23 Oct

Le Tram de Montpellier bientôt en òc ?

Montpellier - Tramway - centre de la ville

© IngolfBLN – creative commons

Estacion venenta, Comèdia : voilà donc ce que pourraient bien entendre un jour les Montpelliérains dans leur Tram. Des annonces de stations et d’arrêts en occitan : l’idée vient d’être lancée à travers une pétition en ligne depuis le 22 octobre. « Pour un tramway bilingue Français/Occitan à Montpellier » a recueilli en un jour plus de 250 signatures et les initiateurs justifient leur envie en occitan : Perque l’occitan es nòstre patrimòni, perque los elegits son daccòrdi amb aqueste projècte. Nos cal capitar de far aquò a Montpelhièr, es ja fach a Tolosa e Niça, alara qu’esperam? Parce que l’occitan est notre patrimoine, parce que les élus sont d’accord avec ce projet. Nous devons le faire aboutir à Montpellier, c’est déjà fait à Toulouse et Nice, alors qu’attendons-nous?

Espérons que les Occitans n’attendent pas forcément le soutien de la population montpelliéraine dans son ensemble car si l’on s’en réfère à l’expérience toulousaine, rien n’aurait été possible sans la pugnacité des associations occitanes et de l’exploitant Tisséo. A l’époque, l’arrivée des premières annonces bilingues avaient été plutôt mal reçues par les usagers. Depuis, la voix du métro toulousain a changé pour le bien être de nos oreilles.

Clément Alet

 

 

 

18 Oct

Aqui es Besièrs ! L’ASBH et l’occitan

Ce n’est pas encore le grand Béziers des années 70, du temps où les Palmier, Vaquerin, Paco, Cantoni et Astre raflaient 11 titres de champions de France. Mais l’ASBH Association Sportive Béziers Hérault stabilisée en Pro D2 veut renouer avec ses racines. Et parmi elles, l’occitan.

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BR280913_012A la broa del gorg, au bord du gouffre.

Si le club va mieux désormais sur un plan sportif et financier, il est passé pas loin du gouffre, en passe de tomber dans l’anonymat. En 2010, le club est rétrogradé en Fédérale. Il joue les barrages pour remonter en Pro D2. Pour forcer le destin, des supporteurs se mettent à chanter le Se Canta. Au moment où résonnait parfois le Copa Santa plus provençal. De quoi donner des idées à certains.

 Joanda et Cédric Bistué

Joanda et Cédric Bistué (pdt ASBH) avec le maillot extérieur © La Setmana

Los Occitans de Besièrs dins la mesclanha, les Occitans de Béziers dans la mêlée  

Béziers, c’est le club de cœur et la ville du chanteur Joanda. Il va souvent au stade de la Méditerranée. La passion du sport et la frustration de ne pas y voir et y entendre plus d’occitan. Mais il va rencontrer le restaurateur célèbre Pierre Augé, le chanteur et musicien Jean-Brice Viétri, le président délégué de l’ASBH Ghislain Jansé et Floréal Vaquerin le fils d’Elie. Ils se réunissent un soir et après un repas très convivial, décident de créer le CNOSF : le Comité National Occitan Sans Frontière. Une blague au départ et un pied de nez à son homonyme, le Comité National Olympique et Sportif Français qui avait imposé aux Biterrois de rejouer un match, risquant ainsi de les faire redescendre en Fédérale en cas de défaite. Sans conséquence sportive mais avec une incidence culturelle…

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Lo Comitat Nacional Occitan sens frontièras, qu’es aquò ?

L’ASBH est le premier club français de rugby à se doter officiellement d’une commission culturelle. Un organisme qui permettra au club de se doter d’une identité forte à l’image de l’USAP pour les Catalans, de l’Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique pour les Basques. Le CNOSF se réunit une fois par mois et Joanda en assure la présidence. Et les idées ne manquent pas : animer l’avant match au clubhouse avec des chanteurs et des instruments occitans, chanter le Se Canta juste avant l’entrée des joueurs comme l’ont fait Joanda et Floréal Vaquerin pour la réception du Lyon Olympique Universitaire.  Pourquoi pas l’annonce du score en oc, une signalétique bilingue… Sans oublier le chant des supporteurs Aqui, aqui es Besièrs et le journal du club Sèm fòrça. Le nouveau site de l’ASBH aura une page consacrée au CNOSF. On parle même de mettre en place une journée de formation culturelle sur l’histoire et la langue d’oc pour les joueurs et dirigeants. Les marqueurs identitaires ne manqueront pas.

Dissabte la Seccion Paulina a l’estadi de la Mediterranèa, samedi la Section Paloise au stade de la Méditerranée

Si les joueurs arborent une croix occitane pour les matchs à l’extérieur, « l’occitanité » est plus flagrante à domicile. Et pour préserver leur invincibilité à la Méditerranée, les joueurs pourront compter sur un public de plus en plus nombreux : près de 5000 abonnés qui ont tous reçu leur écharpe Aqui es Besièrs. Ce samedi 19 octobre la Section Paloise -autre club occitan habitué au Se Canta– ne sera pas trop dépaysée. Pour accueillir ce prétendant à l’accession en Top 14, le Club House ouvrira ses portes dès 16 heures avec les chanteurs Flo Vaquerin et Joanda, accompagnés par Patrice Villaumé (Troubadours Art Ensemble) à la flûte occitane. Après la bodega de la Montagne Noire, un autre instrument occitan sera donc de la partie. Et pour donner le coup d’envoi : Didier Amiel, l’entraîneur de l’Equipe d’Occitanie de Football qui viendra avec plusieurs de ses joueurs. Un tour de chauffe avant d’en découdre le 15 décembre avec le Racing Club Narbonne Méditerranée pour un grand derby occitan.

Benoît Roux

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 28/09 ASBH-LOU de gauche à droite : Floréal Vaquerin, Joanda et Nicolas Dedieu 

11 Oct

Amado Boudou, un occitan différent en Argentine.

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© AFP

Amado Boudou, un occitan pas coma los autres en Argentina. 

Le nom de Boudou fait irrémédiablement penser au grand écrivain rouergat et occitan Jean-Boudou. Mais pas sûr qu’il faille pousser l’analogie plus loin. Tant celui qui est aujourd’hui le vice-président de ce grand pays d’Amérique Latine est sujet à controverses.

Dins la dralha de las 40 familhas aveironesas que van a Pigüe.

 

 

Frédéric Boudou et Eugénie Vernhes

Aimé Boudou

Amado Boudou est né le 19 novembre 1963 à Buenos Aires. Il est le descendant d’une des 3 familles Boudou qui ont quitté leur Rouergue natal à la fin du XIXème siècle pour les terres argentines. En 1903, ses arrières grands parents Frédéric Boudou et Eugénie Vernhes abandonnent leur village de Durenque (Aveyron). Ils partent avec leurs 7 enfants dont Aimé, le grand-père d’Amado. Comme l’ont fait les pionniers quelques années plus tôt : Clément Cabanettes et François Issaly qui achetèrent 27 000 hectares en 1884 pour les revendre aux familles aveyronnaises venues tenter fortune et fuir une certaine misère.

Pigüe, vila occitana dins la Pampa 

Implantée sur une zone un peu désertique, sur des terres où vivaient jadis les Indiens mapuches, la ville de Pigüe est fondée le 4 décembre 1884.

Avant de partir en Argentine, la famille d’Amado garde sa ferme de Puot à Durenque. Au cas où…  Mais en 1911 ils vendent la dite propriété rouergate pour investir en Argentine dans le district de Coronel Suarez, à Obigny, ville située à 60 kilomètres à l’est de Pigüe.

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Photo : Famille Boudou vers 1906

Les Boudou comme les autres Aveyronnais gardent des liens étroits avec leur terre, leur culture et leur langue d’origine. Les journées se passent au son de la bourrée, de l’accordéon et de la langue d’oc. La presse publie des textes en occitan. On assiste à une véritable endogamie. On retrouve à Pigüe les mêmes noms de familles (Avit, Bras, Ferrand, Viala, Bouscayrol, Ginestet…), les mêmes dénominations de rues que dans l’Aveyron.

 

Photo : rue de Rodez à Pigüe

Mais après la première Guerre Mondiale, l’occitan laisse son exclusive au français puis au castillan. En 1974, une enquête démontre que tout n’est pas encore perdu : 12% de la population de Pigüe parle encore l’occitan, 26% le comprend… Dans une ville qui compte aujourd’hui 14 000 habitants.

Amado, un personatge a despart

Le vice président argentin a grandi à Mar del Plata. Il joue au rugby, fait le DJ dans les boites très branchées de la côte…Se passionne pour la guitare électrique et le rock. Il entreprend des études plutôt brillantes en économie. Mais souvent en dilettante.

A 35 ans, il revient à Buenos Aires où commence son engagement politique. En 2009, il devient Ministre de l’économie jusqu’en 2011. Il forme un couple très « tendance » avec Agustina Kämpfer, une journaliste de 20 ans sa cadette.

A la surprise générale, la présidente sortante Cristina Kirchner le choisi comme colistier pour les présidentielles de 2011. Une présidente réélue mais convalescente. Comme le prévoit la constitution, Amado fait son entrée à la Casa Rosada –le palais présidentiel- et assure la présidence par intérim du 4 au 24 janvier 2012.

Le 8 octobre dernier, il reprend les rênes du pays suite à une opération de la présidente.

Voilà pour le côté « glamour » du personnage. Mais tout est loin d’être rose pour le locataire temporaire de la Casa Rosada.

 

© AFP

Amado… pas tant aimat !

A quelques jours des élections législatives (le 27 octobre), le retour d’Amado sur le devant de la scène politique n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour le FPV (Front pour la Victoire) de Cristina Kirchner. Longtemps protégé par cette péroniste de centre gauche, la fronde anti-Amado vient désormais de son propre parti. Cité dans six enquêtes judiciaires, il est soupçonné de trafic d’influence et blanchiment d’argent dans l’affaire Ciccone (une imprimerie ayant évité le dépôt de bilan suite à son intervention).

La justice est donc en passe de rattraper ce play-boy de 50 ans à l’allure décontractée, blouson de cuir, moto et guitare électrique qu’il sort régulièrement lors des meetings électoraux.

La semaine dernière, il se fait photographier à Brasilia (Brésil) au guidon de sa Harley…au moment où la présidente vient d’être hospitalisée. Un tantinet désinvolte ! Depuis il a été sommé de rentrer pour faire l’intérim.

Nous sommes loin, très loin de l’image d’Epinal de l’Aveyronnais grand travailleur et plutôt discret. Très loin aussi de 2015 où -en d’autres temps- certains le voyaient succéder à Cristina Kirchner.

Benoît Roux

09 Oct

Pierre François, « pintre embelinaire »

 

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« Si j’avais vécu à Paris, je n’aurais pas pu peindre, j’aurais été gangrené par ces capitales qui se regardent trop le nombril ».

Pierre François est né à Sète, « la ville qui compte plus de peintres que d’habitants ». Et pour lui, tout y est propice à la peinture, sur tous les supports : chaussures, boiseries, pavois (bouclier des jouteurs), enveloppes, boîtes à fromages et…les toiles bien sûr.

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Issu de l’émigration italienne, comme beaucoup de sétois, son premier métier sera peseur de vin. Avec son épouse, ils gèrent aussi un parc à huîtres  tout en gardant ses yeux pour la peinture.

Pierre François, c’est le peintre de l’émerveillement. Comme un adulte réfléchi qui garderait son âme d’enfant. Avec toujours cette propension au bonheur.

Pierre François e la lenga d’òc

A Sète il y a son grand ami, son fraire : Yves Rouquette. Sétois de naissance lui aussi, Yves l’amène à collaborer avec le milieu artistique occitan.

Il y a Claude Marti bien sûr, Patric, Jean-Marie Petit, mais aussi Banda Sagana, André Benedetto… Il réalise alors des affiches, des couvertures, des pochettes de disques, des décors, des costumes. Il travaille ainsi pour le Théâtre de la Carriera, le Théâtre des Carmes

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Il se définit lui-même comme un peintre décorateur, pour sublimer la réalité et embellir la vie. Il peint tout ce qui l’entoure : Sète, ses joutes, le canal, la mer, les poissons. Ses toiles fourmillent de couleurs chatoyantes où domine le bleu, un foisonnement de personnages où se glissent des détails que l’on ne perçoit pas à première vue.

Los amics de Pierre François

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Il peint la culture du Languedoc mais aussi New-York, avec plusieurs tableaux magnifiques, habités par le mouvement.

Les tableaux de Pierre François ne sont pas souvent dans les expositions officielles, mais ils sont accrochés dans le monde entier, chez des privés.

En 2007, il s’éteint subitement à l’âge de 72 ans. Il laisse une œuvre multiple, disparate, essaimée…

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© Photos Frédéric Jaulmes

Passé le deuil, sa fille Isabelle et sa famille ont décidé de répertorier et promouvoir son travail. Un travail de Titan qui vient d’aboutir avec la création de l’association « Les amis de Pierre François » et le lancement du site internet.

Les 26 et 27 octobre prochains, on pourra voir ses toiles au Carrousel du Louvre à Paris.

amb l’aimabla autorisacion de la Familha François

Benoît Roux

 

 

 

 

02 Oct

La Fac du Mirail se met à la page occitane

C’est LA dernière nouveauté du site internet de l’Université du Mirail à Toulouse : le site a sa version occitane.

Le nouveau site de la fac du Mirail, mis en ligne au début du mois, a rajouté le 27 septembre dernier une 4ème langue à son portail.
En plus du français, de l’anglais et de l’espagnol, la langue occitane (languedocien) est donc proposée dès la page d’accueil. Ce sont les professeurs d’occitan de la fac, mestrejats per Joëlle Ginestet et Patrick Sauzet qui ont impulsé la démarche et ce sont eux également qui en ont supervisé la traduction. La quasi-totalité du site est donc revirat en lenga, sauf l’onglet qui concerne les formations. Tot aquò es de descobrir aquí !

Clément Alet

01 Oct

Moussu T en virada al Japon

Moussu T e lei Jovents en virada al Japon

 

On savait la culture occitane très prisée au Japon… L’Ariégeoise Rosina de Peira est même une véritable reine là-bas. Beaucoup d’Occitans ont aussi croisé Naoko Sano, professeur de français à Nagoya et auteur d’un dictionnaire japonais-occitan…

Voilà que Moussu T et ses Jovents viennent eux aussi entretenir ces relations privilégiées entre Occitanie et Japon.

Il aura fallu 5 ans pour que le projet aboutisse. 5 c’est aussi le nombre de dates que le groupe de La Ciotat vient de réaliser là-bas dont la dernière le lundi 30 septembre.

La formation était au grand complet avec leur dernière recrue : le bassiste Fred Simbolotti. A la clé, deux concerts à l’Institut Français de Tokyo et trois du côté d’Osaka avec en première partie Saigenji un auteur japonais de musique brésilienne.

Coma a la Ciotat

Dans une interview donnée au magazine occitan Aquò d’Aqui, l’un des chanteurs du groupe (Tatou) apprécie de jouer à Osaka : « C’est le Marseille des Japonais, une ville-port où l’on parle plusieurs langues, où l’accent est différent et dont les habitants sont considérés comme le sont les Marseillais par le reste des Français. » 

De bons amics

Moussu T 2

© Manivette records

C’est grâce à deux personnes qui travaillent dans les Musiques du Monde au Japon que cette mini-tournée a pu se faire : « Tatsuya et Yoshiko sont venus nous voir jouer, ainsi que Massilia Sound System il y a longtemps et ce sont maintenant des amis. »

Des amis qui devront se résoudre à ne pas profiter très longtemps de leurs hôtes. Dès vendredi, le groupe donnera un concert à La Spezia en Italie pour la Festa della Marineria.

Benoît Roux

 

 

30 Sep

Orange : une élue occitane « virée » du conseil municipal

C’était le 16 septembre dernier, lors d’un conseil municipal à Orange. Jusque-là rien d’exceptionnel, sauf que dans cette commune du Vaucluse, le député-maire d’extrême droite s’appelle Jacques Bompard et qu’il semble préférer les méthodes « musclées » pour faire taire les élus de l’opposition qui s’expriment.

«Taisez-vous! On appelle la police si vous n’arrêtez pas. Allez, appelez la police! Sortez-la! Emportez-la! Virez-moi la!» s’est exclamé le maire à l’encontre de la conseillère du Partit Occitan – EELV Anne-Marie Hautant.

Rien de moins.

Quelques instants après, 3 policiers ont donc fait irruption dans la salle où se tenait le conseil et ont encadré Anne-Marie Hautant. Dans un communiqué, le Partit Occitan précise que le maire n’a fait « qu’outrepasser le respect dû à la représentativité de l’opposition, alors que celle-ci n’est à l’origine d’aucun incident illégal et ne fait qu’exercer son rôle d’élue ».

De son côté,  voici ce que Jacques Bompard a affirmé à l’Express : « Nous avons la gentillesse de laisser trois minutes à chaque opposant pour qu’il pose sa question, après quoi le maire doit répondre… quand on le laisse répondre. Que vouliez-vous que je fasse? Que je sorte mon Colt 45 pour lui mettre une balle dans la tête?»

Rien de moins donc.

Clément Alet

 

La vidéo qui suit a été postée et montée par le Partit Occitan et concerne donc l’incident du conseil municipal d’Orange du 16 septembre dernier.


L’extrême droite à Orange : la police… par PartitOccitanTV

21 Sep

MURÈTH LA BATALHA/Muret : la bataille

Le 12 septembre 1213, l’armée des barons du Nord de Simon de Montfort remporte la bataille de Muret contre une coalition méridionale (Occitanie-Catalogne-Aragon) de Pierre II d’Aragon. On passera sur les « détails » : les lieux précis, le nombre de morts, pourquoi l’armée la plus fournie a été défaite…
Vergonha e amnesia /Honte et Amnésie
Car oui cette bataille est un fait important, mais relativement méconnu. Les Occitans souvent un peu vergonhós (honteux) de leur histoire et les Français rapidement amnésiques lorsqu’il s’agit d’épisodes peu glorieux de leur passé ont leur part de responsabilité.
Cette bataille qui aurait pu changer le visage de l’Europe à une époque où les états n’étaient pas encore pleinement souverains n’est toujours pas finie.
Car il reste des zones d’ombres mais surtout des positionnements très marqués.
Cossi commemorar ?/Comment commémorer ?
La bataille a été inscrite dans la liste des commémorations nationales pour 2013 par le ministère de la culture. La ville de Muret s’en est emparée avec quelques événements montés pour l’occasion. Pas beaucoup d’ambition, ni de moyens, mais certainement la volonté de bien faire.
De leur côté et à part, les Occitans -à l’appel de Convergencia occitana- ont commémoré tout ceci à Toulouse au square Charles de Gaulle, lieu de l’ancien siège du Capitòli. Car le comte de Toulouse était venu consulter les Capitouls la veille de la bataille. Histoire de points de vue différents.
Et quand ils se rencontrent c’est forcément fatal.
Le 12 septembre dernier, lors de l’inauguration d’une stèle, un militant occitan a voulu entonner le « Se Canto ». Une main « franchimande » (française) lui a fermé immédiatement la bouche. Ambiance !
Il y a des symboles qui ne trompent pas.
Legendari/Légendaire
Certains ont leurs légendes : la civilisation occitane s’est arrêtée à Muret et si Pierre II avait gagné l’occitan serait langue officielle…
D’autres leur posture tout aussi légendaire : toute survivance historique autre que française n’existe pas. La République n’est-elle pas UNE et INDIVISIBLE et sans déférence pour ses minorités. Et tant pis si la civilisation occitane était en avance sur son temps et présente dans de nombreuses cours européennes…
Martin Alvira Cabrer
Alors pour sortir de cette bataille toujours vive 800 ans après, on retiendra de cette commémoration le Congrès International mené de main de maître sur 2 jours par l’historien espagnol Martin Alvira Cabrer. Ses recherches sont certainement les plus complètes et les plus abouties sur la bataille. Grâce à lui, beaucoup de zones d’ombre ont trouvé des éclaircissements. Pour ceux qui auraient manqué ce rendez-vous, les actes du colloque seront publiés au printemps prochain.
Un devoir de mémoire nécessaire. En 2002, un promoteur immobilier ignare ou mal intentionné avait eu cette idée pour le moins saugrenue : donner le nom « Montfort » à une résidence.
Qui plus est à Lavaur où Simon de Montfort avait massacré une partie de la population tarnaise en 1211.

Benoît Roux

19 Sep

40 ans de Pagalha…

© Association Los Pagalhós

L’histoire commence en 1972. Une bande de huit jeunes hommes originaires d’Artix en Béarn, se retrouve invitée au mariage de l’un d’entre eux. Jusque-là, rien d’exceptionnel sauf que dans ce pays où le chant, la Canta en occitan, est un peu ce que le sein est au nourrisson, rien d’étonnant à ce que le groupe de jeunes chanteurs improvisant pour la noce décide de ne plus se séparer. Un an plus tard, au Festival de Chant de Siros, (vérritapple institution du chant béarnais), nos acolytes poussent à nouveau la canta. Dès le lendemain, un journaliste écrira à leur propos qu’il s’agissait d’une équipée charmante mais « hèra pagalhosa »… Une équipée très « pagailleuse » : « Los Pagalhós » étaient nés. Depuis, la recette n’a pas changé. Alain Abadie, un des membres fondateur du groupe n’en revient toujours pas alors qu’il s’apprête à fêter dignement les 40 ans des Pagalhós ce week-end aux arènes d’Arzacq. « La recette ? Je ne la connais pas. Je crois que c’est avant tout une histoire de rencontre, d’amitié… Et puis ce n’est pas du folklore, ni une mode. On vit comme ça, on est comme ça ». Chanter, faire rire, faire passer quelques messages au passage, voilà leur devise, leur identité, à ces pagailleux. Sur scène, c’est un méticuleux mélange de chants traditionnels, de sketches, de parodies finement piquantes, de contes, de musique. Una pagalha qui se joue à 17 sur scène désormais. Tous sont bénévoles et sont aux Pagalhós par plaisir et passion. « De toute façon, quand quelqu’un nous rejoint dans le groupe, avant même de parler de chanter ou autre, on parle. Chacun doit trouver sa place, et partager nos idées progressistes. Y compris celle sur l’occitanisme. Notre vision de la langue et de la culture est à l’opposée des traditionnalistes et des conservateurs, » explique Alain Abadie. Après 5 albums et des centaines de spectacles un peu partout en France depuis 40 ans, Los Pagalhós entendent bien marquer le coup et fêter fièrement leur anniversaire. Ils ont prévu de retrouver tous leurs amis mais également les anciens chanteurs du groupe à Arzacq per un còp de mai : ne cantar una…

Clément Alet

17 Sep

Rodin l’Indignat, l’Occitan inattendu


New-York, fin de journée. Au 22ème étage d’un building, un homme, peut-être employé de banque attend qu’on vienne le chercher. Dans une télé, des images de manifestations défilent. Ce sont des Indignés : Indignats, le nouveau clip de Rodín, diffusé sur internet depuis le 11 septembre dernier.

Dès les premières secondes on s’attend à tout sauf à entendre un flow d’occitan se déverser entre du dubstep et du trapstep, dérivatifs électros du hip-hop. Le pari est très osé, risqué même.

© Corentin Laborde

Dans ce clip, le chanteur occitan Rodín  vient se frotter au rappeur new-yorkais Shon. « On échange nos paroles dans le refrain. Ce qu’il dit, c’est ce que je dis et inversement » précise Rodin. Et ce qu’ils disent à tour de rôle n’est autre que la dénonciation d’un système capitaliste à bout de souffle, qui fait se lever des Indignats à travers le monde mais qui revient toujours à son point de départ et continue ses ravages. « Le clip est une parabole du capitalisme. Dans la trame narrative, l’homme détaché de toute interaction avec l’être humain est malade, il vomit. Dans le gros quatre-quatre qui l’emmène à travers les rues de New-York, même les call-girls qu’il fait monter n’ont aucune prise sur lui. Il vomit encore. Et revient finalement à son point de départ » résume Rodín. « Le clip est très engagé et j’ai voulu utiliser l’esthétique de l’univers de la consommation, avec tous les symboles américains qui vont avec pour parler de l’exact opposé ». Aux antipodes des rappeurs américains bling-bling « de droite » comme l’indique Rodín, son co-équipier Shon est la preuve qu’il y a encore un discours conscient et engagé dans ce milieu musical. Double tour de force mené par Rodin qui a convaincu Shon de participer au single et de tourner ce clip à New-York : « J’ai grandi en écoutant de la musique américaine bien avant d’écouter de la musique occitane. Avant de chanter en oc, je faisais déjà du rap en français. Mais pour moi c’est un pas énorme que d’avoir réussi à produire ce clip. Je voulais aller au bout d’un parti pris et je voulais le faire méticuleusement ». Avec finesse et puissance, ce single est simplement unique et totalement inattendu de la part d’un artiste occitan. Et il ne s’agit là que d’un avant-goût. Rodin n’a probablement pas fini de nous surprendre puisque son album « Pantais Clus » devrait sortir dans le courant de l’année prochaine. Une trentaine de personnes collaborent à ce futur opus que Rodín définit « autant comme un objet poétique qu’un album concept des années 70 ». Seule certitude, ce sera en occitan. « Chanter dans cette langue, c’est une évidence. Je ne l’imagine pas autrement, ça ne se négocie pas ».

Clément Alet

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