03 Avr

Français du Mali : les femmes et les enfants d’abord…(MAJ)

MAJ (vidéo en fin de billet)

Elles ont pris leur décision en fin de semaine dernière. Jusque là, comme la plupart des Français du Mali, ces deux amies ne s’étaient pas véritablement inquiétées. Le coup d’État ne les menaçaient pas directement. Le couvre feu à Bamako avait été une parenthèse…désœuvrée (voir billet précédent). Les combats dans le Nord semblaient encore lointains…Et puis, l’idée du départ s’est imposée d’un coup, comme une nécessité :

« Nous avons pris la route samedi à l’aurore pour le Sénégal. Vendredi ma décision n’était absolument pas prise mais certains éléments, certaines conversations et ce que nous appellerons mon intuition féminine m’ont poussée à nous mettre mes enfants et moi à l’abri. »

« Nous communiquions tous les jours et à un moment donné je crois que nos intuitions ont été les mêmes, à savoir la situation se dégrade très vite avec une montée du sentiment « anti-étranger » + une menace de fermeture des frontières à nouveau + une situation économique chaotique. Pour ma part, j’ai préféré quitter le Mali avant l’embargo de la CEDEAO car je pense qu’il va y avoir des violences cette semaine. »

Last exit,  Dakar ?

L’une a pris la route, l’autre l’avion « au prix fort » vers le Sénégal. « Dans l’avion, peu de toubabs finalement mais beaucoup d’Africains.. Je ne saurais dire si ce sont des gens en mission qui voyagent, des Maliens ou d’autres nationalités qui allaient se mettre au vert en attendant des jours meilleurs. » Une escale de 24 heures, un avion d’Air France, et puis Paris, dès dimanche.

Sur les pistes, aucun signe de ce sentiment d’urgence qui avait prévalu au départ : « Cette traversée du Mali avait quelque chose de schizophrénique. Tout semblait normal, aucun contrôle aux différents postes, ni même à la frontière, les gens vaquaient à leur occupations ni pressés ni inquiets : normaux. Rien qui ne trahissait la situation que nous  suivions à la radio et qui nous annonçait la progression des rebelles et les chutes successives de Gao et TBK (Tombouctou). La traversée de Kati, ville d’où est parti le coup d’état avait un côté presque comique avec ses tubes de lance roquettes pointés vides sur BKO (Bamako), les véhicules blindés postés à tous les coins de caserne et les militaires en tenue buvant le thé vautré sur des chaises de jardin à côté de tout ce matériel.


J’ai appris ce soir (dimanche) par un ami de Mopti que la route du Burkina n’est plus sûre : les rebelles y sont depuis 2 jours. Par un ami de Gao, je sais que des tirs en l’air sont permanents, probablement pour empêcher les gens de sortir de chez eux. Trois groupes rebelles se partagent la ville mais sans contact entre les différents groupes. Les rebelles sont passés dans chaque maison et ont demandé aux chefs de famille ou à leurs fils aînés (un seul homme par famille) de sortir et leur ont remis de la nourriture pour leur famille. Aucun pillage n’aurait lieu… Je ne veux pas vous dire ce que j’ai laissé derrière moi de peur que l’énumération seule ne me casse. Je ne peux pas me permettre de me laisser aller pour le moment. »

Ressentiments

Les deux amies sont aujourd’hui en sécurité. D’autres, sans doute, ont pris la même décision. Combien, parmi les 4463 Français enregistrés sur les registres consulaires ? Impossible de savoir. Ce qui est sûr, c’est qu’il sera désormais plus difficile de sortir de ce qui pourrait bien devenir un nasse. Comme prévu, les pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de  l’Ouest, la Cédéao, ont annoncé lundi la fermeture des frontières.

Et puis, il y a les réfractaires. Ceux pour qui le retour n’est pas forcément une option et qui n’ont probablement pas fait la démarche de se faire recenser. Comme ce Français, qui décrivait lundi son état d’esprit après avoir « à contre courant, fait des pieds et des mains rentrer du Burkina au Mali » (…) « Au niveau des Français, qui comptent parmi les privilégiés, et dont je suis, on en est tous à compter le nombre de jours sans travail (et donc sans revenus) au-delà duquel, soit on pourra rester mais on devra licencier les employés (de maison, mais aussi les collaborateurs professionnels), soit, au final, on ne pourra plus rester ici et où on devra partir pour revenir dans un pays où on n’a plus rien à faire, et qui pour nous n’est plus un camp de base. »

Situation de crise

Jusqu’ici, le Quai d’Orsay n’a pas donné l’ordre d’évacuer, seulement le conseil de « quitter provisoirement » le pays. La situation se tend chaque jour davantage. Et plus le temps va passer, moins il sera confortable d’être Français au Mali. Comme le note ce mercredi pressafrik.com, La France est en effet soupçonnée de complaisance envers les rebelles touaregs qui avancent dans le Nord …en compagnie de combattants d’Acqmi (Al Qaïda au Maghreb  islamique), le groupe  qui détient les six Français enlevés au Niger… et l’inquiétude monte à l’école française « liberté » dans la capitale malienne. »

Comment sortir de ce qui pourrait rassembler à un véritable « piège » ? Dans les coulisses, les pièces se mettent en place, relativement discrètement. On l’a appris, mercredi dernier, une société française de sécurité, Erys Group, a renforcé sa présence à Bamako

Pendant ce temps, à Paris, la rapatriée volontaire essaye de trouver une solution pour participer… à la présidentielle. Jusqu’à preuve du contraire, elle est en effet inscrite sur les listes électorales à Bamako…

MAJ Interrogée par Métro, cette jeune coopérante gère l’incertitude sans trop d’inquiétude.. .. Carine et Sylvie, elles ont fait le choix du départ, voyez ce reportage de mes confrères de France 2, Dominique Derda et Frédéric Ranc.

28 Mar

Français du Mali : « ce soir, au comptoir du « Blabla » ! »

Il sont un peu plus de 6000 en temps normal. Mais quand les expats français ont entendu le consul les avertir plus d’une semaine avant (!) des risques de coup d’état, les entreprises françaises ont commencé à rapatrier ou à relocaliser leurs salariés dans les pays voisins. Pour ceux qui sont restés, le plus difficile, jusqu’à hier soir, aura été de prendre leur mal en patience, bloqués chez eux, comme en témoigne le blog underground gastronome et ses rubriques « détachées »:  « Que lire  pendant un coup d’état ?: « Ce coup d’Etat au Mali n’en finit pas. Les putschistes n’ont pas l’air de bien savoir quoi faire de cet Etat qu’ils viennent de conquérir, la rumeur annonce une contre-offensive loyaliste qui ne vient pas, il fait un temps de sieste – 40 degrés,  des ambassadeurs se font piquer leur auto diplomatique devant l’ambassade de France, l’absurde est roi.. Le moment est donc favorable pour se plonger dans la lecture de Festins Orphiques » .

Fin du couvre feu

Mais la situation a évolué. « le couvre feu a été levé hier soir (mardi), les frontières sont réouvertes, on a à nouveau le droit de sortir de chez nous… »
L’occasion de se faire une idée par soi même des premiers effets des événements. Alors que rien n’est définitivement réglé, il est déjà clair que le retour à la normale risque de prendre  un peu de temps. Témoignage reçu ce midi, d’un expat qui préfère garder l’anonymat.
« La coopération pour laquelle je travaille est suspendue et l’ambassade m’a demandé de rester chez moi jusqu’à nouvel ordre. La cité administrative, lieu où tous les ministères sont concentrés, a été saccagée. Mon ministère a aussi été saccagé. Tous les ordinateurs ont été volés, ça ne va pas favoriser la reprise du travail. Mon bureau qui n’est pas situé dans la cité administrative  a été épargné. J’ai parlé avec quelques uns de mes collègues. Ils sont très prudents dans leurs propos. Il me semble que comme la situation n’est pas stabilisée, ils ont peu de visibilité sur leur avenir personnel et ne prennent pas de position qui pourrait leur nuire. Ils sont fatalistes ? confiants ? Je ne saurais dire ce que signifie. ‘Tout va s’arranger’ Inch Allah' »

« la famine va leur péter à la figure »

La ville bruisse de rumeurs sur les négociations en cours mais au final on ne sait pas bien encore ce qui se dessine.  Ce qui me frappe, c’est que personne n’évoque la famine.. On parle de la guerre dans le nord mais pas du tout de la famine… C’est comme avant le coup d’état, le maître mot était ‘y’a pas de problème’. Alors que tout autant que le nord, la famine va leur péter à la figure.

La récolte a été très mauvaise et plusieurs régions, en dehors des zones de combat du nord, ont des problèmes. Mon chauffeur qui est bozo, de l’ethnie des pêcheurs, est parti dans son village il y a 8 jours, vers Mopti. Il n’y avait plus rien à manger là bas, il était très inquiet. Les journaux maliens commencent à reparaître sur le web. Le maliweb notamment. Il est étonnant de lire des articles aussi critiques sur le nouveau pouvoir alors que la situation n’est pas encore stabilisée. »

« A bas la France »


Ce matin des milliers de manifestants ont occupé la rue à Bamako en soutien à la junte. Sur certaines pancartes, on pouvait lire « A bas la France ».  Nouveau témoignage :

« Cela fait quelque temps déjà qu’il y a un sentiment anti-français qui monte au Mali de la part d’une partie de la classe politique et de la population. La France est notamment accusée d’accueillir des éléments du MNLA et d’être trop bienveillante à leur égard.. On soupçonne aussi la sarkozie d’être prête  à tout pour faire libérer les otages avant la présidentielle. L’ambassadeur de France avait même fait une mise au point en démentant tout en bloc, dans les journaux maliens en février. Enfin, une partie de la rébellion touareg est une conséquence directe de la guerre contre Kadhafi, où la France était en pointe. La suspension de l’aide internationale va vraisemblablement renforcer ce sentiment dans les semaines à venir  (le budget de l’état malien dépend pour partie de l’aide internationale et les fins de mois vont être encore plus difficiles à boucler pour lui, dorénavant, (d’autant que la guerre coûte cher) et l’élargir à d’autres nationalités.. l’Amérique pourrait être en bonne place de détestation.. On se sentira moins seul comme ça ! »


Ce soir au Blabla




Pas question pour autant de se laisser aller à la sinistrose ou à la crainte. La levée du couvre feu permet une reprise de la vie sociale, le comptoir du Blabla, haut lieu de la vie nocturne bamakoise devrait dès ce soir faire le plein et accueillir ses fidèles, Maliens et étrangers qui ont l’habitude de s’y rencontrer :
« je vais résolument au Blabla ce soir car cela fait une semaine que je ne suis pas sorti de chez moi et qu’il faut bien vivre quand même ! De plus, cela permet de savoir ce qui se passe en ville. Il y a toujours des journalistes et des gens au fait de l’actualité au Blabla. »


22 Mar

Français de l’étranger ou à l’étranger : identité et sémantique

Avec sa proposition choc de lier impôt et nationalité, Nicolas Sarkozy a provoqué un véritable bouillonnement. Sur la mesure en elle même, sa pertinence et sa faisabilité (voir billet précédent) mais aussi sur la notion même d’expatriation.

En tentant d’établir la distinction entre bons et mauvais expatriés, entre ambassadeurs et déserteurs, la proposition a provoqué quelques réactions plutôt intéressantes. J’en ai retenu deux particulièrement. Antagonistes.

Le blogueur INSIDE AMERICA n’a pas d’identité claire mais un style incisif. Sous le titre, « les bons, la brute et les méchants », l’auteur se livre à un exercice assez réjouissant de bonneteau sémantique sur les bons expatriés, cocardes tricolore en bandoulière, qui font de mauvais immigrés et ces déserteurs fiscaux qui se comportent comme des immigrés modèles dans leur pays d’adoption.

Un peu compliqué ? Lisez le billet intégralement vous comprendrez mieux.

Le second polémiste se nomme Ruben Mohedano-Brèthes. Il est candidat  « indépendant centriste humaniste » (si, si !) dans la 4ème circonscription, des législatives de l’étranger, à savoir le Benelux. Lui aussi est un adepte de la sémantique. Mais d’une sémantique plus.. patriotique.  « Non, nous ne sommes pas des Français »de » l’étranger » assène-t-il avec force. Car cette petite locution, à l’apparence de particule, n’aurait, selon lui, rien de noble en la circonstance :

D’où cette préférence affichée pour l’expression « Français « à » l’étranger », revendiquée comme un label, une sorte d’Appellation d’Origine Contrôlée..

Pas sûr qu’ « INSIDE AMERICA » partage cette vision un peu messianique de l’expatriation, mais c’est clairement une partie du raisonnement qui a prévalu à la création des circonscriptions des Français de l’étranger.

« Expat ou immigré ? »

Quoiqu’il en soit, le débat n’est pas près d’être clos. Le questionnement identitaire, qu’il soit sociologique, sémantique ou philosophique est dans la nature même de l’expatriation. Vous en trouverez d’autres échos dans la rubrique éponyme de ce blog (expats ou immigrés ?). Parmi l’ensemble des liens, je vous en recommande deux en particulier :

  • – « Il y a d’autres motifs au départ comme le gout pour l’aventure, l’éducation ou l’exil politique, mais la majorité des étrangers sont à là  pour l’argent. Ce ne sont ni des expatriés, ni des immigrés, car le choix de rester ou partir dépend de la réalité économique. Ce qu’ils sont – ce que nous sommes – c’est des migrants économiques. » Un point de vue décalé et inversé développé par Néo,  expat/immigré africain en Occident
  • – « Plus profondément, c’est l’identité même de celui, celle, qui part à l’étranger qui est posée. Pourquoi part-on ? Qu’y recherche t-on ? Veux -t-on voir du pays, c’est à dire beaucoup de pays différents ? Ou s’installer dans un pays? Vivant en couple mixte ? Avec des enfants qui peut-être devront choisir entre deux passeports à leur majorité? Et quand cesse t-on d’être un expatrié et devient-on un immigré? ». Le premier commentaire enregistré dans ce blog,  signé @Mpouy, installé depuis 10 ans à Berlin et engagé dans la campagne du PS



10 Mar

Fukushima : être parti, être resté, y aller, en revenir…

Des expatriés vivaient au Japon, il y a un an. Avant la catastrophe, Mathieu Moindron se sentait plus dans la peau d’un émigré que d’un expat. « Installé avec ma femme (japonaise) à Sendaï, j’ai trouvé un travail, je me suis fait des amis, j’ai pu rencontrer la famille de mon épouse. J’étais bien, ma vie était là-bas. » Virage brutal, tête à queue.  Départ précipité pour un retour en France pourtant inenvisageable 3 jours plus tôt… « Sendaï compte plus d’un million d’habitants et n’est située qu’à une centaine de kilomètres de la centrale de Fukushima. Inconsciemment (..), j’ai songé à Tchernobyl. J’ai repensé aux images de ces enfants irradiés, des dégâts que provoquait ce mal invisible et des mensonges qui l’accompagnaient. J’ai regardé ma fille, âgée de quatre ans à peine et je n’ai plus songé qu’à une chose : rentrer. » La bonne décision affirme-t-il aujourd’hui au terme d’une (belle) réflexion sur ce qui s’est passé vraiment (à lire sur leplus.nouvelobs.com)

Marguerite et cet autre Français sont restés. Ils racontent les bouleversements de leur quotidien au Figaro. École de musique dévitalisée, vigilance permanente sur les aliments. La peur et le doute dans la vie de leurs hôtes Japonais. « un second accident » dit l’homme « signerait la fin du Japon moderne, la structure politique pourrait partir dans n’importe quelle direction…»

Immersions

L’impact de la catastrophe, c’est ce qui intrigue le plus l’artiste rémois, Brice Maire : « D’une manière générale, le nucléaire est révélateur de ce qu’est notre société moderne ; souvent, qu’il soit pour ou contre, le public est spolié du débat. » Plasticien, photographe,  déjà auteur de « Zone contaminée », un ensemble de travaux artistiques sur la catastrophe de Tchernobyl, Brice Maire a décidé de récidiver en partant s’immerger 15 jours à Fukushima. A suivre au jour le jour sur le blog  « road to Fukushima ».

Au cours de son périple, Brice Maire croisera  peut-être certaines de ces familles japonaises et expatriés déjà rencontrées par le documentariste belge Alain de Halleux. Lui aussi familier du questionnement sur le nucléaire, le réalisateur  a précédé  l’artiste sur les lieux de la catastrophe. Il en a tiré notamment une web série « récits de Fukushima », en cours de diffusion sur Arte dont voici la bande annonce

Le premier épisode nous emmène à la rencontre de David et Eiko Morel en proie à « la grande question » : rester ou partir. Le couple avait ouvert une crêperie bretonne à Tokyo, il y a 5 ans. L’incapacité des autorités japonaises à assurer la traçabilité des produits alimentaires a levé leurs derniers doutes. Un an après, les mêmes arguments, la même décision que Mathieu. L’avenir de leur petite fille sera probablement en France, loin de cet ennemi invisible que la culture japonaise, laissée à elle même,  préfère ne pas regarder en face.

03 Fév

Egypte : inquiétudes et rapatriement

La situation en Egypte est de plus en plus préoccupante . Des rumeurs anti-étrangers se sont répandues, relayées par la presse égyptienne. Les autorités françaises multiplient les avertissements sans prendre pour autant de mesures spécifiques, ce qui a le don d’inquiéter un peu les expatriés, comme le rapporte le Figaro qui publie le témoignages de plusieurs d’entre eux confrontés à des menaces de plus en plus précises.

Près de 10 000 Français résident en Egypte. Beaucoup sont employés par des entreprises qui ont commencé à organiser des rapatriements. Dés lundi 31 janvier, le site de La Tribune répertoriait les mesures envisagées par les groupes Français.

19 Jan

Clin d’oeil : 70% des Français habitent dans leur région natale !

Les Français seraient-ils immobiles ? La question pourrait vous paraître un tantinet provocante dans ce blog dédié aux expatriés de tous poils, c’est pourtant une des premières qui vient à l’esprit quand on découvre cette conclusion des statistiques de l’Insee issues du recensement de 2008 . 70 % des Français vivent aujourd’hui dans leur région natale !

Et j’entends déjà certains d’entre-vous se gargariser de leur propre aptitude à l’aventure et au goût du risque versus la frilosité d’une grande majorité de ce peuple devenu si casanier.

J’en imagine même quelques uns, pris d’une envie pressante de se précipiter dehors pour faire savoir qu’ils appartiennent à cette minorité, active et entreprenante, sans laquelle notre vieux pays pourrait bien disparaître irrémédiablement de la surface cette planète mondialisée. Et que oui, bien sûr, ils sont de « ces fers de lance » sans lesquels nous pourrions bien sortir de l’Histoire alors que certains, pourtant longtemps distraits, s’apprêtent enfin à y entrer.

Alors là, je dis, casse cou !

D’abord parce que une bonne partie d’entre-vous, parmi les bi nationaux, sont nés hors de France et que rien ne prouve que vous n’habitez pas encore à proximité de votre région d’origine. Non mais !

Ensuite, parce que si on prend le temps de regarder plus attentivement les cartes  régionales publiées en début de semaine, on s’aperçoit qu’entre le point de départ et le point d’arrivée, il y a la place pour un parcours de vie « On est attaché à sa région comme on l’est à sa patrie », reconnait le sociologue Jean Viard sur RTL. Mais « Les Français sont mobiles. Parmi les gens qui habitent dans leur région d’origine, certains ont travaillé toute leur vie ailleurs et prennent leur retraite. Il y a aussi des étudiants qui vont partir puis revenir ».

Et s’il fallait encore vous convaincre, jetez donc un œil aux commentaires suscités par cet article de l’Express. Plus de la moité des réactions émanent d’anciens expats. « Téléphone, maison ».

11 Jan

Japon : « Etranger, des deux côtés… »

Derrière soi, le pays que l’on a quitté semble de plus en plus lointain. Devant soi, un pays d’adoption qui se refuse… à vous adopter. Ce ressenti est sans doute assez commun pour qui a déjà vécu une expérience d’expatriation. Mais, à lire ce blog, « Inari’s diary » on comprend que ce trouble a plus de chance de vous submerger au Japon, ce pays où « personne ne comprend ce que nous faisons là, à vivre à l’autre bout de la Terre, seuls, éloignés de tout ce qui nous est familier. »


Rien à voir avec le « syndrôme japonais », expression utilisée à rebours pour nommer ce trouble de l’identité qui frappe, parfois jusqu’à la folie, de jeunes Japonais en visite à Paris. Non, ici, il s’agit plus simplement du vague à l’âme d’une Française qui, à l’aube de 2012, s’interroge sur son entre-deux identitaire. L’expression d’un dépit amoureux teinté d’un brin de masochisme.

Sur un ton très personnel malgré le nous qui rythme son récit (un couple ?), Inari témoigne de son malaise et d’une certaine irritation contre cette société «  dans laquelle personne ne veut se lier d’amitié avec vous, puisque, vous repartirez, c’est une évidence !! (pourquoi???) ».

Pas question pour autant de céder à la nostalgie et de regretter « la France, ce pays de gros sales parlant fort et se prenant constamment la tête pour un oui ou pour un non. » (merci, pour nous ;^). Non, que les choses soient claires « Nous sommes des expatriés et nous sommes fiers de l’être. »


P.S. parmi les descriptions d’Inari, on trouve celle ci : divinité liminale entre l’homme et les animaux, et entre l’homme et le divin, le culte à Inari serait l’une des métaphores de la société japonaise : une unité de façade et une hétérogénéité de fait...

04 Déc

Qui sont les nouveaux expatriés Français ?

Le registre mondial des Français établis hors de France a enregistré 115 000 nouvelles inscriptions en 2010. 4300 de ces nouveaux partants ont accepté de répondre aux questions de la Direction des Français de l’Etranger et des Etrangers en France (DFAE)

Repêché dans les replis du web et partagé sur Twitter par @HgoGlobalMob, ce rapport contient de nombreuses données sociologiques très intéressantes .

Pour plus de 7 expatriés sur 10, c’est avant tout le désir de découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, qui a joué un rôle décisif dans la décision de s’établir hors de France. Cette envie de dépaysement, de « changement d’air » ressentie par les Français ayant choisi de s’expatrier constitue d’ailleurs un élément récurrent des témoignages laissés dans la rubrique des commentaires libres.

« Après une énième candidature rejetée, j’ai décidé de partir » « l’accès à l’emploi est plus facile en tant que jeune diplômée »« contrairement à la France,  les entreprises au Royaume-Uni font confiance aux juniors » « licenciée à 50 ans, je n’ai jamais retrouvé de travail en France. Il a fallu m’expatrier » « fuir une France dépressive et sclérosante » « les grèves, les polémiques permanentes »

Avant de vous lancer dans la lecture du document intégral (36 pages), vous pouvez utilement passer par cette synthèse publiée sur le blog  Gestion des Risques Interculturels.

Les nouvelles destinations

Motivés mais pour partir où ? Si vous n’êtes pas encore rassasiés de données, vous pouvez également vous plonger dans l’analyse globale des statistiques des destinations les plus prisées. Selon le rapport du Directeur des Français à l’étranger, ce sont l’Asie-Océanie, le Proche et Moyen-Orient, et l’Europe de l’Est qui attirent le plus avec un taux de croissance annuel moyen supérieur à 5% ces dix dernières années.

Même s’il ne faut pas perdre de vue que les gros bataillons de Français établis à l’étranger  – comme le montre le graphique ci-dessous – sont encore en Europe (49%),  en Amérique,  (près de 20%) et en Afrique, 15%.

01 Déc

Ici Londres

Des Français parlent aux Français expatriés et aux francophiles de Londres. French Radio London émet depuis un an (17 /11 /2010). Un reportage de télérama.fr nous fait découvrir cette aventure dont les racines plongent jusqu’en..Afrique du sud !

French Radio London est par nature et nécessité une radio généraliste. Deux rendez-vous à noter, « envie d’ailleurs », carnet de voyage participatif sur de grandes villes mondiales et le direct d’actualité « pret à parler », où un vieux briscard de la BBC, Jean-Michel Duffrène, @jmdFRL officie 4 jours par semaine. Pas encore d’échos des enjeux politiques de la campagne dans la 3ème circonscription des Français de l’étranger, mais ça viendra. Hier, ce sont les élections au Maroc  qui étaient en discussion.

26 Nov

La France, on l’aime moins, alors on la quitte ?

"This must be the place" = "Ce doit être l'endroit" ou "Ce doit être ici", photo prise à Sligo

« Mon avenir en France était inexistant, seule la fuite semblait possible. A quoi bon rester sur un bateau qui coule ? »  Sans perspective en France, malgré son bac plus quatre,  Missmarie est aujourd’hui assistante de français en Irlande. Sur son blog où elle chronique ses découvertes, la jeune femme revient sur les états d’âme de ceux qui vivent entre deux cultures jusqu’à se penser comme apatrides. L’expatriation a changé de nature depuis quelques années, « le dilemme des expatriés » en apporte une nouvelle illustration.