30 Mai

Un champignon introduit par l’homme pourrait être à l’origine des mortalités de poissons dans le Doubs et la Loue

Les mycoses des truites, ombres et loches auraient été provoquées par un agent pathogène introduit par l’homme selon les conclusions de l’étude de l’université de Neuchâtel, dévoilées aujourd’hui par les autorités fédérales suisses.

Les surmortalités de poissons ne seraient donc pas uniquement dues à un mauvais fonctionnement de la Loue comme l’avait annoncé le groupe d’experts mandaté par le comité des sages. Les chercheurs suisses ont gagné du temps dans leurs recherches grâce au travail des équipes françaises qui, elles, avaient réussi à écarter la piste des cyano-bactéries.

Le laboratoire de biologie du sol de l’université de Neuchâtel a isolé un agent pathogène appartenant au groupe Saprolegnia parasitica, souche hautement virulente. «Dans les trois rivières étudiées, tous les poissons malades étaient infectés par la même souche de Saprolegnia parasitica. On peut donc considérer que le pathogène constitue une population clonale, c’est-à-dire issue d’un seul et même clone. Un tel résultat plaide fortement en faveur de l’hypothèse d’une introduction récente de cette souche dans le milieu naturel.» explique les autorités fédérales dans leur communiqué. En clair,  c’est l’homme qui aurait introduit ce champignon dans le Doubs, la Loue et la Sorne en Suisse.  Des bottes de pêcheurs, de promeneurs, un canoë mais aussi l’introduction d’espèces exotiques, l’activité agricole… pourraient expliquer l’apparition de cet agent dans les rivières. C’est pourquoi les autorités piscicoles recommandent de désinfecter avec de l’eau de Javel ou de l’alcool, le matériel de pêche ou d’autres objets comme les canoës ayant été en contact avec les eaux de ces rivières.
Ce type d’agent n’est pas habituellement virulent mais «Le Saprolegnia qui se développe dans le Doubs, la Loue et la Sorne aurait également pu se transformer en une forme agressive suite à des modifications de l’environnement ou pour d’autres raisons inconnues.» Il touche des poissons déjà affaiblis par le mauvais état de la rivière.
Pour que les ombres, fortement touchés par ces mortalités depuis 2009, puissent se reproduire tranquillement, l’interdiction de pêcher cet espèce est désormais étendue au secteur jurassien du Doubs.

L’OFEV, l’office fédéral de l’environnement, a l’intention de surveiller la propagation de la maladie en cherchant cet agent dans d’autres rivières suisses. Il est important d’identifier les zones infectées pour tenter d’éradiquer cette épidémie.

Isabelle Brunnarius

24 Mai

Le saviez-vous ? Le paysage de la vallée de la Loue est protégé.

Mouthiers, un site inscrit à l'inventaire. Une photo de jean-Claude Gagnepain.

C’est en lisant le tout récent numéro de la revue « En Vadrouille » que j’ai découvert cette protection. La « haute et moyenne vallée de la Loue » ( de la source à Quingey, 19 communes sont concernées) est un site inscrit à l’inventaire depuis 1979. La source de la Loue et les gorges de Nouailles sont, elles, classées à l’inventaire depuis 1933. Dernier paysage classé en 2003, les falaises d’Ornans et de la vallée de la Brême, un affluent de la Loue peint par Gustave Courbet. Huit communes sont concernées : Bonnevaux-le-prieuré, Charbonnières-les-sapins, Foucherans, Malbrans, Ornans, Saules, Scey-Maizières, Chassagne-Saint-Denis.

Il n’y a pas que les monuments qui peuvent être protégés par ces inscriptions ou ces classements. Le paysage est « un bien commun. Sa préservation permet maintenir la biodiversité, et possède désormais une valeur indéniable pour l’économie touristique » peut-on lire sur le site de la DREAL, la direction de l’environnement.

Toujours dans « En Vadrouille », Sylvie Debras nous apprend que nous devons cette protection des sites à un député du Doubs. Charles Beauquier est à l’origine de la loi de 1906. Cette législation s’applique aux paysages « dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général ».

Ainsi, si vous vivez dans le périmètre de l’inscription d’un site, vous devez faire une déclaration en préfecture quand vous réalisez des travaux : « L’inscription entraîne, sur les terrains compris dans les limites fixées par l’arrêté, l’obligation pour les intéressés de ne pas procéder à des travaux autres que ceux d’exploitation courante en ce qui concerne les fonds ruraux et d’entretien normal en ce qui concerne les constructions, sans avoir avisé, quatre mois d’avance, l’administration de leur intention (…) Dans les sites inscrits, le camping et la création de terrains de camping sont interdits, mais des dérogations sont possibles. Il en est de même pour l’installation de caravanes ». Pour le site classé, les contraintes sont plus importantes. Cette fois-ci, il faut demander l’autorisation à la préfecture pour réaliser des travaux.

Isabelle Brunnarius

22 Avr

Un film et une pétition pour le Doubs franco-suisse


Afficher Les trois barrages sur le Doubs sur une carte plus grande
Une image vaut mille mots. Patrice Malavaux, garde pêche de la Franco-Suisse devait avoir en tête ce proverbe lorsqu’il a entrepris de photographier et de  filmer ce qu’il constate au quotidien le long du Doubs. Un ras-le-bol qui ressemble fort à celui de Nicolas Germain,  l’auteur du DVD dénonçant le mauvais été des rivières jurassiennes.

Que se passe–t-il sur le Doubs franco-suisse ?  Selon Patrice Malavaux «Rien n’y fait, les barrages, et en particulier celui du Châtelot, continuent de régner en tyrans sur le Doubs Franco-Suisse en prenant la rivière pour un robinet que l’on ouvre ou que l’on referme au gré des besoins… On parle sans cesse d’amélioration, mais vu du terrain, la situation se dégrade d’année en année. 2012, que l’on croyait être l’année des progrès ne pourrait guère commencer plus mal.» Les images parlent d’elles-mêmes, les poissons ont du mal à survivre à ces changements brusque de débit.

«Dilapidation de la ressource eau»

Il existe bel et bien un règlement d’eau des barrages. Il doit être revu en 2014. Des efforts ont été réalisés en particulier par EDF sur le  barrage du Refrain mais d’après Patrice Malavaux, ils sont «réduits à néant par le régime du Châtelot toujours plus brutal et anarchique». Il semble donc urgent que le barrage franco-suisse du Châtelot mette au point une gestion plus équilibrée. D’autant plus que selon Patrice Malavaux «les millions de mètres cubes d’eau turbinés par le Châtelot n’arrivent pas à être absorber ni à turbiner par  les petits barrages en dessous (Refrain et Goule). C’est donc manque à gagner car l’eau est turbinée par un seul barrage au lieu des trois). La ressource en eau est dilapidée».

Cette situation, Cédric Journot, la dénonce également. Ce pêcheur est l’auteur
de la pétition « Un débit pour la survie du Doubs». Le problème est ancien et des actions ont déjà été entreprises pour tenter de faire réguler cette gestion des barrages. Alors pourquoi une nouvelle pétition ? En 2007, une  précédente initiative avait recueilli 1700 signatures. La video de Patrice Malavaux a été comme une goutte d’eau qui a fait déborder… la conscience de Cédric Journot. Le pêcheur s’est même donné un surnom «La truite qui meurt» d’où son cri d’alarme :  «Si vous souhaitez que vos enfants, petits-enfants et vous même puissiez encore voir des poissons vivants, martins pêcheurs, batraciens, micro faune, pour faire court  la vie tout simplement et ceci dans les années à venir, INDIGNEZ-VOUS SVP, car c’est le dernier moment pour le faire!!!!!»

«Libérer les rivières»


Les pêcheurs se mobilisent contre la gestion du… par F3FrancheComte
Ces deux nouvelles initiatives pour le Doubs franco-suisse interviennent alors que le Comité des Sages pour la Loue et les rivières comtoises vient d’affirmer que les très nombreux aménagements (barrages et seuils) agissent la qualité de la rivière (débit, température, continuité écologique). Une des actions préconisée est justement de redonner de la liberté à la rivière. C’est doute pour cela que les défenseurs du Doubs franco-suisse avaient l’espoir que la situation s’améliore en 2012 mais
une fois de plus, enjeux économiques et environnementaux s’entrechoquent.

Isabelle Brunnarius

Mortel début de saison pour la Loue

Ombres à l'agonie dans la Loue à Ornans, avril 2012.

C’est habituel mais cela ne devrait pas être une habitude. Une fois de plus, les truites et les ombres meurent dans la Loue. Cette semaine, plusieurs personnes ont alerté la fédération de pêche du Doubs. Des poissons ont été retrouvés morts entre Lods et Quingey, en particulier à Ornans ( confluence de la Boneuille) et Cléron.  Pierre Braems, du lodge de la Piquette comptabilise méticuleusement les poissons morts sur son parcours. Ce mardi, il a récupéré 28 ombres. Un chiffre « normal » par rapport aux autres années mais « ce n’est pas normal ». Surtout ne pas s’habituer… Ce qui l’inquiète le plus c’est le fond de la rivière tout noir. Cet hiver, avec les crues, le fond était redevenu clair, « Dame Nature avait, elle, fait son travail ». Mais, aujourd’hui, le fond est de nouveau encrassé.
Cette nouvelle mortalité énerve les pêcheurs. Alexandre Cheval, garde pêche de la fédération ironise « C’est bizarre, c’est toujours à la même époque… il a plu, les épandages ont commencé ». Les poissons sont en période de frai, ils s’abiment sur les pierres, ils sont fatigués et donc vulnérables aux maladies. La pêche aux ombres doit ouvrir le 19 mai, les pêcheurs risquent bien de continuer à déserter les bords de la Loue.

10 Avr

Revoir l’émission « Ma région, ça me regarde » : Pollutions au long cours

Si vous n’avez pas eu le temps de regarder notre émission du samedi 7 avril sur france 3 Franche-Comté, voici deux liens ( première partie et seconde partie ) pour la regarder car cette émission est en deux parties.
Mon confrère Jérémy Chevreuil avait invité Nicolas Germain, pêcheur, blogueur et auteur d’un DVD sur les mauvaises états de santé des rivières de la région. A ses côtés, Jean-François Robert, président du comité des sages et Daniel Prieur, président de la chambre agriculture du Doubs.

« Information, formation et pourquoi pas répression » c’est le triptyque souhaité par le président du comité des sages même si il reconnaît qu’il n’y a pas assez de personnel pour verbaliser. Le plus surprenant pour ce comité des sages est sans doute la découverte des actions des uns et des autres. Visiblement l’information n’ a pas forcément circulé entre tous les acteurs qui agissent sur le bassin versant de la Loue. Car des actions sont bien entreprises, de l’argent engagé mais les pêcheurs ne voient pas la qualité de la rivière s’améliorer.

Nouvelle réunion du comité des sages Loue et Rivières Comtoises

Pour la seconde fois, les « sages » se sont retrouvés jeudi 5 avril en préfecture à Besançon. Autour d’une même table, les uns et les autres n’ont pas les mêmes priorités mais, maintenant, ils discutent ensemble. C’est un premier pas. Tout l’enjeu de ce comité des sages est d’arriver à faire travailler ensemble des mondes qui s’ignorent ou s’invectivent. Le président du comité des sages, Jean-François Robert regrette l’absence de réflexion globale, chacun travaillant encore dans son coin. Les experts ont remis leur rapport, une synthèse des données existantes mais il faudra aller plus loin pour comprendre exactement ce qui se passe dans la rivière.

La composition du comité des Sages Loue et rivières comtoises, source : préfecture de région Franche-Comté

La Loue va mal depuis une trentaine d’années et il aura fallu la forte mortalité de 2010 pour que tous les acteurs du bassin versant se retrouvent ensemble. Les 17 membres du comité sont des représentants des services spécialisés de l’Etat, des industriels, des élus, des scientifiques, des agriculteurs, des représentants des associations environnementales  mais curieusement la fédération de pêche n’est pas représentée.

Michel Lassus, membre de la Commission de protection des eaux, « ne voit pas trop le bout du tunnel ». Il reconnaît que des efforts ont été faits mais beaucoup reste à faire. En particulier pour les stations d’épurations. En cas de crues, les eaux usées sont déversées sans être traitées. Finalement, c’est toujours le même sentiment qu’il y a beaucoup à faire et qu’il reste de nombreuses incertitudes. Par exemple, il est actuellement impossible de mesurer l’impact de l’activité des scieries du bassin versant sur la qualité de l’eau. Certaines grumes, explique François Lassus, sont traitées sur place en forêt…

Daniel Prieur, le président de la chambre d’agriculture, lui, est plus optimiste. En 2010, les agriculteurs ont mal vécu le fait d’être montrés du doigt lors de la mortalité des poissons sur la Loue. Des efforts ont été réalisés avec le soutien de l’agence de l’eau et du conseil général du Jura. Aujourd’hui, 65% des exploitations du bassin versant sont aux normes pour la gestion des effluents. Et pourtant, les épandages en période interdite existent toujours même si cela ne concerne que quelques exploitations. Dans les mois qui viennent, le  développement de la filière porcine avec l’installation de nouvelles porcheries va forcément ouvrir le débat. Comment concilier le développement économique et la préservation de l’environnement. Les lieux d’implantation seront étudiés de très près et il faudra choisir des techniques d’élevage compatibles avec la qualité des sols et donc des rivières… Daniel Prieur rappelle qu’il y a 20 ans, il n’y avait aucune discussion possible entre agriculteurs et défenseurs de l’environnement. Aujourd’hui, ils discutent ensemble même si cela peut virer au dialogue de sourd.

Jean-François Humbert

Jean-François Humbert, président du groupe national d'experts du comité des sages Loue et rivières comtoises.

Je réserve le mot de la fin à Jean-François Humbert. Ce Franc-comtois d’origine a présidé le groupe national d’experts qui s’est penché sur la Loue. C’est un spécialiste des cyanobactéries, son laboratoire est à l’Ecole Nationale Supérieure à Paris. Ce scientifique a travaillé sur le lac du Bourget, victime d’eutrophisation. Des mesures ont été prises pour diminuer le rejet de polluants dans le lac. Aujourd’hui le lac va mieux. Pour la Loue, le scientifique assure que la situation est également réversible. A condition de s’en donner l’énergie et les moyens.

Une nouvelle carte d’orientation des épandages

C’est un nouvel outil qui va être mis à la disposition de tous les habitants de la vallée de la Loue. Depuis 2009, la chambre d’agriculture du Doubs et le conseil général du Doubs mettent au point une nouvelle cartographie des sols du bassin versant de la Loue.  Sur ces cartes communales d’orientation , 2500 dolines, 300 pertes, 250 sources ont déjà été répertoriées, les zones humides sont également localisées. Toutes ces zones sont sensibles et l’épandage d’effluents organiques n’est à priori pas adapté.Les sols sont classés en fonction de leur épaisseur, de leur nature.

Pour réaliser ce travail, les deux instances ont été épaulées par l’association Grape , spécialisée dans l’étude des sols depuis 25 ans (Groupe Régionale Agronomie Pédologie Environnement).  Sur les 121 communes concernées, 42 ont déjà été cartographiées. Tout devrait être fini pour la fin de l’année, les cartes seront consultables par tous en mairie. Les agriculteurs pourront ainsi mieux connaître leur territoire et améliorer l’épandage de leur effluents. Des zones seront proscrites mais tout repose sur la bonne volonté des éleveurs car ces cartes ne sont qu’incitatives.

Les agriculteurs  ne sont pas les seuls concernés par cette cartographie. Les communes pourront s’en servir pour épandre les boues des stations d’épuration. Les industriels, les artisans, les villageois devraient également utiliser cette cartographie pour améliorer leurs pratiques. Dans son rapport présenté mercredi 7 mars à Besançon, le comité des sages rappelle que les origines des pollutions sont multiples.

24 Fév

Sensibilisation et formation aux sols karstiques

Comment fonctionne un sol karstique..ce gruyère de calcaire si particulier au bassin versant de la Loue? Si les réponses à cette question vous intéressent, Franche-Comté Nature Environnement organise le 14 avril une journée de sensibilisation et de formation à la maison de la Pêche à Ornans. Une journée théorique et pratique ouverte à tous.

Le matin, petit cours en salle et l’après-midi sortie sur le terrain avec Michel Lassus, de la commission de protection des eaux, Pascal Reilé, spéléologue et hydrogéologue et Catherine Bahle de Franche Comté Environnement. Direction les sources de la Loue et du Pontet. La particularité des sols karstiques est de laisser filer ce qui pénètre dans le sol comme par exemples les pertes des stations d’épuration. La visite se poursuivra au Creux renal, une ancienne décharge municipale réhabilitée.