30 Mar

« J’aime les allures indépendantes et la franchise brutale des Zouaves » Léon Mortreux

Dans sa lettre du 30 mars 1916, Léon Mortreux apparaît avec plus de sérénité et d’ardeur que dans ses courriers précédents.

Encore tout excité par sa nouvelle affectation, il raconte avec plaisir ses premières journées aux Zouaves.

Je continue à me plaire beaucoup dans mon nouveau régiment. J’aime les allures indépendantes et la franchise brutale de mes amis de Milly. Ils chantent des refrains typiques

Cela fait une semaine que le sergent Mortreux a rejoint le centre d’instruction à Milly.

Dans sa correspondance de guerre, il partage sa fierté de faire partie du 1er Régiment de Marche des Zouaves à l’histoire singulière … les Zouzous comme les appellent les habitants de Milly.

Le Zouzou Léon Mortreux évoque même sa mort sans crainte.

Si je tombe au front, ça fera très bien sur la plaque commémorative de Béthune d’y lire à côté de mes frères « Sergent Mortreux du 1er Zouaves ».

Mais ce n’est pas le jour. En cette fin mars 1916, dans ce centre d’instruction à Milly, Léon multiplie les exercices de défenses et d’attaques de tranchées … dans l’attente de rejoindre les troupes du 1er R.M.Z sur un des fronts de la bataille de Verdun.

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux envoyée à Fernand Bar le 30 mars 1916

Dans sa lettre, Léon Mortreux décrit son nouvel uniforme. Il semble regretter de ne pas avoir « la tenue des anciens zouaves, mais une tenue kaki et un pantalon de velours »


Correspondance de guerre il y a cent ans …

30 mars 1916

Milly (Seine-et-Marne)
1er Zouaves

Cher Oncle,

Tu n’auras pas été sans recevoir ma carte postale et mon mot de Paris te confirmant mon entrée aux Zouaves. Je continue à me plaire beaucoup dans mon nouveau régiment. J’aime les allures indépendantes et la franchise brutale de mes amis de Milly. Ils chantent des refrains typiques.

Si je tombe au front, ça fera très bien sur la plaque commémorative de Béthune d’y lire à côté de mes frères « Sergent Mortreux du 1er Zouaves ». Je n’ai pas besoin de médaille comme attestation de bravoure.

Dis-moi comment tu vas là-bas à Béthune et comment se comportent les artilleurs Boches des environs.

D’ici nous n’entendons que les coups de canons que tirent de Fontainebleau car Milly n’est qu’à 18 km de cette ville et est située au confins haut de la forêt. C’est un beau chef-lieu de canton de 2500 habitants. Nous y serons fort à l’aise bien. 

Bien que cantonné sur la paille, nous y sommes bien. Nous n’avons pas de mess mais mangeons dans un café-estaminet comme nous ne touchons plus le prêt franc comme au 46è il s’ensuit que nos porte-monnaie se portent plus mal.

Je t’adresserai probablement un appel de fonds vers les 15 avril car je pense qu’à cette époque nous serons encore dans le Centre d’Instruction dont Milly est la localité principale (Il y a un Lieutenant Colonel)

J’ai appris que la Classe 17 des Zouaves qui est maintenant à Rueil va venir dans le Centre pour le 15 avril. Cela signifie probablement pour nous un sérieux déménagement.

Nous faisons des exercices d’attaques et défenses de tranchées, exercices beaucoup plus intéressants que ceux que nous faisions au 46è.

Comme vêtement nous n’avons pas la tenue des anciens Zouaves mais une tunique kaki et un large pantalon de velours. On nous donnera à St-Denis, avant de partir  un pantalon assorti de couleur à la tunique.

Les camarades de la Classe 17 du 46è sont, depuis mon départ, partis en grande majorité au 31è et au 46è au front. J’espère te lire bientôt et t’embrasse ainsi que Martial quand tu le verras.

Ton neveu reconnaissant
Léon

Compliments à Marie et Jeanne

 

24 Mar

Léon Mortreux rejoint le 1er Régiment des Zouaves à Milly

Nouvelle affectation pour Léon Mortreux. Dans sa carte postale écrite le 24 mars 1916, le sergent-instructeur annonce qu’il rejoint le 1er Zouaves à Milly en Seine-et-Oise.

Depuis décembre 1915, Léon Mortreux encadrait les jeunes appelés à Fontainebleau.

Les Zouzous de Milly

Pendant la Grande Guerre, Milly est un grand centre d’entraînement militaire, situé à une soixantaine de kilomètres au sud de Paris. Ce centre forme les jeunes recrues des 1er et 4è Régiments de Marche des Zouaves.

Les Zouzous, comme les baptisent les habitants de Milly, suivent ici leur instruction militaire pendant 6 mois avant de rejoindre le front.

En ce mois de mars 1916, le 1er R.M.Z. affronte les allemands dans le secteur de Verdun.

Au dos de sa carte postale illustrée par une des rues principales de Milly des années 1910, Léon Mortreux, nouveau sergent-instructeur des Zouzous, n’est pas très bavard … « encore mon laconisme », dit-il.

Milly

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Carte postale de Léon Mortreux envoyée Fernand Bar le 24 mars 1916

Dans sa correspondance de guerre, Léon Mortreux devrait « pouvoir revoir son père à Paris avant de retourner à Saint-Denis »  le Dépôt du 1er Régiment de Marche des Zouaves.


Correspondance de guerre il y a cent ans 

Carte1

24 mars 1916,

Cher Oncle,

Je viens d’être versé au 1er Zouaves. Voici mon adresse : Sergent Mortreux 64è Compagnie – 1er Zouaves – Milly (Seine-et-Oise)

Encore mon laconisme, tu comprends que j’ai de nombreuses personnes à prévenir de mon changement de corps.
Je t’espère en bonne santé et t’embrasse affectueusement.
Léon

Je verrai certainement Papa avant de partir car nous retournerons à St Denis

13 Mar

« Pauvre frère. Je viens de relire ses lettres … j’ai pleuré silencieusement » Léon Mortreux

Douloureux mois de mars ! Il y a tout juste un an, Léon Mortreux perdait son frère aîné, Jules tué dans la bataille de Vauquois le 15 mars 1915.

Jules Mortreux

Jules Mortreux

Dans la correspondance de guerre du lundi 13 mars 1916 envoyée à son oncle Fernand Bar, Léon Mortreux partage son chagrin.

Je viens de relire ses lettres. J’ai pleuré silencieusement à son souvenir.

En ce mois de mars 1916, Léon Mortreux sergent-instructeur à Fontainebleau attend toujours son ordre de départ pour le Front.

Il forme les bleus de la Classe 17.

 

Pour écrire ses lettres, Léon sort du cantonnement. Il s’installe dans le café situé près de la caserne de Fontainebleau. Comme dans tous les bistros, on parle, on rigole, on débat.

.D'EsparbèsParmi les clients du café, Georges d’Esparbès. D’Esparbès 53 ans voulait s’engager en 1914 … sans succès. Cet écrivain populaire de l’époque est aussi le conservateur du château de Fontainebleau.

Ici, c’est un habitué du café. Il discute beaucoup et commente la guerre. Ses propos de bistro agacent Léon Mortreux. 

Dans sa lettre, Léon décrit d’Esparbès : « un contemplatif qui l’exaspère ». Il ajoute, c’est « un écrivain talentueux qui se perd en raisonnements sur les faits actuels. »

En ce mois de mars 1916, à 250 km de Fontainebleau, les combats sont très violents en Lorraine autour de Verdun. L’offensive allemande lancée le 21 février 1916 se poursuit sur les rives de la Meuse avec l’attaque au lieu-dit du « Mort-Homme ». Sur ce front, le 14 mars, peut-être la journée où furent tirés le plus d’obus de toute la guerre, 50 000 obus tombent en 6 heures faisant des dizaines de milliers de victimes.

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 13 mars 1916

« J’ai retardé quelque peu cette lettre, car je croyais pouvoir t’annoncer mon départ. »
Dans cette lettre Léon Mortreux écrit que son départ est imminent. De nombreux gradés-instructeurs de la Classe 17 doivent rejoindre le Front très bientôt.


Correspondance de guerre il y a cent ans …

26è Compagnie
46è Régiment Infanterie

Fontainebleau
13 mars 1916

J’ai retardé quelque peu cette lettre, car je croyais pouvoir t’annoncer mon départ.

En effet, sur la décision du Régiment, décision de dimanche, on indiquait ceux des officiers instructeurs de la Classe 17 qui étaient relevés, puis en dernière ligne étaient mentionnés : « les noms des autres » gradés seront cités demain. Or « à demain » lundi, aucun nom n’a été mentionné.

Il est évident qu’il est assez difficile d’enlever en un tour de main la moitié des cadres de la Classe 17 ainsi que la Région en avait l’intention.

Notre Capitaine Michel ( pas celui du début tué à Hiverny le 5 septembre 1914 ) a dit qu’il se montrerait très difficile pour le choix de nos remplaçants. Et si l’on attend que les dits remplaçants arrivent du Front, cela peut demander quelque temps !

Il est évident qu’il ne peut faire partir de la Compagnie tel gradé plutôt qu’un autre. Il faut suivre l’ordre de départ, j’y figure. Tu sais que je ne tarderai pas à être mis en route.

Ceux qui seront relevés et qui auront probablement quelque temps à rester encore dans la zone de l’intérieur iront à Estissac ou environ.

Je ne pense pas que ce sera mon cas puisqu’une fois hors la Compagnie je serai bon pour le 1er renfort. Il est inutile que je revois le départ de l’aube.

Pourquoi le Capitaine sera-t-il difficile pour le choix des gradés du Front ?

Parce qu’il considère qu’un poilu qui a gagné ses galons au Front est un type très brave mais qui a besoin de bûcher sa théorie. En cela, il a raison. (Tu verras le portrait du Capitaine Michel avec l’illustration du 4 mars)

Mon Oncle Paul vient de m’écrire qu’il partait à Rome et que mercredi 15 il dirait la messe en mémoire de notre cher Jules.

Pauvre frère, il y a un an, après bien des misères il était à la veille de prendre part à cet assaut qui l’emportera dans les plis de l’éternité.

Je viens de relire ses lettres. J’ai pleuré silencieusement à son souvenir.

Ici au café où j’écris (dans ma chambre nous sommes 3 sous-officiers, il est difficile d’y écrire) J’entends Mr d’Esparbès se perdre en raisonnements sur les faits actuels. Tous ces contemplatifs m’exaspèrent. J’aime mieux le simple Lieutenant d’artillerie qui vient dans ce café que le talentueux écrivain dont je te parle. Enfin je ne puis choisir le monde de cet établissement.

Je ne pense pas avoir de permissions ces jours, l’instruction des bleus n’étant pas assez avancée.

Comment vas-tu et quoi de neuf à Béthune ?

A Paris, Papa espère que mon tour n’est pas si proche qu’il ne m’apparaît à moi.

Je t’ai dit, je crois que le Commandant Tournié partait du 46è incessamment. D’un autre côté, tu penses que les collègues, la jalousie est de tout temps, verraient mal que je ne parte pas en renfort où « ils estiment » que je devrais être.

Je viens de lire l’Officiel, je n’ai pas vu la loi sur les cadres de la Classe 17. Il s’agit donc là d’une simple décision, mais elle est générale, paraît-il. On cite des réglements où déjà elle a été mise en vigueur pour les sous-officiers. 

Je n’ai pas eu de nouvelles de Flore depuis quelques temps, de mon Oncle Auguste non plus.

Je pense toujours beaucoup à toi et t’embrasse tendrement.

Ton neveu qui t’aime bien
Léon

Souvenir à Marie-Jeanne
Merci pour les Petits Béthunois

22 Fév

« L’attention allemande se porte aujourd’hui sur Verdun » Léon Mortreux

Fin février 1916, commence la plus célèbre bataille de la grande guerre, la Bataille de Verdun. 

Dans cette nouvelle correspondance de guerre, Léon Mortreux fait référence aux combats déclenchés la veille par l’armée allemande, le lundi 21 février 1916.

Ce mardi 22 février 1916, il écrit à Béthune à son Oncle Fernand Bar  »

l’attention allemande est distante de chez vous puisqu’elle se porte principalement aujourd’hui sur Verdun.

Ce jour-là, Léon Mortreux ignore que cette bataille sera la plus longue bataille de la grande guerre … 300 jours en enfer.

Des millions d’obus s’abattent sur les collines de Verdun. Les combats vont durer 10 mois, jusqu’en décembre 1916. La Bataille de Verdun fera plus de 300 000 morts et 400 000 blessés dans les deux camps.

Léon-Mortreux-23-02-1916

Dans cette correspondance de guerre du 22 février, Léon Mortreux rappelle qu’il a été le sergent-instructeur de la Classe 16. Il craint que les jeunes soldats formés sous ses ordres, soient envoyés sur Verdun. « Je ne le lui souhaite pas » écrit-il.

Aujourd’hui Léon Mortreux forme les bleus de la Classe 17 à Fontainebleau dans l’attente d’un prochain départ sur le front.  

ils vont commencer les tirs, le lancement de grenades et apprendre ce qu’est le masque de protection contre les gaz.

Léon-Mortreux-22-02-1916-2

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 22 février 1916

Ce mois de février 1916, Léon Mortreux décrit une météo à l’image de la bataille de Verdun qui commence … rude et longue. « Au point de vue temps, nous avons eu cette semaine un froid rigoureux et qui pourrait persister

Fontainebleau
22 février 1916

46è – 26è Compagnie

Cher Oncle,

J’ai pu obtenir 24h dimanche dernier pour aller à Paris embrasser Papa et Berthe que j’ai trouvés en bonne santé.

Nous sommes allés à Neuilly et avons déjeuné chez X ? où se trouvaient réunis H. Bracq et Jeanne Bar ainsi que tous les enfants.

Henri nous a dit attendre incessamment son ordre de départ pour Londres, il n’a pas pu dire « secret militaire » la raison de son envoi là-bas.

Et toi, comment vas-tu ? J’espère que l’attention allemande est distante de chez vous puisqu’elle se porte principalement aujourd’hui sur Verdun.

Peut-être la Classe 16 va-t-elle donner, je la lui souhaite pas.

L’automatisme se crée dans la compagnie ici, le travail est de ce fait facilité.

Les bleus moins heurtés que leurs devanciers sont de bons petits, pas dociles.

Jusqu’à ce jour, ils ont surtout fait de la gymnastique, ils vont commencer les tirs, le lancement de grenades et apprendre ce qu’est le masque de protection contre les gaz.

J’ai rapporté de Paris les guêtres que tu m’as donnés et qui me plaisent beaucoup. Merci sincère pour ce cadeau.

Au point de vue temps, nous avons eu cette semaine un froid rigoureux et qui pourrait persister : étant donné le combustible fourni par la nourriture substantielle d’une part et la houille abondante d’autre part, nos hommes supportent très bien ces variations de températures.

Aucun fait saillant à te signaler. Je suis heureux de te lire bientôt et t’embrasse de tout coeur.

Ton neveu qui t’aime bien
Léon

Marial le barbu est attendu bientôt à Neuilly ? ou au Bourget chez Jeanne Bar.

13 Fév

« Temps doux ici, pluies cette semaine » Léon Mortreux

« Temps doux ici, pluies cette semaine ». Une carte postale de vacances ? Pas vraiment. Et pourtant le courrier de Léon Mortreux du 13 février 1916 ressemble plus à une carte postale de vacances qu’à une correspondance de guerre.

La carte représente la salle du Conseil du Château de Fontainebleau … une illustration bien loin des tranchées.

A sa façon, Léon Mortreux rappelle qu’il est sergent instructeur à Fontainebleau, dans la caserne Damesme où se trouve le dépôt du 46è régiment d’Infanterie. Qu’ici, dans cette ville à 60 km au sud de Paris, la vie est « la plus douce possible ». D’ailleurs les jeunes soldats de la Classe 17 « oublient de le reconnaître ».

Carte

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 13 février 1916

« J’espère que tu es en bonne santé et moins inquiété par le voisinage allemand » Léon Mortreux s’inquiète pour son oncle à Béthune à une quinzaine de kilomètres des lignes allemandes, alors que lui sergent instructeur fait la guerre … à 150 kilomètres du front.

Correspondance de guerre il y a cent ans

Léon-Mortreux-13-02-1916

Fontainebleau
13 février 1916

26è Compagnie
46è Infanterie

Cher Oncle,

J’espère que tu es en bonne santé et moins inquiété par le voisinage allemand.

Je vais bien, mes élèves s’accoutument, on leur fait la vie la plus douce possible. On est pour eux très tolérant et ils oublient de le reconnaître.

Flore m’écrit qu’Auguste a un commencement de grippe. Berthe, Robert et Martial vont bien. J’attends depuis le jour de l’an la permission qui me permettra de venir à Paris voir les petites.

Il y a quelque temps que mon oncle Auguste ne m’a pas écrit. Je viens d’écrire à Paris, on y est je pense bien portant.

J’ai écris à quelques camarades qui sont instructeurs.

Vois tu encore Martial ? Comment se porte t-il  ?

Temps doux ici, pluies cette semaine.

Je t’embrasse affectueusement
Léon

31 Jan

Paris : « la pluie récente de bombes de Zeppelin » Léon Mortreux

Dans cette correspondance de guerre de Léon Mortreux datée du 31 janvier 1916, une petite phrase fait référence à un événement majeur de janvier 1916. Le sergent Léon Mortreux évoque Paris bombardé par un Zeppelin allemand.

Léon a écrit à son père et sa soeur, installés à Paris.

J’écris à Papa et Berthe qui ont dû être très émus par la pluie récente de bombes de Zeppelin.

Heureusement, son père Georges Mortreux et sa soeur Berthe n’ont pas été touchés par les bombes allemandes mais l’attaque a fait de nombreuses victimes et traumatisé les parisiens.

Le bombardement a eu lieu le 29 janvier 1916.

Ce samedi 29 janvier un Zeppelin allemand lâche une vingtaine de bombes sur Paris. Le bilan est lourd. 26 morts et 38 blessés dans les quartiers de Belleville et Ménilmontant dans le 20ème.

Paris-janvier-1916

bombe APK lors bombardement Paris en 1916 par Zeppelin (magazine 14-18 n° 43 – collection Patrice Delhomme)

Ce bombardement a surpris Paris. L’attaque allemande a montré que la capitale n’est pas à l’abri. Qu’elle peut être durement touchée par l’ennemi.

Les bombes de Zeppelin de janvier 1916 ont tragiquement rappelé aux parisiens que la guerre est toute proche même si les soldats français se battent dans les tranchées à une centaine de kilomètres de Paris.

Rappel à la réalité du moment ?

Lors de ses permissions et visites à Paris, Léon s’étonnait parfois du détachement voire de l’insouciance de parisiens, comme si le pays n’était pas en guerre.

D’ailleurs, dans une lettre précédente Léon Mortreux laissait paraître son amertume à l’égard des « parisiens et journalistes qui voient la guerre de loin.

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 31 janvier 1916

A Béthune, la famille reste épargnée par les obus de l’armée allemande à une quinzaine de kilomètres des tranchées et des attaques allemandes à la grenade dans le secteur de Lens.

J’espère qu’à Béthune avions et canons Boches vous oublient.

Correspondance de guerre il y a cent ans …

Leon1
Leon2

Fontainebleau
31 janvier

26è Compagnie
46è Infanterie

Cher Oncle,

Ces deux mots pour te demander de tes nouvelles et te dire que je suis bien portant.

Nous sommes tenus très strictement ici mais enfin, c’est la guerre il importe plus que jamais que l’énergie et la discipline priment tout.

Depuis le jour de l’an, je n’ai pas eu de permission et n’ai pu par conséquent aller chercher les guêtres que tu as eu la bonté de tailler de déposer pour moi à la maison.

Je te dirai ultérieurement comment elles me vont et dès aujourd’hui te remercie vivement pour ce cadeau. 

J’écris à Papa et Berthe qui ont dû être très émus par la pluie récente de bombes de Zeppelin.

J’espère qu’à Béthune avions et canons Boches vous oublient.

Il y a quelque temps que je n’ai pas eu de nouvelles des parents. Je dois même écrire à mon oncle Paul pour lui donner mon impression sur les bleus. Je puis dire qu’ils paraissent plus forts que ceux de la Classe 16.

Je crois qu’ils feront de bons soldats, en tout cas, on prend toutes les précautions pour qu’ils le deviennent. Et de quels soins, ne les entoure-t-on pas ! On dirait presque des enfants à l’école maternelle.

Espérant te lire bientôt, reçois cher Oncle, mes plus affectueux baisers.

Ton neveu reconnaissant
Léon

Souvenir à Marie-Jeanne

 

 

07 Jan

« Je ne connais même pas la guerre de tranchées ! » Léon Mortreux

Début janvier 1916, Léon Mortreux vit mal sa situation à l’arrière, à 150 kilomètres de la ligne de Front.

Le sergent Léon Mortreux est instructeur de la Classe 17 au Dépôt de Fontainebleau. Cela fait plusieurs mois qu’il encadre les jeunes appelés d’abord à Fontvannes dans l’Aube et depuis fin décembre à Fontainebleau en Seine-et-Marne.

Gené, il redoute les questions des autres soldats sur sa situation de « planqué à l’arrière du front ».

Dans son courrier du 7 janvier 1916, Léon semble répondre à une lettre de son Oncle Fernand Bar au sujet d’une citation pour un fait de guerre.

Je ne connais même pas la guerre de tranchées ! On me demanderait ici, si c’est pour mon long séjour au dépôt que je suis décoré ! Et le Commandant, que penserait-il de voir que l’on s’occupe ainsi de moi, lui qui me croit un déshérité de la terre.

Depuis sa blessure à la bataille de la Marne en septembre 1914, Léon Mortreux n’est pas retourné sur le Front. Il semble vivre sa situation comme un déshonneur.

Dans la lettre, Léon fait part de son malaise à son Oncle. Il souhaiterait retourner à Varreddes, là où il a été blessé sur le champ de bataille à la Marne … pour rappeler à tous qu’il a connu le feu.

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 7 janvier 1916

En janvier 1916, Béthune n’est pas sous le feu allemand.

Léon est rassuré pour sa famille à une quinzaine de kilomètres de l’ennemi, pour l’instant épargnée par les obus.

Je t’espère en bonne santé et pas inquiété par les projectiles boches ?

Correspondance de guerre … il y a cent ans

Lettre de Léon Mortreux, 7 janvier 1916 - page 1

Lettre de Léon Mortreux, 7 janvier 1916

Lettre de Léon Mortreux, 7 janvier 1916


Fontainebleau
26è Compagnie 46è Régiment Infanterie

7 janvier 1916

Cher Oncle,

Je te remercie de grand coeur pour ton mandat de cinquante francs que tu viens de m’envoyer.

J’ai aussi ta bonne lettre de l’an dernier que j’ai eue à mon retour de permission.

A vrai dire, je puis me demander à quémander une citation quand je vois des soldats ayant été des 10 et 15 mois au front et qui sont connus de tous pour avoir accompli des faits de bravoures splendides, rester sans distinction aucune

Je ne connais même pas la guerre de tranchées ! On me demanderait ici si c’est pour mon long séjour au dépôt que je suis décoré ! Et le Commandant, que penserait-il de voir que l’on s’occupe ainsi de moi, lui qui me croit un déshérité de la terre.

Ce que j’aimeras c’est un voyage à Varreddes et une bonne poignée de mains des braves habitants qui y étaient demeurés et que j’ai vus. Si alors le maire veut signaler ma conduite à l’autorité militaire … peut-être l’en autoriserais-je, bien qu’à la vérité il n’y a rien de sublime en ce que j’ai cherché des nourritures pour els soldats alors que des civils s’en occupaient eux aussi.

Je t’espère en bonne santé et pas inquiété par les projectiles boches ?

Merci pour les guêtres que je recevrai avec grand plaisir. 

Affectueux baisers
Léon

28 Déc

Pour les voeux 1916 après l’année noire 1915, « la gloire domine la douleur » Léon Mortreux

1915 s’achève. Une année terrible, douloureusement marquée par la mort de Pierre Mortreux et Jules Mortreux.

Ce 28 décembre 1915, Léon Mortreux adresse ses voeux à son oncle Fernand Bar.

Dans sa lettre, Léon pense fortement à ses deux frères, avec douleur mais sans abattement. Il préfère rappeler les actes héroîques, « les belles conduites » de Pierre et de Jules.

la gloire domine la douleur

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

 

Lettre de Léon Mortreux envoyée à Fernand Bar le 28 décembre 1915

Dans ses voeux adressés à son oncle, Léon Mortreux souligne sa détermination pour 1916

 

nul plus que moi ne désire que notre nom soit bientôt délivré de la souillure allemande.


Lettre de Léon Mortreux - 28 décembre 1915

Lettre de Léon Mortreux - 28 décembre 1915

Lettre de Léon Mortreux – 28 décembre 1915

 

Fontainebleau
Peloton Spécial Classe 17

28 décembre 1915

Cher Oncle,

Rentrant de Paris, perm de 4 jours, je saute sur ce papier pour y griffonner les voeux les plus sincères de mon coeur, les souhaits les plus ardents que je formule pour la conservation de ta santé, le plus grand des biens terrestres.

Cette année restera grande et mémorable … elle emporte hélas mes deux frères mais elle vit de telles victoires, de tels faits d’héroïsme que malgré tout, la gloire domine la douleur.

C’est surtout à cette époque que l’on sait que « la Patrie n’est pas un vain mot pour moi ».

Qu’on n’aille pas parler de celui-ci ou celui-là est plus brave que tel autre du fait que l’on a une citation ou la Croix de Guerre. Il n’est pas un soldat digne ou non qui au cours d’un séjour, à un moment donné, accompli un acte qui méritait hautement.

Mes deux frères ont été doublement héroïques et par le sacrifice de leur vie et par leurs belles conduites au cours des périls encourus.

Saluons 1915 qui les emporte et nous jurons que les années à venir, si nous devons les vivre, ne feront que fortifier en nous leur souvenir.

Pour moi, j’espère cette fois suivre la Classe 17. Je suis content de mon séjour ici malgré les raisons que l’on a avancées pour moi. Peut-être même partirai-je au bout de 3 ou 4 mois d’instruction

Enfin cessons de raisonner sur les « peut-être » et pour l’instant sois persuadé que nul plus que moi ne désire que notre nom soit bientôt délivré de la souillure allemande.

Que Béthune demeure toujours un défi à la lâcheté ennemie.

Veux-tu en m’écrivant me donner des nouvelles de ma chère ville et reçois cher Oncle, toute ma reconnaissance et toute mon affection profonde.

Bonne année donc pour 1916 et tendres baisers.

Léon 

 

 

 

21 Déc

Léon Mortreux nommé instructeur de la Classe17

En cette fin d’année 1915, Léon Mortreux est heureux d’annoncer qu’il vient d’être nommé à Fontainebleau instructeur de la Classe 17.

Cette carte postale, envoyée à son Oncle Fernand Bar, est illustrée d’une phrase rappelant un moment de l’histoire de France, l’Acte d’Abdication de Napoléon à Fontainebleau en 1814.

Carte du 21 décembre 1915

Carte du 21 décembre 1915

Carte2

Sergent Léon Mortreux
Cadre de la Classe 17

Cher Oncle,

J’ai le plaisir de t’annoncer que je suis passé instructeur de la Classe17.

J’espère que tu es en bonne santé. Je vais à Paris cette semaine et compte y trouver la famille bien portante.

J’espère que l’ennemi vous délaisse maintenant après tant de mois de canonnades !

Je t’embrasse affectueusement

LMortreux

21 décembre 1915

Si tu trouves des guêtres cuir, veux-tu me les adresser à Paris – s.t.p.
Le tricot m’est bien précieux

 

 

 

 

02 Déc

Journée de permission pour Léon Mortreux

 

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

Lettre de Léon Mortreux à Fernand Bar, envoyée le 2 décembre 1915

Après la journée de permission passée avec son Oncle à Dierrey-Saint-Julien, le Sergent Léon Mortreux est rentré au dépôt de Fontvannes et lui écrit … encore oppressé.

 

« On a tant de choses à se dire. Lorsqu’après de longs mois passés à une telle époque on arrive enfin à se rencontrer, le flot des questions vous oppresse. »

 

Correspondance de guerre il y a cent ans …
 

Fontvannes, 2 décembre 1915

Peloton spécial 

Cher oncle,

Je suis rentré à bon port dimanche soir heureux de ma journée dont le souvenir m’a fait tout à fait oublier les fatigues de la marche.

Me rappelant nos entretiens je me reproche mon attitude envers toi. C’est tout juste si je t’ai remercié du billet que tu m’as donné ; mais je savais que tu n’aimes pas les palabres c’est pourquoi je n’ai pas essayé de te dire en termes dithyrambiques tous les sentiments d’affection et de reconnaissance que j’éprouve pour toi.

On a tant de choses à se dire lorsqu’après de longs mois passés à une telle époque on arrive enfin à se rencontrer que le flot des questions à poser vous oppresse, on veut faire une moyenne, moi je me suis plutôt tenu au-dessous, c’est ce que je regrette.

Par exemple je ne t’ai pas demandé si tu avais causé aux prisonniers allemands que les anglais avaient convoyés par Béthune, l’attitude de la population envers eux etc…

Comme tu le vois nous sommes revenus à Fontvannes, débarrassés maintenant des bleus qui vont rester au dépôt, jusqu’à… Mystère.

Le tricot apporté par toi me sert contre l’humidité très prononcée ici surtout depuis que les pluies de ces derniers jours ont succédé au froid que tu as dû constater dimanche.

Comment as-tu trouvé mon oncle Paul ? Et que t’a dit papa sur la santé de Berthe, et sur la lettre projetée pour Fontainebleau ?

J’espère apprendre par toi que ton voyage de retour s’est bien effectué, que tu es en bonne santé et que les Boches oublient de tirer sur vous les décharges de leurs grosses pièces.

Je t’embrasse affectueusement. Léon