01 Oct

« L’héroïsme des troupes » dans la Somme en 1916 raconté par le journal « Le Matin »

Cela fait maintenant 3 semaines que Léon Mortreux est mort. Il a été tué le 12 septembre 1916 dans une des batailles les plus meurtrières de la Somme.

Fin septembre 1916, toute la famille à Paris et à Béthune a appris la terrible nouvelle.

Après les décès de Pierre en janvier 1915, de Jules en mars 1915 et aujourd’hui de Léon en septembre 1916, la famille veut comprendre.

Comment Léon a été tué au combat ? Dans quelles circonstances ? A quel endroit ? Dans quelle bataille ?

Bien sur, les lettres et le témoignage du caporal de Léon Mortreux ont permis d’en savoir davantage. Mais jusqu’à fin septembre, la famille n’avait rien relevé dans la presse sur cette sanglante bataille … jusqu’à ce jour du dimanche 1er octobre 1916.

LM-Matin

Dans « Le Matin » du dimanche 1er octobre 1916, le journal fait le récit de la bataille de Rancourt, le secteur où Léon Mortreux a été tué.

Le récit de la bataille des « joyeux »
dans le journal Le Matin

Parmi les documents de la famille Mortreux sur la guerre 14-18, plusieurs coupures de presse ont été précieusement conservées. Et particulièrement un article d’un des grands quotidiens de l’époque Le Matin.

L’article est titré :  » Zouaves, tirailleurs et « joyeux » les journées des 12 et 14 septembre ».

Cet article a été découpé dans « Le Matin » du dimanche 1er octobre 1916.

Ce jour-là, le journal fait sa Une avec deux articles titrés « Un chantage : la menace alllemande de guerre sous-marine » et « Le dernier acte, le mouvement national grec ». Pas une ligne, en « Une », sur les combats dans la Somme.

LeMatin-Une

« Le Matin » du dimanche 1er octobre 1916 – source : Gallica de la Bibliothèque nationale de France

Il faut aller à la 3ème page du journal « Le Matin », sous le bandeau « DERNIERE HEURE », pour lire l’article titré : 

Zouaves, tirailleurs et joyeux
les journées des 12 et 14 septembre

Cet article, publié le 1er octobre 1916, reprend un communiqué officiel. L’article ne parle pas de Léon Mortreux. Pas de photo. Mais le journal raconte la bataille dans laquelle Léon est mort le 12 septembre 1916.

« l’héroïsme des troupes qui le 12 puis le 14 septembre, atteignirent et dépassèrent la route nationale de Péronne à Bapaume »

L’article découpé, précieusement conservé par la famille, a été daté. Sous le titre, on peut lire quelques annotations de la main de Fernand Bar :

Léon Mortreux
12 septembre à midi
« Le Matin » 1er octobre 1916

Ci-dessous quelques extraits et l’intégralité de l’article du journal Le Matin

… C’est aux zouaves, aux tirailleurs et aux « joyeux » que revient l’honneur d’accomplir ce jour-là  le principal effort. …

Devant le Colonel Chardonnet qui commandait le 3è Régiment mixte, composé de zouaves et de tirailleurs, les troupes qui partent à l’assaut défilent. Et sitôt que le combat est engagé, le colonel s’avance dans un chemin creux battu par les mitrailleuses. Près de lui son capitaine adjoint tombe, frappé d’une balle

… une compagnie allemande et un peloton de mitrailleuses sont entourés par nos soldats. Les ennemis se défendent avec acharnement … il faut les passer à la baïonnette …

Recit-12-14-09

Combien de tués ? Combien de blessés ? L’article du journal « Le Matin » ne donne pas de chiffres sur les victimes.

Derrière les mots « héroïsme », « honneur », « violent barrage d’artillerie », on comprend que les journées des 12 au 14 septembre ont été très sanglantes et meurtrières.

Les joyeux ont été admirables

En vérité, les journées des 12 au 14 septembre font de très nombreuses pertes.

Pour le seul régiment de Léon Mortreux, le 3è Régiment Mixte des Zouaves et Tirailleurs : 47 tués, 214 blessés et 7 disparus, selon le journal de marche du 3è Régiment Mixte des Zouaves et Tirailleurs.

Côté allemand, la bataille a été tout aussi terrible et les victimes pas moins nombreuses.

Censure militaire

Ce 1er octobre 1916, le journal Le Matin n’a pas ces informations et ne publie pas de chiffres. C’est la loi du 5 août 1914, « réprimant les indiscrétions de la presse en tant de guerre ».

Censure militaire, il est interdit de publier des informations sur la guerre et les combats autres que celles communiquées par le gouvernement ou le commandement. Interdiction de parler des pertes militaires, des mouvements de troupes, ou encore des renseignements stratégiques. Donc pas de chiffres.

Après cette victoire des troupes françaises, l’article du Matin préfère souligner « l’héroïsme » et « la bravoure » des poilus du régiment des Zouaves et Tirailleurs.

Le Matin conclut :

Les joyeux sont souvent bien ennuyeux au cantonnement : le 14 septembre, ils ont été admirables.

Le Matin est un des 4 grands quotidiens nationaux de 1910 à 1920. Tirage autour du million d’exemplaires.