16 Jan

Un journaliste toulousain jugé pour… avoir fait son travail !

Dans un contexte très particulier pour les journalistes après l’attentat de Charlie Hebdo, quand le concept parfois corporatiste ou impalpable de « liberté de la presse » reçoit le soutien de millions de Français, le procès d’un journaliste toulousain qui se tient lundi 19 janvier apparaît totalement anachronique et, disons-le ouvertement, liberticide.

Pascal Pallas, rédacteur en chef de La Voix du Midi, est en effet convoqué lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour répondre de « complicité de diffamation ».

Pascal Pallas (photo : Laurent Dubois)

Pascal Pallas (photo : Laurent Dubois)

Petit retour en arrière nécessaire pour comprendre en quoi cette affaire concerne tous les journalistes et au-delà tous les citoyens : en novembre 2013, le journaliste publie l’interview des époux Portheault, de Saint-Alban (Haute-Garonne) qui décident de claquer la porte du Front National après, disent-ils, avoir subi de la part de cadres ou militants du FN 31 quolibets et allusions racistes. Nadia Portheault est d’origine algérienne.

L’affaire a un retentissement national et le Front national décide alors de porter plainte contre les époux Portheault pour diffamation. Le parquet de Toulouse confie le dossier à un juge d’instruction. Jusqu’ici, rien de bien anormal.

Là où l’affaire devient atypique, c’est que le juge d’instruction convoque le journaliste auteur de l’article puis le met en examen pour « complicité de diffamation ». Or sur le plan purement juridique la diffamation de la part du journaliste n’est en rien constituée : sa « bonne foi » (plaidable dans les cas de diffamation imputée à la presse) n’est pas remise en cause et l’article laisse largement la parole aux « mis en cause », les représentants du Front national dans le département, en l’occurrence à l’époque Serge Laroze, ce qui est là-aussi un élément non-constitutif de la diffamation.

Au-delà du cas de Pascal Pallas, c’est donc l’exercice du métier de journaliste qui est en cause et par extension, pour les citoyens, le droit à être librement informés. Si un journaliste ne peut plus réaliser d’interviews, transcrire des propos, solliciter des réactions, sans être sous la menace d’une mise en examen ou même d’un procès, c’est un pan de notre démocratie qui s’effrite.

Pascal Pallas a reçu de nombreux témoignages de soutien, notamment de la part de l’Association des Journalistes Toulousains (AJT) qui appelle à venir le soutenir lors de son procès.

On saura rapidement si la justice restreint le périmètre de la liberté de la presse ou si cette affaire se résume à un excès de zèle de la part d’un magistrat instructeur.

FV

 

14 Jan

A Toulouse, les rares exemplaires de Charlie Hebdo sont partis en quelques minutes

« C’est une grosse déception, me confie ce détaillant de presse de la place du Salin à Toulouse. Avec 3 millions d’exemplaires imprimés, je m’attendais à en avoir 30 ou 40 à vendre. J’en ai eu 11 ! ». Même tonalité chez cet autre vendeur place Esquirol : « J’ai eu 5 exemplaires, dit-il. J’ai ouvert et ils étaient déjà vendus ».

Partout dans la ville, les Toulousains se succèdent : ils entrent chez les distributeurs de presse, posent tous la même question (« Vous avez Charlie ? ») et ressortent déçus, la plupart du temps sans avoir acheté un autre titre de presse.

Il faut dire qu’entre la pénurie (12.000 exemplaires auraient été affectés à toute la Haute-Garonne) et la véritable ruée vers Charlie Hebdo, il était impossible de se procurer un exemplaire à Toulouse dès 7 heures du matin.

D’ailleurs, les afficionados avaient prévu le coup. Il y avait très tôt ce mercredi matin des files d’attente devant les détaillants, comme ici place des Carmes, pour avoir une chance de se procurer la « came ». Certains ont patienté depuis 4h30 le matin.

Copyright Ch. Neidhardt / France 3

Copyright Ch. Neidhardt / France 3

Dans l’une des plus grandes maisons de la presse de France, rue du Poids de l’Huile, le décompte illustre bien la situation (qui est d’ailleurs la même partout en France) : 1000 exemplaires commandés, 102 attribués, 75 reçus ce mercredi, et seulement 14 mis en vente (et partis en quelques minutes) au grand public, les 50 autres ayant été « réservés ».

Solidarité avec la rédaction de Charlie pour certains, fidélité à un journal pas comme les autres pour d’autres, découverte d’un média « irresponsable » pour les uns ou fétichisme pour conserver un numéro forcément collector pour les autres, chacun avait sa raison pour tenter de trouver le Graal.

EN VIDEO / le reportage de France 3 Midi-Pyrénées (Christophe Neidhardt et Xavier Marchand) : 

Charlie doit être réimprimer et le journal pourrait être distribué dans les kiosques pendant plusieurs semaines. Alors si vous n’avez pas votre Charlie aujourd’hui, revenez demain !

FV

PS : pour ceux qui ont réussi à acheter un Charlie (et les autres aussi), un rassemblement de solidarité « Je brandis mon Charlie » est organisé ce mercredi 14 janvier à 18 heures place du Capitole.

13 Jan

Numéro spécial Charlie Hebdo du journal pour enfants « 1 jour 1 actu »

C’est à Toulouse que la rédaction du journal hebdomadaire pour enfants « 1 jour 1 actu » (groupe Milan Presse) a décidé de réaliser un numéro spécial après les attentats de Paris axé particulièrement sur Charlie Hebdo. Pour un public âgé de 7 à 8 ans, on n’aborde pas de la même manière que pour les adultes des sujets aussi sensibles que le terrorisme, l’islamisme. Il faut tout expliquer, tout contextualiser. Même le mot « caricature » doit être expliqué.

L’équipe du journal, qui diffuse des vidéos sur son site internet sur le principe de « 1 jour 1 question », vient d’ailleurs de consacrer sa dernière édition à la liberté d’expression.

Ecrire sur l’actualité pour les enfants. Un travail de précision qui fait dire à ces journalistes que « la vraie question n’est pas de savoir ce que l’on va mettre dans un article, mais plutôt ce que l’on ne va pas mettre ».

EN VIDEO : le reportage de Karine Pellat et Thierry Villéger

FV

12 Jan

Mercredi soir à Toulouse, « je brandis mon Charlie »

A Toulouse, samedi 10 janvier (Pascal Pavani/AFP)

A Toulouse, samedi 10 janvier (Pascal Pavani/AFP)

Un rassemblement est organisé mercredi 14 janvier à 18 heures place du Capitole à Toulouse, pour brandir le nouveau numéro de Charlie Hebdo, qui sera sorti en kiosque le matin même. L’idée de cette nouvelle manifestation est venue à la journaliste toulousaine Lucie Paimblanc en voyant que la mobilisation des Toulousains se poursuit sur la place du Capitole avec de nombreux messages sur les murs de la mairie et des bougies allumées tous les soirs.

Surnommé par l’équipe de l’hebdomadaire satirique « Le journal des survivants », le numéro de mercredi de Charlie Hebdo doit être tiré à un million d’exemplaires et sera très recherché. Il n’est donc pas sûr qu’il y en ait pour tout le monde. Peu importe. Venez avec une photocopie, ou quoi que ce soit d’autre, si vous n’avez pas pu acheter l’un des exemplaires en kiosque.

Une page facebook de l’événement a été créée. Vous pouvez y participer et faire circuler l’information.

FV

Journalistes, soyons à la hauteur !

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Je ne sais pas vous mais moi je me dis que malgré le malheur qui a frappé des dizaines de familles cette semaine, les journalistes ont une occasion inédite de redorer leur blason auprès des Français et de prendre le temps de réfléchir à leurs pratiques professionnelles. Mais serons-nous à la hauteur de cet enjeu ?

Parce que les terroristes s’en sont pris à des journalistes, des caricaturistes (et nous n’oublions pas les policiers et les juifs victimes de ces attentats), la France a vécu ces derniers jours un sursaut incroyable en faveur de la liberté de la presse, de la liberté d’expression.

Pourtant, les Français n’aiment pas les journalistes. Année après année, des sondages nous indiquent qu’ils ne font pas confiance à la presse. Les symptômes différent d’un avis à l’autre : trop dépendants de leurs actionnaires, trop proches des politiques, trop imprudents, trop ceci ou pas assez cela… Mais la maladie est la même : une faible confiance dans les grands médias traditionnels (lire ci-dessous le baromètre 2014 TNS-Sofres) qui s’accélère avec l’accès de nos concitoyens à des sources d’informations sans intermédiaires via notamment les réseaux sociaux.

Alors que peuvent apporter les journalistes ? L’information n’a d’intérêt que lorsqu’elle est contextualisée, expliquée. Dans une période de crise comme celle que nous venons de vivre, l’information brute, voire parcellaire, peut être diffusée, mais avec une grande prudence.

Tout va vite, parfois trop vite. Cette semaine, nous avons vu du bien et du moins bien. Audrey Goutard, journaliste spécialisée police-justice de France 2 incarne à mon sens le journalisme responsable. Pendant des heures d’antenne sur le plateau de la chaîne, cette journaliste très informée n’a cessé d’être en relation avec ses sources policières. Mais jamais les infos qu’elle a données à l’antenne n’ont mis en danger la vie des otages ou n’ont pu livrer des données essentielles des enquêtes aux terroristes qui auraient pu s’en servir.

La journaliste Audrey Goutard de France 2

La journaliste Audrey Goutard de France 2

Bien d’autres médias et journalistes ont continué cette semaine, malgré l’émotion, malgré le stress et l’incroyable et tragique feuilleton à rebondissements, à faire leur travail consciencieusement, c’est à dire littéralement : avec conscience.

Mais dans la course à l’info, certains médias ont aussi déversé un flot d’informations, parfois invérifiables et quelquefois dangereuses pour des vies humaines. Certes il n’y a eu aucun dérapage grave mais la profession ne s’est pas forcément grandi de ces attitudes irresponsables.

Pourtant, jamais les Français, assommés par la tuerie de Charlie Hebdo, ne se sont sentis aussi proches de la presse, de leur presse. Alors, soyons à la hauteur.

Les journalistes français ont là une occasion unique de réfléchir à l’exercice de leur métier. De se rapprocher aussi de la population, de ces centaines de milliers de Français qui sont descendus dans la rue. Il faudra pour cela abandonner le sensationnalisme, expliquer notre travail à nos lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, assumer nos choix rédactionnels (dire par exemple haut et fort qu’une rédaction a choisi de ne pas traiter tel ou tel sujet), ne plus regarder les chiffres d’audience…

Sans doute ne serons-nous pas totalement à la hauteur, mais si nous progressons, même un peu, individuellement dans nos pratiques et collectivement dans nos choix éditoriaux, alors tout n’aura pas été perdu.

Je ne crois pas que les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo auraient aimé ces vagues d’hommages et ces mobilisations populaires en leur honneur. Mais ils auraient sans doute souri de savoir que leur journal, financièrement mal en point et qui ne respectait rien ni personne, soit devenu brutalement le symbole mondial de la liberté d’expression, d’opinion et de la liberté de la presse. Et pourquoi pas, l’objet d’un rapprochement entre les Français et leurs journalistes.

FV

08 Jan

Les journalistes toulousains s’associent à la marche républicaine samedi à Toulouse #jesuischarlie

Minute de Silence en hommage aux victimes de l''attentat contre Charlie Hebdo.

Une marche républicaine est organisée samedi 10 janvier à Toulouse (14h30 départ allées Jean-Jaurès). De nombreux journalistes ont décidé à titre individuel de s’y associer. Ils devraient défiler ensemble dans les rues de Toulouse en hommage à leurs collègues de Charlie Hebdo et pour la liberté de la presse.

Le parcours de la manifestation a été validé vendredi par le préfet de la Haute-Garonne : Allées Jean-Jaurès, Boulevard Carnot, Allées François Verdier, Grand Rond, Allées Frédéric Mistral. 

Les journalistes participants sont invités à se regrouper devant la FNAC à partir de 14h15 et de se munir de leur carte de presse et de stylos.

Tous les Toulousains sont invités à y participer. Les détails de l’organisation sont à retrouver sur une page événement facebook dédiée.

FV

Les médias régionaux aux couleurs de Charlie

Après l’attentat de Charlie-Hebdo, les médias régionaux portent sur leur une ou sur les réseaux sociaux la marque de leur solidarité avec les victimes et de leur attachement à la liberté de la presse. C’est le cas, par exemple, du quotidien régional. Le titre de La Dépêche du Midi est ce jeudi 8 janvier barré d’un bandeau noir.

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La rédaction de Centre Presse Le Journal de l’Aveyron a décidé de mettre du noir et blanc sur la totalité de sa une. Les couleurs vives du logo ont disparu : effet sinistre à la hauteur de l’événement :

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Midi-Libre (diffusé dans notre région principalement dans l’Aveyron), a fait le choix d’un cahier spécial de 8 pages dont voici la une :

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France 3 Midi-Pyrénées pour sa part a modifié dès mercredi ses avatars sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook, avec un bandeau « je suis Charlie » qui barre le logo de la chaîne.

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Idem pour l’éditeur jeunesse toulousain Milan Presse :

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La radio RTM31 (Radio Toulouse Métropole) annonce sur Twitter couper son antenne durant deux heures ce jeudi en hommage aux victimes :

 

07 Jan

Attentat terroriste contre Charlie Hebdo : rassemblement à 18 heures place du Capitole à Toulouse

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Après l’attentat meurtrier qui a fait au moins 12 morts (suivre ici la situation en direct) dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris, un rassemblement est organisé dès ce mercredi 7 janvier à 18 heures place du Capitole à Toulouse. 

Un rassemblement silencieux pour défendre la liberté de la presse et rendre hommage à nos confrères décédés ou blessés lors de cet attentat. Ce rassemblement est ouvert à tous les Toulousains, mais sans autre signe distinctif apparent (drapeaux ou banderoles) que le slogan de solidarité « Je suis Charlie » ci-dessus.

Un « événement » facebook a été créé pour annoncer ce rassemblement sur les réseaux sociaux.

Des rassemblements ont lieu également à Foix, Tarbes, Millau et dans d’autres villes de la région.

La ville de Toulouse a décidé de mettre les drapeaux en berne sur le Capitole. Même initiative à Albi.

FV

Post-scriptum : lire sur le site de France 3 Midi-Pyrénées, le compte-rendu de cette manifestation où 10.000 personnes se sont rassemblées. 

Post-scriptum 2 : une marche républicaine est organisée à Toulouse samedi 10 janvier à 14h30 au départ de la Place du Capitole

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