25 Juil

Pêche électrique dans la Loue à Cléron (Doubs) : Un rendez-vous annuel pour un bilan encore décevant

Pêche électrique sur la Loue à Cléron le 23 juillet 2020.

 

C’est l’une des plus grandes pêches électriques de France. La Fédération de pêche du Doubs avec le soutien de l’Agence de l’eau RMC, de l’Office français de la Biodiversité et du conseil départemental du Doubs organise depuis 2014 ce comptage de poissons tous les ans à la mi-juillet. Cette régularité doit permettre d’évaluer l’efficacité (ou non) des actions mises en place depuis les fortes mortalités de truites et d’ombres en 2009 et 2010.

Ce programme de pêche électrique est prévu, cette année, entre le 20 juillet et 28 juillet mais tout dépend des conditions météo. Comme à chaque fois, le comptage des poissons est réalisé sur le Dessoubre au Moulin du Dessus, au Moulin de Belvoir, à Moricemaison et Fleurey; sur le Cusancin à Pont-les-Moulins et Guillon-les-Bains, sur le Lison à Nans-sous-Saint-Anne et Lizine; Enfin sur la Loue à Mouthier et Cléron. C’est cette dernière qui est la plus « spectaculaire ». Une cinquantaine de pêcheurs viennent prêter main-forte sur ce tronçon de la Loue qui traverse la propriété du château de Cléron.

Le principe de la pêche électrique est de dresser un inventaire à instant t sur un espace défini. Un courant électrique continu est généré dans l’eau, cela force les poissons à nager vers les pêcheurs qui les recueillent alors dans leurs filets…L’opération est renouvelée trois fois sur ce tronçon de la Loue, pour un comptage le plus exhaustif possible des espèces.

Truites Fario, ombres, chevesne, chabot, loches sont bien là mais en quantité nettement insuffisante par rapport à ce que l’on pourrait attendre dans une rivière de ce type qui n’aurait pas de problème de pollution. C’est ce que constate Christian Rossignon de la Fédération du Doubs pour la pêche et la protection du milieu aquatique.

Les espèces sont présentes mais pas en grande quantité. Le Haut Dessoubre est la rivière la plus épargnée mais à Cléron, on est à 50 % de ce que l’on est en droit d’attendre ici, même à 80 % pour les truites.

La fédération de pêche du Doubs a publié récemment le bilan des pêches électriques en 2019. A Cléron, la quantité de poissons ne parvient pas à progresser.

Le peuplement est conforme à la référence d’un point de vue qualitatif, mais quantitativement très déficitaire, avec des biomasses globales évoluant sensiblement à la baisse. La totalité des espèces, hormis l’ombre, présente des abondances très faibles, sans évolutions significatives depuis le début du suivi en 2012.
La biomasse de la population de truites est au plus bas (plus faible valeur depuis le début des suivis), mais le recrutement annuel connaît une certaine embellie tout en demeurant relativement faible. Les juvéniles d’un an sont très peu représentés.
Pour l’ombre, les densités numériques augmentent à nouveau en raison d’un recrutement annuel de bon niveau. Néanmoins, le tassement des effectifs des stades plus âgés engendre une baisse de biomasse après plusieurs années de progression. L’abondance globale de l’espèce est cependant stabilisée depuis 3 saisons.
Parmi les espèces accompagnatrices, le vairon est le seul à progresser quelques peu en gagnant pour la première fois une classe d’abondance (mais en restant toutefois largement déficitaire).

Un bilan peu enthousiasmant pour les défenseurs des rivières et des poissons et qui symbolise assez bien ce qui se passe dans les rivières comtoises. La Loue est toujours d’après les critères européens une « rivière en bon état écologique » mais, en réalité sa santé n’est pas top.

C’est ce qu’a pu constater sur le terrain le tout nouveau directeur des territoires du Doubs (DDT).  Patrick Vauterin a pris son poste il y a un mois. Les critères définis par la DCE, la directive cadre sur l’eau ne permettent pas d’avoir une qualité optimum.

Il faut aller plus loin. C’est tout l’effort qui a été fait dans ce département et qu’il est nécessaire d’approfondir encore pour aller plus loin.

Le nouveau directeur des services de l’Etat insiste sur le travail en partenariat pour parvenir à une amélioration du milieu aquatique. Il rappelle que le règlement sanitaire du département est plus contraignant dans le Doubs que dans les autres départements et que les normes pour les stations d’épuration sont calculées en fonction du milieu.

Il faut du temps pour qu’il y ait une réponse biologique dans la rivière. C’est sur le long terme que l’on va pouvoir mesurer les effets des différentes actions

admet Julien Bouchard, Chef service connaissance à l’Office français de la biodiversité (OFB). Patrick Vauterin est encore optimiste.

En matière de politique de l’eau, ce qui est important est de pouvoir jouer sur tous les outils.

Des outils variés : Prévention, accompagnement, pédagogie et aussi répression.

Isabelle Brunnarius
isabelle.brunnarius(a)francetv.fr