06 Avr

Poitiers : un livre à la main, participez au projet « Inside Out » du photographe JR

La librairie La belle Aventure participe au projet « Inside Out » du photographe JR. Elle invite les lecteurs à venir se faire photographier, dans la librairie, avec leur livre préféré. Les tirages photos seront ensuite affichés dans le centre-ville de Poitiers.

Faites-vous photographier, ici, du 6 au 21 avril 2018, pour le projet Inside Out de JR. (Photo: La belle Aventure)

« Faites-vous photographier avec votre livre ». L’invitation de la librairie La belle Aventure à Poitiers s’adresse à l’ensemble de ses lecteurs. Il s’agit de participer au projet photographique « Inside Out » de JR, césarisé avec Agnès Varda pour leur documentaire « Villages Visages » (2017).

Pour la librairie pictave, l’idée est de rappeler que les « livres sont essentiels à nos vies ».

« Lire nous relie, nous rend libres et ouverts au monde, indique la librairie dans un flyer. Nous pensons que les librairies indépendantes sont des lieux indispensables de rencontre, de création et de diversité. »

C’est ce message que les lecteurs sont invités à partager et à transmettre à travers leur portrait.

Le projet du photographe JR « permet à chacun (…) de transformer un message personnel en oeuvre d’art publique », en l’occurrence, ici , un message sur l’importance du livre dans nos vies et dans la vie de la cité.

Au lancement du projet lors de la conférence TED à Long Beach en Californie (Etats-Unis) en 2011, le photographe appelait à la création d’un projet d’art global, mondial. 

« Je souhaite que vous vous leviez pour ce que vous aimez en participant à un projet d’art global, et ensemble, nous allons transformer le monde … INSIDE OUT. »

Par Inside out, entendez, mettre le monde sans dessus dessous, le changer pour le meilleur.

Le flyer de La belle Aventure, invitant les lecteurs à participer au projet Inside Out du photographe JR

Ailleurs dans le monde, d’autres projets ont déjà été réalisés. En Colombie par exemple, le projet « No Boundaries, Bigger Dreams » (Sans frontières, on rêve en grand) invite les enfants de Medellín à faire tomber les barrières imaginaires qui les empêchent de réaliser leurs rêves.

Tout est prêt!

A Poitiers, dans les locaux de la librairie, tout est déjà prêt. Un fond à pois noir et blanc, un tabouret, un éclairage de studio photo ont été installés dans l’espace dédié aux livres de photographies. Ne manquent plus que les lecteurs et leurs livres.

Dès vendredi 6 avril à 15h, et jusqu’au samedi 21 avril, les lecteurs pourront voir leur portrait réalisé avec le livre de leur choix.

Comme dans le documentaire d’Agnès Varda et JR, les portraits seront ensuite affichés en format géant, en centre-ville, début juin.

(Photographies réalisées par les libraires de La belle Aventure, du mardi au samedi, de 15h à 19h).

L’espace Studio photo pour participer au projet Inside Out à La belle Aventure à Poitiers.

 

Le photographe JR, lors de son allocution à la conférence TED en 2011:

07 Mar

Musique : Dominique A, un nouvel album, une tournée et une résidence à La Rochelle

Dominique A s’installe à La Sirène, à La Rochelle, à partir du 19 mars. La salle l’accueille pour une semaine de résidence au cours de laquelle le chanteur va répéter sa tournée qui débute le 24 mars. La série de concerts à venir devrait laisser une place large aux morceaux du dernier album « Toute latitude » (cinq7, 9 mars).

Comme une urgence, dans la voix et la rythmique soutenue des morceaux. « A la lumière des réverbères, le bleu nuit du lac entamé, j’observe les grains de poussière phosphorescent sur le sentier », chante Dominique A dans « Désert d’hiver ». Comme à son habitude, le chanteur emmène sur le terrain de la rêverie et, subrepticement, glisse vers l’examen du monde alentour et les humeurs troubles du genre humain. L’auditeur est convié à une plongée vers l’intime, les sentiments souvent contrariés par des vents inverses – Dominique A se fait parolier des émotions intérieures, ici, donc, d’une vie vécue depuis « un désert d’hiver » – pour mieux s’ouvrir sur l’épopée humaine contemporaine, somme toute si familière.

« Comme quand les gens vivaient ici »

Dans ce nouvel album, l’auditeur entre en terrain connu. Le phrasé du chanteur offre une douceur apaisante, telle une fausse piste pour mieux dérouter au morceau suivant. Il faut accepter de lâcher prise, de se laisser porter vers des chansons au ton parfois grave. « Corps de ferme » livre une introspection sombre et inquiétante où ressurgissent des fantômes du passé, « comme quand les gens vivaient ici ». Mais derrière le récit auquel invitent les mots du chanteur, sourde un autre enjeu : celui de la vie. Car la vie est bien là, bouillonnante, prête à surgir à chaque déflagration de guitare ou dans la présence entêtante de la rythmique, moteur du disque. L’auditeur est emporté.

Prenez « La mort d’un oiseau ». A la première écoute, le morceau renvoie au Dominique A minimaliste, électronique. Le dispositif du premier album semble même rejaillir. Mais le morceau introspectif respire, ample. La rythmique travaillée est couplée à une boucle mélodique aérienne. Le chanteur observe les derniers instants d’un oiseau et révèle une palette d’émotions intimes et sonores; interroge jusqu’aux notions de bien et de mal. Au fil du morceau, se révèle un homme, retourné par cette disparition.

Un disque de Dominique A se révèle souvent à la réécoute

Derrière les plages sonores lyriques de ce dernier disque, percent les échos de précédents albums comme l’immense « L’Horizon ». Les morceaux évoquent l’épopée d’un homme de son siècle. Grandiose Dominique A, personne n’ose l’intime comme lui. Les émotions convoquées ouvrent sur des vies urbaines en quête de grands espaces ou à l’inverse, sur une nature en stade hivernale, juste avant de revivre avec l’arrivée du printemps. Des moments rares, souvent somptueux. Pas le genre de disque que l’on ressortira en soirée pour danser, mais l’objet précieux que l’on prendra plaisir à écouter au casque ou dans l’intimité de son salon. Un disque de Dominique A se révèle souvent à la réécoute.

Les morceaux de Dominique A m’évoquent parfois le souvenir d’une toile de Pierre Soulages vue à Beaubourg. Un quadrillage de noir se dévoile devant mes yeux. Mon regard est comme interdit devant tant de noir, mais il se passe quelque chose d’inattendu. Une lumière perce. Plus je regarde la toile, plus cette lumière jaillit des interstices. La vie est là, juste là, dans cette émotion.

Chez Dominique A, pour y parvenir, on a parfois le sentiment d’une lutte. Comme si l’enjeu de toute une vie se jouait dans les 3’30 d’une chanson. Des angoisses ressurgissent, il faut accepter de tout remettre à plat, rebattre les cartes et, se regarder dans l’étreinte de toute une vie.

Dominique A, il y a plusieurs manières d’aborder ses chansons… Sa voix omniprésente invite à une écoute précise de ses textes, poétiques, lyriques, parfois énigmatiques, mais toujours à l’orée d’une métaphore révélatrice d’un sens caché venant soutenir la structure musicale de la chanson. Cette musique, tour à tour intimiste et lyrique, se révèle l’autre entrée dans l’oeuvre du chanteur singulier, comme une invitation à plonger vers la chaleur cotonneuse d’une voix douce et faussement fragile.

La Sirène

Dominique A débute la tournée qui suit la parution de « Toute latitude » à La Sirène à La Rochelle, le 24 mars. Il y sera présent toute la semaine précédente pour répéter ses morceaux pour la scène : une résidence et de travail, à la demande du chanteur.

Dominique A avait déjà eu l’occasion de travailler en résidence à La Sirène il y a plusieurs années. Il avait alors créé plusieurs morceaux depuis parus sur son album « Vers les lueurs ». Une amitié s’était nouée entre l’artiste, son équipe et la salle de concert rochelaise qui lui vaut aujourd’hui de revenir, un peu chez lui.

Entretien vidéo

A l’occasion de ses vingt années de carrière, en 2012, nous avions rencontré le chanteur. Il s’apprêtait à se produire aux francofolies de La Rochelle. Entretien :

Reportage, juillet 2012 aux Francofolies :

28 Fév

Littérature : les prestigieuses Editions de Minuit à l’honneur à la médiathèque de Poitiers

Lors de l'ouverture des Editeuriales, mardi 27 février 2018, Tanguy Viel et Irène Lindon, son éditrice aux Editions de Minuit, répondent aux questions de Baptiste Liger.

Lors de l’ouverture des Editeuriales, mardi 27 février 2018, Tanguy Viel et Irène Lindon, son éditrice aux Editions de Minuit, répondent aux questions de Baptiste Liger.

Les Editeuriales se sont ouvertes mardi soir par une rencontre avec le romancier Tanguy Viel, prix RTL Lire 2017 pour son dernier roman « Article 353 du code pénal » (Minuit). Consacrée cette année aux Editions de Minuit, la manifestation littéraire de la médiathèque de Poitiers recevait également, pour sa soirée inaugurale, l’éditrice Irène Lindon. L’occasion d’échanges sur le travail de l’auteur avec son éditrice. 

Très discrète, Irène Lindon. Comme gênée parfois ou intimidée. On sent que l’exercice de la prise de parole en public n’est pas ce qu’elle préfère. Pourtant, lorsqu’elle s’exprime, sa parole résonne, forte et assurée et dévoile même une impression qui se vérifie au fur et à mesure des discussions : l’éditrice des Editions de Minuit n’est pas du genre à garder longtemps sa langue dans la poche. Hier soir, à la soirée d’ouverture des Editeuriales, la manifestation littéraire de la médiathèque de Poitiers, elle a dérogé – un peu – à la règle qu’elle s’impose habituellement, celle de rester en retrait.

« Je trouve qu’un éditeur publie des livres, mais se tait », m’expliquait-elle dernièrement au téléphone pour décliner une demande d’interview. « Il n’y a rien d’intéressant à dire », trouvait-elle, avant d’ajouter qu’un « éditeur est content d’avoir des auteurs, mais c’est à eux de parler. »

Un livre, ça réconforte et ça déconcerte (I. Lindon)

La relation éditeur auteur

La présence de l’éditrice aux côtés de l’un des écrivains qu’elle publie depuis vingt ans, « presque jour pour jour, à une semaine près », rappelait hier soir Tanguy Viel, donne pourtant envie de l’entendre parler de son travail et d’en savoir un peu plus sur sa relation avec ses auteurs. Interrogée par mon confrère Baptiste Liger (Lire, L’Express, Technikart et Têtu) sur ce qu’elle recherche dans un manuscrit – une modernité littéraire? -, Irène Lindon balaie la question qu’elle « ne (se) pose pas » en ces termes et précise : « Je recherche quelque chose qui me réconforte et me déconcerte, c’est ce que j’appellerai la qualité d’écriture. »

La marque d’un écrivain est que son travail est parfait. Au-delà de trois virgules et de deux coquilles, je travaille peu avec l’auteur (I. Lindon)

Elle l’assure, elle « ne travaille pas vraiment avec les auteurs ». Pour une raison toute simple et évidente à ses yeux : « la marque d’un écrivain est que son travail est parfait. Au-delà de trois virgules et de deux coquilles, je travaille peu avec l’auteur. »

Tanguy Viel conforte les paroles de son éditrice d’un tout simple : « Irène a raison. » Irène Lindon intervient peu. Elle n’incarne donc pas cette image (fausse?) d’une éditrice qui aiderait l’écrivain à accoucher d’un roman. Comme pour expliquer le peu de changements apportés à un manuscrit, Tanguy Viel précise qu’ l’ « on écrit toujours un peu pour son éditeur », mais concède: « Elle exagère un peu, il peut y avoir quelques retouches. Mais parfois aussi, on se trompe. S’il y a un problème de dramaturgie, ce n’est pas l’éditeur qui va y changer quelque chose. »

Irène Lindon qui l’écoute attentivement, complète, comme une évidence, de sa voix rocailleuse : « Oui, l’éditeur n’intervient que pour des broutilles. »

Démystifier la place de l’éditeur

La rencontre de mardi soir a pris un tour passionnant dans ces brefs échanges où Irène Lindon a donné l’impression de vouloir minimiser l’importance de son travail. Ou de démystifier la place de l’éditeur. Sur son quotidien aux Editions de Minuit, elle confie le plus simplement du monde qu’ « elle ouvre le courrier, lit les manuscrits, gère le courrier administratif, s’occupe de la cession des droits à l’étranger… Nous sommes huit. Chacun est polyvalent. »

Ou encore, sur le choix du titre d’un roman : « ‘Article 353 du code pénal’, lorsque je l’ai déposé sur le bureau d’Irène, j’étais persuadé que ça ne passerait pas », se souvient Tanguy Viel, avec malice. « Allez, on a travaillé, une minute, une minute trente sur le titre! », concède l’auteur. Irène Lindon rebondit : « Oh oui, parce que ‘article 353 du code de procédure pénale’, c’était bien trop laid! »

Tanguy Viel poursuit : « La deuxième chose sur laquelle nous travaillons avec notre éditrice, c’est la quatrième de couverture ». Regardant son livre, il lit cette fameuse quatrième de couverture : « Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit. » Puis, il s’exclame dans un sourire : « Voilà, ça c’est de l’argument! C’est un petit travail… Quand même, il y a des choses que l’on fait avec un éditeur. » 

Le travail de composition de Tanguy Viel

« Article 353 du code pénal » est le dernier roman paru de Tanguy Viel. Sorti l’an dernier, il a depuis reçu le prix RTL Lire 2017 qui lui a valu un succès public. De ce roman, la critique a aimé souligner une certaine proximité avec le « polar ». Mais l’auteur joue surtout sur les codes.

A VOIR >> Reportage chez l’auteur, lors de la sortie d’ « Article 353 du code pénal »

Très vite, les échanges se concentrent sur l’écriture de l’auteur. Baptiste Liger l’interroge sur la singularité de son style, le rythme de ses phrases. Tanguy Viel confie que finalement, la phrase, « c’est ce qui se travaille le moins ». Il complète : « Ça fonctionne par blocs. La phrase a à voir avec un souffle, une image intérieure. Je ne dis pas qu’elle va être parfaite, il y aura peut-être des modifications, mais moi, j’ai plus l’impression de travailler sur la composition. Le phrasé, c’est presque une unité primaire qui n’est pas là tous les jours. Il arrive d’ailleurs que l’on doive jeter des blocs entiers, car ce sont de fausses notes…! »

Tanguy Viel a publié ses sept romans aux Editions de Minuit. Le premier de ses manuscrits n’a pourtant pas été retenu pour publication.

« Un jour, j’ai fait lire un manuscrit à François Bon qui l’a discrètement posé sur le bureau d’Irène, se souvient Tanguy Viel. J’ai eu un rendez-vous. C’était un rendez-vous d’encouragements. Le texte était fragile dans sa forme, difficile d’accès. Le conseil qui m’a été donné était le suivant : ‘essayez de faire un roman’. Avec un début, un milieu et une fin. J’avais 22 ans. Je suis sorti de ce rendez-vous, ça aurait pu me bloquer, mais ça m’a donné l’envie d’essayer d’écrire ce roman. Et ça a été ‘Le Black Note’. »

Pour lui, les Editions de Minuit, c’était les romans d’Eugène Savitzkaya ou les textes de Bernard-Marie Koltès. « J’ai découvert les Editions de Minuit vers 18 ans, assez tard finalement. Il s’est passé quelque chose qui ne s’était pas passé avant dans mon expérience de lecteur, quelque chose dans la densité de langage que je n’avais pas trouvé avant. » Et dont il est aujourd’hui l’un des héritiers.

Au bout d’une heure et demi d’échanges, dont certains avec le public, l’auteur s’est livré à une séance de dédicaces.

La manifestation se poursuit jusqu’au 15 mars avec des rencontres avec Yves Ravey, Julia Deck, Anne Godard, Eric Laurrent, Vincent Almendros ou encore un hommage à Christian Gailly.

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04 Fév

Musique : …et La Bien Querida enflamma la pop

C’est l’une des belles révélations de la musique pop venue d’Espagne : La Bien Querida, la bien-aimée en français. En cinq albums, Ana Fernandez-Villaverde a tracé un sillon singulier dans le milieu de la musique indépendante de son pays. J’ai récemment découvert son dernier album « Fuego » (Elefant Records) à l’occasion d’un périple en terres ibériques. La douceur aérienne de sa voix et ses mélodies, tour à tour enjouées et mélancoliques, m’ont séduit. Alors qu’elle prépare une tournée en Espagne, la chanteuse, native de Bilbao (Pays basque espagnol), a pris le temps de répondre à quelques questions.

La couverture intérieure de "Fuego" de La Bien Querida

La couverture intérieure de « Fuego » de La Bien Querida

Comme un rayon de lumière sur Radio 3, l’une des antennes de la radio publique espagnole. Alors que Javier et moi roulions sur l’autoroute près de Gijon, la voix d’Ana, leader de La Bien Querida, est venue se poser au creux de notre oreille.

« C’est leur nouvelle chanson », me lance Javier, fou de joie.

« 7 Días Juntos » (sept jours ensemble) est le titre du morceau qui débute.

« Te conocí en la puerta de un bar / Cuando salías a fumar / Y yo tomando el aire y tú y tú / No me dejabas de mirar » (« Je t’ai rencontré à la sortie d’un bar / Tu étais sorti fumer / Je prenais l’air et toi / Toi, tu n’arrêtais pas de me regarder »), entend-on.

La Bien Querida est un groupe dont Javier suit la production depuis les premières maquettes découvertes, à l’époque, sur Myspace.


Retrouvailles inopinées

« 7 Días Juntos » : rythme chaloupé, ambiance pop, dans la voiture, l’écoute est joyeuse. Il est question de retrouvailles inopinées entre une jeune femme et un jeune homme qui, le temps d’une semaine, se sont aimés. Mais lorsque l’une était prête pour l’amour, l’autre voulait juste s’amuser.

De cette histoire ancienne, ce dont la jeune femme se souvient le plus précisément, c’est de ce « rayon de lumière imprégnant son désir », moment du bouleversement intime qui donne toute sa force à la chanson… « Je t’ai voulu dès que je t’ai vu, » conclut la narratrice.

Des mois que Javier guettait la diffusion des nouveaux morceaux de La Bien Querida! Dans la voiture, quelques-uns des précédents albums de la chanteuse accompagnent notre voyage dans les Asturies.

Disque de l’intime

Depuis, l’album « Fuego » (« Feu ») dont est tiré ce morceau nous accompagne et séduit par sa capacité à dire l’intime, ces moments où le cœur bascule, où l’instant d’après l’être humain n’est plus tout à fait le même.

Le groupe avait habitué ses fans à des morceaux pop souvent plus minimalistes et dépouillés, voire « conceptuels » (voir entretien ci-dessous). La nouvelle chanson révèle une mélodie enjouée, même si le disque, dans son ensemble présente une tonalité plus aérienne et nostalgique.

La voix de la chanteuse, douce et articulée, reste fidèle aux précédents enregistrements. Comme un murmure, très féminin, parfois presque enfantin. Et nous nous sommes plu à nous laisser porter d’une chanson à l’autre. Comme dans « Dinamita » où la chanteuse évoque ce moment où elle s’est laissée embarquer sur un chemin de traverse, éveillée par l’envie de « jouer avec le feu », de « suivre la pente dangereuse », d' »allumer la mèche », de « revêtir des habits de fête » et « d’embrasser » cet homme face à elle. Et c’est comme si tout dans sa « vie l’avait conduit à ce moment précis ».

Pourtant, elle le reconnait dans « Lo veo posible », « Je me retrouve toujours à chercher l’amour au mauvais endroit ».

Alors, nous avons voulu échanger avec Ana. Elle a pris le temps de répondre à nos questions début février. Rencontre.

(Entretien : Clément Massé. Traduction : Valentine Leboeuf (avec Javier Gonzalez)).

Je voulais dire ce moment où l’on se réconcilie avec le passé plutôt que celui où l’on est en guerre avec soi-même (Ana Fernandez-Villaverde)

Musicalement, l’album « Fuego » apparaît différent de vos disques précédents. Peut-être plus festif et enlevé. Quelle a été votre démarche sur ce disque, votre recherche musicale ? Et, vous êtes-vous donné une direction particulière ?

Avec ce disque, je voulais observer le bon côté des choses, me placer du côté positif de la vie, explorer ce qui s’y passe, tout en sachant les contradictions, la différence entre ce que l’on affiche au quotidien et ce que l’on vit vraiment. Je voulais que la production et les arrangements en soient le reflet. Je voulais dire ce moment où l’on se réconcilie avec le passé plutôt que celui où l’on est en guerre avec soi-même. C’est un disque musical et non conceptuel comme le disque précédent qui avait un discours abstrait, parfaitement rodé, et qui a beaucoup plu à la critique. Pour ce disque, j’ai voulu explorer quelque chose de différent, sinon je savais que j’allais m’ennuyer. 

Lorsque j’écoute votre musique, je suis porté par votre voix. Elle apporte une dimension lyrique à vos chansons, mais semble aussi insuffler un brin de mélancolie. Est-ce une atmosphère qui correspond à votre état d’esprit ?

J’ai toujours eu cette pointe de mélancolie dans ma voix. Je n’ai pas une voix profonde, elle a cette tonalité enfantine qui accentue la mélancolie. Mais c’est aussi un peu fait exprès, je ne vais pas mentir. Quand je chante, je choisis volontairement une voix triste (sourires).

Pour moi qui comprends peu l’Espagnol, ce « Fuego » (le feu, j’imagine) qui donne son titre à l’album, d’où vient-il ?

Le feu, c’est celui que je vais chercher en moi quand j’écris des chansons. C’est l’étincelle qui enclenche le mécanisme. C’est une flamme, quelque chose que l’on recherche souvent dans nos vies. En amour par exemple, c’est ce qui nous permet de nous sentir vivant. C’est merveilleux de ressentir du désir et de le sentir se consumer en soi. D’abord, la flamme qui change tout, puis les braises qui maintiennent en vie la flamme, le feu.

Comment avez-vous construit cet album?

Je compose moi-même les chansons à l’aide de ma guitare et ensuite c’est David Rodriguez qui se charge des accords. On a l’habitude de travailler de cette façon. Vous avez raison, la chanson « Recompensarte » scinde le disque en deux, de par ses accords et son rythme ‘rumbesque’. On a réalisé une autre version de cette chanson, arrangée par Aaron Rux. Elle est plus sophistiquée et ressemble davantage au reste du disque. Elle peut s’écouter sur Spotify. Mais on a décidé de mettre celle-ci parce qu’elle apporte une certaine fraîcheur et rend le disque et la chanson moins dramatiques. Ça rejoint ma volonté de faire un disque lumineux, joyeux.

Dans ce disque, « Fuego », on passe de « Dinamita » à « Los jardines de Marzo », littéralement de la dynamite aux jardins de mars. Pour moi qui comprends peu l’Espagnol, je me suis avant tout laissé porter par la musicalité des morceaux et la cohérence musicale globale du disque. Je ressens un passage d’une ambiance lyrique et un brin nostalgique à des remous plus électro pop, des éclats d’allégresse à mi-parcours du disque pour finir sur une note très apaisée. A quel voyage avez-vous voulu convier votre auditeur?

Quand j’écris et compose mes chansons, je cherche continuellement à faire des rimes car elles accentuent la sonorité de la mélodie. Donc, même si vous ne comprenez pas la langue espagnole, vous entendez cet équilibre sonore. Cela m’arrive quand j’écoute des chansons en italien ou en français et ça me paraît essentiel. Je voulais que le disque soit un voyage passionnel qui débute avec « Dinamita » qui est une déclaration d’intentions et que l’on soit ensuite plongé dans un univers calme et paisible avec « Los Jardines de Marzo ».

Pour rester sur cette chanson « Recompensarte », c’est un duo avec J., le chanteur du groupe Los Planetas. Pouvez-vous nous parler de votre proximité musicale, amicale peut-être aussi, avec ce groupe et avec J. en particulier ? Est-il exact que c’est lui qui vous a incité à faire de la musique ? Pouvez-vous nous parler de la manière dont vous vous êtes rencontrés et des circonstances qui vous ont amenée à faire de la musique?

Cela fait plus de 20 ans que je connais J, c’est un grand ami, on s’entend très bien, aussi bien personnellement que musicalement, et, quand je compose, je lui envoie souvent mes chansons pour qu’il me donne son avis. J’ai toujours été fan de son groupe « Los Planetas », de sa façon d’écrire les chansons. Il a une grande influence sur moi. Il y a plus de dix ans maintenant, j’ai acheté une guitare et, à l’époque, je regardais sur Internet les partitions des chansons qui me plaisaient ; c’est comme ça que j’ai commencé à jouer. Un jour, J m’a dit qu’il faudrait que je compose des musiques, que ça marcherait bien pour moi. Je lui ai fait confiance et voilà où j’en suis aujourd’hui… Ensuite il y a eu beaucoup d’autres personnes qui m’ont soutenue comme David Rodriguez et Luis Calvo de mon label discographique (Elefant Records, ndlr).

Dans mon premier album, j’avais prévu un duo avec J sur la chanson « ADN » mais à l’époque personne ne me connaissait et j’avais peur que l’on pense que je profitais de sa célébrité. J’ai donc préféré le faire avec Joe Crepusculo qui débutait dans la musique, comme moi. Maintenant, avec mon cinquième album, j’ai un parcours assez reconnu et j’ai pensé que c’était le bon moment pour faire un duo avec lui. J’ai aussi participé à l’élaboration de ses deux derniers disques et dans pas longtemps, « Los Planetas » vont sortir un single dont la face B est l’une de mes compositions.

Pouvez-vous aussi nous parler des artistes qui vous ont marquée et influencée ?

Je pourrais vous citer de nombreux groupes. En ce moment, j’écoute beaucoup Robe Iniesta et je pense sincèrement qu’il est le meilleur parolier que nous ayons dans notre pays. Personne n’écrit aussi simplement et clairement. C’est populaire et beau, sans détours, sans métaphores bizarres ou ridicules. J’aime aussi beaucoup l’écriture de J du groupe Los Planetas. Et bien sûr le grand Manuel Alejandro.

En France, chez de nombreux artistes, on sent une quête poétique très forte (Dominique A, Keren Ann, Benjamin Biolay, Jean-Louis Murat…) comme s’il se voulait d’abord poètes et ensuite chanteurs. Et vous, en Espagne, comme définiriez-vous votre quête ?

J’adore la poésie, je pense que c’est un art indispensable à ma vie. Je ne pourrais pas vivre sans les poètes et poétesses qui créent la poésie. Je les admire parce qu’en plus c’est un art rare, je ne connais aucun poète qui vive exclusivement de la poésie. Alors que les musiciens, cinéastes, peintres qui vivent de leur art, ça existe. Mais je ne me considère pas comme une poétesse. La poésie est une discipline qu’il faut étudier et qui a ses règles. Moi je suis chanteuse-compositrice.

Enfin, parlez-nous de la couverture de votre album et tous ces objets qui apparaissent. Avez-vous voulu donner des indications, créer une ambiance avant d’écouter le disque ?

J’ai suivi le mouvement Things Organized Neatly, c’était une idée qui m’amusait. Ça en dit long sur moi parce que je suis quelqu’un de très ordonnée dans la vie et chez moi aussi. Tous les objets qui apparaissent en couverture me plaisent. On a loué un studio et j’ai passé la nuit à peindre le sol en m’inspirant du mouvement le Groupe Memphis. Pepe Leal s’est chargé de la direction artistique et a ordonné toutes ces objets dans l’espace. La photo n’a aucune retouche, on a tout fait là-bas. C’est Pablo Zamora qui a pris la photo.

31 Jan

Flamenco : après avoir enthousiasmé le public du TAP, rencontre avec le danseur Eduardo Guerrero

Applaudissements à tout rompre du public poitevin, Eduardo Guerrero a enflammé le Théâtre auditorium de Poitiers (TAP) les 19 et 20 janvier dernier avec son spectacle « Guerrero ». Nous avons pu échanger avec lui.

 

Trois chanteuses, deux guitaristes et un danseur évoluent sur la scène du TAP, d’un halo de lumière à l’autre. Les déplacements sont ponctués de coups frappés du pied par le danseur, Eduardo Guerrero. Des voix de femmes s’élèvent. Au loin, on entend le glas sonner. Leur chœur entame l’évocation d’un drame dont le spectacle est l’écho. Dès les premières notes, le spectateur est saisi…

Quelques jours après le spectacle, Eduardo Guerrero nous a accordés quelques instants pour échanger avec lui, par mail. Rencontre.

Cela fait plusieurs années que je travaille en France et je ne me souviens pas d’ovations similaires à celles que nous avons reçues lors des deux soirées à Poitiers. C’est flatteur de voir que dans une salle comme celle du théâtre de Poitiers il n’y avait plus un siège de libre. Poitiers m’a donné beaucoup d’affection (E. Guerrero)

Qu’évoque le chœur des femmes au début du spectacle ? Est-ce le récit de l’épopée du personnage que vous interprétez ?

C’est le prélude, il annonce ce qui va se passer dans le spectacle. Le chœur des femmes interprète une sorte de prière et de chanson religieuse que l’on appelle « Saeta », traditionnellement chantée devant la Vierge ou le Christ lors des cérémonies de la Semaine sainte en Espagne. Mais ici, c’est plutôt un chant de lutte et de courage. Elles interprètent un hymne de guerrières pour faire face à la bataille des sentiments qui est sur le point d’éclater sur scène.

Dans le spectacle, quels liens unissent le danseur aux chanteuses ?

Tout au long de la représentation, le spectacle révèle des émotions très riches et des personnages qui ne sont pas enfermés dans un rôle. On est à la fois amants, amis, fils et elles, les femmes, sont aussi bien institutrices que mères de famille… C’est très enrichissant. Tu réalises que dans un même spectacle tu vas pouvoir interpréter différents personnages de la vie quotidienne. Et tout ça en une heure et demi.

Votre spectacle trouve-t-il sa source dans le flamenco traditionnel ou vous situez-vous dans une quête d’horizons nouveaux ?

C’est un spectacle de flamenco. Il est l’expression de c’est ce que nous sommes en tant que troupe et de ce que nous ressentons. Mais c’est aussi un flamenco qui s’ouvre à d’autres univers. Je l’ai voulu plus innovant. C’est le flamenco que je ressens en moi en ce moment même. Mais il reste foncièrement imprégné de nos racines et de nos origines.

Au final, quelle histoire, quel récit, voulez-vous transmettre ?

C’est ma relation (et celle de l’homme en général) aux femmes : que ce soit la relation à la mère, l’amie, l’institutrice, la maîtresse. J’accorde beaucoup d’importance à cette relation. Ce spectacle est un hommage personnel à toutes les femmes.

Pour vous, quelle serait la meilleure définition du flamenco ?

Pour moi le flamenco est un langage qui nous identifie, c’est une culture, une façon d’être et un mode de vie. C’est un art qui transperce. On est ému, touché, quand on entend la guitare et la voix en direct. Et si à cela, on ajoute la danse, tout prend forme. Pour moi le flamenco est l’un des langages les plus puissants au monde. Il n’a pas besoin d’une langue parlée, il suffit de le sentir et de prendre du plaisir. C’est très fort.

Pour terminer, l’enthousiasme du public français et à Poitiers en particulier, vous a-t-il surpris ?

Je suis vraiment très satisfait des représentations de « Guerrero ». Dans chaque pays dans lequel on s’est produits, le public s’est révélé très réceptif. Cela fait plusieurs années que je travaille en France et je ne me souviens pas d’ovations similaires à celles que nous avons reçues lors des deux soirées à Poitiers. C’est flatteur de voir que dans une salle comme celle du théâtre de Poitiers il n’y avait plus un siège de libre. Poitiers m’a donné beaucoup d’affection, c’est un rêve pour moi de voir mes chorégraphies représentées dans de magnifiques salles en France. Les infrastructures sont bien meilleures que dans mon pays où la danse n’est pas aussi présente. Je suis très reconnaissant envers le public français, les programmateurs qui me font confiance et surtout envers mon équipe, qui rend possible tout ce qui est en train d’arriver dans ma vie.

Propos recueillis par Clément Massé et traduits par Valentine Leboeuf.

Eduardo Guerrero, sur scène, dans son spectacle de flamenco "Guerrero". c. Felix Vazquez

Eduardo Guerrero, sur scène, dans son spectacle de flamenco « Guerrero ». Photo : Felix Vazquez

 

 

17 Jan

Chanson : Violette dévoile ses compositions sur la scène pictave

Le 4 novembre 2017, Violette se produisait sur la scène de L'Envers du bocal à Poitiers.

Le 4 novembre 2017, Violette se produisait sur la scène de L’Envers du bocal à Poitiers.

Depuis notre table à L’Envers du bocal, le brouhaha de la salle pose un voile intempestif sur la voix de Violette. Avec Dominique et Javier, nous sommes installés à l’extrémité opposée, à l’une des tables en bois recyclé; d’anciens volets découpés qui portent encore leur ferrage. Devant nous, des groupes se sont formés et discutent debout un verre à la main. D’autres dînent d’une soupe et d’une salade création maison. Le long de la baie vitrée, on observe les passants entrer. Un filet d’air frais s’immisce. Le vibrato de Violette survole les discussions d’un samedi soir entre amis dans ce haut lieu culturel et alternatif du centre-ville de Poitiers.

Capter l’attention du public

Nous sommes venus sur les conseils de Dominique. Son amie Clémence, alias Violette, chante. Elle voulait qu’on la connaisse. Violette interprète de nouvelles chansons. Dans la caisse de sa guitare, elle présente son dernier EP, « Breath » (septembre 2017), le premier qu’elle publie sur support CD (disponible au Monde du Disque et à l’Espace culturel Leclerc Poitiers et en téléchargement sur Bandcamp). Le précédent, « Brainstorm » (novembre 2015), avait paru en ligne sur le site Soundcloud et comptabilise à ce jour plus d’un millier d’écoutes pour le titre phare, « My travel with you » et plusieurs centaines pour les suivants.

Le public du bar culturel L'Envers du décor applaudit Violette à l'issue de son set, le 4 novembre 2017

Le public du bar culturel L’Envers du décor applaudit Violette à l’issue de son set, le 4 novembre 2017

 

Chanter dans un bar, ça apprend à se dépasser, à attirer l’attention, à capter les gens (Violette)

Elle aime Bob Dylan et Cat Power

Sur sa petite scène, Violette a ajouté une petite guirlande de lumières blanches qui tombe de son ampli. Quand elle se présente, elle semble s’exprimer du bout des lèvres, presque timide. Pourtant, dès qu’elle chante, sa voix douce perce aisément au dessus des discussions et impose une présence au creux de l’oreille. Violette sait que « les gens ne sont pas forcément venus l’écouter ». « Ca apprend à se dépasser, à attirer l’attention, à capter les gens », confie-t-elle.

Violette s’est trouvée une proximité avec les univers musicaux des grands folkeux américains. Elle a choisi de s’exprimer dans leur langue, mais elle ne s’inscrit pas pour autant dans la tradition folk anglo-américaine. Certaines inflections de sa voix rappellent le lyrisme de celle de l’Américaine Judy Collins. Elle aime Bob Dylan, dit avoir beaucoup écouté Sheryl Crow et Cat Power et chante ses propres textes.

 Après le premier set à Northampton, je me suis dit, les gens savent tout. Ils ont tout compris (Violette)

En anglais

On s’interroge sur le choix de la langue anglaise. Une manière de « se protéger », avoue-t-elle. De ne pas complètement « se dévoiler ».

Sur son dernier EP, « The Rose » évoque par exemple la maternité. « The little song », qui ferme le disque, retrace une amitié  – amoureuse, semble-t-il -, dont, des années plus tard, il est temps de tourner la page. Les paroles sont simples, imagées et touchent juste.

Lorsqu’on la retrouve chez elle quelques semaines plus tard, elle en sourit et admet que lorsqu’elle s’est produite sur des scènes étrangères, en Grande-Bretagne par exemple, elle « a pris conscience que les gens pouvaient comprendre (ses) textes ». « Je me suis retrouvée complètement ‘nue' », avoue-t-elle, encore surprise. « Après le premier set, je me suis dit, les gens savent tout. Ils ont tout compris. »

Violette, rencontrée chez elle à Poitiers, le 10 janvier 2018

Violette, rencontrée chez elle à Poitiers, le 10 janvier 2018

Confortablement installée sur le canapé du salon de son appartement qui surplombe l’entrée du parc de Blossac, elle poursuit. « Ce n’est pas naturel pour moi de chanter en français. Le Français me fait peur, vraiment. (…) Beaucoup de gens écrivent de très beaux textes en français, je trouve dur de passer derrière eux. Je ne me sens pas encore à la hauteur. » Puis elle ajoute : « Peut-être que ça changera. » Elle note que Radio Elvis chante en français, alors, « pourquoi ne pas essayer… » Mais elle se reprend : « Quand la mélodie arrive, ce ne sont pas des mots français qui me viennent. »

Les Anglais étaient émus. Certains m’ont dit qu’ils étaient touchés par mes chansons (Violette)

L’expérience européenne

Violette a beaucoup tourné sur les scènes pictaves; et au-delà. Un tremplin Face B lui a permis, à Poitiers, de participer aux Expressifs en 2016. Présents cette année-là, des organisateurs du MaNo Musikfestival de Marbourg (ville jumelée à Poitiers) l’invitent à leur tour à se produire chez eux, en mars 2017. Là, à nouveau, d’autres organisateurs, cette fois du Twinfest de Northampton (autre ville jumelée à Poitiers – le festival est celui des trois villes, Poitiers, Marbourg et Northampton), lui offrent sa première scène anglaise.

L’expérience européenne demeure l’une des plus importantes de sa jeune carrière. « J’ai testé mes chansons auprès d’un public d’une autre culture musicale. On reçoit d’autres critiques », confie-t-elle. Le regard sur son travail change. Les retours qu’elle recevaient jusqu’à présent étaient ceux de ses proches. Au départ, « le premier miroir réellement, ce sont les amis et la famille. Certains ne soupçonnaient pas que je chantais… » Là, c’était un public étranger qui la découvrait comme n’importe quelle autre artiste. « Les gens étaient émus. Certains m’ont dit qu’ils étaient touchés par mes chansons. C’était vraiment le plus beau compliment que l’on puisse me faire. »

 Je compose le soir, le moment où c’est plus calme, quand la journée est passée et que l’on se retrouve avec soi-même (Violette)

Dans son salon, ses deux guitares et un ukulélé trônent, face au canapé. Un lapin noir, prénommé Bobby, pointe ponctuellement le bout de son nez, renifle furtivement l’invité et retourne se cacher entre un coussin et sa maîtresse. « En ce moment, la musique occupe un gros tiers de mon temps, » explique-t-elle. « Je compose par périodes. C’est le sentiment du moment qui agit. » Pour elle, c’est le plus souvent le soir, à la maison, « au moment où c’est plus calme, où la journée est passée, où l’on se retrouve avec soi-même. » Dans la journée, elle se repose sur cet outil moderne, le téléphone portable. « Il me sert à enregistrer mes idées quand elles me viennent. »

Lorsque l’on s’est rencontrés en janvier, Violette parlait de six morceaux en chantier. Certains deviendront des chansons, d’autres peut-être pas. Ils viendront s’ajouter aux sets de ses prochains concerts dont elle espère dévoiler la liste prochainement.

ALLER PLUS LOIN

Pour écouter Violette:

« Brainstorm » (novembre 2015)

« Breath » (septembre 2017)

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