06 Nov

Béthune mortellement touché par des bombes

Le 6 novembre 1914, Léon Mortreux écrit : « je savais que Béthune avait été épargné des obus ». Faux ! Ce jour-là, Léon ignore que Béthune est touché par des bombes allemandes faisant de nombreuses victimes.

Ce 6 novembre Léon Mortreux est toujours en convalescence après sa blessure à Varreddes à la « 1ère bataille de la Marne ».

Il écrit à son oncle Fernand Bar à Béthune. Léon raconte qu’il a rencontré à Vimoutiers des habitants du Pas-de-Calais. Ils ont quitté le département pour se réfugier, en Normandie, loin de la ligne de Front. « J’ai vu ici à Vimoutiers de ces pauvres gens que la bataille a contraints à quitter nos départements. Il y en a de l’arrondissement de Béthune »

« Un taube » lâche des bombes sur la Grand Place

Ce 6 novembre 1914, Léon Mortreux ignore beaucoup de choses. Les lettres échangées pendant la guerre 14-18 mettent plusieurs semaines à parvenir à leurs destinataires.

Depuis la mi-octobre 1914, les batailles se sont rapprochées de Béthune où les britanniques ont installé leur cantonnement. Les obus éclatent, tout près du beffroi, à quelques kilomètres seulement, le long de la ligne de Front Neuve-Chapelle, Festubert, Vermelles.

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Léon Mortreux ne sait pas encore qu’un « Taube », un des premiers avions allemands, a lâché plusieurs bombes sur Béthune le 26 octobre 1914. L’une d’elles est tombée sur la Grand-Place, en plein marché de Béthune. Le bilan est lourd : plusieurs tués et 13 blessés.

14 obus sont tombés le 4 novembre 1914 sur Béthune. « Une cabaretière a été tuée dans sa cuisine, en plein centre de la ville » selon les Archives municipales de la ville de Béthune sur @Bethune1418

Léon Mortreux

Léon Mortreux

Fernand Bar

Fernand Bar

 

« La fin de la guerre est proche »  

Dans la lettre du 6 novembre 1914, Léon Mortreux, comme de nombreux poilus à ce moment-là, croît que la fin de la guerre est proche. La lettre illustre le sentiment de Léon, celui d’une victoire avant fin 1914, et l’ambiance générale qui régnait seulement 3 mois après le début de la guerre.

Il écrit à Fernand Bar : « Nous verrons cette fois la victoire … nous avançons sûrement vers Berlin où la paix sera faite »

La lettre témoigne aussi de la confiance retrouvée dans la hiérarchie militaire  « nous avons débarrassé notre commandement d’éléments imbéciles qui le paralysaient, nous avons été mouchés un peu au début ». 

En octobre 1914, le général Foch est nommé commandant en chef-adjoint de la zone Nord avec le général Joffre.

 

Vimoutiers, 6 – 11 – 1914

Cher oncle

Je vois par la missive qu’Augustin m’adresse que ma lettre a touché Béthune, et par conséquent que tu l’as eue.

( … )

J’ai vu ici à Vimoutiers de ces pauvres gens que la bataille a contraints à quitter nos départements. Il y en a de l’arrondissement de Béthune, j’en ai questionné quelques uns sans pouvoir causer à un émigré capable de me parler de toi et du 73ème.

Je savais que Béthune avait été épargné des obus, cela m’a été confirmé. Notre antique et vénérée maison a pu ainsi échapper à ces horribles incursions de mitrailles aussi le cimetière que les projectiles allemands ont souvent – dans beaucoup de villes – atrocement mutilés.

J’ai beaucoup et particulièrement le 2 novembre fêté les morts, pensé à maman, à mes grands-parents. Cette commémoration des défunts est suprêmement éloquente cette année !

Il n’y a pas eu de morts chez nous. Paul Mortreux et le mari de Germaine Plank sont prisonniers.

J’attends incessamment une lettre de Pierre mon frère, en réponse aux nouvelles que je lui ai données. Je dis nouvelles car je lui apprends bien des détails qu’il ignorait.

Jules part le 10 pour son dépôt lequel n’est plus formé à Rodez mais à Coulommiers, garnison habituelle du 76ème. Mon ainé est venu me voir la semaine passée, sa santé est bonne puisque le major le fait rejoindre mardi. Ce cher frère a donc, d’ici là encore, tout le loisir de faire ses préparatifs pour la balade.

( … )

Nous verrons cette fois la victoire, déjà nous avons débarrassé notre commandement d’éléments imbéciles qui le paralysaient, nous avons été mouchés un peu au début mais instruits aujourd’hui nous avançons surement… vers Berlin où la paix sera faite. Avec l’espoir de ce triomphe et celui plus tangible maintenant de te lire je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton neveu très reconnaissant, Léon.