19 Jan

Pas de réquisition contre un journaliste toulousain poursuivi pour complicité de diffamation

A l’audience correctionnelle ce lundi 19 janvier, les juges avaient au menu une affaire de diffamation envers le Front National. C’est le FN qui avait porté plainte après les propos des époux Portheault (tenus dans l’hebdomadaire La Voix du Midi fin 2013) qui quittaient avec fracas le parti de Marine Le Pen, lassés des allusions racistes et des dérapages verbaux au sein de la fédération du FN31.

Comparaissait à côté d’eux, le journaliste auteur de l’article, Pascal Pallas, contre qui le FN n’avait pas porté plainte mais que le juge d’instruction avait tout de même mis en examen pour complicité de diffamation avant son renvoi devant la justice. On vous a rappelé toute l’affaire ici-même sur ce blog (article à consulter en cliquant ici).

Le tribunal a donc examiné le dossier ce lundi. La défense des époux Portheault a produit deux témoins attestant eux-aussi des dérapages plus ou moins assumés de cadres du FN de Haute-Garonne. Et le parquet n’a requis aucune peine, ni contre les époux Portheault, ni contre Pascal Pallas. Les avocats de la défense ont demandé eux la relaxe pour les prévenus et des dommages intérêts ainsi que le paiement des frais de justice par le Front National. Le jugement a été mis en délibéré au 26 février prochain.

Regardez le reportage de France 3 Midi-Pyrénées :

FV

16 Jan

Un journaliste toulousain jugé pour… avoir fait son travail !

Dans un contexte très particulier pour les journalistes après l’attentat de Charlie Hebdo, quand le concept parfois corporatiste ou impalpable de « liberté de la presse » reçoit le soutien de millions de Français, le procès d’un journaliste toulousain qui se tient lundi 19 janvier apparaît totalement anachronique et, disons-le ouvertement, liberticide.

Pascal Pallas, rédacteur en chef de La Voix du Midi, est en effet convoqué lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour répondre de « complicité de diffamation ».

Pascal Pallas (photo : Laurent Dubois)

Pascal Pallas (photo : Laurent Dubois)

Petit retour en arrière nécessaire pour comprendre en quoi cette affaire concerne tous les journalistes et au-delà tous les citoyens : en novembre 2013, le journaliste publie l’interview des époux Portheault, de Saint-Alban (Haute-Garonne) qui décident de claquer la porte du Front National après, disent-ils, avoir subi de la part de cadres ou militants du FN 31 quolibets et allusions racistes. Nadia Portheault est d’origine algérienne.

L’affaire a un retentissement national et le Front national décide alors de porter plainte contre les époux Portheault pour diffamation. Le parquet de Toulouse confie le dossier à un juge d’instruction. Jusqu’ici, rien de bien anormal.

Là où l’affaire devient atypique, c’est que le juge d’instruction convoque le journaliste auteur de l’article puis le met en examen pour « complicité de diffamation ». Or sur le plan purement juridique la diffamation de la part du journaliste n’est en rien constituée : sa « bonne foi » (plaidable dans les cas de diffamation imputée à la presse) n’est pas remise en cause et l’article laisse largement la parole aux « mis en cause », les représentants du Front national dans le département, en l’occurrence à l’époque Serge Laroze, ce qui est là-aussi un élément non-constitutif de la diffamation.

Au-delà du cas de Pascal Pallas, c’est donc l’exercice du métier de journaliste qui est en cause et par extension, pour les citoyens, le droit à être librement informés. Si un journaliste ne peut plus réaliser d’interviews, transcrire des propos, solliciter des réactions, sans être sous la menace d’une mise en examen ou même d’un procès, c’est un pan de notre démocratie qui s’effrite.

Pascal Pallas a reçu de nombreux témoignages de soutien, notamment de la part de l’Association des Journalistes Toulousains (AJT) qui appelle à venir le soutenir lors de son procès.

On saura rapidement si la justice restreint le périmètre de la liberté de la presse ou si cette affaire se résume à un excès de zèle de la part d’un magistrat instructeur.

FV