01 Déc

Anne Sylvestre : 5 chansons et beaucoup d’engagements

Les chansons d’Anne Sylvestre décédée le 30 novembre 2020 ont fait grandir beaucoup d’enfants. Celles pour adultes n’ont pas eu une écoute à la hauteur de leur qualité. Celle que l’on compare souvent à Brassens pour le côté guitare-chant était bien plus engagée que lui. Exemple avec 5 chansons qui ont la puissance d’un hymne.

PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Lorsqu’elle débute sa carrière à la fin des années 50, Anne Sylvestre écrit, compose et interprète ses chansons. Ce qui était alors plus que rare pour une femme. Elle se produit à la fin des années 1950 dans des cabarets parisiens de la rive gauche, comme au Trois Baudets, où l’on croise aussi Bécaud, Perret, Ferré. Son premier disque, Mon mari est parti, sort en 1959. Pacifiste, en pleine guerre d’Algérie, elle conte dans cette chanson le désespoir d’une jeune femme qui espère le retour de son homme. 

En 68, elle interprète pourtant la « Chanson dégagée ». Une formulation qui rappelle une citation et l’esprit de Daniel Balavoine : « Je ne suis pas un artiste engagé; je suis un artiste dégagé. »

Y en a qui voudraient que je porte
Une oriflamme ou un couteau
Que je crie et que je m’emporte
Mais faudrait qu’ils se lèvent tôt
Il y a quinze ans et des poussières
Peut-être je leur aurais plu
J’ai pleuré pour ma vie entière
Maintenant je ne pleure plus

Un an avant la loi Veil sur l’avortement, elle chante « Non, tu n’as pas de nom ». Beaucoup y verront une chanson pour défendre l’avortement. « Ce n’était pas une chanson sur l’avortement mais une chanson sur l’enfant ou le non-enfant »,  a toujours précisé Anne Sylvestre. Un engagement sans faille pour les femmes avec de la « politique poétique » comme le dit Jeanne Cherhal.

« Comme une sorcière » parait en 1975. C’est devenu l’hymne féministe de plusieurs générations, une chanson qui parle aussi aux hommes. « Vous m’avez aimé servante / M’avez voulue ignorante / Forte, vous me combattiez / Faible, vous me méprisiez  » La destinée des femmes pendant des décennies, du militantisme qui n’oublie pas la finesse.

« Ecrire pour ne pas mourir » pourrait symboliser une carrière riche de 600 chansons. En 1978, il y aura « Douce maison » sur le viol, puis « Pas difficile » sur la misère, la magnifique  » Roméo et Judith » contre l’anti-sémistisme et « Les gens qui doutent ». Un hymne aux gens simples, à ceux qui passent « pour des cons » comme elle disait. « J’aime les gens qui n’osent / S’approprier les choses / Encore moins les gens / Ceux qui veulent bien n’être / Qu’une simple fenêtre / Pour les yeux des enfants  »

Une chanson devenue presque un étendard pour la nouvelle génération de la chanson française. Reprise par Vincent Delerm, Jeanne Cherhal, Albin de la Simone.

Il faudrait évoquer aussi la guerre avec la « Berceuse de Bagdad », « La faute à Eve » qui dénonce  la misogynie du christianisme et bien sûr la petite dernière : « Gay, marions-nous » en 2007. Un engagement joyeux et décontracté avec une femme qui demande à sa voisine de l’épouser.

« On voulait que les femmes parlent mais on ne les écoutait pas » déclarait il y a peu Anne Sylvestre en évoquant le mouvement MeToo. Aujourd’hui, les hommages pleuvent et on découvre qu’il y a beaucoup à écouter derrière les « Fabulettes » pour enfant.

Anne Sylvestre a écrit, composé, interprété ses œuvres. Elle a aussi créé sa propre maison de disque.

Écrire pour ne pas mourir
Écrire sagesse ou délire
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce qui m’a blessée

Une vie d’engagements ,d’indépendance et d’humanité profonde. Anne Sylvestre a beaucoup écrit et ses chansons vivront longtemps. 

Bonus track

Anne Sylvestre c’était aussi l’esprit et l’humour. Exemple avec cette très drôle « Lettre ouverte à Elise ». Après ça, Ludwig van Beethoven ne doit plus être sourd. Mémorable.

Benoît Roux