12 Déc

Les maux dedans #17

lever-drmaison

Voila pourquoi j’ai écrit !

Deux semaines se sont passées. Je savoure quotidiennement cette fin de psychanalyse. J’avoue que parfois, allongé dans mon lit, je me dis qu’il a peut-être réussi dans sa mission, qu’il m’a appris à dire « non ».

J’ai honte de penser cela, quand je me remémore cette mascarade, ses cris, ses humeurs, ses demandes, ses humiliations, ses sommes d’argent demandées.

Puis un jour, au cabinet ma secrétaire me passe un appel.

« Bonjour Antoine, c’est le docteur Mie. J’aimerais que vous repreniez vos séances, pouvons-nous nous voir jeudi ?

-Je crois que vous n’avez pas compris, j’arrête.

-Vous faites une erreur, c’est dangereux pour vous, je vous en conjure.

-J’arrête! » (et je raccroche)

Huit jours plus tard, sur mon portable je vois le numéro de son cabinet qui m’appelle, je ne décroche pas. Il va réitérer ses tentatives peut être 15 fois ! Je ne décroche jamais.

Un matin, un numéro inconnu me réveille.

« C’est le docteur Mie, j’ai besoin de vous voir, c’est urgent.

-Vous êtes malade ?

-Non je ne veux pas que l’on arrête notre relation sur un mal entendu.

-Où ?

-Chez moi, jeudi 6 heures. »

Ce jour-là, j’ai eu le doute, je ne savais quoi penser. Y avait-il de l’humain chez le gourou ? Est-ce encore une manoeuvre machiavélique?

Quel intérêt pour lui de continuer ? Sa clientèle est énorme, il a un emploi du temps monstrueux, alors pourquoi ?

Je n’y suis pas allé ce jeudi matin. J’ai même tout fait pour ne plus penser à lui. J’ai fait comme dans un couple qui se déchire et qui, un jour, décide d’enlever de leur cortex la personne. Comme dirait un adolescente, « je l’ai zappé » !

Pendant 18 mois, le nom de docteur Mie est sorti de ma vie. Mais, comme le méchant génie des bandes dessinées, un jour…

Un jour est venue à mon cabinet Pascale, la jeune femme qui suivait une psychanalyse sans le savoir avec le même thérapeute que moi.

« Antoine, tu connais un psy qui s’appelle docteur Mie ?

-euh oui, de réputation…

-Arrête, ne me mens pas, tu as fait une psychanalyse avec lui !

-Quoi ? (le mauvais génie sortait de sa lampe par les mains frêles de Pascale )

-Arrête, je le sais .

-Bon d’accord, mais comment le sais-tu et quel est le problème ?

-Il n’y a pas de problème mais il n’y a pas que moi qui le sais. Nous sommes nombreux, très nombreux.

Je suis à ce moment-là tremblant, blême, abasourdi.

-Explique moi !

-Je suis allé à une séance signature du livre du docteur Mie, j’ai acheté son livre.

-Quoi ?

Il vient de faire un livre et il est vendu chez Mollat.

-Et alors ?

-Alors, page 45 (Pascale sort de son sac le livre et l’ouvre à cette fameuse page qu’elle a soigneusement agrafée d’un trombone.)

-Je te lis ?

-Vite !

-« C’est donc François 45 ans qui vient me voir un jour, lui médecin, deux enfants ancien joueur de rugby, président d’un club huppé de première division pour soit disant apprendre à dire Non¨…. »

-Alors, ce n’est pas toi ce François ? A part le prénom tu en connais beaucoup des médecins de 45 ans avec une telle description ?

J’ai ouvert la porte de mon bureau, j’ai simplement dit à Pascale : je préfère que tu partes. Je me suis assis, j’ai pleuré longtemps, longtemps.

Un seul mot tournait dans ma tête: VIOL, VIOL,VIOL.

Cela fait plus de dix ans, ma vie aujourd’hui est belle, mon métier est le plus merveilleux du monde mais comme l’enfant abusé n’oublie jamais j’ai essayé, j’ai consulté un vrai psy, il m’ a aidé mais pour guérir complètement, j’avais besoin d’écrire, j’avais besoin de dire, j’avais besoin de …..revivre.

N.B.  toute similitude avec une personne existante ne saurait être une coïncidence.

 

 

05 Déc

Les maux dedans #15

chaines-drmaison

Je suis revenu lundi avec 48 euros dans la poche, je me suis allongé et j’ai continué ma journée noire à La Rochelle.
C’est moi qui ai fait le bouche à bouche à Eric. Je me rappelle encore le goût sucré de ses lèvres, ce sentiment bizarre d’embrasser mon meilleur ami, mon frère, mon clone.
Je me rappelle encore qu’au bout de 22 minutes l’électrocardiogramme posé par le Samu a montré un redémarrage du coeur et je me rappelle encore que mes deux bras tendus en signe de victoire à ce moment précis ont entrainé un tonnerre d’applaudissements de tout le stade. C’était la première fois que je faisais lever des spectateurs aussi longtemps!
Mes larmes de l’avant veille recommençaient à emprunter les sillons de mes joues mais lui, le prédateur dormant, semblait m’écouter, me comprendre, me soutenir.
Ce redémarrage cardiaque ne dura pas et moi je baissai mes bras, regardai ma montre et, en me retournant vers le Samu, je balbutiai: on arrête tout, c’est trop long 26 minutes.
J’arrêtai mon monologue et un silence de cathédrale envahit ce vieux bureau enfumé par un cigare lacanien. Pendant 5mn, et c’est long 5mn, on aurait dit que l’âme d’ Eric nous avait envahis.
Il me dit un au revoir timide et accepta mes 48 euros que moi, le morpion, j’avais réuni en pièce de 2 euros ! Je pensai alors très fort que je venais de lui mettre un uppercut et que la victoire au poing se dessinait.

Cette soit disant victoire allait entrainer des suites désagréables. Le mercredi, la réunion pluri-disciplinaire avait comme thème la mort du proche. Je n’avais rien préparé et, quelle ne fut ma surprise, quand notre Gérard Miller bordelais après une brève introduction me donna la parole pour parler d’une expérience professionnelle. Il me faisait comprendre par des sous entendus que je devais non pas discuter d’un cas clinique mais du récit « enlarmé » que j’avais exposé sur son divan deux jours plus tôt.

En fait je payais un psychanalyste très cher pour rien mais je devais obtenir des réponses d’ un cercle de paumés psychologues. Soyons honnête, j’étais ravi de pouvoir parler de mes sentiments sans pour autant que l’on sache qu’il s’agitait des miens (toujours aussi compliqué ce pauvre Antoine naviguant entre le manque de confiance en moi et un égo démesuré !)
L’explication des intervenants était intéressante  et constructive. Chacun y allait de sa petite phrase et moi je maitrisais le sujet parfaitement : j’étais moi même le sujet ! Puis vint l’explication de la psychologue lacanienne. Elle devait soit avoir fumé une marie jeanne directement arrivée de Colombie ou alors elle était vraiment barjo :

– « Le problème ici est bien clair: nous avons un petit a sur un grand A, nous avons un transfert relationnel du corps vers l’âme et réciproquement, qui de la matière ou de l’esprit va s’entremêler dans ce noeud boromerien ? En fait l’amour dépasse le vivant ! »

Evidemment je ne pouvais répondre et je me demandais si j’étais inculte, nul en psychologie ou bien un gros con ?

Le tour de table se terminait toujours par la conclusion du gourou, chef de la secte. J’avais hâte d’entendre sa version, de savoir ce qu’il avait pensé de ce drame. Et bien ma déception fut à la hauteur de ma peine: immense.

– « Nous avons là un cas très simple de tristesse d’un être vers un autre géré par une immaturité affective et qui ferait bien d’aller voir les orphelinats bulgares pour comprendre les théories psychanalytiques de l’école de la cause freudienne. »

Si j’avais pu ou eu le courage j’aurais dû raconter à ce moment là toutes les perversions de cet homme envers moi, pauvre paumé.
Le lendemain je devais avoir une séance chez lui. Trop ébranlé par la soirée de la veille, je prenais mon téléphone et je me trouvais une excuse bidon du style ma mère est hospitalisée. J’imaginais qu’il n’était pas dupe et je croyais naïvement qu’il savait très bien pourquoi j’annulais. Sa réponse fut simple et cinglante:

– « à lundi »

En fait je me présentai lundi matin matin et là je trouvai la porte clause: on était le premier jour des vacances scolaires et monsieur ne travaillait pas. Encore une fois je me torturai en me demandant si son attitude était celle d’un étourdi, d’un méchant ou bien c’est moi qui n’avait pas compris que le « à lundi » était celui de la semaine prochaine.
Je profitai pleinement de cette période vide de Mie pour faire un point essentiel sur mon travail psychanalytique, sur mes tourments, en fait sur ma vie tout simplement.
J’ai atteint un âge raisonnable, j’ai réussi les différentes étapes de ma vie professionnelle, je nage en eaux troubles concernant ma vie de famille, mes relations avec les autres, mais surtout je suis dans un labyrinthe confusionnel sur ma propre existence, sur mon MOI.
J’essayai de faire une synthèse rapide depuis le début de mes séances. Passé le stade de l’excitation, j’étais tombé tout d’abord dans le questionnement puis le doute, la colère, la haine. Puis retour à la passion, à l’admiration, le dévouement, la tristesse, la joie, le rire, les pleurs. En fait mes relations avec Mie me permettaient de vivre en raccourci ce que des hommes ou des femmes mettent une vie entière pour parfois ne pas y arriver.
Avais-je besoin de lui pour vivre cela ? Ne l’aurais-je pas vécu un jour simplement seul ? Dans mon fort intérieur, j’avais honte d’être si naïf, si stupide, si bête parfois pour réagir comme un faible alors que dans ma vie extérieure j’essayais de démontrer le contraire.