16 Sep

Les puissantes polonaises des rues marseillaises

 

Vendredi 10 septembre, la Sûreté Départementale des Bouches du Rhône a placé en fourrière, huit voitures immatriculées en Pologne. Elles circulaient sans assurance.

La volonté de la police est de sortir des rues de Marseille ces véhicules de grosse cylindrée, dont le prix d’achat dépasse largement 50 000 €uros.

A l’origine de cette affaire, un individu circulant à bord d’une voiture immatriculée en Pologne est interpellé pour détention de stupéfiants. « En détricotant la pelote, les enquêteurs, sont tombés sur un loueur organisé qui avait une dizaine de voitures dans sa flotte » explique le commissaire divisionnaire Brugère patron de la SD13.

ZS Location

Une société située à Marseille, installée à Aix en Provence et basée à Vitrolles

 

Nous nous sommes intéressés au phénomène de ces sociétés qui louent des voitures puissantes immatriculées en Pologne.

Sur Facebook, nous avons trouvé la page de ZS Location, située à Marseille au vieux port.

Pour joindre la société, pas de numéro de téléphone, une adresse mail, des comptes sur Snapchat ou sur Instagram.

Un détail, lorsque vous cliquez sur la carte qui figure sur la page Facebook des adresses fantaisistes apparaissent un peu partout à Marseille ou en France.

Cette entreprise, fondée en août 2020 et a été enregistrée au tribunal de commerce d’Aix en Provence début septembre 2020. Elle a deux actionnaires. Le majoritaire est un jeune homme de 23 ans domicilié à Bourg Saint Maurice en Savoie, le minoritaire âgé de 21 ans vit à Vitrolles.

Les 200 €uros de capital de cette Société par Actions Simplifiées ont été versés chez un notaire établi à Pont-Audemer en Normandie.

Le siège social de la SAS ZS Location est fixé dans la zone industrielle des Milles à Aix en Provence.

Dans l’immeuble de bureaux où est installé le siège social, personne n’a entendu parler ni ne connaît ZS Location. Le gestionnaire des bureaux dit n’avoir jamais loué de locaux à cette entreprise.

Et pas de grosses cylindrées immatriculées en Pologne à l’horizon.

Sur le compte Instagram une VW T Roc version sport est proposée à la location pour 250 €uros la journée ou 800 €uros le week-end. Sur le même compte il est indiqué que ZS est basée à Vitrolles et de préciser que si « vous n’êtes pas chez vous, vous n’avez aucun moyen de venir récupérer votre voiture ? Pas de soucis, on s’occupe de vous la livrer à l’endroit de votre choix… N’hésitez pas à nous contacter, notre commercial, se fera une joie de vous répondre dans les plus brefs délais. »

Mise en pause de la société

Nous avons contacté la société par courriel, le dirigeant a répondu plus de 24 heures après. Celui-ci indique avoir mis en « pause » ZS Location, et tout comme son associé vitrollais. Aujourd’hui, ils sont étudiants et partagent. Dixit: « seulement les voitures d’amis à nous sur les réseaux sociaux pour maintenir une présence pour nos abonnés ».

 

Sur le compte Instagram et la page Facebook une CLA 35 AMG est proposée à la location « pour profiter des dernières balades au soleil… »

Des voitures d’amis…

Dernier détail, le logo de ZS location ressemble beaucoup à celui du complexe sportif de Zinedine Zidane Z5 installé à quelques centaines de mètres du siège social de la société de location de voitures polonaises.

D’après des sources policières certaines entreprises de ce type pourraient servir à blanchir de l’argent provenant du trafic de stupéfiant.

 

 

29 Avr

Enquête sous la glace du Palais de la Glisse

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

Soupçons de détournements de fonds publics, de trafic d’influence et de favoritisme, sous la glace du palais de la glisse de Marseille. Les faits datent de 2004 dans un contexte « politico-amical »

L’enquête judiciaire a été ouverte fin janvier 2014.

A l’origine, un rapport de la Chambre Régionale des Comptes PACA, sorti au cœur de l’été 2013. Ce document passe au crible les relations entre la mairie de Marseille et Marseille Aménagement devenue la Soleam. Cette Société d’Economie Mixte a pour principaux actionnaires la mairie de Marseille, la Métropole, la caisse des dépôts et la caisse d’épargne. Le document, met notamment en lumière la gestion par cette SEM de la construction du Palais Omnisport de Marseille du Grand Est, le POMGE pour les initiés. A Marseille, tout le monde dit : le palais de la glisse de la Capelette. Dans ce rapport, la CRC Paca, pointe que Marseille Aménagement a versé une indemnité 13 fois supérieure à laquelle avait droit l’entreprise, Laser Propreté, qui louait ce terrain, soit 2 millions d’€uros ; « ce montant a été arrêté sur la base du rapport d’un expert qui a conclu de manière expéditive, à l’existence d’un bail commercial, que les parties ont ensuite conclu à titre rétroactif » »la décision de le construire a été prise sans réflexion suffisante sur sa fréquentation potentielle…et sans que la question de sa desserte ne soit résolue. » Disent les magistrats de la Chambre Régionale des Comptes.

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« Un expert dont la mission n’était pas clairement définie et qui n’était pas indépendant »

Le 20 décembre 2013, le procureur financier de la CRC PACA adresse un document de 13 pages au procureur de la république de Marseille. Dans cette lettre le magistrat financier détaille le contexte et les conditions du versement des 2 millions d’€uros d’argent public à la société Laser Propreté dirigée Philippe Lasery. Le paiement de cette somme, explique la CRC, est basé sur « le rapport d’un expert dont la mission n’était pas clairement définie et qui n’était pas indépendant » Tout en précisant que cette transaction « n’a pas été approuvée par la Ville de Marseille… ». Autre élément, c’est la cession d’une partie du terrain, destiné à la construction du centre commercial « Bleu Capelette » à une société liée à Laser (Sifer, dirigée par Eric Lasery, frère de Philippe et actionnaire de Laser Propreté) « crée à son profit un avantage supplémentaire » précise le procureur financier de la CRC.

Le cabinet du maire de Marseille avait « une préoccupation prioritaire »

Le 30 janvier 2014, le parquet de Marseille ouvre une enquête préliminaire. Les policiers de la division économique et financière de la PJ de Marseille, procèdent aux vérifications et aux auditions des différents protagonistes de cette affaire, dont les frères Lasery, Charles Boumendil, le directeur général de Marseille Aménagement, Roland Blum adjoint au maire de Marseille et Vice-Président délégué à MA, ou encore Claude Valette adjoint à l’urbanisme.

Il ressort des éléments de l’enquête que le cabinet du maire de Marseille avait « une préoccupation prioritaire » et «une volonté souveraine » de faire construire le Palais de la Glisse avant les élections municipales de 2008. En clair, les 2 millions d’€uros versés à la société Laser pour qu’elle quitte le terrain, au plus vite et à l’amiable « sans attendre le terme de la convention, ni une décision judiciaire définitive, et sans lancer de procédure d’expropriation. » relèvent les enquêteurs. Les domaines avaient estimé que l’indemnité d’éviction, ne devait pas dépasser 153 200 €uros. Les policiers pointent un rapport d’expertise, qualifié de « complaisant », rendu par Claude Roussel expert immobilier, qui entretenait des relations amicales avec Charles Boumendil. Ce même expert a préconisé une indemnisation d’éviction à hauteur de 2 millions d’€uros. Au lendemain de la remise du document, les deux parties, signaient un protocole d’accord et la somme est versée dans les mois qui suivent.

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

Détournement de fonds publics

Dans les conclusions de l’enquête, rédigées en mars 2015, les policiers considèrent qu’il n’y a pas lieu à poursuivre, les frères Lasery pour la vente du terrain sur lequel devait être construit le centre commercial « Bleu Capelette ».

Juin 2015, un juge d’instruction est désigné, pour mener l’enquête, qui semble stagner. Septembre 2018 un autre magistrat instructeur est désigné. En 2020, plusieurs protagonistes de cette affaire sont mis en examen dont Charles Boumendil pour notamment détournement de fonds publics. Il encourt, au maximum, 10 ans de prison et 1 million d’€uros d’amende. Et Philippe Lasery pour recel de détournement de fonds publics. Il encourt au maximum 5 ans de prison et 375 000 €uros d’amende.

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Autoroute et déchetterie

Pour le moment, le palais de la glisse borde l’autoroute qui relie Marseille à Aubagne, d’un côté il est bordé par un terrain vague, sur lequel devait être construit le centre commercial Bleu Capelette ; le projet a été abandonné.

Un nouveau quartier devrait voir le jour mêlant des immeubles d’habitation, cinéma hôtel et commerces

En face de l’entrée du POMGE se trouve une déchetterie et un centre de transfert de déchets. Voilà pour le décor.

Champions de France

Sous la glace de la patinoire des soupçons de détournement de fonds publics. Sur la glace, les hockeyeurs du Spartiates Marseille. Le week-end dernier, ils sont devenus champions de France de D1. C’est le premier trophée de l’histoire du club créé en 2012.

 

 

26 Avr

Comparutions immédiates du lundi

« J’ai connu une personne de Paris qui m’a dit qu’à Toulon on pouvait vendre et que ça paie mieux qu’à Paris. »

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

120 €uros, 80 grammes de résine de cannabis et 2 grammes d’herbe.

Dans le box, Oumar 21 ans, filiforme, un maillot du PSG sur les épaules, écoute attentivement la présidente Karine Molco qui résume les faits reprochés. Le 23 avril Cité Picon dans le 14ème arrondissement de Marseille, des policiers surveillent un plan stup (un point de vente) ils voient un jeune homme, qui, à deux reprises, fait une transaction, pochon en plastique contre billets de banque. Les fonctionnaires passent à l’action et l’interpellent le jeune homme. En sa possession 120 €uros, 80 grammes de résine de cannabis et 2 grammes d’herbe.

« je suis de Paris, je suis venu vendre à Toulon et à Marseille… »

« J’étais vraiment là pour vendre, c’était moi le vendeur » Oumar reconnaît sans détour les faits reprochés et rajoute : « je suis de Paris, je suis venu vendre à Toulon et à Marseille… »

La présidente : »pourquoi ? »

Oumar : « je ne sais pas, comme ça…j’ai connu une personne à Paris, qui m’a dit qu’à Toulon, on pouvait vendre et que c’était mieux payé qu’à Paris. »

De 12h à 22 heures, payé 100 €uros la journée.

La président reprend la parole et précise qu’Oumar a été interpellé à Toulon, pour les mêmes raisons le 5 avril dernier et qu’il est sous contrôle judiciaire avant d’être jugé prochainement. Le jeune homme précise que c’est son premier jour de vente, à Picon, et qu’il avait besoin d’argent pour s’acheter un billet de train et retourner à Paris. Il précise qu’il vend de 12h à 22 heures, payé 100 €uros la journée.

« Ben moi, c’est 100 €uros par jour. Je me suis fait arnaquer ! »

Une des deux assesseurs lui demande s’il a été recruté par le biais des réseaux sociaux en indiquant que la semaine dernière : » vos collègues disaient qu’ils étaient payés 250 €uros par jour et qu’on leur prenait une chambre d’hôtel. »

« Ben moi, c’est 100 €uros par jour. Je me suis fait arnaquer ! » Répond Oumar qui rajoute ne pas être lui-même consommateur de cannabis.

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

Sur les éléments de personnalité la présidente demande s’il a travaillé ou s’il suit une formation. Oumar a travaillé, jusqu’en janvier au service civique des espaces verts des Mureaux en région parisienne et qu’il veut s’engager dans l’armée. La magistrate réagit : « si vous avez un casier stups, ça va être compliqué ! »

« Ici on a des gens qui acceptent de jouer les petites mains au bas des immeubles, il y en a de moins en moins dans cette ville. »

Le vice procureur, Florent Boitard, prend la parole : « cette drogue qui n’est pas bonne pour monsieur, elle circule de mains en mains pour finir dans les cerveaux. …Ici on a des gens qui acceptent de jouer les petites mains au bas des immeubles, il y en a de moins en moins dans cette ville. Les organisateurs recrutent loin… La question, c’est la peine. 10 ans encourus… Le cannabis, il s’agit d’une drogue, avec des effets toxiques, les médecins le disent. Je demande 3 mois de prison avec maintien en détention.

» Je comprends ce qu’a dit le procureur. La drogue, moi aussi, j’en ai fait les frais. »

Maître Thomas Hugues plaide pour Oumar il précise au tribunal que la prison ferme n’est pas la solution. Selon lui, la pédagogie serait plus efficace vu le profil de son client en rajoutant : «la situation d’Oumar est très triste. Faire venir de loin, des petits jeunes à qui on fait miroiter des gains… »

En conclusion Oumar rajoute : » Je comprends ce qu’a dit le procureur. La drogue, moi aussi, j’en ai fait les frais. »

Finalement le tribunal reconnaît, Oumar, coupable des faits de vente et de transport de stupéfiant et le condamne à six mois de prison avec sursis probatoire de deux ans, interdiction de paraître à Marseille et obligation de travailler ou de se former. Ce soir, Oumar, qui n’a pas voulu que sa mère soit informée de sa garde à vue, et de sa comparution, est libre.

21 Avr

BAC Nord Dernier jour du procès.

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

«Cette affaire a détruit ma vie, professionnellement et psychologiquement… »

(Régis Dutto)

Dernières plaidoiries de la défense

« Un dossier singulier du début à la fin !»

La plupart des conseils a tenu à démontrer au tribunal que leurs clients sont de « bons flics, d’excellents éléments…des hommes intègres et appréciés par leur hiérarchie et qui font du bon travail » Les faits de détention et de transport de stupéfiants reprochés sont en réalité liés à la rémunération des indicateurs de police « sans qui les belles affaires, n’existeraient pas. » Ils ont tous dénoncé les neuf années de délai entre l’ouverture de l’enquête et le procès. D’après Maître Laurent Bartolomei, qui défend Rodolphe Salvat « c’est un procès singulier, par la longueur de l’enquête, le nombre de prévenus (18 ndlr) et leur personnalité. Un dossier singulier du début à la fin !». Selon Maître Dominique Allegrini qui représente Régis Dutto, il contextualise : »ce dossier est l’illustration de l’asphyxie des quartiers nord…les quartiers nord c’est 270 000 habitants et 70 fonctionnaires de la BAC… » Avant de tirer à boulets rouges sur l’enquête menée par la police des polices (l’IGPN ndlr) : »une information ouverte par un procureur (Jacques Dallest) amoureux de la communication ; une enquête menée par un préfet (Alain Gardère) amoureux de lui-même et un patron de l’IGPN (Didier Cristini) amoureux de la mort… »

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Les avocats ont admis que leurs clients ont commis des fautes administratives qui ont été sanctionnées par des commissions de discipline « mais en aucun cas ce sont d’infractions pénales ». Tous ont demandé la relaxe pour leurs clients et si le tribunal venait à les condamner, la non-inscription au B2 du casier judiciaire.

« Ils seraient prêts à se sacrifier pour me défendre, même si j’ai requis contre eux. »

André Ribes le procureur adjoint, reprend la parole, et ne s’est pas opposé en indiquant : »…ces personnes ont repris la confiance… s’ils devaient assurer ma sécurité personnelle, je n’ai aucun doute qu’ils exerceraient leur mission et seraient prêts à se sacrifier pour me défendre, même si j’ai requis contre eux. »

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Derniers mots des prévenus

« On n’a jamais été des ripoux, on a été traînés dans la boue. « 

Avant la clôture du procès, les prévenus, à qui la justice reproche d’avoir notamment commis des vols aggravés et des infractions à la législation sur les stupéfiants, ont eu la parole en dernier.

Régis Dutto révoqué de la police est devenu infirmier à la prison des Baumettes, il est le premier à s’exprimer à la barre : »cette affaire a détruit ma vie, professionnellement et psychologiquement. Quand j’étais en prison, j’ai entendu le ministre dire qu’on avait sali l’uniforme. On a risqué notre vie tous les jours. On n’a jamais sali l’uniforme et pas sali l’institution.» Second à prendre la parole, Stéphane Joly, exclu deux ans dont un avec sursis, est devenu permanent du syndicat Alliance police : « cette affaire m’a bousculé dans mes fondements. Ces 15 jours, ça a été une grosse épreuve. On craignait et on attendait ce procès, malgré tout. Vous nous avez écoutés et on espère avoir été entendusYann Cabrol, exclu deux semaines dont une avec sursis : « aujourd’hui, je suis retourné à la BAC Nord, malgré ce qu’on a dit sur mon intégrité. Je voulais montrer, qu’on a pu se tromper sur nous ». Jean Fiorenti, exclu 24 mois dont 15 avec sursis, est chef de brigade à Avignon : « cette affaire de la BAC Nord, ça a été beaucoup de souffrances, c’est encore beaucoup de souffrances. On est marqués à vie par cette affaire. On essaie de se reconstruire tant bien que mal. Pendant ces neuf ans on a réussi à sortir la tête de l’eau, j’espère qu’on ne va pas nous la remettre. » Dernier à prendre la parole, Mohamed Chenine, exclu six mois dont quatre avec sursis, l’ancien chef du groupe B : « je vous confirme qu’on n’a jamais été des ripoux. On a été traînés dans la boue. Mon honneur a été sali. »

Le jugement sera rendu jeudi dans l’après-midi

Procès BAC Nord Plaidoiries de la défense et cluster

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

Au septième jour du procès des anciens policiers de la BAC Nord de Marseille les plaidoiries de la défense battent leur plein.

Ces plaidoiries se tiennent l’absence de cinq prévenus. Depuis lundi 19, jour de la reprise du procès, trois prévenus ne se sont pas présentés en raison d’un test positif à la Covid-19, réalisé durant le week-end ; en fin de matinée un quatrième puis un cinquième ce mardi matin.

Nous avons contacté l’Agence Régionale de Santé, qui, indique que des investigations sont en cours, et n’a pas identifié de foyer de contamination, tout en précisant qu’un cluster c’est à partir de trois cas.

Maître Alain Lhote

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« On a jeté à la décharge publique l’honneur de Carrasco »

Le premier à prendre la parole en début d’après-midi de ce mardi, Maître Alain Lhote. Il défend Bruno Carrasco, l’un des trois policiers révoqués. Le procureur a requis contre son client, 3 ans de prison dont 6 mois ferme. Selon l’avocat ce réquisitoire à deux voix de plus de quatre heures a été « un accouchement au forcepsqui jette un voile pudique sur des pratiques bien connues de tous, et surtout de la hiérarchie : c’est la rémunération des indicateurs de police, ne pas en parler, cela ne me parait pas très honnête ». Le conseil de l’ancien policier a précisé que si le tribunal condamne son client, « ce sera la double peine,  après une sanction extrême, avec la révocation. » L’avocat marseillais dénonce un dossier mal ficelé « pour combler le manque de moyens », des prévenus « abandonnés par une hiérarchie carriériste, qui joue les vierges effarouchées, et ne pas savoir comment les tontons sont rémunérés. ». Maître Lhote accuse une affaire «  qui est le fruit d’un mariage incestueux entre les médias qui ont été manipulés qui ont allumé un bûcher, un préfet ambitieux et un procureur ultra-communiquant…». Pour le conseil, les 18 policiers sont des victimes : «On a jeté à la décharge publique l’honneur de Carrasco et de ses collègues au mépris de la présomption d’innocence…Carrasco a déjà tout perdu. Cette seule chose qui lui reste, c’est son honneur. Il a le sentiment d’avoir été brisé par sa hiérarchie. Il reste un homme. Je demande la relaxe. »

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« Une relaxe. Exclusivement une relaxe ! « 

Dans l’après-midi, d’autres avocats ont plaidé pour leur client dont Maître Pascal Roubaud pour Guillaume Laborde-Ta « mon client n’a que des témoignages de satisfaction de ses supérieurs. Cet homme est un honneur pour la police….pour lui ce doit être une relaxe. Exclusivement une relaxe ! »Et Sandrine Pauzano pour Mathieu Ponchant : «  mon client, c’est le moins bacqueux de tous les bacqueux, il est victime d’un dossier à charge…il mérite la relaxe. Il a besoin d’être réhabilité dans son honneur de policier. »

Les plaidoiries de la défense se poursuivent encore mercredi.

Le jugement devrait être rendu jeudi 22 avril.

 

 

16 Avr

Voyage au cœur de la BAC Nord

Fin de la première semaine du procès des 18 ex policiers de la BAC Nord

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

Ces quatre jours de procès ont permis de s’immerger au cœur du fonctionnement de la BAC Nord de Marseille, de décortiquer des pratiques quotidiennes et des contraintes que rencontrent les policiers dans l’exercice de leur activité.

Sur le banc des prévenus 15 sont encore en exercice dans divers services de police de la région et d’ailleurs; certains officient dans des BAC hors Marseille et un a réintégré la BAC Nord. Trois ont été radiés. Ils sont âgés de 37 à 60 ans.

« On a été salis et traités de voyous. »

Tous ont parlé de l’enquête qui les a visés, de la garde à vue traumatisante en mettant en cause l’attitude des enquêteurs de l’IGPN. L’un d’eux dira : « on m’a empêché de me brosser les dents et de changer d’habits… ». Parmi les sept qui ont été incarcérés pendant deux mois et demi, Sébastien Soulé, va lâcher après avoir réprimé un sanglot, que la détention : « la prison, ça vous change un homme… ». Depuis, il est devenu permanent du syndicat Alliance.

Ils sont venus à ce procès pour laver leur honneur et retirer l’étiquette « ripoux » qui leur a été collée sur eux. « On a été salis et traités de voyous. »

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»vous aviez connaissance que vos agissements étaient illégaux ? »

Ces quatre jours d’audience, ont mis au jour un fonctionnement particulier, « il n’y aucune procédure, aucune transparence sur le fait qu’un fonctionnaire saisit du cannabis, hors de tout cadre légal.» s’écrie Cécile Pendariès, la présidente du tribunal correctionnel, en rajoutant : »vous aviez connaissance que vos agissements étaient illégaux ? »

Au cours de ces longues journées, la présidente a entendu un à un les 18 protagonistes de cette affaire de vols aggravés et de trafics de drogue. Pour ces faits, qui datent de 2012, ils encourent au maximum 10 ans de prison.

Ces auditions ont montré que la présidente Cécile Pendariès, s’est trouvé confrontée à des hommes qui ont maintenu des déclarations faites au cours de l’enquête. La magistrate a essayé de faire comprendre aux fonctionnaires que les agissements dont ils sont accusés, sont des dérives. A part quelques-uns qui ont reconnu des dérapages, comme Mathieu Ponchant qui a évoqué « une certaine légèreté procédurale »un autre dira : »on a perdu totalement la réalité des choses…. » La grande majorité est restée campée sur ses déclarations initiales, faites en garde à vue et une bonne parie a nié les faits reprochés.

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« gros délires », « conversations fantasmatiques » ou « d’humour mal interprété «.

A l’aide de petites enceintes posées devant elle, la présidente a diffusé plusieurs sonorisations réalisées à bord des voitures de patrouille. Pour les confronter aux propos tenus dans les habitacles, elle a d’abord interrogé un à un, les fonctionnaires. Ensuite, la juge a reconstitué les équipages et leur a demandé quel était le sens de ces conversations. En réponse les prévenus ont parlé de « gros délires », « de conversations fantasmatiques » ou « d’humour mal interprété «.

Extrait d’un enregistrement réalisé dans la voiture de patrouille, le 10 août 2012.

« Qui a des clopes ?

-Un autre : vous voulez récupérer des clopes ?

-Si tu veux

-J’ai gardé … les « mal » light pour ma copine si ça ne vous dérange pas

-Non ! Non ! Non ! Mais les light

-Joli !

-Bizarrement ils sont partis

-C’est dommage

-Y’a pas le négro qu’est parti en courant ?

-Ouais il est parti.

-J’adorais, c’était de venir à pied là, putain, quand j’étais à l’UTEQ on leur raflait des cartons entiers ! «

A la barre Matthieu Ponchant affecté à la BAC Nord depuis juillet 2011 : « Si on avait pris le vendeur, on l’aurait interpellé et on avait les cigarettes, comme ça on faisait l’affaire…  C’est un choix, une liberté. J’aurai dû faire une main courante.»

-Le Procureur : « votre attitude n’est pas très professionnelle. Ce ne sont pas des paroles adaptées

-Le Policier « on avait une certaine légèreté procédurale. »

Autre sonorisation diffusée par la présidente :

C’était le 9 septembre 2012 : L’équipage composé de quatre hommes dont notamment David Gabens et Sébastien Laplagne. Ils contrôlent un voleur présumé qui détient des chaînes en or :

« Eh viens voir. C’est de l’or ? La chaîne, c’est de l’or ou pas ?

-L’individu : chai pas

-Tu les as arrachées et tu sais pas?  

-L’individu : non, je les aie pas arrachées 

-Bon allez file nous deux barrettes et on te laisse tranquille, …on repasse dans une heure

-L’individu: j’ai rien moi

-C’est quoi ton nom toi, …tu habites où?… Salengro. Ca va, à plus tard »

 A la barre, Sébastien Laplagne, surnommé « Bob », 9 ans de BAC Nord derrière lui. A la tête du groupe C, précise qu’il s’agit d’une conversation isolée.

La présidente : « vous êtes le chef du groupe. Qu’est-ce que cela vous inspire ? »

Sébastien Laplagne : « je ne peux pas avoir la maîtrise de la parole de tous. »

La présidente : »Ce n’est pas normal qu’on s’interroge quand on entend un policier dire à un jeune donne nous deux barrettes de cannabis ? »

Sébastien Laplagne : « ça reste une discussion avec de l’humour. »

Ces traits d’humour ne sont pas du goût du procureur adjoint, André Ribes, qui tonne : » soit on ne s’arrête pas pour lui dire, c’est de l’or, soit on le contrôle. Si on me fait ça à 16 ans, et qu’on m’a dit que la police n’est pas avec moi, je comprends pourquoi. Ce n’est pas étonnant, après qu’il y a des soupçons. Si on ne fait pas ça, il n’y a pas de rumeur… »

Autre sonorisation diffusée par Madame Pendariès. Les policiers ont amené un homme dans leur voiture et s’aperçoivent qu’il a dissimulé 250 €uros dans ses chaussettes. Les faits se sont déroulés le 3 août 2012, dans l’après-midi. Extrait :

Un policier « c’est quoi ton nom ?

L’homme : Daniel*

Un policier : hein ?

L’homme : Daniel

Un policier : Comment tu m’as dit ?

L’homme: Daniel

Un policier: hein ?

L’homme : Daniel

Un policier: tu habites ou ?

Daniel: Bougainville

Un policier : où ?…

La discussion s’envenime entre Daniel et les policiers, qui viennent de découvrir l’argent caché dans les chaussettes.

Un policier : au lieu de dire chef j’ai 250 euros, j’ai 200 euros hein!

Daniel: vous allez me les prendre non ? Vous allez me les prendre ?

Un policier : Je m’en bats les couilles d’où ça vient hein !

Daniel: vous allez me le prendre ? Si vous allez me le prendre !

Un policier: et que tu me caches 200 euros … pourquoi tu me caches 200 euros ? Écoute-moi, ils viennent d’où les sous ? D’où ils viennent les sous ?

Daniel: depuis chez moi, rends les moi alors!

Un policier : attends ! Attends Arnaud !… (inaudible) nan tu vas voir ! On va l’amener à la carrière ! …

Daniel : je suis sûr que vous allez me prendre mes sous ! Je suis accroché mes sous … parce qu’après on me les prend mes sous!

Un policier : (autoritaire et sûr de Daniel) : moi je te les prends, tu vas voir si je te les prends !

Au fur et à mesure que l’audience avance, le procureur adjoint s’agace, hausse le ton et s’étonne des libertés prises avec les procédures par les hommes de la BAC Nord.

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Un discours offensif, voire défiant

La plupart des fonctionnaires mis en cause ont tenu un discours offensif face à leurs juges, voire défiant. Tous ont dénoncé les pressions de leur hiérarchie pour faire du chiffre, et disent avoir agi au mieux. Stéphane Joly ira jusqu’à dire que la BAC Nord c’était : » le porte-avions de la police de MARSEILLE, et il fallait charbonner pour que les supérieurs montent hiérarchiquement, les chiffres font avancer leur promotion. « 

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15 Avr

Marie Arlette Carlotti aux Baumettes

La parlementaire socialiste a exercé son droit de visite

 

Marie-Arlette Carlotti Sénatrice P.S et Myriam Garnier Cheffe de détention

© JFGiorgetti France 3 Provence Alpes Côte d’Azur

La sénatrice socialiste a choisi de venir aux Baumettes, à Marseille, sa ville.

Les parlementaires, peuvent visiter, à tout moment, des lieux de privation de liberté et se faire accompagner de journalistes. Aujourd’hui, c’est la situation sanitaire, qui intéresse les élus.

Selon Marie-Arlette Carlotti, c’est à l’initiative du groupe socialiste du sénat, que ces visites ci sont organisées partout en France.

Le directeur de l’établissement, Yves Feuillerat, accueille le petit groupe ; et présente le centre pénitentiaire.

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910 détenus hébergés

Aujourd’hui ce sont 910 détenus hébergés pour une capacité de 705 places soit un taux d’occupation moyen de 153%. Leur moyenne d’âge est de 34 ans. 600 fonctionnaires travaillent sur le site, dont plus de 400 affecté à la surveillance.

Cellule Covid

 

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84 personnels et 48 détenus qui ont été positifs à la covid 19 depuis le début de la pandémie

Selon la direction, en 2020 ce sont 39 agents de l’administration et 12 détenus qui ont été contaminés à la covid 19. Depuis le début de l’année le coronavirus a touché 20 agents et 14 détenus. D’après le directeur : « la situation évolue sans cesse.» D’après une note interne que nous nous sommes procurée, depuis le début de l’épidémie ce sont 84 personnels qui ont été positifs à la covid 19, dont 64 sont guéris ; et 48 détenus dont 34 guéris. Plusieurs foyers de contaminations ont été détectés notamment à la direction, au greffe et aux parloirs familles.

Intérieur cellule Covid

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Pour les détenus, depuis le début de la pandémie, une organisation particulière a été mise en place. Pour les prisonniers cas contact ou atteints par la maladie. Les cas contacts sont regroupés, les positifs sont placés à l’isolement et confinés pendant 10 jours dans les cellules dédiées. Elles sont situées dans le quartier des nouveaux arrivants, juste au-dessus du secteur médical. Elles sont équipées de lits superposés et ont une surface de 12 mètres carrés. Et pour les promenades, ils sont séparés des autres détenus. Yves Feuillerat précise qu’il n’y a eu aucun détenu gravement atteint par la covid.

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« cette année le virus circule très vite ! »

D’après Myriam Garnier, la cheffe de la détention : « il nous est arrivé de bloquer deux étages et dépister systématiquement chaque détenu, et chacun s’est prêté au jeu sans difficulté. Dans le cas où l’un d’eux est testé positif, il est placé à l’isolement, j’appelle la famille qui en général comprend la situation…cette année le virus circule très vite !»

  

Parloirs familles

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Le nombre des parloirs familles a été divisé par deux

Le nombre des parloirs familles a été divisé par deux. 80 détenus peuvent rencontrer leurs proches. Hors crise sanitaire, c’est le double. Les box ont été aménagés. Un plexiglas encadré par deux planches assure la séparation.

Les vaccinations ont commencé pour le détenus qui ont plus de 65 ans et ceux qui présentent des comorbidités. 36 ont reçu une injection. En revanche, l’administration, n’a pour l’instant, rien prévu pour les personnels.

Marie-Arlette Carlotti et Yves Feuillerat directeur du Centre Pénitentiaire de Marseille

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La visite a duré deux heures. Marie-Arlette Carlotti, semblait satisfaite par les mesures sanitaires prises pour protéger les personnels et les détenus et par les explications fournies par le directeur.

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« certains personnels encadrant viennent travailler en étant positifs à la covid 19″Cyril Huet Lambing (SPS)

D’après Cyril Huet Lambing, secrétaire national adjoint, du Syndicat Pénitentiaire des Surveillants, la direction des Baumettes, n’applique pas les consignes ni les circulaires de l’Administration Pénitentiaire. D’après le représentant syndical : «certains personnels encadrant viennent travailler en étant positifs à la covid 19 et incitent les personnels à venir travailler tout en sachant qu’ils sont cas contact. »

Le syndicat a écrit à l’Agence Régionale de Santé et à la préfète de police des Bouches du Rhône, pour « signaler les dysfonctionnements dans l’application des mesures de protection sanitaires aux Baumettes. »

14 Avr

 «La BAC Nord c’était le porte-avions de la police de Marseille» 

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Procès BAC Nord jour 2ème jour

Aujourd’hui début de l’examen du fond de l’affaire

Dans une salle des pas perdus bondée, certains prévenus sont entourés de leur famille, d’autres les membres du syndicat alliance les accompagnent. Tous attendent la reprise du procès.

La porte s’ouvre, un officier de police appelle « les personnes convoquées, les avocats, les journalistes et le public ! »

Tout le monde s’approche, les hommes de la garde du palais saluent par un « check » chacun des mis en cause, qui entre dans la salle d’audience.

Place aux explications

Ce mardi, place aux explications, des ex membres de la BAC Nord de Marseille. La présidente rappelle qu’il s’agit notamment de vols aggravés, de transport et détention non autorisée de stupéfiants.

« je ne vois pas ce qu’on me reproche, je n’ai pas fait quoi que ce soit. »

Le premier à venir, devant le micro, David Gabens 51 ans, une carrure de joueur de rugby, une chemise en grosse toile de couleur grise. Les mains fermement accrochées à la barre. La présidente Cécile Pendaries, lui rappelle les faits reprochés. Il est soupçonné d’avoir frauduleusement soustrait des cigarettes et des stupéfiants. Et aussi sa condamnation pour avoir exercé des violences sur sa compagne : « vous êtes le seul à avoir une condamnation sur votre casier judiciaire. »

Les premières questions de la magistrate tombent, réponse du policier : « je ne vois pas ce qu’on me reproche, je n’ai pas fait quoi que ce soit, je n’ai pas vu mes collègues faire quoi que ce soit. Je conteste les faits. »

La présidente du tribunal, essaie de mettre en confiance le fonctionnaire de police, lui pose des questions sur son travail, son rôle au sein du groupe A. Rien n’y fait l’homme reste campé sur ses positions. La juge s’agace : « est-ce que votre position est crédible, de dire que vous n’avez rien vu ? » David Gabens répond dans un souffle : «  oui. »

La découverte de cannabis dans les faux plafonds des vestiaires de la BAC Nord ? « Ces vestiaires étaient ouverts à la division nord, tout le monde y avait accès… »

La Présidente : »Comment faisiez-vous sur les plans stups ? »

David Gabens : « on suivait les consignes de la hiérarchie. A chaque interpellation on avisait la hiérarchie. »

La Présidente : « on a du mal à croire que n’avez vu aucun dysfonctionnement à la BAC, sachant que vous y étiez depuis 2008. Qu’est-ce que cela vous inspire de savoir que des collègues aient commis des délits ? »

David Gabens « Je suis étonné ! »

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« on avait une certaine légèreté procédurale. »

Second à venir à la barre Matthieu Ponchant, la juge lui rappelle les faits des vols de cartouches de cigarettes et des bouteilles d’alcool. Ce policier est plus loquace que son collègue. Il reconnaît avoir pris des cigarettes. Il était affecté au groupe C et ne s’entendait pas avec son chef Bruno Carrasco, on faisait trop de stups. « Je n’ai jamais assisté à des faits délictueux…à la BAC nord on avait du chiffre à rendre…faut pas oublier que la BAC nord c’est la plus grosse BAC de France. »

Ce fonctionnaire qui vient d’être muté à Bordeaux, dit, préférer le travaille de nuit, «il y a moins de monde, là, on fait du flagrant délit pur ! Pur !

La présidente le questionne sur le vol de cigarettes. Matthieu Ponchant répond : »on a des cigarettes, comme ça, en abandon total. Elles sont là, par terre, et je n’ai pas le vendeur. »

La Présidente : « qu’auriez-vous du faire ? »

Matthieu Ponchant : « Les remettre aux objets trouvés. C’est arrivé une fois »

La présidente diffuse un enregistrement réalisé dans la voiture de patrouille, réalisé le 10 août 2012.

« Qui a des clopes ?

Un autre : vous voulez récupérer des clopes ?

Si tu veux

J’ai gardé … les « mal » light pour ma copine si ça ne vous dérange pas

Non ! Non ! Non ! Mais les light

Joli !

Bizarrement ils sont partis

C’est dommage

Y’a pas le négro qu’est parti en courant ?

Ouais il est parti.

J’adorais, c’était de venir à pied là, putain, quand j’étais à l’UTEQ on leur raflait des cartons entiers ! «

Matthieu Ponchant : « Si on avait pris le vendeur, on l’aurait interpellé et on avait les cigarettes, comme ça on faisait l’affaire… les bouteilles d’alcool, je le ai jetées. C’est un choix, une liberté. J’aurai dû faire une main courante.»

Le Procureur : « votre attitude n’est pas très professionnelle. Ce ne sont pas des paroles adaptées

Le Policier « on avait une certaine légèreté procédurale. »

 

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« je ne peux pas avoir la maîtrise de la parole de tous. »

Le troisième policier de la matinée à se présenter à la barre : Sébastien Laplagne, surnommé « Bob », n’a pas d’avocat. Il ne veut pas d’avocat.

Moins costaud que ses deux collègues, vêtu d’un sweet capuche blanc.

La présidente lui rappelle qu’il a été retrouvé trois olives de cannabis d’un poids de 30 grammes, dans ses chaussures rangées dans son casier situé dans les vestiaires. Et précise que c’est le seul officier de police judiciaire.

L’ancien chef du groupe A, est offensif, il exprime son incompréhension, et se demande pourquoi il a été mis en examen quatre ans après sa garde à vue et indique que son casier a été perquisitionné en son absence. Il montre des photos aux juges et précise que son casier est bleu et non jaune comme décrit dans le procès-verbal de perquisition. Et constate que dans la procédure, il n’y a aucune photo de son casier, ni des olives de cannabis.

Le brigadier-chef explique le fonctionnement de la BAC nord, les difficultés rencontrées dans l’exercice quotidien de l’activité. Il précise que lorsqu’il est arrivé, en 2003, deux anciens policiers qui l’accueillent dans le service lui disent : « à partir de maintenant tu vas avoir la réputation d’un voleur. »

La présidente évoque la réunion organisée, en janvier 2012, par le directeur départemental de la sécurité publique, au cours de laquelle il est évoqué les révélations par le magazine « Le Point » d’une enquête en cours sur la BAC nord et ses agissements délictueux. Pascal Lalle, le directeur de l’époque, avait recadré ses équipes et l’action des policiers sur le terrain. Quelque temps plus tard la hiérarchie avait demandé aux groupes de la BAC nord d’arrêter de « faire du plan stup ».

Madame Pendaries diffuse à nouveau un enregistrement réalisé dans une voiture de patrouille. C’était le 9 septembre 2012 : L’équipage composé de quatre hommes dont notamment de David Gabens et Sébastien Laplagne. Ils contrôlent un présumé voleur qui détient des chaînes en or :

« Eh viens voir. C’est de l’or ? La chaîne, c’est de l’or ou pas ?

L’individu : chai pas

Tu les as arrachées et tu sais pas?  

L’individu « non, je les aies pas arrachées 

Bon allez file nous deux barrettes et on te laisse tranquille, …on repasse dans une heure

L’individu: j’ai rien moi

C’est quoi ton nom toi, …tu habites où? … Salengro, ça va, à plus tard »

 

Sébastien Laplagne indique qu’il s’agit d’une conversation isolée.

La présidente : « vous êtes le chef du groupe. Qu’est-ce que cela vous inspire ? »

Sébastien Laplagne : « je ne peux pas avoir la maîtrise de la parole de tous. »

La présidente : »Ce n’est pas normal qu’on s’interroge quand on entend un policier dire à un jeune donne nous deux barrettes de cannabis. »

Sébastien Laplagne : « ça reste une discussion avec de l’humour. »

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« La BAC Nord c’était le porte-avions de la police de Marseille »

(Stéphane Joly)

En début d’après-midi, c’est au tour de Stéphane Joly. Il lui est reproché des vols aggravés et d’avoir notamment détenu et transporté des stupéfiants.

Tout de suite le policier, devenu permanent du syndicat Alliance, reconnait avoir détenu et transporté des stupéfiants. En revanche il conteste notamment d’avoir fait « un mexicaine » (fouille ou perquisition illicite ndlr). Le gardien de la paix, explique au tribunal le fonctionnement du service, de son groupe et l’utilisation des « indicateurs », qui, par les informations données permettent aux policiers de faire de « belles affaires ». Il précise ne pas connaître le principe, légal, de gestion des sources au sein de la police. »L’important, était le résultat avant tout… parce qu’on est dans une politique du chiffre qui est prégnante….les moyens employés pour atteindre un résultat, ça n’intéresse personne…les seuls contacts avec la hiérarchie c’est quand on a fait une belle affaire, ils viennent, ils disent bravo les gars et donnent une tape dans le dos »

Question du procureur André Ribes : « on vous dit, les stups, vous n’y allez pas…On vous dit, les gars vous n’y touchez pas. Et vous y allez. Je ne comprends pas !

Stéphane Joly : « si vous n’y touchez pas ; les guetteurs vont prendre de la graine. Ils s’approchent de nous, parfois jettent des pierres. On leur dit d’arrêter, sinon on attaque le charbonneur (le vendeur de produits stupéfiants ndlr) on maintien comme on peut l’équilibre et on est tous les jours dans les cités. »

En fin d’interrogatoire, le gardien de la paix Joly s’adresse aux deux représentants de l’accusation et au tribunal : »la BAC nord c’est 4500 interpellations par an. La BAC nord c’est le porte-avion de la police de Marseille. Il fallait fournir du chiffre et continuer cette culture. Nous avons pris quelques échelons. Mais certains sont devenus commissaire, commissaires divisionnaires et d’autres sont devenus directeurs. »

 

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Interpellation ! Interpellation ! Interpellation !

Puis c’est au tour de Bruno Carrasco, surnommé « tonton ». Le chef du groupe C est accusé notamment de vol aggravé de stupéfiants et de numéraires. Il a été révoqué de la police en 2014. Il a 60 ans, aujourd’hui il travaille au centre de vidéo surveillance de la ville d’Aubagne. L’ancien brigadier-chef, dit avoir travaillé avec des anciennes méthodes, il n’a jamais passé d’examen pour devenir chef de groupe. Il a expliqué que lorsqu’il s’est retrouvé en garde à vue dans cette affaire : « le monde s’est écroulé autour de moi. »

Il reconnait avoir pris quelques barrettes de cannabis : « c’était pour mon voisin qui était fumeur, je voulais qu’il me donne des informations sur le quartier, autour de chez moi, où j’habitais à Aubagne. »

A propos du cannabis stocké dans les faux plafonds des vestiaires de la BAC nord Bruno Carrasco précise n’avoir jamais vu quelqu’un y mettre quelque chose.

Sur la politique du chiffre : « à la BAC, il fallait faire 56 mises à disposition par mois (interpellation ndlr). On a toujours fait le boulot au mieux. Le mot d’ordre de tous les officiers qui sont passés, c’était interpellation ! Interpellation ! Interpellation !

Les indics, dans la police il y en a toujours eu. Il y a ceux qu’on déclarait et ceux qu’on ne pouvait pas. On les rémunérait avec des barrettes de cannabis. Avant on leur faisait « sauter » les amendes. ».

Bruno Carrasco a écrit, en 2015, un livre, portant le titre « sacrifié de la BAC Nord », dans lequel il décrit son métier de policier et sa descente aux enfers.

Le procès continue ce mercredi avec l’audition d’autres membres de la BAC nord.

07 Avr

16ème et dernier jour du procès des frères Guérini

Dernières plaidoiries de la défense

Trois demi-journées de plaidoiries offensives

 

Alexandre Guérini et un de ses avocats maître Jean-Charles Vincensini
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Un jour et demi de plaidoiries et quatre avocats pour Alexandre Guérini, sa compagne et sa société SMAE

L’entrepreneur, spécialisé dans le transport, le traitement des déchets et l’assainissement, est le personnage principal de ce procès. Il est mis en examen pour sept délits dont le blanchiment, l’abus de biens sociaux ou encore le trafic d’influence. Les procureurs ont requis à son encontre 8 ans de prison avec un mandat de dépôt et 500 000 €uros d’amende

L’un des conseils, d’Alexandre Guérini, maître Jean-Charles Vincensini a expliqué aux trois magistrats du tribunal, qu’après ces 12 années d’attente avant l’ouverture du procès, ne pas être rancunier, mais avoir la fâcheuse manie de ne pas oublier : » je suis plutôt du genre ruminant. »

« le juge a triché, les enquêteurs ont triché ! »

Les quatre avocats ont violemment attaqué l’enquête menée par le juge d’instruction Charles Duchaine (le premier juge en charge de l’affaire), les gendarmes et le parquet de Marseille : « le juge a triché, les enquêteurs ont triché ! »

Ils se sont attachés à démonter, avec minutie, chaque élément, développé par l’accusation lors du réquisitoire de mercredi 31 mars, et démontrer point par point qu’ils n’ont aucun fondement juridique, pour condamner leurs clients.

L’argumentation a été longue et très technique, portant notamment sur les marchés publics de traitement et d’enfouissement des déchets à la fois sur la décharge du Mentaure à la Ciotat, et la Vautubière à la Fare les Oliviers.

Au sujet du premier site, il est reproché aux deux frères une prise illégale d’intérêt. L’aîné aurait préempté et classé un terrain en espace naturel, sur lequel poussait une plante rare, le liseron duveteux. Quelque temps plus tard, ce même terrain est revendu à la Communauté d’Aubagne et du Pays de l’Etoile pour agrandir sa décharge. Alexandre Guérini avait remporté le marché d’exploitation du centre d’enfouissement auprès de la collectivité.

« le tribunal devra prononcer la rolex…heu…la relaxe ! »

A propos du second site, il est notamment reproché à Alexandre, un trafic d’influence; dans le cadre de la revente de sa société, qui exploitait cette décharge, à Veolia. Selon l’accusation, une partie du prix de vente aurait été soumis à l’autorisation préfectorale d’agrandissement du centre de stockage des déchets, dont Alexandre, se serait fait fort de l’obtenir. Pour l’un de ses avocats, Benoît Caviglioli, la démonstration du parquet ne tient pas : « le tribunal devra prononcer la rolex…heu…la relaxe ! C’est mon côté Séguéla, j’approche les 50 ans, ça me travaille… Pour moi, l’infraction est prescrite. Le tour de passe-passe de l’accusation, ne tient pas la route… »

 

 

Alexandre Guérini
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 « Un dossier qui prend l’eau » Maître Jean-Louis Seatelli

Le dernier à prendre la parole, maître Jean-Louis Seatelli, lui non plus, il n’a pas mâché ses mots vis-à-vis du réquisitoire, de l’enquête et de la presse :

»si Jean-Noël Guérini n’avait pas été poursuivi, Alexandre ne serait pas ici. Parce que celui que l’on veut atteindre, celui que l’on veut éliminer, c’est Jean-Noël…dans cette affaire vous avez une presse collaboratrice et zélée au service de certains juges qui aiment le sensationnel. Certains juges…ont abandonné leur idéal au profit de leur carrière… »

 

 

Jean-Noël Guérini
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Quatre semaines de procès, douze prévenus

Dans ce procès 12 prévenus dont une entreprise appartenant à Alexandre Guérini ont comparu pendant quatre semaines ; parmi eux l’ancien président de la Communauté du Pays d’Aubagne et de l’Etoile, la compagne d’Alexandre Guérini, l’ancien directeur de la propreté de la Communauté Urbaine de Marseille devenue Métropole et l’ancien directeur de cabinet de Jean-Noël Guérini.

A leur encontre, le parquet a requis des peines d’un an avec sursis à deux ans de prison dont un ferme et des amendes allant de 15 000 à 100 000 €uros. Contre Jean-Noël Guérini quatre ans de prison dont deux avec sursis, 70 000 €uros d’amende et 5 ans d’inéligibilité

Tous ont plaidé la relaxe totale sauf trois.

 

Le jugement sera rendu le 28 mai

 

 

 

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