04 Fév

Écume des Vieux-Fonds (Pierre Belsœur)

L’écume des Vieux-Fonds

Pierre Belsœur, dans la collection Black BERRY aux éditions La BOUINOTTE propose un polar riche et plein  de rebondissements : à recommander tout public !

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Deux plongeurs du dimanche, effectuant une sortie dans les anciennes ardoisières de Trélazé, près d’Angers, tombent sur un cadavre par 35 mètres de fond : le lieutenant Emmanuelle Champtin obtient de son commandant l’autorisation d’enquêter sur cet inconnu… mais du bout des lèvres, car le commissaire n’aime guère les cadavres anciens et les vieilles querelles qui remontent à la surface.

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Le légiste date le corps des années 70, époque où les très anciennes Ardoisières de Trélazé étaient en activité.

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Épluchant les archives de la presse, Emmanuelle est attirée par la disparition d’un certain Francis Beaudouin, ouvrier aux Ardoisières. Sa femme et ses deux fils, s’ils ont réussi à surmonter cette épreuve, ne sont jamais bien remis de sa disparition soudaine et que rien n’avait annoncé. Les fonctionnaires de police sont accueillis avec une certaine, défiance car il s’avère que l’enquête initiale a été bâclée. Néanmoins, remis en confiance par cette jeune enquêtrice sérieuse, les deux fils acceptent de donner leur salive pour une analyse ADN, seule capable d’identifier le cadavre…

À la suite des analyses ADN qui confirment l’identité du mort, le légiste parvient à démontrer qu’il y a eu assassinat. Le commandant refuse pourtant que ses enquêteurs se dispersent sur un meurtre vieux de quarante ans. Coïncidence ? Des incendies à Trélazé renvoient Emmanuelle sur les lieux du drame : les Ardoisières de Trélazé haut lieu de la mémoire ouvrière Angevine, riche d’une culture spécifique, qu’il va lui falloir appréhender pour comprendre la nature du drame qui s’est joué là quelques quarante ans plus tôt.

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À mon goût, les décideurs de télévision gagneraient à s’intéresser à des auteurs régionaux tel Pierre Belsœur. Pour un polar du samedi soir, cette Écume des Vieux Fonds fournirait un récit palpitant… En attendant, la lecture d’un bon polar est aussi l’occasion d’enchaîner plusieurs soirées et de se détendre tout en apprenant des choses sur notre région.

Petit reproche : Les enquêteurs manquent un peu de chair, leurs relations auraient pu être plus fouillées, les oppositions plus marquées, la bonhomie générale qui baigne le milieu des enquêteurs manque de… d’âpreté, mais elle ne gêne ni la narration ni l’intrigue.

Le milieu policier est décrit en détail dans sa complexité labyrinthique et l’auteur évoque sans complaisance un certain laisser-aller, conséquence probable de trop de réformes et d’excès d’économies : police-gendarmerie, les archives… le tout inséré en harmonie dans la narration, avec un soin de documentariste, donne de la vigueur au récit, l’ancre dans la modernité, et rend toute la saveur d’une vie d’enquêteur.

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Les Ardoisières de Trélazé, dominent le cœur du récit : leur fonctionnement, la fin programmée de ces carrières exploitées depuis des siècles et autour desquelles se sont développées des communautés ouvrières Angevine ou Bretonne, une culture, avec ses jeux, ses danses et ses fêtes… La passion de l’auteur pour ces lieux est sensible, vivante, avec un brin de nostalgie, mais c’est toute la saveur et les excès d’une époque qui reviennent au grand jour avec ce cadavre qui a beaucoup plus à nous dire qu’il n’en a l’air. Enfin, le ton est léger, plaisant, parsemé de dictons et de citations drôlatiques.

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Pour résumer, je trouve ce polar bien écrit, l’histoire est originale, construite, les personnages ont une richesse et des secrets que l’enquêtrice va devoir débusquer, et je trouve bien conçue l’envolée finale (je sais tout ! mais je ne dirai rien). Il ne reste qu’à souhaiter longue vie à ces Black Berry’s Stories, en souhaitant qu’elles se développent encore plus dans les années à venir.

Bernard Henninger

01 Fév

Vente de livres anciens, dessins & estampes

Vente aux enchères de livres anciens à Tours

Mercredi 7 février 2018 se tient une vente aux enchères de livres anciens à Tours à l’Hôtel Giraudeau à partir de 14h00 : livres anciens, estampes, dessins, éditions rares… tout le plaisir du chineur.

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À noter sur vos agendas, mercredi 7 février 2018 se tiendra à l’Hôtel Giraudeau à Tours une belle vente de livres anciens. Pour qui aime les livres, il est tout à fait possible de fréquenter ces ventes sans pour autant bourse délier, le plaisir du chineur, de voir de belles éditions est assez fréquent et une bonne partie du public vient là soit pour un seul article sélectionné, soit pour aucun, pour voir les belles éditions, rêver, prendre des photos, regarder.

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L’exposition est ouverte au matin et permet de découvrir les lots proposés, de poser des questions, de tester l’état des reliures ou du papier. Vous me direz que c’est affaire de collectionneur, et c’est là tout l’intérêt d’une telle vente. Qu’est-ce qui fait la rareté d’un livre ? Qu’est-ce qui génère sa singularité ? Pourquoi éveille-t-il une telle passion, de telles cotes ? Pourquoi un collectionneur s’échine à rassembler telle collection ?

Une vente aux enchères est également un excellent prétexte pour sortir de chez soi, surtout en hiver, le temps d’une après-midi un peu grise.

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Parfois drôles, parfois tristes, souvent instructives. Quand vous vous lancez, le temps semble s’accélérer, le cœur bat, vous levez un doigt, le commissaire-priseur traduit votre geste par un prix, d’autres surenchérissent : faut-il suivre ? faut-il laisser filer ? Parfois, mieux vaut laisser filer les lots dont les cotes s’envolent, et attendre l’enchère surprise. Parfois, mais c’est assez rare, il y a une opposition, il faut décider vite, jusqu’où ne pas aller, et jusqu’où pousser le bouchon parce que, parfois, il faut s’engager sur un lot  motivant. Parfois vous êtes le seul et le lot est à vous ! Ravi !

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Bernard Henninger

27 Jan

Oiseaux de nos rivières et plans d’eau (Cécile Richard, Christian BEAUDIN)

« Oiseaux de nos rivières et plans d’eau »

Voici un petit livre au format horizontal, qui nous délivre un précis d’images et d’ornithologie, accessible à tous, alliant image, curiosité et savoir où la photo saisit chaque oiseau dans un mouvement,  et lui donne grâce et élégance,

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Un livre d’images a parfois une séduction troublante, et tout aussi souvent, à l’instar d’une belle dédaigneuse, il vous laisse tomber des mains, en cours de lecture ; « Dédain et ennui sont frères de lait ». Trop ceci. Pas assez cela. Eh bien ici, voici un livre qui se lit comme un roman d’aventure : les Éditions du Jeu de l’Oie nous proposent de joindre l’utile, l’agréable, le beau et le savoir, un doigt de science dans une rivière d’images, cela s’appelle :

« Oiseaux de nos rivières et plans d’eau »

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Abécédaire des oiseaux de notre région, le petit livre se présente comme une série de fiches descriptives des oiseaux de nos contrées. De ’A’ comme Aigrette garzette, ou Avocette Élégante, à ‘S’ comme Spatule Blanche, et ’V’ comme Vanneau Huppé, en passant par ‘G’ comme Grande Aigrette, mais j’y reviendrai plus loin, l’ouvrage a le mérite de la concision.

Avec son format horizontal, il tient dans une main, et, grâce à une couverture rigide, il se lit aisément, comme un feuilleton dont les héros seraient des oiseaux.

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Il a aussi le mérite de nous aider à mourir moins bête, ce qui n’est pas la moindre de ses vertus : chaque oiseau est décrit par son nom commun, puis son nom latin, les auteurs, Cécile Richard et Christian Beaudin, nous donnent leurs mensurations : taille, envergure, poids et longévité, tandis qu’un commentaire nous explique où les trouver, à quelle saison, ce dont chacun se nourrit, son habitat, et comment il se protège.

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Ainsi, longtemps, j’ai parlé à un ami d’un Héron Blanc, que j’allais filmer pour l’image météo de France 3 et cet ami, grand connaisseur de la nature et de la faune de m’expliquer qu’il « n’y a pas de Héron blanc, que ça n’existe pas, du moins pas en région Centre, ni même en France, pas non plus en Europe, et d’admettre qu’éventuellement, en Égypte… » mais non, trois fois non, il était inenvisageable qu’un oiseau Égyptien vînt hanter les étangs de Sologne. J’ai eu beau le filmer, lui envoyer les images, rien n’y a fait, il ne me croyait pas.

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Eh bien ! Loin de moi l’idée de le frimer et de le toiser du haut de mon savant savoir, je peux désormais, grâce aux « Oiseaux de nos rivières et plans d’eau » lui expliquer doctement et sans la moindre concession qu’Ardea alba, en latin s’il vous plaît, que les habitants de la région appellent communément, mais à tort, Héron blanc, désigne la Grande Aigrette, page 64, et que la fiche descriptive est suivie de cinq photos pleine page montrant successivement :

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  • un groupe de grandes aigrettes,
  • une aigrette en chasse, bec pointé, œil cruel,
  • une troisième prenant son envol avec des grâces d’échassier aux trop longues pattes,
  • une quatrième ébouriffée par on ne sait quoi
  • et une cinquième les saisit en pleine danse nuptiale, tout de blanc vêtus à faire verdir d’envie les Cygnes.

En tant que cameraman et photographe, je ne saurais trop insister sur l’exceptionnelle qualité des images, qui saisissent chacun dans ses rituels quotidiens et font de ce livre un régal visuel pour en savoir un peu plus sur notre région.
Lisez, lisez « Oiseaux de nos rivières et plans d’eau » ! Et n’hésitez pas à revenir nous dire ce que vous en pensez !

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« Oiseaux de nos rivières et plans d’eau »

Textes de Cécile Richard
Photos de Christian BEAUDIN
aux éditions du Jeu de l’Oie

Bernard Henninger

19 Jan

Fêlure (Michel Diaz)

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Recueil de poèmes de Michel Diaz

aux éditions Musimot a la forme d’un livret carré, et il tient dans un sac ou une poche. Constitué de poèmes en prose, son style semble s’inspirer librement des Haïkus Japonais…

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À la manière d’un journal, chaque poème débute avec une date, le recueil commence au 21 décembre et s’achève au 26 mars, et semble proposer un compte-rendu du temps qui passe… ce qu’il feint d’être avant de s’évader vers des dimensions plus intérieures. Le poème part d’une chose, d’un fait, d’une constatation de nos sens, pluie, froidure, chaussures mouillées suivi d’une plongée intérieure :

21 décembre : Ces longs flocons qui tombent, je suis seul à pouvoir les entendre… Comme je suis seul aussi à entendre ces lents éclairs, ces lentes minutes, ces lentes secondes, et ces toujours plus lourds et longs instant et ces patientes plantes qui descendent, l’une après l’autre les imperceptibles degrés du temps.

Et le lecteur pénètre au cœur d’un hiver qui n’est ni tout à fait une saison ni tout à fait un paysage de l’esprit, qui échange l’un avec l’autre dans une circulation fluide entre une réalité qui nous reste étrangère, muette, car fermée aux échanges, aux émotions et des paysages intérieurs déchirés. Par le biais d’une mise en abîme permanente, le quotidien et l’hiver permettent de découvrir les facettes d’une nostalgie :

Aux heures de lumière avare où le sang ralentit, où les mots se font rares, se cognent à leur ombre et ne font qu’une suite de râles, je déplie le rouleau de l’hiver.

Le travail de Michel Diaz témoigne d’une économie de moyens, d’une volonté de se restreindre à un vocabulaire concret, entre l’immédiateté du réel, les brisures d’une vie qui est comme un émiettement de l’être, et le rêve idéalisé d’une présence au monde exempte de douleur, d’émotion, comme si on pouvait être sans aimer et sans souffrir.

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Partant d’un questionnement, chaque poème en prose débouche sur une absence, un manque que l’on questionne, il y a dans ces poèmes une épure et un élan qui font songer à la construction des Haïkus, écrits avec une une prose exigeante, qui, plutôt que de se soumettre aux conventions rebattues d’un sage déroulement des vers et de leur chant si conforme, tente de se confronter à l’âpreté de la prose.

10 janvier : On dépose bien ses chaussures mouillées sur le seuil de la porte. On peut y déposer aussi ce qui, de nous-mêmes, nous est un encombrant bagage. Ce qui tombe d’un mur mal bâti… Longtemps j’ai rêvé d’habiter un corps, douloureusement inconnu et toujours hors d’atteinte. Un corps étranger, mais jumeau, qui depuis toujours m’attendait, au revers de la porte close. Sans chagrin de sa part et sans rien à défendre…

Il y a des brisures d’enfances, jamais résolues, qui empoisonnent le regard, et ces fêlures me semblent entrer en résonnance avec une autre, plus ancienne mais qui chante dans la mémoire :

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé
Le coup dut effleurer à peine
Aucun bruit ne l’a révélé. […]
Mais la légère meurtrissure…
En a fait lentement le tour. […]
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

           Sully Prudhomme           

 Et cette fêlure, cette perte d’innocence, conduit au mutisme, à l’impossibilité de dire ou aussi, parfois à une brisure du Soi, un dédoublement, où l’autre semble posséder une vie propre, une présence au monde calme, libérée de la douleur et de l’angoisse; Pourtant, la création avance au travers de l’hiver, égrénant les jours, peut-être plus optimiste qu’elle ne veut bien l’avouer : « ne pas se désoler, pensais-je encore, d’avoir autant lutté avec si faible esprit et de si pauvres armes », la poésie vu comme une issue, faible, ténue, parfois dérisoire, pour émerger du labyrinthe intérieur qui est comme un gouffre magnétique, qui attire plus qu’il n’effraie.
La poésie comme une magie : les mots sont comme les briques d’un jeu de construction, mais plus le poéme progresse, plus le matériau se fait rare, réclamant en quelque sorte, une compensation à cette tension, et un poids équivalent de silence. Voilà, donc ce court recueil que l’on peut évoquer à défaut de l’analyser :

Flaques de mars, battues vent, haleine, froid, mais sa présence insaisissable, à fleur d’épaule, une main presque amie, comme cherchant une clé.

 La poésie de  Michel Diaz mêle l’obscurité des mots, la clarté d’une froide saison, le désespoir d’écrire et ce sentiment de la vie comme une fêlure fine qui parcourant le vase de notre corps menace de le scinder en deux.
Voici donc un recueil qui conjugue nos mots, et si cette chronique fort tardive parvient à vous donner le goût de l’hiver, n’hésitez pas à vous plonger dans sa mélancolie, ses faux airs de Haïku, et de partager, malgré les obstacles, son avancée résolue dans une inspiration qui tient chaud contre vent, pluies et froidures. Il faut lire la poésie de Michel Diaz !

Fêlure de Michel Diaz aux éditions Musimot

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Bernard Henninger

16 Jan

Lire au Centre, votre nouveau blog de littérature

Dédié au livre en région Centre-Val de Loire, ce blog vise à vous parler des publications, et pour commencer, quelques mots pour en esquisser les contours…

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Bienvenue sur la plateforme de blogs de francetv info. Une rubrique « Lire au Centre » a existé sur le site pendant l’année 2013, mais, faute d’une santé suffisante, elle a dû s’arrêter. Toutefois, cette première expérience a continué à me travailler en profondeur, car, pour bref qu’il ait été, ce travail — ce désir de mieux connaître les livres publiés dans ma région — a été fécond, il a en particulier modifié mes propres écrits, amené à m’intéresser plus avant sur la poésie et ses formes actuelles, tout en offrant au travers de chroniques et de notes de lectures des livres et albums édités en région Centre-Val de Loire.

Aujourd’hui, la littérature est de plus en plus éclatée et impossible à appréhender dans son ensemble :

  • petits éditeurs se développant sur de nouveaux schémas économiques,
  • auteurs auto-édités de mieux en mieux organisés et professionnalisés,
  • développement des salons littéraires dans la région
  • développement de l’édition et de la lecture numérique

font que de nombreuses publications ne sont plus accessibles par les moyens traditionnels. En parallèle, certains organes de presse, restructurés dans des holdings œuvrant sur un vaste territoire peinent à traiter des publications locales.

Les libraires aussi sont parfois débordés par des publications de plus en plus nombreuses, et éphémères. Pour ceux qui se font un honneur de garder un intérêt neuf et bienveillant pour l’édition régionale, les moyens aussi se sont démultipliés. Un livre peut se trouver seulement dans trois ou quatre librairies de la région, ou accessibles uniquement par l’Internet, par des sites personnalisés  ou par le biais de librairies en réseau.

Cette multiplication des littératures et de leur diffusion donnent donc tout leur sel au plaisir que je peux prendre à découvrir un ouvrage, à écrire quelques mots pour tenter d’en rendre compte avec le plus d’objectivité et d’imagination possible et à les donner au public pour leur en proposer la découverte.

Donc, très modestement, je fais le vœu de reprendre, poursuivre et élargir ce travail de chroniqueur, parfois de critique, mais sans obligation à un rythme le plus régulier possible… et d’espérer recevoir votre patience et susciter votre curiosité.

Bernard Henninger

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