15 Jan

Vers un rapprochement entre Sud Radio et la chaîne russe RT France ?

Le patron de Sud Radio souhaite un rapprochement et annonce des discussions prochaines entre la radio et la version française de la chaîne russe.

(Photo : AFP)

Dans le petit monde des médias en France, la « nouvelle » Sud Radio, ex-radio du Grand Sud installée à Toulouse, désormais parisienne, fait entendre une petit musique bien différente, notamment par la voix de son patron, Didier Maïsto, président de Sud Radio et de Fiducial Médias, la maison-mère.

Médiamétrie (qui mesure l’audience des médias audiovisuels, télés et radios) et le Conseil supérieur de l’audiovisuel, sont régulièrement les cibles de Didier Maïsto qui n’hésite pas à cultiver sa « parole libre », comme quand sur le plateau chaîne en ligne de l’extrême-droite TV Libertés, il avait comparé le futur Président de la République Emmanuel Macron à Mussolini.

Une parole « libre » qui transpire déjà sur l’antenne de Sud Radio dont la ligne éditoriale a depuis longtemps changé et dont le slogan « Parlons vrai » laisse entendre que les autres médias ne diraient pas la vérité !

Et malgré des audiences toujours faibles, Sud Radio a trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un sorte d’écho aux propos anti-système de certains de ses chroniqueurs. 

Sud Radio se rêve-t-elle en radio des « gilets jaunes », comme les émanations françaises des médias russes RT pour la télé et Sputnik pour le web, le sont devenus ?

Didier Maïsto en rêve-t-il lui-même à voix haute ?

Beaucoup me demandent ce que je pense de RT France. D’abord je confesse mon ignorance : je ne connaissais cette chaîne que de nom il y a encore un mois. Comme tout le monde en revanche, je savais de quoi on l’accusait : « chaîne de Poutine », « pourvoyeuse de fake news », « complotiste », etc. Il se trouve que j’ai été invité à son « premier anniversaire » il y a quelques jours (…) : j’ai été « scié » par la liberté de ton qui a régné tout au long de la cérémonie

Sur Facebook, il raconte sa discussion avec la présentatrice de RT Stéphanie de Muru :

« Ça dit quelque chose de très grave sur le fonctionnement des médias français et plus largement sur l’état de notre démocratie. Ce que vous vivez à RT, ce mépris institutionnel, ces insultes permanentes des bo-bos du système, nous le vivons de la même façon à Sud. Mais on s’en fout, puisque les Français sont au rendez-vous »

Avant de poursuivre :

Du coup, parce que quand même hein, je préfère toujours me forger mon propre avis (on ne se refait pas, ou si peu), je suis allé voir le travail de RT sur les Gilets jaunes. Bien m’en a pris ! J’ai trouvé ce travail honnête, proche du terrain, sans a priori idéologique, contrairement à tout ce que racontent les medias mainstream.
Pendant que les journalistes de BFM se mettent en grève parce qu’ils ont été un peu secoués par quelques excités chez les Gilets jaunes, ceux de RT et de Sud Radio travaillent et recueillent les félicitations et les encouragements des dits Gilets jaunes. No comment.
Et voilà le patron de Sud Radio ouvrir la porte à un rapprochement entre les deux médias :
Va-t-on faire des choses ensemble ? Pourquoi pas ? Je verrai bientôt Xenia Fedorova, la patronne de RT France. Le slogan de RT : OSEZ QUESTIONNER. Celui de SUD RADIO : PARLONS VRAI. Un bon début pour échanger non ?
Didier Maïsto nous a confirmé ses propos. On imagine le patron de Sud Radio pas mécontent, voire plutôt ravi, de faire savoir son intention de travailler avec RT ce qui ne manquera pas de faire réagir.
On ne sait pas encore ce que donnera, à terme, le mouvement des Gilets jaunes et s’il parviendra à transformer la société française et le monde politique. Il aura peut-être un effet médiatique inattendu : le rapprochement entre une ancienne radio historique du PAF et une chaîne émergente russe particulièrement contestée. A suivre.
FV (@fabvalery)

12 Jan

Décès du journaliste Jean-Manuel Escarnot, correspondant de Libé à Toulouse et auteur de plusieurs livres-enquêtes

Le journaliste est décédé vendredi des suites d’une grave maladie.

Jean-Manuel Escanot (Photo : Ulrich Lebeuf)

Sa silhouette va manquer dans le petit monde de la presse toulousaine. Jean-Manuel Escarnot est décédé vendredi 11 janvier emporté par la maladie, a-t-on appris auprès de ses proches.

Il était le correspondant du journal Libération à Toulouse et dans la région. Il avait encore publié des articles il y a quelques semaines pour le journal.

Le journaliste avait aussi publié plusieurs ouvrages, notamment au terme d’enquête sur les milieux djihadistes. En 2017, avec « Djihad, c’est arrivé près de chez vous », aux éditions Robert Laffont, il avait enquêté notamment sur les filières toulousaines (Merah, Essid, Clain, etc) et apportait de nouveaux éclairages et des témoignages inédits, notamment en matière de renseignement.

A sa famille, à ses amis proches, nous présentons nos condoléances.

FV (@fabvalery)

 

05 Jan

Non, cette photo prise à Toulouse n’a pas été maquillée par l’AFP

DESINFOX – Sur Twitter, de nombreux messages ont été échangés au sujet de l’inscription sur la « batte de baseball » du manifestant. Mais cette photo de l’AFP prise à Toulouse le 8 décembre dernier n’a pas été retouchée.

A Toulouse, le 8 décembre dernier (Photo : R. Gabalda / AFP)

Depuis novembre, le mouvement des Gilets jaunes cultive une défiance envers la presse. Mais parfois, les accusations portées tombent à l’eau.

C’est le cas pour cette photo d’un manifestant en gilet jaune, prise à Toulouse le 8 décembre dernier et diffusée à ses clients par le service photo de l’Agence France Presse (AFP).

On y voit un manifestant de profil, le visage partiellement caché sous un foulard, portant sur l’épaule une sorte de batte de baseball avec cette inscription :

Approche Macron, j’ai un truc à te dire

La photo est disponible pour les médias abonnés sur la plateforme photo depuis le 8 décembre. Elle a d’ailleurs été utilisée par plusieurs médias clients de l’AFP, dont France 3 Occitanie, pour illustrer des articles.

Mais en ce début janvier 2019, sur Twitter, plusieurs internautes ont découvert cette image : pour eux, pas de doute, c’est une photo maquillée : impossible que le manifestant puisse posséder une vraie batte de baseball avec cette inscription imprimée. Le texte aurait donc été, selon eux, ajouter après, sur l’image. Le photographe et l’agence sont donc mis en cause.

 

Certains y ont vu un autre exemple de photo maquillée, suite notamment à l’erreur commise par la rédaction nationale de France 3 en décembre qui avait la mention « dégage » d’une photo portant « Macron dégage » illustrant le plateau du JT. La direction de l’info de France Télévisions avait reconnu et regretté cette erreur humaine.

Mais dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, certaines précisions s’imposent.

D’abord, il ne s’agit pas d’une batte de baseball mais d’un objet y ressemblant : en carton, sans doute.

Contacté par nos soins, le photoreporter de l’AFP, Rémy Gabalda, confirme qu’il a livré la photo ainsi prise à l’agence et qu’elle n’a pas été maquillée. Photographe professionnel de renom, il avoue ne pas maîtriser les outils qui auraient permis de rajouter le texte.

D’autant qu’il ne l’a pas fait : le texte figurait bien sur la fameuse « batte de baseball ».

Pour le prouver, nous avons pu consulter nous-même d’autres clichés pris sous un autre angle, où l’on voit également très bien l’inscription sur la « batte ». D’autres photographes travaillant indépendamment ou pour d’autres agences ont d’ailleurs pris le même cliché ce jour-là à Toulouse sous un autre angle également :

 

Ni le photographe, ni personne à l’AFP n’est intervenu pour ajouter ce texte ou en modifier le contenu. Ces accusations sont donc totalement injustifiées.

Cela méritait d’être précisé.

FV (@fabvalery)

18 Déc

Vincent Rodriguez succède à Jacques Vendroux comme chef des sports de Radio France

Le directeur de France Bleu Hérault et ancien directeur de France Bleu Toulouse a été nommé ce mardi.

Vincent Rodriguez (Photo : Ch. Abramowitz / Radio France)

Le prochain chef du service des sports de Radio-France vient d’Occitanie. C’est en effet le journaliste Vincent Rodriguez qui a été nommé à ce poste, succédant ainsi à Jacques Vendroux, comme l’a annoncé la présidente de Radio France Sybile Veil ce mardi.

Vincent Rodriguez est actuellement directeur de la radio locale France Bleu Hérault à Montpellier et ce depuis janvier 2015. Auparavant, il était directeur de France Bleu Toulouse (devenu depuis France Bleu Occitanie) depuis sa renaissance en 2011.

Diplômé de l’ESJ Paris, ancien reporter à France Info et France Inter, Vincent Rodriguez a aussi été délégué à l’antenne du Mouv’, la radio jeune de Radio France de 2007 à 2010.

Il va donc retrouver les rédactions d’Inter et Info à Paris. Passionné de sport, notamment le rugby, il va donc diriger le service commun des sports des radios du service public.

FV (@fabvalery)

 

11 Déc

France 3 retransmet la matinale de France Bleu Occitanie à partir du 7 janvier

A compter du lundi 7 janvier, l’émission matinale de 7 heures à 9 heures de France Bleu Occitanie sera visible chaque matin sur France 3 Midi-Pyrénées.

(Photo : Christophe ABRAMOWITZ)

La matinale radio de France Bleu Occitanie devient (aussi) une émission de télé ! Lundi 7 janvier 2019, à 7 heures, France 3 Midi-Pyrénées retransmettra à la télé, pour la première fois, l’émission matinale de la radio publique. La date de lancement est désormais officielle, à Toulouse, mais aussi à Nice, les deux villes ayant été choisie pour expérimenter ces retransmissions.

Courant premier semestre 2018, les lieux choisis pour cette expérimentation étaient Paris Île de France et Aix-en-Provence. Mais finalement, courant juillet, ce sont Nice et Toulouse qui ont été désignés pour mener ces opérations communes.

Depuis la rentrée de septembre, les équipes techniques ont donc travaillé ensemble à Toulouse pour que cette émission de radio puisse également diffusée quotidiennement à la télé, du lundi au vendredi, dès le 7 janvier.

C’est France Bleu qui conserve la main sur le contenu éditorial de sa matinale. Des images seront fournies quotidiennement par France 3 pour illustrer certains reportages.

FV (@fabvalery)

 

10 Déc

Toulouse : un photographe touché par un tir de flashball pendant la manif des Gilets Jaunes

Tien Tran, photographe indépendant, a été touché à la cuisse samedi. Il indique qu’il n’a vraisemblablement pas été visé par la police mais victime d’un « tir perdu ».

Photo : Tien Tran

Un photographe toulousain indépendant, Tien Tran, a été touché par un tir de flashball samedi 8 décembre pendant la manifestation des Gilets Jaunes à Toulouse.

« C’était en début d’après-midi, raconte-t-il, à l’angle du boulevard Lascrosses et de l’avenue du Maréchal Leclerc. La manifestation a commencé à dégénérer avec des petits groupes qui lançaient des projectiles sur les forces de l’ordre. Il y avait beaucoup de tirs de flashball pour repousser les manifestants ».

Les forces de l’ordre balançaient du gaz lacrymogène, des GLI F4 et flashballs sur une foule extrêmement clairsemées. Les tirs au flashball étaient clairement hasardeux. J’étais au niveau des manifestants les plus violents qui balançaient des pierres sur les forces de l’ordre, à couvert derrière un arbre, entre le boulevard et le mur du trottoir, à une trentaine de mètre de la police. J’ai entendu une GLI F4 (NDLR : grenade de désencerclement) détoner à un ou deux mètres de ma position, dans mon dos et immédiatement une douleur très intense dans la cuisse droite, derrière. J’ai hurlé de douleur et me suis extrait en boitant. En me retournant, j’ai vu la BAC qui chargeait le long du trottoir et que je n’ai probablement pas vu dans mon dos, car j’étais tourné vers le boulevard. J’ai été sonné pendant une dizaine de minutes et ai repris mes esprits à l’arrière du cortège. J’ai dans un premier temps pensé que c’était un éclat de GLI F4 que j’avais pris à cause de la détonation. C’est en rentrant chez moi le soir que vu la nature de l’impact, je pense qu’il s’agissait d’une flashball qui m’a touché quasi simultanément avec la grenade GLI F4. Je porte un casque avec marqué PRESSE en gros devant et derrière et au moment de la détonation et de l’impact, j’étais en position accroupie contre un arbre, pour me protéger des tirs de flashball et de GLI F4 donc pas vraiment menaçant, voire pas du tout en fait.

Mais le photographe précise : « Je pense que je n’ai pas été visé volontairement. C’est sans doute un tir perdu. je suis conscient qu’il peut y avoir des « erreurs » d’appréciation, que ça soit de la part de la police ou de manifestants (pas mal de cailloux sont passés pas loin aussi) mais il y a des conditions légales d’utilisation des flashballs et les tirs de samedi n’en faisaient pas partie. C’est la seule raison pour laquelle je souhaite témoigner. Je ne pense pas personnellement avoir fait l’objet d’une violence policière mais je pense être la victime collatérale d’une utilisation illégitime des flashballs« .

Tien Tran a publié sur les réseaux sociaux des photos de l’hématome sur sa jambe :

A Paris, plusieurs journalistes et photographes ont été visés délibérément par les forces de l’ordre samedi 8 décembre. Contrôlés, certains ont même vu leur matériel de protection, lunettes et masques à gaz, confisqués par la police.

A Toulouse, cela n’a pas été le cas, malgré les violents incidents. Mais les journalistes qui couvrent ces manifestations et leurs suites avec notamment les dégradations exercent leur métier dans des conditions vraiment très difficiles.

FV (@fabvalery)

06 Déc

Un journaliste agressé, sa caméra volée et détruite, pendant la manif des lycéens à Toulouse

Cette nouvelle journée de mobilisation des lycéens a donné lieu à des débordements envers la presse, notamment l’agression d’un journaliste de France 3 Midi-Pyrénées  et le vol de sa caméra, retrouvée ensuite détruite.

La caméra a été retrouvée totalement détruite (Photo : F. Valéry / France 3)

Les journalistes sont désormais des cibles. Ce jeudi 6 décembre, à la mi-journée, alors qu’il faisait des images de la manifestation des lycéens devant le Lycée Polyvalent Rive gauche à Toulouse, au moment où les manifestants « démontaient » un portail de l’établissement, un journaliste reporter d’images (JRI) de France 3 Midi-Pyrénées a été agressé et sa caméra lui a été volée, par un groupe dont certains membres avaient le visage caché derrière des cagoules ou foulards.

Sur la vidéo ci-dessous, tournée par un autre journaliste de France 3, on entend des manifestants s’en prendre au journaliste en lui reprochant de filmer. Puis il y a une bousculade et c’est quelques secondes plus tard, après la fin de cette vidéo, que la caméra a été volée.

La caméra professionnelle a ensuite été retrouvée, à quelques mètres de là, détruite, « explosée » en petits morceaux. Le journaliste n’a pas été blessé mais lui et ses collègues présents ont été profondément choqués.

La direction de France 3 condamne fermement cette agression.

Le matin même d’autres journalistes avaient été « coursés », visés par des jets de pierre, menacés par les jeunes manifestants dans les rues de Toulouse alors qu’ils faisaient seulement leur travail.

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes plusieurs épisodes graves se sont déroulés à l’encontre des journalistes. Le 24 novembre, des journalistes de BFM TV et C News ont échappé à une tentative de lynchage. 

Avec l’entrée des lycéens dans le mouvement cette semaine, de nouveaux incidents ont eu lieu en France, particulièrement en Occitanie.

FV (@fabvalery)

27 Nov

Chère Sophia Chikirou, n’avez-vous réellement aucune compassion pour les journalistes agressés à Toulouse ?

La présidente de Médiascop affirme ne pas avoir ressenti de « compassion sincère » après la tentative de lynchage de plusieurs journalistes à Toulouse, en marge des manifestations des Gilets Jaunes. J’ai choisi de lui répondre.

Sophia Chikirou (Photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Chère Sophia Chikirou, chère madame, chère présidente du Mediascop,

Je vous écris d’abord pour vous dire que je suis d’accord avec vous. Enfin, sur un point seulement : le dernier écrit sur votre post facebook du 26 novembre. Cette phrase où vous dites à propos des journalistes de BFM TV et C News :

Ne les lynchez pas : ne leur parlez pas, ne les lisez pas et ne les regardez pas.

Si vous lisez régulièrement ce blog, ce dont je doute, vous trouverez à peu près les mêmes propos, notamment dans mon billet du 19 novembre dernier (lire ici), où j’écrivais, permettez-moi je vous prie de m’autociter (ce sera la première et la dernière fois) :

Si on n’est pas d’accord avec un organe de presse, la solution la plus simple c’est de ne pas regarder cette chaîne de télé, de ne pas écouter cette radio, de ne pas lire les articles de ce site internet, de ne pas acheter ce journal ou ce magazine… Jamais de s’en prendre verbalement ou physiquement aux journalistes.

Alors oui, chère madame, on est assez d’accord sur un point : quand on n’aime pas un média, on le zappe, on ne l’achète pas, on ne l’écoute pas.

Mais le plus important, celui qui nous sépare dans notre vision de la liberté de la presse et de la démocratie, c’est la dernière phrase de la citation ci-dessus : « jamais s’en prendre verbalement ou physiquement aux journalistes ».

Pour que les choses soient claires, mes éventuels lecteurs informés et que vous ne puissiez me reprocher d’avoir déformé ou amputé vos propos, je reproduis ici l’intégralité de votre post facebook du 26 novembre :

Alors donc, vous ne parvenez pas « à ressentir de compassion sincère pour ces journalistes » agressés samedi à Toulouse et qui ont, pour certains, échappé à un lynchage !

Ces propos personnels, on peut les zapper eux-aussi, refuser de les lire, les ignorer. Un commentaire de plus sur les réseaux sociaux…

Seulement, permettez-moi de vous le rappeler chère Madame, vous n’êtes pas n’importe qui. Ceux de mes lecteurs qui l’ignoreraient encore doivent savoir que vous êtes la présidente de la société Médiascop, que vous avez animé avec succès la communication de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2017 et que vous êtes l’ancienne directrice de Le Média, cette web-télé née en 2018 pour concurrencer les « médias dominants ».

Vous êtes donc une voix qui porte.

Mes confrères toulousains, pères de famille, qui ont échappé samedi à un lynchage (le mot n’est pas trop fort, tous les témoins vous le diront) apprécieront donc que cette voix qui porte, notamment à gauche, non seulement ne compatit pas pour eux mais semble justifier les actes de violence en raison de « la corruption mentale » de ces journalistes.

N’auriez-vous donc aucune « compassion sincère » pour ces centaines de journalistes emprisonnés en Turquie, pour Jamal Khashoggi, découpé en morceaux par les services secrets saoudiens et pour tant d’autres, détenus, torturés, tués à travers le monde ?

Alors, je vous plains.

Ceux qui se battent tous les jours pour une info de qualité apprécieront aussi que votre voix qui porte indique que « pour s’informer désormais, les réseaux sociaux sont plus sûrs ». Fake news, infox, post-vérité… Vous semblez balayer d’un large geste les accusations fondées contre les officines qui manipulent et déforment les informations sur facebook et ailleurs, le plus souvent à des fins politiques. Pour quelqu’un qui a un tel talent et tant de compétences dans la communication politique, c’est un comble.

Ce post n’a pas vocation à vous convaincre, restons modeste. On peut comprendre que les récents événements judiciaires concernant Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise et votre société Médiascop vous aient un peu énervée ; que la couverture de ces événements par les médias ait renforcée votre colère envers les journalistes. C’est votre droit.

Espérons simplement (ensemble ?) qu’aucun journaliste en France ne sera lynché par un groupe extrémiste au nom de la lutte contre la « corruption mentale » ou qu’aucun geste violent ne sera porté parce qu’un manifestant aura cru qu’une « voix qui porte » lui a donné sa bénédiction.

Vous avez raison en fait. Je vais cesser de vous lire.

FV (@fabvalery)

PS : après la parution de cet article, Sophia Chikirou a publié un tweet dans lequel elle semble vouloir s’expliquer et indique qu’à propos des journalistes elle « ne voulai(t) pas qu’ils puissent se victimiser et recommandai(t) donc de ne pas les agresser ».

Journalistes agressés en Occitanie : des condamnations unanimes

Après l’agression de plusieurs journalistes samedi 24 novembre pendant la manifestation des gilets jaunes, les médias régionaux et locaux, les élus, ont condamné cette violence.

Le moins que le puisse dire c’est que le monde de la presse et des médias est secoué. Et ce n’est pas une réaction corporatiste : voir qu’en 2018 en France, pays des droits de l’homme, on puisse s’en prendre physiquement à des journalistes et tenter de les lyncher en pleine ville pendant une manifestation pose question sur l’état de notre démocratie.

Une minorité

Répétons encore une fois que l’attitude de certains manifestants « gilets jaunes », hors de contrôle samedi face aux équipes de BFM TV et C News à Toulouse, de France 3 à Agde, de Midi Libre à Béziers, les menaces sur les réseaux sociaux à l’encontre de notre confrère Laurent Dubois après un article de France 3 sur le passé politique d’un leader du mouvement des Gilets Jaunes, ne doivent pas entacher la totalité de ceux qui ont choisi de se faire entendre dans la rue et sur les routes contre la vie chère et notamment les taxes sur les carburants.

C’est bien une minorité qui s’en est pris aux journalistes. Mais cette minorité existe et son attitude ne doit pas être ignorée.

Une question de démocratie

Parmi les nombreuses réactions à noter celle du Club de la Presse d’Occitanie qui a exprimé sa colère et sa solidarité envers les journalistes agressés (lire ici) ou encore celle de l’Association des Journalistes de Toulouse et sa région (AJT-r) rappelant quelques notions essentielles :

On peut être en désaccord avec la manière dont les rassemblements sont relatés ; plus généralement, on peut déplorer la concentration de la presse française dans les mains de quelques financiers. Mais cela n’excuse et ne justifie en rien des comportements violents envers les journalistes ou qui que ce soit. Ces méthodes rappellent singulièrement celles des dictatures ailleurs dans le monde. Sans la liberté de la presse, pas de liberté de penser, de s’exprimer et d’agir. Ici, la liberté de la presse signifie pouvoir faire son travail sans aucune pression ni menaces de la part de manifestants, policiers, politiques, gouvernants ou autres. Les journalistes et les médias représentent souvent un des derniers remparts de la démocratie, fortement contestée actuellement comme non représentative et inefficace. Mais partout où la démocratie a laissé la place à des régimes autoritaires, les libertés publiques et individuelles – dont la liberté de la presse – ont disparu et les atteintes aux droits humains élémentaires les ont remplacées, y compris en Europe (Edito de Sylviane Beaudois pour l’AJT-r)

Boycott et solidarité

Par mesure de rétorsion à ses agressions, plusieurs médias ont choisi d’opérer dès dimanche un « boycott » de 24 heures sur le mouvement des Gilets Jaunes.

A Toulouse et dans la région, certains médias n’ont pas choisi cette option, préférant soutenir, affirmer leur solidarité. C’est le cas d’Actu Toulouse qui a expliqué sa position dans un article (lire ici) ou encore de France 3 Midi-Pyrénées, dont le rédacteur en chef, Léo Lemberton, a expliqué la position en plateau dans le 19/20 dimanche, après la diffusion d’un reportage sur les violences qu’ont subi les journalistes la veille :

Enfin, des élus ont aussi apporté leur soutien aux journalistes agressés, comme le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc :

Ils menacent un journaliste de le retrouver à son domicile

Au total, 5 journalistes de C News et BFM TV ont porté plainte à Toulouse après les événements de samedi, pour violences aggravées, menaces de mort, et tentative d’agression en réunion.

Dimanche matin, un journaliste de C News est même retourné au commissariat de Toulouse pour déposer une seconde plainte après une tentative d’intimidation : sur les réseaux sociaux des personnes du mouvement des « gilets jaunes » avaient proclamé connaître son adresse personnelle !

FV (@fabvalery)

24 Nov

Gilets jaunes : l’équipe de BFM TV échappe à une tentative de lynchage à Toulouse

Des manifestants ont dérapé ce samedi vers 16 heures place du Capitole. Les correspondants de BFM TV ont échappé à une tentative de lynchage. D’autres journalistes ont été conspués. A Béziers, des journalistes de Midi Libre ont été molestés.

C’est une marche de plus dans l’escalade anti-médias de certains manifestants du mouvement des « gilets jaunes ».

Ce samedi, l’équipe des journalistes correspondants de BFM TV à Toulouse a échappé à une véritable tentative de lynchage.

« BFM collabo »

Vers 16 heures, alors qu’un millier de manifestants se trouvaient place du Capitole, environ 200 personnes s’en sont pris verbalement à des équipes de télévision, particulièrement aux deux journalistes de BFM TV, Jean-Wilfried Forquès et Maxime Sounillac.

Le micro du correspondant ne portait pas les couleurs de la chaîne info. Les journalistes étaient aussi accompagnés de deux agents de sécurité mais cela n’a pas empêché un petit groupe de tenter de s’en prendre physiquement aux journalistes.

« BFM collabo », « dégage » se sont mis à crier les manifestants comme on le voit sur cette vidéo, publiée sur la page facebook des Gilets jaunes à Toulouse :

Il faut noter que plusieurs policiers présents alors à cet endroit ne sont pas intervenus pour protéger les journalistes.

Pris en chasse par des manifestants

« Ce qui s’est passé ensuite était une véritable tentative de lynchage » racontent plusieurs témoins.

La tension est montée brisquement d’un cran et les agents de sécurité sont intervenus pour faire sortir les deux journalistes de la place du Capitole. C’est alors, dans une rue adjacente, qu’une cinquantaine de manifestants ont « coursé » le correspondant de la chaîne à Toulouse. Un sprint pour sauver sa peau.

Le journaliste, séparé de son caméraman, a trouvé refuge dans une boutique dont la gérante a fermé les grilles. Il a ensuite fallu attendre pendant de longues minutes l’intervention des CRS qui ont chargé pour dégager les accès à la boutique et permettre au journaliste d’être évacué.

Le caméraman et le correspondant n’ont pas été blessés. « Jamais je n’ai senti autant de haine contre les journalistes » a témoigné Jean-Wilfried Forquès auprès de France 3. Journaliste aguerri, ayant couvert plusieurs conflits dans le monde quand il travaillait pour Sud Radio, il est le correspondant à Toulouse de BFM TV et RMC depuis dix ans.

A la suite de ce nouvel incident grave, des messages hostiles à la presse fleurissent sur facebook comme celui-ci :

BFM TV s’est fait dégager de la place du capitole «Toulouse» par le peuple 
#BFMTVCOLABO

Après cet incident grave, les journalistes et la direction de BFM ont porté plainte.

Une plainte de l’équipe de CNews

Les journalistes correspondants de CNews (groupe Canal +) à Toulouse ont eux aussi essuyé des quolibets, des insultes et des jets de projectiles de la part de manifestants. Ils sont allés déposer plainte au commissariat de Toulouse.

Après une semaine de manifestations, les épisodes de ce type se multiplient, notamment en Occitanie.

Des incidents à Béziers, à Agde…

A Béziers, samedi, des journalistes de Midi Libre ont également été insultés, molestés et même frappés pour certains.

« Malgré l’intervention du chef d’agence, qui a tenté de dialoguer avec ces manifestants reprochant « aux médias d’être vendus à Macron », explique la société des journalistes de Midi Libre (SOJOMIL) dans un communiqué, l’un de nos confrères a reçu des coups, de nombreuses insultes ont été proférées, et la poignée de la porte a été cassée lorsque certains ont essayé d’entrer en force dans les locaux. 

La SOJOMIL rappelle que les journalistes de Midi Libre travaillent en toute indépendance pour informer au quotidien leurs lecteurs du mouvement des gilets jaunes, depuis le départ, comme ils le font dans tous les domaines de l’actualité locale, régionale et nationale. A ce titre, toute pression verbale ou agression physique envers les journalistes de Midi Libre est inacceptable et sera systématiquement signalée aux autorités ».

D’autres journalistes, d’autres médias ont été aussi pris à parti par exemple à Agde dans des conditions extrêmement difficiles.

Stop !

On aura beau répéter, comme nous le faisons régulièrement sur ce blog, que s’en prendre physiquement aux journalistes est à la fois intolérable et contre-productif pour les manifestants, cela ne semble pas servir à grand chose.

On se contentera donc, modestement, d’apporter notre soutien à nos confrères de BFM TV à Toulouse et de Midi Libre à Béziers ainsi qu’à tous les journalistes qui tentent de faire leur travail sur un terrain qui devient de plus en plus hostile.

FV (@fabvalery)

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