30 Mai

Le stand en carton de Viané sur la Comédie

Deux tabourets, un carton, et une nappe, ça peut suffir pour vendre quelques livres.

Deux tabourets, un carton, et une nappe, ça peut suffire pour vendre quelques livres.

Ce week-end, vous l’apercevrez peut-être à côté des chapiteaux de la Comédie du Livre. Un carton posé sur un tabouret lui sert de stand. Il n’a pas réussi à se faire inviter sur le salon mais entend bien profiter de l’évènement. Viané est un chômeur montpelliérain de 37 ans passionné d’histoire africaine. Après avoir passé trois ans au Burkina Faso, il est revenu à Montpellier avec la ferme intention de raconter l’histoire de l’ancien président Thomas Sankara. En 2014, il sort sa première bande-dessinée, éditée à compte d’auteur.

Viané, de quoi parle votre bande-dessinée Sankara et Blaise ?

« C’est une oeuvre de quarante-huit pages qui raconte les quatre années de pouvoir de Thomas Sankara. De son coup d’état en 1983 à son assassinat en 1987. Un récit à travers l’amitié qui liait Sankara à Blaise Compaoré, celui qui a pris le pouvoir en 1987 et l’a gardé jusqu’en 2014. Cela ressemble à une tragédie grecque. Blaise Compaoré et Thomas Sankara sont comme deux frères mais l’un va assassiner l’autre pour le pouvoir. C’est ce côté très shakespearien qui m’intéressait. Et aussi le fait que Thomas Sankara soit un mythe au Burkina Faso. J’ai vécu trois ans là-bas, les gens le considèrent comme un héros. Lors de l’insurrection qu’a connue le pays il y a six mois, tout le monde portait des T-shirts à son effigie. La foule criait des slogans comme « La patrie ou la mort ! » qui était la devise du Burkina au temps de Sankara. Il est toujours très présent dans les esprits. Et puis il y a à peine trois jours, mardi dernier, les autorités ont exhumé le corps de Thomas Sankara pour faire des analyses ADN. Est-ce vraiment lui dans la tombe ? Depuis 27 ans, un mystère plane sur cet assassinat, ses commanditaires, et sur la façon dont il a été tué et enterré. Aujourd’hui ce mystère ressurgit. » Continuer la lecture

La biographie romancée d’Evariste Galois

François-Henri Désérable aime expliquer à ses lecteurs la vie d'Evariste

François-Henri Désérable aime expliquer à ses lecteurs la vie d’Evariste @Aurélien Tiercin

Evariste Galois est l’un des plus grands génies de l’histoire des mathématiques. Il a révolutionné l’algèbre au XIXème siècle. Mais on ne connaît pas grand chose de sa vie. Pour écrire sa biographie, François-Henri Déserable a dû allier fiction et faits réels. Mais où s’arrête la liberté de l’écrivain ?

Evariste Galois est considéré comme le père des mathématiques modernes. Républicain radical, il meurt en 1832, à l’âge de 20 ans, dans des circonstances encore floues. Continuer la lecture

Les médiathèques, le bon plan pour lire sans se ruiner

La médiathèque se délocalise à la Comédie du Livre. Crédit photo : Nacime Rahoui

La médiathèque se délocalise à la Comédie du Livre. Crédit photo : Nacime Rahoui

Pour les amoureux de lecture au petit portefeuille, il existe une solution : s’inscrire à la médiathèque. Plus besoin d’acheter les livres, vous pouvez les emprunter. Pour 10 euros par an maximum, toute la famille peut en profiter.

Mathieu, Montpelliérain d’une quarantaine d’années, est inscrit à la Médiathèque centrale Emile-Zola depuis sept ans « pour pouvoir lire un tas de trucs, sans les acheter« . Une fois par semaine, Mathieu passe au ravitaillement littéraire, avec sa fille Malou, dix ans. À eux deux, le père et la fille sont capables de dévorer dix bouquins par semaine. Pour Mathieu, la médiathèque est synonyme de liberté. Continuer la lecture

Juan Manuel de Prada, autopsie « d’une imposture »

150530-006

©Lisa Melia

Anti-modernité, anti-Charlie, fervent catholique, intellectuel engagé… Juan Manuel de Prada cultive son image de polémiste réac’. Il présente son dernier livre Une imposture à Montpellier. Ce matin, il s’est plié à l’exercice du petit-déjeuner littéraire. Café, thé, croissants et une dizaine de lecteurs pour discuter littérature et politique.

Juan Manuel de Prada est né dans le pays basque espagnol il y a 45 ans. Cinq ans avant la mort de Franco.Ce qui explique peut-être sa fascination pour les années noires de l’histoire espagnole, la guerre civile et la dictature. Dans Les masques du héros, paru en 1997, il raconte l’Espagne du début du XXe siècle, juste avant la fracture de la guerre civile. La même année sort La Tempête, qui reçoit le prestigieux Prix Planeta et propulse Juan Manuel de Prada dans l’arène des grands auteurs, célébré par la critique européenne.

Dans son dernier roman Une imposture, il s’intéresse à la División Azul, la « division bleue ». Entre 1941 et 1943, près de 18 000 volontaires espagnols se sont battus sur le front soviétique, aux côtés des Allemands. « Antonio, mon personnage principal, s’engage pour échapper à son passé. Quand il revient, il endosse l’identité d’un autre, un camarade mort au front. Commence alors une quête pour faire disparaître toutes les traces de son passé, nous explique de Prada. D’où le titre Une imposture. Je voulais montrer l’impact du mal sur la vie d’un homme. » Continuer la lecture

Podemos peut-il secouer la Comédie ?

Le manifeste de Podemos traduit en Français @Olivia Leray

Le manifeste de Podemos traduit en Français @Olivia Leray

Ce samedi, la version française du manifeste « Claro que podemos » est présentée à la Comédie du Livre. « Bien sûr, nous pouvons ». Ce slogan fait bouger l’Espagne et s’est traduit par un véritable séisme politique dans les urnes. Nous avons voulu voir si l’enthousiasme de Podemos a conquis Montpellier. 

« Un séisme est une secousse résultant de la libération brusque d’énergie accumulée », nous dit Wikipedia. Pour François Rodriguez, co-fondateur du Cercle Podemos Montpellier, l’Espagne a bel et bien connu un séisme lors des dernières élections locales, un véritable tremblement de terre politique. Deux femmes Manuela Carmena et Ada Colau pourraient gagner les villes de Madrid et de Barcelone. Pendant un séisme, il y a toujours des répliques. L’une d’entre elles est arrivée jusqu’à Montpellier. Continuer la lecture

Indigène Editions, de l’indignation à la consécration

Les fondateurs des éditions Indigène, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. @Vincent Giard

Les fondateurs des éditions Indigène, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. @Vincent Giard

Fondée en 1996 à Montpellier, Indigène Editions a connu quelques difficultés à exister à ses débuts. Jusqu’à Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, publié en 2010. Le succès a été tel que la maison d’édition connaît aujourd’hui une belle réussite. Portrait d’une maison atypique.

Les bureaux d’Indigène sont installés dans une impasse, du côté de Celleneuve, un quartier excentré de Montpellier. Une maison d’édition où vivent ses fondateurs, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. Leur espace de travail se trouve dans les combles, et c’est tout sauf un hasard.  » C’est l’endroit le plus haut de notre maison, une sorte de grenier, décrit Sylvie Crossman. C’est tout un symbole. Il est le toit de notre vie. »

L’espace est encombré : des livres partout, un Mac qui trône sur le bureau, des post-it et des photos sur les murs. « Tout est là : notre vie, nos pensées, nos écrits, les livres qu’on publie, les livres des personnes qu’on a publiés, des photos de ce qu’on a vécu », détaille Sylvie Crossman.

Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou sont partis de rien. « A l’époque, on avait peu de moyens, déclare la directrice éditoriale. Le capital de notre maison d’édition, c’était nos propres livres. » Près de 20 ans plus tard, les livres du couple n’ont pas changé de place, la poussière en plus. « Ce sont nos livres sur les Aborigènes, sur les Amérindiens, sur les Inuits, sur le Tibet… ». Et autour, des photos. « Des clichés de voyages, argumente Sylvie Crossman. Des voyages de travail vécus avec nos enfants. On y voit aussi bien des moines tibétains, le Dalaï-Lama, des astrophysiciens, des neuro-scientifiques, des gens qui, aujourd’hui, dialoguent pour rendre les savoirs du monde plus riches et plus beaux. » Continuer la lecture

Que rapporte la Comédie du Livre aux libraires ?

Sans forcément acheter de livres, les visiteurs découvrent de nouvelles librairies.

Sans forcément acheter de livres, les visiteurs découvrent de nouvelles librairies.

Pour cette 30ème édition de la Comédie du Livre à Montpellier, onze librairies de la ville ont installé leurs tréteaux. De la petite indépendante à la grande enseigne, aucune ne gagne vraiment d’argent sur ces trois jours . Peu importe, ce n’est pas ce qu’elles viennent chercher !

Jean-Marie Sevestre sur son stand Sauramps.

Jean-Marie Sevestre sur son stand Sauramps.

S’installer sur l’Esplanade, c’est l’assurance d’être vu. L’an dernier, la Comédie du Livre a drainé plus de 60 000 visiteurs, en trois jours, 15 000 livres ont été vendus, pour 200 000€ de chiffre d’affaires. Des retombées économiques pas vraiment à la hauteur des investissements des exposants.

Sauramps, par exemple, a dépensé cette année entre 250 000 et 300 000 euros pour ses cinq stands. Un prix qui comprend le transport des auteurs invités, leur restauration et hébergement, ainsi que la commande des livres. « Et encore ! Nous avons la chance d’avoir des délais supplémentaires de paiement laissés par les éditeurs », assure le PDG, Jean-Marie Sevestre. «  On ne paie rien avant la fin du salon et avant d’avoir renvoyé nos invendus. Ce qui nous coûte cher c’est de payer nos salariés ». Ils sont vingt-cinq vendeurs à tout donner pour cet évènement. Pourtant, à la fin du week-end, Sauramps sait qu’il ne dépassera pas les 80 000 euros de vente. Une goutte d’eau. Rien comparé aux 26 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Alors pourquoi revenir chaque année ? «  C’est un moment important pour rencontrer ceux qui ne viennent jamais dans nos librairies, explique Jean-Marie Sevestre. On ne l’analyse pas en terme de rentabilité parce que ce n’est pas un vrai enjeu économique ». L’enjeu est ailleurs. Déplier son stand sur l’Esplanade, c’est s’offrir une belle publicité. Continuer la lecture

Le catalan, une langue bien vivante

Sergi Pamies fait découvrir le Catalan @Aurélien Tiercin

Sergi Pamies fait découvrir le Catalan @Aurélien Tiercin

Cette année, à la Comédie du Livre, la littérature ibérique est l’invitée. Et ce n’est pas seulement le Portugais et l’Espagnol. Parce que l’Espagnol se conjugue en quatre langues : le castillan « l’Espagnol officiel », et trois langues régionales : le galicien, le basque et surtout la plus parlée, le catalan.

« Bon dia tots ! » Nous sommes une trentaine à faire la connaissance de Sara, jolie Catalane de 27 ans. Sous les voûtes de la salle Pétrarque, elle nous embarque avec son accent chantant. Le catalan, on le parle en Catalogne bien sûr, mais aussi dans la Communidad Valenciana, les Iles Baléares, et aussi côté français près de Perpignan, sans oublier l’Alguer en Sardaigne.

Sara vient d’Alicante. Enfin, d’Alacant comme elle le dit. Son plat préféré, la truita Espanyola, comprenez la tortilla (ou omelette pour les moins hispanophones). Son activité favorite : Anar a la platja (aller à la plage, ndlr). Le soleil, le bruit des vagues… Interdit de parler français. Sara nous pose des questions à son tour. « Qui ets tu? », me lance-t-elle. Petit moment de flottement… L’écho de la cave voûtée dans laquelle nous sommes n’arrange pas la compréhension. « Aurelio ». Continuer la lecture