30 Nov

« Le Grand A », Xavier Bétaucourt, Jean-Luc Loyer, Ed. Futuropolis

Présentation de l’éditeur

Lorsque, dans les années 70, les hypermarchés du grand A obtiennent l’autorisation de s’installer à Noyelles Godault, après un refus du maire d’Hénin-Beaumont, peu de gens imaginent que l’implantation va totalement changer la vie des habitants de la région. Le centre ville d’Hénin se désertifie, les commerces ferment les uns après les autres. Alors que les marchés hérités du moyen-âge animaient la ville depuis des siècles, toute la dynamique commerciale se déplace vers ce qui va devenir le plus grand hypermarché de France. A mi-chemin entre le constat d’impuissance et la compréhension d’une évolution inéluctable, ceux qui ont vécu la grande évolution témoignent, au premier rang desquels un enthousiaste directeur de magasin qui ne pense qu’au développement de son enseigne. Les emplois se multiplient dans les rayons, aux caisses, et même sur le parking avant les heures d’ouverture, au même rythme que le centre d’Hénin perd son animation et voit ses surfaces commerciales remplacées, aux dires de certains habitants, par des kebabs. Derrière l’impressionnante mécanique de la grande distribution se cachent évidemment des méthodes peu reluisantes pour faire baisser les prix, réorienter complètement le travail des producteurs fournisseurs vers l’efficacité et le coût le plus bas. Mais dans un bassin au passé industriel en partie révolu, ce sont pourtant ces prix bas qui permettent à beaucoup de gens d’accéder, par exemple, à des courses de Noël abordables, et au sentiment de participer à la fête…

 

Notre avis

Xavier Bétaucourt a mené une enquête passionnante sur les coulisses des hyper marchés. Cette BD pleine d’anecdotes et de témoignages vécus vaut bien des livres savants d’économie et de sociologie. Les dessins sobres et vifs de Jean-Luc Loyer accompagnent parfaitement la narration.

Bob Garcia

 

« A la place de l’autre », Guy Rechenmann, Ed. Vents salés

Présentation de l’éditeur

Un jour de septembre, 6 h 45. La pointe du Cap-Ferret est déserte. Les touristes ont décampé et les rares sédentaires ne se risquent pas si tôt face à un océan d’humeur changeante. Alors que fait là cette silhouette immobile perdue au milieu des blockhaus ? Qu’attend-elle, cette jeune femme ? Cela m’interpelle, moi, Anselme Viloc, le « flic de papier ». En règle générale je fuis les enquêtes ordinaires, j’ai le don de dénicher le grain de sable qui grippe les belles mécaniques assassines. Je ne lâche aucune affaire ! La guerre et les bâtisseurs du mur de l’Atlantique, un enfant et un chat, autant d’indices à prendre en compte. De Bouliac à la Chalosse, d’Arcachon à Andernos, Marie, Clémence, Marina… trois générations d’une même famille. Noyées dans la folie…

 

Notre avis

Comme son enquêteur attachant et atypique Anselme Viloc, Guy Rechenmann fuit les enquêtes ordinaires. Celle-ci est particulièrement étrange. Une femme amnésique ne parvient pas à prononcer d’autres mots que « Je sais où est mon fils »… A force de recoupements et de déductions, Viloc parvient à retrouver l’identité de la jeune femme, et découvre… qu’elle n’a jamais eu d’enfant. L’enquête prend alors une autre voie, et c’est dans le passé que ce trouve la solution du présent. Loin des thrillers tonitruants menés sur les chapeaux de roues, Viloc prend son temps. Il écoute du bon jazz – dont il est visiblement spécialiste -, contemple le paysage et déniche le fameux « grain de sable » que d’autres ne voient pas…

Belle découverte et belle plume. Bravo à Guy !

Bob Garcia

« Le loup peint », Jacques Saussey, Ed. Toucan noir

Présentation de l’éditeur

Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple est exsangue. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient avec peine à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli au creux de son lit. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent parvient enfin à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Mais ce n’est pas la seule qui l’attend. Le cauchemar ne fait que commencer…

 

Notre avis

Coup de coeur pour ce thriller particulièrement bien mené. Jacques Saussey casse les conventions du genre : il nous dévoile l’assassin dès le début du récit. Pourtant cela ne retire rien au rythme et au suspense. Les rebondissements ne manquent pas et la fin est inattendue. Un bel exercice qui enchantera les amateurs du genre !

Bob Garcia

« Le Sang de la vigne », Jean-Pierre Alaux et Noël Balen, Ed. Fayard

Présentation de l’éditeur

Tome 24. Raisin et sentiments. En cet été 2015, la canicule engourdit le Périgord, et la récolte s’annonce difficile pour les viticulteurs du bergeracois. Mais, davantage que l’état critique du vignoble, ce sont les récentes directives de l’Union européenne qui mettent en émoi toute la région. L’œnologue Benjamin Cooker est sollicité par la cave coopérative de Monbazillac pour tenter de faire face aux menaces de Bruxelles dont les technocrates prévoient d’interdire la chaptalisation des vins liquoreux.
Accompagné de Virgile Lanssien, son jeune assistant de retour au pays natal, ils vont bientôt être confrontés à un événement dramatique. Miko, le fils adoptif d’une des grandes familles de l’appellation, a été retrouvé égorgé sur une ancienne stèle de sacrifice.
Derrière cette mise en scène macabre, ils vont découvrir domaines convoités, pratiques occultes, soupçons dévastateurs, passions et rancœurs, comptabilités opaques…
Benjamin et Virgile traversent alors, malgré la douceur des liquoreux et des paysages, un terroir meurtri où le raisin est d’autant plus menacé que les sentiments sont frelatés.
Jean-Pierre Alaux est journaliste, il anime les matinales de Radio Présence à Toulouse et écrit au coeur du vignoble de Cahors, dans la vallée du Lot.
Noël Balen partage ses activités entre littérature, conférences musicales et productions discographiques. Son village est Paris.

 

Notre avis

Le sang de la vigne… Grands crimes et grands crus. La série de tous les succès : livre, téléfilms, et BD !!

Le personnage central de l’oenologue/enquêteur façon sherlock Holmes – Benjamin Cooker – imaginé par Jean-Pierre Alaux et Noël Balen est parfaitement crédible. Les scénarios sont toujours astucieux et les intrigues prenantes… A savourer sans modération…

Bob Garcia

 

« L’homme qui valait des milliards », François Darnaudet, Ed. Wartberg

Présentation de l’éditeur

Un signal d’alerte est lancé sur Internet : un prof de maths d’un collège girondin a résolu le problème du millénaire sur les nombres premiers et s’apprête à casser les codes bancaires du monde entier. Une meute de tueurs de tous poils se lance aux trousses du hacker, de Bordeaux à Saint-Émilion en passant par Taussat et d’Auch au col de Banyuls. Mais la vérité est bien différente ! En attendant qu’elle éclate au grand jour, le petit prof de la côte ouest soupçonné de ce prodige mathématique est obligé de fuir avec son agrégée de maîtresse, puis de faire face. Pour l’homme et la femme qui valaient mille milliards, c’est Euclide qui affronte Glock ! Ou comment se protéger avec un livre de maths contre des projectiles de 9 mm ? Attention, le petit prof connaît peut-être votre code bancaire !
François Darnaudet est l’auteur d’une vingtaine de romans fantastiques ou policiers. Ses polars les plus connus sont Les Ignobles du Bordelais et Boris au pays vermeil dans la série du Poulpe, L’Or du Catalan aux éditions Le Passage, Le dernier Talgo à Port-Bou, Bison Ravi et le scorpion rouge et Les ports ont tous la même eau chez Mare Nostrum.

 

Notre avis

Comment tenir en haleine ses lecteurs avec un polar où il est question de mathématiques ? François Darnaudet résout l’équation et combine ses deux passions dans un récit astucieux et non dénué d’humour. A priori, les truands ne se passionnent pas pour les mathématiques, sauf quand on sait que les code secrets des cartes bancaires sont construits à partir des nombres premiers… Du coup, les maths en deviendraient presque attrayantes. Encore faut-il mettre la main sur la clé de décryptage… s’engage alors une course poursuite qui va laisser quelques protagonistes sur le carreau. Un régal !

Bob Garcia

« En douce », Marin Ledun, Ed. Ombres noires

Présentation de l’éditeur

Sud de la France. Un homme est enfermé dans un hangar isolé. Après l’avoir séduit, sa geôlière, Emilie, lui tire une balle à bout portant. Il peut hurler, elle vit dans son chenil, au milieu de nulle part. Elle lui apprend que cinq ans plus tôt, alors jeune infirmière, elle a été victime d’un chauffard. L’accident lui a coûté une jambe. Le destin s’acharne. La colère d’Emilie devient aussi puissante que sa soif de vengeance. En douce est un roman dévastateur, où l’injustice se heurte à la force de vie d’une héroïne lumineuse.

Notre avis

Marin Ledun réussit ici un tour de force, en signant un polar à la frontière du thriller et du roman noir. Côté thriller, le lecteur est tenu en halène tout au long de ce récit sans temps mort qui ressemble à une course contre la montre. Mais ce roman ne se borne pas à appliquer les bonnes vieilles recettes du « page turner » à l’américaine. Côté roman noir, il traite de problèmes de société qui ne laissent personne indifférent. La vie d’Emilie a été brisée lors un accident qui lui a coûté une jambe. Socialement déclassée, elle ne parvient pas à se reconstruire et n’a qu’une idée en tête : retrouver le chauffard qui a pris la fuite après avoir commis son méfait et se venger. Quand elle le retrouve enfin, le roman prend alors la tournure d’un huis clos et d’une confrontation entre le bourreau et la victime. Suspense garanti jusqu’à la dernière page. Une réussite !

Bob Garcia

« Elvis Cadillac, King from Charleroi », Nadine Monfils, Ed. Fleuve noir

Présentation de l’éditeur

Avec sa chienne Priscilla affublée d’une banane rose, Elvis sillonne les routes au volant de sa Cadillac ornée de cornes de vache pour aller donner des concerts. Abandonné à l’âge de 5 ans près des toilettes d’un restoroute, il a été recueilli par un couple d’épiciers fans de Georgette Plana, et est devenu Ze sosie officiel du King ! Invité à chanter pour l’anniversaire d’une vieille châtelaine, sur l’air de  » Blue Moon « , il va se retrouver au cœur d’un crime bien étrange, avec en prime une panoplie de pétés du couvercle, dont le chat Houellebecq qui a des mycoses aux pattes. Yeah !

Notre avis

Au fil des romans, Nadine Monfils nous balade dans son univers unique et quelque peu déjanté. Avec une écriture et un style immédiatement identifiables, une imagination intarissable, elle met en scène les vies de personnages hauts en couleur qui semblent directement sortir de l’émission Strip Tease. Son talent a été maintes fois récompensé. Elle a notamment obtenu le Prix de la ville de Limoges 2010 pour Coco givrée. Si vous avez aimé les aventures de Mémé Cornemuse, vous adorerez celles du « sosie officiel du King » (d’ailleurs inspiré de personnage réel).

Mais le rire devient parfois grinçant. Nadine Monfils dresse aussi un inventaire des tares et des dérives de certains de ses contemporains, qu’ils gravitent dans les hautes sphères de la société ou dans les bas fonds du classement. J’envie sincèrement ceux qui ne connaissent pas encore son oeuvre, car ils ont de sublimes lectures devant eux !

Bob Garcia