31 Mar

Des truitelles de l’Ain à l’agonie : bras de fer entre les pêcheurs et EDF

Les vairons de l'Ain prises au piège des éclusées. @AAPPMA Pêcheurs à la ligne de l'Ain

Les vairons de l’Ain prises au piège des éclusées.

C’est un véritable bras de fer que les pêcheurs ont engagé avec EDF. Trois AAPPMA ( Pêche Protection Vallée de l’Ain, l’Active Union des Pêcheurs de la basse rivière d’Ain et Pêcheur à la ligne de l’Ain) ont l’intention de porter plainte contre EDF pour destruction d’espèces protégées. La truite Fario et l’ombre commun sont deux espèces protégées en France. Ces derniers jours, les truitelles et ombrets de la rivière d’Ain ont été victimes d’éclusées de la part d’EDF. Ces « bébés poissons » sont morts coincés dans des endroits de la rivière devenus secs en raison de la fermeture des vannes des barrages par EDF pour reconstituer ses stocks d’eau dans le cadre de sa production d’électricité. Pour les pêcheurs de ce secteur, c’est un véritable crève-cœur de voir ces petits chevennes et truitelles agonir faute de pouvoir rejoindre le lit majeur de l’Ain. EDF reconnaît que, cette fois-ci, « l’événement a été plus important que lors deux dernières années ».

Cette épisode est l’un des derniers en date du long feuilleton sur la tentative d’accord entre producteurs d’électricité et pêcheurs. Depuis 2014, rien ne va plus entre ces deux acteurs des rivières même si les désaccords remontent encore plus loin dans le temps. Cette année-là, les représentants de pêcheurs refusent de signer la « convention salmonidés » qui précisent les accords entre EDF, les services de l’Etat et les pêcheurs sur le fonctionnement des ouvrages hydroélectriques de la rivière d’Ain. A cette époque, les pêcheurs estiment que les propositions d’EDF sont nettement insuffisantes pour préserver la faune de l’Ain et ils demandent une renégociation. Elle est toujours en cours. Un groupe de travail existe avec l’ONEMA, la  DREAL, l’Agence de l’Eau, la DDT. Un bureau d’études intervient également dans un souci de médiation. Pour les pêcheurs, l’objectif est d’obtenir que les baisses de niveau d’eau gérées par EDF soient « moins brutales » :

« Il faut bien comprendre que lorsque l’on retrouve par exemple une dizaine de truitelles mortes sur un mètre de berge, cela en fait plusieurs dizaines voir centaines de milliers massacrées sur les 100 km de berges de cette rivière, et cela à chaque baisse ! Et retrouver ces truitelles au milieu des innombrables galets, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, on ne voit donc qu’une infime partie de la casse. Nous souhaitons simplement une gestion plus « naturelle » de ces baisses de débit, comme cela a déjà été fait sur d’autres grandes rivières françaises à truites, car on sait que ce n’est qu’une question de volonté (ou pas!) du gestionnaire. »précise Nikola Mandic, vice président de la fédération de pêche de l’Ain.

Alors pourquoi est-ce si compliqué de trouver un accord avec EDF ? En Franche-Comté, les négociations ont également duré des années pour trouver un accord sur la gestion des barrages sur le Doubs franco-suisse. Parce qu’il s’agit d’enjeux financiers et énergétiques. Gérald Ramos, est chargé de ces questions pour EDF dans la vallée de l’Ain :

« Notre démarche doit tenir compte des enjeux de la transition énergétique, des aléas des changements climatiques et des multiples usages de l’eau en particulier sur le lac de Vouglans. Actuellement, nous testons de nouvelles modalités de gestion pour constater les effets de notre gestion et tenter de trouver un équilibre. Ces mortalités ne nous font pas plaisir et je comprends l’émotion des pêcheurs. Nous cherchons des solutions pour limiter l’impact des éclusées et il faut analyser cet événement sur le long terme et comprendre ses conséquences sur le cheptel global de la rivière.J’espère que ce travail constructif va continuer car la complexité du sujet le nécessite. « 

Voici le schéma des barrages de l’Ain. Les négociations portent sur la limite basse des débits mais aussi sur l’harmonisation du fonctionnement des barrages de l’Ain.

Les barrages EDF de l'Ain

Les barrages EDF de l’Ain

EDF fait fonctionner ses turbines hydroélectriques particulièrement lorsque l’énergie nucléaire ne peut répondre à un pic des besoins en électricité et aussi lorsque les autres énergies renouvelables ne peuvent pas produire autant que prévu. Pour bien comprendre la complexité du dossier, il faut savoir que lors d’une éclusée brutale, EDF perd moins d’eau que lorsque l’eau file de façon plus doucement. Et l’eau, c’est de l’argent !

Si les pêcheurs ont décidé de passer à la vitesse supérieure en portant plainte, c’est pour que tous les acteurs de ce dossier, services de l’Etat et EDF prennent conscience de leur détermination. Ils prennent en exemple le bassin de la Dordogne. Il y a quelques années, ce secteur était confronté à la même problématique. D’après les pêcheurs de l’Ain, une centaine de plaintes avait été déposée. Un accord avait finalement pu être trouvé entre tous les acteurs de ce dossier lui aussi épineux.

Isabelle Brunnarius
isabelle.brunnarius(a)francetv.fr

 

 

 

  • <span class="author">Evelyne Brossard</span>

    je ne suis pas scientifique, mais l’argent est le premier responsable, voilà pourquoi les décisions trainent

  • <span class="author">Florian Chabaud</span>

    EDF c’est approprier l’eau mais pourtant il ne leur appartiens pas ! Il ce font de l’argent de façon ilegitime et n’en a au final rien a foutre de la nature et des son ecosysteme. Peut etre devrions nou faire comme les paysans quand il font une manifestation (allez au siege edf mettre tous les poisson qu’il font mourir a chaque ecluser et tout casser) peut etre que l nous serons entendu

    • <span class="author">Etienne</span>

      EDF s’est approprié l’utilisation des rivières en effet. Et elles ne leur appartiennent pas. C’est juste qu’EDF se fait de l’argent de manière illégitime et que l’EDF se fiche de l’écosystème où elle s’implante. Pour être entendus il faudrait être nombreux et organisés pour rallier du soutient et de l’attention publique sur le sujet.