24 Sep

Sur les chemins buissonniers de Mérignac

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Mérignac, dans la métropole bordelaise, est connue pour son aéroport et son immense zone commerciale. Pourtant, la deuxième ville de Gironde est aussi l’une des plus vertes de France, comptant 900 hectares d’espaces naturels boisés (soit 40 m² par habitat contre 25 au plan national). 

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Un excellent terrain d’exploration pour Martial Théviot, un naturaliste passionné qui a inventorié la faune et la flore mérignacaises.

Belle initiative autour du patrimoine naturel de proximité ! Son guide, les mystères de la nature à Mérignac, permet au promeneur de découvrir autrement les parcs de la ville jusque dans les moindres détails, avec pour devise :

On ne peut pas tout voir, on ne peut pas tout comprendre, mais on peut toujours s’émerveiller.

Martial Théviot a fondé l’association Jardin et Ecotourisme qui propose des balades originales dans tous les parcs de Mérignac et en divers lieux girondins . La prochaine, le 26 septembre, sera très active puisqu’il s’agira de nettoyer le Peugue, ce ruisseau qui court jusqu’à la Garonne (en passant ensuite sous Bordeaux).

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Le Peugue est un cours d’eau plutôt inattendu. De nombreux girondins en ont gardé le souvenir désagréable d’odeurs nauséabondes. Aujourd’hui, c’est terminé. Plus de déversement d’égouts mais une promenade verdoyante ouverte le long de ses berges en 2014. On peut y trouver des fossiles, observer des libellules et même y pêcher !

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Et ce n’est là qu’un des nombreux exemples de découvertes insolites que vous pourrez faire en participant à ces balades guidées… En attendant, venez avec nous le temps d’un reportage.

12 Sep

Comment expliquer le succès des Journées du Patrimoine ? Une ethnologue nous répond

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C’est devenu une tradition. Voilà 33 ans que les Journées Européennes du Patrimoine s’inscrivent dans le calendrier de la rentrée. En 2016, 12 millions de Français (120 000 à Bordeaux) ont pris d’assaut les musées, les monuments et autres édifices, anciens ou contemporains, désireux de connaitre l’envers du décor.

Pour tenter de comprendre cet engouement, l’ethnologue bordelaise Marie-Dominique Ribéreau-Gayou nous éclaire sur le sujet en 4 questions.

Comment interprétez-vous ce succès populaire ?

On peut penser que le patrimoine joue un rôle analogue à celui que représente, à l’échelon de la famille, la maison héritée des générations précédentes : fournir des repères stables quand tout bouge autour de soi…

Mais je pense que cela ne suffit pas à expliquer cet engouement. Le patrimoine, c’est aussi un miroir de nos sociétés et de l’humanité en général.

Dans ce qui se discute autour du patrimoine – les palombières, par exemple, sont-elles des objets patrimoniaux ?–, j’entends aussi des questions philosophiques fondamentales : que devons-nous conserver comme trace à la fois de notre humanité commune et de nos différences locales ?  D’où venons-nous, en tant que membres d’une société et d’une culture ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui ? Et là-dedans, qu’est-ce qui est commun aux 7 milliards d’êtres humains : des objets matériels, des objets culturels, des valeurs, des symboles, l’eau, l’air ?  Dans ce que nous faisons aujourd’hui, qu’est-ce qui, pour les générations futures, aura suffisamment de sens pour leur servir à se sentir membres d’une seule humanité par-delà leurs différences ? Et bien d’autres questions encore.

En somme, il y a une dynamique de réflexion sur soi et sur l’humanité dans son ensemble. Et ça, c’est extrêmement intéressant : c’est quand même la première fois dans l’histoire de l’humanité que les hommes ont l’envie et les moyens techniques de débattre ensemble de ce qui a un sens, une valeur pour eux. On constate le même phénomène à propos du changement climatique.

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Comment en est-on venu à parler de « patrimoine mondial » ?

A l’origine, le mot « patrimoine » désignait uniquement les biens que le père de famille transmettait à ses descendants. Aujourd’hui, mon patrimoine inclue aussi  la ravissante église romane de mon village qui est un patrimoine que je partage avec le reste de l’humanité. C’est-à-dire qu’on est passé d’une idée individuelle du patrimoine à une idée collective.

La mondialisation a provoqué une modification importante du sens donné à « patrimoine ». Cette première ouverture a permis toutes les autres. En fait, depuis qu’elle s’est émancipée du cercle de la famille, la notion de patrimoine n’a pas cessé de s’élargir, de s’enrichir – ou de se diluer un peu trop selon le point de vue !–. Elle a évolué à la fois dans sa nature et géographiquement : patrimoine local/national/universel mais aussi patrimoine culturel (langues, traditions), patrimoine naturel (à toutes les échelles, du village à la stratosphère) et, tout récemment, patrimoine génétique.

Attention, quand on parle de « patrimoine génétique« , aujourd’hui on ne désigne plus seulement ce qui se manifeste dans les maladies héréditaires ou la fossette au menton que se transmettent les descendants de tel ancêtre. On ne parle pas, non plus, seulement des caractéristiques d’une population, comme le taux exceptionnellement élevé de gens du groupe sanguin O négatif chez les Basques. « Patrimoine génétique », ça désigne aussi maintenant l’ensemble des caractéristiques des plantes et des animaux  qui constituent des ressources qui devraient permettre à l’humanité, entre autres, d’adapter l’agriculture et l’élevage aux besoins qu’on ne connaît pas encore.

A ce propos, il faut noter que, au cours de son évolution, l’idée de patrimoine a embarqué un certain nombre de principes et de valeurs comme celle de « devoir » (devoir de préserver pour transmettre en bon état), celle de « respect des générations futures » (plus ou moins associé au principe de précaution), celle de « bien commun » ou encore celle d' »identité ». Cette dernière idée sert parfois d’ailleurs des projets idéologiques plutôt troubles pour ne pas dire malsains !

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Pour quelle raison cette notion de « patrimoine » ne cesse-t-elle de s’élargir ?

En fait, dans les sociétés occidentales, Le cheminement suit, avec un certain décalage, les évolutions sociales, techniques, scientifiques et philosophiques. Par exemple, la modification de l’importance de la famille dans la société a favorisé le glissement de l’individuel au collectif. Le développement de l’éducation grâce à l’école obligatoire, libre et gratuite annonçait l’idée de « patrimoine culturel ». Les progrès scientifiques qui montrent qu’il n’existe pas de races mais une seule et unique race humaine en même temps que le développement de la connaissance du monde, des transports, du tourisme et des outils virtuels, tout cela déroule le tapis rouge au « patrimoine universel« . La prise de conscience des problèmes environnementaux, des limites des ressources naturelles a fait le lit du « patrimoine naturel ». Les craintes suscitées par l’appauvrissement des ressources dû, notamment, à l’excès de sélection sur la faune et la flore ouvrent maintenant la porte au « patrimoine génétique ». Bref, l‘idée de patrimoine s’élargit, en fait, au fur et à mesure que notre conscience et notre connaissance du reste du monde s’enrichissent.

Il serait donc illusoire de faire « comme si » le patrimoine était une réalité objective, fixe, immuable !

Ce n’est pas la peine d’essayer de dresser une liste  de ce qui est patrimoine en pensant que cette liste sera définitive, au moins pour ce qui concerne le passé et qu’il suffira de rallonger la liste avec les nouveaux patrimoines qui apparaîtront dans les siècles à venir pour définir le patrimoine. En fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, le patrimoine nous parle moins du passé que du présent et de notre vision du futur.

En  résumé, je dirais que le patrimoine ce n’est pas une réalité en soi, ferme et définitive, c’est une interprétation, toujours remise en cause. C’est un miroir, un reflet du monde et c’est pour ça que son contenu est intangible, qu’il bouge tout le temps. C’est pour ça aussi qu’il est si riche en significations, en symboles. Mais aussi en idéologies et en intentions politiques.

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L’UNESCO défend le repas gastronomique français, la cuisine mexicaine ou le pain d’épices de Croatie du Nord… Certaines pratiques sociales, traditions orales et événements festifs sont désormais inscrits sur la liste du patrimoine immatériel.  Pourquoi est-ce si important ?

Le patrimoine est désormais un ensemble évolutif de biens collectifs matériels et immatériels, hérités des générations précédentes. Il peut s’agir de biens appartenant à un groupe (cabanes de pêcheurs de l’estuaire de la Gironde; pratiques thérapeutico-religieuses des chamans amérindiens, etc.), ou à une nation (monuments historiques, langue, traditions, héros, etc.) ou, plus récemment, à l’humanité entière (patrimoine mondial de l’Unesco, ressources naturelles, biodiversité, etc.). On a l’impression que tout et n’importe quoi peut devenir patrimoine au gré des intérêts des nations et des groupes de pression alors que tous les objets patrimoniaux n’ont pas la même importance, c’est-à-dire pas la même valeur d’incarnation d’une identité spécifique ou de symbole. Ce n’est pas totalement faux et cela dévalorise un peu les classements.

Mais cet inventaire à la Prévert, certes un peu déroutant, ne doit pas masquer l’essentiel : dans le grand fourre-tout du patrimoine s’élabore aussi, par tâtonnements, le sentiment d’une appartenance à la même humanité, celle qui a décoré la grotte de Lascaux et fait le premier pas sur la lune. Il s’y amorce aussi, on peut l’espérer, le dessin à grands traits d’un futur partagé sinon commun.

Personnellement, j’ai l’impression d’être plus profondément citoyenne du monde depuis que les manuscrits de Tombouctou,  les temples de Palmyre, la forêt amazonienne et les pandas géants sauvages de Chine font parti de mon patrimoine de française au même titre que la Tour Eiffel, la gastronomie, la laïcité, le festival d’Avignon ou le Provençal ! C’est important ça, non ?!

Marie-Dominique Ribereau-Gayon est Docteure en Anthropologie sociale et culturelle. Ses recherches portent sur l’évolution des relations à la nature, des traditions et des identités culturelles liées au territoire.    
Bibliographie 
« Prenez la vie côté cabane ! » : les cabanes landaises dans les stratégies commerciales et publicitaires », in B.Brun, A-H. Dufour, B.Picon, M-D. Ribereau-Gayon (eds.),Cabanes, cabanons et habitats temporaires, 2000, Editions de Bergier : 71-88. Accès gratuit : http://www.ecologie-humaine.eu/documents/seh_cabane/cabane_09_ribereau-gayon.pdf

Chasseurs de traditions – l’imaginaire contemporain des Landes de Gascogne, 2001, Paris, Editions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 380 p.

« La Rosière, incarnation et médiatrice d’une nouvelle ruralité », Norois, 2007/3, n°204 :53-65. Accès gratuit : https://norois.revues.org/1440

« La légitimité de la forêt des Landes de Gascogne du XIX ème siècle à la tempête de 2009 », in Tempêtes sur la forêt landaise- histoires, mémoires, 2011, Mont-de-Marsan :L’Atelier des Brisants: 165-181. https://www.lu-et-cie.fr/livre/9782846231084-tempete-sur-la-foret-landaise-histoires-memoires-collectif/

« Qu’est-ce qu’une « race animale pure » ? La fabrication de la race bovine bordelaise », avec Patricia Pellegrini, revue d’Ethnoécologie, 2014. Accès gratuit :https://ethnoecologie.revues.org/1680

« Les nouveaux jardins publics de Bordeaux- La construction d’une culture de la nature », avec Dominique Prost, in Menozzi M.-J (ed.), Les jardins dans la ville, entre nature et culture, 2014, Collection « Espaces et Territoires », Presses Universitaires de Rennes : 107-123. http://www.ecologie-humaine.eu/fr/fichiers/PubPFR_JARDINS.htm

08 Sep

La renaissance du château-fort de Langoiran, l’oeuvre de toute une vie

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A l’approche des Journées Européennes du Patrimoine qui auront lieu les 16 et 17 septembre prochain, partons à la découverte d’un château méconnu qui vaut vraiment le détour : la forteresse médiévale de Langoiran, construite dans l’Entre-Deux-Mers à la fin du XIIIème siècle. Sa restauration force l’admiration.

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Voilà 44 ans que Robert Bibonne, professeur d’histoire et propriétaire du château, s’évertue à le remettre debout, réalisant chaque jour un rêve d’enfant.

C’est à l’âge de 7 ans qu’il tombe sous le charme du château-fort, représenté sur une carte postale qui déclenche en lui un attrait irrésistible. Le petit garçon habite alors Talence et, sans doute poussé par un élan chevaleresque, prend son vélo pour rejoindre la forteresse par des chemins caillouteux. C’est l’éblouissement devant une ruine, l’édifice étant inoccupé depuis 350 ans.

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Ce souvenir ne le quittera plus, à tel point que devenu jeune homme, il n’hésite pas à l’acheter lorsque l’opportunité se présente en 1972, se lançant dans une folle aventure.

L’accès au château se fait alors par une simple passerelle, il faut commencer par construire un pont et déblayer des tonnes de remblais. La lutte contre la végétation est un combat qui va durer des années. Une centaine d’arbres sont arrachés dans l’enceinte même de la forteresse.

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Les travaux sont titanesques. Sans fortune et sans subvention, Robert Bibonne et son épouse décident de créer une association, les Amis du château, pour recueillir des fonds et organiser des chantiers de bénévoles. Pendant 20 ans, 2500 personnes de toutes nationalités se sont ainsi relayées pour faire revivre le château.

Revivre est bien le mot. Le château est habité par les propriétaires qui, par leur seule présence, lui donnent un supplément d’âme. On y entre un peu comme dans une belle demeure, accueilli par des fleurs élégamment mêlées à la rocaille. Pas banal dans une forteresse !

Des fêtes médiévales y sont également organisées et plus de dix mille visiteurs y viennent chaque année, dont de nombreux écoliers. Deux chambres d’hôtes ont été aménagées pour offrir aux amateurs d’histoire un voyage dans le temps et parfois, des baptêmes et des mariages sont organisés dans la chapelle.

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Bref, ce château au riche passé, autrefois propriété de grands seigneurs, continue à écrire son histoire, une histoire vivante qui illustre à merveille la passion du patrimoine.

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La forteresse médiévale sera bien sûr ouverte à la visite lors des Journées du Patrimoine.

Amis du château de Langoiran
Château de Langoiran
33550 Langoiran

Tel : 05 56 67 12 00

chateaudelangoiran@hotmail.fr