04 Déc

Qui a volé mon patois ? Un ancien instituteur enquête dans l’Aveyron.

Vous croyiez tout savoir de la guerre menée contre le patois et les langues régionales ? Lo « senhal » n’aurait plus de secrets ? Détrompez-vous ! Cet ancien instituteur Aveyronnais a fouillé, enquêté et trouvé des choses relativement méconnues sur le rôle des institutions scolaires, des enseignants, de l’Église, des politiques, de la presse, dans cette répression à l’égard des de ceux qui se hasardaient à parler cette langue. « Qui a volé mon patois ? » porte sur le département de l’Aveyron où la langue a sans doute mieux résisté et survécu que dans d’autres départements.

Fòto : Lo Benaset

Fòto : Lo Benaset

Michel Lafont a l’enthousiasme facile et l’enquête sérieuse. L’Aveyron, il connaît. Il y a exercé sa profession d’enseignant de 1969 à 1984 sur les communes de Flavin et Le Monastère, La Primaube... Sitôt à la retraite en 2000, il a eu envie de pousser plus loin ses connaissances et sa curiosité sur l’occitan, mais aussi sur sa propre institution scolaire. Il s’inscrit donc à la Fac de Montpellier et en 2009, soutient une thèse de Doctorat en études régionales sur l’occitan et l’école en Aveyron de 1920 à 1970. Les Presses Universitaires de la Méditerranée ont décidé d’en faire un livre très documenté et qui va plus loin. 


Qui a vol mon patois par france3midipyrenees

Michel Lafont voulait faire la clarté sur l’interdit de l’occitan à l’école, mais dans ses recherches, il trouve des choses sur l’Eglise, la presse, les syndicats… La Révolution met en place les instituteurs. Comme il le dit dans le reportage, dès 1837 et la création des Ecoles Normales, les règlements stipulent que les élèves ne doivent pas parler le patois. En même temps qu’ils ne doivent pas aller aux commodités ensemble… Et nous voilà embarqués dans une épopée très prenante, bien écrite et très documentée où l’on croise des personnages illustres comme la mère d’Alain Peyrefitte ou le grand oncle du général De gaulle. Mais des témoignages sur le fameux « Senhal » sur un DVD qui accompagne le livre. Dont le dernier, sur la commune de Jean Boudou, encore en 1962.

Il y a dans un premier temps ceux qui perpétuent l’interdit puis ceux qui se battent. Dans la lignée du félibrige de Mistral, la création en 1921 du Grelh Roergàs d’Henry Mouly et Eugène Séguret, le lycée Foch de Rodez où les premiers cours d’occitan sont apparus, presque clandestinement dans les années 1920-30. Puis cette période très intéressante pour l’occitan malgré un contexte politique néfaste avec la seconde guerre mondiale. Avec comme point d’orgue la création en juin 1942 d’un Certificat d’Etudes en occitan. Oui, vous avez bien lu : un certificat d’études qui disparaîtra en 1946! Autant de découvertes méconnues de bon nombre d’occitanistes. 

plantu

On ne va pas dévoiler tout le livre mais en le parcourant, on voit mieux se dessiner les prémices de ce qui viendra plus tard en Aveyron : les occitanistes très présents à l’école normale dans les années 70 et la première classe bilingue en 1989 à Saint-Affrique. De plus, le livre est agrémenté dessins et caricatures réalisés par des dessinateurs prestigieux comme Cabu, Plantu, Man, Margerin…

A découvrir absolument et pourquoi pas offrir à l’occasion des fêtes. En espérant que ce travail donne envie à d’autres d’en faire autant dans leur département.

Lo Benaset

couvpatois