21 Fév

Effervescence autour des rivières comtoises

La nature humaine est ainsi faite… Il faut se retrouver au pied du mur pour agir ! Les cadavres de truites et d’ombres retrouvés dans le Dessoubre ont déclenché une prise de conscience semblable à celle pour la Loue. 2010, 2013, même combat ! Mais trois années se sont écoulées entre ces deux crises… Trois années utiles pour les rivières comtoises même si les résultats sont loin d’être visibles. Aujourd’hui, le scénario de 2010 se répète avec quelques variantes significatives.

 Acte 1 : l’union fait la force. 

Les pêcheurs du Dessoubre l’ont vite compris. Les deux AAPPMA du secteur ont décidé l’interdiction de la pêche dans le Dessoubre pour cette saison. Elles se retrouveront ensemble ce samedi à 14 heures à la mairie du Rosureux avec le club comtois de pêcheurs à la mouche de Montbéliard et celui de Seloncourt. A l’ordre du jour de cette réunion , trouver la bonne structure pour porter leurs actions sur le terrain juridique et médiatique. Les grands frères de SOS Loue et rivières comtoises seront là pour apporter leur expérience et éviter la dispersion.
Autre point important de cette première rencontre, tenter d’élargir la mobilisation au delà du cercle des pêcheurs et des défenseurs de l’environnement. Le tourisme dans la vallée du Dessoubre est directement lié à l’état des rivières.

 Acte 2 : Action…Réaction ! 

Si l’Etat avait tardé à réagir en 2010 en tentant même de minimiser la crise de la Loue, ce n’est plus le cas en 2013. En trois ans, le conseil général du Doubs et les services de l’Etat ont appris à travailler ensemble pour tenter d’enrayer cette lente agonie de nos rivières comtoises. Tout d’abord, en s’organisant ! Fusion à l’étude de syndicats mixtes pour se rapprocher de la réalité du bassin versant, création d’un groupe scientifique pour rassembler toutes les études existantes et en proposer d’autres mais aussi financement d’actions collectives pour moins nourrir les rivières en phosphates et nitrates.

Puis, en communiquant… Contrairement à ce qui s’était passé pour la Loue, la préfecture du Doubs a joué la carte de la transparence. Nous avons su rapidement les démarches entreprises auprès de l’agriculteur indélicat de Cour Saint Maurice. Impensable il y a trois ans…

 Acte 3 : Communiquer, vous dis-je…

Lundi dernier, le collectif SOS Loue et rivières comtoises a même été convié à une réunion de travail à la préfecture du Doubs. Les militants ont pu exposer leurs propositions ( arrêt du modèle productiviste pour l’agriculture comtoise, poursuite des travaux d’assainissement avec développement d’un traitement tertiaire, arrêt de l’artificialisation et l’imperméabilisation des milieux, lutte contre les micropolluants industriels et ménagers..).
SOS Loue et rivières comtoises ne serait donc plus perçu uniquement comme une force d’opposition mais aussi une source de propositions. Le collectif reste toutefois vigilant et n’est pas dupe de cette ouverture.

La préfecture a annoncé la tenue de la future Conférence départementale de la Loue et des rivières comtoises le vendredi 11 avril, juste la veille de la date retenue par SOS Loue et rivères comtoises pour tenir son premier congrès. C’est ce qu’on appelle se faire couper l’herbe sous le pied ! Du coup, le congrès du collectif est reporté… Le dossier des rivières comtoises n’est pas que technique, le politique n’est jamais très loin.

Dans la même matinée de ce lundi 17 février, la préfecture et le conseil général recevaient justement les représentants agricoles. Lors de cette rencontre, le président du groupe scientifique Jean-François  Humbert a été très clair. Même si les causes de l’agonie des rivières sont multiples, il est certain que les quantités de nitrates ont significativement augmenté dans les rivières ces dernières années. «Il est important de les faire baisser rapidement» précise le spécialiste.

L’après-midi, deux visites sur le terrain étaient organisées. L’une chez un jeune agriculteur du bassin versant du Dessoubre et l’autre  à la station d’épuration de Loray (déphosphatage à la sortie) Histoire de redonner un peu le moral après l’abattement de ces dernières semaines. C’est ce qu’on appelle une opération de communication !

 

Epilogue mais pas fin  : la carotte et le bâton.

La chambre d’agriculture a décidé de mettre l’épandage à la une de son actualité et de renforcer ces actions : Courrier aux agriculteurs rappelant les sanctions encourues, fiches conseils, entretiens avec les plus récalcitrants… Bref, ils passent à la vitesse supérieure. Le 18 mars, l’épandage sera au coeur de la «grand messe» des agriculteurs, autrement dit la session de la chambre d’agriculture. De nouvelles actions et  propositions devraient être présentées ce jour là.

Les services du conseil général du Doubs et ceux de la préfecture travaillent, eux, sur l’organisation le 11 avril de la deuxième conférence départementale de la Loue et des rivières comtoises. La aussi, il faudra du concret. Le laboratoire de chrono-environnement de l’université de Franche-Comté devrait présenter des études dont celle, attendue, sur les flux et stocks de phosphores, utile pour cibler les actions. Une modification du règlement sanitaire départemental  est à l’étude. La qualité de l’eau sera au menu du futur plan Etat-région 2014-2020. De vrais leviers pour imposer de nouvelles pratiques.

Reste le bâton. Pour la Commission de protection des eaux, qui, depuis des années, dénonce avec rigueur et persévérance les actes de pollution dans nos rivières, c’est indispensable. Si les courriers adressés aux maires et au préfet restent sans suite, l’association porte régulièrement plainte devant les tribunaux…

Cette semaine, le conseil général du Doubs a de nouveau porté plainte pour une pollution agricole, cette fois-ci dans le bassin versant du Doubs.

Depuis la crise de la Loue en 2010, la collectivité a engagé plusieurs actions devant les tribunaux.

Que deviennent ces plaintes ? Sont-elles dissuasives ? Réponses lors d’un prochain épisode du blog de la Loue et des rivières comtoises…

 

Isabelle Brunnarius
isabelle.brunnarius@franctv.fr

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VOS COMMENTAIRES :

Il serait intéressant de savoir ce que deviennent les plaintes de pollutions agricoles des cours d’eau. En Suisse, vous venez d’être nantie de la dernière information de déversement illégal de purin depuis Réclère (Suisse, Ajoie) sur les prairies direction Vaufrey, bassin versant du Doubs en France. Ceci nous démontre que malgré ce que dit le canton du Jura,  notamment lors de la visite de l’expert Philippart dans le cadre de la Convention de Berne,  les contrôles agricoles sont  lacunaires.

Pour le cas Réclère – Vaufrey, que sera-t-il fait par les autorités cantonales ou fédérales ? Les milieux agricoles  se retrancheront-ils derrière des excuses territoriales ? Dans le canton du Jura,  il n’existe aucune transparence sur les dénonciations de pollutions agricoles et les suites données par les autorités.  Le groupe de travail franco-suisse « qualité des eaux » a déposé un plan d’actions en janvier 2014, avec une fiche ACTION A.4.1 Réduction des pollutions d’origine agricole à l’amont du Doubs franco-suisse. A la lecture de ce document, il est aisé de comprendre que le groupe de travail déconsidère drastiquement les nuisances agricoles. En Suisse, où les charges en bétail sont les plus élevées, rien n’est prévu.  Le plan d’actions est à consulter sur http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/33538.pdf.

 Et nous n’en avons pas fini puisque l’Union suisses des paysans lance une initiative pour encore intensifier la production agricole. Les régions karstiques, comme le Doubs, ont urgemment besoin de normes adaptées au contexte géologique et de renouveau pour une l’agriculture respectueuse des  humains, des bases naturelles et de la santé publique

Lucienne Merguin Rossé
Pro Natura

L’évolution des autorités publiques est fort intéressante, dans un pays qui a eu longtemps des difficultés à réguler les excès du modèle agricole dominant. Ici, dans le département de la Loire, où les enjeux de conservation des ultimes dernières rivières remarquables sont minimisés par la plupart des élites, à commencer par les services de l’Etat local, nous espérons qu’un tel engagement, une telle ouverture vont arriver.

Martin Arnould, WWF