16 Avr

«CHU Leaks» : fausse affaire, vrai gâchis

Le 2 avril dernier, le média d’investigation de Toulouse Médiacités publiait un scoop nommé : « CHU Leaks : ces documents confidentiels qui accablent l’hôpital toulousain ».

Le sous-titre est flatteur pour les journalistes, et pas vraiment pour l’hôpital : « Mediacités a eu accès à plus de 26 000 fiches d’incident enregistrées par le personnel du CHU de Toulouse. Graves dysfonctionnements techniques, manque d’effectif, mise en danger des patients : cette fuite inédite de documents confirme la situation plus qu’inquiétante de l’hôpital toulousain. »

 

Des documents mal compris ?

 

Que se passe-t-il au CHU de Toulouse ? Il ne s’agit pas ici de juger la gestion de l’hôpital ou les conditions de travail du personnel. Mais les auteurs des « CHU Leaks » ont-ils bien compris les documents qu’ils avaient sous les yeux ?

Il est vrai que certaines fiches sont inquiétantes : «Lors de l’intervention chirurgicale, la pièce à main du moteur… a craché un liquide noir dans la bouche du patient… et a brûlé la lèvre et la joue gauche.» Un cardiologue rapporte la défaillance technique d’un défibrillateur qui «ne reconnaît plus le signal au moment de choquer le patient».

Et pourtant, même si c’est surprenant, la déclaration de ces incidents, dont le sérieux n’est pas remis en cause, devrait plutôt rassurer.

 

Déclaration d’incident = sécurité

 

En effet, plus un hôpital déclare d’incidents, plus il mise sur la sécurité.

Le constat peut paraître paradoxal. Mais l’objectif de ces déclarations est bel et bien d’améliorer la qualité des soins. Ce type d’incidents est fréquent dans les hôpitaux. Si on ne les déclare pas, ils risquent de se reproduire. En les déclarant, on réduit ce risque.

La Haute Autorité de Santé l’expliquait clairement en 2015 : « Alors que le retour d’expérience est une démarche incontournable dans les secteurs à risque tels que l’aviation ou le nucléaire, le secteur de la santé s’appuie encore beaucoup sur un retour d’expérience tacite, limité à un cercle spécialisé et moins sur des retours d’expériences structurés et pluri professionnels. Ce retard porte atteinte à la sécurité du patient : les erreurs non recueillies et non analysées ne sont pas corrigées de façon adéquate et risquent de se reproduire régulièrement. »

 

Grand mélange

 

Dans ce domaine, le CHU de Toulouse semble plutôt bon élève. Or, les journalistes de Médiacités, et ceux qui reprennent leurs informations, le font au contraire passer pour un site dangereux, mélangeant les difficultés sociales et économiques que traversent les hôpitaux à ces fiches d’incidents qui n’ont rien à voir.

La Fédération Hospitalière de France, qui n’est pas la dernière pour critiquer le manque de moyens des hôpitaux, vient de dénoncer cet article :

« Il faut rappeler que le rôle des fiches d’évènements indésirables est fondamental, que ce soit pour améliorer :

  • la qualité des soins directement dispensés aux patients ;
  • les procédures d’utilisation du matériel autour du patient ;
  • la maintenance des infrastructures et des matériels ;
  • l’organisation des services de soins, techniques et administratifs »

 

La santé est un sujet sérieux qui demande du temps pour être compris ; dans un contexte déjà compliqué pour les hôpitaux, les « CHU Leaks » ne font qu’apporter un trouble inutile aux soignants, et surtout aux patients.

 

Mise à jour le 17 avril 2018 : Mediacités répond ici aux critiques.

02 Avr

Au cœur de la réanimation du CHU de Limoges

Le service réanimation du CHU de Limoges nous a ouvert ses portes pendant toute une journée.

Il fait souvent plutôt peur, à cause des cas très graves qui sont pris en charge. Pourtant, derrière les machines et les médicaments, c’est aussi un service particulièrement humain.

 

Deux défaillances d’organes

 

L’entrée est plutôt discrète, juste à côté des urgences du CHU de Limoges.

Les patients arrivent toujours ici dans un état critique, après une infection grave, un accident, ou une importante chirurgie.

Philippe Vignon, chef du service, explique :

 

« Le patient entre en réanimation parce qu’il a deux défaillances d’organes : le cœur et la circulation, le poumon, le rein, le foie… Plus le nombre d’organes touchés est important, plus le pronostic vital est engagé. »

 

Cocon

 

Ce qui frappe, au-delà des machines et des techniques pour suppléer les organes, c’est un véritable cocon autour des patients.

On leur parle, même s’ils sont inconscients. Et on soigne aussi leur entourage.

Marie-Agnès Vignaud, infirmière, témoigne :

 

« On sait quelle est la souffrance des gens, quels mots utiliser ; pas forcément pour réconforter ce qui n’est pas consolable. On est proche d’eux. »

 

« Je me suis sentie humaine »

 

Nous avons rencontré Alice, une ancienne patiente.

Il y a deux ans, elle a été victime d’une méningite. Entre la vie et la mort, elle a été hospitalisée dans le service de réanimation du CHU de Limoges pendant plusieurs semaines.

L’expérience fut marquante. Elle se souvient de ses hallucinations à cause des médicaments, de son réveil avec un tuyau dans la bouche pour respirer :

 

« Ne pas pouvoir communiquer ni poser de questions, c’est très difficile. Après, on a mis en place une petite ardoise pour communiquer. C’était plus facile, même si mes propos étaient un peu confus… Je ne me suis pas sentie « objet », et simple patiente. Je me suis sentie humaine. On m’a considérée tout au long de mon hospitalisation. »

 

Son père aussi a apprécié le soutien des équipes du service dans un moment particulièrement difficile :

 

« Pour un papa, avoir son enfant dans un service de réanimation, c’est une douleur incroyable. Ne pas pouvoir être actif pour son gosse, c’est insupportable. »

 

Recherche

 

Comme de nombreux patients, Alice a participé à un essai thérapeutique.

Des équipes de recherche opèrent au cœur du service. Les situations critiques prises en charge représentent un terrain idéal pour étudier de nouveaux médicaments.

Séverine Laleu travaille pour le centre d’investigation clinique :

 

« Depuis quelques années, nous faisons face à des bactéries résistantes aux antibiotiques. C’est important de trouver de nouvelles molécules pour proposer des antibiotiques plus adaptés aux patients. »

 

A l’heure des visites

 

A 16h, le service ouvre ses portes aux visiteurs.
Les proches des patients doivent s’habituer au lieu, et aussi à porter une blouse blanche… Souvent, ils trouvent du réconfort auprès des autres familles qui traversent la même épreuve.

La fille d’un patient nous raconte le départ d’un homme hospitalisé dans une chambre voisine :

 

« On s’est dit « ah, ça arrive que quelqu’un sorte un jour »… Dans la salle d’attente, on était tous contents, on disait bravo… C’est important qu’on se parle dehors. On voit toujours les mêmes visages, alors on finit forcément par se parler. »

 

Si certains patients restent plusieurs semaines en réanimation, la durée moyenne d’hospitalisation dans le service est de 7 jours ; les malades peuvent sortir quand ils sont capables de vivre de façon autonome.

Ils partent alors vers des soins moins lourds. Souvent avec reconnaissance ; c’est le moteur le plus important pour les équipes de réanimation…

 

14 Mar

Oui, la limitation à 80 km/h va sauver des vies

Cox

Des motards, respectueux du code de la route, qui protestent en bloquant la circulation des voitures ; des élus locaux, jamais clientélistes, qui se rebiffent ; des « kits » de protestation distribués par des partis politiques, qu’on ne peut bien sûr pas soupçonner de vouloir souffler sur les braises… La décision du gouvernement de limiter la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires provoque une sérieuse levée de bouclier.

 

L’objectif est pourtant louable : sauver plusieurs centaines de vies chaque année. Mais des arguments en béton viennent mettre à mal cette vision idyllique : « Stop à l’acharnement ! », « En zone rurale, la voiture est indispensable pour aller travailler ! ».

 

Visiblement, nous sommes bien d’accord : sur France 3 Limousin, depuis janvier, nous avons parlé 10 fois de ce sujet : reportages, invités en plateau… Bilan : on ne voit que des gens qui râlent, et seulement une interview, dans un des reportages, pour le représentant de la prévention routière (et deux interviews d’opposants dans ce même reportage).

 

Un peu de science

 

On ne va pas calculer ici le gain de temps théorique/pratique (au final minime) sur une portion de 100 km, ou réaliser un micro trottoir dans une station-service.

On ne va pas non plus citer les rapports d’experts du Conseil National de la Sécurité Routière, puisqu’ils sont mis en avant par le gouvernement, donc considérés par les opposants comme orientés.

Regardons la situation avec recul, en faisant seulement  attention à ce que l’on peut lire.

 

En première ligne dans le combat anti-limitation, on trouve la « Ligue de défense des conducteurs ». Une organisation d’apparence sérieuse, qui fait même appel à la science pour publier un titre accrocheur : « Relation vitesse et mortalité routière : la fin du mensonge ».

Extrait : « A notre demande, la Société de Calcul Mathématique, cabinet de mathématique indépendant, a réalisé une étude qui met en lumière la totale absence de légitimité des formules utilisées pour lier scientifiquement la vitesse à la mortalité routière. Son analyse porte notamment sur trois études qui s’appuient sur la formule « 1% de vitesse en moins c’est 4% de mort en moins » et encouragent le déploiement renforcé des radars. »

C’est quoi la « Société de Calcul Mathématique » ? Les mêmes qui doutent du réchauffement climatique. No comment.

 

Penchons-nous maintenant sur une étude plus mesurée, qui ne vient pas du gouvernement français, mais d’universitaires. De vrais chercheurs, pour qui le doute est une préoccupation constante, et qui prennent en compte tous les éléments de réflexion disponibles.

Moins glamour que le titre de la « Ligue de défense des conducteurs », cela s’appelle : « Influence de la vitesse de déplacement sur le risque d’accident corporel : une étude cas-témoins »

Cette fois, le constat est différent. On peut lire dans la conclusion : « Ces résultats suggèrent qu’un faible accroissement de la vitesse de déplacement individuelle conduit à une augmentation marquée et significative du risque d’être impliqué dans un accident corporel, du moins pour les voitures. »

Et si on regarde chez nos voisins ? Difficile de comparer vraiment, les différences sur les routes sont nombreuses (équipements, permis à point, radars automatiques…). On peut tout de même trouver une étude récente menée sur le sujet en Suède, en 2017 : la baisses de 90 km/h à 80 km/h sur les routes de campagne a conduit à une baisse de 14 % par an du nombre de tués.

 

Nuances

 

Dans les études, cependant, rien n’est tout blanc ni tout noir.

La fédération des motards en colère a sans doute raison de lister d’autres facteurs de risque : « La baisse des moyens pour les associations et les collectivités régionales, les fermetures de centres de secours et des services d’urgence dans les territoires déjà isolés, la « mise en concurrence » des petites lignes ferroviaires qualifiées de non-rentables qui va entraîner leur disparition (moins de trains de proximité = plus de voitures sur le réseau secondaire), l’ubérisation des écoles de conduite et la baisse liée de la qualité de l’enseignement de la conduite, toujours plus de téléphonie et d’écrans connectés dans les véhicules, les autoroutes hors de prix (le réseau le plus sûr !), sans oublier l’abandon de l’entretien des routes, précisément celles concernées par cette baisse des vitesses décrétée sans concertation. »

Même nos universitaires le reconnaissent : « Des stratégies efficaces de gestion de la vitesse peuvent également s’appuyer sur d’autres démarches, comme le traitement des voiries (…). Dans le domaine de la technologie automobile, l’introduction de systèmes d’adaptation de la vitesse ou de limiteurs de vitesse dans les voitures pourrait avoir des effets positifs sur la sécurité (…). »

Alors oui, d’autres pistes sont envisageables. Mais il est certain que la baisse de la limitation de vitesse aura un impact sur le nombre d’accidents et sur leur gravité. Et à l’arrivée, des vies seront sauvées.

 

Manque d’arguments

 

Concrètement, il n’y a objectivement aucun argument solide pour attaquer la limitation de vitesse à 80km/h, à part une défiance envers le monde politique, comparable à celle des antivaccins, et une culture de la vitesse, franchouillarde mais dangereuse.

Pour terminer et revenir dans nos départements néo-aquitains, et pour conclure, la parole à Caude Got, qui n’est pas un illuminé, mais un professeur de médecine expert en accidentologie (extrait de sa tribune parue dans Libération le 10 mars 2018) :

« Le plus paradoxal dans cette situation est le constat d’une opposition au 80 hors agglomération d’un nombre important d’élus des départements qui vont bénéficier de la réduction de la mortalité la plus importante. Il faudrait rappeler à ces élus, majoritairement masculins, que les femmes font maintenant autant de kilomètres que les hommes et que seulement 400 d’entre elles meurent sur les routes quand 2 000 conducteurs sûrs d’eux-mêmes et de la qualité de leur conduite disparaissent. Ils devraient également prendre en considération le fait que 90% des suspensions de permis faute de points concernent les hommes. Ce sont des femmes qui vont dans les parloirs de prisons (96,5% des détenus sont des hommes) et ce sont majoritairement des femmes qui enterrent leurs maris. Un mouvement de société, attendu depuis longtemps, tente de rééquilibrer le respect des valeurs entre les sexes, depuis les rémunérations jusqu’aux comportements genrés. Il est important et urgent que les femmes disent aux élus des «territoires» de se calmer et de respecter aussi la réalité des faits, l’accident de la route demeure la première cause de mortalité des jeunes adultes, ces jeunes adultes sont leurs enfants. »

07 Fév

Les MICI : quand l’intestin vous gâche la vie

Les MICI : quand l’intestin vous gâche la vie

Pour les malades, c’est une double peine : ils souffrent dans leur chair, mais en plus, ils souffrent dans leur dignité.

Nous allons parler des MICI, prononcez MIKI. Cela veut dire Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin. En quoi ça consiste ? Vous imaginez une gastroentérite ? Et bien, pour certains malades, c’est comme ça, mais puissance 10 et tout le temps.

 

Leçon de choses

 

D’abord, pour comprendre de quoi on parle, voici un petit point scientifique sur ces MICI.

Il y a deux types de maladies : d’abord, la maladie de Crohn, qui touche l’ensemble du tube digestif de la bouche à l’anus. Ensuite, la recto colique hémorragique, qui se concentre sur le colon.

Ce sont des maladies qui évoluent par poussées, avec des épisodes de rémission. On ne sait pas combien de temps vont durer ces phases, il n’y a pas deux patients pareils. Une poussée, c’est quand la maladie est active, avec des signes cliniques qui peuvent parfois nécessiter de la chirurgie. Il n’y a pas de guérison, juste des rémissions.

 

Attention : témoignage marquant

 

Quelle vie avec une MICI ? Nous avons rencontré une habitante de Limoges atteinte de la maladie de Crohn. Quand on la voit, rien ne laisse penser qu’elle est malade. Elle nous apporte pourtant un témoignage aussi courageux que marquant.

Sa maladie est à l’origine de deux interventions chirurgicales aux conséquences sérieusement invalidantes. Au début, vous allez peut-être rigoler. Ensuite, vous vous mettrez à sa place. Enfin, vous serez pris de compassion et vous aurez envie d’en parler autour de vous.

 

Elle nous explique son plus gros problème : « Pour être triviale, on va à la selle de 6 à 16 fois par jour, avec un temps de réaction très rapide : 10 secondes en moyenne, jusqu’à 20 ou 30, mais rarement plus. »

Cela pèse sur son quotidien, forcément. Peu de sorties, pas d’invitations chez les amis, c’est une question de dignité : « Avant d’aller chez des amis, je ne peux pas leur demander si leurs WC sont assez isolés du lieu où on va être parce-que… ça ne se fait pas. Sur le plan social, c’est complètement ridicule. Je me fiche que les gens sachent que je suis malade, mais je ne veux pas qu’ils en soient témoins. Je ne peux pas. »

Vacances, vie sociale : la maladie est un sujet de préoccupation permanent qui impacte aussi sa vie de couple. Son compagnon nous confie : « On ne vit pas à deux, on vit à trois. Il y a nous deux, mais il y a aussi Crohn. Crohn on ne le voit pas, mais il est très présent. C’est lui qui dicte notre manière de vivre. »

Elle est bibliothécaire, et elle doit travailler depuis chez elle. Sur son lieu de travail, il lui faudrait des toilettes à proximité, et toujours libres. Le même problème peut se poser n’importe quand à l’extérieur, si elle doit trouver des toilettes en urgence. Elle raconte une anecdote particulièrement gênante : « Ça m’est arrivé une fois, où j’ai demandé dans une pharmacie, pourtant. On m’a répondu qu’on n’avait pas le temps de m’y accompagner. Je savais que je n’avais pas 20 secondes devant moi… Je suis entré dans la boutique à côté, j’ai expliqué à la dame, qui a pâli. Je devais être pâle aussi, je devais commencer à flipper, c’était en période de Noël et il y avait beaucoup de monde dans les rues. Je ne savais plus quoi faire. Ma voiture était à 50 m. Je savais que je n’avais pas le temps d’y aller. Parce qu’à la rigueur, une fois dans ma voiture, personne ne me voit… »

 

Changement de regard

 

L’ (excellent) livre « Le charme discret de l’intestin », de Giulia Enders, a redonné à cette partie du corps ses lettres de noblesses, mais quand on en parle, cela fait tout de même souvent sourire.

Pourtant, ce n’est pas marrant. Pour le comprendre, il suffit de regarder quelques chiffres que nous donne l’Inserm :

« Les MICI sont le plus souvent diagnostiquées chez des sujets jeunes, âgés de 20 à 30 ans. Toutefois, elles peuvent survenir à tout âge, et 15% des cas concernent des enfants.

Le fait que la prévalence de ces maladies augmente très rapidement dans les pays en voie d’industrialisation laisse suspecter un rôle de l’environnement, et en particulier de la pollution, dans leur survenue. Des études suggèrent une implication de microparticules ou encore de métaux lourds comme l’aluminium.

En France, où la prévalence est stable ces dernières années, environ 5 nouveaux cas de maladie de Crohn et autant de rectocolites hémorragiques sont diagnostiqués chaque année pour 100 000 habitants. »

26 Jan

Et si on arrêtait de polluer les bébés ?

Qui voudrait faire du mal à Benjamin ,

 

Le titre est un peu provocateur, en général les parents font attention à leur progéniture.

Pourtant, on met régulièrement nos enfants en danger sans même le savoir. Cela commence par la toilette, et les produits qu’on utilise pour les badigeonner. Il y a aussi la lessive avec laquelle on lave le linge qu’ils portent sur eux 24 heures sur 24. Et puis il y a la peinture du lit à barreaux, qu’il a bien fallu rafraîchir parce qu’il a déjà servi aux cousins. Et même si le lit est neuf, le problème est généralement le même. Encore un exemple, pour la route ? Allez, vous avez pensé au traitement chimique anti-feu qui recouvre les peluches neuves ? Bon, ok, j’arrête là. Vous avez peur ? Et bien… il y a de quoi.

 

La faute aux perturbateurs

 

Beaucoup de produits contiennent des perturbateurs endocriniens. Qu’est-ce que c’est ? Voici la définition de l’OMS : « Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact. »

Jean-Loup Bernard, le patron de Solibio, entreprise bio de Solignac en Haute-Vienne (que nous retrouverons tout à l’heure), explique plus simplement : « Ce sont des molécules que notre corps ne connaît pas et qu’on va détecter comme des hormones parasites. On va déclencher des réactions bizarres, parce qu’on n’a pas le patrimoine génétique pour résister à ça. »

 

Des normes encadrent aujourd’hui l’utilisation de ces produits dangereux. Par exemple, les biberons en plastique qui contiennent le fameux Bisphénol A sont interdits. Mais plusieurs associations voudraient aller plus loin, et pour cela, il reste du travail…

 

Des maternités en première ligne

 

Près de chez nous, des maternités se saisissent du sujet, souvent à l’initiative de soignants sensibilisés aux questions environnementales. Line Mullot, infirmière puéricultrice à la polyclinique de Limoges, explique clairement sa motivation : « Les bébés ont une peau très fine qui absorbe beaucoup plus que celle des adultes. Pourtant, on met beaucoup de produits sur leur peau : on a envie de les masser, on a envie de les laver, de leur mettre des crèmes, des choses comme ça. Et puis finalement, on fait plus de bêtises qu’autre chose. »

Dans son service, tous les produits contenant des perturbateurs endocriniens ont été bannis, en espérant que les parents resteront sur les mêmes rails.

 

La maternité de l’hôpital de Guéret se met aussi au vert. Par exemple, les produits utilisés sont le plus possible issus de la région, pour améliorer leur bilan carbone ; et on n’utilise plus de détergeant pour laver le sol. Selon Lise Retailleau, sage-femme, l’hôpital doit mieux jouer son rôle de prévention avec des conseils parfois très simple pour lutter contre les polluants, comme l’aération des maisons matin et soir : « Quand un nourrisson arrive dans une maison, on a envie qu’il soit pris en charge le mieux possible. C’est le moment où les parents sont le plus réceptifs pour changer les habitudes, pour eux et pour leur enfant. »

 

Simple et bio

 

Dans ces « éco-maternités », si les grandes marques qui utilisent des perturbateurs endocriniens disparaissent, de nouveaux produits sont utilisés. C’est le cas des produits de Solibio, dont nous avons parlé plus haut. L’entreprise fabrique du savon bio, de la lessive bio pour le linge, et du liniment oléo calcaire pour nettoyer les fesses des bébés. Elle travaille avec plusieurs maternités de Nouvelle Aquitaine. En ce moment, Jean-Loup Bernard a le sourire, parce-que son travail commence à séduire le monde médical : « On a deux maternités qui ont qualifié notre gel douche pour le lavage du cordon ombilical ! C’est super : on a fait un produit très simple, on a été très réglos dans la formule, et elles nous ont dit : « c’est exactement ce qu’on cherchait. Il n’y a pas d’effets secondaires. » »

 

Alors, à quand la fin des grandes boites roses pleines de publicités et de cadeaux pas très sains pour les bébés, qui sont encore souvent distribuées aux jeunes mamans ? Dans les éco-maternités que nous avons visitées, c’est déjà terminé. Reste à savoir si elles feront des émules…

 

P.S. : l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine a publié un guide intitulé « POLLUTION INTÉRIEURE : RISQUES SANITAIRES POUR LA FEMME ENCEINTE ET LE JEUNE ENFANT ». C’est effrayant, mais instructif…

Edit #2 : un inquiétant rapport consacré aux perturbateurs endocriniens a été publié par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) le vendredi 2 février 2018.

08 Jan

Un médecin à tout prix ?

Catherine Prioux

On a déjà parlé des déserts médicaux ici à l’occasion de la venue en Limousin du Premier ministre Edouard Philippe et de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, pour la présentation d’un nouveau plan d’action du gouvernement.

Mais le sujet préoccupe toujours autant, et la rédaction de France 3 Nouvelle Aquitaine a eu la bonne idée de lui consacrer un numéro de « Enquêtes de région ».

Dans ce cadre, vous pourrez voir, entre autres, un reportage intitulé « un médecin à tout prix ? », que j’ai tourné en partie sur le plateau de Millevaches, une des zones les moins peuplées de la grande région, et souvent à l’abri des radars. Pourtant, sur ce territoire pas facile, il n’y a pas de pénurie de soignants. L’ancienne génération s’est organisée pour se mettre à la page et accueillir des jeunes. Nous l’avons constaté dans le pôle de santé « Millesoins ».

Il y a des infirmières, kinés, dentistes, pharmaciens, et 6 généralistes, qui travaillent dans une sorte de maison de santé dématérialisée. Pas besoin d’être au même endroit : le système informatique est partagé, avec les dossiers médicaux, et les agendas des uns et des autres. Si un médecin n’est pas là, il peut facilement se faire remplacer. De nombreux jeunes sont accueillis en stage, et du coup, certains décident de rester. Tout le monde est gagnant, les patients comme les médecins.

Pourquoi je vous en parle dès à présent (oui, au fait, l’émission sera diffusée le 7 février) ? Parce que j’ai rencontré une femme médecin généraliste sur le plateau, qui fait partie de l’ancienne génération, mais qui a voulu accompagner l’évolution du métier, l’évolution des prises en charge, l’évolution technologique… bref, l’évolution de la médecine de proximité.

Dans un reportage, les interviews durent rarement plus de 20 secondes. Mais si vous lisez ce post, c’est que le thème vous intéresse ; alors je vous invite à écouter en avant-première et en longueur Catherine Prioux, médecin et membre du pôle santé Millesoins. Partage, transmission, remise en cause individuelle… C’est intéressant.

29 Nov

Les pro-cigarette font leur cinéma

Cowboy

Une polémique étonnante a enflammé la presse et les réseaux sociaux la semaine dernière : la ministre de la santé, Agnès Buzyn, aurait voulu bannir la cigarette des films français.

Dans un débat parlementaire, elle a déclaré : « Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. » Elle ajoute qu’il faut « dénormaliser » l’image du tabac dans la société.

Cette prise de position a tout de suite provoqué une grosse colère des défenseurs de la « liberté de création ». Pourtant, sur ce sujet grave, c’est bien la ministre qui fait preuve de créativité.

 

C’est facile de se moquer

 

La polémique est apparue très rapidement. La position de la ministre est moquée, voir carrément caricaturée.

 

 

 

 

 

Agnès Buzyn est même obligée de préciser sur twitter : « Je n’ai jamais envisagé ni évoqué l’interdiction de la cigarette au cinéma ni dans aucune autre œuvre artistique. La liberté de création doit être garantie. »

 

La ministre a raison d’en parler parce que c’est une question grave et collective

 

Ce qu’a dit Agnès Buzyn est pourtant loin d’être insensé.

D’abord, un constat : le tabac arrive en tête de toutes les causes de cancers. Selon l’INSEE, en France, il cause environ 200 morts par jour. Aujourd’hui, 200 personnes vont mourir parce qu’elles fument. Tic tac.

La déclaration des droits de l’homme dit : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » Et la liberté de création ? C’est un vrai débat.

Sans vouloir prendre un ton moralisateur, et sûrement contre productif, on peut dire que le fumeur ne met pas seulement sa vie en jeu : il y a aussi dans l’équation ses proches qui l‘aiment et qui vont vivre de sales moments en sa compagnie, ou ses enfants qui vont se retrouver orphelins à un âge où l’on n’est pas censé l’être.

Et puis il y a la collectivité qui va devoir le prendre en charge. On râle souvent contre les laboratoires qui s’enrichissent en vendant des vaccins ; mais ce sont des cacahouètes par rapport au coût des médicaments anticancéreux. Selon l’institut national du cancer, « leur impact budgétaire prévisible est même susceptible d’interroger la capacité des systèmes de protection sociale Français à maintenir un accès à l’innovation et aux meilleurs traitements pour tous les patients. ». Traduction : la sécu ne pourra peut-être bientôt plus payer pour tout le monde. Et ça, ce n’est pas du cinéma. Mais revenons aux films.

 

La créativité contre le conformisme

 

Après avoir parlé d’amour et de gros sous, parlons psychologie et sociologie. Au cinéma, quelqu’un de beau, de drôle, d’intéressant, doit fumer. Marion Cotillard ou Jean Dujardin clope au bec, c’est simplement logique. On ne peut pas dire le contraire, sinon on est contre la liberté de création.

C’est facile de rire dans un tweet, c’est moins facile d’ouvrir des livres. Mais puisque nous avons 5 minutes, allons y : intéressons nous à « l’influence sociale ». Ok, nous allons ici nous contenter de la page Wikipédia (mais ceux qui veulent aller plus loin peuvent lire ceci ou même cela, vous verrez c’est passionnant.) : « L’influence sociale ou la pression sociale est l’influence exercée par un individu ou un groupe sur chacun de ses membres dont le résultat est d’imposer des normes dominantes en matière d’attitude et de comportement. »

En gros, quand certains parlent pour le cinéma de « liberté de création », la sociologie leur répond « conformisme ».

Selon nos twittos offusqués, ce qui est acceptable, c’est la consommation de produits éminemment nocifs, vendus par une industrie sans scrupule. Etre libre et créatif,  c’est participer à ce commerce mortifère sans se poser de question.

 

Prise de conscience

 

Alors, oui, il est urgent de « dénormaliser » l’usage du tabac, d’en finir avec l’image encore solide du ténébreux cowboy américain, de reconnaître l’influence de lobbys qui n’ont rien de glamour, et d’arrêter de caricaturer ceux qui prennent position dans l’intérêt général.

Il ne faut pas interdire la cigarette dans les films, évidement ; mais il faut aussi prendre conscience de notre accoutumance.

Un seul adolescent qui ne commencerait pas à fumer après avoir vu un acteur le faire dans un film, ce serait déjà une victoire. Ce serait déjà une vie sauvée. Il en reste encore 199 aujourd’hui.

 

22 Nov

Pénurie d’ophtalmos : pas d’amélioration en vue…

Mary du web a besoin de nouvelles lunettes.

Vous l’avez forcément relevé, nous avons réalisé un reportage édifiant sur les délais d’attente pour avoir un rendez-vous chez un ophtalmologiste en Limousin. Simplement pour obtenir le renouvellement d’une prescription de correction optique, le délai atteint en moyenne 192 jours, contre 117 jours au plan national. Tous ceux qui portent des lunettes, ou qui atteignent la quarantaine, le savent par expérience : sans aller jusqu’à compter les jours ou les mois, l’attente est longue, et le problème n’est pas nouveau. Surtout, la situation ne va pas s’arranger rapidement.

 

Déjà en 2003…

 

L’Académie nationale de médecine décrit parfaitement la situation dans un rapport visionnaire publié en 2003 : « La démographie décroissante des ophtalmologistes va provoquer un changement à court terme du mode d’exercice de la profession. Les besoins de soins — glaucome, diabète, dégénérescence maculaire liée à l’âge — ne sont déjà pas suffisamment assurés, pas plus que le dépistage des troubles visuels de l’enfant et cette déficience va s’aggraver dans l’avenir du fait de l’allongement de la durée de la vie. »

 

L’académie propose même déjà une solution : « Pour pallier ces difficultés, une partie des actes techniques doit être transférée aux orthoptistes, collaborateurs naturels des ophtalmologistes, sous la responsabilité de ceux-ci. L’Académie nationale de médecine recommande (…) l’augmentation du nombre d’ophtalmologistes en formation ».

 

Des délais d’attente, mais pas que

 

Que s’est-il passé depuis 2003 ? Eh bien… pas grand-chose. Le nombre d’ophtalmologistes a continué de chuter, et la collaboration avec les orthoptistes tarde à se mettre en place.

 

Mais, si le temps d’attente pour faire renouveler ses lunettes s’allonge, ce n’est pas le plus grave : tranquillement, les problèmes de santé publiques prévus se développent.

Ils sont décrits en 2012 par la même Académie nationale de médecine :

« Chez l’enfant, la découverte d’une anomalie visuelle avant trois ans est essentielle pour ne pas faire courir le risque d’une amblyopie définitive. L’INSERM constate que 40 % des troubles visuels du jeune enfant ne sont pas détectés faute de moyens suffisants. Chez l’adulte c’est à l’âge de la presbytie que débutent et se manifestent des affections ophtalmologiques très fréquentes :

  • La dégénérescence maculaire liée à l’âge, qui touche 12% de la population de plus de 65 ans et qui peut bénéficier de nouveaux moyens thérapeutiques, d’autant plus efficaces qu’appliqués tôt.
  • Le glaucome chronique très fréquent, insidieux, du fait de l’absence de douleur, et parce que débutant par une atteinte intéressant au début le seul champ visuel périphérique et donc non ressentie ; le risque est majeur d’une reconnaissance trop tardive, quand le champ visuel central sera touché et que l’atrophie du nerf optique sera définitive. »

 

Plus d’ophtalmos formés ?

 

Les choses commencent enfin à bouger en 2014, et le syndicat national des ophtalmologistes est même pris d’une bouffée d’optimisme : selon lui, dans 10 ans, le problème sera résolu ! Comment ? Grâce à l’augmentation des postes d’internes en ophtalmologies (150 à la rentrée 2014, contre 106 en 2010) et au développement du travail aidé (25 à 30% des ophtalmologistes travaillent en coopération avec un orthoptiste).

 

Mais le même syndicat déchante en juillet dernier : dans un communiqué de presse, il dénonce une nouvelle baisse de l’attribution des postes d’internes en ophtalmologie avec seulement 141 postes attribués en 2017 (-10 par rapport à 2016 et -18 depuis deux ans), contre les 200 demandés. Une baisse notamment due à l’apparition de nouvelles spécialités, comme la médecine d’urgence ou la gériatrie. Selon le syndicat, le volume de postes en ophtalmologie aurait dû être sanctuarisé.

 

Les orthoptistes expérimentaux

 

Pour réduire les délais d’attente, et prendre en charge les pathologies graves à temps, reste la collaboration avec les orthoptistes.

 

Petit rappel : il s’agit d’une profession paramédicale qui entre en action quand le médecin a rédigé une prescription. Alors que le nombre d’ophtalmo est en baisse, le nombre d’orthoptistes est en constante augmentation.

 

Au départ, certains médecins ne les voyaient pas prendre de l’importance d’un très bon œil (pardon pour ce jeu de mot bien involontaire). En 2015, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales évoque « l’attachement des ophtalmologistes à leur statut de praticien de première intention, bénéficiant de l’accès direct spécifique, et leur ferme opposition à toute mesure susceptible d’entraîner sa remise en cause ».

 

Pour autant, ce même rapport préconise un fort développement du rôle des orthoptistes. Même son de cloche aujourd’hui chez la plupart des acteurs du dossier.

Illustration dès l’année prochaine : une expérimentation doit être lancée dans des maisons de santé en collaboration avec l’assurance maladie. Les orthoptistes pourront être chargés de la surveillance de pathologies stabilisées, réaliser des actions de dépistage, ou renouveler des lunettes (mais l’ordonnance des verres correcteurs sera nécessairement signée par le médecin). Des pistes concrètes, enfin, mais on ne parle encore que d’une expérimentation.

 

En attendant Godot

 

Toujours dans son rapport de 2015, l’Inspection générale des affaires sociale n’a pas une conclusion très enthousiasmante :

« Quelle que soit la stratégie retenue pour l’avenir (…), il faudra expliquer qu’elle ne peut constituer une réponse aux difficultés immédiates. »

A vos agendas…

06 Nov

Vaccin contre la grippe : et les soignants ?

©Philippe Turpin/BENELUXPIX/MAXPPP - Health | Infirmier avec masque,gants et piqure 01/05/2010 (MaxPPP TagID: maxstockfr052654.jpg) [Photo via MaxPPP]

©Philippe Turpin/BENELUXPIX/MAXPPP – Health | Infirmier avec masque,gants et piqure 01/05/2010 (MaxPPP TagID: maxstockfr052654.jpg) [Photo via MaxPPP]

Le débat va immanquablement resurgir à l’approche des épidémies de grippe hivernale : pour ou contre la vaccination ?

En réalité, la prise de position est assez simple. La vaccination a sauvé des millions de vies, et en France certaines maladies ont disparu. Le risque est peut-être moins visible depuis qu’on ne croise plus d’enfants atteints de polio dans les écoles, mais justement, c’est grâce aux vaccins. Si on a encore un peu peur, il faut se rappeler que la vaccination n’est pas seulement un choix personnel : elle bénéficie à toute la collectivité.

 

Un grand débat

 

Il est toujours légitime de se poser des questions, de débattre. Mais lorsqu’on entend s’exprimer dans un reportage tour à tour un défenseur des vaccins puis un opposant, il ne faut pas croire que la discussion se joue à 50-50. La grande majorité des scientifiques défend la vaccination, le fameux rapport bénéfice-risque penche clairement de ce côté. L’aluminium comme adjuvant dans les vaccins est-il dangereux ? Là encore il y a débat. Mais l’aluminium que l’on ingère par exemple en buvant le café préféré de Georges Clooney suscite bizarrement beaucoup moins de polémique. Il faut enfin se méfier des nombreuses fausses informations qui circulent notamment sur les réseaux sociaux, et qui minent cet enjeu de société.

 

Et les soignants ?

 

Revenons à la nouvelle campagne de vaccination contre la grippe.

Alors que l’on demande aux patients de se positionner, les soignants ne sont pas les meilleurs vecteurs de confiance : ils sont tout aussi concernés par ce qu’on appelle l’ « hésitation vaccinale ». Le gouvernement lui-même estime que 25% des médecins seulement se vaccinent contre la grippe. Ce chiffre est basé sur des données déclaratives, et la question n’est même pas réellement étudiée. Pour expliquer leur choix, certains mettent en avant la liberté individuelle, ou la possibilité de subir un risque pour leur propre santé face à une vaccination annuelle dont on ne connaît pas les effets sur le long terme.

 

Jusqu’ici, aucun plan spécifique n’a été mis en place à l’échelle nationale. Le conseil national de l’ordre des médecins se dit pourtant favorable à une obligation vaccinale contre la grippe pour les médecins. En lançant sa campagne de vaccination contre la grippe 2017-2018, la nouvelle ministre de la Santé Agnès Buzyn s’est aussi exprimée dans ce sens : « J’enjoins aux professionnels d’adopter une conduite exemplaire en veillant à ne pas propager involontairement l’infection ». Elle envisagerait même des mesures plus incitatives, voire coercitives. Mais en vrai, on n’en est pas là : si 11 vaccins sont rendus obligatoires pour les enfants, les soignants restent libres face à la grippe.

 

D’abord, ne pas nuire

 

Dans une tribune publiée dans le journal le Monde en juillet 2017, Cyril Goulenok, médecin réanimateur, expliquait : « Il est intéressant de revenir à la source d’un des fondements du soin : primum non nocere. En étant non-vacciné, le risque de nuire est loin d’être négligeable. À l’heure où chacun est en droit d’exiger une médecine de qualité sur l’ensemble du territoire, où l’on lutte contre les inégalités d’accès aux soins, où l’on se bat contre la pollution environnementale, peut-on accepter d’être exposé à un risque infectieux potentiellement grave, par des professionnels censés nous protéger et nous soigner ? »

 

Certes, aucune étude ne démontre qu’une vaccination systématique des soignants ferait baisser le nombre de décès liés à la grippe saisonnière (14 000  l’hiver dernier en France selon Santé Publique France). Mais attendre une telle preuve, c’est aussi perdre du temps. Des vies sont en jeu, dès ces prochaines semaines.

25 Oct

Plan de lutte contre les déserts médicaux : toujours un mirage ?

© CC0 / Aenigmatis-3D

© CC0 / Aenigmatis-3D

Le premier ministre Edouard Philippe, accompagné d’une ministre de la santé particulièrement discrète, est venu en Haute-Vienne le 13 octobre dernier pour annoncer un nouveau plan visant à « renforcer l’accès territorial aux soins ».

 

Certes, sa blague sur Richard Cœur de Lion, blessé lors du siège du château de Châlus et mort plusieurs jours plus tard peut-être déjà à cause d’un « problème d’accès aux soins », était rigolote.

Mais au-delà de ce préambule, les annonces ont du mal à faire sourire, à part peut-être certains syndicats de médecins.

 

Du neuf avec du vieux 

 

Il n’y a pas grand-chose de vraiment nouveau. Petit condensé des mesures : 400 millions d’euros seront investis pour doubler le nombre de maisons de santé, l’accès à la télémédecine sera formalisé, les stages en cabinet de ville seront développés, de nouvelles mesures incitatives à l’installation sont prévues, de nouvelles missions seront proposées notamment aux infirmières. Globalement, les initiatives locales seront encouragées dans les « territoires ».

Dans son communiqué de presse, le premier ministre se montre ambitieux :

Depuis combien d’années ces sujets sont-ils expérimentés, discutés, évalués ? Il ne faut pas craindre les innovations qui font évoluer les schémas du passé, lorsqu’il est démontré qu’elles améliorent la réponse aux besoins.

 

Problème : si le ton vis à vis des médecins semble plus doux qu’auparavant, ce nouveau plan s’inscrit largement dans les fameux « schémas du passé ».

En 2012, Marisol Touraine avait lancé un plan de lutte contre les déserts médicaux avec son pacte territoire santé. C’était pas très loin de Châlus, à Scorbé-Clairvaux, dans la Vienne.

Parmi ses engagements : « développer les stages des futurs médecins en cabinet de ville, faciliter l’installation des jeunes médecins dans les territoires fragiles, favoriser le travail en équipe, notamment dans les territoires ruraux et périurbains »

Avant elle, Roselyne Bachelot parle déjà de télé-médecine et d’incitations pour les médecins qui s’installent dans les zones sensibles. Encore plus tôt, Xavier Bertrand avait tout misé sur des mesures incitatives pour augmenter les revenus des médecins.

 

Des mesures efficaces ? Continuer la lecture

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