11 Oct

Amado Boudou, un occitan différent en Argentine.

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© AFP

Amado Boudou, un occitan pas coma los autres en Argentina. 

Le nom de Boudou fait irrémédiablement penser au grand écrivain rouergat et occitan Jean-Boudou. Mais pas sûr qu’il faille pousser l’analogie plus loin. Tant celui qui est aujourd’hui le vice-président de ce grand pays d’Amérique Latine est sujet à controverses.

Dins la dralha de las 40 familhas aveironesas que van a Pigüe.

 

 

Frédéric Boudou et Eugénie Vernhes

Aimé Boudou

Amado Boudou est né le 19 novembre 1963 à Buenos Aires. Il est le descendant d’une des 3 familles Boudou qui ont quitté leur Rouergue natal à la fin du XIXème siècle pour les terres argentines. En 1903, ses arrières grands parents Frédéric Boudou et Eugénie Vernhes abandonnent leur village de Durenque (Aveyron). Ils partent avec leurs 7 enfants dont Aimé, le grand-père d’Amado. Comme l’ont fait les pionniers quelques années plus tôt : Clément Cabanettes et François Issaly qui achetèrent 27 000 hectares en 1884 pour les revendre aux familles aveyronnaises venues tenter fortune et fuir une certaine misère.

Pigüe, vila occitana dins la Pampa 

Implantée sur une zone un peu désertique, sur des terres où vivaient jadis les Indiens mapuches, la ville de Pigüe est fondée le 4 décembre 1884.

Avant de partir en Argentine, la famille d’Amado garde sa ferme de Puot à Durenque. Au cas où…  Mais en 1911 ils vendent la dite propriété rouergate pour investir en Argentine dans le district de Coronel Suarez, à Obigny, ville située à 60 kilomètres à l’est de Pigüe.

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Photo : Famille Boudou vers 1906

Les Boudou comme les autres Aveyronnais gardent des liens étroits avec leur terre, leur culture et leur langue d’origine. Les journées se passent au son de la bourrée, de l’accordéon et de la langue d’oc. La presse publie des textes en occitan. On assiste à une véritable endogamie. On retrouve à Pigüe les mêmes noms de familles (Avit, Bras, Ferrand, Viala, Bouscayrol, Ginestet…), les mêmes dénominations de rues que dans l’Aveyron.

 

Photo : rue de Rodez à Pigüe

Mais après la première Guerre Mondiale, l’occitan laisse son exclusive au français puis au castillan. En 1974, une enquête démontre que tout n’est pas encore perdu : 12% de la population de Pigüe parle encore l’occitan, 26% le comprend… Dans une ville qui compte aujourd’hui 14 000 habitants.

Amado, un personatge a despart

Le vice président argentin a grandi à Mar del Plata. Il joue au rugby, fait le DJ dans les boites très branchées de la côte…Se passionne pour la guitare électrique et le rock. Il entreprend des études plutôt brillantes en économie. Mais souvent en dilettante.

A 35 ans, il revient à Buenos Aires où commence son engagement politique. En 2009, il devient Ministre de l’économie jusqu’en 2011. Il forme un couple très « tendance » avec Agustina Kämpfer, une journaliste de 20 ans sa cadette.

A la surprise générale, la présidente sortante Cristina Kirchner le choisi comme colistier pour les présidentielles de 2011. Une présidente réélue mais convalescente. Comme le prévoit la constitution, Amado fait son entrée à la Casa Rosada –le palais présidentiel- et assure la présidence par intérim du 4 au 24 janvier 2012.

Le 8 octobre dernier, il reprend les rênes du pays suite à une opération de la présidente.

Voilà pour le côté « glamour » du personnage. Mais tout est loin d’être rose pour le locataire temporaire de la Casa Rosada.

 

© AFP

Amado… pas tant aimat !

A quelques jours des élections législatives (le 27 octobre), le retour d’Amado sur le devant de la scène politique n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour le FPV (Front pour la Victoire) de Cristina Kirchner. Longtemps protégé par cette péroniste de centre gauche, la fronde anti-Amado vient désormais de son propre parti. Cité dans six enquêtes judiciaires, il est soupçonné de trafic d’influence et blanchiment d’argent dans l’affaire Ciccone (une imprimerie ayant évité le dépôt de bilan suite à son intervention).

La justice est donc en passe de rattraper ce play-boy de 50 ans à l’allure décontractée, blouson de cuir, moto et guitare électrique qu’il sort régulièrement lors des meetings électoraux.

La semaine dernière, il se fait photographier à Brasilia (Brésil) au guidon de sa Harley…au moment où la présidente vient d’être hospitalisée. Un tantinet désinvolte ! Depuis il a été sommé de rentrer pour faire l’intérim.

Nous sommes loin, très loin de l’image d’Epinal de l’Aveyronnais grand travailleur et plutôt discret. Très loin aussi de 2015 où -en d’autres temps- certains le voyaient succéder à Cristina Kirchner.

Benoît Roux