21 Nov

Les réhabilitations du soldat Dédébat

Frédéric Julien Dédébat était un soldat du 143ème régiment d’infanterie. Un enfant de Saint-Lys (Haute-Garonne), fusillé le 24 décembre 1914 par l’armée française… pour l’exemple. Mais quel exemple? En Haute-Garonne, ils sont seulement 4 à avoir subit le même sort. Et pourquoi son nom figure t-il sur le monument aux morts de Saint-Lys alors qu’il n’aurait jamais dû y figurer? Autant de mystères que lève le livre de l’occitan Patrick Lasseube qui vient de paraître aux éditions Cairn.

L’Histoire du soldat Frédéric Julien Dédébat

Autant le dire de suite : il n’y avait aucun document existant sur le soldat Dédébat : pas de photos, pas de lettres, juste quelques mystères sur le registre d’état civil. Comme le fait qu’il est exécuté à 7H30 du matin, presque en catimini, mais en présence de 2 témoins : un commandant et un greffier de conseil de guerre. Ceci pour un simple soldat 2ème classe ! Autre point d’interrogation : pourquoi son nom figure sur le monument des « Morts pour la France » de Saint-Lys…

Lorsqu’il devient maire au début des années 2000, Patrick Lasseube demande une étude sur les 36 noms qui figurent sur le monument de la ville. Dont le désormais fameux Dédébat. Premières et maigres découvertes, premières grosses interrogations. Avec Jean-Charles Faccini, ils retrouvent son acte de décès. Mais sans plus de précisions que le jour, l’heure et les témoins de l’exécution. Peu de livres à se mettre sous la plume, tant le sujet des « Fusillés pour l’exemple » est toujours tabou. Patrick Lasseube contacte alors les archives militaires. Il obtient un rendez-vous. Quand il se rend sur place, à Vincennes, le dossier Dédébat est…vide ! Un peu vénère Patrick d’avoir fait tant de kilomètres pour rien. Il roumègue auprès du capitaine, consulte d’autres documents sur la division. Et repart presque bredouille. Fait intervenir des personnes haut-placées mais reste sans réponse, pas plus du Ministère que de l’armée. Et puis un jour, miracle. une enveloppe arrive de Vincennes. A l’intérieur : un dossier complet sur Dédébat, pas moins de 86 pages. Où tout est mentionné : du motif de l’exécution (abandon de poste face à l’ennemi), jusqu’à la mise en scène macabre de son exécution.

« Per ieu, Dédébat èra un insomés sens cap de violença. Voliá ben morir per la patria mas pas per res ». Patrick Lasseube fait d’autres découvertes : Dédébat était abonné aux punitions ( 10 pages) quand il s’était engagé dans l’armée pendant 4 ans. Un peu provocateur, mais pas déserteur. Lors de la Grande Guerre, il est monté au front, dans la Marne puis en Flandres au moment de la boucherie. Son régiment a été décimé. Il a préféré partir, s’est fait reprendre à plusieurs reprises. Le 21 décembre 1914, une poignée de personnes le condamnent « au nom du peuple français » (sic) à être fusillé.

Soldat Dédébat par france3midipyrenees 

Reportage : B. Roux J.Y. Bascands M. Blasco C. Lacroix M.P. Fournier

Une première réhabilitation

Dédébat est fusillé en Belgique et enterré dans le village, mais pas dans une fosse commune, identifié, avec son nom. Quand l’armée française récupère les corps, il est enseveli à Notre Dame de Lorette proche d’Arras en France. Patrick Lasseube a retrouvé sa tombe…Et déjà cette inscription : « Mort pour la France ».

 

Dans la famille, ses descendants savaient qu’il avait été fusillé, mais sans plus de précision. Frédéric Julien Dédébat avait laissé une fille de 4 ans, un autre frère tué à Verdun, un autre taxi dans la Marne. Mais pas de quoi éclairer la présence de son nom sur le monument… Et là, débute une seconde histoire : celle de la réhabilitation. Evidemment, elle ne vient pas de l’armée, mais du maire de l’époque Joseph Bouas, lui aussi soldat en 14. Cet ancien compagnon est un ami de la famille. Frédéric Dédébat savait lire et écrire; il était instruit et travaillait dans les postes. Il est fort probable qu’il ait écrit à sa femme, à des amis pour les informer de ce qui lui arrivait. Sans rien dire, Joseph Bouas a alors érigé en monument pacifiste en 1921, sur le fronton de la mairie. C’est Camille Raynaud qui le réalise, le même qui a fait une partie du monument aux morts de Toulouse qui fit scandale à l’époque, avec une femme soldat dénudée ! Quoi qu’il en soit, le nom de Dédébat est en bonne place, quasi au centre, retrouvant ainsi les honneurs qui lui étaient dû.

Le livre paru aux éditions Cairn retrace minutieusement son parcours jour après jour, avec bienveillance et humanité. Il perce bien des mystères sur la vie à la fois héroïque et banale d’un simple soldat. Une conférence est prévue samedi prochain 26 novembre à 16H à la mairie de Saint-Lys. Patrick Lasseube sera là pour éclairer un pan d’histoire relativement méconnu et peu abondant en littérature.

Vous pouvez consulter les archives militaires sur ce site et consulter le dossier Dédébat.

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/fusilles_premiere_guerre/detail_fiche.php?ref=2524022&debut=0

Lo Benaset @Benoit1Roux