plus tard.

Un seigneur lance Sainte-Étoile sur la piste de son neveu disparu, et l’oriente vers une armée faite de bric et de broc dont la puissance ne cesse de monter. Son général, Sorenz ab Abahain, fascine Sainte-Étoile, qui s’embauche à son service…

Dans un tout autre registre, Maëve est une sorcière, une morguenne, qui vit sur les régions côtières dans un Havre – un village de pêcheurs – dont la fonction consiste à tenir à distance les vaisseaux noirs, mystérieux, qui ravagent les côtes, semant la ruine et la mort à chacune de leurs incursions. Alors que les vaisseaux sont toujours plus menaçants, Maëve est envoyée en ambassade vers la capitale afin de recevoir de l’aide.

Lors de son voyage, elle échappe à une bande errante, se perd avant de trouver refuge auprès de mariniers menés par la belle Nasha… qui se révèle cacher sous son apparence voluptueuse, la queue écailleuse d’une vouivre. Maëve, morguenne, fée des eaux océanes, est fascinée par la vouivre, être fantastique liée aux rivières et aux fleuves. Si la morguenne est une sorcière respectée dans son Havre, la Vouivre est – elle – condamnée à la clandestinité et à la dissimulation. Considérées comme néfastes, les vouivres sont traquées et mises à mort.

Ce trait reviendra : la magie et les êtres fantastiques aux formes changeantes sont indissolublement liés à une différentiation sexuelle. Moine au statut sexuel incertain, lesbienne, vouivre, changeforme, hermaphrodisme, ou relation non cataloguée acceptant l’étrangeté de l’autre… Toutes les différences, sexuelles, sorcières ou « monstres » entretiennent des cousinages, des attirances et se révèlent, chacun à son rang, porteur d’une facette de la Révolution en cours, dont nous suivons les méandres : la violence policière les extermine mais ils renaissent ailleurs tant ils appartiennent à la nature humaine qui ne se réprime pas par un oukaze fût-il impérial.

En parallèle, apparaît également un ouvrage d’un genre nouveau, un livre, un objet constitué de papier et imprimé, un objet incongru, totalement nouveau pour l’époque. Ce livre interdit circule sous le manteau jusqu’à ce qu’un être se lève, le lise à haute voix et révèle ce qui est écrit à l’égal d’un oracle. Son titre : « De la fin des empires » et son contenu alimentent les rangs nombreux des victimes du pouvoir…

Terminons l’évocation avec Janosh Schneewitch, l’homme dont la langue a été tranchée, capable de ressusciter la magie antiques des Essènes

Des personnages variés foisonnent dans cette fresque, et l’agrémentent de leur secret. La romancière tisse sa toile avec maestria glissant d’un récit à l’autre, les multipliant, les croisant, les liant, les séparant, sans parler de ceux que la camarde fauche. L’Histoire est faite de ces morts qui ont apporté leur part de nouveauté avant que la violence ne reprenne le dessus.

L’unité du récit vient de ce qu’il se tient le plus souvent à l’écart de la cour et de l’empire. Seule exception, le réseau d’espionnage de l’empereur, constitué de changeformes, dont l’une d’eux, Ioulia la Perdrix joue un rôle de conteuse. Ioulia prouve que la cour sait utiliser les déviations susceptibles de servir ses intérêts.

L’Histoire peut être vécue et racontée comme étant celle des rois, des reines et de leur cour, très marquée idéologiquement. À ce point de vue, peut être substitué, comme cela a été longtemps le cas, celui des résistants, des sociétés secrètes qui tissent leur devenir dans l’obscurité. Une troisième conception consiste à postuler que l’Histoire, ce qui change, se construit loin du pouvoir, parmi les civils, et que ce sont eux qui apportent les changements décisifs d’un pouvoir toujours empêtré dans ses contradictions, ses injustices et la rigidité qui va de pair.

Les Seigneurs de Bohen s’intéressent aux changements sociaux, aux métamorphoses de l’Histoire et à la façon dont se réalisent loin des cercles du Pouvoir, la véritable Histoire, qui s’assemble à la manière d’un buisson foisonnant.

Ce genre de Noire fantaisy, où les monstres ne sont pas associés au mal mais à la coexistence des différences dans une société, permet d’élargir largement la fantaisy traditionnelle qui se ramène souvent à un unique récit : le pouvoir et son apologie (son exégèse ?).

Donc, ici, sous couvert de la découverte d’un univers très original, le récit se double d’une réflexion sur l’Histoire. Qui sont les acteurs de l’Histoire ? Les empires, les empereurs, leur cour et leurs armées, leurs complots de palais et leurs batailles ? Ou n’est-ce pas plutôt, des gens du peuple qui œuvrent à changer la vie d’une société, indépendamment des pouvoirs en place. L’invention du papier, puis de l’imprimerie, par exemple, ont fait plus pour changer la vie des hommes que tant de batailles sans lendemain…

Bon, alors pourquoi parler – aujourd’hui – d’un roman paru en 2017 ?

Tout simplement, parce que ce roman est tout à fait neuf, et rafraîchissant par son traitement et son style, et que je ne saurais trop recommander sa découverte, est désormais associé à sa suite, les Révoltés de Bohen qui viennent paraître aux éditions Critic… À déguster chez votre libraire dans votre médiathèque, partout où la lecture est un plaisir

Bernard Henninger

Portrait d’Estelle Faye : Damdamdidilolo [CC BY-SA 4.0]

20 Jan

A Orléans, cacophonie au Cacograph ! (poésie et burlesque)

Nouveau venu dans la lignée des revues de poésie, le CACOGRAPH c’est une vingtaine de poètes et d’illustrateurs qui s’associent tous les mois autour d’un thème, et s’efforcent de le faire transpirer, rugir et sourire, de façon à lui faire rendre l’insensé potentiel d’humour qu’il nous cachait…

D’un format presque carré, le CACOGRAPH est un petit livret presque carré tenu par un collant, qu’il faut enlever pour découvrir l’existence d’une seconde feuille pliée :

  1. un rabat à droite,
  2. un rabat à gauche,
  3. déplier vers le haut
  4. déplier vers le bas

et vous voilà avec en mains deux grandes feuilles imprimées recto-verso au format A3, un beau papier agréable à manipuler et à lire…

Les co-auteurs se réunissent chaque mois, et définissent ensemble un thème, charge à chacun avec ses moyens, langue, dessin, graphisme et tout ce qui peut leur passer par la tête de donner vie à ce thème. Leurs productions relèvent du plaisir de créer et se distinguent par la liberté du ton :

« Publication texto-picturale mensuelle, fruit multisaveur issu de la réunion d’Orléanais producteurs de gribouilles en tout genre, le cacograph poursuit son exploration décalée, erronée, absurde, conceptuelle, illustrative des mots de notre société et des êtres qui la composent. »

Par exemple, le CALCUL est le thème ce numéro #34 : parti d’un simple calcul, représentation des chiffres, des nombres, nous passons à l’impossible calcul de nombre de Gilets Jaunes dans une manif, puis au pathologique calcul rénal, avant de culminer avec ce portrait d’une calculatrice prodige autour de laquelle papillonnent les prétendants et qui affirme avec hauteur : « Je n’en calcule aucun ! »

Le jeu et la fantaisie sont le guide, le sourire et le calembour de rigueur… Mensuel, le cacograph nous invite à partager sa cacophonie débridée. Il a déjà atteint le numéro 34, et fêtera bientôt sa troisième année, pour mieux en profiter, je vous invite à visiter leur page Facebook Cacograph ou Instagram Cacograph. Le Cacograph a une adresse :  27, rue Greffier 45000 Orléans. Deux euros le numéro.

 

Bernard Henninger