24 Fév

Serge Lehman invité de la médiathèque de St-Jean de la Ruelle jeudi 5 mars

Jeudi 5 mars à 18h30, pour inaugurer son nouveau rayon Littérature de l’Imaginaire, la médiathèque Anna Marly de Saint-Jean de la Ruelle invite l’auteur Serge Lehman.

Passionné de bande dessinée, Serge Lehman connaît plusieurs époques : dans les années 90, il commence en s’engageant résolument dans la littérature et la science-fiction, il est publié au Fleuve Noir et participe du renouveau de la science-fiction aux côtés d’Ayerdhal, Laurent Genefort et Pierre Bordage.

En parallèle, il développe un important travail d’essayiste, et de réflexion sur la science-fiction, notamment son rejet dans les années 1920 par les cercles de la littérature et son refuge dans la littérature pour l’enfance : disparaissent alors de cette littérature le caractère scientifique des histoires des grands précurseurs, Jules Verne, André Laurie, Maurice Renard. Dans les années 90, il fait partie de cette génération d’auteurs émergents revendiquant un retour du scientifique dans la science-fiction.

Pendant un an, Serge Lehman collabore à l’Humanité comme chroniqueur, ainsi qu’au scénario de Mortel ad Vitam, avec Enki Bilal. Après un arrêt de plusieurs années, il poursuit dans d’autres journaux cette activité de réflexion et de chroniqueur littéraire.

À partir de 2005, il reprend de l’activité en tant que scénariste de Bande Dessinée. Son cycle de  la Brigade Chimérique, une série en six tomes, est un grand succès. Suivent plus tard, d’autres bandes dessinées, en tant que scénariste dont la série Metropolis, une uchronie décrivant un monde qui n’a pas connu la guerre 1914-1918. Parallèlement, Serge Lehman a également dirigé deux anthologies. Militant d’une science-fiction complète, intégrant les questions scientifiques contemporaines, les théories, les technologies, la plupart de ses œuvres ne cachent pas une grande nostalgie envers les récits précurseurs de la SF en France : remise à jour de héros comme le nyctalope ou l’ogre (voir la vidéo ci-dessous) :

Pour en savoir un peu, plus, je vous recommande cette interview de 1996 par André-François Ruaud. Donc, rendez-vous à 18h30 jeudi 5 mars à la médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle !

Bernard Henninger

Post Scriptum (pour les absents) : une vingtaine de spectateurs étaient présents pour une interview à la Médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle. Le feu des questions a permis de survoler l’œuvre de Serge Lehman et sa vision d’historien des littératures de l’imaginaire. Il est toujours agréable d’entendre un écrivain tenter de structurer son univers, notamment les littératures de l’imaginaire / la science-fiction et son foisonnement, en Europe, (avec Jules Verne, J.H. Rosny aîné, H.G. Wells…) avant la guerre 14-18 , mouvement appelé le Merveilleux-scientifique (par J.H. Rosny) et comment s’est opérée une rupture, après chaque conflit mondial, conduisant à marginaliser en France tout particulièrement ces littératures, (sans parler de la misère de la Science-Fiction dans le cinéma français).

Il évoqua aussi sa propre histoire, les années 90 et l’arrivée d’une nouvelle génération d’auteurs. Il a évoqué ses tentatives pour  construire un mouvement qui se retrouve sa mémoire, en particulier avec l’univers des super-héros français : le passe-muraille, le nyctalope…  en témoigne la saga des Brigades Chimériques, vaste cycle de bandes dessinées dont il est le scénariste. À la fin, Serge Lehman a répondu aux questions et il s’est très gentiment plié au jeu de la photo. Qu’il en soit remercié !

Bernard Henninger

20 Fév

Lecture et prix de poésie des éditions Tarabuste

Les éditions Tarabuste représentent la première maison d’édition spécialisée en poésie de notre région et ils nous ont transmis le communiqué suivant…

Gérard Titus-Carmel propose une lecture-rencontre autour de son dernier recueil : Horizon d’attente le mercredi 11 mars à La Guillotine – Les Pianos à Montreuil,

 

Laurent Fourcaut lira des extraits de son recueil : Joyeuses Parques à la librairie la Terrasse de Gutenberg dans le douzième arrondissement à Paris. Il présentera également le no 9 de la revue de poésie contemporaine : « Place de la Sorbonne », dont il est le rédacteur en chef,

Enfin, James Sacré recevra le 14 mars le prix Roger Kowalski 2019, prix de poésie de la ville de Lyon, pour son recueil « Figures de silences »la remise du prix se déroulera à la bibliothèque de La Part-Dieu (Lyon).

« Et si le parrain était une femme », un récit où Arnaud Ardoin enquête sur Hélène Martini…

« Et si le parrain était une femme » est le troisième livre d’Arnaud Ardoin, paru au Seuil, dans la collection Récit / Document.

Hélène Martini s’est éteinte le 5 août 2017 à Paris. Personnalité qui eut la haute main sur une trentaine de cabarets parisiens, dont les Folies Bergère et le théâtre Mogador, elle dirigeait aussi des lieux plus ambigüs, cabarets, boites de nuit et bars tels que le Pigall’s, le Shéhérazade, le Sphinx, la Nouvelle Athènes, les Folies Pigalle… Jamais elle ne fut inquiétée par les autorités ni menacée d’une fermeture administrative…

D’elle, on ne sait rien, ou si peu. Née Polonaise, fille d’un propriétaire terrien polonais, rescapée des Camps, prisonnière des russes, elle débarque à Paris en 1945 à vingt et un ans, « riche de ses yeux bleus » et parvient à être embauchée comme « mannequin nu » aux Folies Bergère.

Gagnante à la loterie, trois millions de francs de l’époque, elle fait partie des rares  qui, au lieu de dilapider leurs gains comme 99% des gagnants, les place dans des cabarets… En 1955, elle épouse Nachat Martini, un avocat d’origine Syrienne, et ils poursuivent leur politique d’acquisitions de cabarets… Après le décès de son mari en 1960, elle dirige son petit empire d’une main de fer, se lève tous les jours vers une heure de l’après-midi et à 19 heures entame sa tournée. Elle termine à l’aube au Raspoutine, à la table n° 18, où elle sirote une tisane.

Personnalité intraitable, cultivant le secret, quitte à terroriser son entourage, ou ses rivaux, à la tête d’une fortune assez considérable, il fallait toute la hardiesse et la délicatesse d’Arnaud Ardoin, journaliste d’origine Orléanaise, pour se pencher sur son destin et tenter d’éclairer l’ombre épaisse qui entoure sa vie.

Il s’agit du troisième livre de l’auteur, qui s’était déjà fait remarquer avec un ouvrage sur le président Jacques Chirac, personnalité – pour d’autres raisons – tout aussi discrète, il se penche ici sur sa la vie de cette femme exceptionnelle, et s’interroge : fut-elle vraiment rescapée des camps ? D’où vient sa fortune ? Circonstances de la mort de son mari en 1960 ? Nature de ses proches ? Finança-t-elle le Front National ? Toutes questions que pose l’auteur et auxquelles il tente de répondre, ponctuant son récit de savoureuses descriptions de cette personnalité hautement excentrique et fascinante.

Une enquête sur ce qu’on a coutume d’appeler les « nuits parisiennes » où l’initié côtoie les secrets de nombre de personnalités, expliquant la grande tranquillité des autorités à son égard, une vie de splendeur et de cabinets obscurs comme toutes les époques en raffolent…

Bernard Henninger

© photo : Arnaud Ardoin dans l’émission Dimanche en Politique (Centre Val de Loire, le 9 février 2020)

05 Fév

Le Chant Mortel du soleil, un roman d’imaginaire de Franck Ferric

Retour sur la parution en 2019 du premier titre français dans la nouvelle collection d’imaginaire d’Albin Michel, Le Chant Mortel du Soleil, de l’orléanais Franck Ferric.

Connaissez-vous cette vieille blague ? Il faut trois choses pour faire un bon livre (ou film). Un, une bonne histoire, deux, une bonne histoire et trois : une bonne histoire. Blague conservatrice, fausse, car l’expérience montre que les livres forts – ceux qui nous font réfléchir et savourer longtemps l’histoire – possèdent des facettes, une multiplicité d’approches qui l’éclairent sans jamais l’épuiser… 

Dans le roman de Franck Ferric, les trames de l’histoire et de la grande Histoire se conjuguent, comme un jeu – un modèle – qui permet de les tresser comme une corde : le jeu consiste alors pour l’auteur, à bâtir un univers… et les personnages qui en sont la trame : acteurs de l’Histoire ou simples marionnettes d’un processus qui les dépasse ? Dans un pays, qui pourrait être Babylone ou les plaines de la Chine, des tribus de montagnards dévalent dans la plaine, poussés par la faim et se confrontent à une civilisation riche, avec ses cités, sa maîtrise de l’agriculture, ses canaux, ses routes, et sa religion.

Habitué de ces razzias, le Karkr des plaines envoie son ambassadeur, Sombor, muni d’une rançon mais le grand Qsar Araartan exige cette fois un prix de démesure. Pour appuyer ce qui se révèle être une déclaration de guerre, il demande à l’ambassadeur de retrousser sa manche : d’un coup de son hansart, il lui tranche le bras.

Ce grand Qsar – un géant, haut comme deux hommes – a réussi l’exploit d’unifier les tribus sous son égide. Ce Qsar poursuit un idéal singulier : il veut tuer, non pas la civilisation, mais le dernier des dieux et cela passe par la destruction de la grande cité d’Ishroun.

Les civilisations n’ont pas conscience de leur déclin… et c’est la mission des conquérants que de leur révéler leur fragilité au prix d’un carnage.

En lisant, j’ai pensé à Gengis Khan, à Tamerlan, à ces tribus montagnardes prenant d’assaut Babylone dans l’Antiquité. Les civilisations sont mortelles et on se souvient que, si Tamerlan laissait sur son passage des pyramides de têtes tranchées, il échangeait aussi des ambassades avec Charles VI… Franck Ferric aborde ici le roman avec un regard d’historien et s’en tire avec brio.

Les Historiens s’extasient devant ces conquérants qui bâtirent des empires et dont l’avènement par la terreur fut facteur d’autres progrès. Bâti sur une kyrielle de royaumes décadents, l’unification réalisée par les Mongols sécurisa les caravanes, amenant en Occident la soie, les épices, la poudre à canon, le papier et l’imprimerie et favorisa l’essor des civilisations occidentales à la Renaissance.

La grande Histoire, se moque de la petite, et c’est tout le mérite de ce récit de décadence et de conquêtes que ce contrepoint où Kosum, jeune errante, battue, torturée, libérée, puis ballottée de batailles, en bagarre et en fuites, de survivre malgré elle et de s’approcher d’une autre civilisation… montrant que la quête du dernier dieu est vaine et qu’un nouveau guette le voyageur…

Laissez-vous donc prendre par la main, et baigner vos yeux de sang, de cruauté, de ce Chant Mortel du Soleil qui conjugue avec élégance dans sa trame, des batailles, des affrontements, l’Histoire et ces destins. Qui mène le grand Qsar ? Son désir de tuer le dernier dieu ? La faiblesse de son ennemi ? Ou les lois de l’Histoire dont il ne serait lui aussi que la marionnette au même titre que Qosum ?

Bernard Henninger

© Photo : Franck Ferric aux Imaginales en 2019 par Bernard Henninger

23 Jan

Livre de science-fiction : « Les Oubliés d’Ushtâr », un « Planet Opera » d’Émilie Querbalec

Avec les Oubliés d’UshtârÉmilie Querbalec signe un premier roman plein d’énergie, une opposition entre deux civilisations et une histoire qui se dévore…

À la tête d’un vaisseau d’Albâr, Joon One, un Nadjam (moine-soldat) mène la prise d’un vaisseau Ushtârien, empli de pèlerins. Étonné de la facilité avec laquelle il a rempli sa mission, Joon One s’enfonce seul dans les entrailles du vaisseau. Dans une salle aménagée à l’instar d’une chapelle, gisent les restes d’un prêtre. Sur son front, une gemme brille de sombres feux. Quand Joon One s’en empare, la gemme lui parle : pleine de mordant, elle se moque de sa rigidité, des phrases toutes faites que Joon One annône pour se protéger de son intrusion ainsi que de sa soumission aveugle : la rigidité du commandement et la soumission font de l’armée Albârienne une machine de guerre impressionnante… sauf pour cette gemme.

Prise d’assaut, la planète Ushtâr s’effondre à son tour après de brèves batailles. Le récit expose avec un bon sens de l’épure l’opposition de ces civilisations. La rigidité militaire des Albâriens dépend d’une civilisation où les êtres, conçus par génie génétique, sont tous mâles, et hyper-patriarcale. Exemple d’une civilisation qui a gommé la femme qui n’y est au mieux qu’une esclave et quant au désir homosexuel dans une société de mâles, qui aurait pu être sa valeur dominante, il est ici une perversion…

À l’opposé, Ushtâr l’hétérosexuelle, tournée vers une vie méditative, « zen » semble démunie. Les élites arborent une gemme sur leur front, et leurs enfants fréquentent des écoles. Pourtant les Albâriens sont persuadés qu’ils cachent une arme au pouvoir fabuleux. Seule Gul-Yan parvient à s’échapper dans les bas-fonds miséreux… chez les Oubliés d’Ushtâr du titre, qui donnent soudain un point de vue critique sur la civilisation Ushtârienne : pas plus Albâr qu’Ushtâr n’incarneront ici un Bien quelconque.

L’originalité de ce Planet Opera (un sous-genre de science-fiction) tient dans la variété des points de vue : des puissants et de ceux dont nul n’attend rien. Les gens de pouvoir ne peuvent résister à la jouissance de s’éliminer : trahisons et ambitions gangrènent les mœurs. Dans ce désastre, c’est au plus humble qui reviendra le pouvoir… de donner le mouvement et un tempo… et je peux avouer que je trouve ce point de vue rafraîchissant.

Pour un premier roman, Émilie Querbalec nous offre un Planet Opera haletant. Le suspens est entier jusqu’au bout et, une fois la dernière page tournée, le lecteur pourra méditer la fragilité de nos civilisations…

Bernard Henninger

© : Portrait d’Émilie Querbalec, réunion annuelle de Présences d’Esprits, 2018, Bernard Henninger

07 Jan

Fleury-les-Aubrais : salon des auteurs régionaux le 11 janvier 2020

Samedi 11 janvier 2020, la médiathèque de Fleury les Aubrais organise le salon des auteurs régionaux de 14h à 18h, à la bibliothèque des Jacobins.

Le dynamisme des animateurs de la médiathèque de Fleury-les-Aubrais n’est plus à prouver, notamment avec ce salon des auteurs régionaux qui se tiendra samedi 11 janvier à la bibliothèque des Jacobins. Jean-Pierre Sueur, sénateur, ancien maire d’Orléans est l’invité d’honneur de cette édition pour son dernier ouvrage : « Victor Hugo au Sénat ».

Deux maisons d’édition seront présentes : les éditions Corsaire et les éditions du Jeu de l’Oie. Vingt-quatre auteurs seront  également présents  parmi lesquels la poétesse Marie-Rose Abomo-Maurin, Georges Joumas des éditions Corsaires, auteur des « Deux premiers fusillés pour l’exemple de 1917 » et « Alfred Dreyfus, citoyen », Virginie Magnier Pavé, et son polar « Le murmure de l’enfer », Aude Prieur, Cécile Richard, et Catherine Secq, autrice avec son héroïne la comissaire Bombardier seront également présents.

L’après-midi sera émaillée de lectures, d’animations musicales et d’interviews d’auteurs par radio Arc-en-ciel. Cette manifestation s’inscrit dans une continuité exemplaire, depuis des années, et les médiathèques restent un acteur fort pour faire lire et découvrir la littérature régionale.

Bernard Henninger

© photo de Catherine Secq : Bernard Henninger

Note : Bibliothèque des Jacobins42 rue du Onze Novembre  45400 Fleury-les-Aubrais (tél : 02 38 83 31 20)

02 Jan

« Lire au Centre » vous souhaite pour 2020 de belles lectures

Lire au Centre ouvre sa troisième année de chroniques, de romans, de témoignages et de livres d’histoire et je voulais remercier les auteurs et les éditeurs de la confiance qu’ils ont bien voulu me témoigner… et si une magicienne me donnait le pouvoir de faire trois vœux, je dirais : lisez plus, lisez mieux, lisez comme un fleuve emporte une crue !

Meilleurs vœux 2020 aux auteurs, aux éditeurs, aux lecteurs et à tous les autres.

« Les livres ouvrent des voies pour mieux comprendre le monde… » Souvent l’information nous surcharge de nouvelles, où l’accumulation et la répétition finissent par nous étouffer sous une masses de faits mis bout à bout sans discernement. Trop d’informations et aucune de pertinente, souvent.

Mieux qu’un maître-à-penser, la fiction — et l’imaginaire plus que tout autre — nous propose, quand elle est réussie, une piste de réflexion singulière, et à un certain point de lecture, nous nous disons : « Tiens ! Cet auteur me parle de… » sans que cela soit explicite, ni surchargé ou cadenassé par une sur-interprétation : quelques pas légers où la distraction arrive à nous prendre au sérieux et nous glisse que l’essentiel est souvent ailleurs… Là où l’information est débordée par une communication qui s’essaie à noyer les poissons — c’est-à-dire-nous —, le roman est une distraction qui ouvre des pistes sur le monde… C’est dire si nous avons besoin de littérature.

Bernard Henninger

27 Déc

« Balade en Vallée noire » célèbre l’invention d’un pays par George Sand

Les éditions La Bouinotte nous proposent avec « Balade en Vallée noire » un album évoquant la fantastique Vallée Noire, région imaginaire, devenue terroir véritable…

Cette admirable région que nous avons le bonheur d’habiter, ce n’en est pas moins après un examen raisonné que j’ai fait, de ce coin du Berry, un point particulier ayant sa physionomie, ses usages, son costume, sa langue, ses mœurs et ses traditions. Je pensais devoir garder pour moi-même cette découverte innocente. Il me plaisait seulement de ramener l’action de mes romans dans ce cadre de prédilection. Mais puisqu’on veut que la Vallée-Noire n’existe que dans ma cervelle… George Sand

C’est le privilège d’une grande dame, que d’être capable de passer la Géographie au crible de son regard : la Vallée Noire aurait donc Nohant, comme centre. Si vous tracez une ligne qui, partie d’Ardentes, gagne Chateaumeillant, Saint-Priest La Marche et les sources de l’Indre, Aigurande, Eguzon, Cluis et Neuvy-Saint-Sépulchre, vous êtes dans la vallée Noire, qui se calque sans peine sur la haute vallée de l’Indre.

Aujourd’hui, plus de paysans madré prétendant donner leçon à l’écrivain, juste la fantaisie de George Sand, son humour et son intelligence qui lui ont fait créer une Comté, qui n’existe que dans son œuvre. Théâtre du sabbat des sorcières, apparitions fantastiques, paysans sortis d’une toile de Millet, luttes entre créatures fantastiques issues du folklore et courageux berrychons, impossibilité de la raison à circonscrire la géographique fantastique… Deux cents ans plus tard, la fantaisie de George Sand a su si bien se fondre dans le paysage que c’est la Vallée Noire tout entière qui, remodelée à son image, de carte devint territoire…

Les éditions La Bouinotte se sont attachées à l’illustrer avec ce beau livre, avec les photos d’Yvan Bernaer et les textes de Gérard Guillaume. Le format horizontal, « à l’italienne », permet de feuilleter l’album, avec la flemme du flâneur, de se promener dans le Berry, bien au chaud dans un fauteuil, il serait dommage de passer à côté de ce plaisir hivernal…

Bernard Henninger

21 Déc

Ma vie de femme de garde-chasse, un témoignage émouvant

Les éditions LA BOUINOTTE publient un témoignage étonnant, un court opuscule intitulé : « Ma vie de femme de garde-chasse »

Issu d’une rencontre entre l’anthropologue Geneviève Bédoucha et l’autrice, Bernadette Aucuy, son récit ressemble à une idée saisie au vol, et Geneviève Bédoucha avoue sa surprise le jour où Bernadette Aucuy lui donna à lire son cahier… Nous sommes ici devant un témoignage, dont la vigueur sans détour nous touche : la vie dans une maison au milieu des bois, loin du village, où la maladie d’un enfant est un problème complexe, quitter la maison, marcher plusieurs kilomètres pour trouver un téléphone et revenir, l’angoisse au ventre, la pudeur aussi…

Si l’autrice professe une tendresse pour les chevreuils qui sont comme des voisins quand ils viennent brouter l’herbe dans la prairie attenante, les élevages de faisans dont s’occupe son mari, elle raconte son peu de goût pour les chasses, et surtout son quotidien, l’eau à puiser au puits, l’effort à fournir pour remonter un litre d’eau, et ce qu’il fallait pour une lessive… Comment leur premier propriétaire, monsieur le Comte, leur amena l’eau courante.

Et aussi les différents propriétaires qu’elle a subis…

Le style de l’autrice n’a visiblement pas été retouché, et c’est une qualité, car une langue « gourmée » aurait affadi le propos, nous lisons ce que B. Aucuy a écrit, avec sa ponctuation, sa syntaxe… un style directement inspiré d’une parole retranscrite : la franchise sans détour du propos donne de la profondeur à son expression, nous lisons aussi ce qu’elle ne dit pas et on s’émerveille de la fraîcheur du ton, racontant sans détour sa solitude, l’ennui, et sa timidité.

Un témoignage précieux sur les grands domaines solognots et sur une époque où une épouse sans métier ne recevait guère de considération. Très touchant, et à recommander avec chaleur pour une soirée d’hiver !

Bernard Henninger

10 Déc

Histoire des deux premiers « Fusillés pour l’exemple » de 1917

Les éditions Corsaire poursuivent leur travail d’investigation historique avec le récit détaillé et documenté des deux premiers « fusillés pour l’exemple » des mutineries de 1917, Émile Buat et René-Louis Brunet, reconstitué par l’historien Georges Joumas :

En 1914, quand l’Allemagne déclare la guerre, des générations de français espèrent ce conflit depuis 44 années. Du moins les plus nationalistes : pour eux, la guerre sera une une promenade festive…

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69325713

L’historien Georges Joumas, historien, nous conduit dans les pas de deux appelés que rien ne distinguait a priori. Quelques broutilles de jeunesse, des condamnations sans gravité. Pourtant, au jour dit, elles joueront leur rôle, puisqu’il y aura une justice et un procès où toutes les apparences seront respectées.

Émile Buat, Marnais, et René-Louis Brunet, Loirétain, se retrouvent chacun dans des BCP : Bataillons de chasseurs à pied. Bataille de la Marne, bataille des Ardennes, bataille de la Somme, siège de Verdun… À chacune, les Chasseurs à Pied évoluent en position de corps francs, en avant des régiments d’infanterie, très exposés. Sur des unités comptant près de 1500 hommes, il y a autant de pertes en un an.

Émile Buat, voit des centaines de compatriotes mourir dans des conditions atroces. S’il survit à la plupart des combats, il ne se distingue ni plus ni moins qu’autrui. Parcours similaire, pour René-Louis Brunet, de la Ferté Saint-Aubin, qui se signale par un exploit : l’arrestation de 80 prisonniers qui lui vaut la « Croix de guerre avec l’étoile de Vermeil ».

En 1917, tous deux – sans se connaître – sont au Chemin des Dames  : offensive menée par le général Nivelle. Les pertes sont considérables : environ 200 000 hommes côté Français, plus côté Allemand (300 000 ?). Des unités refusent de monter au front. Alors qu’on les emmène loin du front, leur passage, chantant l’Internationale, déclenche l’effervescence dans le groupe de Chasseurs : tract, réunion, où Émile Buat et René-Louis Brunet prennent parole (les témoignages concordent).

En réponse, ils s’exposent à une haine radicale des officiers dont l’un proclame : « Nous sommes tous décidés à brûler la cervelle au premier qui bronchera… ». Autant souligner, perspective historique pas inutile, que pour ces 200 000 morts, le général Nivelle sera muté à Alger… À l’opposé, ces soldats refusant la logique sacrificielle vont être l’objet de la vindicte du Commandement. Quel est leur crime ? Une prise de parole. Pour les nationalistes, la colère des soldats aurait été une bénédiction : rien de plus facile que de retourner une émotion soudaine et irréfléchie.

À l’inverse, la prise de parole suppose un recul, une pensée objective, dédouanée de la colère. La prise de parole, comme à la guerre, c’est la prise d’une position. Donc, au sein d’une armée déconfite, c’est un crime.

Fondé sur une enquête soigneusement documentée, le récit de Georges Joumas se lit en même temps avec passion. Il y a du tragique et la minutie de l’historien éclaire crûment l’injustice d’un Haut Commandement obsédé par des motifs nationalistes. Toutefois, contrairement aux cours martiales qui ont présidé jusqu’ici, Émile Buat et René-Louis bénéficient d’un procès et sont condamnés en bonne et due forme. Le livre démonte ce processus avec doigté.

En post-face, si Antoine Prost émet des doutes sur la possibilité d’une réhabilitation historique, on peut regretter son peu d’empathie pour la prise de parole, symbole de liberté.

Si le nom de René-Louis Brunet ne figure sur aucun monument aux morts, le maire d’Arzillières, prit sur lui d’inscrire sur le monument des « Morts pour la France » le nom d’Émile Buat… Prenez le temps des courtes journées hivernales pour découvrir ces actes qui forment le socle des injustices de notre Histoire de France, et qui nous donnent aussi de quoi réfléchir sur les mœurs modernes…

Bernard Henninger