20 Jan

Cadillac : au coin du feu des cheminées royales

Au château de Cadillac, par une journée de grand froid, il faut imaginer la fumée sortant des cheminées : le palais du Duc d’Epernon n’a jamais craint les rigueurs de l’hiver. Il y a quatre siècles, une chaleur réconfortante attendait le visiteur, dans des appartements baignés de lumière.

Nous sommes à la fin de la Renaissance et les cheminées comptent parmi les plus belles du Royaume de France. Du sol au plafond, ces oeuvres d’art monumentales allient force des matériaux et finesse des motifs.

Au premier étage, les appartements ont été crées pour accueillir les têtes couronnées. Louis XIII fera ici un passage éclair en 1620, tout comme Louis XIV en 1659. Des escales de quelques jours seulement mais qui justifient un déploiement de fastes.

Cadet de Gascogne, le Duc d’Epernon est devenu l’un des notables de Province les plus puissants. Favori d’Henri III, il a reçu charges et honneurs. En retour, le Duc ne manque pas d’exprimer sa gratitude dans son château, où l’une des cheminées arbore la statue du roi.

Loin de cette période glorieuse, après la Révolution française, le château devient prison pour femmes puis maison de correction jusqu’en 1952. Les cheminées n’auront plus qu’une odeur de cendres, fermées pour éviter les évasions et détournées de leur usage premier : elles serviront de sanitaires aux prisonnières.

Le château ducal de Cadillac est l’un des quatre sites girondins dépendant des Monuments Nationaux. L’an dernier, il a battu son record de fréquentation avec 23 000 visiteurs (le double d’entrées qu’en 2013).

De quoi laisser à penser qu’en ce palais, les gardiens du patrimoine savent entretenir… le feu sacré.

30 Déc

Toulouse-Lautrec : ses vacances en Gironde

Alors que se déroule à Paris, au Grand Palais, l’exposition sur Henri de Toulouse-Lautrec, nous sommes partis sur les traces du peintre en Gironde.

L’artiste, rendu célèbre pour ses toiles et ses affiches du Moulin-Rouge, a en effet passé de nombreuses vacances dans la région.

Chaque été, Henri de Toulouse-Lautrec rendait visite à sa mère qui vivait au château Malromé.

Adèle avait acquis la propriété en 1883 à Saint-André-du-Bois pour se rapprocher de sa cousine. La belle demeure, au milieu des vignes, représentait pour lui une parenthèse champêtre, loin des fêtes parisiennes.

Ensuite, l’artiste partait sur le Bassin, à Arcachon mais aussi Taussat où il aimait pratiquer la pêche -au cormoran-, la natation et la voile.

Invité la plupart du temps chez des amis, il offrait un autre visage. Celui d’un homme aimant le grand air et l’activité sportive.

Récemment, d’étonnantes découvertes ont été réalisées : certains de ses tableaux ont été peints dans le jardin de la villa Bagatelle…

24 Nov

Horlogerie : le temps de la relève

Ils ont choisi un métier méconnu : l’horlogerie. A Mérignac, en Gironde, des adolescent.e.s apprennent à réparer des mécanismes en tous genres : montres aux rouages minuscules ou pendules anciennes.

Nous les avons rencontrés au Lycée professionnel Marcel Dassault, l’un des 7 établissements français à dispenser cette formation, axée sur la découverte des techniques et l’histoire de l’art.

Signe d’excellence, l’un des élèves a obtenu la médaille d’or de « l’un des meilleurs apprentis de France » en 2018. Aujourd’hui, à 21 ans, Edwin Sicoli rêve de s’installer et de réaliser ses propres montres. Il a déjà commencé à imaginer la « Burdigala » en hommage à la ville de Bordeaux.

Après une période de crise -en partie due à l’arrivée du quartz-, le métier d’horloger connait un second souffle, notamment grâce à la montée en gamme des montres, de plus en plus complexes.

De nombreux diplômés -en CAP et Brevet Métiers d’Art- partent pour la Suisse, d’autres choisiront d’ouvrir leur boutique en France… ou s’orienteront finalement vers l’aéronautique, où leur sens de la précision est particulièrement apprécié dans la région.

17 Oct

Peintre de palombes… ou l’art du bleu

Lorsque Marie-Christine Lapassère part dans une palombière, c’est sans fusil ni gibecière !

Nous l’avons suivie dans un repaire de l’Entre-deux-Mers, réservé aux initiés. A l’entrée du sentier, un sifflet attend le visiteur qui doit signaler sa présence et attendre le « ouai » autorisant le passage.

Marie-Christine Lapassère est artiste peintre à Targon, en Gironde. Comme un paloumayre, elle a appris à se fondre dans la nature pour observer l’oiseau bleu lors de sa migration vers le Sud.

Pas question de faire du bruit. C’est avec précaution que cette amoureuse des forêts entre dans le couloir de fougères menant à la palombière.

C’est une chasse un peu mystérieuse, c’est ça qui me plait aussi !

Surplombant les pins et les chênes, guettant droit devant l’arrivée des grandes voyageuses, elle peut fourbir ses armes : son crayon et son appareil photo pour saisir les postures et les couleurs qu’elle reproduira ensuite dans son atelier.

La précision est importante car ses croquis et ses peintures ont une valeur documentaire pour les chasseurs qui lui ont confié les illustrations de la revue « Palombe et Tradition ».

Rencontrez avec nous cette passionnée qui, désormais, voit la vieen bleu !

 

 

27 Sep

La renaissance de l’Hôtel Victoria à Bordeaux

C’est une rénovation remarquable à Bordeaux. L’Hôtel Victoria, construit au XVIIIème siècle, abrite depuis 1981 une association en faveur du logement des jeunes et de l’insertion sociale. Le Levain vient de mener une deuxième phase de travaux soutenue par la Délégation Aquitaine de la Fondation du Patrimoine.

L’ancienne demeure a été bâtie à la demande de David Victoria, un riche bordelais de retour de Saint-Domingue. En hommage à sa femme, l’une des façades est ornée d’une multitude de petits coeurs…

Dans ce lieu inscrit aux Monuments Historiques, les 68 chambres créées dans les années 1980 ont été transformées en 65 studios et colocations. Un cadre exceptionnel que nous vous faisons découvrir…

Reportage Nathalie Pinard de Puyjoulon, Pascal Lécuyer, Olivier Pallas, Bérénice Rouch

16 Sep

Découvrez la vie de château à Cazeneuve

Bienvenue pour une nouvelle saison de reportages à la découverte de notre belle région !

Pour bien commencer, nous vous proposons de rencontrer une famille pour qui le patrimoine est une réalité quotidienne : les Sabran-Pontevès vivent dans une demeure royale, à  Cazeneuve, le château d’Henri IV et de la reine Margot, situé le long du Ciron à Préchac, en Gironde.

Les trois enfants sont à bonne école, plongés dans un livre d’histoire géant. L’aîné pourra bientôt faire visiter le château..

Une transmission sous le signe de la passion.  Lors des Journées du Patrimoine le week-end prochain, Cazeneuve fêtera ses trente ans d’ouverture au public, avec de nombreuses animations.

Regardez notre reportage (Nathalie Pinard de Puyjoulon, Philippe Turpeau, Christophe Varone, Vincent Issenuth) 

17 Juin

Bordeaux au XIXème siècle : le regard d’Alphonse Terpereau

Alphonse Terpereau a largement contribué à la mémoire de Bordeaux.

Sans lui, on ne connaîtrait sans doute pas aussi bien les transformations de la ville au XIXème siècle. Ce parisien d’origine débuta à Arcachon et parcourut une partie de la région, réalisant notamment cette superbe prise de vue du Pont Eiffel à Cubzac-les-Ponts. L’un des symboles de son talent.

Pionnier de la photographie d’architecture, Alphonse Terpereau exerce un regard singulier sur les ouvrages réalisés par les ingénieurs et les architectes dont il devient un interlocuteur privilégié.

Lignes pures, perspectives savamment étudiées, cadrage géométrique. Ses compositions, toujours prises d’un point haut, s’attachent à retrouver la précision, souvent austère, du croquis d’origine.

La ville, qui lui passe commande, entend valoriser la modernité qui se met en place pour justifier sa politique urbaine.

Le changement bouleverse profondément le paysage et beaucoup de vestiges médiévaux n’y résisteront pas. C’est ainsi, qu’au-delà de la commande officielle, Alphonse Terpereau s’efforcera aussi de photographier le petit patrimoine des ruelles anciennes, voué à disparaître sous ses yeux.

Patiemment, lors d’une thèse de doctorat en histoire de l’art, Florent Miane est parti sur les traces d’Alphonse Terpereau.

Pas évident quand on sait que toutes les plaques d’origine ont disparu et que les photographies elles-mêmes ont été dispersées en différents lieux.

Nous retrouvons le maître de conférences devant l’ancien atelier d’Alphonse Terpereau, au 29 cours de l’Intendance, muni de son portable. Du numérique aux plaques de verre, le XXIème siècle observe le XIXème siècle avec une certaine admiration.

Les technologies actuelles nous ont apporté la simplicité. A l’époque, le matériel pesait très lourd, il y avait beaucoup de contraintes mais il se dégage une poésie très spéciale. Chaque photographie était mûrement réfléchie.

Alphonse Terpereau avait fabriqué un laboratoire portable de sa composition. Un sac à dos contenant tous les produits nécessaires au développement qui devait se faire dans la foulée de la prise de vue.

Photographie emblématique : la Flèche Saint-Michel blottie au milieu des échafaudages de bois.

Une histoire passionnante racontée par Florent Miane dans un coffret de deux ouvrages parus aux Editions de l’Entre-deux-Mers.

27 Mai

Gajac : le cri du maire pour défendre les bruits de la campagne

Dans le cadre du débat national, le maire de Gajac a poussé un cri du coeur.

Il a souhaité, dans une lettre publiée dans le bulletin municipal, dénoncer les procès régulièrement intentés contre les habitants des campagnes par des citadins se plaignant du bruit. Bruno Dionis du Séjour demande l’inscription au patrimoine national du son des cloches, du chant du coq, du meuglement des vaches, du braiment de l’âne et même du piaillement des oiseaux. 

Depuis, les courriers de soutien affluent dans la petite commune girondine de 400 habitants.

26 Fév

Pessac : joyeuse ambiance autour du patrimoine festif

C’est l’histoire de deux passionnées venues de l’est, nourries par les romans de Tolstoï et Dostoïevski mais aussi par le romantisme de films comme « Autant en emporte le vent » et « Sissi Impératrice ».

D’origine russe, Elena Meunier a créé un atelier de couture, « Voyage au XIXème siècle » ; d’origine ukrainienne, Svetlana Loguinoff préside l’association Artécole pour Tous qui propose des cours de danse pour apprendre la valse, le cotillon, le quadrille, la polka et la mazurka.

Ensemble, elles voyagent dans le temps, voguant au milieu des froufrous et des rubans…

Elena Meunier est devenue une spécialiste de la mode, de 1800 à 1900, reproduisant des robes inspirées notamment par la célèbre Maison Worth, du nom de l’inventeur de la haute couture.

Le plus difficile est sans doute de confectionner les crinolines, ces robes composées d’une armature souple leur donnant une ampleur spectaculaire.

Ces costumes d’époque, fidèlement restitués, sont destinés à des reconstitutions historiques. Ce fut le cas notamment dans le cadre du carrousel du Louvre à Paris, lors du salon international du patrimoine, mais aussi dans de nombreux châteaux.

Chacun peut également acheter ou louer ces robes pour une occasion particulière car l’objectif est qu’elles soient portées pour défendre un patrimoine très particulier : le patrimoine festif !

Regardez notre reportage (Nathalie Pinard de Puyjoulon, Jean-Michel Litvine, Sarah Paulin)

Sont interviewées : Elena Meunier, présidente et fondatrice de l’association « Voyage au XIXème siècle » et Svetlana Loguinoff, présidente de l’association Artécole pour Tous

 

21 Jan

Lormont et son lavoir remarquable

Le lavoir Blanchereau fait partie des 18 sites emblématiques français choisis par la mission confiée à Stéphane Bern, dans le cadre du loto du patrimoine.

Une enveloppe de 60 000 euros a été attribuée pour la restauration, somme qui vient s’ajouter aux 75 000 euros attribués par la mairie de Lormont et aux 10 000 euros collectés via la Fondation du Patrimoine.

Soit un total de 145 000 euros mais il faut encore trouver 100 000 euros pour réaliser l’ensemble du chantier.

Avis aux mécènes ! En attendant, la première tranche de travaux va pouvoir commencer pour rénover la façade et le bassin.

Le lavoir Blanchereau existe depuis le Moyen-Age au pied de la Source des Garosses, dans le bourg historique de Lormont, en contrebas de la rue du Vieux Port, la plus ancienne de la ville.

Claude Dambrine, adjointe au maire de Lormont, connait bien cet espace d’eau et de pierre : sa mère et sa grand-mère y ont lavé le linge par tous les temps. Et ce matin-là, la météo rafraîchit aussitôt la mémoire :

Il fait froid, comme il faisait froid il y a cent ans. Les femmes travaillaient en toutes saisons. C’était dur, elles avaient les mains abîmées.

L’Association des Amis du Vieux Lormont a retracé l’histoire du lieu. Au départ, le lavoir n’était pas encastré dans les constructions. C’est au XIXème siècle que des habitations ont été bâties tout autour. Le lavoir s’est ainsi retrouvé en partie sous une maison !

Autre originalité : un confort -tout relatif-. L’eau de source a une température de 18° et on pouvait se réchauffer autour d’un feu.

Le plus surprenant est sans doute que ce lavoir ait été utilisé jusqu’en 1975.

Son emploi a perduré en raison du passé maritime et industrielle de Lormont. Les marins et les cimentiers donnaient beaucoup de travail aux lavandières, aux portes de Bordeaux, ville qui ne comptait aucun lavoir.

Depuis le loto du patrimoine, Blanchereau est devenu un véritable atout touristique pour Lormont. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Leur nombre a doublé en six mois !

Reportage Nathalie Pinard de Puyjoulon, Dominique Mazères, Christophe Varone, Véronique Lamartinière

 

Pour soutenir la restauration du lavoir Blanchereau, rendez-vous sur le site la Fondation du Patrimoine.