10 Nov

La semaine des copistes au musée Courbet d’Ornans

Amélie Douay et Ginette, artiste des journées des copistes

Amélie Douay et Ginette, artiste des journées des copistes

C’est une institution ! Chaque année, une quinzaine de peintres posent leur chevalet dans les salles du musée Courbet avec un défi : réaliser une copie d’un des tableaux du musée d’Ornans en l’espace de trois jours ! La remise des prix a lieu ce dimanche 12 novembre. Cette manifestation est organisée depuis 26 ans par l’Institut Courbet. Les peintres doivent respecter une charte bien précise : on peut copier une oeuvre sans être faussaire !

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05 Avr

Vente aux enchères d’un Courbet : 54 000 euros pour une Source peinte vers 1860

La Source, tableau de Gustave Courbet, peint vers 1860.

La Source, tableau de Gustave Courbet, peint vers 1860.

Quand vous vous retrouvez face à un tableau de Gustave Courbet, comment le regarder ? C’est la question que vous pouviez vous poser vendredi après-midi ou samedi matin avant la vente aux enchères d’un tableau du maître d’Ornans prévue à partir de 14h15 à l’hôtel des ventes de Belfort. A la suite d’une succession dans une famille jurassienne, un tableau signé Gustave Courbet a été mis en vente parmi 142 lots d’objets d’art par M°Patrick Gauthier. La peinture représente une source. Il a été adjugé 54 000 euros à un Franc-Comtois qui souhaite rester anonyme.

Difficile de se faire une idée d’un tableau à partir d’une simple photographie. Première impression, le cadrage est connu. Le peintre franc-comtois a peint de nombreuses sources, celle de la Loue et du Lison en particulier. Voici deux magnifiques tableaux : La source de la Loue du Kunsthaus de Zürich et La source du Lison du Staateliche Museum de Berlin, Nationalgalerie.

La source de la Loue du Kunsthaus de Zürich

La source de la Loue de Gustave Courbet. 1863. Kunsthaus de Zürich

Souvent, il n’y a ni ciel, ni humain. Juste l’eau jaillissante de la roche. L’idéal est de pouvoir presque se coller à la toile pour regarder au plus près les touches laissées par le couteau du peintre. D’abstraite en très gros plan, l’eau devient vivante dès que l’on prend du recul. Même démarche pour la roche.

Source du Lison de Gustave Courbet. 1864. Staatliche Museum Berlin.

Source du Lison de Gustave Courbet. 1864. Staatliche Museum Berlin.

Gustave Courbet avait appris lui-même à comprendre un paysage karstique grâce à son ami géologue Jules Marcou. La superposition des couches de peinture est très particulière chez Courbet, à la fois profonde et aérienne. Cette composition est complètement intemporelle sans histoire particulière, seule compte la nature dans laquelle a grandi le Franc-Comtois. Voici deux des plus célèbres tableaux de Courbet représentant des sources. Ces cadrages serrés sur l’origine des rivières évoque celui voulu pour L’Origine du Monde.

Voilà pour ce qui relève du pur plaisir. L’observation d’une toile jamais vue puisqu’elle était conservée dans un intérieur d’une demeure jurassienne et ne fait pas partie des toiles issues de collections particulières régulièrement sollicitées pour des expositions. Mais qu’en est-il de sa valeur ? Le tableau, mis en vente ce samedi à Belfort date du début des années 60. Il est estimé entre 30 000 et 50 000 euros. Un prix raisonnable car le tableau a « été réentoilé, d’où quelques soulèvements » précise le commissaire priseur. On voit aussi sur la photo que des petites parties de peinture sont manquantes. Les frais de restauration sont estimés entre 3 et 6 000 euros.

Mais surtout, la question que chaque acheteur se pose est celle de l’authenticité de la toile. Avec Courbet plus qu’avec tout autre peintre puisqu’il a signé des oeuvres réalisées par ses élèves.  Autre difficulté, la qualité inégale des oeuvres de notre ami Gustave. Le peintre n’était pas toujours au mieux de sa forme, il était bipolaire d’où, parfois, des tableaux plus mous que d’autres.

D’où la nécessité d’expertiser l’oeuvre. M°Patrick Gauthier s’est adressé à l’experte parisienne Elisabeth Marechaux. L’oeil ne suffit pas, il faut littéralement « tracer » le tableau, retrouver toute son histoire, ce que Courbet a pu en dire dans sa prolixe correspondance, ce que ses contemporains ont pu écrire, les catalogues de vente où il est mentionné. Une vraie enquête !

Souvent il existe un catalogue raisonné pour les oeuvres des peintres. C’est en quelque sorte une « bible » où toutes les oeuvres connues sont recensées avec leur pedigree. Pour Courbet, la référence, c’est le catalogue raisonné établi par Robert Fernier .

Le catalogue raisonné de Gustave Courbet par Robert Fernier

Le catalogue raisonné de Gustave Courbet par Robert Fernier

La Source est mentionnée en Italique. Cela veut dire que Robert Fernier l’a reconnu comme un tableau de Gustave Courbet sur photo m’explique Elisabeth Marechaux.  Le tableau est donc connu, voici son parcours :

Vente à l’Hôtel Drouot, 14 décembre 1882,  n°16, Maître Boulland .

Vente à l’ Hôtel Drouot 20 mai 1905, n°14, Maître Couturier

Collection Gibassier, Marseille

Collection  Georges Pelletier, Marseille 

Collection particulière

Par précaution, Elisabeth Marechaux a demandé une nouvelle expertise à l’Institut Courbet. Depuis que Jean-Jacques Fernier, le fils de Robert Fernier, a arrêté son activité professionnelle d’expertise, un comité de l’Institut Courbet a pris le relais. Le comité dont la composition reste secrète, s’est déjà réuni deux fois pour expertiser une quinzaine de tableaux dont La source. Cette fois-ci, ce comité a pu examiner le tableau « pour de vrai » et « une attestation d’insertion au catalogue raisonné de Gustave Courbet comme une oeuvre de Courbet » a été délivré en novembre dernier. Il a été remis à l’acheteur de la vente aux enchères de Belfort. Pour rendre son avis, le comité animé par Sébastien Fernier, petit-fils de Robert et fils de Jean-Jacques, dispose des archives de l’Institut Courbet.

Elisabeth Marechaux a été séduite par les « tonalités assez sourdes et lumineuses » de cette oeuvre de Courbet, « on a l’impression de voir la lumière arriver sur la grotte » poursuit l’expert. Ce tableau n’intéresse pas cependant le musée Courbet à Ornans, toujours à la recherche de nouvelles oeuvres pour enrichir sa collection permanente. Les critères des musées n’ont rien à voir avec ceux des particuliers. Pas question de coup de coeur, l’oeuvre doit être en très bon état, bien documentée et particulière dans la production de l’artiste. Si vous voulez voir La Source avant qu’il ne reparte chez un particulier en France ou à l’étranger, il ne vous reste plus qu’à aller à Belfort !

Isabelle Brunnarius
isabelle.brunnarius(a)francetv.fr

06 Nov

Copier la peinture de Gustave Courbet, c’est tout un art !

Franck Pretalli, vainqueur 2016 des Journées des copistes d'Ornans

Franck Pretalli, vainqueur 2016 des Journées des copistes d’Ornans

Jeune, Gustave Courbet a appris son métier au Louvre et dans d’autres prestigieux musées. Le Franc-Comtois a copié les maîtres anciens. Lorsque vous visitez la collection permanente du musée Courbet d’Ornans vous pouvez découvrir une copie de la « Vision de Saint Jérôme » de Le Guerchin, réalisée par Courbet vers 1840. Ces jours derniers, c’était au tour d’une quinzaine de copistes de se confronter à l’oeuvre du maître d’Ornans. Cela fait 25 ans que l’Institut Courbet organise ces journées des copistes à Ornans. Une institution !

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24 Août

Rebeyrolle et Courbet : « Puissance de la passion »

Détail d'un tableau de Paul Rebeyrolle exposé au musée de l'Abbaye à Saint-Claude (Jura)

Détail d’un tableau de Paul Rebeyrolle exposé au musée de l’Abbaye à Saint-Claude (Jura)

Du Jura à la Haute-Marne … L’influence de Gustave Courbet sur les peintres contemporains se décline tout cet été dans deux belles expositions. Elles ont en commun, un peintre exceptionnel : Paul Rebeyrolle (1926-2005). Le musée de l’Abbaye à Saint-Claude présente ses oeuvres de jeunesse et son attrait pour le réalisme de la peinture de Courbet. L’Abbaye d’Auberive en Haute-Marne, elle, a choisi d’accrocher des toiles plus tardives et, elles aussi, directement influencées par le maître d’Ornans. Cela m’a donné envie de rechercher les raisons de cette ascendance.

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12 Juil

Gustave Courbet et Ronan Barrot, deux peintres et tout un monde…

Ronan Barrot au Puits noir.

Ronan Barrot au Puits noir.

Qui mieux qu’un peintre pour vous expliquer une démarche picturale ? J’ai eu la chance de rencontrer Ronan Barrot. Ce peintre français vit et travaille à Paris.Il est représenté par la galerie Claude Bernard. Entre Ronan Barrot et Gustave Courbet, c’est une longue histoire faite de respect et de connivences. Cet été, leurs peintures sont exposées à quelques mètres les unes des autres à l’Abbaye d’Auberive en Haute-Marne. Alexia Volot, la directrice de la programmation culturelle de ce lieu dédié à l’Art contemporain, a imaginé des regards croisés entre les oeuvres du maître d’Ornans et celle d’artistes d’aujourd’hui.

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03 Jan

Ils sont venus sur la tombe de Gustave Courbet…

Les admirateurs de Courbet réunis le 31 décembre 2015.

Les admirateurs de Courbet réunis le 31 décembre 2015.

Gustave Courbet n’a plus de descendants mais il a une famille. Des hommes et des femmes fascinés autant par l’homme que par son oeuvre. Tous les 31 décembre, ils se donnent rendez-vous au cimetière d’Ornans devant la tombe de l’enfant du pays. Un moment de retrouvailles informelles où l’on parle aussi de l’avenir du musée Courbet.

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11 Déc

« Le Retour de la conférence », ce tableau si scandaleux de Courbet…

Le Retour de la Conférence de Gustave Courbet.

Le Retour de la Conférence de Gustave Courbet.

« Ce tableau fait rire tout le pays et moi-même en particulier. C’est le tableau plus grotesque qu’on aura jamais vu en peinture. Je n’ose pas vous le dépeindre, seulement c’est un tableau de curés » ecrivait Gustave Courbet à Léon Isabey en 1862. A cette époque, Courbet  réside dans le sud-ouest de la France près de Saintes.  Un pays considéré à l’époque comme la plus anticléricale de France rappelle Carine Joly,conservateur-adjoint de l’ Institut Gustave Courbet. Comme à son habitude, Courbet voit grand et cherche à ce que l’on parle de lui. Ce « tableau de curés » va effectivement scandaliser les contemporains du peintre d’Ornans. A tel point, qu’il serait possible que son dernier propriétaire l’ait acquis pour le détruire. Mais les toutes récentes recherches réalisées par l’Institut Courbet et le musée Courbet montrent que cela reste une hypothèse. Aujourd’hui, le tableau a bel et bien disparu et il continue d’interroger : Au nom de la  liberté artistique, de la liberté d’expression, jusqu’où peut aller le peintre lorsqu’il s’en prend à la religion  ?  La question est résolument actuelle. 

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