01 Oct

L’ouvrier Sam Karpienia (Dupain) repart à L’Usina

Il y a 20 ans, le groupe Dupain sortait son premier album : L’Usina. Des chants ouvriers puissants lancés contre la vague capitaliste, portés par la voix enfiévrée de Sam Karpienia. Le chanteur reprend aujourd’hui ces textes pour une relecture plus intime et poétique, portée par les cordes des mandoles et d’un violon bulgare. Une véritable création qui prouve encore la richesse d’un artiste toujours aussi inventif, engagé et généreux.

Pauline Willerval et Sam Karpienia Crédit Photo : Yves Rousguisto – ADAGP

Premier morceau, premiers frissons « Terra de Crau », texte et musique Sam Karpienia. Difficile d’y reconnaître complètement le morceau initial « Lo Garagai » tellement tout est réinventé. Mais toujours habité magnifiquement par Sam. A l’image de tout l’album.

L’Usina en résidence

Pourquoi revenir sur ce choc musical qu’a été l’album « L’Usina » en 2000? Coup d’essai, coup transformé par Dupain, avec pour maître d’œuvre Sam Karpienia. Une major (Virgin) s’était même intéressée au phénomène en signant le groupe. La presse était alors dithyrambique et unanime.

20 ans plus tard, cette relecture très personnelle paraît sur un nouveau label « Fatto in Casa » monté par Serge Pesce et Lucien Massucco (Nux Vomica). L’Usina nouvelle version est donc revenue chez les ouvriers. Les moyens ne sont pas les mêmes mais la créativité est intacte. Moins brutal, moins direct qu’avec Dupain, cette création est plus intimiste, plus personnelle et va exploiter d’autres sphères.

Sam Karpienia & Pauline Willerval – Terra de Crau

Au départ, Lucien Massucco propose  à Sam de faire un disque sur son nouveau label « Fatto in casa »; un disque de Sam Karpienia et pas de Dupain. Sam propose de reprendre les textes de l’Usina 20 ans après pour une régénérescence nécessaire. Le défi n’est pas évident mais l’envie et le talent font le reste.

Dupain – Lo Garagai (version initiale de Terra de Crau)

En 2018, Sam rentre solo en résidence à Coaraze dans les Alpes Maritimes. Une semaine plus tard, la dralha est tracée, le projet s’affine. L’artiste décide d’y joindre Pauline Willerval. « On s’est rencontré quand elle était à Marseille. Elle a joué aussi avec De la Crau (autre groupe de Sam). Elle a une approche virtuose, intelligente, mais elle sait aussi jouer simple. Elle a vécu en Turquie, en Bulgarie et là, elle est repartie en Bretagne »

Toujours le brassage improbable des cultures cher à Sam! Pauline joue de la Gadulka, un violon bulgare à la sonorité typique. Elle fait partie de plusieurs groupes et partage souvent la scène avec Rodolphe Burger ou Erik Marchand. Son travail sur ce disque est assez époustouflant.

Pauline Willerval & Makis Baklatzis – Halai

Ensemble, ils re-rentrent en résidence pour parfaire la création. Octobre 2018, un concert de sortie de résidence clôture la création. Il permet aussi de lancer le nouveau label. Le disque qui vient de sortir est le fruit de ce travail. La plupart des morceaux ont été enregistrés en multipistes pendant le live à Coaraze. D’autres sont issus du travail de résidence. Un disque en duo très riche où l’imperfection est assumée et l’émotion assurée.

Pauline Willerval Crédit Photo : Yves Rousguisto – ADAGP

« Basta de trabalhar », l’autre album de la révélation

Sam Karpienia a toujours aimé les boucles pour poser sa voix d’équilibriste dessus. Dans Dupain, c’était avec la vielle à roue, là c’est avec la gadulka de Pauline Willerval et les boîtes à rythme. Comme un support, un champs contre-chant au chant. Le feu de la voix est toujours là, la fièvre contestataire de ces textes brulots toujours présente. Les mots ont toujours des résonnances actuelles, peut-être encore plus qu’il y a 20 ans. Mais la direction musicale choisi est moins ardente, plus poétique même si la voix rauque de Sam clame ses colères comme une transe bienveillante.

Le côté musique répétitive des gestes mécaniques du monde ouvrier ne sont que davantage mis en valeur. La gadulka de Pauline Willerval, les mandoles de Sam et autres boîtes à rythmes créent un tourbillon prenant comme dans cette magnifique chanson « Ta libertat ». Version très habité et magnifié du morceau « Que vòs » de Dupain. Quel souffle, quel lyrisme, quel équilibre! Magnifique.

Sam Karpienia & Pauline Willerval – Ta libertat

Tout est juste, profond et personnel. Les équilibres entre mandole (électrique ou acoustique) gadulka, boîte à rythmes, quelques chœurs rajoutés et la voix de Sam Karpienia sont tout simplement somptueux. Comme un ruissellement de cordes qui se glisse entre les pierres de la voix rocailleuse de Sam.

Rien à voir avec la version initiale de Dupain pourtant intéressante.

Dupain – Que vòs?


Moins violents, les morceaux n’en retirent que plus de force. On mesure la beauté et la pertinence de ces textes, l’humanité et la profondeur du chant de Sam. Pour l’heure, l’artiste est sur plusieurs projets, en solo ou avec son groupe De la Crau. Sam Karpienia aimerait bien amener « Basta de trabalhar » sur scène avec Pauline Willerval. Mais pour l’heure, il est surtout en tournée avec De la Crau.

Sam Karpienia Crédit Photo : Yves Rousguisto – ADAGP

« Basta de trabalhar » est un disque atypique, avec la force et la spontanéité assumées d’un live, mais aussi une production intelligente dans le même esprit. Là où les artistes passent beaucoup de temps à se répéter, Sam Karpienia enfile toujours le bleu de chauffe pour se régénérer. C’est l’esprit de l’usine mais sans jamais se reproduire. Explorer, toujours explorer, comme une mise en danger vitale pour se garder vivant.

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